Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Février 2007

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Jeudi 1er février 2007. Balancés dans les gémonies...

 Journée un peu morose dans le monde réel, plombée par les corrections de copies. Sauf le déjeuner avec David, bien sûr, toujours haut en couleur (il se prépare à partir pour Orléans dans une quinzaine de jours avec un collègue et la trentaine d'étudiants sélectionnés, comme il l'a déjà fait il y a deux ans et comme je l'ai fait l'an dernier...).
Heureusement qu'il y a le monde réticulaire ! Avec tous ces commentaires aux billets des trois derniers jours, comme si le sujet du livre et de la lecture revenait aux esprits (en évitant de parler des libraires et des éditeurs — maintenant que je les ai balancés dans les gémonies...). Aussi avec l'enregistrement d'un coup de six épisodes de Lord Jim sur France Culture. Une œuvre littéraire que je n'avais pas lue et que je découvre de cette façon... Est-ce nécessairement moins bien que par la lecture du livre ? Si l'on répond que non, eh bien, cela fait une voie de plus pour la littérature. Retour à l'oral, beau double bind...
Et ce soir, le diptyque formé par deux Ce soir ou Jamais : celui de mardi sur la science, l'écologie, la SF, et celui de mercredi sur les salauds de riches. Je dis diptyque parce que la complémentarité est étonnante.
Je remarque, malgré la qualité évidente de ces deux dernières éditions, que l'émission a tendance à se réduire à un unique grand débat, alors qu'il y avait dans les premiers mois une diversité de formats et de modules : entretien individuel, discussion à deux ou trois, déplacement du Taddeï vers le maquillage, etc. L'occasion de focalisations diverses qui avaient leur raison et qui étaient utiles pour maintenir l'attention, alors que le débat unique, en une seule coulée, peut vite être lassant... Et vient alors la tentation de réduire l'écran et d'aller voir dans la fenêtre de courrier ou de commentaires du blog s'il y a du nouveau...

Entre temps, nouveau saut de chat botté vers la belle T., et fin d'un livre-univers, avec toujours la tristesse de quitter, ici non pas des amis (quoique... Scheidmann, Gompo, Mardirossian...), mais un recoin où la forme de ma pensée s'était lovée... et dont elle se souviendra...
« Les vieilles rampaient en cercle dans les environs, elles étaient démantelées et amnésiques, incapables maintenant de refermer les phalanges ou la bouche sur mes peaux afin d'en ruminer le suc. Sans plus d'émotion ni de nostalgie elles tournaient lentement autour de moi, immortelles, impropres à la prolongation de leur vie mais ne sachant pas comment mourir [...] Malgré sa métamorphose et en dépit de la progression du néant autour de lui, Will Scheidmann avait continué, en effet, à dire chaque jour une histoire, sans doute parce qu'il n'avait rien d'autre à dire ni à faire [...]
Cette nuit-là, ce 16 octobre-là, je lui suggérai de baptiser son prochain tas Des anges mineurs. C'était un titre que j'avais autrefois utilisé pour un romånce, dans d'autres circonstances et dans un autre monde, mais il me semblait que cela s'accordait bien avec cette somme que Scheidmann était en train d'achever, ce dernier tas.» (Antoine Volodine, Des Anges mineurs, p. 201-202)

Commentaires

1. Le jeudi 1 février 2007 à 12:17, par ck :

Lord Jim, oui, et Robert Walser...
de vive voix www.devivevoix.fr/, ou presque.

2. Le jeudi 1 février 2007 à 15:12, par jcb :

L'adaptation radio est une chose et un travail complet en soi et respectable. Mais le livre c'est vraiment autre chose.
Je te conseille de lire ce livre, d'une grande force. C'est "autre chose " que l'adaptation radio, même assez bien faite.
J'espère que tu n'iras pas jusqu'à nous dire un jour de fatigue que la Recherche en Bande dessinée, ça évite de lire l'oeuvre.
:-) Non non ! Lord jim est un Livre. Ce n'est pas une adaptation radiophonique !

