Partout dans les galaxies

vendredi 3 janvier 2014, à 22:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Qu’est-ce qu’un nouvel an ? Une pure convention ou un événement scientifiquement vérifiable ? Sans être le moins du monde taraudés par ces questions, des milliards d’individus se sont encore embrassés, saoulés, téléphoné et complu dans l’hypocrisie des vœux adressés à des personnes détestées – qui son patron, qui sa belle-mère, etc. Aucun autre animal ne s’amuse à ça !
Des planètes tournent sur des orbites impeccables, des saisons théoriques s’achèvent à la seconde près partout dans les galaxies. À cette échelle sidérante, nous n’existons même pas. C’est pourquoi il peut tout de même paraître intelligent et comique, voire courageux, de se livrer à cette bravade collective d’une espèce en voie d’extinction. On détruit bien le climat ! On utilise l’énergie atomique sans en maîtriser les conséquences ! Qu’à cela ne tienne, nous n’en avons plus pour longtemps ! Alors profitons-en !
Et l’on en revient toujours là où l’on a commencé : l’homme n’est que poussière, c’est dire l’importance du plumeau (Alexandre Vialatte).

Voici un cheval gris-noir. Ce n’est pas un pur-sang. Son arrière-train est un peu lourd, ses jambes velues et pataudes. Sa dentition n’est pas régulière. Sa crinière en revanche a du panache. L’eau de l’encre a diffusé dans le papier – nijimi, on dirait qu’il frissonne. Quel âge a-t-il ? Des milliers d’années depuis que les chinois ont conçu sa forme – deux jours depuis que je l’ai exécuté. Et le voilà déjà à des milliers de kilomètres, il arpente des écrans et sillonne des téléphones. Il est en pleine forme, on le monterait à cru s’il consentait à s’arrêter.
J’en ai reçu d’autres par la poste. Mais aucun qui n’ait été fait à la main par la personne qui m’écrit. Les gens ont choisi un truc tout fait dans une banque d’images, à quoi ils ont ajouté leur adresse et une ou deux formules toutes faites. Tout est plus facile avec les ordinateurs, plus besoin de s’enquiquiner, de sortir les pinceaux, l’encre, la pierre, etc. Ils ne font plus non plus la cuisine : ils achètent des plats industriels. Ils n’éduquent plus non plus leurs enfants : ils les mettent dans des écoles et croient n’avoir rien d’autre à faire. Ils ne vivent plus non plus leur vie : ils stéréotypent tous leurs faits et gestes jusqu’aux derniers.

Et maintenant, un cheval en sucre rehaussé à la feuille – wasanbon. Il renifle des baies et se gratte à des aiguilles de sapin. Il va fondre sur la première langue venue. Il le sait. Et puis voilà qu’il a cette chance d’être photographié, immortalisé. Ce n’est pas une grande gloire, l’artiste n’est pas très connu. Mais c’est tout de même mieux que les troupeaux de sucre aperçus à l’atelier du confiseur avant la mise en boîte. Il y a des mots en-dessous, qu’il ne comprend pas. Comment le pourrait-il ? Mais il sent qu’il est utilisé et pour que la pointe de l’humiliation ne l’atteigne pas, il veut penser que c’est pour une bonne cause et qu’il deviendra une mascotte. Où a-t-il été chercher ça ?
Tu as raison, je ne te trahirai pas. Je te mange, certes, mais je ne te trahis pas.

 

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Publié dans le JLR


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