J
ournal LittéRéticulaire de Berlol

Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Septembre 2005

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Jeudi 1er septembre 2005. Pacha comme deux.

Tout s'est bien passé mais trop crevé pour écrire. D'autant que s'il est tôt plus tôt, ici, il est aussi plus vite tard, par rapport à la France. Enfin, je ne sais pas si c'est clair, ça... C'est bien la preuve du peu de disponibilité de mes neurones.

Je vais aller m'étaler,
pacha comme deux
chats qu'on a vu tout à l'heure,
sous une voiture, étalés, s'étirant,
dere-dere
(でれでれ, détendu comme pas possible...).

Penser en millions d'années relaxe. (Antoine Emaz, Lichen, lichen, p. 43.)


Oui, mais qu'il soit tôt plus tôt ou plus vite tard...
tôt ou tard....
jcb
2005-09-01 16:35:52 de jcbourdais

voir samedi 27 août pour la librairie Vendredi.
Dont je m'émeus tant qu'on parle ici.
Par exemple, je repère mes livres dans une autre librairie disposant d'un stock plus confortable et vais les commander ici. On en discute. Puis quelqu'un passe qui a lu le livre. Puis on boit. Au reste, on achète le même vin chez Nicolas, c'est la preuve.
Parfois, Gil s'absente et je tiens la boutique quelques minutes. Je travaille juste à côté, il faut dire.
Oh lala. Je passe tant de temps dans cette librairie. C'est chez moi, voilà.
2005-09-01 19:26:49 de Alain

Okaeri
2005-09-02 03:49:24 de Manu

Otsukaresama de gozaimasu !
Okaeri nasai !
Koko atsui deshô !
Go yukkuri ne !
2005-09-02 05:19:03 de dabichan

Merci à vous deux !
Traduction pour les non-japonisants :
Bon retour à vous (nous, donc)
Vous devez être bien crevés, non ?
Fait chaud, ici, hein !
Faites bien gaffe à vous !
Pour Alain : ça m'a fait très plaisir de tomber sur cette librairie, et pas étonnant que vous la connaissiez. La prochaine fois, on s'y retrouve !
2005-09-02 05:44:16 de Berlol



Vendredi 2 septembre 2005. Des choses ampoulées qui déplaisent.

Pendant que j'avais la tête en l'air — à 9 ou 10 mille mètres, quand même — quelqu'un m'a écrit pour me dire qu'après citation dans mon JLR du 30 (et non du 31, certains huissiers l'auront remarqué, je pense), je l'avais « décidée à acheter » et à lire le livre de Michel Houellebecq, que l'extrait que j'ai cité, comparé à ma « prose ampoulée », l'avait convaincue ; enfin, que je pouvais continuer mon « journal .......culaire.»
Je la remercie bien de son autorisation. Faudra que je vérifie le sens du mot ampoulé, tout de même.
Ma foi, c'est bien possible. Ça doit être quand j'emploie des noms comme verbes, ou quand j'amalgame des mots, ou quand j'ajoute des suffixes. Des libertés qui m'amusent et qui me paraissent simples, et compréhensibles — mais peut-être que des gens cherchent ces compositions dans des dictionnaires et, ne les y trouvant pas, évidemment, croient que je les tire d'un français ancien ou réservé à des élites.
En tout cas, si je veux vendre des livres, un jour, faudra que j'évite ça. Surtout si je veux vendre en quantité.

Pour ce qui est du livre de MH, je crois qu'à quelques heures près, on a eu droit à des dizaines de citations pas piquées des vers. Je ne suis donc pas certain d'avoir été si prescripteur dans le choix de ma correspondante. Pour les personnes du beau sexe qui aiment se faire traiter de « pétasse » à toutes les pages et être synecdoquées en « chatte » par un dépressif qui n'a même pas le courage de se jeter du haut d'un pont, c'est effectivement un bon livre. Les chiffres de vente donneront ainsi le degré de masochisme et de déconsidération de soi de la population féminine française, malheureusement confondu au degré de vulgarité et de misogynie de la population masculine (j'étais même très étonné en voyant Campus que, féministe comme elle l'est, Josyane Savigneau ait pu aimer ce livre et prendre la défense de son auteur — ou c'est un génie littéraire, ou la soupe est bonne).
C'est sans doute le même masochisme qui pousse de temps en temps cette correspondante à lire chez moi des choses ampoulées qui lui déplaisent. Certes, elle n'a pas écrit que ça lui déplaisait... Mais ampoulée, même si on éteint la lumière et qu'on la déplume, ça reste à connotation négative.

