| Mercredi
1er mars 2006. En quête de sucre. Dur à lever, ce matin. Grand soleil, pourtant. Faut dire que la télé m'a entraîné à pas d'heure, cette nuit. J'allais l'éteindre quand a commencé un film de René Clément de 1961 avec Alain Delon, Quelle joie de vivre ! (Che Gioia vivere — cherchez l'intrulien...), qu'au bout d'un quart d'heure, je ne pouvais plus décrocher. Très étonnante comédie d'une famille anarchiste dans un état fasciste. Et ce soir, ça remet ça, j'attends Des Mots de minuit, sur la 2, pour voir Échenoz... Ce qui me laisse le temps de consigner des bribes de la journée.
Bibliothèque
des sciences, à la fac, ce matin. Quelques
pages de bibliographie de mazarinades
à réviser pour T. et à lui
renvoyer (faut d'ailleurs que j'aille
à la Médiathèque,
un de ces jours...). Puis le courrier perso, des
messages pour Litor avant de préparer la mise
en ligne du JLR d'hier. J'arrive à transférer
les photos, comme d'habitude, mais rien à faire
pour le fichier son du séminaire d'hier : les 26 Mo
ne passent pas dans le tuyau. On verra ça un autre jour,
parce que ça mérite d'être écouté,
tout de même. Je laisse mon collègue aller déjeuner et je sors quand il revient. Je vais jusqu'à la station L'Indien, manger un sandwich en découvrant le quartier. Retour en ville vers 15h30. D'abord à la librairie Les Temps modernes pour les trois livres commandés la semaine dernière (Berlottier, Vasset et Laferrière — y'a plus qu'à les lire !). Ensuite, je tourne dans les rues une bonne demi-heure à la recherche d'un coiffeur. Il y a des giboulées de neige de temps en temps. J'en croise plusieurs, des salons de coiffure, déserts ou peu engageants. J'allais jeter mon dévolu sur Franck Provost, rue de la Cerche, où il y a de l'animation, des clients, quand je ressens — étrange, à cette heure-ci — un début d'hypoglycémie, la fébrilité physique et le malaise à l'idée de demander quelque chose... Renoncer ? Revenir demain ? J'hésite. Je n'aime pas abandonner. Et là, rue de la République, la boutique Jeff de Bruges où je m'engouffre en quête de sucre. Chocolats et pâtes de fruit en vrac, j'en avale deux ou trois dès que sorti dans la rue. Pourtant, ça prenait du temps, pour payer. Et la caissière de m'expliquer aimablement que c'est en effet compliqué parce que les chocolats ont une TVA à 5,5 % alors que les pâtes de fruits sont à 19,6 %... Sur le fond, je me demande bien pourquoi le chocolat serait un produit de première nécessité et les pâtes de fruits des produits de luxe. D'ailleurs, pour ce qui est de l'hypoglycémie, la pâte de fruits est plus efficace que le chocolat... En quatre minutes, glucose dissous, je sens l'aisance remplacer la fébrilité. Allez, du courage, le coiffeur. Le pire, c'est de faire la conversation. Dans les miroirs, de temps en temps, je vois passer des étudiantes japonaises, ça me distrait. Quarante minutes et vingt-quatre euros plus tard, je suis rajeuni et plein de cheveux dans le cou (ce qui n'arrive jamais à Tokyo...). Au CDN, Carré Saint-Vincent, je voulais une place pour ce soir, mais c'est complet. Je verrai Les Marchands de Joël Pommerat vendredi soir. Repos au studio, soupe de poisson, radis roses et salade d'endives. En fait, je m'en rends bien compte, ma journée s'est faite dans l'ombre de celle d'hier. J'appelle Cécile pour le lui dire. Et puis je vais lire en attendant Échenoz... Commentaires1. Le jeudi 2 mars 2006 à 10:18, par alain : Je n'avais pas vu la citation d'Echenoz d'hier. Merci 2. Le jeudi 2 mars 2006 à 13:12, par k : idem for me, alain, hier, 3h10 juste un peu de retard 3. Le vendredi 3 mars 2006 à 00:35, par dabichan : Salut collègue, 4. Le samedi 4 mars 2006 à 01:23, par Berlol : Suis de passage à la Médiathèque d'Orléans. Tout va très bien, vous verrez. Pas de nouveaux billets avant lundi prochain... Bon week-end ! 5. Le samedi 4 mars 2006 à 17:46, par k : koukou alain t'ai la il est 2h45 peut être tu dors encore........... 6. Le dimanche 5 mars 2006 à 00:48, par alain : Non, ce matin, 5 heures et quelques. |
| Jeudi
2 mars 2006. Pincement de retard. De nouveau installé à la bibliothèque, j'e-vaque à mes affaires en écoutant les Reconnaissances à Jules Laforgue de Mathieu Bénézet. Passionnant ! Puis Bernard Noël avec Alain Veinstein cette nuit-même. Au courrier, Isabelle me signale, dans le magazine du CIAC de Montréal, la mise en ligne d'un compte rendu de l'ILF à Cerisy (en français et en anglais). Xavier Malbreil m'avait envoyé son texte, que j'avais trouvé juste et étonnamment détaillé, mais je n'en avais pas encore vu la mise en page. C'est du bel ouvrage, dans un site qui nous honore. Pincement, cependant, car cela me rappelle que j'ai du retard dans le recueil des textes pour les Actes du colloque. Et que je n'y ai pas l'esprit... Prolongement de ce que disait Assia Djebar le mois dernier : « Abdelaziz Bouteflika avait prévenu dès avril dernier : « Toute institution privée qui n'accorde pas une priorité absolue à la langue arabe est appelée à disparaître.» Dimanche, et sans attendre la fin de l'année scolaire, quarante-deux écoles privées francophones, la plupart situées à Alger et en Kabylie, ont été fermées, souvent avec l'aide de la police. Ces établissements avaient « ignoré la loi » qui exige d'enseigner « obligatoirement en langue arabe dans toutes les disciplines et à tous les niveaux ».» (à suivre dans Libération du jour) |
Vendredi
3 mars 2006. Ne serait-ce que la liste des rois de France.
