Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Juillet 2006

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Samedi 1er juillet 2006. Narines en avant, vers des talus d'enfance.

Encore un matin de pluie... sans pluie. Décidons, T. et moi, comme elle doit passer au temple, d'aller à Akasaka à vélo. Rues et trottoirs sont plus praticables le samedi. En effet, nous ne mettons qu'une demie-heure, par Kagurazaka, Ichigaya, Yotsuya, près de chez Agnès, puis la belle et odorante descente vers Akasaka. Soit dans les haies côté avenue, soit dans les pelouses et buissons côté mur d'enceinte du Palais des hôtes, je ne sais pas encore, il y a là une graminée qui me propulse, narines en avant, vers des talus d'enfance. Il faudra que je revienne pour tirer ça au clair... — et reglisser gratos dans mon espace-temps.

Restaurant Aux Bacchanales, harnachés en cyclistes, pour une salade César et un ragoût d'agneau au safran (en surveillant nos vélos). C'est d'ailleurs en surveillant nos vélos que l'on voit tomber des gouttes et s'ouvrir des parapluies... Rares et rafraîchissantes, elles nous accompagneront sur toute la route du retour, côté douves verdoyantes, en première, T. monte ça sans difficulté maintenant, puis par le haut de la ligne de JR jusqu'à Iidabashi, chez Avon House, pour essayer — parfait — le costume (commandé il y a trois semaines) que je mettrai tout à l'heure.

Pendant que Koizumi s'arsouillait le vice avec les Bush, nous allons avec tout le sérieux du monde à l'Institut franco-japonais pour le film de François Christophe, Thierry, portrait d'un absent (1993), suivi d'une table-ronde qu'anime à la perfection Chikako Mori, jusqu'à 20 heures. Souhaitant reposer nos méninges, nous dînons tranquillement à deux au Saint-Martin (salade niçoise pour T., choucroute maison pour moi).
En y réfléchissant, la programmation de ce film comme la présence de son réalisateur (tout intéressants qu'ils soient) ne correspondaient pas tout à fait au thème proposé, comparer les situations des sans-logis en France et au Japon. Car le cas unique, lazaréen et nihiliste de Thierry ne rend compte en rien de l'ensemble du problème des sans en France.
Reconnaissant qu'il est un des seuls à avoir choisi la rue et à s'être entêté dans cette voie, Thierry ne peut représenter les milliers de démunis et d'accidentés de la vie qui, du fond de leur misère et de leur déprime, ne souhaitent qu'un toit et un travail. En revanche, les deux Japonais venus parler des homeless se montrent plus intéressants dans les questions, notamment sur les politiques insidieuses d'éradication des hommes-boîtes dans la préfecture de Tokyo (mais personne ne parlera d'Abe Kôbô, dont le roman eut peut-être été un des seuls pendants au film Thierry...).

Entretien avec Jean Échenoz déclassifié par la Femelle du Requin.

Billet écrit pendant le match France-Brésil... et propulsé après la victoire.

Commentaires

1. Le dimanche 2 juillet 2006 à 05:54, par Manu :

Je suis surpris que tu suives ainsi le foot : je croyais que tu ne t'y intéressais pas du tout. Si je n'avais pas fait l'effort pour les matches de poule, je n'ai moi-même pas regretté de m'être levé à 4h pour France-Espagne et France-Brésil. Pour le Portugal, ça ce complique avec décollage dans la foulée pour Miyazaki à 7h45... et retour à peu près à la même heure lundi, le jour de la finale !

2. Le dimanche 2 juillet 2006 à 07:37, par Berlol :

Quand c'est bien joué, c'est très intéressant. Le problème, c'est qu'il n'y a pas toujours les conditions pour que les joueurs se donnent à fond... Le match contre la Suisse m'avait beaucoup ennuyé, par exemple. Cette nuit, ça allait, mais sans plus. Ceci dit, je veux bien croire que le boulot de contenir les Brésiliens était assez difficile (et payant) même si pas très visible. Mais bon, j'avais quand même prévu de faire autre chose en même temps.
Bon voyage en Kyushu. Nous, on ira début août...



Dimanche 2 juillet 2006. Désir de la pique surmontée d'une tête.

Avec une nuit à moitié bouffée par le ballon rond et un petit déjeuner pris forcément tard, la matinée passe en trombe. J'ai bien fait de renoncer au ping-pong, on verra la semaine prochaine. Je lis les titres (les titres seulement) des dizaines d'articles sur la victoire de l'équipe de France, la télévision japonaise fait des best of de buts (faut dire qu'ils n'ont plus que ça à faire, après le fiasco de l'équipe japonaise et la démission discrète de Zico) — pour autant, je ne me sens pas dans la liesse, ce n'est qu'un jeu et je sais bien qu'on le détourne pour nous occuper pendant qu'Israël..., pendant que Monsanto..., pendant que Sarkozy... La seule nouvelle qui me fait sourire, ce soir, c'est le départ forcé de Forgeard de la tête d'EADS. Comment peut-on dire qu'on dirige avec compétence un groupe et affirmer qu'on ne savait pas les retards ni que le titre allait chuter ? (Mais que cependant, par hasard, on en a vendu des paquets...) Une telle arrogance dans l'hypocrisie ne devrait pas être acceptable. Parfois, je ressens le désir de la pique surmontée d'une tête, promenée dégoulinante dans les rues... Je me contiens. Je me soigne avec des comprimés de démocratie et des gouttes d'aquoibonisme.

À 13h, je vais écouter la conférence de Miguel Benasayag. Il nous explique comment le mouvement des sans terres est apparu et quelques autres sans quelque chose... mais surtout, il développe une critique des pouvoirs politiques comme étant naturellement dogmatiques, voire dictatoriaux, même dans la douceur démocratique, en tout cas toujours producteurs d'un modèle auquel tout le monde est sommé de se soumettre et duquel les exclus sont structurellement (et donc irrémédiablement) de plus en plus nombreux. Au point qu'il n'est plus possible de croire pouvoir traiter le système aux marges, de s'en accomoder moyennant quelques contributions à ceux qui sont dans le besoin ou l'exclusion. Non, il faut repenser des fonctionnements collectifs de base de ceux-là même qui sont écartés du système majoritaire. C'est de là que sont apparus les Forum sociaux comme Porto Alegre (dont il était question jeudi via les Poupées russes — comme quoi, hein...), avec une volonté de ne pas prendre le pouvoir — même si aujourd'hui ce groupement constitué d'exclus a produit à son tour des exclus...
Je suis encore des tables rondes où sont présentés les homeless d'Osaka (par Nakagiri Kosuke), la lutte des étrangers sans visa de séjour au Japon (Tsugawa Tsutomu), puis la création et le travail de Médecins du monde (Graciela Robert), enfin l'histoire et les actions de Droit au logement (Benoîte Bureau).

Ça redonde. Ça commence même à s'écouter. Et puis je fatigue. Et puis il ne pleut plus. Je sors manger un petit gâteau, histoire de voir si j'ai envie de retourner dans l'arène. Mais non, il vaut mieux que je rentre car j'ai encore des pages et des pages à corriger pour mes étudiantes. Et puis le beau ciel, des nuages qui me tendent leurs moutons. J'en photographie quelques-uns avant de rejoindre T. qui a bien avancé ses sujets d'examens...