Petite expérience connotativo-attributive (4, sur l'échelle d'ampoulage qui en compte 7). Représentez-vous chacune de ces citations comme une vérité littéraire, ne serait-ce qu'un instant. Le sens de la phrase citée n'en est-il pas quelque peu changé ? (Celles et ceux qui répondent « non » ont perdu d'avance.)
« Dieu existe, j'ai marché dedans » (grafitti d'Aix en Provence, ou slogan de 1996)

« Dieu existe, j'ai marché dedans » (André Gide)

« Dieu existe, j'ai marché dedans »
(Lanza del Vasto)

« Dieu existe, j'ai marché dedans » (Voltaire)

« Dieu existe, j'ai marché dedans » (Jean-Paul I)

« Dieu existe, j'ai marché dedans » (Léon Bloy)

« Dieu existe, j'ai marché dedans » (Michel Blanc dans Les Bronzés)

« Dieu existe, j'ai marché dedans » (Livre de Daniel, III, 13)

« Dieu existe, j'ai marché dedans » (Michel Sardou)
C'est aussi un moyen de dispersion dans Google, pour une citation qui de toute façon n'est pas une création de Houellebecq. Qu'on se le dise. J'ajoute, à propos du parodique Livre de Daniel que Houellebecq a fait mettre des titres courants qui imitent les références bibliques... Par jeu ? Par mégalomanie ? Par prophétisme ?
Son journal nous l'apprendra peut-être un jour...

S'en sortir.
Encore en partie à l'heure française, je ne sais pas quand il faut dormir ou veiller. Sorti faire des courses, je redécouvre que j'habite derrière l'Institut franco-japonais. Il y a un festival de cinéma brésilien qui commence aujourd'hui. L'année du Brésil en France fait des petits jusqu'ici. Demain, j'irai chercher le programme. Et puis, il faut que je prépare mes cours. On a fait deux machines et le linge sèche très vite, bien qu'il ne fasse pas aussi chaud qu'on le craignait. J'enregistre à tour de bras les émissions de France Culture que je n'ai pas eu le temps d'écouter depuis plus de quinze jours.
Au milieu de cette vie minuscule qui est la nôtre, je reçois comme tout le monde les effarantes nouvelles de la Louisiane. Effarantes et contradictoires en ce qui concerne les pillages et la violence. Les médias semblent avoir des sources variées et peu fiables, crédibles selon l'idée préconçue collective et inconsciente de la rédaction : un coup, c'est que tout est maîtrisée, ce n'est qu'une question d'heure et d'acheminement des moyens ; un coup c'est l'état de sauvagerie absolue, tout le monde pille, flingue, viole.
Deux choses sont sûres : les images montrent surtout des Noirs (les plus pauvres ? les seuls qui sont restés ?) et la France est en partie responsable des inondations de New Orleans (ce sont des Français qui ont décidé de mettre cette ville dans une cuvette il y a près de 300 ans).


j'aime ton blog...Un amour pour la littérature moderne,classique et surtout de jeunesse qui me plait
pour la lousiane...que dire....L'homme mange l'"homme,son pair
2005-09-02 18:58:10 de cecilia

Vie minuscule ?
Attention, ta correspondante doit trouver le style de Michon très "ampoulé" .
2005-09-02 19:08:37 de Arte

"L'Amerique, ca n'existe pas. Je le sais, j'y suis alle". Une nouvelle fois me reviennent a l'esprit ces paroles memorables du film d'Alain Resnais... Il y a bien longtemps, deja (et l'un des premiers a l'avoir dit fut Hermann Melville), que le reve americain a trahi son beau credo de liberte... une nouvelle fois misere symbolique et misere tout court nous sautent a la figure... les images exhibees au monde entier montrent le versant noir (sans mauvais jeu de mots) de l'Amerique malade, epuisee par ses inventions et ses simulacres, pretendant faire regner son ordre mondial et incapable de soigner ses propres enfants. Miserable ! Pathetique ! Monstrueux !
Malgre tout... bon retour au pays.
2005-09-03 05:19:58 de vinteix

Mais non, ma poule, ton style n'est pas ampoulé! Ni à lame, biquet... (Tu sais que j'ai parfois l'accent du midi)
Pour l'Amérique, je suis de plus en plus sceptique par rapport aux affirmations assénées sur sa soi-disant incapacité de s'occuper de ses pauvres. Je viens en effet de lire un livre fort édifiant écrit par Bernard Zimmern, un des responsables de l'IFRAP (fort! tout un programme!) ( http://www.ifrap.org/ ) "Les profiteurs de l'État" (Plon).
http://www.ifrap.org/archives/livres/profiteurs.html
Il y met en garde les lecteurs sur la manière dont les comparaisons avec les États-Unis sont effectuées, de manière, évidemment, à mettre en valeur la société française, si égalitaire, si sociale, etc...
Mes yeux se sont désillés!
2005-09-03 12:06:54 de Christian

Et une répétition (manière)! Bouh!
2005-09-03 12:08:01 de Christian

Tout aussi monstrueux que le visage de l'Amerique... les expulsions sarkoziennes d'hier...
2005-09-03 12:27:05 de vinteix

...et maintenant on entend la presidente du Medef declarer que la precarite est "une loi de la condition humaine" !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Non, cher Christian, si j'attaque les USA, ce n'est pas pour plaider en faveur de la Phrance !
2005-09-03 14:05:42 de vinteix

Les images me font penser à celles du tsunami de décembre dernier. Comme quoi aucun pays n'est à l'abri des catastrophes naturelles et de leurs conséquences, même les plus riches.
Il serait peut-être temps d’accorder plus d’importance à la problématique des changements climatiques qu’à la sacro-sainte économie américaine et le pétrole qui va avec…
2005-09-03 15:04:14 de Manu

