Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Janvier 2007

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Lundi 1er janvier 2007. Choix de quatre tailles de vœux, selon votre budget...

Repas du matin de l'an, traditionnel.
La boîte laquée à trois étages récemment acquise contient exactement les ingrédients du osechi commandés séparément par Pal System et mis en scène par T.
Interdits et ravis, M. & B. goûtent et apprécient presque tous les aliments. Y compris le saké de la région de Niigata... à 10h30.
Ont du mérite, tout de même !

Allons marcher, malgré les nuages. D'abord jusqu'au sanctuaire Yasukuni, pour voir animées et populeuses les allées en préparation encore hier. Et sur un étal, ces alignements de darumas en papier mâché. Choix de quatre tailles de vœux*, selon votre budget...
Puis, le long des douves impériales — étonnamment peu de touristes, quelques joggeurs, toujours dans le même sens (trigonométrique), pas de cyclistes — jusqu'à l'entrée principale du Palais, où la file des délégations d'ambassades commence à se former (demain, ce sera le salut de l'empereur aux foules, depuis une fenêtre fermée).
Nous tournons vers l'Hôtel Impérial pour un salutaire café, accompagné d'observation du comportement des populations d'un grand hôtel le jour de l'an. Suivi des boutiques, peu fréquentées cette année, dont une, de poterie, où je choisis une petite théière de l'année, avec un couvercle surmonté d'un mignon sanglier.
Pendant que M. et T. vont à d'autres boutiques (sur quatre étages), B. et moi sortons nous rafraîchir jusqu'aux pieds (j'enlève mes chaussures), faisons des photos de saison devant l'immense composition florale du prestigueux hôtel (au Japon, les grands hôtels (s)ont aussi des galeries commerciales ouvertes à tous, on n'en est pas exclu par des cerbères comme c'est le cas aux portes des quatre étoiles parisiens).

Retour par Ginza désert (c'est normal, ça rouvrira demain).
Repos et repas, encore à quatre : huîtres frites (kaki furai), saumon fumé, restes de l'osechi, en commentant des programmes de télévision, puis des sketches des Inconnus sur YouTube...

* Les quatre tailles de vœux (les liens sont pour des personnes très très averties) :

  1. Vœux de terre, choses à posséder, graines à planter, propriétés enracinées et à défendre contre les ennemis et les intempéries, grain de peau, de photo, de blé, choses valables jusqu'à son horizon personnel.
  2. Vœux d'eau, à laisser couler selon la pente, se jouer des forces naturelles à ne pas combattre, ce qu'on encourage, continue, maintient, soutient, entretient, selon des courants, des réseaux, des règlements et des lois humaines, à l'échelle planétaire.
  3. Vœux de feu, de destruction, de colère, de vengeance, de guerre, de puissance, à l'échelle du système solaire.
  4. Vœux d'air, insaisissables comme le génie, immatériels comme l'éther, traversant vies et galaxies, éthiques et philosophies.

Commentaires

1. Le lundi 1 janvier 2007 à 20:55, par olivier :

Meilleurs voeux à notre insurpassable IRB !!! (International Réticulaire Berlol), à T. sa non moins réticulaire compagne d'aventures, et à tous les Berloliens/Berloleux/Berlolettes/Berloletiens... Que 2007 vous soit bénefique et doux!!! Et prolifique pour tous ceux et celles qui sont créateurs et créateures!!! Que la langue vous emporte au-delà des conventions et des discours convenus... Et surtout, surtout, surtout que 2007 soit l'année d'un renouveau pacifiste et heureux pour la planète et en politique... Ben, on a bien le droit d'espérer un peu... Non??
De toute façon, inoshishi est un animal pacifiste... Je parle d'expérience...

2. Le lundi 1 janvier 2007 à 23:09, par caroline :

Et en plus, ça marche ! Il y a quelques années, des amis m'avaient rapporté du Japon un Daruma. J'avais misé gros en noircissant un oeil car mon voeux était que deux de mes enfants réussisent le bac dans l'année. Ce n'était pas gagné d'avance, l'un des deux l'avait déjà somptueusement raté quelques mois auparavant. Et ça a marché puisqu'ils l'ont réussi avec l'aide du Daruma auquel je n'ai pas manqué de noircir le second oeil. Depuis, ils vont très bien et mènent leur barque sans problème.
2007, c'est l'année du bac pour ma troisième. Sans Daruma s'en sortira-t-elle ?

3. Le mardi 2 janvier 2007 à 01:14, par brigetoun :

si je ne l'ai déjà fait, tous mes voeux de terre et d'air

4. Le mardi 2 janvier 2007 à 10:42, par k :

bon bah, je vous le souhaite, gaie, jouisif, plein de fougue, de rage et de fureur berlol, s'étand nouveau,lol........

5. Le mercredi 3 janvier 2007 à 06:35, par christine :

tous mes voeux d'air (séduisants mais peut-être au-dessus de mes moyens) et mes voeux d'eau : bons courants et bons réseaux à toi et à tous !

6. Le mercredi 3 janvier 2007 à 07:08, par christine :

mais, en parlant d'eau, j'ai l'impression que le jlr est englué dans la grande paralysie aquatique de l'internet asiatique ? ou bien ne sont-ce que les lendemains de fête qui sont difficiles ?

7. Le mercredi 3 janvier 2007 à 07:28, par Berlol :

C'est le timing qui est difficile ! Sinon, merci pour les vœux. Ils ont du succès, ces vœux des quatre éléments, je reçois des commentaires par courriel aussi...
Également merci à K, Brigetoun, caroline et Olivier, tous mes voeux aussi vous accompagnent pour une 2007 que je vois de toute beauté !...



Mardi 2 janvier 2007. Trois fois un grand cercle de paille.

Changement de braquet. Après des jours de marche dans la ville, nous nous offrons deux jours de voiture dans la région — profitons-en pendant que les tokyoïtes sont à la montagne ou à l'étranger !...
Je crois qu'aucun de nous quatre n'est content de se lever vers 7 heures (quand on prévoit longtemps à l'avance, on n'imagine pas que ce qu'on aura fait la veille nous aura fatigué). On le fait quand même et on arrive à Takadanobaba, à deux stations de métro de chez nous, pour prendre une voiture au seul Nippon Rent-A-Car ouvert en cette période dans cette partie de la ville.

Et en voiture !...
Pour aller vers le port et les grands espaces, direction Ginza. On y arrive deux minutes avant dix heures et l'on voit — passant dans l'avenue à faible allure — les immenses processions de fukubururistes (acheteuses de sacs surprises) qui attendent massées devant les grands magasins l'ouverture des portes. Les petites rues parallèles que nous empruntons abritent également des queues qui finissent on ne sait où. Leur ticket d'entrée à la main, elles sont esclaves du tout-puissant dieu Commerce (j'emploie le féminin parce que 95 % des fukubukuristes sont des femmes).
À défaut de marché aux poissons (fermé), passons au temple de Tsukuji, Namiyoke-jinja, où l'on doit traverser trois fois un grand cercle de paille vertical pour être purifié deux-mille-septesquement. Puis à la gare maritime de Harumi, tout au bout d'un polder désertique qui faisait autrefois ma joie, cependant sans intérêt un jour de grisaille sans départ de bateau.

Grande boucle d'élévation et d'accès au Rainbow Bridge puis Odaiba. On se gare près de la copie de la statue de la liberté. Promenade puis visite du centre commercial Docks. Pas terrible.
Déjeuner au restaurant italien du Méridien ; très très moyen, le service comme la qualité culinaire. Sommes un peu déçus. Surtout T. qui n'aime décidément pas cette récente fausse île aux allures de Disneyland (et encore moins les pizzas à la mayonnaise).

Après ce nowhere culturel, en route pour la classe, la grande, l'internationale : quelques bretelles d'autoroute, des ponts au-dessus des industries qui asphixient Kawasaki. Ça roule bien partout, et nous voilà à Yokohama. Le centre, à pied, le parc Yamashita.
Bord de l'eau, mouettes (trop de). Le grand bateau à visiter qui était dans le port depuis des décennies, que T. a visité enfant, va être retiré — ça va être l'heure de devenir épave, pour lui ; ce qui n'émeut ni les mouettes ni les enfants, en nombre malgré la grisaille de chez grisaille.
Quartier chinois très animé (trop) — on peut même dire bondé !... Puis Motomachi, un des quartiers préférés de T., parce qu'un de ceux de son enfance aussi. Et mon seul achat (contrairement à nos visiteurs) : un sac Aigle qui me sera très utile et dans lequel je peux tout de suite mettre mon manteau, finalement inutile...

En voiture jusqu'au parking de Landmark Tower, à Minatomirai (trois kilomètres plus au Nord). Galeries commerciales et accès au panorama. Ascenseur à 750 mètres par minute pour aller au 69e étage (déjà pris le 18 août 2004).
Restaurant de crabe Chandler's où l'on était déjà allé, T. et moi, il y a deux ans (le 5 mars 2004)... Et où l'on mange aussi bien (crabe, langouste, etc., prix raisonnables).
(Voilà bien une des fonctions privées du JLR ; quand je disais que c'était d'abord une mémoire personnelle annexe...)
Retour par la féérie des autoroutes, qui enjambent les ponts au-dessus des ports, serpentent entre les tours de Shinagawa, puis de Shimbashi, puis partout, dessous, dessus jusqu'à la sortie de Kanda-bashi.