9h00, temps
pluvieux. En autocar, celui-là-même qui
nous a amenés de Roissy il y a 13 jours, avec tous nos
étudiants pour aller — Ô châteaux !
— visiter Chambord, déjeuner à Cour-Cheverny
et visiter Cheverny.Il a plu pendant les déplacements et presque fait soleil quand nous étions en visite. Trente adolescents japonais lâchés dans l'immense château avec presque autant d'appareils-photo numériques, une forme de visite très ludique que je n'avais pas encore connue, moi qui suis passé au moins dix fois chez François 1er — la dernière, c'était avec T. il y a quatre ou cinq ans...
J'ai du mal
à me figurer quel degré de réalité
historique ces lieux peuvent acquérir dans l'esprit
de nos apprenants. Ils sont attentifs, impressionnés,
souvent curieux, même. Cependant, leur connaissance
de la culture française est tellement lacunaire (pour
ne pas dire inexistante) que je ne vois pas à quoi peuvent
venir s'accrocher toutes les informations qui leur tombent dessus
en une seule journée, fût-elle préparée
spécialement la veille en cours.Cours auquel j'aurais peut-être bien fait d'assister car, en y réfléchissant un peu, je suis bien incapable de réciter ne serait-ce que la liste des rois de France... En attendant de faire un jour la visite avec audio-guide, je me suis offert un Petit guide Aedis Les Rois de France, dépliant 8 pages cartonné avec des médaillons dessinés où ne manque qu'un visage, celui de Jean 1er le Posthume, né pour cinq jours en 1316 et dont on écrit un peu partout sans réfléchir qu'il aurait régné...
Autres petits
souvenirs destinés à nostre maisonnée
: une housse de coussin brodée à motif
de coq (à Chambord) et une grande cuillère en
étain modèle Louis XIV (à Cheverny). Quand
on le dit comme ça, ça paraît cul-cul,
mais après quelques mois ou quelques années d'usage
quotidien d'un objet délicatement choisi, la remémoration
de son origine et de l'instant précis de son choix est
un plaisir délicat. J'attends d'ailleurs l'occasion
de retourner à la Genevraye, cet atelier
de poterie du côté de Fontainebleau...
Pic d'émotion
quand même atteint d'une façon imprévue,
lors d'une partie de la visite de Cheverny
que je ne connaissais pas : le repas des chiens.
Un quart d'heure d'attente dans l'odeur pas très
agréable du chenil. Des carcasses de poulets et
un cocktail de croquettes étalés dans la cour
grillée, il y en a bien une trentaine de kilos (croquettes
en majorité, contrairement à ce qu'on voit sur
la photo de Wikipédia). Et puis la grille s'ouvre sur
une ruée de 120 chiens de chasse... Les carcasses sont
sans doute là pour entretenir leur instinct carnassier —
et ça marche. Très impressionnant. Une de nos étudiantes
en semble quelque peu traumatisée.
Marier Brecht
et Duras. Les Marchands de Joël Pommerat
(CDN d'Orléans).Ça commençait désagréablement. Des éblouissements, du béton, le dénuement de la scène, des acteurs sans parole. Et puis on avait à nous dire des choses pas plaisantes. Qu'une femme allait mal. Qu'une autre qui était son amie n'allait pas très bien non plus. L'une parce qu'elle avait un travail qui abîmait son corps. L'autre parce qu'elle n'avait pas de travail, ce qui dérangeait son corps et son esprit. C'était des tableaux qui se suivaient. Fondus au noir et éblouissements à des degrés variables. Le mur du fond pouvait être un mur de lumières très blessantes, on ne pouvait presque pas regarder, surtout au début des scènes (on pourrait envisager d'y retourner avec des lunettes de soleil). C'est-à-dire qu'il fallait que ce soit dur à regarder, je crois. Pour qu'on s'habitue à ce que regarder cela soit dur. Et ces femmes, et des hommes aussi, de leur entourage, ne parlaient pas directement. Ils mimaient mais sans jamais exagérer, exactement comme vous et moi, ou comme à la télé, parfois en ombres chinoises, parfois en ombres portées sur les murs latéraux, parfois avec des bribes de paroles. Ils mimaient des saynètes familiales, sociales ou de voisinage, qui étaient narrées, explicitées par une voix off, comme postérieure, mais proférées en fait par l'une des actrices alors sur la scène. Comme si elle revivait, témoignait d'une épopée sociale qu'elle avait vécue — et que sa parole ranimait, recréait. Une épopée qui avait été vécue par des personnes d'une grande banalité, des gens comme les autres, pas des héros. Comment ça se passait entre ceux qui avaient du travail, ceux qui n'en avaient pas, ceux qui avaient des dettes, ou des enfants, ou la télé, et ce qui s'était passé au moment d'un drame terrible qui affectait toute une région, tout un bassin d'emploi — on pense à AZF à Toulouse. Des clichés au sens propre, directement imprimés dans l'esprit des spectateurs par le mur de lumière variablement réglé. Le disparate d'éléments sociétaux et individuels se nouait autour et après la catastrophe, se mêlait à de l'irrationnel, du passionnel, qu'une mère veuille tuer son enfant, qu'un retournement médiatique puisse tenir à ça. Des désagréables impressions rétiniennes du début, qui m'étaient extérieures, à moi, un spectateur, j'avais basculé dans une profonde adhésion, une sensation d'évidences que les distanciations de la mise en scène privaient de leur cynique stéréotypie, malgré la justesse des paroles et des dialogues rapportés. Le drame humain et social m'était rendu dans son épique quotidienneté. Au temps de la mondialisation du chômage, Pommerat mariait Brecht et Duras. A la fin, on était dépité, on avait du mal à applaudir, à revenir dans la lumière normale de la salle. On n'arrivait plus à croire que ça avait seulement été un spectacle, qu'il fallait applaudir au moins parce que c'était fini — parce qu'on savait bien que ce n'était pas fini, justement, que c'était comme ça, dehors. Et cependant, bien sûr, il fallait applaudir parce que ça avait été formidablement joué, joué au point d'en être étymologiquement formidable. D'une vérité qui fait peur. Commentaires1. Le mardi 7 mars 2006 à 00:25, par Manu : La photo du chien, j'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'une femme en robe de mariée qui avait du mal à tenir en équilibre, avec un voile, une couronne blanche et de longues tresses noires ! 2. Le mardi 7 mars 2006 à 03:13, par Berlol : Manu, t'as fumé quoi ? 3. Le mardi 7 mars 2006 à 04:37, par Manu : T'en veeuux??? 4. Le mardi 7 mars 2006 à 05:16, par Berlol : Ben, p'têt pas aujourd'hui... Je me remets à peine de la gastro et puis j'ai un dîner, ce soir. Ceci dit, je reconnais que la photo est déroutante, j'ai moi-même été étonné qu'un des chiens vienne sur le rebord du muret avec son bout de poulet et j'ai appuyé sur le déclencheur sans trop bien savoir ce que je faisais... |