"féministe comme elle l'est, Josyane Savigneau ait pu aimer ce livre et prendre la défense de son auteur"
Hélas, Josyane Savigneau fait partie de la même "mafia" que Sollers. Il faut être réaliste, dasn ce milieu des critiques littéraires, ceux du Monde ne sont pas plus crédible que ceux du Masque et la Plume (demain soir, ils encensent MH) et des Inrocks etc... Lisons le Matricule des Anges, revue loin du compinage parisien.
2005-09-03 17:38:00 de Caroline

Berlol, enfin, ta photo sur le blog! (le tengu).
Au fait, quel appareil utilises-tu? Je trouve tes photos toujours très réussies.
Vinteix, la précarité, les chefs d'entreprises ne la conçoient pas pour eux (stock options, etc). Mais il y a pire: les fonctionnaires!
Encore une fois, l'IFRAP mérite qu'on aille faire un tour sur son site...
http://www.ifrap.org/
2005-09-03 18:59:26 de Christian



Samedi 3 septembre 2005. La plupart des politiques ne se jugent pas responsables.

Je serai bref, ayant passé une bonne partie de la journée devant l'écran pour actualiser l'index du JLR avec les pages de juillet (c'est en ligne, il me reste août à faire). Au demeurant (dans mon fauteuil), il y a peu de choses à dire.

Sur France Info, on annonce que la piste criminelle est maintenant privilégiée dans l'incendie de l'immeuble du bd Auriol (Cf. JLR du 26/08). Je lisais justement avant-hier, sur le cousu main de Caroline du 27, que mon idée ne l'avait pas choquée, et que si l'on pouvait avoir ici un Romain Duris apportant des rats dans la cage d'escalier, on pouvait très bien avoir là un incendiaire, même un incendiaire pas bien méchant qui ne sait pas vraiment ce qu'il fait, par exemple un camé alimenté par un petit truand, lui-même en cheville avec un agent immobilier, le premier ne voyant jamais le troisième. M'est d'avis que la police est sur cette piste-là depuis le premier jour.
Côté relogement des squatteurs de l'autre immeuble, celui du Marais, où là aussi la pression immobilière doit se faire sentir, j'ai pu voir et entendre sur i-télé une femme noire visiblement fataliste, disant à peu près que « puisqu'on est des Noirs, ils font ce qu'ils veulent de nous.»
J'aimerais bien savoir, au niveau international, où l'on en est avec la question des races ! Il me semblait qu'après avoir été hiérarchisées, elles avaient été rendues égales. Puis que le pluriel lui-même avait été supprimé, une seule race humaine, les êtres humains, avec une diversité de couleurs, d'origines, de cultures, etc. Il me semblait que scientifiquement, on en était resté là, non ?
Alors qu'est-ce qui fait que dans deux pays aussi différents, aussi soi-disant démocratiques que les États-Unis et la France, nous soyons soumis à la honte de voir que, par un jeu de contraintes économiques dont la plupart des politiques ne se jugent pas responsables, ce sont principalement des Noirs qui meurent des suites d'un ouragan, qui sont entassés dans des conditions indignes, qui sont jetés à la rue, etc. ? Me dira-t-on que c'est une coïncidence ?
Les politiques et certains médias ne savent-ils pas :
Que la criminalité de New Orleans était la seconde des États-Unis en nombre de crimes ? Que les digues étaient les plus fragiles du pays ? Que les crédits de réparation avaient été coupés pour soutenir l'effort de guerre ? Qu'un rapport prévoyait précisément ce qui vient d'arriver ?
Qu'il y a des centaines de logements libres réquisitionnables dans Paris ? Que les plans de logements sociaux sont régulièrement revus à la baisse et retardés ? Que cela accompagne une volonté politique dont les conditions économiques supposent un racisme sous-jacent ?

Vaut mieux que j'aille me coucher. Je mettrai des liens demain...


C'est aux électeurs à juger les politiiques... C'est ça la démocratie
2005-09-03 17:50:22 de Frederic

tu ouvres une trappe très obscure, mais elle a toujours été au coeur du surgissement littéraire, de Saint-Simon qui écrivait de la politique et pas de la littérature, croyait-il, et le forçat des "Palmiers sauvages" dans la tornade et l'inondation du Mississipi
à nous de faire qu'elle y reste, à cet endroit, non pas la littérature ce serait prétentieux, mais tout simplement qu'on pense et qu'on écrive
c'est pour ça aussi que je suis heureux que tu aies accroché à Emaz (sans é) - tu devrais contaminer telle amie de l'institut que je ne nommerai pas pour le faire venir!
juste : dommage que tu sois arrivé 1 jour trop tard pour nous faire profiter de la journée simulation "big one", il y a d'étranges photos de Tokyo en faux séisme dans Libé
2005-09-03 22:24:05 de FBon

Euh, Frederic, je suis d'accord sur le principe, mais là c'était pas trop la question.
Et puis les électeurs, pour les politiques, je crois que c'est de la marchandise à voter qui se prépare loin en amont, maintenant. Les médias, avec des journalistes qui ont des opinions propres dont il ne font pas toujours abstraction, et qui sont sollicités par des lobbys de tous ordres, préparent, on devrait dire "cuisinent", les électeurs jusqu'au fond de leur inconscient.
Pour François : skuzmwa mais Émaz est écrit avec un É sur la couverture de "Lichen, lichen"...
Pour les essais d'évacuation du 1er septembre, je n'étais pas au courant, c'est en regardant le blog de CB que j'ai vu ça.
Dans Libé ! Mazette !
2005-09-04 11:10:56 de Berlol

oui, et on prononce émaz, mais cette semaine j'ai eu à me poser la question pour mes corr d'épreuves "ts les mots sont adultes", et "Pour Emaz, tu as raison, sans accent." alors que sur bouquin Dé Bleu aussi il y a accent... n'empêche, quel balaise.
2005-09-04 12:38:06 de FBon



Dimanche 4 septembre 2005. Leur transpiration n'a pas la banalité de la mienne.