Mais où est donc passée la littérature ?

Elle (se) repose...

Commentaires

1. Le mercredi 3 janvier 2007 à 22:28, par Manu :

Sais-tu que le restaurant Elysée-hikaru a déménagé tout près de Motomachi (www.elysee-hikaru.com/acc... ? J'y suis allé le 27 décembre dernier (en ton honneur ?) par très beau temps. C'était toujours aussi bon, avec une vue magnifique sur le Fuji. Si T. aime ce quartier, vous devriez avoir plus d'occasions d'y manger.



Mercredi 3 janvier 2007. Voiture, pour le meilleur et le pour le pire.

Comme hier, il ne fera pas franchement beau, mais ni mauvais ni véritablement froid, donc convenable pour une sortie plus lointaine, limite campagnarde... Nous reprenons les autoroutes d'hier — comme j'ai bien retenu, tout passe plus vite et plus facilement (les embranchements et panneaux aux bretelles ne sont pas franchement simples à lire, d'autant qu'il y a multiplicité de signaux à tout moment) — et les dépassons pour aller jusqu'à Kamakura, via Zushi, puis Enoshima, terme de notre périple.

En voiture, pour le meilleur et pour le pire. Nous avons connu le meilleur. Ce sont ces autoroutes désertes ou presque, surtout sans les gros camions, interdits de circulation jusqu'au 4 ou 5. Ce sont ces panoramas urbains et maritimes, à perte de brume, elle-même percée des mille lumières de tous les signaux possibles, et notamment en hauteur, les signaux clignotants qui balisent le terrain aérien pour les avions et les hélicoptères. Ce sont ces conversations qui s'étirent aux quatre coins de l'habitacle, partent en guidouille quand certains s'endorment, rebondissent de la France au Japon, du passé au présent, du rire à la compassion, selon l'histoire.

Le pire, ce sera l'heure et demie qu'il faudra passer à progresser de quelques mètres par minute sur la seule route de retour possible, celle du bord de mer, parce que les autorités de Kamakura ont décidé de fermer toutes les rues du centre-ville afin de faciliter les déplacements des milliers de piétons qui se rendent aux temples — jusqu'à 17 heures. Tout juste un petit train pour égayer notre avance gallinacée. Et lors d'une pose dans des rues adjacentes, la rencontre d'une véritable pâtisserie, Saint-Louis, où nous prendrons gâteaux et cafés — et une galette des rois qu'on n'aurait jamais cru en trouver une telle durant notre immersion nippone.

Cependant, la visite d'Enoshima restera un grand moment de notre semaine touristiques (malgré l'attente déjà pour une place de parking). Je n'avais jamais vu autant de monde dans les ruelles du bas, un peu comme au Mont-Saint-Michel. La queue principale, sur les marches, est pour les gens qui vont faire leurs prières. Il nous reste la solution (payante mais bien pratique) des escalators automatiques (trois tronçons couverts, taillés dans la roche mais ressemblant comme deux gouttes d'eaux aux escalators du centre de Tokyo, qui font économiser quelques centaines de marches — non que l'on ne puisse monter nous-mêmes ces marches mais parce qu'il faut faire la queue alors que l'on n'y va pas pour prier !

Retour sans problème (autoroutes, bref dîner au Rihga Hotel, près de Waseda (sans prendre de dessert), derniers et lumineux tours de roues dans Shinjuku la nuit) et restitution de la voiture à l'agence de location, à Takadanobaba.

Excellente, cette galette des rois ! C'est B. qui tire la fève (une vraie).

Commentaires

1. Le mercredi 3 janvier 2007 à 11:05, par Agnes :

travel.guardian.co.uk/art...
J'ai pense a vous en lisant cette nouvelle...

2. Le mercredi 3 janvier 2007 à 11:55, par brigetoun :

j'essaie, mais bien inutilement ou en vain, d'imaginer le périple

3. Le jeudi 4 janvier 2007 à 13:16, par Dominique Fromentin :

panoramas urbains et maritimes, à perte de brume, elle-même percée des mille lumières de tous les signaux possibles, et notamment en hauteur, les signaux clignotants qui balisent le terrain aérien pour les avions et les hélicoptères
Le Jardin des Plantes, Claude Simon, p 134

4. Le vendredi 5 janvier 2007 à 04:11, par Berlol :

Merci de citer mes sources...
Et merci, Agnès, d'avoir pensé à moi... Je crois que British Airways devrait avoir la palme de l'entreprise la plus calamiteuse — la plus voyoue ? — de l'année 2006.

5. Le vendredi 5 janvier 2007 à 22:43, par Dominique Fromentin :

toujours plaisir, comme le dit A S après-demain, quand l'écriture devient source, plutôt
et qu'on ne sait pas à quoi ça tient sauf, effectivement, qui nous l'a appris

6. Le samedi 6 janvier 2007 à 06:21, par Berlol :

Merci. Mais je ne crois pas que cet Alain soit A S, ou tout au moins le S auquel je pense. Et qui est le bienvenu, de toute façon !



Jeudi 4 janvier 2007. Sashimi de cheval, parachevant le stage.

Courses, sushis et dernières courses. Le tout à Ginza.

Les sushis font partie des expériences complexes et paradoxales qu'offre le Japon — par exemple à des Français non avertis. Paradoxale parce que tout roule à l'envers, dans le sushi, ou parce que tout est déjà collé par des a-prioriz.
Pour un cuisinier occidental, et, partant, pour la plupart des gens de son pays, la cuisine, c'est ce qui est cuisiné, c'est-à-dire cuit, la cuisson étant pensée (dans un recoin du cerveau sans algue ni plancton) comme la marque d'une race civilisée, comme on disait autrefois — on diraît aujourd'hui d'une espèce civilisée, à la différence des autres mammifères, par exemple, qui ne se font pas la tambouille.
Le sushi, cru poisson cru au lit de riz (pensé comme du poisson cru, accessoirement couché sur du riz), ne serait donc pas tout à fait de la cuisine... Il est alors étonnant pour des Français, peuple qui se croit champion mondial de la gastronomie, de voir que des Japonais se damnent pour des sushis, ou que certains sushis, dans des restaurants haut de gamme au Japon, coûtent des fortunes (un assortiment correct coûte environ 2000 yens (s'il y a moins cher — et il y a toujours moins cher —, pour 8 ou 10 pièces, moi, je n'en mange pas, pour des questions de toxicité — ça me donne des boutons), mais certaines sushi-ya (maison de sushis) proposent de l'extrême qualité à 3000 yens la pièce, ou plus, peut-être, pour du thon ootoro par exemple). Il est encore plus étonnant de voir la sorte d'engouement de ces mêmes Français champions de la gastronomie pour des restaurants de sushis à Paris alors que la marchandise proposée est, en général, à la fois de faible qualité, peu variée, ne correspondant pas à ce qui se fait au Japon (le sushi de saumon, par exemple, n'existe quasiment pas dans les restaurants japonais) et ne respectant pas les divisions gastronomiques en usage (ainsi, mettre dans une même assiette sushis et yakitoris revient à servir chez nous du cassoulet avec de la choucroute). On aura l'excuse de dire qu'on n'a pas le choix et qu'on n'en sait rien...
À Paris, on est d'ailleurs de plus en plus roulé dans la farine — de riz — par des restaurants qui n'ont de japonais que le nom et dont cuisiniers et patrons proviennent de tous les autres pays asiatiques, et notamment (à pied) de la Chine. Comme schibboleth, je propose de demander au serveur s'il y a du ootoro, en prononçant le « r » comme un « l », « ootolo » ; et s'il demande « du quoi ? », ou s'il répète otooro, ou ottoro, ou otorro, voire otorow, c'est qu'il n'est pas Japonais — ni véritablement sushi-ya-san...
Ne connaissant que ça en France, l'expérience des vrais sushis au Japon commence souvent par une réticence (oh là, non, le poisson cru, pas pour moi !) ou une remarque blasée (oui, bah, on sait ce que c'est, hein !). Après l'insistance d'une personne qui en sait un peu plus, c'est l'étonnement : ça fond, c'est doux, ça ne sent pas fort, et bien sûr c'est très bon ! Ce qui ne veut pas dire que tout le monde aime les sushis, ni que tous ceux qui aiment les sushis aiment tous les sushis (pour ma part, j'ai toujours du mal avec l'uni, prononcer ouni, c'est-à-dire l'oursin).
Et puis il faut expliquer que sushi ne désigne pas du poisson cru avec du riz mais d'abord une préparation du riz lui-même — cuit, donc, ah oui ! — en vue d'une certaine conservation (vinaigré, ventilé, etc.), qui peut ensuite se décliner de bien des manières différentes, dont la plus connue est avec du poisson cru.
Attention, le vrai sushi-ya-san est aussi un très hygiénique amateur d'arme blanche. Son épée et sa concentration sont à votre service : il sait découper à grande vitesse tous les poissons, leur décoller la peau, n'y laisser ni arête ni viscère, il essuie méticuleusement son couteau et son espace de coupe entre chaque type de poisson, se lave très régulièrement les mains, synchronise les préparations en demandant à haute voix aux serveurs et serveuses de servir les soupes, les à-côtés, les boissons.
(Je précise que ces paragraphes ne s'inspirent pas spécialement des réactions de M. & B. — la tête de B., quand même, quand je lui ai dit qu'il venait de manger de l'anguille !...)

