Elle fouette, la première demi-heure

jeudi 23 octobre 2008, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

La poésie partout et nulle
part ailleurs — dès qu’on y postule

Le ventre mou du semestre. Temps où le gros des classes perçoit le résultat de son travail et révèle ceux qui ne foutent rien, il n’y a pas d’autre mot. Des écarts de notes criants — et de l’incompréhension : celle de celui ou celle qui ne comprend rien, celle des autres qui ne comprennent pas pourquoi quelqu’un ne comprend pas puisque les autres y arrivent, celle du prof qui ne voit pas comment aider, encourager, ramener… et qui se dit que faire réussir tout le monde n’est peut-être pas à sa portée.
Au séminaire de cinéma, nous quittons enfin la composition tout de même un peu lourde de Sofia Coppola, surtout sur la fin de son Marie-Antoinette, que je trouve bâclée, même si justifiée par l’unité de lieu et de… régime (serait à comparer avec le film de Van Dyke de 1938). Pourtant, ils sont attendrissants et originaux, et contemporains d’intimité ces gros plans champ-contrechamp des époux incompris et incomprenants, sourires désolés, dans leur carrosse quittant Versailles pour toujours. Comme s’ils s’excusaient d’avoir complètement raté leur mission historique.
Juste après cela, elle fouette, la première demi-heure de La Marseillaise, de Jean Renoir (1938) ! Et, cinématographiquement parlant, elle paraît presque plus moderne que l’hagiographie coppolienne… Mais elle a aussi les défauts des films historiques de l’époque, la quantité textuelle et éducative des dialogues. La suite au prochain épisode.

Quand je vois les photos que Philippe De Jonckheere a retrouvées, parmi ses premières peut-être, et qu’il m’adresse, en référence à la journée d’étude de la BnF (30 nov. 2006) où nous étions pour parler des possibilités de publier l’intime, je ne peux éviter plusieurs fois d’avoir un pincement au cœur.
J’ai moi aussi — et comme beaucoup de gens — eu ce genre d’appareil et fait ce genre de photos, dans lesquelles je crois que l’idée de qualité ou d’art n’entre pas.
Elles témoignent plutôt d’un formidable paradoxe qui est que pour chacun ses propres clichés renvoient à des souvenirs très personnels, familiaux, vacanciers, plus ou moins flous, plus ou moins réveillés des dizaines d’années plus tard mais que pour d’autres ils renvoient aussi à des souvenirs personnels qui se réveillent par l’effet du genre photographique.
Ainsi cette scène — enfant / voiture / maison / légère pente, avec ses gris peu contrastés, l’absence d’action et de narration dans la composition — me fait-elle souvenir, dans un flou qui répond à l’atonie, de plusieurs attentes de départ, à Creil, à Hendaye, à Saint-Pourçain et même à Lerida. Issu du genre même, quelque chose aide mes souvenirs à remonter par l’image de ceux de quelqu’un d’autre. Ce sera aussi, maintenant, une nouvelle marque d’intimité entre nous.

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Publié dans le JLR

3 commentaires

  1. brigetoun

    et ça marche aussi à la lecture des réactions où on retrouve aussi les siennes

  2. F

    eu même sensation à découvrir les photos de PhilDJ – et moi aussi quasi les mêmes ici pour ce qui me concerne (sauf que les bagnoles c’est des Citroën), mais le fait qu’on les regarde autrement, justement parce qu’on est sur le site d’un photographe qui passe son temps à casser le rapport simple qu’on a aux images…

  3. Philippe De Jonckheere

    J’étais loin de me douter de cela, amplement bouleversé que j’étais par ces images, pour moi-même. D’un autre côté c’est aussi très générationnel, la voiture et la facture typiques du début des années 70.

    Amicalement

    Phil