Nuitamment, au frais, longue promenade à pied par Kagurazaka, Edogawabashi, Gokokuji, Myogadani et retour. Plus de 8500 pas au compteur de T. qui découvre ainsi petit à petit sa ville (que je connais déjà — on a eu des vies très différentes).

Commentaires

1. Le dimanche 2 juillet 2006 à 11:45, par brigetoun :

merci pour la fraîcheur bienvenue de ces nuages. Une question à poser à ce cher Bennasayag (je les aime et les ai longtemps suivis lui et les comparables) comment éviter le dogmatisme de ce qui remplacerait les politiques ?

2. Le dimanche 2 juillet 2006 à 22:59, par Berlol :

Il est peu probable que je le revoie. Mais il répondrait sans doute que ce serait en évitant d'avoir du pouvoir... Moi je dirais plutôt que la tendance au dogmatisme fait partie de la nature humaine. Je change de sujet mais on dirait que c'est déjà la canicule, par chez vous ?

3. Le lundi 3 juillet 2006 à 03:40, par vinteix :

... ce qui rejoint le point de vue millénaire du taoïsme et en particulier de Tchouang-tseu : "C'est seulement à celui qui se désintéresse du gouvernement du monde qu'on peut confier le monde."
Le problème est que ça n'est jamais le cas...



Lundi 3 juillet 2006. Liant (trop vaguement) contestataire.

Lassitude journalistique ? — pensez Genet, et ça repart ! (intempestif)

Déconfit par l'intellectuel ? — allez au Quignard de l'an ! (13 août, 17h30, Lagrasse)

Voir plus laid et plus fouillis ? — lisez la nouvelle formule de Libération ! (July without July)

Une dizaine de kilomètres aller-retour en binôme pour une course de lunettes à Aoyama, on en profite pour passer chez Villeroy & Boch pour des (soldes sur les) assiettes à motifs naïfs (oui, on aime bien) — qu'aucun cahot ne rompra.

Déjeuner au Saint-Martin, beaucoup de Françaises aujourd'hui, avec enfants, on sent que les vacances sont là, il n'est question que de départs imminents. Après une averse d'abord rafraîchissante mais vite vaporisée dans l'air alourdi, lectures à la médiathèque de l'Institut. Je feuillette Emmanuelle Pireyre pour savoir Comment faire disparaître la terre ? Finesse d'esprit et composition subtile, avec bribes de discours médiatiques, de tournures journalistiques, et un liant (trop vaguement) contestataire — pour moi pas aussi prenant que chez Jean-Charles Massera ou Yves Pagès. Mais j'y reviendrai sans doute. Emprunt de Pandémonium de Régine Detambel (Gallimard) — rien lu d'elle depuis le Jardin clos qui m'avait fait grosse impression il y a quatre ou cinq ans. Ça commence « Bien avant d'être toréés par la vieillesse [...] », ce que je trouve plutôt enlevé et... décapant. Emprunt bis : Ridiculum Vitae, précédé de Artaud Rimbur (Poésie Gallimard), de Jean-Pierre Verheggen, parce qu'il faut bien rire de tout, dans la vie — qui, lui, commence Aux Orifices du verbe (préface de Marcel Moreau) puisqu'on est là Pour en baver !
Ça va être une bonne semaine, je le sens.

Dans les recherches de liens, découverte du site collectif Libr&critiK — pourrait bien devenir une de mes lectures régulières...

Commentaires

1. Le lundi 3 juillet 2006 à 21:44, par caroline :

Jean-Pierre Verheggen ! La belgitude poétique, j'adore.

2. Le jeudi 6 juillet 2006 à 19:00, par le consul :

je crois que je préfère, pour ma part, Emmanuelle Pireyre à Massera, ou à Vasset, car beaucoup plus drôle. Et ses lectures publiques sont merveilleuses... moins été convaincu par Massera par exemple quand je l'ai entendu. Et Daniel Foucard, le lisez vous ??

3. Le jeudi 6 juillet 2006 à 19:48, par Berlol :

Non, connais pas, Daniel Foucard, je vais me renseigner, merci. Pour Pireyre, comme j'ai dit, c'était quelques pages en passant, avec envie d'y revenir... Donc à suivre.



Mardi 4 juillet 2006. Couple chantourné dans sa décadence.

Au lieu de dormir dans le train comme un lézard dans une fissure, je me suis enfilé d'une traite quatre-vingt-dix pages des Désaxés — en espérant que les rails tiendraient bon. Ah, oui, j'oubliais : veuillez éloigner de l'écran les allergiques d'Angot. Car je trouve ça plutôt bien. D'abord, premier critère, donc : je ne me suis pas assoupi comme une merde (de témoignage) dès la deuxième page. Deuxièmement, j'ai vite repéré les éléments de distanciation qui construisent rigoureusement la voix récitante : aucun propos appréciatif ou dépréciatif du narrateur qui fonde ainsi son objectivité sur le fait de rapporter des avis tiers, stricte gestion des temps verbaux, quasi-absence des coordinations entre phrases.
Le résultat, c'est une tension narrative qui nous transforme en scrutateur du couple chantourné dans sa décadence. Sans le voyeurisme qui consisterait à faire en sorte que les identités soient reconnaissables — sauf peut-être pour ceux et celles qui seraient du milieu et, quelque part, mouillés...
J'ai hâte de pouvoir continuer.

Mais ce n'est pas le jour. J'avale mon merveilleux bento, préparé par T. avec amour aux aurores, puis je file au bureau. Après deux cours, il faut fignoler des sujets d'examens à déposer demain dernier délai. À 20h30, j'en ai fait la moitié et n'ai pris qu'un quart d'heure de repos avec un David pas tout à fait dans son assiette non plus.

Courses puis dîner en regardant La Carapate (G. Oury, 1978), prêté par David. Pas un grand film, forcément, mais des petits côtés attachants, et pas seulement parce que ça date ou parce que c'est farci d'idéalisme. Le couple gaffeur (Pierre Richard) & gros dur (Victor Lanoux) n'était pas encore usé comme de nos jours, les riches étaient plus cons que méchants et 68 (le film se passe en mai) avait l'air d'être une vraie révolution.
Ça m'aide à faire court et à me coucher tôt. Demain, je parlerai des livres reçus.

« [...] il aimait bien cette effervescence, cette mondanité légère où les conversations ne pouvaient être que rapides, les gens prenaient des rendez-vous pour plus tard, sans jamais sortir leurs agendas. Ils promettaient de se voir et de s'appeler sans connaître leur numéro de téléphone, et sans jamais le demander. Les conversations se terminaient par un À bientôt suivi d'un point d'interrogation bien marqué pour appuyer sur la détermination, la sincérité, et la réalité du désir de se voir bientôt.» (Christine Angot, Les Désaxés, Stock, 2004, p. 59)


Mercredi 5 juillet 2006. Ces buts qui ne sont (pas) qu'à moi.