Le soir, dernier nabe, au poulet, précédé d'un sashimi de cheval, parachevant le stage intensif de japonité qu'ont subi nos deux cobayes.

Aptitudes au langage.
Alors que ma sœur ne dit exceptionnellement qu'un ou deux mots en japonais, pour remercier une serveuse ou un vendeur, son ami a, lui, dès le premier jour, manifesté un évident désir d'apprendre des mots et de les utiliser, à bon escient et en les prononçant bien, même plusieurs jours après. Ce qui fait qu'il a maintenant un petit stock d'une quinzaine d'expressions fort utiles. Nulle volonté de stigmatiser ma sœur (qui tient d'ailleurs en cela un peu de moi), mais un questionnement sur ce que sont — entre connexions synaptiques et fantasmes stimulants — les dispositions à l'apprentissage d'une langue, des langues, le pourquoi insaisissable de la motivation. J'aimerais savoir, pour mon travail d'enseignant, comment susciter à coup sûr la curiosité ou l'envie de savoir...

Commentaires

1. Le lundi 8 janvier 2007 à 18:53, par Manu :

Ça devient difficile à suivre ! Tu ne préviens plus qu'a priori de tes futurs changements dans les billets passés !
(Je mets juste un commentaire ici histoire d’attirer l’attention des autres ! ;-) )

2. Le lundi 8 janvier 2007 à 21:31, par Berlol :

Merci pour les autres !... Je crois que ça dépend de l'agrégateur qu'on utilise. Bloglines, par exemple, affiche de nouveau un billet quand il a été modifié (re-posté). Si j'ai bien compris ce que tu m'avais dit, Netvibes ne le fait pas... C'est ça ?

3. Le lundi 8 janvier 2007 à 23:26, par Manu :

J'essaye d'imaginer comment ça fonctionne.
A mon avis, un changement n'est détecté que si le fichier XML qui contient les données du fil a lui-même été modifié. Dans ton cas, puisque le texte transmis par RSS est maintenant tronqué, sans doute qu'aucune mise à jour n'est repérée si les premiers mots restent inchangés.
Il faudrait faire des tests.
Et donc Bloglines là l'affiche comme nouveau ?

4. Le mardi 9 janvier 2007 à 14:24, par christine :

moi je récupère en ce moment les nouveautés via les marques pages dynamiques de firefox, et là les post modifiés ne réapparaissent pas non plus (je n'ai d'ailleurs pas le souvenir que cela ait été différent avec bloglines que j'utilisais auparavant)
... et (oubliant que certains billets étaient restés inachevés) je n'avais pas encore pensé à remonter le temps : j'ai donc failli rater ces développements si précis sur l'art du sushi ... merci Manu !



Vendredi 5 janvier 2007. Poussières générées par l'énorme.

Lever à 5h15, retour à 10h30.
Entre temps, j'ai accompagné M. & B. à l'aéroport de Narita, ai attendu qu'ils aient enregistré leurs bagages (queue mais passage rapide) puis qu'ils aient pénétré dans la zone d'embarquement, et suis revenu à la maison... où T. avait un problème de machine à laver : eaux remontées du conduit d'évacuation bouché, sans doute en partie à cause des poussières générées par l'énorme chantier voisin — heureusement arrêté durant les fêtes mais qui avait repris sa bruyante industrie vers 8 heures — joie de l'an neuf des ouvriers. Bref, on rend nos visiteurs à leur destin et nous retrouvons le nôtre.

Du coup, annulation d'un déjeuner de retrouvailles entre collègues, tringlage de grisâtre tuyau poisseux et course à la pièce de rechange... Vers 14h30, T. et moi nous autorisons un en-cas (de toute façon, nous avons trop mangé pendant plus d'une semaine) et quelques courses complémentaires (et pendant qu'on y est la commande de la machine à expresso De Longhi que nous avions délaissée en fin d'année, pas la machine mais la commande).
Au retour, je suis mort de fatigue.
Et sincèrement désolé pour le lapin.

Rembobinage...
Il y a chez mon père une assiette de carton que j'ai peinte à l'école quand j'avais 4 ou 5 ans (en fait je ne sais pas quand...). Le motif à faire était un lapin, je le savais, mais au final mon lapin ressemblait — et ressemble toujours furieusement — à un poisson...

Seul, une heure dans un train, j'avais tout de même un peu retrouvé les délices des mondes parallèles...

« La maison qu'on avait attribuée à Pilgrim dans le cadre de sa rééducation, pour lui permettre de se ressaisir, de réécrire son manuscrit en s'inspirant, cette fois-ci, des valeurs plus conformes à l'esthétique officielle de la Colonie et au bien public, grinçait, elle grinçait terriblement.
[...]
Ensuite, ayant lavé ses écorchures dans l'évier et ayant refusé de prendre un message écrit à destination de la femme de Pilgrim, ce qui, en fin de compte, prouvait qu'il n'était pas un provocateur de la police, car autrement, avec l'idée de le remettre au Comité, il se fût emparé du papier sans rechigner, Coltrane partit.
Pilgrim resta, encore seize ans, seize ans et demi. Puis il partit à son tour.»
(Antoine Volodine, Vue sur l'ossuaire, p. 42 et 46-47)

Nuit noire malgré la pleine lune ; on annonce froid et pluie demain. Parcours de quelques chauds lieux réticulés : dans la tête d'Emilie où il se passe de plus en plus de choses, dans du grand FB, dont les idées dans ce domaine sont aussi les miennes, ou avec une Bovary toute à votre botte — Merci, Michel !

Commentaires

1. Le vendredi 5 janvier 2007 à 08:40, par k :

ehhhehhehhh regardez cela,www.imec-archives.com/pro... pris ma journée de vendredi 12 janvier, et le samedi une lecture de lonsdale, je penserai à vous,, vite vite c'est quand vendredi................

2. Le vendredi 5 janvier 2007 à 16:34, par Alain :

Je n'avais jamais pris le temps de lire ce journal, mais je suis très surpris aujourd'hui. Quelle belle écriture ! Comme une neige fine qui tombe doucement du premier au dernier paragraphe. Chapeau bas...

3. Le vendredi 5 janvier 2007 à 22:40, par Dominique Fromentin :

un peu de mélancolie sied à son clavier

4. Le vendredi 5 janvier 2007 à 22:54, par caroline :

Moi, j'ai un problème avec la machine à expresso De Longhi. Le réservoire d'eau fuit. je ne cmprends pas pourquoi; Évidemment, la garantie s'est envolée avec les paquets cadeaux.

5. Le samedi 6 janvier 2007 à 03:54, par Dominique Fromentin :

c'est peut-être à cause du e en trop et de l'o en moins ?
la garantie est dans "traité des excitants modernes", du jeune Balzac, en annexe, non ?

6. Le dimanche 7 janvier 2007 à 23:04, par Manu :

On finit enfin par comprendre cette histoire de lapin !...



Samedi 6 janvier 2007. Percer stridemment dans tous les bétons.

Réveillés tous deux assez tôt par des maux de nos gorges fragiles (et un peu de fièvre pour T.), nous ne pouvons guère nous reposer, d'autant que l'activité du chantier consiste maintenant à percer stridemment dans tous les bétons coulés en fin d'année.

Fortes et longues pluies qui viennent le lendemain du départ de nos invités, alors que les mêmes trombes étaient tombées la veille de leur arrivée... Symétrie ? Parenthèses ? Quoi qu'il en soit, cela n'incite pas non plus à sortir.

Accueil de Bikun pour deux semaines (pour lui éviter la noyade, le père de N. l'a conduit jusqu'ici en voiture). Lui, il connaît bien le Japon. Heureusement, car les cours reprenant cette semaine, avec les examens derrière, et même le cours de l'Institut à partir de samedi prochain, nous n'aurons guère de temps à lui consacrer. Mais je lui fais confiance.

Correction de copies. Ce n'est pas tous les ans — mais ce n'est pas la première fois — qu'une étudiante conjugue connaître au subjonctif « que je connasse ». Et ça vous fait rire ?...

En clin d'œil à ma sœur, ce chou tricolore (marron, vanille, chocolat) de chez Angelina, notre dessert du jour. Entre la fièvre et les médicaments...