| Samedi
4 mars 2006. Neige ou pas, faut sortir. Audition attentive avant de lancer la matinée. « [...] la vanité. Je trouve qu'on est arrivé à un point aujourd'hui, où une sorte d'individualisme forcené fait que même dans un univers dit poétique, ceux qui pourraient se poser comme des gens peut-être plus purs ou ayant encore des rêves, notamment les rêves qu'on a pu connaître dans les années 70, justement, avec des idéaux, avec une envie, j'sais pas..., de partager des choses, de repenser... en fait en sont le plus éloignés. C'est-à-dire que le milieu poétique aujourd'hui, c'est une espèce d'entreprise comme une autre où chacun a une petite idée et puis qu'il reproduit comme ça à l'infini — enfin, un certain nombre de fois — et il a une vingtaine d'amis qui font semblant de trouver ça intéressant et qui en fait sont jaloux de celui qui a pris un tout petit peu la parole plus que les autres et attendent leur tour, et cette chose que je trouve triste, parce que finalement on y est tous plus ou moins amenés, on peut reconstituer des cellules de cette sorte, il suffit d'écrire, voilà, quelques textes en propre et... je trouve que c'est peut-être ça le vrai sujet, c'est-à-dire le vrai sujet de la poésie, ce serait ce double sens de la vanité [...] » (Éric Meunié, dans Du jour au lendemain du 21 février 2006) Peut-être pas tout à fait faux... Mais ça sert à quoi, ce qu'il dit là ? La vanité, oui, mais il y a peut-être pire que les poètes, dans ce domaine. Non ? En tout cas, il ne va pas se faire que des amis, avec de tels propos ! Et puis ce n'est pas très clair. Il faut tirer ou rentrer son arme, pas jouer comme ça avec le barillet... C'est pas tout ça mais, neige ou pas, faut sortir. D'abord à la Médiathèque d'Orléans où je vais rencontrer la responsable du fonds des documents anciens contenant les Mazarinades conservées à Orléans. En service commandé pour sa majesse T. : voir comment c'est structuré, catalogué, accessible, etc. Le contact avec la responsable est très sympathique — une personne agréablement surprise de voir que quelqu'un s'intéresse à des documents qu'elle recote à temps perdu depuis le passage d'Hubert Carrier, il y a plusieurs années, dernière personne à s'être intéressée à ces pièces. On le voit, l'ignorance des mazarinades est loin de n'être que nippone. D'où je suis, second étage, il est possible de se connecter en wifi, service dont je profite une petite heure pour voir le courrier et répondre à quelques messages, constater qu'il y a peu de commentaires au JLR, en laisser un, rien de plus. Rendez-vous familial place du Martroi. Comme il neige toujours, on passe en voiture au marché des bords de Loire (betterave, concombre, pâté de foie, fromage de chêvre et poulet rôti), puis voir un peu plus loin sur la rive, à Saint-Jean de Braye, où se trouve le restaurant Les Toqués qui m'a été recommandé (mais qui n'est pas ouvert) avant d'aller déjeuner au Viking, rue de Bourgogne, mon premier restaurant à proprement parler gastronomique depuis mon arrivée. Les chateaubriants au foie gras sont d'une tendreté et d'un goût remarquables, mon entrée d'effilés de saint-jacques crus en sauce à l'huître exquisement proche des sashimis — en revanche les praires farcies de ma mère manquent d'ail et de sel, mais pas de sable ! Ce sera la seule note négative du repas, les crêpes flambées aux agrumes étant pour finir excellentes, même si mon beau-père trouve cela trop sucré (je m'inquiète un peu pour son diabète...). Sieste et lecture. Bribes de Victoires de la musique, entre des coups de téléphone et la rédaction de plusieurs jours de JLR — mort de rire de la déprogrammation du nullissime Royaume de TF1 dont j'avais vu, dépité, un bout en arrivant il y a deux semaines. Un peu plus tard, c'est bien la première fois que je vois Hubert-Félix Thiéfaine à la télévision ! Mais la voix ne me paraît plus être celle qui attendait les Alligator 427 en tripotant la fille du coupeur de joints... Commentaires1. Le lundi 6 mars 2006 à 21:34, par Dabichan : Ah H-F Thiéfaine... Que des bons souvenirs de quand
j'étais étudiant, ça ! |
| Dimanche
5 mars 2006. Mousse de flétan pas fraîche. Train sans histoire, sauf que j'y récupère le Canard enchaîné du 1er mars. Déjeuner à la brasserie le Luxembourg avec mon père (j'écris ça le lendemain alors que j'ai passé une nuit atroce à cause d'une mousse de flétan pas fraîche). En l'attendant, lecture d'un article de Jean-Paul Grousset sur les Mémoires d'une Geisha, où le rôle principal est tenu par une Chinoise, ce qui lui inspire que : « Comme dirait notre Comtesse, qui connaît ses classiques, voilà bien l'influence des Nippons sur la Chine.» Ceci dit, pour éviter tout nationalisme mal placé. Rendez-vous avec Alain, près de chez Corti ! Indicible petite heure dans un café, un grand pas pour l'humanité. Retour avec 5 étudiantes rencontrées à Austerlitz, chargées de leurs courses de grandes marques effectuées hier. Leurs raisons de venir en France étaient multiples... Dîner avec mon collègue dans une des familles d'accueil. R. A. S. sauf qu'il fait froid dehors et qu'il n'y a de tram que toutes les 30 minutes, le dimanche soir. Une fois rentré, l'estomac commence à protester. Mais contre quoi ? La malédiction des dimanches, dirait JCB. Mais que devient-il, celui-là ? Allez, je vais l'appeler demain. Commentaires1. Le lundi 6 mars 2006 à 11:18, par jcb : Merci d'avoir eu une pensée pour moi. Si tu vas sur
mon journal regarde les 3 dernières pages. Tu verras que je ne deviens
rien, mais que je continue à me débattre dans mes caisses.
