Ma « projection réticulaire » « accommode mon histoire à l’heure »

dimanche 29 juillet 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Dans « La forme de l’humaine condition numérique » (Au bord des mondes du 28/07/2012), Isabelle Pariente-Butterlin met à jour – été 2012 – un sujet toujours crucial et dont il a été débattu depuis une dizaine d’années, avec plus de vigueur quand les blogs dialoguaient. Mais moins de superbe concision.
Le grand mérite de ce billet est de détechniciser et détemporaliser le sujet en requérant Montaigne pour y voir l’essentiel : la relation entre les êtres humains, les nouvelles modalités de cette relation, l’importance de soi, qui y a droit.

« Se rendre public, telle est bien la surprenante nouveauté d’Internet contre laquelle on veut nous mettre en garde : l’indécence d’Internet, l’indécence de parler de soi, l’indécence de se manifester soi sur Internet. C’est-à-dire d’être particulier et de se rendre public. Comme si l’espace public était réservé à ceux qui l’ont confisqué. Et qui d’ailleurs ne nous parlent que d’eux et de leurs ambitions. »

Les suites n’ont pas traîné : le Gazouilleur, qui tire le raisonnement vers la monnaie, et chez Laurent Margantin, qui dit juste mais confond « penseur » et « précurseur », et même se fâche un peu.1 Voilà qui est bien frais, en cette saison.
Si je veux « accommoder mon histoire à l’heure », je prolongerai cette discussion en différenciant, s’il vous plaît, mon moi réel & physique, d’une part, que très peu de mes relations internautiques connaissent, et d’autre part, ma projection réticulaire, comprise comme l’ensemble de tout ce que j’envoie dans l’internet, que ce soit pages web, blogs, infos facebook et twitter, commentaires dans d’autres blogs, etc. Il n’est pas question ici du courriel, sauf lorsqu’il est sous forme de lettre ouverte, distinction qui existait bien avant l’internet.
Ma « projection réticulaire » « accommode mon histoire à l’heure », elle est en permanente évolution, par ce que j’ajoute chaque jour. Mais en même temps, et par un effet de totalisation, elle propose une image stable de moi, plus juste que toute une biographie. Image qui, selon les personnes, peut être dangereusement proche de la réalité (adolescents qui disent trop et le regretteront plus tard, par exemple, mais aussi chez certains impudeur assumée, pourquoi pas…) ou totalement fictive – ou bien sûr entre les deux : une autofiction réticulaire.
Ainsi resté-je dans ma Tour la plupart du temps, où personne ne m’emmerde car je n’ai pas de personne publique (je ne suis pas politicien ni homme de médias), et puis-je dans le même temps dire au monde mon fait comme je l’entends.

Un peu de sérendipité twittique et j’ai (re)trouvé les Mythophonies que Camille de Toledo avait proposées à France Culture durant l’été 2009. Merci à lui d’avoir permis ces nouvelles écoutes d’objets discursifs qui sont amenés à perdurer – et à faire date.

Cloudcasts in Mythophonies on Mixcloud

Notes ________________
  1. Fait-il exprès aussi d’employer « égotisme » qui est tout à fait anachronique dans le cas de Montaigne ? Il le dit, mais je crois qu’il vaudrait mieux l’éviter… []

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2 commentaires

  1. Berlol

    Et puisqu’il est question de mise en ligne d’émissions d’auteurs à la radio l’été, je signale ces 10 heures d’entretien avec Philippe Sollers, « par lui-même », en 2010 :
    http://www.philippesollers.net/un-ete-avec-philippe-sollers.html

  2. Laurent Margantin

    Vous avez raison, Montaigne ne parle pas d’ « égotisme » évidemment (je l’ai indiqué d’ailleurs dans mon billet), je crois que le terme a été créé d’abord à propos de certains auteurs de la fin du XIXè siècle, IPB parle quant à elle d’ « égocentrisme ».