La littérature vivra toujours, au moins tant qu'il y aura des hommes, certains hommes et certaines femmes qui habitent la littérature. Pour le reste, on n'est sûr de rien...
« Nous savions que, mais, comme il n'achevait pas sa phrase, Batyrzian alla s'asseoir derrière la table qui servait de bureau et il commença à feuilleter Vue sur l'ossuaire, un des courts ouvrages en miroir que Vlassenko et Maria Samarkande avaient écrits, une petite somme de narrats et de récits lunaires plutôt qu'un romånce, et il dit Ces jours-ci, entre vous et elle, les Services ont discerné une relation aussi illogique et aussi nette que celle qui anime les personnages de ce livre, et, anticipant sur la réponse de Vlassenko, il dit Pesez vos formules, Vlassenko, vous ne vous en tirerez plus en vous abritant derrière des évocations romantiques et des images intemporelles, il y a autre chose, un pacte inconnu, nous en sommes certains, quelque chose qui, puis il chercha ses mots et de nouveau il se leva, et, ayant marché jusqu'aux bacs d'ardoise, il se pencha et fouilla dans le bric-à-brac qui s'y entassait, puis, muni d'une matraque de plomb, il revint vers le prisonnier, et aussitôt il invita celui-ci à chercher avec lui les vocables les mieux adaptés pour définir ce qui les avait soudés, Maria Samarkande et lui, en dépit de l'éloignement et du silence, et, après quelques tâtonnements, ils arrivèrent à une première approximation, car Vlassenko, dont les dents et les lèvres étaient maintenant éclatées, réussit à balbutier Peut-être, quelque chose, oui, une forme d'union, un refus, un refus définitif du destin et du réel, le rejet de tout, l'amour de tout, vous ne, puis Batyrzian retourna s'asseoir devant ce manuscrit jamais édité, jamais diffusé dans la Colonie ni transmis à l'ennemi, et il dit Nous perdons notre temps, Vlassenko, les Services désirent des renseignements concrets, pas des foutaises à l'eau de rose [...] » (Antoine Volodine, Vue sur l'ossuaire, p. 73-74)
Oui, la mise en abyme ! Oui, la spécularité redoublée ! Oui, la survivance de la littérature à travers les régimes les plus infames ! Mais qui dira la beauté géniale de l'ellipse ? Ce « Vous ne », qui pour moi ne peut être que « Vous ne pouvez pas comprendre » et qui dit sans le dire tout ce qui sépare ceux qui habitent la littérature et ceux qui ne l'habitent pas, même quand ils en vivent.

Commentaires

1. Le samedi 6 janvier 2007 à 06:45, par Manu :

お大事に

2. Le dimanche 7 janvier 2007 à 06:40, par un canard de la rivière :

Bonne année à toi et aux tiens!
Si je m'avance à terrain découvert, c'est pour joindre à mes voeux le témoignage de ma reconnaissance pour la stimulation intellectuelle qu'apporte le déploiement quotidien des horizons multiples du jlr. Toute entreprise autobiographique mêlant, dans des proportions variables, une part de narcissisme et une part d'altruisme, tous deux étant, à l'état pur, également insupportables, le dosage que tu réussis chaque jour fait indubitablement prévaloir la générosité et l'ouverture.
Comme lorsque l'on est reçu chez des gens, j'apporte en franchissant ce seuil une petite contribution, écho aux belles professions de foi contre la peine de mort du billet d'il y a quelques jours :
"Voyez le Japon, nulle part la peine de mort et les supplices ne sont plus prodigués. Eh bien! nulle part les crimes ne sont si fréquents ni si atroces. On dirait que le Japonais veut disputer de férocité avec les lois barbares qui l'outragent et qui l'irritent."
Robespierre, Assemblée Constituante, 30 mai 1791.
En dehors de ce passage que je m'abstiendrai de commenter, le discours est l'un des plus puissants, et - mais oui - l'un des plus beaux, sur le sujet. Il faut pouvoir le lire sans penser à la Terreur, ou, si l'on y pense, y mesurer surtout la profondeur d'un mystère.
Sinon, Tokyo en vue pour moi du 18 au 22.

3. Le dimanche 7 janvier 2007 à 07:25, par Berlol :

Merci d'apparaître et de tes compliments. Mes meilleurs vœux pour 2007 ! Ta citation de Robespierre est... impressionnante.
On pourra se voir le 20 ou le 21, on va mettre ça au point en privé. À bientôt.
Merci, Manu, ça va mieux ce soir.



Dimanche 7 janvier 2007. Métro Singer en dadaïste.

Convalescence et repos. Le mal de tête continue une bonne partie de la journée, pas invalidant, ni déprimant, juste présent. Il s'en ira après la sieste. Tout de même sorti en fin de matinée, je suis passé à l'Institut franco-japonais où j'ai eu l'occasion de dire des vœux en français et en japonais, puis à Hanamasa pour acheter des tomates et du basilic, chez Becker pour du pain et des bretzels, à la papeterie pour des enveloppes par avion — je vais pouvoir envoyer quelques vœux par écrit en France, aussi.

Pas mal d'heures à l'ordinateur pour du courrier, des lectures de blog et de presse, des compléments à mes billets, et aussi des enregistrements d'émissions de France Culture.

Dans Question d'éthique du 30 décembre, intitulé Les limites morales de la liberté artistique, Monique Canto-Sperber revenait avec Marcela Iacoub sur l'exposition Présumés innocents qui fait scandale des années après son événement (en 2000, l'émotion était plutôt locale), ou plutôt sur le scandale actuel de l'orchestration de ce scandale par de nouvelles ligues de vertu (on disait ça il y a longtemps...) — ou quand une ultra-minorité fait la loi en se faisant passer pour prescriptrice de doxa.
Il en avait été question le 20 décembre dans Ce soir ou Jamais, où, si je me souviens bien, on avait soulevé les questions mais... Emmanuel Pierrat s'était même montré cabotin — au lieu de répondre sur le fond.

Hier, Histoire de Monelle de Marcel Schwob, dans la Fiction de Mauvais Genres... « Celle qui est perdue sitôt trouvée »...

Célébrations de 2007, que choisir ? On a ces jours-ci du Walser partout (j'enregistre). Mes goûts me portent plutôt vers Madeleine de Scudéry, Pablo Picasso pour ses Demoiselles d'Avignon, Alfred Jarry qui partait. Mais aussi un petit pincement de tendresse pour des publications d'il y a cent ans : Arsène Lupin, gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc et Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux.

Super ! Génial ! J'espère que ce plan anagrammatique du métro de Paris fera le tour du monde ! En tout cas, je vois très bien comment s'amuser avec dans les cours de français. Merci à Gilles et à Philippe et à tous ceux qui font circuler l'information. J'ai des amis au métro Singer en dadaïste à qui ça devrait plaire...

* *
*

La justice s'acharne sur « Présumés innocents »,
par Édouard Launet, Libération du mercredi 20 décembre 2006.
« Imperturbablement, le juge d'instruction bordelais Jean-Louis Croizier continue d'instruire le procès de l'art contemporain. Il y a un mois, le magistrat mettait en examen Henry-Claude Cousseau, l'ancien directeur du centre d'art contemporain de Bordeaux (CAPC), où l'exposition «Présumés innocents» avait été présentée de juin à octobre 2000. Motif : «diffusion d'images à caractère pédopornographique» et «corruption de mineurs par exposition de documents portant atteinte à la dignité des enfants». Hier, pour les mêmes motifs, Jean-Louis Croizier a mis en examen les deux commissaires de l'exposition, Marie-Laure Bernadac et Stéphanie Moisdon-Tremblay.
Artistes renommés. Le 25 octobre 2000, près d'un mois après la fermeture de l'expo, une association agenaise de protection de l'enfance, la Mouette, avait porté plainte contre les organisateurs, les artistes et jusqu'aux organismes prêteurs : Centre Pompidou, musée d'Art moderne de la Ville de Paris, Fonds national d'art contemporain, des fonds régionaux d'art contemporain et plusieurs grands musées étrangers. Etaient présentées environ 200 oeuvres de 80 artistes contemporains parmi les plus renommés : Christian Boltanski, Cindy Sherman, Annette Messager, Nan Goldin, Dan Graham, etc. «Présumés innocents» visait à faire un bilan des rapports que l'art contemporain avait entretenus avec l'enfance durant les trente dernières années.
Hier, Marie-Laure Bernadac, désormais conservatrice au Louvre, et Stéphanie Moisdon-Tremblay, critique d'art, se sont retrouvées à tour de rôle face au juge, à commenter pendant près de trois heures la façon dont ont été présentées diverses images d'artistes peu suspects de complaisance envers la pédopornographie : l'Américain Robert Mapplethorpe (mort en 1989), l'Américaine Nan Goldin, le Suisse Ugo Rondinone, l'Autrichienne Elke Krystufek, etc. Lesquels sont exposés hors de France sans problème, mais apparemment jugés «pornographiques» à Bordeaux. Elke Krystufek, mise en cause pour une vidéo (dont le contenu présumé est contesté par les organisateurs), est actuellement exposée au MAK (Museum für Angewandte Kunst) de Vienne, Ugo Rondinone travaille dans une église de Venise.
«Confusion». Par ailleurs, il semble y avoir «une confusion entre l'exposition et le catalogue : plusieurs des images incriminées étaient présentes dans le second, mais pas dans la première», note Stéphanie Moisdon-Tremblay. Qui dit : «J'ai le sentiment d'être face à une énorme manipulation.» Vingt-cinq photos ont été mises en cause par la Mouette. «Nous souhaitons un procès pour ouvrir le débat : est-ce que l'on peut tout faire en termes d'art quand cela concerne les enfants ?» déclarait Christine Maze, avocate de la Mouette, le mois dernier. Ce à quoi Henry-Claude Cousseau répondait, dans les colonnes de Libération : «Cette association se trompe de cible. Ce n'est pas aux artistes qu'il faut s'en prendre, mais à la mercantilisation de l'image de l'enfant dans la publicité et ailleurs.» 
Soutien ministériel. Le ministre de la Culture avait réagi dès la première mise en examen, soutenant Henry-Claude Cousseau, aujourd'hui directeur de l'Ecole nationale des beaux-arts à Paris, «personnalité respectée pour ses compétences et son sens de l'éthique». Le ministre ajoutait, à propos de l'exposition : «L'objet était de mettre en relief les agressions multiples dont les enfants peuvent être victimes, même si cela peut choquer, et je note que des mesures avaient été prises pour restreindre l'accès à certaines parties de l'exposition.» 
Durant les quatre mois de l'expo, une signalétique de mise en garde avait été affichée à l'entrée. Pour les dizaines de classes venues en visite, le personnel avait imaginé un circuit permettant de contourner les documents «sensibles». Parmi les dizaines de témoignages d'enseignants recueillis, seuls deux ont émis des réserves. Pour les autres, l'appréciation est enthousiaste, louant la pertinence des questions de société soulevées.
Six ans après la plainte, l'affaire est relancée. Des commissions rogatoires internationales avaient été lancées afin de retrouver certaines des oeuvres présentées lors de l'expo. En particulier, des enquêteurs se sont rendus à Vienne chez Elke Krystufek, où aucune pièce incriminée n'a pu être retrouvée. «Le dossier est vide, aucune oeuvre ne nous a été produite par le juge d'instruction», commentait hier Me Emmanuel Pierrat, avocat des deux commissaires.»

