Une traînée sur le bord de la feuille

mardi 14 octobre 2008, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

« Je marche droit, tu penses, ce n’est pas à moi que l’on aura l’idée d’apprendre comment marcher droit. J’ai avancé en ligne droite pendant cinq jours, avec ce maudit monastère devant les yeux. Mais il y a toujours autant d’obstacles et la distance ne change pas. C’est comme si le paysage se déformait et se reformait sans cesse.
— Comme dans les contes ?
— Tu parles d’un conte de fées !… Une saloperie terrienne de plus, oui. Un piège, je suppose. Ils essaient de nous maintenir à distance.» (Antoine Volodine, Biographie comparée de Jorian Murgrave, p. 149)

C’est souvent l’effet que me fait le sens littéraire, en général. Je le vois briller à quelques distances, je le saisis dans son ensemble, parfois dans un détail, un reflet particulier. J’avance vers lui et ne l’atteins jamais. Tout au moins, ce que j’imagine être l’atteindre. À penser autrement, je suis peut-être déjà complètement dedans. Je ne peux  rien faire pour l’atteindre, puisque c’est déjà fait, qu’il m’a absorbé, qu’il m’a eu, qu’il m’a.

Micro-sommeil entre deux copies. Mon stylo rouge a laissé une traînée sur le bord de la feuille. Tiens, c’est Shizuoka, et il pleut.
Plus tard, après deux cours, mon esprit a été détourné, distrait et je ne peux redescendre de suite dans le scaphandre étanche du moine-soldat. Mais comme je le dis à Andreas pour excuser d’avance ma défection de demain, ma vision est tapissée de bribes textuelles, d’idées qui scintillent et se déplacent les unes vers les autres. Et qu’il me faut saisir sans les faire fuir.
Je reprends prudemment le chemin du monastère.

L’hébergeur a écrit — une fois n’est pas coutume — qu’il y aurait une migration de serveur demain ; les bases de données (et donc les blogs) devraient être inaccessibles entre 16 heures et une heure du matin, heure de Tokyo (9h-18h, heure française). Si jamais ça revient…

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Publié dans le JLR

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