Toujours en connexion bas débit...attends l'adsl avec impatience...
Ne désespère pas si tu n'arrives pas à me joindre...aux
collèges le portable doit être coupé et à Thiron
Gardais la réception dépend surtout de la vitesse du vent, des
points que perd Villepin, et du nombre d'entrées aux bronzés...
aléatoire c'est ça ? 2. Le lundi 6 mars 2006 à 11:20, par jcb : J'ai oublié de te dire que demain est un jour valable pour essayer de me joindre, car je fais grève pour protester contre le CPE. |
| Lundi
6 mars 2006. Récupération d'une case mémoire. L'indigestion de la nuit s'est hélas prolongée toute la journée, avec toute l'horreur imaginable. Dieu que je vais haïr le Luxembourg ! Moi qui appréciait comme un rythme magique, dans mes retours à Paris, de venir m'asseoir le long de la baie vitrée, regarder les passants qui toujours traversent le boulevard Saint-Michel... Ce plaisir sera taché à jamais par ce que je viens de vivre et que je n'ose décrire. Incapable d'avaler quoi que ce soit au petit-déjeuner, je suis tout de même parti avec mon collègue pour aller travailler à la bibliothèque des Sciences de l'université d'Orléans. J'avais d'importantes informations à communiquer à T. (notamment sur les normes bibliographiques), quelques courriers et la mise en ligne de quatre jours du JLR. Ce strict minimum effectué et toujours dans l'impossibilité d'aller déjeuner, j'ai attendu que mon collègue revienne de son déjeuner et suis rentré, lentement mais directement, au studio... Où je n'ai évidemment pas pu dormir, ce qui aurait été le plus rapide moyen d'en sortir. Tourné en rond, ouvrant refermant journaux et livres, zappant les chaînes sans y fixer mon attention, branché sur l'évolution du malaise qui provoqua aussi une forte douleur des reins, puis des maux de tête. Et le regret de ces heures perdues... Ce soir, j'ai finalement pu manger un yaourt nature, une petite salade de concombres. Et je tente actuellement de fixer mon attention sur le film Good Bye Lenin ! (2003) qui passe sur Arte (décevant, finalement, son petit côté larmoyant...). Cette amélioration progressive sera-t-elle suffisante demain pour le programme prévu ? Peu enclin aux cérémonies, j'ai tout de même été content pour Philip Seymour Hoffman, de voir qu'il venait de recevoir l'Oscar du meilleur acteur. J'ai vu le film dans l'avion qui nous amenait en France et, alors que je ne connaissais absolument pas cet acteur (aucun souvenir de son rôle dans The Big Lebowsky !), je suis resté scotché devant cette interprétation alors que le film est long et lent à la fois (ce qui est souvent dissuasif). Ne connaissant pas non plus la véritable personnalité de Truman Capote, je ne jugerai pas de ce film en terme de vérité historique, mais en simple amateur de composition d'acteur. Toujours dans l'avion, j'avais vu avant et presqu'à regret L'Équipier (Lioret, 2004) et pu me délecter de ce qui pourrait passer pour une sorte de contraire de Capote (B. Miller, 2005), un sirupeux film de Bollywood : Maine Pyaar Kyum Kiya (D. Dhawan, 2005). Voilà, c'était — pour que mes lecteurs ne perdent pas espoir — mon quart d'heure d'activité neuronale et de récupération d'une case mémoire... Commentaires1. Le mardi 7 mars 2006 à 09:35, par grapheus tis : Flétan avarié ? Non ! 2. Le mercredi 8 mars 2006 à 00:10, par Manu : Tu dors pas dans l'avion toi ? 3. Le mercredi 8 mars 2006 à 01:19, par arte : Tu as vomis ? 4. Le mercredi 8 mars 2006 à 03:08, par Berlol : Cher Grapheus, merci de vos encouragement. J'ai bien remonté
le mât ! 5. Le jeudi 9 mars 2006 à 00:48, par Manu : Moi j'ai le problème inverse. Je n'arrive pas à
combattre le sommeil et m'endors même quand je ne le souhaite pas (émission
tardive à la télé par exemple... je n'essaye même
plus !). 6. Le samedi 11 mars 2006 à 05:47, par Berlol : Oui, ça, moi aussi, ça m'arrive quand c'est pas souhaitable. Comme quoi, on ne maîtrise pas bien ne serait-ce que notre propre corps... |
| Mardi
7 mars 2006. Freine sur les madeleines. Sommeil entrecoupé de levers d'urgence. Plus de douleur, plus d'appétit, plus d'intérêt à rien. Au petit déjeuner avec mon collègue pour lui dire que je viendrai à l'université plus tard, que je ne vais pas à Paris. Pas nécessaire que je m'étende plus sur cette passionnante journée, hein ! Vers 13h30, j'ai bu un demi-litre d'eau citronnée et mangé six petites madeleines, achetés à une machine du hall de Polytech'Orléans. Bien mâché. Histoire de retrouver quelque chose, du goût ou du souvenir. Et combattre la déshydratation. Cela me rappelle qu'il y a trois ans environ, mon père avait eu un problème de la glande thyroïde, un dérèglement dû à un traitement d'autre chose, hypothyroïdie, sans doute. Sans que ses symptômes aillent jusqu'à la démence, il nous avait bien fait peur. Pendant des mois, il ne voulait rien, se forçait à manger, même la viande ou la charcuterie, même la salade verte ou les endives, choses que nous avons toujours aimées (sauf que moi, je n'aime pas trop la salade verte...). Il perdait du poids de façon spectaculaire et se voûtait. Le rouge de la viande et du vin, tout particulièrement, lui faisaient horreur. Cela dura au moins un an en tout, avant qu'il ne retrouve son allant et un peu de poids. Passé 70 ans, c'est en effet le délai