Commentaires

1. Le dimanche 7 janvier 2007 à 13:23, par brigetoun :

grand merci pour le Grand Cyrus, facile à consommer, et en fait on s'y embarque

2. Le dimanche 7 janvier 2007 à 15:53, par patapon :

Bonne année à tous deux ! Génial, le plan de métro: j’ai fait toute une ligne sans me tromper - preuve, s’il en était besoin, que je suis et serai toujours un Parisien !

3. Le dimanche 7 janvier 2007 à 18:35, par Berlol :

Cher Patapon, nos meilleurs vœux pour toi et les tiens ! Tu auras très bientôt un courriel spécial... Ta ligne sans faute, c'était laquelle ? Parce que moi aussi, j'en ai réussi de bonnes séries...

4. Le dimanche 7 janvier 2007 à 18:48, par patapon :

C’était Etoile- Nation (par Denfert) !

5. Le dimanche 7 janvier 2007 à 19:55, par Berlol :

Chapeau, oui, c'est une longue... de Soleil adulé téléchargé à Ô nanti !, par On rature derechef...



Lundi 8 janvier 2007. De nez en oreille, de nouveaux verres.

Entendu sur France Info : une tempête de vent est passée hier sur le Japon. C'est donc pour ça que notre linge étendu dehors a séché si vite !
Le soir, j'ai replié draps et serviettes qu'utilisaient ma sœur et son ami. C'est fini. Je regarde les photos... T. a des bouts de vidéo, aussi.

Encore du travail à préparer pour la fac. On va y arriver...
En même temps, récupération d'extraits du dernier Bateau Livre de 2006, notamment ceux de Christine Angot, Virginie Despentes, Fred Vargas. Montage cut mais pas mal quand même.

Des fois, ça m'attriste, d'être ici. Ça arrive en particulier pour des événements littéraires, surtout quand je suis sûr que personne ne les diffusera, ni à la radio ni sur un site perso ou dédié. Par exemple, ces Enjeux contemporains du roman, les 26 et 27 janvier à la Maison de l'Amérique latine, autour de l'essai de Viart et Vercier, avec de nombreux auteurs intéressants...

Satisfaits de nos résultats, en laissant un peu pour ce soir, nous profitons du soleil et sortons marcher vers la gare de Tokyo, l'objectif étant la grande librairie Maruzen. Nous prenons quand même un peu le JR pour y être plus vite. Au rayon français, petit mais costaud, plusieurs nouvelles éditions des Contes de Perrault, utiles pour T. dont c'est la deuxième spécialité (après, ou avant, historiquement, les mazarinades). Pour moi, l'édition de poche de Dondog, peut-être le seul Volodine que je n'avais pas encore... La librairie, qui s'étend sur 5 ou 6 étages, abrite aussi une boutique d'opticien, spécialisée dans les problèmes des lecteurs professionnels, et notamment les professeurs, personnes qui doivent lire sur papier et sur écran, mais aussi sur le tableau noir (ou blanc) de la classe et voir les étudiants, soit 4 ou 5 distances et largeurs de champ différentes. L'an dernier, T. y avait reçu de bons conseils. Aussi y va-t-elle aujourd'hui pour en demander d'autres, et commander, de nez en oreille, de nouveaux verres — car les marchands de lunettes ont au Japon des diplômes d'ophtalmo. Ça prend bien une heure, une heure et quart, pendant laquelle je parcours tous les rayons de l'étage, divers livres français et espagnols, des revues de maison et de mode. Dans un coin, une baie vitrée donnant directement sur la gare...

Dîner tôt au restaurant chinois Ren Ren Ren, près de Yurakucho, d'où on voit partir et arriver tous les trains — signe avant-coureur de mon départ demain matin. Très bon, assez créatif, pas très cher. Puis retour à la tâche. J'en profite pour peaufiner avec bravitude le passage sur les sushis dans le billet du 4 janvier.

Commentaires

1. Le lundi 8 janvier 2007 à 11:15, par Dominique Fromentin :

nous aussi, quelquefois, ça nous attriste d'être ici, même si c'est l'autre ici de l'ici
doit y avoir dans Proust (on va demander à cgat de nous le proposer) un passage où on soit d'accord là-dessus

2. Le lundi 8 janvier 2007 à 13:47, par christine :

... j'aurais bien "la vérité est ailleurs", mais je ne crois pas que ce soit de Proust !
et quand on est ici et pas ailleurs c'est le temps qui manque pour être dans tous les là où l'on voudrait être (l'ailleurs du temps après celui de l'espace, Proust encore et toujours) : le colloque de la maison des écrivains, par exemple (dont j'ai appris l'existence dans un billet de Dominique Fromentin), je vais essayer d'y aller mais je ne suis pas sûre du tout de pouvoir ...

3. Le mardi 9 janvier 2007 à 01:23, par Berlol :

Bizarre ! Je viens de me rendre compte qu'il y a juste un an, le 8 janvier 2006, il avait aussi été question de problèmes de vue et de lunettes... Alors que c'est un sujet sur lequel je ne me focalise jamais.



Mardi 9 janvier 2007. Le Mont Fuji aurait pu avoir été enlevé que je ne le saurais même pas.

C'est reparti pour un tour de calendrier ! Rien de tel que les obligations professionnelles pour bien le faire sentir. Aller rejouer le hamster dans une roue qui couine un peu plus chaque année... D'avoir lu, vu des centaines de personnes vieillir n'est rien à côté de le vivre soi-même. Et pourtant, ça n'a aucun intérêt. Je le reconnais. Entre ceux qui s'en foutent (parce que plus jeunes), ceux qui se moquent (parce que plus âgés) et ceux que ça réjouit (parce que le royaume des cieux les attend), il n'y a pas moyen d'en placer une sur cette sensation du vieillissement...

Une fois installé dans le shinkansen, je n'ai pas essayé de résister, j'ai mis mon masque d'enrhumé — ce que je suis un peu, mais c'est aussi pour qu'on ne me voie pas avec la bouche ouverte — et j'ai dormi tout le trajet. Le Mont Fuji aurait pu avoir été enlevé que je ne le saurais même pas. Ceci dit, il y a peu de chance...

Arrivé à la fac, j'ai découvert qu'il n'y avait pas de cours, aujourd'hui, qu'on rattrapait ainsi un jour férié qu'on n'avait pas chômé (le 23 novembre, veille de mon départ en France). Ça me laisse du temps, après le déjeuner de retrouvailles avec David, pour imprimer et coller mes feuilles avant d'aller les déposer au bureau. De toute façon, il fallait que je vienne puisque c'était la date limite de dépôt des sujets d'examens.