Retour au centre de sport de T. à Shibuya. De 9h30 à 12h, étirement, échauffement, vélo avec lecture, course à pied sur tapis électrique inclinable, machines de musculation, bref : la totale. C'est l'opération éradication bourrelets.
On déjeuner en haut de l'immeuble de choses light (mais bonnes tout de même, et d'un prix très raisonnable): salade au thon et spaghettis à la tomate.
Initialement, nous voulions faire cela hier, mais un problème de calage dans le temps nous en a empêchés. Étions encore entre deux heures. Pas spécialement fatigués, seulement décalés. Mais ce matin, fini. C'est bien le Japon, là, derrière le rideau, ce n'est plus la rue Monge. Le coup de téléphone de David, hier soir, pendant la promenade, doit y être pour quelque chose : c'est sa voix autochtone qui m'a fixé dans le fuseau.

La lecture, c'est Assia Djebar. La perspective du GRAAL m'enchante, revoir les amis. Dans la nouvelle que je suis en train de lire, l'écrivain de 1978, aujourd'hui à l'Académie française, prend des libertés folles et qui pourraient passer inaperçues aux yeux de tous ceux qui vivent en pays libre et développé, comme on dit. Les Femmes d'Alger dans leur appartement vont aussi au bain mais leur transpiration n'a pas la banalité de la mienne : dire que leurs pores sont ouverts, c'est comme dire que des portes sont ouvertes...

« Anne se laisse peigner. Sarah écoute cette sourde musique et ces propos qui se cherchent.
— Dans un village socialiste, intervient l'inconnue (et elle cite ses références : un quotidien en langue nationale que lui lit chaque jour son garçonnet de dix ans), des femmes, des paysannes, ont cassé des robinets, pour pouvoir aller chaque jour à la fontaine !... L'ignorance !
— La liberté ! réplique Baya qui sort de la chambre chaude... Comment leur a-t-on construit les nouvelles maisons ? Fermée, chacune, sur elle-même... Est-ce ainsi dans le douar ?
« Que casser en moi, ou a défaut en dehors de moi, pour retrouver les autres ? Retrouver l'eau qui court, qui chante, qui se perd, elle qui libère mais peu à peu, en chacune de nous.» Sarah s'absente.»
(Assia Djebar, « Femmes d'Alger dans leur appartement » (1978), in recueil de nouvelles éponyme, rééd. au Livre de poche, 2002, n° 30047, p. 101-102.)

La météo annonce l'approche d'un typhon, après-demain, mais précédé de pluies très fortes dès ce soir — pas sûr du tout que j'aille à Nagoya dans ces conditions. Dans l'après-midi, quelques nuages menaçants, mais sans plus. On passe dans deux magasins à la recherche d'un grille-pain (c'est pour notre nouveau régime). Il n'y en a pas, il n'y a que des petits fours électriques. On n'en veut pas. On veut un vrai grille-pain ! Un vertical qui éjecte le pain grillé !
Passant par le réseau, on trouve sur des sites japonais une quantité phénoménale de modèles disponibles à l'achat en ligne, mais presque rien dans des (sites de) magasins. Est-ce un indice d'un certain basculement dans le fonctionnement du commerce : les magasins ne disposant (bientôt) plus que de quelques produits de grande consommation, de nouvelles gammes et de promotions, le réseau permettant seul d'avoir un choix complet ?
On trouve enfin un magasin, auquel T. téléphone, qui n'a pas le modèle désiré mais qui en vérifie la disponibilité pour demain... À suivre.

Ce soir, pendant qu'il pleut et qu'on a un peu mal partout, regardons Bon Voyage, le film de Jean-Paul Rappeneau, dans lequel il pleut pas mal aussi. Le rôle très désagréable d'Isabelle Adjani (personnage bien campé d'actrice prête à tout, je veux dire : se donnant à un ministre avant l'armistice de 40 puis à un journaliste-espion allemand qui la ramène de Bordeaux à Paris), le rôle lumineux de Virginie Ledoyen en contraste, bien sûr, et puis le rôle très amusant, décalé presque, d'Yvan Attal.
Film agréable et proposant une assez bonne reconstitution de la débandade de juin 40. Pourrait bien servir pour mon cours, n'était sa longueur, presque deux heures... On verra.


