On creuse sous Éliane-2

samedi 30 juin 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

L’humour, c’est quand même un espoir. « Merry crisis and a happy new fear », pouvait-on lire sur un mur grec le 1er janvier… Ou Tueurs en Syrie, merci Frédérique Bel…
Ici, ce n’est pas la même crise, mais le bruit commence à déranger le premier ministre… qui ne semble pas avoir le même sens de l’humour que nous. Le déni politique est un calcul tenable jusqu’à quand ?

Malgré ces distractions, j’ai tout de même réussi à préparer dans la journée les trois sujets d’examen dont je voulais me débarrasser. T. et moi avons déjeuné puis dîné dans les intervalles entre ces importants travaux. Ce qui me rappelle qu’en faisant des courses hier j’ai découvert que le jambon italien vendu au Japon ne contient que de la viande et du sel tandis que le jambon espagnol, plus cher, contient également des conservateurs et des colorants. Le jambon japonais, je ne vous en parle même pas, la liste des produits fait cinq lignes ; et quand on en trouve un qui se prétend naturel, il a un goût atroce… Mais parfois, il vaut mieux acheter japonais, même s’il y a des risques de présence de césium ou de strontium ; par exemple quand le bœuf vient d’Amérique. La vraie solution, on la connaît : il n’y a qu’à manger moins de viande. Du poisson ? Une calamité pour les Japonais, presque plus aucune provenance n’inspire confiance. Du coup, le saumon fumé d’Europe du nord remonte dans les rayons. On rêve ouvertement de morue norvégienne !

La c(e)rise sur le gâte(a)u quotidien, c’est le temps d’un peu de lecture, une évasion dans la boueuse défaite.

« Une vallée d’une vingtaine de kilomètres de long sur sept ou huit de large comme un grand corps allongé dans la rivière, une déesse aux multiples mamelons, Gabrielle ou Béatrice, Isabelle ou Claudine, tous les prénoms des collines hérissées des tourelles de canons entre lesquelles escadronnent les blindés. Les casemates reliées par des boyaux que protègent les sacs de sable. Chaque nuit les tranchées des deux camps se rapprochent, les bodoïs au casque de latanier neutralisent les clochettes suspendues aux barbelés qu’ils cisaillent. Lueur aveuglante des grenades à effet de souffle. On creuse sous Éliane-2 qui résiste la dernière, entasse les centaines de kilos d’explosifs au fond de la galerie de mine. Le film revient au technicolor pour la grande explosion orange sur le lieu toujours en l’état, où se voit derrière le cratère, et au sommet le char repeint en vert olive, où scintille l’étoile rouge du vainqueur. […]
La Chine fournit les mortiers, les orgues de Staline, les canons de 105 transportés sur des vélos alignés, hissés en haut des forêts à dos d’homme, camouflés au fond des grottes. Pendant des mois soixante-dix mille porteurs et trente-cinq mille combattants. Plus de cent mille hommes en encerclent dix mille qui ne s’échapperont plus, pris dans la nasse sous le déluge de flammes. L’artillerie viêt-minh vide le ciel. Plus d’avion, plus de relève. Français volontaires, Marocains et Algériens qui n’avaient pas choisi leur affectation, Allemands de la Wehrmacht qui dix ans plus tôt combattaient l’armée rouge, partisans vietnamiens, Thaïs descendant de Deo Van tri. […]
C’est la fin du rêve délirant de l’Europe, celui des Français et des Anglais. Leurs empires s’écroulent comme des pans d’icebergs dans l’océan. Les émeutes de Sétif en Algérie, les barricades de la rue Bui Thi Xuan à Hanoi, le soulèvement à Madagascar, la victoire de Gandhi en Inde. Ce monde aura duré moins d’un siècle. […]
Quand les Français demandent de l’aide à Churchill, à son tour prix Nobel de littérature, le Premier ministre leur répond : Ne comptez pas sur moi. J’ai subi Singapour, Hong Kong, Tobrouk. Les Français subiront Diên Biên Phu. » (Patrick Deville, Kampuchéa, p. 208-211.)

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Publié dans le JLR


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