Disparaître entre deux coups de cymbales

vendredi 19 septembre 2008, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Quelle bonne idée d’inviter Laurent Cantet et François Bégaudeau ! (Ce Soir ou Jamais de mercredi soir.) Après le livre et le monde quelque peu clos de Cannes, ils vont pouvoir suivre les réactions publiques à la sortie du film… Et qui sont déjà, paraît-il, diverses et variées. Beaucoup ne traitant déjà plus du film en tant qu’œuvre, s’ils l’ont jamais fait, mais de ses bases, conditions et implications, le considérant comme un documentaire sur l’école et chacun se prenant, comme il est dit avec humour, pour un ministre de l’éducation (rôle pourtant peu enviable quand on a vu la tête et l’action des derniers en date, sans parler des bâches qu’ils se prennent sans arrêt — un ministère pour masochiste, mais peut-être que prof aussi…).
Daniel Pennac dans Télérama.
Eugenio Renzi dans les Cahiers du cinéma.
Olivier de Bruyn dans Rue 89.
Par exemple…

« Après chaque épandage de produit incapacitant, les organisations humanitaires de l’ennemi parachutaient ou déposaient sur zone des coffres débordant de victuailles lyophilisées et de farines indigestes, tout cela accompagné de feuillets qui expliquaient en diverses langues illisibles la meilleure attitude à adopter en présence de l’ennemi, ainsi que les raisons pour lesquelles l’ennemi haïssait nos croyances, nos idoles, nos chefs historiques, nos manières de vivre, et nous aimait. Dans chaque container on trouvait aussi des figurines en peluche destinées à gagner le coeur des enfants et à les accoutumer à la culture de l’ennemi, à ses préférences esthétiques et religieuses, à ses exigences alimentaires, à ses pratiques d’hygiène, à son humour.
Dodi Badarimsha adorait les peluches de l’ennemi. Il se les attachait en guirlande autour du cou, ou il les disposait en cercle sur les sites que les incendies avaient goudronnés. Il les couchait dans le bitume toujours un peu tiède, les yeux grands ouverts en face du ciel, comme en attente d’une nouvelle pluie de feu, et il leur parlait. Parfois quelques-uns d’entre nous assistaient à son monologue et, saisis en profondeur par ce qui leur apparaissait comme un spectacle, ils essayaient d’intervenir, en murmurant des phrases ou en s’allongeant à leur tour à côté des peluches.» (Lutz Bassmann, « Mille neuf cent soixante-dix-sept ans avant la révolution mondiale », in TINA, n°1, août 2008, p. 15)

Voilà un tout autre monde…
Car passé l’édito, c’est notre Bassmann qui ouvre fièrement la revue. Chloé m’a gentiment proposé le pdf, peut-être par considération pour mon travail et mon éloignement. L’intention me touche beaucoup, merci ! Bien sûr, c’est aussi pour que j’en parle, c’est normal. A fortiori si ça me plaît.

Je continuerai demain parce qu’on doit sortir, aller en visite préventive au temple (T. ne pouvant se rendre à une cérémonie dans les jours à venir) et faire des courses avant que le typhon soit sur nous. Il est prévu, on ne sait jamais jusqu’où ça peut aller.

À Akasaka, vers 17 heures, la noirceur des nuages est impressionnante, rehaussée par les lumières des rues et des bâtiments. Faisons le tour des nouveaux restaurants du centre Sacas.
Puis T. se souvient qu’une amie d’enfance doit avoir un izakaya un peu plus loin, dans une ruelle latérale. Après une brève déambulation dans le quartier, nous arrivons à Mugiya, c’est l’heure de dîner et la carte nous plaît beaucoup. Émouvantes retrouvailles (T. ne l’a pas vue depuis près de dix ans), pour moi découverte d’une femme étonnamment grande et souple (T. me dira qu’en effet Mme Y. a été championne de natation à l’école).
Prenons du sashimi de cheval (excellent — vient avec du tategami, mets rare et blanc, autrement dit du gras de crinière — immangeable, paraît qu’il y a des amateurs), une salade d’avocat, de l’aubergine au miso, des poissons grillés, puis un nabe de canard (la bête est française) dans lequel on ajoutera des sobas. Ça semble faire beaucoup, dit comme ça, mais une heure plus tard, aucune lourdeur. Et puis on a dîné avant que les fumeurs n’arrivent (ce qui est quand même la plaie des izakayas).
Synchronisée sur notre emploi du temps, la pluie commence quand nous sortons, douce d’abord jusqu’au métro, jusqu’à ce que nous soyons rentrés à la maison, forte ensuite une bonne partie de la nuit.

Les États-Unis éprouvent une certaine satisfaction, une certaine fierté qui n’est pas que le soulagement après les risques courus (et qui courent encore, d’ailleurs). Encore une fois, ils sauvent le monde (ou font mine de) — après l’avoir mis sur la paille. Leurs dettes, leurs crédits tordus, leurs faillites colossales et enfin… roulements de tambours… leur solution sortie d’un chapeau les ont ramenés au centre de l’actualité mondiale — la Géorgie, l’Afghanistan, les Jeux olympiques, la fonte des pôles, tout cela est passé en petits caractères aux dernières pages. Le vrai centre de gravité du monde, que personne ne l’oublie, s’il vous plaît (et même s’il ne vous plaît pas) est l’économie américaine. La Russie surtout doit comprendre le message ; l’exercice de yoyo que vient de faire sa bourse est destiné à bien rappeler qui dirige la danse — et que des danseurs peuvent disparaître entre deux coups de cymbales.

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Publié dans le JLR

Un commentaire

  1. brigetoun

    billet trop riche (pas lourd, riche) pour petit crâne – vais digérer