Avant tout, Jouer juste en onde, ça vaut le coup (c'était la Fiction Mauvais Genre de samedi 1er juillet, d'après le texte de François Bégaudeau, publié en 2003 chez Verticales)... et c'est un antidote pour ce qui suit — si l'on peut prendre l'antidote avant le poison.

Lecture studieuse en réunion (et poison nécessaire, donc) : LQR d'Éric Hazan (reçu hier)...
« L'un des traits communs à la LQR, l'idiome des publicitaires et la langue du IIIe Reich [analysée par Victor Klemperer dans sa LTI, il en a déjà été question dans le JLR] — parallèle qui n'implique évidemment aucune assimilation entre néo-libéralisme et nazisme — est la recherche de l'efficacité aux dépens mêmes de la vraisemblance.» (Éric Hazan, LQR, Raisons d'agir éditions, 2006, p. 18)
« [...] l'oligarchie politico-financière française, si bien intégrée qu'elle soit par les mouvements croisés de personnes issues des mêmes écoles et les renvois d'ascenseur, ne pourrait rien imposer, et sûrement pas une langue, sans le concours de tous ceux qui ont matériellement intérêt au maintien de l'ordre. Par millions sans doute, cadres des entreprises de sécurité, professeurs de philosophie politique, juges antiterroristes, agents immobiliers, maîtres des requêtes, chroniqueurs de France Culture et présidents de régions parlent, écrivent et répandent la LQR.» (p. 20)
« Cette langue a une dynamique propre, un caractère performatif qui fait sa force : plus elle est parlée et plus ce qu'elle défend — sans jamais l'exprimer clairement — a lieu.» (p. 21)

Dépôt in extremis des sujets d'examens pour mes cours.

Autres livres reçus hier : L'Os du doute de Nicole Caligaris, Dans les Bois éternels de Fred Vargas, Brefs Aperçus sur l'éternel féminin de Denis Grozdanovitch, la revue Lignes de mai sur la Situation de l'édition et de la librairie...

Après le dîner, je prépare à mes étudiants de mardi prochain une décoction intellectuelle à base d'actualité du patrimoine mondial et de Degree Confluence Project, pour que voyager ne soit pas qu'un acte de consommation touristique.
Et puis je leur envoie un courriel via Writely pour les inviter au travail à leur rythme.
J'évoque bien sûr de temps en temps devant mes collègues nouveaux outils et nouvelles méthodologies (à inventer soi-même si possible), mais, à part David qui y est comme moi jusqu'au cou, je ne perçois qu'amusement (Berlol n'est pas sérieux) ou agacement (il aurait mieux à faire). L'aveuglement n'est donc ni spécifiquement français ni limité à l'école... Cependant, je dois reconnaître, pour ne pas faire de mauvais procès, que le matériel est là et que les projets de cours sont acceptés sans discussion — mais l'expression est à double sens.
En haut lieu, on sait d'ailleurs que ces outils, si peu prisés soient-ils de certains enseignants, sont nécessaires à la satisfaction de la clientèle — et donc à la survie de l'établissement dans la concurrence menée pour capter les étudiants alors même qu'ils se raréfient.
Puis je me couche tôt pour me lever tôt...

Car Jouer juste, c'était aussi ce qu'il fallait faire ce soir sur le terrain de Munich... Et je mets en ligne — victoire acquise a minima mais de haute lutte — dans ces buts qui ne sont (pas) qu'à moi.


Jeudi 6 juillet 2006. Acteur plié en torche en moins d'une minute.

Question fraîcheur, il n'aurait pas fallu que je dusse passer au contrôle sanitaire au réveil — une heure après m'être recouché. D'autant que j'étais moyennement satisfait d'une victoire de la France par discutable faute et grand manque de chance des Portugais — quand ils arrivaient à passer, car il faut reconnaître aux Français d'avoir bien réussi le hachage menu du jeu adverse.
Et quand même cette question de la victoire nationale. Que signifie ce mot alors que les joueurs des deux équipes jouent tout au long de l'année dans les mêmes clubs européens, nationalités et origines mêlées, et qu'en revanche l'activité entière d'un pays se trouve suspendue, avachie ou galvanisée par le résultat d'un match ? N'y aurait-il pas détournement d'une survivance (la spécificité nationale), faux et usage de faux (fiction d'une équipe nationale faite de gens tout à fait internationalistes, et capitalistiquement internationalistes), hold-up médiatico-industriel (images et produits dérivés), voire culte du totem national pendant escamotage simultané des problèmes concrets et de l'impuissance de l'action politique ?

Mots qui changent la vie
Après que Jean-Louis Chiss nous avait invités à préférer erreur à faute, au moins dans le domaine de l'enseignement, pour nous éviter le champ chrétien, c'est à Éric Hazan que je repense plusieurs fois pour la pertinence de sa distinction entre question et problème.

« Je me souviens de Giscard, jeune ministre des Finances de Pompidou et génie autoproclamé de l'économie, faisant à la télévision des démonstrations au tableau. Ses intonations aristocratico-auvergnates ont beaucoup fait pour répandre le mot problème — qu'il prononçait problaîme. Auparavant, on parlait plutôt de "question" (la question d'Orient, la question sociale...). La substitution n'est évidemment pas neutre. À une question, les réponses possibles sont souvent multiples et contradictoires alors qu'un problème, surtout posé en termes chiffrés, n'admet en général qu'une solution et une seule. La démonstration, toujours présentée comme objective, obéit à des règles déterminées par des spécialistes. Passer de la question au problème, c'était donc ouvrir grand la porte aux experts qui n'ont fait que proliférer depuis, en France, dans l'Europe de Bruxelles et dans le monde entier.» (Éric Hazan, LQR, p. 14-15)

Aujourd'hui, notre département universitaire accueillait trois hôtes de marque : l'attaché de coopération universitaire (que je n'ai pas vu), le chargé de mission représentant Édufrance et le directeur de l'Alliance française locale. Alors que le premier avait privément rendez-vous pour des projets de recherche, le pénultième devait effectuer une présentation des études en France sous l'œil bienveillant du dernier. Ils ne furent pas déçus puisque nous rassemblâmes plus de cent étudiants ! Voilà au moins une mission rentable — ce qui est important à dire quand les moyens du réseau culturel déclinent...

Interloquées ! Mes étudiantes du séminaire de cinéma (sur les Poupées russes) l'ont été comiquement quand on a eu déduit des dialogues d'une scène dans quelles mains la mère de Xavier était tombée : celles d'un vieux con, doublé d'un gros vicieux.
Ça commence en auto, quand Xavier est voituré par sa maman pour rencontrer le nouvel ami d'icelle. Par inversion du schéma traditionnel, c'est elle qui s'inquiète de ce que son fils pensera de la personne. La puce est déjà dans l'oreille. Et qu'est-ce qu'il dit, le ventripotent ami tripoteur et écluseur de canettes de sa mère ? Il dit que le monde était simple, avant, divisé entre ceux de gauche et ceux de droite, les marxistes et les capitalistes, les pauvres et les riches, mais que tout ça est bien fini, que ça ne marche plus comme ça et qu'aujourd'hui il y a ceux qui veulent montrer des femmes à poil et ceux qui veulent les cacher, c'est tout — ce qui se décode, après surprise légitime, en : machisme dirigiste avec femmes marchandises sexuelles et femmes boniches mères modèles. Belle prestation d'acteur plié en torche en moins d'une minute.