de rétablissement normal. Je trouvais révoltant qu'une simple petite glande nous invalidât à ce point. Je dis nous parce qu'il semble qu'il puisse en aller de même pour chacun. Je ne suis pas certain de l'aliment qui m'a intoxiqué. Cependant, quand je me remémore une par une les choses avalées, que j'avalais avec plaisir sur le moment, il n'y en a qu'une dont l'image soulève nauséeusement ma mémoire, c'est cette mousse de flétan, formée avec deux grandes cuillères, j'imagine, et posée à côté du saumon fumé et des autres composants de l'assiette nordique. En même temps, je me dis que c'est peut-être l'excès de sel ingéré qui a aggravé la réaction... Je me rappelle aussi qu'au Mexique, en voyage avec mon ex, en 1990, notre premier voyage intercontinental, avant le Japon, j'avais un jour violemment rejeté un poisson sauce aigre-douce. C'était à Palenque, je crois, l'endroit le plus chaud et le plus humide que j'aie jamais connu. Les ventilateurs m'avaient aussi donné une sorte de rhume qui me faisait moucher des litres. Et éternuer en permanence. C'en était comique, je devais contourner les zones de circulation d'air. Et nous avions encore plus chaud, bien sûr. Pour le coup du poisson, j'étais sorti du restaurant en catastrophe pour rendre au caniveau ce que l'assiette m'avait apporté. Et tout s'était calmé. L'image que je revois serait plutôt l'une des rues pentues et peut-être pavées de San Cristobal de las Casas. Je vais reprendre quelques madeleines... Des neurones circulent donc encore. En fin d'après-midi, la santé s'étant tout de même beaucoup améliorée, ayant travaillé quatre grandes heures à la bibliothèque et étant revenu faire une sieste vers cinq heures, je me suis préparé pour le dîner, sans être tout à fait officiel, avec quelques responsables universitaires. C'est sous la pluie que nous avons gagné la place du Martroi, avec mon collègue, pour dîner au restaurant du même nom. J'avale des œufs pochés sauce au vin d'Orléans avec satisfaction, chipote du caviar d'aubergine et laisse presqu'intact un pavé de thon (décidément, le poisson, ça coince). Sympathique conversation de circonstance, relevée de souvenirs nippons puisque l'un des convives, professeur de japonais à l'université d'Orléans, a passé pas mal de temps à Kanazawa et à Tokyo. Patrick De Vos, de l'université de Tokyo, est le premier de ceux que nous connaissons tous les deux — et cela me fait souvenir que, n'étant pas allé à Paris, j'ai posé un lapin (Oh non, pas de lapin !) à François Bon avec qui j'avais prévu de déjeuner. Va falloir que je m'en excuse platement. Oui, parce que c'est grâce à Patrick De Vos que j'ai rencontré François Bon, il y a cinq ans environ. Va aussi falloir que je freine sur les madeleines parce que là, ça déborde, les souvenirs... Commentaires1. Le mercredi 8 mars 2006 à 22:24, par caroline : Ce n'est pas la peine de mettre tout ça sur la mousse de flétan. J'ai moi-même connu des problèmes similaires. il semblerait que ce soit un virus type grippe qui se déchaîne d'abord sur les intestins et ensuite finit sa course dans la sphère ORL, le tout pendant unepériode d'au moins trois semaines. Courage ! On croit qu'un jour ça va mieux mais le lendemain, ça revient. un peu désespérant. 2. Le samedi 11 mars 2006 à 05:36, par Berlol : Ne me faites pas peur, Caroline ! Pour l'instant, c'est bel et bien fini, et sans extension aux voies aériennes... En tout cas, je croise les doigts et je souffle ! |
| Mercredi
8 mars 2006. Tout ce que j'ai manqué hier. Ce matin, dernières mises au point avec nos étudiants avant le départ de demain matin, 5h50, pour excursion de deux jours au Mont Saint-Michel et à Saint-Malo. J'y suis et traite quelques menues questions, cerveau et corps assez valides quoiqu'instestins grouillants. Puis bibliothèque des sciences pour connexion. Tout ce que j'ai manqué hier me revient par courriel : le déjeuner chez Ernest avec François Bon, la manif avec Cécile... Dire aussi qu'il n'y aura donc pas de mise à jour avant samedi, si je vais à la Médiathèque d'Orléans, ce qui est fort possible, ou lundi prochain dans le cas contraire. Si des lecteurs assidus veulent poser des congés, c'est le moment. Dans l'autocar, j'emporterai Échenoz pour le finir et Volodine pour le commencer. (à suivre, avec des liens...) Commentaires1. Le mercredi 8 mars 2006 à 07:39, par Ping Pong Club Combourg : je propose un concours d'écriture : le voyage de Berlol
à Saint-Malo, raconté sur son blog en temps réel, en
son absence 2. Le mercredi 8 mars 2006 à 09:34, par Maxime : peut-on pratiquer l'élision sur quoique suivi d'un substantif à l'université d'Orléans ? (c'est une question, pas un reproche) 3. Le mercredi 8 mars 2006 à 22:50, par Bernard : Pour ma part, je suis aussi assidu que discret. 4. Le jeudi 9 mars 2006 à 22:58, par Manu : Je crois que tu as déjà ce qu'il te faut en
matière d'enregistrement audio en direct de la toile, mais au cas
où, jette un oeil sur ça: 5. Le samedi 11 mars 2006 à 05:43, par Berlol : Pour Saint-Malo, bonne idée... Justement, là,
venant de poster le Mont-Saint-Michel qui m'a pris plus de deux heures (plateforme
pas pratique, photos, etc.), je me dis que je posterai le vendredi à
Saint-Malo lundi. Donc... |
Jeudi
9 mars 2006. D'une coche de dérision.