C'est quelques minutes avant le bulletin "météo marine" de France Inter que j'ai appris en plein golfe de Gascogne l'élection de Djebar à l'académie ; ce fut une sacré joie. C'est Yacine, Feraoun, Sénac, Mammeri, Anna Gréki, qui entrent dans son beau sillage de femme.
Je tiens "Ces voix qui m'ass!ègent" pour un des bouquins les plus forts sur la confrontation linguistique qu'avait déjà abordé Kateb Yacine dans Nedjma.
En écho à votre lecture - à propos de Delacroix :« Rien ne se devine de l'âme de ces dolentes assises, comme noyées dans ce qui les entoure. Elles demeurent absentes à elles-mêmes, à leur corps, à leur sensualité, à leur bonheur.» C'est dans la postface intitulée "Regard interdit, son coupé" et Djebar d'aborder le Picasso qui va s'imprègner de Delacrois, pour "renverser la malédiction" et inscrire "en lignes hardies un bonheur totalement nouveau". Les "dévoilées" se dénudent : "signe d'une renaissance des ces femmes à leur corps".
Belle lutteuse, Assia Djebar !
Je suis heureux de cette connivence de lecteurs.
2005-09-05 05:58:37 de grapheus tis

Bonjour,
Berlol, tu as retrouvé la forme! Je te trouve plein d'allant, "Biquet"...
2005-09-06 09:56:27 de Christian



Lundi 5 septembre 2005. Étrille les sensibilités et abrutit les consciences.

Marcottage, quand tu nous tiens... C'est le tour de JCB de découvrir Antoine Emaz — sans accent aigu à la majuscule, donc. Comme souvent, il le fait en grand.
D'ailleurs, s'il voulait s'occuper du tableau de Delacroix, Femmes d'Alger dans leur appartement, ça me serait bien utile. Mais bon, vraiment si tu n'as rien de mieux à faire...

Une bonne partie de l'après-midi, je lis sur le balcon. J'ai amené une chaise ; il fait juste tiède ; une pluie paresseuse pianote les feuilles sans m'atteindre. J'avance de quelques dizaines de pages dans les nouvelles d'Assia Djebar. Avec plaisir, et des notes, des questions dans les marges.
Le ciel a des tons gris et marrons. Ce sont les nuées qui précèdent le typhon 14, celui qui a provoqué des inondations hier soir dans quelques quartiers bas de Tokyo — et qui n'est encore qu'entre Okinawa et Kyushu. Il est deux fois plus large que Katrina qui vient de ravager le sud-est des États-Unis et l'on attend cette nuit des vagues de 12 mètres du côté de Kagoshima. Son passage par chez nous est pour demain ; il devrait avoir faibli d'ici là.

Ce soir, T. rentre à la maison en me disant qu'elle n'a pas pu avoir le pain anglais que l'on aime bien (pour les toasts) parce qu'un salopard a pris devant elle les trois derniers paquets. Fort étonné de la coïncidence, je lui lis le passage suivant :

« À côté de moi, une vieille Anglaise (sèche, méchante, du genre à dépecer des renards pour décorer son living-room), qui s'était déjà largement servie d'œufs, rafla sans hésiter les trois dernières saucisses garnissant le plat de métal. [...] L'Allemand qui faisait la queue derrière elle se figea sur place ; sa fourchette déjà tendue vers une saucisse s'immobilisa à mi-hauteur, le rouge de l'indignation emplit son visage. C'était un Allemand énorme, un colosse, plus de deux mètres, au moins cent cinquante kilos. J'ai cru un instant qu'il allait planter sa fourchette dans les yeux de l'octogénaire, ou la serrer par le cou et lui écraser la tête sur le distributeur de plats chauds. Elle, comme si de rien n'était, avec cet égoïsme sénile, devenu inconscient, des vieillards, revenait en trottinant vers sa table.» (Michel Houellebecq, La Possibilité d'une île, Fayard, 2005, p. 19-20.)

Une quinzaine de pages de Houellebecq lues ce matin m'ont rappelé non sa nocivité mais sa banalité, déjà ressentie avec ses précédents romans. N'était le battage organisé, qui étrille les sensibilités et abrutit les consciences, on verrait assez que son écriture est plutôt académique, avec narration passé simple / imparfait, mâtinée de passé composé, quelques dialogues, quelques anecdotes, ou faits divers qui font histoire dans l'histoire. Le ton est tel, travaillé ou non, que le lecteur est enclin à s'apitoyer, quel que soit le narrateur, se confondrait-il avec l'auteur. Or cet apitoiement est l'émulsion sucrée qui va faire passer, chez nombre de lecteurs, j'en suis convaincu, le sexisme et le racisme, pour ne citer que ces deux choses insupportables-là. Ce que l'on peut être amené à accepter d'un beauf malheureux contient cependant la même dose de saleté humaine que dans un discours échevelé d'extrême-droite.
C'est par l'étude précise de ce mécanisme littéraire qu'il convient à mon avis de lutter contre la machine commerciale et publicitaire d'une part, contre la banalisation de ces idées et comportements d'autre part.