Ce soir, c'est revue de blogs, pendant deux bonnes heures que le mien est indisponible. Je rattrape du retard et me mets deux, trois gros billets dans la poche : les droits et devoirs du blogeur (scientifique) et l'envers de la recherche à l'envers chez Affordance.info, impeccables, et Wikipédia, collectivisme en ligne ou intelligence collective ?, sur InternetActu, très questionnant malgré un titre un peu lourdingue.
Et puis au lit, sinon les neurones ne voudront pas reprendre l'entraînement demain...

Commentaires

1. Le jeudi 6 juillet 2006 à 08:40, par vinteix :

je ne suis pas vraiment convaincu par la pertinence de ce que dit Hazan sur "question" et "problème"... Un problème n'appelle pas forcément une seule solution et peut susciter au contraire plusieurs solutions / réponses, voire aucune, car combien de problèmes laissent dans la perplexité et le vertige des apories, sauf à prendre le terme "problème" dans sa seule acception mathématique, comme il semble le faire, et là encore, il y aurait des réserves à faire. Si l'on pense à certains philosophes, Deleuze usait souvent de ce mot de "problème", définissant la philosophie comme une création de concepts en posant des problèmes; mais il était loin d'envisager une solution unique à ces problèmes, engageant au contraire son discours dans la plus grande multiplicité.
Quant au match de foot d'hier; je ne ferais pas du tout la même analyse... l'équipe de France a une défense exceptionnelle et si elle a sacrifié au panache de l'attaque, c'est justement pour édifier un impressionnant rempart à l'arrière.
Quant à la liesse "nationale", on retrouve ce côté "tout le monde est pote et patriote" au-delà des races, certes éphémère et un peu superficiel mais fondamentalement généreux et humain. Je dis ça parce que je suis un fan de foot et que, vu le marasme actuel en France, je trouve que cela met un peu de baume au coeur (malgré les incidents) et cela me rappelle la joie vécue dans la rue en 98 dans le 18eme à Paris : black-blanc-beur, ce n'était pas qu'une image dans les cafés de ce quartier. A ces moments-là, malgré l'aveuglement des dirigeants français et d'une bonne partie de la société à prendre la mesure concrète du cosmopolitisme effectif de notre société, la France n'ayant plus de visage exclusivement blanc, je trouve que la liesse générale et le hiatus politique, éphémère de toute façon, à la manière des carnavals, a quelque chose de réconfortant et de profondément joyeux.

2. Le jeudi 6 juillet 2006 à 08:50, par Bikun :

Tient moi je vais aussi faire une autre analyse, vue que la première mi-temps était quand même Française, je dirais que la seconde mi-temps, on a globalement fait que subir et que toute contre attaque était quasiement voué à l'échec. De plus on a bien vue l'épuisement des joueurs...
Le péno par contre, hmmm. On dira tant mieux qu'on l'a eu...
Ce que je n'apprécie pas dutout c'est les commentateurs qui participent à un faussement du jeu, lorsqu'ils disent "Zidane" a obtenu un pénalty, ou un tel à obtenu une faute... Je croyais qu'un faute ou un péno étaient des sanctions? Pourquoi l'équipe adverse aurait obtenu? Auraient-ils participés activement à l'obtention de la faute?...

3. Le jeudi 6 juillet 2006 à 08:51, par Berlol :

La liesse, certes, la joie, cosmopolite, d'accord. Mais rien à long terme dans les structures politiques, tu le sais bien, au contraire, Chirac-Le Pen et les reculs sur tous les fronts sociaux avec Raffarin, Villepin et Sarko... Alors, la liesse... je te la liesse... en toute amitié !

4. Le jeudi 6 juillet 2006 à 08:59, par vinteix :

Oui, bien sûr, mais si on était tout le temps dans la politique, ça serait un peu chiant. Suis bien d'accord qu'on oublie le fond des problèmes, mais le sport, même si il est pris dans le business mondial de l'économie capitaliste, est d'abord du sport et n'est pas la politique; il génère une liesse qui fait, un temps, oublier la politique, et ce n'est pas plus mal.

5. Le jeudi 6 juillet 2006 à 09:08, par vinteix :

...de plus, si les gens semblent communier autour d'un drapeau, ce qui les fait d'abord vibrer, c'est le jeu et une équipe, le talent exceptionnel de joueurs comme Zidane; et même au Japon, d'où je vois les matchs, à chaque fois dans mon bar préféré, à 4:00, préférant regarder une fin de Coupe du Monde dans une vibration collective, si j'apparais aux yeux des Japonais présents comme une sorte de porte-drapeau, dans lequel intérieurement je ne me reconnais guère, ayant un sens peu aigu de la patrie, ce qui les fait aussi vibrer d'abord, c'est le jeu d'une équipe ou d'une autre... les préférences se distribuant alors au-delà de la nationalité.

6. Le jeudi 6 juillet 2006 à 09:41, par brigetoun :

et bien moi je l'ai trouvé lumineuse et réjouissante l'explication de texte de Hazan. Quant au foot en dehors du "panem sans même celui ci sauf sous forme de bière et circences", je me demande bien en quoi les jambes et l'intelligence du jeu des hommes sur le terrain avait quoi que ce soit à voir avec les hordes d'hier soir - encore crier en courant ça peut être sportif mais tourner en rond le cul dans une voiture en appuyant sur son klaxon ? Et tout de même les "valeurs" de ce sport genre importation d'espoirs lachés dans la nature quand ils ne sont pas de pures merveilles, tricheries et fric comme à Marseille ou en Italie .. dommage ce pourrait être un beau spectacle je crois

7. Le jeudi 6 juillet 2006 à 12:53, par k :

rien a voir, surement je sais pas j'ai pas lu, au dessus, juste dire que L fait pousser des tournesol c'est sa leur prékèrée, je lui montrerai demain, celle ci.
Angot, oui, les dexasés je dirait,en dessous, comme le marine gibraltar pour MD. juste mon avis
ciao,

8. Le jeudi 6 juillet 2006 à 18:21, par Manu :

En direct de Miyazaki, pas tres convaincu non plus, sans accent, de l'unicite d'une solution a un probleme (ni meme au sens mathematique, il suffit de penser a un systeme d'equations).
Quant au foot, je resumerais mon sentiment ainsi : je me leve tot le matin pour voir les matches, je saute de joie tout seul dans le salon a chaque but inscrit par la France et puis au coup de sifflet final, je me demande bien ce qui me motive ainsi et me met dans cet etat...

9. Le jeudi 6 juillet 2006 à 18:30, par vinteix :

... réponse : le ballon rond ; c'est un problème, sans solution unique...