Après, c'est boulot et une pause blogs. En tous sens, des nuées pas dénuées de sens... Avec un peu de musique indienne, ça le fait d'autant mieux. Puis l'émission Metropolis sur Arte (merci, Christine !), surtout intéressant pour la Roumanie et la Bulgarie, et un dossier Beckett.
Dîner en compagnie de Frédéric Taddeï et ses invités d'hier soir, sur France 3, au sujet de la littérature qui fait peur. Mais avant d'y venir, une mise en bouche avec les réactions des éminents invités sur la néologie de Ségolène Royal. La rabat-joietitude de Finkielkraut est d'entrée d'une mauvaise foi consternante (en gros, le mot inventé serait laid parce que pas nécessaire alors que ceux qu'inventait Barthes étaient beaux et utiles, lol !). On voit tout de suite, parmi les autres, ceux qui ont de l'humour et ceux qui ont déjà tous les boulons serrés. Même l'avis de Todorov est un peu étriqué (que les politiques s'occupent de politique et laissent l'invention de la langue aux écrivains). Quelque part, ça me fait plaisir de voir que Taddeï savait qu'abracadabrantesque était de Rimbaud, Éric Rochant avait l'air de l'ignorer... Chais pas si y va revenir, celui-là...
Côté littérature, les propos les plus intéressants émanent sans conteste de Pierre Bayard. C'est quelqu'un dont je me méfiais il y a quelques années, peut-être parce que ses approches intellectuelles et littéraires me séduisaient trop facilement, un peu comme Antoine Compagnon ou Philippe Forest. Mais j'ai vaincu ça, une forme de vanité en moi, et appris à reconnaître ses qualités.
La cerise, c'est quand même cet extrait, vers 54'30'' du Ce soir ou Jamais, d'une bonne partie d'un sketch de Poiret et Serrault, Le Prix littéraire Stéphane Brineville (1967). Sketch à retrouver entier (semble-t-il, parce que je ne vais pas l'acheter, non plus...) dans cet Invité du Jeudi d'Anne Sinclair en 1981, avec Simone Signoret.

Commentaires

1. Le mardi 9 janvier 2007 à 14:57, par christine :

pareil pour moi, le hamster dans la roue qui couine ... nous devons être peu ou prou au même âge critique (je m'aperçois ce disant que je ne sais pas quel âge tu as, que ta fiche dans bn-opale plus est muette sur ce point et que même google sèche!)

et cette fois j'ai une citation de Proust à dégainer (pour faire plaisir à Dominique Fromentin) : " Il en est de la vieillesse comme de la mort. Quelques-uns les affrontent avec indifférence, non pas parce qu'ils ont plus de courage que les autres, mais parce qu'ils ont moins d'imagination. " (ça console peu mais ça flatte l'ego)

2. Le mardi 9 janvier 2007 à 15:55, par Berlol :

J'ai l'âge qu'avait Spinoza quand il est mort. Mais à sa différence, je n'ai pas encore écrit mon œuvre... Donc pas question de partir, je mets de l'huile dans ma roue qui couine.

3. Le mardi 9 janvier 2007 à 16:23, par christine :

c'est d'ailleurs ce que dit Proust juste après dans le Temps retrouvé ... mettons de l'huile, donc (car, si mes calculs sont exacts, je ne suis plus jeune que d'une poignée de semaines)

4. Le mercredi 10 janvier 2007 à 03:55, par brigetoun :

le concours des nuages m'a rappelé l'époque où à l'heure du déjeuner j'allais au Louvre pour regarder uniquement (ou presque) le traitement du ciel



Mercredi 10 janvier 2007. Du différend, du connivent, donc de la diversitude.

Cours de lecture, ce matin, avec un texte sur la rémanence du franc dans l'esprit des Français. Quoi qu'en disent les économistes, qui s'autoproclament gens de confiance plus souvent qu'à leur tour, la majorité des Français a constaté que le passage à l'euro a accentué l'augmentation des prix. Cette inflation est évidente pour moi qui ne viens en France qu'une ou deux fois par an (et quelques autres dans mon cas avec qui j'en ai parlé) : à la différence de ceux qui ne les voient pas augmenter d'un ou deux centimes chaque quinzaine ou mois, je les vois faire des bonds d'euros à chaque semestre.
Je me souviens très bien qu'un bon restaurant coûtait dans les 100 à 120 francs. Or les mêmes menus sont aujourd'hui à 30 ou 35 euros. Il y a plus de 10 euros de différence !
Enfin bref, mes étudiants se sont très bien débrouillés. Sans avoir le texte (c'est exprès), ils l'ont écouté trois fois, ont pris progressivement des notes et en ont à peu près ramassé tout le contenu. Comme la plupart étaient avec moi à Orléans en février dernier, ils se souviennent, pour certains, d'en avoir entendu parler dans leur famille d'accueil. La boucle est bouclée.

Dans l'après-midi, beau soleil, je vais en vélo à la mairie d'arrondissement pour le renouvellement de ma carte d'étranger. Ça se passe sans problème, avec un employé d'une soixantaine d'années qui me dit avoir appris un peu de français quand il était à l'université — c'était pour pouvoir lire Le petit Prince, ajoute-t-il...

Détour par le supermarché Sappore (4 ou 5 km en plus) pour du vinaigre, du thé, un pot d'asperges en promo et quelques autres bricoles, dont du cantal pour T.
Quand je reviens, après des collines, j'ai chaud partout, sauf aux genoux, que j'ai, décidément, de plus en plus sensibles. C'est la première année que ça me fait ça (couinement de roue à l'oreille du hamster...).
Je remonte au bureau et m'occupe de courrier et d'émissions de radio.

Beau crépuscule.
Et enfin ! : séance au centre sportif (pour vélo statique et appareil de marches de montagne). Et coinçage du Picard au-delà de son champ de compétence : « La tendance paraît irréversible, surtout depuis le développement foudroyant d'Internet. Les "humanistes" se trouvent donc dans la situation traumatisante d'être réduits à une minorité parmi d'autres, alors qu'ils pensaient défendre les valeurs universelles et éternelles de la condition humaine. La chute est rude, la désillusion sévère.» (Georges Picard, Tout le monde devrait écrire, p. 89)
Faudrait qu'il s'approche de nos constellations pour voir comment combien pourquoi et par qui la littérature et le désintéressement survivent très bien — en attendant les nouveaux modèles socio-économiques...
D'ailleurs, sans le savoir, il en parle lui-même : « Ainsi j'ai l'espoir que l'intensité d'écriture et de lecture n'a rien à perdre à s'exercer dans une relative confidentialité partagée par quelques milliers d'amateurs. [...] C'est justement parce qu'il n'y a rien à attendre du médiatique et du social en général qu'écrire ressemble de mieux en mieux à une vocation désintéressée.» (Ibid., p. 90 et 91 — Or, je ne disais rien de différent au sujet des salons littéraires dans l'internet ou du littéréticulaire...)

À saisir :
Danièle Gasiglia et Arnaud Laster m'informent, avec leurs bons vœux, d'un très prochain Festival Hugo et Égaux, du 15 janvier au 7 février 2007, dont voici le programme (marche mieux avec Internet Explorer qu'avec Firefox...). Suis étonné de n'en avoir pas entendu parler auparavant, mais de toute façon, je ne pourrai pas y être.

L'analyse contrastive des ouvrages de Jacques Rancière (Politique de la littérature) et de Tzvetan Todorov (La Littérature en péril) dans le Tout arrive d'hier est très intéressante (enfin la première partie, parce que la seconde, ça craint un peu, comme à chaque fois que Tout arrive devient du sous Le Masque et la Plume...). Si j'en juge par ce que disait Todorov lundi soir dans Ce soir ou Jamais, d'ailleurs le plus souvent d'accord, à ma grande surprise, avec Alain Finkielkraut, il est vrai qu'il s'exprime avec nostalgie, voire qu'il serait « réac »... et non pas « réactionnaire » (ce sont les mots de Daniel Martin).
En revanche Rancière, comme toujours, à recommander pour vraiment réfléchir.

On a bien le droit de s'amuser... avant le Ce soir ou Jamais d'hier soir, plus sérieux car entièrement consacré au monde musulman et dans lequel on voit, entre des débats plutôt bien menés (et Taddeï sans cravate), qu'il y a du différend, du connivent, donc de la diversitude...

Commentaires

1. Le mercredi 10 janvier 2007 à 08:03, par Dominique Fromentin :

c'est ce que dit mon boulanger : la preuve que ça n'a pas augmenté, c'est que le croissant est toujours à 0,90...
merci pour la photo du bureau

2. Le jeudi 11 janvier 2007 à 02:48, par christine :

www.livreshebdo.com/actua...
quelqu'un a encore triché ..!

3. Le jeudi 11 janvier 2007 à 03:05, par Berlol :

Il me le devra bien... C'est vraiment des buses, à LH...



Jeudi 11 janvier 2007. Soi dans la détente...

Soi dans la détente...
C'était en fin d'après-midi, après mes trois cours et ma voix cassée, assis devant l'écran, d'abord gazé, cliquant un peu au hasard, de blog en site... À un moment, je me suis rendu compte de ma situation : j'étais avec un casque sur les oreilles en train d'écouter Ghostrider des Sisters of Mercy et de lire la biographie en ligne de Louise Michel... Rebelle un jour, rebelle toujours.

