Fait tremper ça dans une autre soupe

dimanche 22 juillet 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

La fièvre est tombée, la nuit aussi, rouvrons les livres.

Avant-hier, toujours entre deux mouchoirs, je n’ai pu développer ce que j’entendais par critique littéraire. Sans me référer à ce que j’ai pu en dire dans ce journal par le passé, je suis certain de ne l’avoir jamais confondue avec la chronique de parution – à quoi je vois qu’on la réduit presque toute maintenant. Un peu comme si la musique n’était plus qu’une sonnerie de portable. Ou l’art photographique un instagram sur Twitter. Etc. Veuillez continuer les analogies à ma place. Je publierai une sélection des meilleures…

Critique littéraire n’est pas un métier. Ni un état. Sauf à avoir fait tremper ça dans une autre soupe, vous n’en obtiendrez ni salaire ni médaille. Ce doit être une dynamique d’écrire ce que vous vivez en lisant en écoutant des textes. Sans la noblesse accordée à la fiction ni la nécessité concédée au document, vous voulez cependant dire sur et avec ce que vous avez trouvé dans des textes, en sachant que personne ne vous en remerciera parce que : A. vous ne faites pas le service de presse pour lequel on vous a envoyé un livre (ce qui n’est donc pas mon cas), B. vous n’ordonnez pas les idées comme un lycéen en aurait besoin pour vous pomper, C. vous mélangez avec des affaires personnelles qui rendent invalides vos thèses aux yeux des universitaires, D. vous rapprochez des auteurs selon vos fantaisies ou votre calendrier, vous passez de l’échelle du mot à celle du livre et lycée de Versailles sans crier gare,1 vous polémiquez avec des morts sur un pied d’égalité, toutes choses qui sont souvent loin de convenir à ceux d’entre eux (les auteurs) qui vivent encore et qui n’ont en général aucun souhait d’être comparés à (ou rapprochés de) qui que ce soit.
Dans le cas de la critique littéréticulaire, il convient d’ajouter : E. vous avouez votre amateurisme parce que vous mettez en ligne gratuitement et ne souhaitez pas en faire de vrai livre, c’est-à-dire en papier (à l’exact opposé des récentes déclarations du pathétique Kundera).
– Tout ce dont quelques lecteurs et quelques auteurs, parfois, il faut le dire, vous remercient. Il faudra vous en contenter. Pas bien difficile puisque c’est d’abord pour vous que vous écrivez. Voilà – A, B, C, D, E – mes Lettres à un jeune critique littéréticulaire. Encore plus éphémère qu’èrèmère, faites vos jeux, rien ne va plus.

« Vivre de sa plume est évidemment une expression obscène, me dit-il. L’apparition de cette formule poissarde a dû soulever le cœur en son temps et le notre la déploie dans toute sa splendide impudence. Le petit entrepreneur des lettres, puisque le sujet d’aujourd’hui est entrepreneur de soi, doit pousser des braiments de boursicot à l’annonce de la chute des valeurs qui l’entretiennent. » (Dominique Meens, Aujourd’hui tome 2, p. 25-26.)

Si vous n’y voyez pas d’inconvénient vous y verrez peut-être un rapport, rendons-nous au festival Écrivains en bord de mer de La Baule et écoutons ces huit minutes drôlatiques d’inédit de Claro – qui vous laisseront pantois. Le plus drôle étant, ceci explique cela, dans les premières secondes, à savoir quand l’auteur annonce que ce texte fera partie d’un ouvrage hors-commerce que la maison Gallimard, qui ne recule devant aucune folie, vous donnera gratuitement en décembre et sans frais si vous lui achetez « cinquante fois le même pléiade, mais d’un coup ». Mon dieu, où niche la vanitéditeur ?…2

La sérendipité amusante de Toutin Shakin.3
Vers 22h30, quelqu’un est arrivé sur l’une de mes pages avec la requête Google suivante : « que faire avec l’eau chaude ».
Une des questions essentielles auxquelles Toutin Shakin peut être fier d’avoir jamais répondu…

Notes ________________
  1. L’étreint ne s’arrête pas là… []
  2. Oui, c’est bien huit minutes. Après, vous aurez quarante-huit minutes de silence noir pour digérer. []
  3. Pourrait être le titre d’une nouvelle chronique. []

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Publié dans le JLR


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