10. Le jeudi 6 juillet 2006 à 22:06, par vinteix :

Ceci dit, la question (le problème ?) de la nationalité, de "la victoire nationale" est intéressante, avec toute son ambiguïté et ses dangers. Néanmoins, même si l'on voit en effet fleurir les drapeaux, cette question ne se pose pas fondamentalement plus au sujet de cette manifestation sportive que pour une autre. Certes, le foot mobilise davantage les foules que le patriotisme du 14 juillet... mais que ceux qui sont sans cesse rejetés, aux marges de la société, se sentent tout à coup français, comme les autres, je trouve que cela a quelque chose de joyeux ! même si, bien sûr, dans ces manifestations de liesse, la bêtise s'exprime aussi largement, les manifestations de joie ou de déception de supporters ne faisant pas toujours dans la finesse... Mais que blacks-blancs-beurs se retrouvent ensemble derrière un drapeau, à ce moment-là, tant mieux, même si, en profondeur, bien sûr, cela ne règle en rien les problèmes (et indépendamment de mon peu de goût pour les drapeaux). Mais une liesse liée à un match de football n'est pas pour régler les problèmes, comme le carnaval... C'est tout le sens de la fête, hétérogène, que d'échapper au temps habituel. Après, c'est aux politiques à tirer les éventuelles leçons de ce rassemblement unitaire de gens si divers, pas aux gens du football, qu'ils soient fans ou joueurs... mais là, on leur (les politiques) fait confiance, sans problème, pour escamoter ou détourner le(s) problème(s)...
La nationalité a toujours quelque chose de fictionnel, d'arbitraire...
Quant à la question de l'argent dans le foot, ou d'autres sports très populaires, là, c'est encore autre chose...



Vendredi 7 juillet 2006. Texture si ductile à la lire.

Encore une grosse journée sur un dossier administratif. Épuisant (mais je vois le bout du tunnel) (oui, je dirai un jour ce que c'est que ce dossier, patience...). Une petite heure de détente avec David au Downey pour un hambourgeois. Hésitant à sortir, une Japonaise se ravise et vient vers nous, nous parle timidement en français pour nous demander si nous le parlons, s'excuse de nous déranger, nous dit qu'elle est traductrice et qu'elle ne savait pas s'il y avait des Français par ici, nous lui sourions et nous apprêtons à expliquer, décliner notre identité mais elle s'excuse encore, ne veut pas nous déranger et se retire, puis sort avec son amie. Nous avons à peine eu le temps de lui dire qu'on se reverrait peut-être, ici même, que ce serait avec plaisir. Des politesses, comme ça, mais normales avec quelqu'un qui vient nous parler notre langue. Et puis comme elle était ravissante...

Dans le train, la nuit tombe, du sale temps, champs et montagnes semblent comme steppes inhospitalières. Mon voisin est civilisé, il a acheté une bière et des cacahuètes au chariot de passage mais il n'a pas éclaboussé en l'ouvrant, il n'a pas poussé des haaa après chaque gorgée et même quand il a eu fini je n'ai eu à souffrir d'aucun remugle. C'est rare. De mon côté, j'envoie un courrier à T. par téléphone portable pour la prévenir de mon retard, puis je continue les Désaxés sans m'endormir... La tension ne se relâche pas. Je me demande comment elle fait, Christine Angot, pour avoir à la fois une vision si incisive et une texture si ductile à la lire. Beaucoup de parataxe, mais peu de redondance. Des changements de point de vue mais jamais de coq-à-l'âne. De la justesse psychologique mais pas de psychologisme. Ce que d'aucuns n'obtiennent pas en dix pages d'ambiance de couple, elle l'instille en trois dizaines de mots. Avec ça, on est dans l'intimité du couple, sexualité comprise, mais sans pesanteur, ni formalisme érotisant, ni vulgarité, évidemment. La vitesse du texte, c'est celle de Bataille ou de Cendrars, aussi maîtrisée. Les recours à Lacan et Dolto ne tordent ni ne retardent le récit, ils se justifient, sous-tissent du sens aux destins individuels.
Comme il y a, chez certains, prévention, voire détestation d'Angot, il faudrait organiser des lectures en aveugle, des blind tests littéraires. Je suis sûr qu'avec ce texte on aurait de grandes surprises.

« Quand il la serrait dans ses bras, c'était comme avant. Malgré le détachement, la souffrance, les épreuves. Pourtant les obstacles étaient déjà là. Entre une rencontre et une rupture, les gens prétendaient que c'était "l'habitude, la routine, l'usure, la perte du désir", ou au choix "le bonheur ne se raconte pas". Ce n'était pas ça, ils n'étaient pas passés du plein au vide sans raison, sans autre raison que l'habitude ou la routine. Sur la vie à deux, tout le monde mentait. Les films et les livres aussi.» (Christine Angot, Les Désaxés, p. 103)

Commentaires

1. Le vendredi 7 juillet 2006 à 09:43, par alain :

Pour Angot, pas de besoin de test anonyme, on voit tout de suite que c'est de la merde.
et ran, ainsi, après du silence.
"un critique est-il donc (...) une conscience à apaiser ?"
De qui, cette phrase ?

2. Le vendredi 7 juillet 2006 à 12:17, par k :

moi j'aime angot
ben oui

3. Le vendredi 7 juillet 2006 à 17:39, par Berlol :

Oh oh ! Retour d'Alain sur les chapeaux de roues...

4. Le vendredi 7 juillet 2006 à 23:05, par caroline :

Je veux bien participer au blind test à condition qu'il y ait une équipe médicale prête à intervenir. J'ai bien peur de faire un oedème de Quinck tant le produit est allergisant.

5. Le vendredi 7 juillet 2006 à 23:48, par grapheus tis :

Préventions contre (!) Angot en abondance, mais quand Berlol fait mention de la rapidité de l'écriture à la Cendrars, oh, que oui !
Dans "Les Autres", whouaafff !
« Ils sont dans des états fous furieux, pos-
sédés. Les joues en feu, le sexe en feu, dans
ces moments-là, ils ne sont que du sexe, du
sexe, que du sexe. Mais qui tourne en rond.
Au bout de deux heures, elle lui a fait un
geste en montrant sa montre. Puis au
revoir. Puis un baiser du bout des doigts. »
Et ce n'est pas de l'éjaculation précoce !

6. Le samedi 8 juillet 2006 à 00:42, par Berlol :

Évidemment, le commentaire pertinent au possible de Grapheus Tis était bloqué par le filtre (il l'avait d'ailleurs réécrit une seconde fois). Tout le monde aura vu pourquoi. Donc n'ayez crainte, si, à l'occasion, vous ne voyez pas apparaître votre commenaire tout de suite, je surveille le filtre...

7. Le samedi 8 juillet 2006 à 00:48, par Ev. :

Angot casse, broie, pulvérise le Discours Social sur le couple et recompose, file avec ses gravillons, un texte épuré au plus près de la rencontre avec l'autre qui est d'une nécessaire violence.
Angot est salutaire.

