Texte qu’aucune graisse n’empâte

samedi 26 janvier 2013, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Aujourd’hui, T. et moi fêtons nos treize ans de mariage. Par hasard, nous choisissons le cadre modeste, chic et animé du restaurant de Happo-en – qui est tout de même un lieu de mariage traditionnel.

Hier, la troisième séance du cours de l’Institut sur Rimbaud le fils a été particulièrement difficile. Le texte de Pierre Michon est tellement puissant, condensé, métaphorique et abymé que je dois dérouler des pelotes de sens tout en essayant de ne pas assommer les étudiants par la lourdeur du commentaire – face à un texte qu’aucune graisse n’empâte.
Il était question d’Izambard et de Banville, de leur statut et de leur qualité de poète, rattrapés en un rien de temps, puis doublés, jetés dans le puits d’ombre où l’éblouissant génie de Rimbaud envoie tous ceux qu’il dépasse
Je n’ai pas le talent de Michon pour dire que ce dépassement n’a rien à voir avec l’esprit de compétition qui nous pourrit – et qui devait déjà pourrir la société capitaliste et colonialiste du temps de Rimbaud…

Fin de lecture de l’également excellent livre de Laurent Binet. La question serait : où est le talent littéraire dans un journal de campagne ? Dans la capacité de rendre cohérente une mosaïque d’instants, avec l’ironie d’un engagement-dégagement. La fiction n’est pas en question, en principe. Si elle l’était, alors Binet aurait pu imaginer que François Hollande ne gagnât pas…

« Sarkozy, moi [Malek Boutih] je peux te dire, j’en suis sûr, à l’idée d’affronter Hollande, IL CHIE DANS SON BEN’ ! Il sait pas par quel bout le prendre. Il le comprend pas. Débattre avec Hollande, il déteste ça. L’autre, il va lui faire « 273 milliards, vous êtes-sûr ? », ça va le rendre dingue. Hollande, sa chance, c’est la crise. Ça va peut-être te faire rire mais si on devait comparer Hollande à un homme politique du XXe siècle, je dirais que c’est… Churchill. »
Moi : « Ah bon ? Euh, Churchill, t’es sûr ? »
Malek Boutih : « Chruchill, c’est le mec, il est nul avant la guerre, il fait rien après, mais de 1938 à 1945, il est là et il assure, et il fait la guerre. La chance de Hollande, c’est que la crise, c’est une guerre. On est en guerre ! » (Laurent Binet, « 16 Novembre [2011] », Rien ne se passe comme prévu, Paris : Éditions Grasset & Fasquelle, 2012, p. 49)

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Publié dans le JLR


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