Les insectes et les femmes hybrides

samedi 22 novembre 2008, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

« Quelques années après la guerre, d’autres archives des commissariats ont été détruites, comme les registres spéciaux ouverts en juin 1942, la semaine où ceux qui avaient été classés dans la catégorie « juifs » ont reçu leurs trois étoiles jaunes par personne, à partir de l’âge de six ans.» (Patrick Modiano, Dora Bruder, p. 76)

Relisant une fois encore cette phrase, je me dis que décidément on n’en sait bien peu sur les destructions de fichiers juifs après la guerre (j’ai cherché dans le web et n’ai trouvé que très peu de références). À la différence de pays occupés par l’URSS après la 2e Guerre mondiale et dont des archives ont pu disparaître du fait du libérateur, la France a gardé un gouvernement français après la libération. Ce qui veut dire que ce sont des Français qui ont sciemment, après la guerre, décidé de détruire certains documents…
Le cours est consacré aujourd’hui aux pages 81-86, l’arrestation d’Ernest Bruder, le père de Dora, puis un chapitre étrange où il est question pour partie de la Police aux questions juives, de ses commissaires dont on ne sait pas non plus tellement de choses, en fait, et qui se termine par l’énumération de sept débuts de lettres envoyées à la préfecture de police par des personnes recensées comme juives et qui demandent des nouvelles d’un des leurs, ou la libération d’un des leurs, arrêté par erreur ou inadvertance…
La question centrale, posée par l’un de mes étudiants, est : pourquoi Modiano nous propose-t-il cette énumération ?
La réponse est dans la disposition en vis-a-vis : d’un côté ceux qui organisent sciemment l’élimination des juifs, en avançant masqués et par étapes, au moins jusqu’en 42, et qui n’ont plus aucun sentiment d’humanité pour cette « race » qu’ils éliminent (c’est leur mot, pas le mien), de l’autre ceux qui, étant dans la barque, ne voient pas le but de la manœuvre et continuent à faire confiance, déféremment, à l’autorité publique du pays de la Révolution française et des Droits de l’homme, persuadés que c’est encore dans ce pays-là qu’ils sont…

« Monsieur le Préfet de Police
J’ai l’honneur de solliciter de votre haute bienveillance et de votre générosité les renseignements concernant ma fille, […] » (Ibid., p. 85)

Déjeuner au Saint-Martin. Qui innove : la maison propose maintenant un steack-frites et une cuisse de poulet  farcie aux cèpes, tagliatelles en sauce. Et Yukie nous offre le beaujolais nouveau, qui n’est pas mauvais. Pendant que nous attendons la commande, elle nous présente un beau catalogue, pensant que l’artiste, Nishio Yasuyuki, m’intéresserait. Et ça ne rate pas : que ce soit par les séries de sculptures ou de peintures dans lesquelles le gigantisme godzillien rencontre le bondage manga, par les sculptures d’apparences organiques et surtout par les insectes et les femmes hybrides.

Pendant qu’on allait au restaurant, notre voisin du 2e m’a appelé (celui qui occupe notre précédent appartement), pour me dire que ce matin, juste après mon départ pour l’Institut (9h50) et juste au moment de sa sortie (10h00), des policiers dans deux voitures dont une banalisée ainsi que des policiers à vélo se sont arrêtés devant l’immeuble d’à côté, celui qui est occupé par des expatriés français friqués, et y sont entrés… On ne sait pas la suite. Mais comme il disait, si cela n’avait été qu’un petit problème, on ne serait pas venu faire un contrôle ou une arrestation à huit ou dix. Le mystère reste entier…

Film à l’Institut : Actrices, de Valérie Bruni-Tedeschi (2007). C’est bien mais en même temps c’est un peu pénible. Je veux dire que le fim est bon mais que je n’ai aucune affinité (ou très peu) avec son sujet et son monde. Les théâtreux m’ont toujours paru à la fois fascinants, pour ce qu’ils arrivent à produire avec leur voix et leur corps, et pitoyables pour ce qu’on perçoit ou ce qu’ils veulent bien montrer de leur vie personnelle ou intime. Et comment s’empêcher de faire un lien entre les deux ? Le procès intenté à soi-même (via la mère) est méritoire, courageux, Diderot et son Paradoxe paraissent même en retrait de ce que dévoile VBT du jeu d’âme, mais je pense tout de même que d’autres choix de vie se présentaient au personnage depuis son adolescence. Pathétiquement, elle a le courage de montrer qu’elle vit dans l’illusion d’une abnégation qui la mènerait « à la gloire et aux honneurs », comme elle dit, alors qu’aucun fan ni aucun journaliste ne l’attend jamais à la sortie des Amandiers…

Enregistrement de la série de trois Surpris par la nuit intitulée En marchant en écrivant, avec notamment Patrick Modiano, Eugène Savitzkaya, Philippe Vasset, et al. Je les écouterai… en marchant. Puis je commence la récupération des Vagues, adaptation de Virginia Woolf. Un boulot d’enregistrement et de copier-coller de séquences puisque chaque émission est diffusée en avance sur son horaire et qu’il faut aller en chercher le début dans l’À Voix nue du même jour…

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Publié dans le JLR

2 commentaires

  1. from Montreal with love

    juste pour te saluer, on doit être en pleine opposition de phase mais comme j’ai pas dormi la nuit dernière (alerte incendie, transférés dans une patinoire!), rigolo de voir s’actualiser sous les yeux le jlr ! ai rejoint ton initiative Face Book Network (même si pas tout compris, pas en état!)

  2. F

    très heureux du lancement de la fiction policière intégrée, on va être nombreux à suivre!