8. Le samedi 8 juillet 2006 à 01:15, par le consul :

mystère Angot. Elle a une phrase incroyable, un rythme étonnant (il faut l'entendre lire ses textes...) et pourtant c'est pas bien, parce que les thèmes sont abordés dans cette violence propre à l'époque pour faire chic et choc... C'est du gachis... on pouvait penser la même chose de Duras, sauf qu'elle a créé du mythe, elle. Pas sûr que Angot y arrive...

9. Le samedi 8 juillet 2006 à 01:37, par Berlol :

Violence propre à l'époque, peut-être, mais retournée sur l'époque comme un couteau dans la plaie, et pas pour "faire" chic et choc mais pour prendre date dans l'histoire des mœurs et du langage — d'où aussi que ça ne plaise pas, manque de recul, confusion entre image de l'auteur créée par les médias et contenu de l'œuvre que l'on évite de lire avec l'attention requise... Un nœud conflictuel pour longtemps.

10. Le samedi 8 juillet 2006 à 01:40, par k :

pas sur,
mais moi, je trouve plutot que justement "les dexasés"(livre que j'aime le moins d'angot) sont dans cette violence chic et choc de l'époque, trop net, bien écrit, fait pour plaire au plus grand nombre.

11. Le samedi 8 juillet 2006 à 07:22, par Mth Peyrin :

Angot dans un interview radiophonique : "J'écris pour mettre ce qu'il y a dedans dehors, un peu pour que les autres n'aient pas à le faire"... Posture sacrificielle ? Duras n'avait pas l'idée de se justifier ainsi, elle savait la posture de l'écrivain dangereuse, car exposée, tant à l'amour qu'à la destruction. Lucidités parallèles, complémentaires peut-être, à deux générations près ( si j'ai bien calculé ). Mais le mouvement semble identique, une sorte d'injonction intérieure à écrire le réel tel que perçu, au plus près du prélevé. Je n'ai aucun plaisir "littéraire" à lire Angot, gênée je suis, non pas par la violence - j'en ai lu d'autres - mais par cette immédiateté de l'image qui me la rend trop vite insupportable ( lieux de traumatisme réel obligent ) - mais c'est une femme que j'estime, parce qu 'elle défriche quelque chose d'important . Et elle se défend contre l'aveuglement... Et peut-être, mais là j'hésite un peu... qu'elle est de celles qui apprend quelque chose aux hommes et conséquemment aux femmes, qu'ils et elles ne souhaitaient pas forcément voir. Alors, c'est utile, sinon salutaire, selon ce qu'on avait avant dans la tête sur ces questions sexuelles.

12. Le samedi 8 juillet 2006 à 14:22, par caroline :

Ce qui est sûr, c'est qu'Angot elle fait couler de l'encre (si on peut dire ça quand on écrit un commentaire à un article)... C'est peut-être son seul talent.

13. Le samedi 8 juillet 2006 à 14:56, par k :

berlol si je vous dis marie nimier??????

14. Le samedi 8 juillet 2006 à 15:43, par Berlol :

Je vous réponds beurk !!!

15. Le samedi 8 juillet 2006 à 16:13, par k :

merci

16. Le dimanche 9 juillet 2006 à 08:10, par stubborn :

"Je me demande comment elle fait, Christine Angot, pour avoir à la fois une vision si incisive et une texture si ductile à la lire."

Je demande aussi.

ps : Vous passez parfois sur le site de Guy Birenbaum, non ?

17. Le dimanche 9 juillet 2006 à 11:02, par Berlol :

Euh... non. Pourquoi ? Il explique tout ?

18. Le mardi 11 juillet 2006 à 16:41, par stubborn :

Berlol, berlol, ça me dit quelque chose...
Déjà vu ce pseudo ridicule quelque part ;)
That's why my little supposition,
le blog NRV peut-être ?
Ou ?
Ah ah...
Je cherche et ne trouve pas, arrgh.
Voilà, vous savez tout.

19. Le mardi 11 juillet 2006 à 16:43, par stubborn :

tiens, j'avais oublié "me".
Je ME demande aussi.
Donc.

20. Le mardi 11 juillet 2006 à 16:55, par Berlol :

Le blog NRV, c'est quoi ? Parlez en clair, ou offrez-moi un décodeur. Et puis, vous n'avez pas répondu à ma question, sur Birenbaum ? J'y suis passé voir, oui, c'est pas mal... mais bon.

21. Le mercredi 12 juillet 2006 à 04:01, par stubborn :

Désolée. Le Blog de Guy Birenbaum qui n'explique rien, pas le genre du garçon, est dit aussi le blog NRV.
En fait, j'ai peut-être du vous lire sur le blog de Sébastien Fontenelle, Vive le Feu. Je ne sais pas. Pas grave.
Je trouve vos notes bien, je passerai donc vous lire de temps à autre.
Bonne journée.

22. Le mercredi 12 juillet 2006 à 19:43, par Berlol :

Vous êtes toujours la bienvenue. Chez Fontenelle, en effet, j'ai pu laisser quelques traces. J'aime bien le ton de ses billets.



Samedi 8 juillet 2006. La fissure au plafond s'est agrandie.

|| Est-ce parce que la fin des cours approche || mal de tête au réveil qui se prolonge malgré le thé au jasmin pendant que le problème intestinal se résorbe || Y'a pire puisque Philippe s'est retrouvé à l'hôpital pour être opéré d'une hernie (amitiés à toi, Philippe, et bon rétablissement) || douce chaleur juste comme sur la Côte d'Azur quand j'y étais veilleur de nuit || encore Gaza l'horreur — mais jusqu'à quand ces haines continueront-elles et seront-elles laissées aux commandes || j'aimais la voix la musique d'Eyeless in Gaza dans les années 80 mais franchement je ne comprenais rien à ce nom, je crois que j'aime encore || Est-ce parce que la fin des cours approche, donc, mais T. et moi l'esprit soudain libre et clairvoyant avons réglé d'un coup d'un seul tous les projets d'été que nous laissions traîner depuis des semaines, c'est mûr dit-elle || escroquerie sur e-Bay encore une, mais une goutte d'eau dans la marée des échanges, faut le dire || déjeuner tard au Saint-Martin, T. veut encore de l'agneau besoin de protéines lors même qu'elle maigrit, très bien, poulet moutarde pour moi, avec bière, comme du cataplasme pour les intestins... || bien rigolé de voir l'engin JCB que FB a photographié et offert à notre nouveau vacancier || donc, vendredi et samedi à Kyoto (on est libre, vendredi soir), puis du 4 au 8 août sur l'île de Kyushu, les deux voyages pour des questions familiales, et une option pour mon voyage en France du 25 août au 10 septembre... || Guyotat parle de Coma avec Veinstein, faut que je le commande — Montaigne et sa voie du milieu, oui, toujours, mais pourquoi avec le barbant Comte-Sponville — je me dépêche de récupérer l'émission du vendredi précédent sur Lacan, avec archives — et puis découvrir Céline épistolier avec Sonia Anton, où l'on apprend que l'émission Tire ta langue va s'arrêter définitivement dans deux semaines !!! — et puis et puis IL FAUT écouter Bruno Bayen et Olivier Py chez Finkielkraut revenir sur la déprogrammation d'une pièce de Peter Handke à la Comédie française || blog la Littérature (lol !) : un bon résumé de tout ce que je déteste || et (rapport ?) fin de la lecture des Désaxés, superbe || Est-ce parce que la fin des cours approche, je crois aussi que je vais pouvoir beaucoup lire cet été, une sensation comme devant des fruits en train de venir, sur la branche, et la salive (qu'on) secrète (avant de les manger).|| Tiens, un haïku :