3. Le jeudi 1 février 2007 à 15:50, par christine :

autre chose, en effet : écouter les textes ce n'est pas du tout (pour moi) comme la lecture, comme voir les mots écrits (sur le papier ou sur un écran) ; c'est bien éventuellement pour une citation, un texte court, mais, très vite, c'est trop lent parfois, parfois trop rapide, ce n'est pas mon rythme

4. Le jeudi 1 février 2007 à 16:00, par Berlol :

Merci de ta recommandation. Je suis bien sûr d'accord avec toi sur la prééminence du texte. Je conçois plutôt l'adaptation radio comme un bon apéritif, pour ouvrir l'appétit de lire... Mon rêve serait de lire cela dans sa langue originale... Mais si l'adaptation est bien faite, c'est une autre œuvre, en soi, qui a sa valeur littéraire propre (et il y a eu des feuilletons radio faibles ou mal conçus). Idem pour une BD... C'est un peu le même débat que les continuations d'œuvres ; j'en parlais hier en mentionnant l'héritier d'Hugo...

5. Le jeudi 1 février 2007 à 21:00, par vinteix :

Oui, c'est bien d'entendre les mots (notamment pour la poésie ou le théâtre)... mais j'ai besoin de les voir, moi aussi.
Même une certaine poésie très "orale", comme celle de Luca par exemple, appelle (pour moi) le texte écrit.

6. Le jeudi 1 février 2007 à 21:14, par vinteix :

A propos des gémonies, c'est marrant : hier après-midi, j'avais ce mot-là en bouche ! même s'il glace le sang !
Et tu auras noté dans le Trésor de la langue française l'exemple par métaphore (les bouquinistes des quais) !

7. Le vendredi 2 février 2007 à 02:14, par brigetoun :

oui pour Lord Jim, j'aurais même tendance à penser qu'en passant par la radio le livre se ramène à l'anecdote.
Et pour la nouvelle formule de Ce soir ou jamais (la télévision que je regarde à cause de vous) je ne suis pas sure de ne pas préférer cette formule qui permet de nuancer d'avantage le sujet - et j'ai trouvé la dernière émission assez remarquable, globalement, même si elle n'apprenait pas grand chose

8. Le vendredi 2 février 2007 à 02:15, par Berlol :

Oui bien vu les bouquinistes. Surtout, je voulais vérifier s'il était employé sans le "aux" et le verbe "vouer", parce que l'expression est un peu grandiloquente et je voulais quelque chose de plus souple, voire trash.

9. Le vendredi 2 février 2007 à 02:22, par vinteix :

oui, trash... "balancer dans les gémonies" !
"Traîner aux gémonies" (que je ne connaissais pas) est assez trash aussi, je trouve, non ? surtout du fait du rapprochement entre le "aux" et "traîner"...

10. Le vendredi 2 février 2007 à 03:02, par Berlol :

Je ne me sentais plus guidé aux gémonies...

11. Le vendredi 2 février 2007 à 03:12, par vinteix :

c'est de qui ça ? de toi, monstre-mutant... ?

12. Le vendredi 2 février 2007 à 03:14, par Berlol :

Avec l'aide d'Arthur... quand il a ses haleurs

13. Le vendredi 2 février 2007 à 03:15, par vinteix :

Ah ça y est ! suis-je bête ! j'ai compris la parodie "ivre"...
qui déplaîrait sûrement à MONSIEUR Hugo l'héritier...

14. Le vendredi 2 février 2007 à 03:35, par Berlol :

En plus, j'ai mis "sentais" au lieu de "sentis", c'est encore plus coupable...

15. Le vendredi 2 février 2007 à 05:21, par vinteix :

oui, j'avais remarquis...

16. Le vendredi 2 février 2007 à 05:37, par vinteix :

Dommage que l'on ne se soit pas vus en janvier à Tokyo... à cause de ces satanées machines que je voue aux gémonies... bien pratiques toutefois, plus que d'aller en bateau ivre au lavoir et de battre son linge à la bougie !

17. Le vendredi 2 février 2007 à 05:54, par vinteix :

A la revoyure !



Vendredi 2 février 2007. Le centrifuge qui pète.

Matinée à finir les corrections de copies. Dont je suis débarrassé quand, au Saint-Martin, j'attaque mon jarret d'agneau...