Et plus tard, après le dîner et l'encore excellent Ce soir ou Jamais d'hier, après un petit complément au billet d'hier, ce paroxysme de tristesse, d'horreur et de... joie (le mot est difficile à prononcer, tout de même) — ou comment finir en beauté :

« J'avais pourtant conscience d'avoir été déchiquetée jusqu'à la moelle. Je relevai une paupière que les hémorragies rendaient spongieuse et j'observai ce qui se déroulait à l'extérieur de ma chair. Les tueurs avaient déjà quitté les lieux. Jean était couché contre moi, défiguré, geignant lentement, avec des coupures qui évoquaient des débuts de vomissements. Il n'avait plus de mâchoire inférieure, sa langue pendait sur le goudron luisant du trottoir.
Nous avions envisagé un tel scénario. Les rôles avaient été à l'avance écrits. Celui des deux qui serait encore doué de parole devait essayer de construire une dernière image où nous pourrions au même instant nous dissoudre, en manière d'adieu.
Je cherchai en vain quelle vision nous avions choisi de raviver pour adoucir le départ. Ma mémoire flanchait ; elle restait bloquée sur des problèmes de mammifères. Et finalement, sans transition, je revis une image de Hong Kong.
Je bredouillai des sons au-delà des bulles et de l'écume.
— Jean, tu te souviens, l'entrée de Victoria Harbour, un jour que nous arrivions en jetfoil ?
J'ignore si Jean m'entendait.
— Tu te souviens ?... poursuivis-je. Les pêcheurs étaient en grève... Le jetfoil avait éteint ses moteurs... Des centaines de chalutiers bloquaient le port... Il faisait un soleil éblouissant... Tous les mâts arboraient des drapeaux rouges...
J'ignore s'il m'entendait, mais c'était la fin, et maintenant nous étions là-bas : ensevelis dans la même lumière.»
(Antoine Volodine, Vue sur l'ossuaire, p. 109-110)



Vendredi 12 janvier 2007. Une merde de roman.

J'aime bien lire des lettres ouvertes quand elles ont un fond sincère et un objectif précis. C'est le cas je crois de celle que Denis Robert adresse à François Hollande, dans cette affaire dont les médias disent qu'ils parlent trop et dont ils parlent en fait de façon trop spectaculaire, à seule fin d'en éviter le fond (toujours intouché et protégé).

Ayant entendu parler d'elles au 20-Heures de France 2 d'hier, que je regardais pendant mon petit déjeuner, ça m'intéresserait beaucoup de lire les livres de Katrin Himmler (Die Bruder Himmler, chez Fischer Verlag, 2005*) et de Ute Scheub (Das falsche Leben. Eine Vatersuche, chez Piper Verlag, 2006**). Elles sont deux nazi-kinders, comme on dit, qui ont trouvé dans l'écriture un moyen de se libérer un peu de leur passé familial. Ça m'intéresserait beaucoup plus que de lire une merde de roman de 900 pages...
J'inverse ici à dessein de façon provocante la proposition de Christine Angot, sûr qu'elle serait d'accord pour ce cas. Car il n'en va pas de même — c'est même le contraire — d'un inceste familial qui constitue la conscience d'un sujet de production littéraire ne souhaitant pas (ne) produire (qu')un témoignage, et d'un témoin collatéral d'une catastrophe internationale qui cherche à rendre service et à se libérer du poids de sa famille par la communication de bribes de vécu et de documents.

* Oui, on lit bien 2005. Et pas de traduction à l'horizon. On se demande même pourquoi France 2 en parle... À paraître en anglais en juillet 2007 sous le titre The Himmler Brothers, sans doute chez Macmillan.

** Où l'on reparle de Gunter Grass puisque c'est durant une de ses lectures publiques, en 1969, que le père de Ute prit le micro, salua ses camarades et se suicida au cyanure. N'est-ce pas... romanesque, ça !

Pendant qu'on est dans la documentation et avant d'aller au centre de sport, je relève une des rares fois que le blog d'Assouline sert à quelque chose : la reconstitution d'un discours dit de Salamanque de Miguel de Unamuno (12 octobre 1936) devant les phalangistes enragés. Il dit notamment :
« Se taire équivaut parfois à mentir, car le silence peut s’interpréter comme un acquiescement. Je ne saurais survivre à un divorce entre ma parole et ma conscience qui ont toujours fait un excellent ménage.»
D'ailleurs, il est mort peu après.

Et encore ceci, de Mauricette Beaussart, pour ceux qui avaient apprécié le lien, il y a quelques mois, sur Christine de Siouxsie...
« En 1977, j’ai vécu pendant six mois à Londres. J’avais une chambre dans le quartier de Hackney et je travaillais comme habilleuse et maquilleuse pour la chanteuse Siouxsie Sioux. C’était moi qui lui faisais son make-up maison juste avant qu’elle entre dans la scène. Évidemment je pourrais ici dire beaucoup de choses peu connues sur cette activité et les confidences que je recevais mais je ne suis pas du genre à étaler ma vie comme de la confiture de rhubarbe sur la tartine d’un blog. Bref, j’ajouterai seulement que c’était aussi moi qui fabriquais des échelles assez grandes pour les bas et les collants de Siouxsie et de ses copines comme Ari Up et Palmolive. Je faisais ça avec une grande habileté parce que j’avais des ongles très abîmés.»

Je croyais pouvoir finir le livre de Georges Picard pendant cette séance de pédalage, mais je n'y arrive pas, il y en aura encore pour une autre fois. Depuis le début, son écriture me fait penser à celle de Denis Grozdanovitch, avec tout ce qu'elle a parfois, je l'avais dit, d'un peu lourd, contourné et relativiste, mais qui dans l'ensemble m'avait beaucoup plu, et, tournant une page (la 104), je trouve son nom comme étant un de ceux dont Picard se sent proche...

« Théoriquement, avant d'entrer dans un livre, un critique devrait ressembler à un sportif n'entrant sur le stade qu'après s'être échauffé, étiré, décontracté et préparé psychologiquement. Au lieu de quoi, les critiques donnent souvent l'impression de s'élancer à contrecœur et de faire payer à l'auteur leur mauvaise préparation.» (Georges Picard, Tout le monde devrait écrire, p. 105)

Après déjeuner avec David et travail au bureau, départ en shinkansen. Quintes de toux. Parce que l'air est trop sec. Je mets un masque, qui conserve un peu ma propre humidité et ça va mieux. J'ai même du mal à me réveiller à Tokyo... Quand ce type d'irritation de la gorge m'arrive, une image mentale de la zone se crée, surtout si je somnole. Ça ressemble à ces animations où l'on voit apparaître et progresser la désertification dans une région boisée. J'essaie de respirer à minima, de me ratatiner le bocal, pour que l'air qui passe n'élargisse pas la zone. Un jour, je mourrai d'une apnée antitussive...

Allez, vaille que vaille, la Télévision m'attend !... (Alors qu'on vient de voir l'hilarant From Dusk till Dawn (R. Rodriguez, 1996), avec Clooney et Tarantino...)

Commentaires

1. Le vendredi 12 janvier 2007 à 10:57, par Frédéric :

Super, l'article sur Angot.
Mais, c'est étrange, mais comment l'oublier, et je m'en veux d'aborder le sujet sous cet angle, mais allons-y, oui, elle soutient ouvertement Sarkozy, dites-moi.
Donc, on disait que ses livres étaient de la merde. Ça s'avère.

2. Le vendredi 12 janvier 2007 à 22:45, par Berlol :

Bel amalgame !

3. Le samedi 13 janvier 2007 à 00:54, par brigetoun :

cela indique simplement une attitude face à la vie, qui ne rend pas pour autant ses livres mauvais (ni le contraire).
un peu décourageant ce que vous dites de l'écriture de Georges Picard, ce que j'avais lu à propos de son livre et surtout l'entendre chez Tadéi m'avait donné envie de le lire, mais pour moi ce doit être un plaisir : il est vrai que Finckie trouve que ce plaisir doit s'accompagner d'une souffrance (pas toujours vrai), il est surtout vrai qu'actuellement je ne m'accorde pas d'achat de livre

4. Le samedi 13 janvier 2007 à 03:29, par Mauricette Beaussart :

Monsieur Berlol, je vous ai répondu ici : etoilepointetoile.blogspo...
Mauricette Beaussart qui vous salue de loin.

5. Le samedi 13 janvier 2007 à 13:47, par k :

l'imec, c'était..........chiant comme la mort par moment, et ces secondes, quelques minutes fulgurante, lonsdale..........sansq voix, au propre comme au figuré, j'en suis ressortis.



Samedi 13 janvier 2007. Les lunettes et la dégaine, peut-être.

Lever à 6 heures pour latter les visions...
Comme j'ai déjà bien étudié ce roman, il ne devrait pas être trop difficile d'en expliquer une dizaine d'extraits en détail. J'ai même l'intention de faire encore quelques découvertes. Ça commence d'ailleurs plaisamment : en cherchant qui est cet Abdoujaparov que Toussaint mentionne dès la première page, histoire de bien déranger les intellos qui n'aiment pas le sport. Djamolidine, de son petit nom. Je découvre qu'il a en effet pris part à plusieurs Tours de France, qu'il a gagné l'étape sur les Champs Élysées en 93 et 95, mais qu'il était surtout connu — et craint — pour ses écarts inconsidérés durant les sprints, dont un qui le mena en 91, à moins de 100 mètres de l'arrivée des Champs, droit dans un bidon publicitaire géant, ainsi que pour les six contrôles anti-dopages positifs qui ont mis fin à sa carrière en 97.
Plus sérieusement, on s'intéressera surtout à la stratégie littéraire qui consiste à créer un personnage facétieux et sympathique (capable de comparer un téléviseur avec antenne en V à... une langouste), dont le portrait se trace progressivement en creux, dans les commentaires qu'il porte sur l'unique objet de son ressentiment — la télévision — en attendant que l'on sache pourquoi il se trouve seul dans un appartement à Berlin. L'incipit et les deux pages qui suivent nous donnent mine de rien tout un tempérament, comme on chausserait des lunettes de telle ou telle couleur avant même de regarder quoi que ce soit, de sorte que quand viennent les sujets sérieux (socio, philo, histo, médio, esthétique, etc.) il nous a déjà mis dans sa poche...
Les étudiants, aux deux tiers déjà connus, semblent voir où je veux en venir et l'on peut donc faire à la fois de l'explication de texte, du point de vue de la langue et de la construction narrative, mais aussi de la pragmatique du discours en incluant le jeu avec les univers de référence des lecteurs, notamment la réprobation implicite de l'addiction télévisuelle.
Malgré ma petite forme...