pile de livres
fruits mûrs
j'approche la chaise longue

« Il se méprisait d'aller faire le joli cœur à Prague, de se faire balader en taxi par une jolie fille qui devait s'imaginer qu'il représentait le cinéma français, alors qu'il n'était qu'un vague émissaire sur le retour et plus ou moins diplomatique de ce que Paris pouvait produire de pire, c'est-à-dire le vernis culturel, le semblant de talent, la notoriété due aux contacts, au ronron culturel. Souvent, on lui reconnaissait un ton, un souffle, ce n'était pas un souffle, il n'avait pas de souffle. C'était un ronron, voilà le mot qui lui convenait, lui qui savait reconnaître un chef-d'œuvre ne pouvait plus continuer de se mentir. Il avait un petit don pour les dialogues et à partir de ça il se retrouvait en train de faire croire au peuple qui avait connu Kafka qu'il était un des cinéastes contemporains les plus intéressants du moment. La vérité était autrement moins glorieuse. La vérité c'était qu'il essayait de scénariser, sans aucune recherche particulière l'affaire Veneur-Rozan, pour une bûcheronne qui allait faire 30 % de parts de marché. Et qu'il voyageait en classe économique, parce qu'Unifrance ne s'intéressait plus à lui. Il avait été une fausse valeur. Maintenant il était démonétisé. L'attaché culturel à Prague l'avait invité parce qu'il était le mari d'une de ses amies attachée de presse. Puisqu'il avait tout comme ça. Par contacts. Il y avait cru pendant deux ou trois ans. C'était ça le plus triste.» (Christine Angot, Les Désaxés, p. 181-182)

« Tu sais, la fissure au plafond s'est agrandie...» (Ibid., p. 186)


Dimanche 9 juillet 2006. Radio tropismes sarrautiens.

À saisir ! Dernières diffusions : près de quatre heures d'archives avec Nathalie Sarraute, années 60 et 70, sur le canal des Chemins de la connaissance de France culture. De 13h à 17h (là, dans une heure), puis dans la nuit de dimanche à lundi de 1h à 5h, et puis c'est tout ! Qu'on se le dise, si l'on n'est pas déjà emporté par la vague alcoolo-nationalo-footballistique !...

Pendant la finale...
J'ai tout bien enregistré. Près de 3 heures 50 d'entretiens et d'extraits lus. Un festival qui nettoie de la langue de bois et de la LQR. Maintenant, c'est la seconde mi-temps de la finale. Un but italien vient d'être marqué et annulé pour hors-jeu. La violence des joueurs italiens est effrayante. Chaque ralenti livre une nouvelle turpitude. Tout ça semble normal et les Français ne sont pas en reste. Le sommet du football est une foire d'empoigne et c'est l'anti-jeu qui gagnera le match.
Ici, des oiseaux pépient et l'aube paraît.

Dimanche de reprise du ping-pong, à Shibuya. Hisae, toujours reine incontestable du jeu, me concède quelques points avec son calme et son sourire habituels. Katsunori, certes défait d'une nuit de fête à la Fabrique, trouve deux fois le moyen de me remonter en belle. Et un quatrième, Bernard, qui n'a pas tenu une raquette depuis quinze ans et qui renoue gentiment. Nouvel habitant de Yokohama, enfin parvenu à son rêve de vivre au Japon, il cherche du travail, il vit au quotidien les contacts officiels et officieux, les CV et les courriels sans réponse, l'odieuse attitude de la Chambre de commerce qui ignore royalement les simples chercheurs d'emploi (il n'est pas le premier à me le dire). J'appelle simple chercheur d'emploi un individu qui n'a que son expérience à offrir, si précise et référencée qu'elle soit, mais qui n'est pas l'heureux titulaire de relations privilégiées avec des hauts responsables ou des diplomates. Ici, si on n'a pas ça, c'est le silence absolu et les petits boulots à 1000 yens de l'heure.
C'est peut-être à la réception officielle du 14 juillet, à l'ambassade, que se jouent comme au loto les relations et les contacts. Le meilleur comme le pire peuvent en sortir. C'est pour cela que je recommande quand même à Bernard d'y aller, désinvoltement, sans parler boulot, et sans se prendre la...

Zidane avait un compte à régler, il sort de la carrière sur un coup de tête ! Ambiance !

Commentaires

1. Le dimanche 9 juillet 2006 à 05:49, par brigetoun :

je vais essayer de voir si cela suffit à contrebalancer la danse du scalp que je redoute depuis le réveil

2. Le dimanche 9 juillet 2006 à 06:34, par vinteix :

D'où vient ce mépris ? "la vague alcoolo-nationalo-footballistique !..."
De plus, "alcoolo", pour quelqu'un qui aime la littérature, l'alcool a "nourri" (et détruit aussi, certes, mais ne meurt-on pas de quelque chose ?) un paquet de grands poètes et écrivains...

3. Le dimanche 9 juillet 2006 à 07:06, par Berlol :

Je vais regarder le match. Mais, cher Vinteix, je n'ai pas besoin de m'arsouiller grégairement. Je ne cherche pas dans le ballon rond un sens à ma vie ni à la république. Je regarde des athlètes faire de leur mieux et j'apprécie s'ils font ça bien. J'ai passé autrefois des dizaines d'heures dans des trains de bidasses biturés aux retours de perms et le cocktail groupe+alcool m'a désagréablement marqué. Désolé...

4. Le dimanche 9 juillet 2006 à 07:14, par vinteix :

Pour moi non plus, le ballon rond ne donne pas un sens à ma vie, ni à la république, mais je préfère regarder le match à un comptoir avec 2-3 amis en buvant, certes, mais sans forcément que cela ressemble à un arsouillage de bidasses en perms...

5. Le dimanche 9 juillet 2006 à 07:25, par Berlol :

Bon, alors je t'autorise. Imprime et montre la feuille au tenancier. (Si c'était pas si loin, je me joindrais volontiers à vous...)

6. Le dimanche 9 juillet 2006 à 13:54, par k :

L est aux anges verte blanche et rouge

7. Le dimanche 9 juillet 2006 à 15:02, par Bikun :

Zizou il a foiré, zizou il a foiré...

8. Le lundi 10 juillet 2006 à 00:13, par Manu :

J'étais si content pour Zidane, qu'il parvienne en finale avec son équipe et maintenant si déçu que ça se termine ainsi. Ça a commencé avec l'Espagne, me décidant finalement à voir chaque match au cas où ce serait son dernier... Ceci dit, ce n'était pas son premier rouge, et tout le monde se rappellera maintenant que son tempérament impulsif faisait aussi parti du personnage, sans doute son talon d'Achille, dont les Italiens étaient évidemment bien au fait et ont su exploiter. Quel dommage !