L'après-midi, lecture de rapports.
Avec quelques pauses web et des enregistrements de radio, notamment les deux Surpris par la nuit intitulés « le torchon brûle », rassemblant des témoignages de féministes des années 60-70 et d'après.
Au Café Picouly du 26 janvier, de quoi rassurer mes commentateurs-fauteurs. J'y vois la bande-annonce du film Odette Toulemonde (d'E.-E. Schmitt, qui sortira le 7) avec Catherine Frot, dans laquelle le personnage éponyme déclare : « Je n'écris jamais. Car si j'ai de l'orthographe, je n'ai aucune poésie.» C'est le début de sa lettre à l'écrivain qu'elle adule... Après, je ne sais pas ce qui se passe, évidemment, et vous verrez peut-être le film avant moi...

D'ailleurs, entre auteur et fauteur, il n'y a qu'un courant d'air.

À ajouter au dossier |littérature —livre VS écran—|, ces extraits de Polastron trouvés chez Webobjet. Je ne les copie pas, ils ne m'apprennent rien.

Plus intéressant, à l'évidence, le billet de Jean-Claude Bourdais qui dans un ample mouvement dévoile le sens de son compte à rebours chocolaté. À méditer.
Moi je suis pour le centripète qui fuge, et refuge, et le centrifuge qui pète, et répète, le yin et le yang, quoi...

En page 10 du Monde des Livres, une très belle page sur Jean Cayrol, toujours suite à la sortie du volume de son Œuvre lazaréenne.

Après passage à la médiathèque de l'Institut franco-japonais où j'emprunte le film, qui n'y est pas souvent, dîner en regardant La Marche de l'empereur. Beau, bluffant quant à la technique d'approche des animaux et la résistance au froid de l'équipe du tournage, juste un peu lourd côté commentaires à la première personne — ça en devient presque un film angoissant.

Suis toute la soirée sur Le Fils du Titien... Quand Alfred de Musset, lui-même un peu adepte du jeu et du farniente consent à raconter la vie du fils du Titien, sa bourse magique, sa maîtresse, sa fainéantise à lui aussi et, bien sûr,quand il consent à raconter la rencontre entre son père et Charles-Quint, la fameuse histoire du pinceau pour lequel le pouvoir politique s'abaisse devant le génie artistique... On voit qu'il y a de l'emboîtement aussi chez Toussaint. Qui parlait de minimalisme baroque ?

Commentaires

1. Le vendredi 2 février 2007 à 08:57, par christine :

"poses web" ? beau lapsus ? dénonciation ironique ? ou coquille (attention au correcteur masqué !) ?

2. Le vendredi 2 février 2007 à 10:40, par vinteix :

J'apprends avec quelques jours de retard la mort de Philippe Lacoue-Labarthe...
J.L. Nancy doit se sentir bien seul...

3. Le vendredi 2 février 2007 à 13:14, par Berlol :

Lapsus injustifiable, en effet (ou trop facile à, justement...), et que je corrige tout de suite. Merci. Pour Lacoue-Labarthe, oui, j'ai su, mais rien à en dire car je ne l'ai pas lu.

4. Le vendredi 2 février 2007 à 14:50, par christine :

... l'émotion après la lecture du billet de JCB, peut-être (que je n'avais pas encore lu lors de mon premier commentaire)

5. Le vendredi 2 février 2007 à 22:16, par vinteix :

En effet, très grande et belle analyse de la blogosphère par JCB (que je salue via ce blog de l'ami Berlol) ; il dit précisément beaucoup de choses que je pensais "en gros"... et qui pour moi sont essentiellement liées à un aveuglement technologique et une illusion de communication (oui, "un nouvel opium", "warholien"), un manque de réflexion et de distance par rapport à l'objet technologique lui-même, ce médium là, souvent utilisé sans pensée, sans analyse réflexive, sans doutes, sans auto-critique... avec une sorte de confiance aveugle ou aveuglée.
Bien sûr, il y a aussi une minorité, des exceptions (dont toi, Berlol) qui osent cette auto-réflexion et sont précisément dans un mouvement-échange en effet centripète-centrifuge.
Il y a aussi certaines victimes que je dirais pathologiques de cette illusion de communication technologique, quand elle n'est pas pensée... On connaît au Japon le phénomène des "otakus"... et aussi celui de ces gens cloîtrés chez eux, appelés "hikikomori", dont l'isolement maladif a certes pour causes des traumatismes divers et indépendants de l'outil technologique lui-même, mais qui s'enfoncent encore plus dans leur isolement et leur retrait dans le virtuel en n'ayant plus que l'Internet comme moyen de communication anonyme.

