Avis de danger à une heure prévue d’avance

mardi 19 juin 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Après avoir bien préparé mes cours une partie de la matinée, j’apprends à 12h06 qu’ils sont annulés, ce que la trajectoire télévisée du typhon et le vent forci m’avaient un peu soufflé dès 11h. Procédure : sur les prévisions de la météo, la préfecture donne un avis de danger à une heure prévue d’avance (par exemple midi) et dans la foulée la totalité des écoles, des universités et des administrations émettent un avis d’annulation des classes ou de fermeture des bureaux. Les entreprises privées décident comme bon leur semble, mais beaucoup suivent le mouvement car elles ont aussi l’obligation légale de garder, nourrir et loger sur place leurs employés dans le cas où les lignes de transports en commun seraient interrompues avant que les employés ne sortent des bureaux. Dans le métro, des messages vocaux annoncent les stations qui sont saturées et conseillent d’autres correspondances pour arriver à la gare de Nagoya, d’où partent la majorité des trains de grande banlieue, sans retard ni panique.
J’observe tout cela d’un œil admirateur tandis que je profite de ma vacance pour aller faire – malgré la pluie et le vent redoublés – une course près de la gare. Et je ne peux m’empêcher de me demander ce qu’il en serait en France.

Les politiques, les journalistes, les intellectuels qui sont pour ou contre les redémarrages de centrales nucléaires arrivent rarement à dire quelque chose de profondément émouvant. Certains individus quelconques – quoique pas tout à fait – y parviennent parfois en une simple phrase.

« Est-ce que pour le gouvernement [japonais] ce qui s’est passé à Fukushima est déjà un fait survenu dans un autre pays ?, questionne avec tristesse Hirohi Hasegawa, ex-habitant de Minamisoma, à une vingtaine de kilomètres de la centrale Fukushima Daiichi en péril. » (Le petit Journal, 19 juin 2012)

*

Éléments déchaînés
lectures enchaînées

*

Vers 20h, vent et pluie disparaissent mystérieusement. Le calme plat qui leur succède est presque plus inquiétant. Il y aura cours demain.

« Tout s’est passé en un claquement de doigts. Mouhot égaré fut le premier mort français du rêve d’Angkor. George Groslier est le premier Français né au Cambodge, en 27 après HM.1 Fondateur du musée national, Groslier meurt le 18 juin 1945 sous la torture. La police des occupants japonais, la Kampétaï, a découvert son poste émetteur. Souhaitons qu’il ne soit pas mort pour rien et ait été aussi espion, renseigna les Alliés sur l’avancée des travaux de chemin de fer, freina l’invasion de la Birmanie.
Premier Franco-Cambodgien, partagé entre deux langues et deux cultures, il connaît l’antériorité de l’une. Un soir qu’à Pailin, invité à une cérémonie, on lui demande de prendre la main d’une enfant, une toute petite princesse en grand habit de fête et couverte d’émeraudes, Groslier écrit à son retour : Je me sentais une carrure d’Auroch à peine équarri, et de forme barbare. Jadis, alors que je n’étais qu’un métis de Huns et de Francs, d’autres hommes déjà ornaient cette mignonne telle que je la tenais et le Bouddha souriait pour elle depuis dix siècles. » (Patrick Deville, Kampuchéa, p.130-131)

Notes ________________
  1. Henri Mouhot, dont la date de décès est une nouvelle année zéro dans la narration devilienne… []

Publié dans le JLR


(Les commentaires sont désactivés).