9. Le lundi 10 juillet 2006 à 02:12, par Bikun :

Il avait été expulsé justement lors d'un match qui avait été filmé par ces 2 réalisateurs qui se sont concentrés sur Zidane.
Ceci dit, cela prouve que les joueurs maintenant sont arrivés à un niveau ou presque tout est permis...Qu'importe le moyen, seule la victoire compte. Les insultes et coup bas au foot sont ce que le dopage est au vélo...Ils nous privent d'un beau spectacle.

10. Le lundi 10 juillet 2006 à 03:10, par Olivier :

Bref commentaire... J'ai dit à tous ceux qui me "sommaient littéralement" de regarder la finale (parmi lesquels Berlol) que Chichi allait porter la poisse à l'équipe de France en finale... Et que, par conséquent, je connaissais le résultat... Tout le monde a rigolé...
Heu, juste pour précision, je ne tire en fait aucune gloire de ce que je viens d'afficher, c'était juste pour dire... Et pour rappeler une conversation amicale...

11. Le lundi 10 juillet 2006 à 03:19, par Berlol :

Ben ouais... d'ailleurs il se tirait une de ces tronches, le chichi... j'en étais mal à l'aise pour lui, dès le début. Quand il applaudissait, on aurait dit qu'il n'avait pas une main en face de l'autre...

12. Le lundi 10 juillet 2006 à 05:07, par Mth Peyrin :

"Les bras en tombent", donc impossible d'applaudir...peut-être s'en servir pour ramasser les cadavres de boisson jonchant le sol après la bataille...euh...le match... Tout un savoir-vivre à retrouver, c'est si beau un athlète qui retient ses mauvais coups et si respectueux un spectateur qui ne hurle pas à la mort et met ses détritus dans une bonne vieille poubelle...Il faudrait peut-être mettre onze ballons et onze goals pour que ça se passe mieux ? Vive le patinage artistique ou le rock acrobatique !



Lundi 10 juillet 2006. Facture ne vaut pas signature.

Je n'ai pas, mais alors pas du tout la même interprétation du geste de Zidane que les médias canons (j'ai lu Le Monde et écouté France Inter, deux lieux hautement doxiques, qui disent que c'est pas bien du tout, que c'est inacceptable, etc.). Mystère Zidane, titre Libération...
Pour moi qui ai vu ce match comme le triomphe du mauvais jeu, des maillots tirés, des petites fautes de pied exécutées les bras déjà en l'air, tous derviches menteurs, l'apothéose de ce que des journalistes blasés appellent le jeu viriljeu vilain, dit T. au petit déjeuner, à raison, quand les médias japonais s'interrogent aussi.
Replongeons-y. Zidane finit son dernier mach. Le score lui importe évidemment. Il enrage : il vient de propulser une tête extraordinaire, détournée à quelques millimètres de la victoire par Gianluigi Buffon, beau comme un Caravage — l'aviez-vous remarqué ? Et le sale jeu qui continue. Jusqu'au moment où toute cette violence prend le dessus, celle des gestes et celle des mots. Et un mot suffit, ou un geste de l'adversaire harceleur. Qui dépasse les autres, qui fait passer au second plan l'importance du score, l'importance de la finale, l'importance et l'éthique du sport lui-même — qui n'est déjà plus que l'ombre de l'éthique tant tout le monde s'accomode de la permanence de la violence et des coups bas. Alors, en une seconde, Zidane conçoit de finir en beauté, dans les décors, en hors-jeu total, un OSNI (objet sportif non identifié), quelque chose qui marquera les esprits et les anthologies, un geste — que dis-je, un geste : un message clair en langage gestuel — qui dénoncera, au vu de tous et au dernier moment, au paroxysme de la convergence télé de centaines de millions de téléspectateurs, l'insupportable supporté jusque-là, l'éthique inversée, l'ignominie d'un anti-jeu systématisé qui les transforme tous en vingt-deux gladiateurs dans une mondiale arène romaine assoiffée de sang et de coups bas.
Enfin voilà, ma lecture du coup de bélier n'est ni sportive ni journalistique. Pas la peine de me répondre avec le réglement puisque c'est contre le réglement bafoué que Zidane choisit la sortie. Il y a de l'anthropologique, là-dedans.

Restons-y. Après le petit déjeuner, j'écoute Une vie une œuvre d'hier sur Michel Leiris en corrigeant sur Writely les textes maintenant bien développés de mes étudiantes de séminaire, sur Les Poupées russes — avec qui on va passer au traitement de texte personnel pour la rédaction finale des mémoires de fin de semestre, Writely n'étant pas adapté à cette finalisation.
Je m'amuse des effets d'annonce lévinassien et bennylévien chez Livres Hebdo et en profite pour rappeler que l'index des œuvres de Claude Simon est en ligne depuis... 9 ans ! Ça va être dur pour ceux qui croient innover... (Et on ne va pas refaire les pages : on leur garde leur côté vintage...)

Le gros typhon qu'on nous promettait et qui a bien arrosé Okinawa et Kyushu n'arrive pas jusqu'à nous. Je sors ma (bicyclette) Rover pour aller faire des courses, passer à la banque. Fait quand même lourd, même si j'aime mieux être ici que sur les Champs Élysées, question ambiance.

Première tentative avec Pandémonium, de Régine Detambel. Mais après les écritures extrêmes de Volodine et d'Angot, différentes l'une de l'autre à ceci près qu'elles sont d'une terrible exigence, celle de Detambel me paraît plus commune, travaillée, recherchée, certes, non sans formalisme, d'ailleurs, comme le soulignait avec malignité Fred Vargas dans une émission de télé où les deux auteurs étaient invitées, mais... — elle serait aux deux autres ce que l'artisan est à l'artiste : la bonne facture n'est pas aussi prenante que la signature unique. Mais je ne renonce pas. Il faut que j'accomode.

« Le mot [diversité] a la même ambiguïté que "multiculturalisme" : on prône la diversité, ce qui ne dérange évidemment personne, et dans le même mouvement on justifie que "l'accueil et l'ouverture", évoqués par Chirac devant Fadela Amara et des amies de "Ni Putes Ni Soumises", soient mis en œuvre diversement selon cette diversité — la "lutte contre toutes les formes de discrimination" étant le paravent rhétorique habituel. Prôner le multiculturalisme dans une société rongée par l'apartheid rampant, se féliciter de la diversité alors que l'uniformisation et l'inégalité progressent partout, telle est la ruse de la LQR.» (Éric Hazan, LQR, p. 49)

Commentaires

1. Le lundi 10 juillet 2006 à 06:36, par Manu :

Tiens, je lance un petit jeu : essayons de deviner ce que Materazzi a bien pu dire à Zidane. Je me lance "T'as vu, j'ai une meilleure tête que toi. A 34 ans, tu as perdu la tienne"

2. Le lundi 10 juillet 2006 à 06:39, par Berlol :

Il me semble avoir vu ce petit jeu déjà sur un ou deux blogs dans l'aprem, peut-être sur Libé... Les propositions sont plus musclées et moins spirituelles que la tienne, hélas...