en accord
avec juste ce truc incompréhensible : que ceux qui font le battage ce n'est même pas ceux qui en bénéficient...
F
2005-09-05 17:33:30 de FBon

en accord
avec ce ce truc juste incompréhensible : que tous ceux qui écrivent un article démontent pendant quatre paragraphes le bouquin en montrant, avec multiples citations repoussantes, le vulgarité et la nullité du bouquin et finissent , dans le dernier paragraphe par dire : lisez-le c'est super.
Que PERSONNE n'ose écrire noir sur blanc : je n'aime pas ce livre, il est mauvais et c'est une merde.
(à part jusqu'ici Onfray qui dans Lire fait une analyse sans fard)
On ne m'empêchera pas de penser,que oui, il y a là une certaine faillite, pourquoi ne pas dire faillite certaine, de la critique, des critiques, dont quand même, François, certains en bénéficient, j'en suis sûr.
2005-09-05 18:38:03 de jcbourdais

ce serait tomber dans le même panneau que d'en parler trop
on me l'a offert gratos un peu avant sa sortie dans lieu pro, il y a tjs des pages qui font plaisir, genre démontage circuits art contemporain ou fonctionnement des médias fric, mais dans une avalanche répétitive de porno soft et de provoc aussi bien calculée qu'une planche de menuisier j'ai calé : et, comme Berlol, ce qui me hérisse désormais de + en + c'est cette acceptation d'un avilissement et qu'il soit tout le temps dans le même sens, on ne peut pas lire sans très vite se sentir complice, et dégradé
mais le système fou réagit comme pour montrer sa folie, et la plus suicidaire
je retourne à Jules Verne, escusez moi j'ai z'un article
2005-09-05 18:52:04 de FBon

Oui, oui ! Que JCB s'occupe des FEMMES D'ALGER et qu'il pousse jusqu'à la "méditation" de Picasso dont parle Djebar(Voir dans le catalogue "le dernier Picasso", p. 24 & p.149, 150,151).
2005-09-05 23:22:13 de grapheus tis

Dis donc, Berlol, faut arrêter le viagra... t'es tout rouge!
2005-09-06 10:02:19 de Christian

Oui, tiens, Christian, pendant qu'on y est (Salut !, au passage, ça va toi ? Et la petite famille ?), dis-moi, comment tu pourrais définir le "tengu"?
Celui-ci (colonne de gauche) est de Beppu, posé sur un parking.
Avec la page u-blog du 4 mai, ça fait un drôle d'effet ! (http://www.u-blog.net/berlol/note/435)
2005-09-06 10:27:42 de Berlol

Merci, ça va! La petite a déjà bien poussé!
On passera vous voir avec elle courant septembre. À moins que ce ne soit vous qui veniez à notre chalet (à Nipppori).
Pour les "tengu", voici ce que dit l'encyclopédie wikipedia à l'article "Japon".
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tengu
"Les tengu (天狗) sont des dieux (kami) mineurs du folklore japonais. Ils font partie des traditions de la plupart des religions japonaises, le shintoisme et le bouddhisme, où ils sont classifiés dans les marakayika. Ils sont parfois associés aux dieux Saruta-hiko, Susano-o, et Karura. Les tengu sont un sujet populaire de l'art, du théâtre, et de la littérature japonaise."
Un peu court mais pas mal pour un début. Bien sûr, il y a des liens à suivre.
2005-09-07 04:02:46 de Christian



Mardi 6 septembre 2005. Une trombe d'eau en guise de rame.

« BAYON. La photographie illustrant l’article consacré à Bayon (« Le Monde des livres » du 26 août) représente le phare de Nidivic et non celui du Creac’h.» (in Le Monde des livres du 1er septembre, page 2)

« À l'heure de l'ouverture du magasin, les cabas regorgeront de pommes de terre.»
Michel Onfray (Lire, sept. 2005)

Jour intermédiaire. Des choses à finir. D'autres à commencer. Hésitation, chipotage, tout avance un peu mais rien de concret n'en sort. Un peu comme le typhon vu de Tokyo. Des bulletins météo en disent toute la violence dans le sud du pays mais son tracé prévisionnel dévie d'heure en heure vers le nord, de sorte que la pluie a même cessé de tomber en début d'après-midi, le ciel à se dégager après le coucher du soleil. Des choses ont été reportées en prévision ; des gens restent à ne rien faire ; la circulation se traîne sans coincer.

Après le déjeuner dans un nouveau restaurant de sobas où, pas mauvais certes, rimeraient presque prétention et pingrerie (Kyourakutei, 蕎楽亭), partons braver les élements en quête de notre grille-pain. À Sendagi, quand nous sortons du métro où je craignais sans cesse que nous déboule une trombe d'eau en guise de rame, il ne pleut même plus. Que les parapluies s'égouttent !
Aller à Sendagi quand vous habitez à Iidabashi, c'est comme qui dirait aller à Botzaris quand vous êtes à Pont-Neuf, pour ceux qui connaissent le métro parisien. Quand c'est pour un grille-pain, on se demande si vous n'avez pas les fils qui se touchent. Mais voilà, l'araignée du plafond se porte bien et on rentre à la maison en allant à pied rejoindre la station Honkomagome qui nous permet d'attraper une ligne directe, pébroques en berne.

Ma grand-mère à Italie 2 Mon père a téléphoné à 8h30 du matin, après avoir vu des images alarmantes de typhon nippon, sur fond d'ouragan cajun. Ça ne rate pas : vers 21h, c'est ma grand-mère qui appelle, inquiète itou. Comme on sait que c'est parce qu'ils nous aiment, on ne leur en veut pas, bien sûr ; mais si les médias faisaient mieux leur boulot en indiquant où est le sud du Japon, ça nous rendrait service.
D'ailleurs, si nous étions inondés, ils n'arriveraient pas à nous joindre sur notre ligne fixe. Et le réseau du téléphone portable serait saturé.