Lever à 5 heures
pour un départ vers 5h30. L'autocar Crosnier passe
nous prendre avant d'aller au point de rendez-vous où
les familles amènent les étudiants. En route
pour la Merveille ! On compte sur l'éclaircie annoncée
dans le poste, en scrutant des nuages qui ne semblent pas tous
d'accord. Une fois l'autoroute
atteinte, après deux bonnes heures
de nationales et départementales encamionnées,
la pause technique de 30 minutes nous permet de nous restaurer
en découvrant l'espace Carrefour — et que ça
existait
sur les autoroutes, d'ailleurs plutôt mieux fait
que les boutiques traditionnelles.
Arrivée dans
la grisaille, quelques gouttes de pluie, à peine
cinq cars sur le parking. Autant dire que le Mont-Saint-Michel est à nous !
On a distribué des plans et des hokarons
à celles et ceux qui n'en avaient pas, donné
les consignes pour la période libre, promenade,
déjeuner et shopping, avant le rendez-vous de 14h30
pour la visite de l'abbaye.Il y avait eu le premier saisissement des étudiants, très audible, à la vue encore lointaine de ce qui commençait à paraître bien plus énorme que sur les photographies toujours déjà vues. Comme un choc, un coup reçu, qui fait presque reculer. Il y a ensuite, passée la porte étroite, l'excitation de parcourir en tous sens venelles, chemins de ronde et boutiques, de se photographier partout en petits groupes, les doigts toujours en V — chaque Japonais(e) griffant son propre visage d'une coche de dérision, comme une façon de s'excuser phatiquement d'un exhibitionnisme que l'on se dépêche de rendre réciproque.
Mais ni la candeur de
nos étudiants ni la beauté du site ne m'ôtent
cette amère enclume de tristesse et d'angoisse pour
T. que je ne peux assister, là-bas, où le soleil
se couche déjà, prise maintenant dans le tourbillon
de ses imprimantes. Elle en a fait venir une autre, m'a-t-elle
dit, branchée sur un autre ordinateur, pour tirer et contrôler
plus de mille pages — mais que mange-t-elle et quand dort-elle
? J'en perds aussi l'appétit et le sommeil... Avec, au
fond, qui tourne et ravage, la boule de rage de ne pas être
où il faut.Déjeuner moyen aux Terrasses de la Mère Poulard (la soupe de poisson est bonne mais le gigot d'agneau n'a pas de goût !). On regarde au loin sur les grèves entre les laisses aléatoires la trajectoire pédestre de notre chauffeur de car. Visite de l'Abbaye, sans commentaire (mon admiration pour le travail humain ne fait pas taire mon anticléricalisme — seul le souvenir d'un des textes d'Abbés de Pierre Michon imprègne le lieu d'autres forces...). Fort vent sur la terrasse, je m'y reprends à plusieurs fois pour faire ces photos, ce qui contraste avec le calme précisément monastique du cloître aux fines colonnades, prouesse architecturale plantée d'herbes aromatiques... Notre caravansérail prend ses quartiers à l'Hôtel Vert dont l'installation et le service sont irréprochables. Dîner de fête, propos de table, soirée télé et Ravel. Dans les couloirs, ambiance colonie de vacances, ça circule et ça papote jusqu'à pas d'heure — laisser faire, c'est leur seule nuit de ce type... D'une brochure sur Avranches, j'apprends qu'il faudra bientôt aller visiter (ouverture en juin) le Scriptorial d'Avranches, nouveau musée des manuscrits du Mont-Saint-Michel... « À Los Angeles il donne un concert dans la salle de bal du Biltmore Hotel d'où il envoie à son frère Édouard une carte postale représentant ce gratte-ciel et percée d'une épingle : si le recto montre l'hôtel, Ravel précise au verso que le trou indique sa chambre. C'est beaucoup mieux que Chicago, Los Angeles, l'été y règne en plein hiver, c'est une grande ville inondée de fleurs qui chez nous poussent en serre mais qui bordent ici les avenues sous une centaine de degrés Fahrenheit, les grands palmiers y sont chez eux. Et tant qu'on y est, ce n'est qu'à moins d'une heure de route en Stutz Bearcat non moins décapotable, mais cette fois carrossée grenat-lavande avec pneus à flancs blancs, Ravel va faire un tour à Hollywood où il rencontre quelques stars, Douglas Fairbanks qui parle français mais Charlie Chaplin pas. Tout cela le divertit bien qui ne se départ jamais d'une bonne humeur étonnamment constante, quoique le triomphe fatigue et qu'on mange toujours aussi mal.
C'est à bord
d'un train de la Southern Pacific que, venant de Perth,
il se dirige vers Seattle en passant par Portland et
Vancouver, puis dans un convoi du Union Pacific System qu'il
quitte Denver — mines d'or et d'argent, soleil, air pur, altitude
— pour Minneapolis via Kansas City. Mais comme on dirait que
ça se couvre, il craint de retrouver la semaine prochaine
l'air glacé de New York.» (Jean Échenoz,
Ravel, p. 56-57)Je me demande bien comment on peut venir de ce Perth-là !... Ou alors lequel ? J'ai comme l'impression qu'on nous enroule dans un parcours dingue. Littérairement, ça jubile. Faudrait reprendre tout cela à tête reposée sur une carte. Sans parler de certaines tournures... admirables. |
Vendredi
10 mars 2006. De grandes plaines de retour.
Entre des arbres nus,
quand le jour se lève, le Mont-Saint-Michel se laisse
deviner, à trois ou quatre kilomètres (l'été,
quand l'hôtel est plus cher, le feuillage doit empêcher
de le voir, c'est dommage...).Après un petit-déjeuner roboratif, la croisière repart, droit au Mont... pour d'ultimes photos. Les contrastes sans brume le rendent en effet plus pittoresque que jamais — à l'instar des étudiantes dont le maquillage est tout frais. Route de la côte à vitesse d'escargot ; tout est à voir jusqu'à Saint-Malo. Au Vivier-sur-Mer, on traverse des parkings avec des bateaux à roues. Les mytiliculteurs éberlués, transformés en mollusques sur pattes, nous regardent passer comme les vaches des trains. Un peu trop tôt pour une dégustation, heureusement. La moule ouvre tard. Dix heures, Saint-Malo, Porte Saint-Vincent. Distribution de plans et énoncé des consignes : quartier libre Intra Muros jusqu'à 13h30, avec un questionnaire à remplir et à rendre au retour dans l'autocar. Nous itou — sauf le questionnaire. Direction, la cathédrale reconstruite, les tombes de Jacques Cartier et de Robert Surcouf, puis les remparts, vent debout, soleil aussi.