6. Le samedi 3 février 2007 à 00:50, par vinteix :

En manque de papier... je suis retourné un peu à mes livres et notamment à ce très beau texte de Lacoue-Labarthe, "Phrase" (Christian Bourgois, 2000) où je retrouve ceci, ce mouvement de retournement qui fait écho au geste d'Orphée et à Hölderlin, qu'il n'a cessé d'interroger, avec et contre Heidegger (au passage, quant à ce dernier, plutôt que les chamailleries entre Sollers et Onfray, Lacoue-Labarthe peut-être d'une grande aide pour tenter de comprendre un petit quelque chose) :
"La littérature n'est évidemment pas sa propre fin. Ce dont elle parle, d'où elle arrive, n'est pas. Elle ne peut donc jamais parler de ce dont elle parle. Elle dit toujours autre chose, que nous entendons plus ou moins. En aucune façon ce dont elle parle ne constitue une fin, ou une origine. Rien ne permet par conséquent de la définir. Mais ce n'est pas non plus une "parole vaine", non : il n'y a pas de parole vaine. Peut-être ressemble-t-elle à ces figures égyptiennes qui s'avancent d'un pas toujours égal, la tête retournée en arrière et le regard fixé sur leur invisible provenance. Mais dont on ne sait jamais vers où, ainsi attirées en sens inverse, elles se dirigent. Ni ce dont elles refusent ou sont incapables de soutenir, devant elles, l'approche.
De "quoi", de "qui", nous détournons-nous ?" (Juin 1979, p.23)
et aussi ceci, que je relis en repensant en même temps à la "circonfession" de JCB :
" L'histoire que je voudrais raconter (ou réciter : c'est peut-être malheureusement une sorte de mythe) est donc celle d'un renoncement.
"Renoncer" a voulu dire : annoncer, énoncer. "Phraser", en grec, dit à peu près la même chose. Aujourd'hui toutefois "renoncer" signifie : ne plus vouloir, accepter. Par exemple un destin, ou une fatalité : ce qui est dit.
Admettons par conséquent qu'il faille apprendre à renoncer, lentement; à ne plus vouloir prononcer.
Alors il peut y avoir phrase : toujours la même, jamais elle-même; revenant de loin, nombreuse, saccadée.
Il est inévitable que nul ne soit prophète en sa langue.
(...) Aujourd'hui, dans le saccage général, la désolation est à son comble. Simple constat historique : cette nouveauté n'en est pas une. Ou bien l'est trop. Regardez autour de vous, écoutez surtout.
Il n'empêche que ce qui se passe, et nous passe, demeure l'énigme.
Le commencement tarde toujours. Pourtant il aura suffi d'une main posée sur la nuque (sans la moindre autorité, sans la moindre soumission), d'un laconique "je t'expliquerai", d'une nuit entière (jusqu'à son blanchiment) passée dans l'approximation, le bruit et le silence des voix, le récit limpide de ce que nous ignorions de nous et persistons à ignorer.
Il peut suffire, chaque fois, de moins ; de beaucoup moins. L'approximation est sans terme, mais aussi démunis que nous soyons, nous sommes contraints de le déclarer.
J'appelle aussi bien littérature cette paraphrase infinie." (p.13-14).

7. Le samedi 3 février 2007 à 05:32, par christine :

merci Vinteix pour ces extraits de Philippe Lacoue-Labarthe, que j'avoue ne jamais avoir lu et que vous me donnez très envie de découvrir au plus tôt
(en fait, me dis-je ici comme souvent, vos commentaires sont si réfléchis, si écrits et si documentés que vous tenez quasiment un blog dans la zone de commentaires de Berlol !)
quant à l' "illusion de communication" dont parle JCB à propos des blogs, elle est indiscutable, mais vaut tout autant pour les rencontres de la vraie vie, il me semble...