Atelier d'écriture :
imaginez un récit où
l'impossibilité de joindre une personne,
la tonalité d'absence
joueraient le rôle
de la voile noire.
Et taisez-vous,
c'est l'heure d'aller dormir.


Moi je vérifie si ton blog a été mis à jour pour savoir si tu es encore en vie ;) !
2005-09-07 03:08:37 de Manu

Pour le typhon, il semble que cela soit plutôt la côte Ouest qui se le prenne (Niigata...). Étrange route que celle qu'il suit cette fois-ci, on peut le dire.
Voici un très bon article, alors que peu de textes en français parlent du marché du travail au Japon.
« Le Japon est devenu une société à deux vitesses
LE MONDE
TOKYO de notre correspondant
Ne laissez pas arrêter les réformes" , peut-on lire sur une affiche représentant le visage à la mine déterminée du premier ministre Junichiro Koizumi. De l'autre côté de la rue, un sans-abri est assis sur un banc, son barda au pied. "Sans rapport avec moi..." , dit-il en souriant. Et les autres candidats ? "Pas plus ." Même pas amer. Ailleurs. Il dirigeait un petit atelier de métaux. Il a fait faillite, a fui les créanciers et vit dans l'un de ces villages de tentes bleues des berges du fleuve Sumida, à Tokyo. Les sans-abri, jetés à la rue par le ressac des "restructurations" d'entreprises, ne sont que la partie visible d'une nouvelle pauvreté.
Le Japon, appelé à voter le 11 septembre pour renouveler son Parlement, est une société à deux vitesses où, sans faire de vagues, les disparités sociales et régionales s'accentuent. Avec le vieillissement, c'est l'une des causes de l'inquiétude latente d'une partie de l'opinion, dont le niveau de vie diminue et qui s'interroge sur l'avenir du système de retraite.
La conjoncture économique s'est améliorée et la reprise, quoique poussive, paraît enclenchée. Mais elle ne va pas remédier par enchantement à une aggravation des disparités sociales. Loin des salles de marché et des résultats des "rubans bleus" de l'industrie aux profits faramineux, loin des jeux de pouvoir du quartier de la politique (Nagatacho) ou de l'étalage de luxe dans les grandes villes, il y a un Japon d'en bas, un Japon des petites gens. Peu spectaculaire, il se découvre dans les failles de la prospérité, au fil des rues aux rideaux de fer baissés de petits commerces qui ont fait faillite ; à travers le courrier de lecteurs des quotidiens et des faits divers : augmentation des suicides ­ près de cent par jour, dont beaucoup sont dus à des facteurs économiques.
On l'entrevoit à travers des indices négligés. Ainsi, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 15 % des foyers japonais vivent en deçà du seuil de pauvreté, avec des ressources inférieures à la moitié du revenu moyen national (10 % dans la plupart des pays avancés), tandis que le nombre des bénéficiaires de l'aide sociale a augmenté de 60 % en dix ans, pour atteindre un million de personnes.
35 % DES SALARIÉS EN CDD
Le Japon vieillit, mais ce ne sont pas seulement les personnes âgées qui souffrent. Les agences d'emploi ou les "job cafés" ­ à l'environnement plus convivial ­, où des jeunes pianotent sur des ordinateurs en quête d'un travail, en témoignent. Le temps est révolu où, à la sortie de l'université ou du collège, les diplômés étaient à peu près certains d'entrer dans une entreprise. Alors que, en 1992, 80 % d'entre eux trouvaient un emploi, en 2004 ce n'est plus le cas que de 55 %. Les plus mal lotis sont les jeunes pas particulièrement doués, ayant une spécialisation banale. Le lot de la plupart. Le faible taux de chômage (4,2 %) cache une réalité amère : il y a de moins en moins d'emplois à durée indéterminée, mais pléthore de petits boulots et de travaux temporaires. Beaucoup des demandeurs d'emploi n'émargent pas sur les statistiques du chômage parce qu'ils sont sur le marché du travail précaire. Plus de 35 % des salariés (soit près de 20 millions) sont désormais employés sur des contrats à durée déterminée.
L'une des expressions de cette mutation du marché du travail est l'apparition d'un nouveau type de salariés : les "freeters" (néologisme à partir de l'anglais "free", libre, et de l'allemand "arbeit", travail). Ils sont plus de quatre millions. Ce sont des jeunes, garçons ou filles, pour la plupart diplômés, âgés de moins de 34 ans, qui ne sont plus étudiants, sans être employés à plein temps.
INÉGALITÉ DES "ESPÉRANCES"
Le phénomène reflète une convergence entre la contraction du marché de l'emploi et les aspirations "nomades" d'une génération qui préfère des modes de vie alternatifs et le "zapping" professionnel. Certains trouvent avantage à cette situation ; d'autres ont déchanté. Un tiers des employés temporaires gagnent moins de 100 000 yens par mois (800 euros) et un autre tiers entre 100 000 et 200 000 yens.
Du temps de l'expansion, chacun pouvait penser qu'il aurait sa chance, que ses efforts seraient un jour payés en retour. Ce n'est plus le cas. Aux inégalités économiques, quantitatives, s'ajoute une disparité dans les chances : désormais, il y a la "tribu de gagnants" et la "tribu de perdants". Deux segments de la société qui tendent à se solidifier : les perdants passent difficilement dans l'autre camp. Et ils le savent. Un phénomène que le sociologue Masahiro Yamada qualifie d'"inégalité dans les espérances" . Le Japon "ne sait plus rêver" , résume Koichi Kato, ex-étoile montante du Parti libéral-démocrate (PLD), au pouvoir.
Dans les années 1960-1980, le sentiment que tout le monde voyait son niveau de vie s'améliorer, peu ou prou, a contribué au grand "mythe" du Japon de la croissance : l'appartenance de la majorité à une "classe moyenne", définie moins en termes de revenus que de participation à la consommation de la société de masse naissante et de l'adoption de ses modèles culturels.
Le sentiment était étayé par une tendance à un relatif égalitarisme. Le coefficient Gini, qui mesure les inégalités de revenus des ménages, a longtemps été comparable à celui des pays scandinaves. L'écart entre les 20 % de la population aux revenus les plus faibles et les 20 % les plus riches n'était que de 1 à 3,4 à la fin des années 1980. Mais la période d'"argent facile" de la période de "bulle spéculative" puis le coût social de son éclatement ont inversé la tendance ; l'écart de revenus et de conditions de vie a commencé à s'élargir. La crise sociale a progressé à un rythme plus lent que la crise économique, sans provoquer jusqu'à présent de signes visibles de rupture du lien social. Mais 60 % des Japonais disent aujourd'hui se situer en deçà de la "classe moyenne".
Au cours des quatre dernières années, "le gouvernement les a appelés à endurer des sacrifices, mais peu a été fait pour améliorer leurs conditions de vie" , souligne l'économiste Masaru Kaneko. Beaucoup seraient en droit d'attendre une plus juste répartition de la richesse nationale. En 1980, Ronald Reagan avait demandé aux Américains s'ils se "sentaient mieux que quatre ans auparavant" . Ce n'est pas le cas de M. Koizumi.
Philippe Pons
Article paru dans l'édition du 07.09.05 »
2005-09-07 04:07:56 de Arnaud