Fort de sa passion pour
l'Histoire, mon collègue brave les éléments
pour monter au Grand
Bé,
en pélerinage. Il en rapportera l'épitaphe
de Chateaubriand,
vœu de et exhortation au silence — que tout homme congelé
respecte sans difficulté. Sur cette photo prise
au Nikon (et pas au Canon...), on le voit, mon collègue,
pas Chateaubriand, minuscule point beige à mi-pente...Le texte originel de Roger Vercel était un peu différent de celui qui a été gravé, va savoir pourquoi... Un grand écrivain français a demandé
cette tombe.
Capuche scratchée
serrée jusqu'à la Porte de Dinan, puis tête
nue, je flâne par les rues avec notre coordinatrice,
du SRI de l'université d'Orléans. Il semble qu'aucun
groupe d'étudiants ne soit allé sur les remparts.
En revanche, faisant quelques boutiques, nous en rencontrons
pas mal... J'achète notamment de la soupe de poisson, des
Brezoneg (pot de crêpes au Grand-Marnier) et du sel de Guérande.
Rendez-vous au Marché aux Légumes pour retrouver
mon collègue et déjeuner à la crêperie
Froment et Sarrazin (moules et pétoncles aux cèpes,
suivies d'une crêpe au Salidou, le tout arrosé de
cidre brut — il est déjà loin, le temps de la gastro !)Quand sonne l'heure, je traînasse encore un peu, seul, mèches au vent, place Chateaubriand, devant le château de la duchesse Anne. On recompte les étudiants, et en route ! Le malouin de plus loin... Pendant que la Sorbonne s'occupe, nous traversons de grandes plaines de retour, faisons une pause à Chateaudun, essuyons un dernier grain de neige fondante. J'écoute la radio, par le baladeur mp3 dont le tuner n'est pas très puissant : je n'ai souvent le choix qu'entre RTL et France Info. Assez pour apprendre, Césaire !, et ne pas aimer. Quand je ne capte plus rien, j'en reviens à Bégaudeau, que je citerai bientôt, ou je relis quelques pages de Ravel... « Pendant les répétitions, il fait vive impression sur les instrumentistes en assortissant différemment, du jour au lendemain, les couleurs de sa chemise et de ses bretelles : une fois roses, une fois bleues. Tout marche encore très bien, du moins c'est ce qu'il lui semble, bien qu'il ne se demande pas si l'accueil qui lui est fait reflète exactement le sentiment de triomphe qui l'envahit depuis quatre mois. Sentiment tel qu'il en devient un peu nonchalant, de plus en plus désinvolte dans sa façon déjà fragile de toucher le piano. Il pense que cela ne se voit pas, d'ailleurs il n'y pense pas. Or cela s'est vu. Il ne le sait pas. Le saurait-il d'ailleurs qu'il s'en foutrait.» (Jean Échenoz, Ravel, p. 59) |
Samedi
11 mars 2006. Le vil contredit le de...
À la Médiathèque
d'Orléans, de 10h30 à 15 heures sans bouger
de ma chaise : courrier, distribution Litor, rédaction,
recherche des liens et mise en ligne du JLR d'avant-hier.
Une petite photo reçue du téléphone portable
de T. et me donnant l'état des tulipes du balcon tokyoïte,
voilà qui en dit long sur sa bonne forme... et me fait
grand bien.Dès midi, la salle de lecture du second étage est pleine, principalement d'étudiants et de lycéens. Malgré cela, la consigne de silence est à peu près respectée. Une belle discipline qui me fait repenser avec ce que j'écoutais de Bégaudeau hier. Je me demande si les établissements scolaires et universitaires d'Orléans ont des (ou suffisamment de) bibliothèques ouvertes le samedi... Je sens comme une carence, dans ce domaine. Il y a dans l'ensemble une vraie demande de lieux d'étude, silencieuse, puissante, d'une jeunesse qui veut travailler et réussir sa vie, prendre sa place, son tour (si on les lui laisse, si leurs cinglés de parents veulent bien leur faire de la place, une place digne d'eux...). Et ça, c'est moins sexy pour les médias que les débordements constatés ici ou là (et qu'il faut continuer de traiter, bien évidemment) et moins vendeur que les crispations des aigris chez qui 68 sont des chiffres restés en travers. Et à cette demande formidable et silencieuse, et admirable, des réponses comme le CPE ne sont assurément pas à la hauteur. On a d'un côté une demande et un désir d'intelligence et de l'autre une réponse de gestionnaire de bestiaux qui se prend pour Napoléon. De quel côté est la grandeur d'esprit ? (D'ailleurs dans de Villepin, le vil contredit le de...) « [...] Un critère de classification a été de retenir les moments où ça ne marche pas. Les moments où ça dysfonctionne [à l'école]. Mais les moments de dysfonctionnement structurel et non pas de dysfonctionnement exceptionnel. C'est-à-dire que ce roman... de toute façon, j'en aurais été bien incapable, puisque je n'ai pas vécu ce genre de moment, mais quand bien même j'aurais été poignardé, je ne suis pas sûr que je l'aurais raconté, pour ne pas prêter le flanc à un certain nombre de discours, que je peux appeler réactionnaires, quand je suis de mauvaise humeur, et surtout parce que je voulais montrer le dysfonctionnement structurel, celui devant lequel on sera toujours pris, y compris le jour où il n'y aura plus de coups de couteaux. Voilà, le jour où il n'y aura plus de faits divers, plus d'insultes, plus de tutoiements, il y aura un dysfonctionnement de base qui est : un prof essaie de parler à ses élèves et ils ne se comprennent qu'à moitié. [...] Oui, cette langue-là, cette langue qu'on appelle de banlieue, et qui elle-même souffrirait de nombreuses divisions internes, certains disent que c'est une langue à peine articulée qui ne mérite même pas le nom de langue et encore moins le nom de français, ça, je les laisse à leur jugement péremptoire, ce qui me frappe absolument dans cette langue, c'est à quel point elle est