8. Le samedi 3 février 2007 à 05:58, par vinteix :

De Lacoue-Labarthe, je n'ai lu que ce livre ("Phrase"), entre poésie et philosophie, en effet superbe... plus quelques articles à droite à gauche, notamment sur Hölderlin et Heidegger...
Quant à ce que vous dites de mes commentaires, je vous en remercie, mais le mérite en revient beaucoup au "maître" des lieux, disons plutôt à notre hôte, qui a suffisamment d'intelligence d'esprit et de coeur pour susciter commentaires et dialogues.
Mais loin de moi l'idée ou l'envie "poupée russe" d'implanter mon blog dans le blog de Berlol.
Pour "l'illusion de communication"... vous avez raison, elle existe aussi de fait dans "les rencontres de la vraie vie"... mais l'anonymat (souvent), la distance, l'invisibilité des interlocuteurs via le Net ont tendance, me semble-t-il, à l'aggraver... enfin pas toujours, heureusement, mais souvent...
Il me semble qu'il rentre aussi là-dedans une question de vitesse, qui peut être un leurre : l'illusion que parce que ça va très vite (notamment en matière d'informations, mais pas seulement), l'on peut tout savoir, tout de suite, sans creuser les questions, sans accorder du temps au temps...
(Me rappelle René Char - je cite de mémoire : "On a jeté de la vitesse dans quelque chose qui ne le supportait pas.")
Et puis, "la communication", au-delà d'Internet, vous savez bien que c'est un des mots d'ordre, plutôt creux, de l'époque.
En même temps, c'est aussi une question à creuser, bien sûr...
Je repense en particulier à Blanchot, qui, très tôt ne voyait quasiment plus personne (physiquement), mais n'a cessé, malgré son retrait, d'avoir de fidèles "partenaires invisibles" et de "communiquer" avec eux, par écrit (la correspondance, évidemment pas anonyme). En même temps, son destin personnel est assez singulier, quand même... et sa vie (notamment sentimentale) plutôt triste... même si j'aime (l'oeuvre, cela va sans dire) sa conception exigeante de l'amitié.

9. Le samedi 3 février 2007 à 06:00, par vinteix :

... en plus mes commentaires sont par intermittences... alternance de grandes bouffées et de grands silences...
Mais ces jours-ci, ce sont plutôt des grandes bouffées...
(d'ailleurs, R. me trouve un peu trop collé à l'écran, ces temps-ci)

10. Le samedi 3 février 2007 à 06:36, par christine :

il arrive également que l'anonymat (pas toujours mais parfois) rende les échanges plus authentiques car moins bridés par la nécessité de coller à l'image que les autres ont de vous, les intérêts sociaux, le souci de ne pas blesser, l'envie de plaire, ... et toutes les autres contraintes de la vie sociale
(sur ce je me décolle de l'écran car il fait un temps splendide dehors!)



Samedi 3 février 2007. Un dessein plus grand derrière le narrateur.

Lever à 6 heures pour finaliser les notes du cours de l'Institut sur La Télévision, principalement p. 64-73, c'est-à-dire la séquence des recherches informatiques à la BPI, dont le narrateur dit qu'elle se place 3 ou 4 ans avant le temps de référence, soit quand il a arrêté la télé, au sein du séjour à Berlin. C'est donc entre 1990 et 1992 qu'il est allé chercher le texte d'Alfred de Musset, s'adressant à des bibliothécaires qui n'ont pas vocation à connaître le contenu des œuvres, c'est vrai, mais qui avaient tendance à croire un peu trop en leurs outils informatiques (en l'occurrence, une disquette avec « tout Musset », soi-disant, ce qui n'était pas le cas, puisqu'il n'y avait pas Le Fils du Titien). Bonne occasion d'évoquer le Centre Pompidou alors qu'on fête maintenant son 30e anniversaire (j'aurais bien aimé voir le film documentaire d'Alain Fleischer, sur France 5 le 1er février...).
Dans la micro-étude textuelle, on retrouve intacte l'aptitude de Toussaint à nous faire rire avec des dialogues où seuls un ou deux mots sont répétés sur divers tons.  On s'amuse également — comique involontaire, cette fois — de l'évocation du « gros ordinateur central » de la bibliothèque, qui doit tenir dans un portable bas de gamme d'aujourd'hui. Mais derrière, c'est une interrogation sur les limites de la logique machinique et informatique de l'époque (corpus et mode de consultation de catalogue d'avant le web), sans condamnation cependant.
Au-delà, puisqu'on commence à voir un dessein plus grand derrière le narrateur, je suggère — même si je ne suis pas historien — que le choix d'un sujet impliquant Charles Quint lorsqu'on est soi-même à Berlin très peu de temps après la chute du Mur n'est peut-être pas anodin. En effet, Charles Quint (Karl V.) représente l'avènement historique, par les alliances familiales européennes puis par les guerres, d'un empire germanique, au XVIe siècle, et qui restera dans la fantasmatique allemande, se reformera dans la Prusse du XIXe siècle, jusqu'à la dernière métastase du IIIe Reich — qui voit sa fin véritable dans la chute du Mur et la réunification d'une Allemagne pacifique et pleinement désireuse de se limiter à ses frontières...
Comme dans un mobile en équilibre, le poids de sérieux de tout cela est précédé par un plus grand ridicule : ce souvenir de la BPI et cette évocation de Musset prennent place dans un parc où le narrateur s'est déshabillé parce qu'il fait très chaud et que c'est tout nu qu'il devra saluer deux personnes qui passent par là par hasard — et qui sont bien habillées : un écrivain célèbre et le président de la fondation qui lui a attribué sa bourse (p. 58-62).