Rapide poulet-frites au Saint-Martin, après quoi je me recouche, donc. Oui, vous lisez bien, je me recouche. Le rhume, les quintes de toux, les levers à 6 ou 7 heures toute la semaine... Tout ça fait que je me recouche jusqu'à 16 heures. Avec la bénédiction de T.
Après quoi, je suis frais comme un gardon. Je mets en service la machine à expresso livrée ce matin — et je m'en fais un bien serré.
Je retourne à l'Institut pour voir si j'y trouve Bikun. Mais non, il n'y est plus et/ou pas encore... J'emprunte J'ai vu tuer Ben Barka (Serge Le Péron, 2005) et je rentre le regarder.
Assurément pas un grand film mais intéressant éclairage sur l'affaire Ben Barka. Josiane Balasko n'est pas très crédible en Marguerite Duras (surtout après Jeanne Moreau), sauf dans la scène au tribunal, dans la troisième partie : là, sa façon de répondre aux questions du juge est vraiment impressionnante — je la voyais. Jean-Pierre Léaud fait un bon Franju — même si je ne connais pas assez le vrai Franju pour dire s'il lui ressemble, il colle assez bien à l'idée que je me faisais de Franju. Quant à Charles Berling en producteur véreux au passé plus que louche, il est antipathique à souhaits, avec tout de même — ce qui n'a rien à voir — une petite tendance à ressembler physiquement à l'idée que je me fais de mon propre père à cette époque-là (1965). Les lunettes et la dégaine, peut-être.

Quand T. revient d'un congrès de dixseptiémistes, consacré aujourd'hui à la Fronde, nous regardons un dévédé d'un Double Je (celui du 27 octobre 2005), pour y voir Kazuo Kiriu parler de Balzac. J'y retrouve le ton passionné non dépourvu de condescendance de Bernard Pivot devant la « folie » que constitue la numérisation intégrale d'une œuvre. Mais passons. Kiriu, très calme, explique notamment comment il a rencontré Balzac, dans un Japon pauvre et se relevant difficilement de la défaite, et pourquoi La Peau de chagrin est son roman préféré. Je m'en souviendrai...



Dimanche 14 janvier 2007. Commande, ça bascule tout seul.

Enfin un jour sans aucune obligation sociale. Un jour à monter soi-même.

« La dureté des temps, des conditions de travail ou l'angoisse du chômage rendent recevable l'excuse de prendre la culture par son versant le plus aisé. Comment ne pas comprendre que l'on puisse manquer d'ambition intellectuelle après une journée d'usine, de bureau ou d'ANPE ? J'ai connu de ces périodes découragées et décourageantes où le journal ou la télévision ont plus d'attrait qu'un livre. Alors, étant au plus bas de moi-même, l'angoisse enlevait toute saveur à ma vie. C'est que j'avais goûté auparavant à des substances intellectuelles prodigieusement roboratives, notamment à ces livres qui obligent le lecteur à poser sur l'existence un regard métamorphosé. Pour les personnes n'ayant jamais connu cette expérience bouleversante, lire un livre n'est rien de plus qu'un moyen de passer le temps ou de se changer les idées. Comment leur suggérer que la littérature possède des pouvoirs bien plus déterminants sans leur donner l'impression qu'on agite de façon grandiloquente des idées théâtrales ? » (Georges Picard, Tout le monde devrait écrire, p. 112-113)

Travail de bureau en matinée.
Courrier, réponses à des questions d'étudiantes qui ont du mal à écrire leur rapport de fin d'année.
Même pas encore eu le temps de regarder Ce soir ou Jamais de jeudi !...
Sortie.
Marche à deux jusqu'à Jimbocho et Ochanomizu pour profiter du soleil. Déjeuner dans un restaurant italien qui paraît nouveau, La Stagione ; assez petit, pas mauvais, un peu chic, ne saurait donc devenir une cantine à l'instar du Saint-Martin.

En soirée, film Les folles Années du twist (Mahmoud Zemmouri, 1983). Un film dont je crois bien n'avoir jamais entendu parler. Peut-être est-ce à cause de son titre trompeur ? Film algérien, ou franco-algérien, puisqu'à cheval sur les deux périodes (1959-1962), plein de subtilité comique et de détails historiques ayant juste la bonne dimension pour ne pas alourdir l'intrigue, pour ne pas traiter indignement un sujet — la Guerre d'Algérie — encore très largement intouché en 83. Preuve de l'intérêt qu'il suscite spontanément : T. me pose plein de questions sur les Pieds-Noirs, les militaires, la co-présence de la mode yé-yé et des préceptes musulmans... Je réponds comme je peux, pas toujours brillamment.

Librairie Tiers Livre, et pourquoi pas ?
J'y vais, je vois ce qu'il y a, je mets un Bergounioux dans le panier, et quand je veux passer commande, ça bascule tout seul sur mon compte Amazon habituel — avec en effet l'article dans mon panier. Et comme il y avait déjà quelques livres et dévédés dedans depuis quelques semaines, je finalise ma commande. Je peux donc dire que je suis partiellement passé par la librairie Tiers Livre... Une première, quoi !

Commentaires

1. Le dimanche 14 janvier 2007 à 09:01, par F :

merci de ta confiance - les centimes de la ristourne te seront défalqués lors de la prochaine rencontre au sommet au moment de payer le verre de vin blanc - reste que voilà un Bergou de plus dans la nature et c'est ça l'important - un des pbs c'est quand même que les livres qu'on aime on a de + en + de mal à les trouver en rayon - je me dis même que t'aurais le même genre de page avec les livres évoqués dans le jlr je prendrai certainement pas tout (non non, je te dis pas lesquels je prendrais pas), mais j'aurais certainement fait le clic direct pour l'Ossuaire (je l'ai pas chez moi, alors que depuis 15 jours je sais que je dois l'acheter), Sevestre et quelques autres

2. Le dimanche 14 janvier 2007 à 15:04, par Berlol :

Ça me trotte...

3. Le lundi 15 janvier 2007 à 03:41, par brigetoun :

un rien catastrophique cette nouvelle, je me suis lourdement attardée dans cette librairie, et avec un résultat qui n'était pas au programme

4. Le lundi 15 janvier 2007 à 07:23, par Berlol :

Lequel ? Vous n'avez pas acheté de livres ?

5. Le lundi 15 janvier 2007 à 17:22, par Manu :

J'imagine plutôt le résultat contraire... Plus de livres achetés que prévu ?

6. Le lundi 15 janvier 2007 à 23:33, par brigetoun :

huit alors qu'il serait sage actuellement de me limiter à relire

7. Le mardi 16 janvier 2007 à 01:13, par Berlol :

Ça veut dire que ça marche grave, la Librairie Tiers Livre ! Il faudra en faire reconnaître la dangerosité pour le porte-monnaie...

8. Le mardi 16 janvier 2007 à 05:39, par Manu :

J'avais raison !



Lundi 15 janvier 2007. Du temps en pleine révolution.

Vu enfin Ce soir ou Jamais de jeudi dernier, sur les truands, les mafias, etc. Intéressant, sans plus.

Sur le blog La Littérature, ma réponse à un commentaire considérant nocive l'initiative libraire de François Bon : « En parler, c'est bien. L'utiliser, c'est mieux !
Le choix restreint est gage de qualité (subjective) mais il pourrait s'élargir par un réseau d'initiatives du même type...
Quant à l'achèvement des libraires, au piège dont le courageux anonyme parle, FB vous répond, et 3 ans d'immobilisme, ce n'est pas rien tout de même, c'est comme la volonté de se laisser faire, de se laisser achever :
"Ce n’est pas un choix fait à la légère : nous attendions depuis 3 ans que les libraires se fédèrent pour une présence de vente en ligne qui leur permette de s’imposer dans ce marché sauvage et concentré. Il semble acquis qu’ils n’en prendront pas le chemin. Je serais prêt à changer du jour au lendemain pour un partenariat qui les privilégie : mais aucun des grands sites de libraires indépendants ne propose ce type d’association."»

Pourquoi je la copie ici ? Parce qu'elle sera un jour une pièce à conviction dans le procès sur la catastrophe de l'édition française. Parce que je pense personnellement que ce n'est p