riche, elle est dense, et qu'elle mérite d'être prélevée en littérature, oui... [...] Me frappe toujours beaucoup... Mais ça, des philosophes l'ont dit avant moi : on s'étonne souvent que les gens se révoltent, on s'étonne beaucoup moins que si peu de gens se révoltent. Et me frappe... à l'heure où justement on a tendance à dire à diagnostiquer concernant la société française qu'elle est extrêmement chaotique, qu'elle se cherche, que les repères ont tous sauté... Moi, me frappe absolument à quel point, et notamment à l'école, à quel point ça continue à bien fonctionner — ça ne fonctionne pas dans le sens de l'ascenseur social, c'est vrai que l'école ne fait pas ce travail-là, on connaît les statistiques, je n'y reviens pas, mais en terme de simple exécution de la règle, c'est vrai que la transgression reste l'exception, et que globalement tous les élèves de France arrivent le matin à peu près à l'heure, s'assoient sur les chaises, y restent pendant 55 minutes, et quand ça sonne ils s'en vont, et puis ils rejoignent une autre classe, ils s'assoient et c'est reparti. Globalement, ça marche, quoi. Et je ne suis pas sûr qu'on doive s'en réjouir, d'une certaine manière. Si on est un peu anarchiste, par exemple. On devrait même s'inquiéter de ce qui reste, peut-être, de la grégarité. Voilà, je pose la question... » (François Bégaudeau dans Du jour au lendemain le 16 février dernier. Frappant, non ?) Aux Galeries Lafayette pour acheter deux chemises. En effet, il est plus simple d'en acquérir de nouvelles pour la dernière semaine que de trouver une teinturerie, y amener et y reprendre les miennes, avec l'emploi du temps chargé des derniers jours. Sans compter que je pourrais ne pas être satisfait du travail. Par ailleurs, les chemises sales, pliées un peu n'importe comment, prendront moins de place dans la valise que des chemises propres et emballées... Elles peuvent même servir de tampon ou de bouche-trou. Moment rare à la télévision : une pièce de Roland Topor. L'Hiver sous la table, c'est tout un univers de tendresse et de précarité, de sous-location à la vodka et de foncière humanité — 100 % pur jus de Topor. Après ça, je dors comme un bébé... Commentaires1. Le lundi 13 mars 2006 à 09:22, par dm : Dommage que Bégaudeau ait ailleurs affirmé
que l'enseignement du passé simple ne servait strictement à
rien. Sinon à lire Balzac. |
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Dimanche
12 mars 2006. Tous les noms des marbres. Fwahhh ! Quelle journée ! Pas à refaire de longtemps ! Neuf longues heures de transports et d'attentes pour trois heures de visite ! Et tout ça, le jour le plus froid depuis trois semaines ! Mais, prévue de longue date, cette sortie à Versailles avec trois étudiantes, on ne pouvait pas la remettre. Et puis nous allons repartir au Japon vendredi. Donc, pas d'autre occasion.
Il faisait zéro
degré, à 8 heures, devant la gare d'Orléans...Près de la gare de Versailles Rive gauche, les flaques d'eau étaient encore gelées vers 11 heures. Devant l'entrée A du château, nous avons fait la queue plus d'une demi-heure dans l'ombre et le courant d'air glacial... parce qu'il faut passer un par un au détecteur de je-ne-sais-quoi pour refaire la queue dans le hall et acheter ses billets. Merci pour la considération des visiteurs — des manants, devrais-je dire. Ce que confirme l'état des toilettes, malgré les cinquante centimes qu'il faut y laisser. On se demande si l'odeur est d'époque.
C'est fou comme le monde
entier se presse pour admirer ces vestiges de nantis et
de despotes ! — mais plus personne ne connaît
tous
les noms des marbres ni
la noblesse
conquérante
du
Dévonien,
quand
la fougère...Moi, j'en ai la nausée de ce lit où l'on se gargarise à dire que tant d'enfants royaux sont nés. Je ne rejette pas l'Histoire, mais j'exècre l'admiration béate des badauds pour ce qu'ils croient être l'Histoire. Sortis des Grands Appartements et de la (demie) Galerie des Glaces, nous allons directement à la Brasserie du Musée, place Gambetta, le restaurant le plus proche (qui permet d'éviter la restauration rapide proposée au château dans le sous-sol en face des toilettes), et ce n'est pas un mauvais choix, loin de là : service poli et diligent, l'entrecôte et les frites sont bonnes. Ensuite, encapuchonnés pour que les oreilles ne partent pas en morceaux, nous descendons au Parterre d'eau, au Bassin de Latone, en travers du Bosquet de la Girandole, près du Bosquet de la Colonnade sans mollir du jarret pour débouler au Bassin d'Apollon, lui aussi privé de jets d'eau, comme partout en temps de gel... On se réchauffe quelques minutes à la boutique des Jardins. Enfin, il n'y a pas de vent, près du Grand Canal, il y fait donc moins froid. Sans doute est-ce pour cela que s'y pressent les promeneurs, les amateurs de barque et les cyclistes de location. J'explique aux étudiantes que tous ces gens ne sont pas des touristes, que beaucoup d'entre eux habitent la ville ou les environs et viennent très régulièrement passer un bout de dimanche ici, avec les enfants, les chiens, les grands-parents, les ballons... Elles semblent dire qu'ils ont beaucoup de chance, tous ces gens. Elles aussi voudraient habiter en France, soupirent-elles... Je ne leur parlerai pas aujourd'hui des nouvelles lois, non, je n'en ai pas le courage. Puis c'est l'heure d'enclencher la marche arrière pour revenir à Orléans. Mission accomplie vers 19h15. |
| Lundi
13 mars 2006. L'incrémentation spiralée de
l'itérable, sa fatalité. Ce matin, je me disais que c'était bien d'avoir devant soi une journée simple, banale, |