Comme en France, les fonctionnaires sont toujours employés à vie au Japon. Et en plus, ils ne sont pas tenus à l'efficacité...
http://www.ifrap.org/
Est-ce que ce n'est pas aussi à cela que Koizumi veut s'attaquer?
2005-09-07 06:03:16 de Christian

Et puis, "société à 2 vitesses" le cliché qu'on retrouve partout...
Il y en a tout de même un peu plus!
Le seuil de pauvreté... dont on parle tant! Comment est-il déterminé au Japon, en France et aux États-Unis, pour ne citer que ces pays?
On sait très bien qu'un pauvre américain n'a rien à voir, en terme de niveau de vie, avec un pauvre français, et encore moins un pauvre africain.
Mais, évidemment, ceci ne justifie en rien les disparités sociales.
2005-09-07 06:11:53 de Christian

Évidemment. Donc bon, où veux-tu en venir Chri-chri ?
Quant à s'attaquer aux employés de l'État (c'est-à-dire de la nation), pour redistribuer des secteurs d'activités essentiels vers les grosses entreprises ("le secteur privé" ;) ), on peut en discuter...
Mais ce n'était pas le point de l'article de toute façon, n'est-ce pas ? En France, on pense souvent que le Japon serait "une société à une vitesse", ce qui n'est pas / plus le cas. Aujourd'hui, il y a les riches d'une part, et, d'autre part, la masse des "journaliers", qui nous servent nos cafés et nous vendent nos livres. Et ne peuvent payer leur retraite ni leur sécu.
2005-09-07 07:35:55 de Arnaud

Tu n'étais pas fonctionnaire d'ailleurs, avant ?
Je ne comprends vraiment pas où tu veux en venir...
2005-09-07 07:36:34 de Arnaud

Oui, moi non plus.
C'est le prurit de Christian ?
Sûr qu'on peut toujours attaquer ceux qui veulent défendre leurs avantages sociaux — appelés "privilèges" par ceux qui connaissent mal l'histoire des mouvements sociaux des XIX-XX siècles — quand on n'en a plus soi-même, ou quand on voit les lenteurs administratives...
Mais les résultats des démantèlements d'entreprises nationalisées ne sont pas toujours beaux à voir (exemple, le train en Angleterre), ni intéressants pour les usagers (augmentation des tarifs pour rentabilisation... non : plus exactement : pour profit maximal).
Où tu voulais en venir, cher ami ?
2005-09-07 10:19:29 de Berlol

Je voulais en venir à... vous conseiller de lire le livre "les profiteurs de l'état" de B. Zimmern.
Et aussi, allez voir le site de l'iFrap:
http://www.ifrap.org/
Et, de grâce! pas de procès d'intention, affiché ou sous-entendu.
Figurez-vous qu'avec un père fonctionnaire et qui a consacré sa vie à la défense des droits des travailleurs, c'est un peu comme si j'étais tombé dans la potion. Mon prof de droit constitutionnel, c'était lui, mon historien des mouvements sociaux et syndicaux, encore lui.
Donc, je ne pense pas avoir besoin de vos leçons, en tout cas, pas dans ce domaine.
"Privilèges", oui, le mot est lâché. La France à