Une allée floue qui n’a pas encore de nom

lundi 14 novembre 2016, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Comme j’évoquais hier Delphine de Vigan et son « écrire ma mère » (Rien ne s’oppose à la nuit, p. 19), je trouve aujourd’hui ce fort texte de Vincent Fleury dans Remue.net : « Je la revoie (bien maquillée) » qui n’est pas sans me rappeler mon tête à tête avec mon père dans son cercueil en décembre 2011… Sauf que je n’ai pas eu à visser le cercueil, les employés des pompes funèbres s’en sont chargé.

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Avec des amis venant de France pour la première fois au Japon, il y a de merveilleux moments de découverte urbaine, d’étonnement culturel ou culinaire – oui, les sushis sont meilleurs ici – et de perplexité linguistique, par exemple devant le plan d’ensemble des stations quand on veut un ticket de métro. Il y a aussi le moment très spécial où ils se rendent compte qu’ils sont plus près que jamais du cœur d’une catastrophe nucléaire qui n’aura pas de fin de notre vivant. Et d’écouter plus sérieusement que jamais les récits de celles et ceux qui étaient à Tokyo le 11 mars 2011 et les jours suivants. C’est comme si les mots devenaient plus lourds de sens. Quand T. dit qu’elle a acheté un gros pain d’un kilo et demi et du papier toilette à Kagurazaka, ils comprennent parce qu’ils sont à Kagurazaka l’importance que ça pouvait avoir quelques heures avant le rush dans les magasins, parce que les Japonais avaient été avertis du danger nucléaire après les ressortissants français et allemands…

« Keiichiro posa son regard sur l’horizon teinté de rouge et d’or, reflet des multiples incendies et explosions qui parsemaient les secteurs dévastés. Originaire de la ville de Sendai, dans la préfecture de Miyagi sur l’île de Honshu, il avait véritablement l’impression de vivre la réminiscence d’un cauchemar qui le hantait depuis des années. En voyant la pluie continuer d’impacter la vitre du cockpit, il ne put s’empêcher de porter son regard sur le petit boîtier au logo violet qui avait été installé juste avant le décollage sur chaque appareil. Un câble courait le long de la vitre et le reliait à une sonde extérieure, fixée entre le radar météo et le détecteur de givre, sur le nez de l’hélicoptère. Keiichiro se pencha pour lire les nouvelles mesures qui venaient de s’afficher sur le cadran à cristaux liquides.
— On a encore augmenté de zéro point trois microsievert heure… » (Yannick Monget, Résilience, « Prologue », 2016)

Je viens de commencer le livre… Si vous l’avez déjà fini, ne me dites rien. Mais bon…

« Quand j’ai écrit Résilience, je me suis en effet rendu compte que la quasi-totalité des auteurs, qu’ils soient romanciers comme Barjavel, Pierre Boule, Michael Crichton… ou scénaristes ont effectivement fait l’impasse dans leurs scénarios sur la problématique nucléaire. La réponse est dramatiquement simple : tout simplement parce que le nucléaire rend impossible 99 % des scénarios de dystopie ou d’anticipation que le monde de la littérature ou du cinéma a imaginés. » (Interview d’Yannick Monget pour Fukushima-blog.com)

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Allez, ce soir, on fait des gaufres !
Si vous voulez venir, suivez les mails que les ressortissants hors de France reçoivent en pagaille. Première à droite, rue Juppé, pavée de bonnes intentions mais faut y aller en bottes, deuxième droite, non, pas la peine, c’est l’impasse Sarkozy, troisième droite, ruelle Fillon, n’y allez pas, c’est pour faire. Quant à la première à gauche, c’est une allée floue qui n’a pas encore de nom. Mais où va le monde ?

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Publié dans le JLR


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