Joie de retrouver Éric de Kyoto pour passer voir T. (qui arrose au champagne la bonne marche de son séminaire privé), puis aller déjeuner au Saint-Martin, qu'il découvre enfin et où nous retrouvons Laurent et Bill. Conversation assez animée puisque politique, mais inrendable à l'écrit.

Retour à l'Institut pour voir Moulin Rouge ! (B. Luhrmann, 2001). Un très mauvais film, dans lequel le grotesque et le carnavalesque rencontrent le cartoonesque et le patchwork pop sans jamais réussir à fusionner ou produire de l'émotion. Le prétexte historique est tellement malmené que le tout se traîne dans une vulgarité sans nom. Je ne comprends pas ce que ce film fait dans une sélection de films sur Paris.
Ça m'a même donné mal à la tête et il faudra un demi-litre de thé au jasmin et un nabé au dîner pour en venir à bout...

Des blogs. Une simple impulsion vers Einstürzende Neubauten, puis vers Silo, et je replonge dans YouTube une bonne heure.
Dans Motorcade, un excellent morceau du groupe Magazine, vers 2'50'', on voit la charleston de droite tomber... ce qui ne dérange absolument rien.

Commentaires

1. Le samedi 3 février 2007 à 12:27, par L. S. :

De Magazine, j'aime beaucoup leur reprise de Captain Beefheart "I love you, you big dummy". J'ignore si elle figure sur un album.

2. Le dimanche 4 février 2007 à 19:20, par un etudiant :

まったく同感です。日仏学院の頭はどうにかなってしまったと思います。あのような悪趣味な映画を上映するなんて、今まででは考えられませんでした。残念です。

3. Le dimanche 4 février 2007 à 20:20, par Berlol :

Je résume en français (merci, David !) pour les non-japonophones : l'étudiant dit qu'en effet le film était très mauvais et qu'il se demande ce que ça faisait dans une sélection de l'Institut (compte tenu de ses missions, je suppose).



Dimanche 4 février 2007. Tranchent vite bien dans le nœud questionné.

Enfin un dimanche où je n'ai rien à dire...

Sauf des trucs perso comme une promenade dans Tokyo ensoleillé, un crochet par les jardins du Palais impérial où les fleurs s'ouvrent, un déjeuner chinois près de la gare de Tokyo, un achat de quelques articles de vaisselle de Hutschenreuther au X-Factory de Ginza.

Et qu'après notre retour, j'ai regardé le Ce soir ou Jamais de jeudi dernier, intitulé « Critiques et artistes : je t'aime moi non plus ! ». On s'y amuse bien mais on n'y apprend pas grand chose. Jérôme Garcin est aussi inintéressant que d'habitude. Pierre Jourde ne me convainc pas du bien fondé éthique de sa démarche (même si ce qu'il écrit m'intéresse). Arnaud Viviant est plus précis, plus incisif et prend une position idéaliste (le critique parle d'art, ou le devrait) qu'on aimerait pouvoir croire (car qui le fait vraiment ?). Plusieurs ont l'air de dire qu'il n'y aucune émission de critique littéraire. Et c'est de cela qu'ils tirent que tout va mal. Mais c'est faux, ces hommes mentent ! Au moins sur France Culture ou à la Radio Suisse Romande, il y a de nombreuses émissions de critique littéraire qui ne sont ni de la promotion ni du cirage de pompe ! Et qui peuvent accueillir des avis contradictoires sans que ça devienne le cirque ou le massacre. