Vous transformer en gros con ou en nazi

mardi 31 juillet 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Comme on ne regarde quasiment pas la télé, T. et moi, on ne voit d’images des Jeux Olympiques qu’en passant devant des écrans publics, dans le JR de Tokyo qui tanguait avec les judokas, au centre de sport où j’ai vu la reine sauter en parachute, et même dans des ascenseurs comme hier pour aller chez le dentiste, dans le Marunouchi Building. Ce matin, c’était chez le coiffeur. Pendant qu’il me débarrassait d’un demi kilo de tignasse grisâtre, on voyait – le coiffeur regardait aussi la télé mais comme je le connais bien, ses ciseaux à la main ne m’inquiétaient pas du tout – on voyait une épreuve de canoë. Très impressionnants, ces turbulences torrentielles et ces coups de pagaie pour tourner autour d’une porte… Et puis, ça nous donnait de la fraîcheur.
Du coup, le problème des droits et de l’abus des droits, tel que je le découvre dans un excellent billet du blog S.I.Lex, me paraît assez extraordinaire : qu’est-ce qui peut bien pousser des dizaines de millions de personnes à vouloir passer des heures à regarder des gens courir, sauter, nager, se battre, etc., en scrutant leur petit drapeau et en priant pour que monte le compteur de « leurs » médailles ?
Partant d’une volonté biaisée et hypocrite de participation, les Jeux Olympiques, avec l’exacerbation patriotique qui s’y donne libre cours, ressemblent plutôt à une continuation des guerres nationalistes par d’autres moyens… au profit de conglomérats supranationaux qui s’en mettent plein les poches. D’ailleurs, Coubertin n’était pas un sympathique progressiste de gauche et Samaranch est un franquiste reconverti… Que les pouvoirs d’organisation et d’influence de tels hommes aboutissent à la confiscation de la parole et de l’image au profit d’un panel de clients et de sponsors n’a rien pour m’étonner. En revanche, je le répète, la fascination des gens pour le spectacle du sport, elle, continue de me surprendre. Bien sûr, je me souviens des heures passées à regarder les matchs de Roland-Garros quand j’avais treize ou quatorze ans et que l’idée de faire du tennis me trottait dans la tête. Je conçois aussi que ceux qui pratiquent des sports puissent en apprécier le spectacle, mais au point de ne pas voir pour quels couillons on les prend, ça, ça me dépasse. D’autant qu’en plus de ceux qui regardent les JO à la télé, il y a ceux qui y vont, qui paient des billets d’avion, des places dans des stades, etc., qui sont obligés de manger des frites MacDo et de boire du Coca…
Je dois avoir quelques chromosomes différents, ou bien c’est une maladie infantile qui a réorganisé mes neurones d’une façon qui n’est plus compatible avec ceux de la plupart de mes contemporains… En tout cas, je me souviens que j’ai été très heureux le jour où j’ai entendu que c’était Londres et non Paris (le 6 juillet 2005) qui avait obtenu l’organisation des JO de 2012 !

« Le 4 février 1942, Heydrich tient ce discours qui m’intéresse parce qu’il concerne l’honorable corporation à laquelle j’appartiens:
« Il est essentiel de régler leur compte aux enseignants tchèques car le corps enseignant est un vivier pour l’opposition. Il faut le détruire, et fermer les lycées tchèques. Naturellement, la jeunesse tchèque devra alors être prise en charge en un lieu où l’on pourra l’éduquer hors de l’école et l’arracher à cette atmosphère subversive. Je ne vois pas de meilleur endroit pour cela qu’un terrain de sport. Avec l’éducation physique et le sport, nous assurerons tout à la fois un développement, une rééducation et une éducation. »
Tout un programme : cette fois, c’est le cas de le dire ! […]
Ce discours m’inspire trois remarques : […]
3. Le sport, c’est quand même une belle saloperie fasciste. » (Laurent Binet, HHhH, p. 276-277.)

Cette dernière phrase est, je pense, à prendre cum grano salis. Je le précise pour ceux qui voudraient faire du rentre-dedans en prenant tout au premier degré. Ceci dit, une petite lecture de W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec irait aussi dans ce sens… Le problème, toutefois, j’espère qu’on le voit bien, ce n’est pas le sport en soi, mais la pensée et l’organisation éducatives qui le sous-tendent, d’une part, et les objectifs qu’on lui assigne, d’autre part. L’un n’allant pas sans l’autre et réciproquement, me dirait un ami facétieux. Faire des abdos le matin et aller pédaler une heure dans un centre sportif deux ou trois fois par semaine pour rester en forme quand vient la cinquantaine, ça ne devrait pas vous transformer en gros con ou en nazi, à moins que vous ne le soyez déjà.

Dans la série Continuum dont j’ai vu quelques épisodes, la fin du XXIe siècle est dominée par des multinationales qui conditionnent intégralement la vie et la pensée des gens (comme aujourd’hui mais en pire). Quelques terroristes retournent dans le passé pour essayer de modifier cet avenir…

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Publié dans le JLR

2 commentaires

  1. karl

    ce que je ne comprends pas avec les JOs, c’est l’interdiction du dopage. Les spectateurs ont le droit de se tuer aux boissons gazeuses et frites, mais les athlètes auraient pas le droit de continuer le spectacle sous l’effet d’emphétamines. Comme si leur pratique du sport était de toutes façons naturelle… J’en reste pantois.

    Ou… peut-être… est-ce pour préserver l’investissement des marques dans les athlètes afin qu’ils ne meurent pas trop vite.

  2. remy

    Voyons, cher karl, cela coule de source. La grand messe des Zeujolinpique a besoin de pureté, d’idéal, les grands prêtres exigent d’immaculées brebis et le public aussi, il voit justement dans cette pureté tout ce qu’il n’est pas. C’est, en somme, un culte païen.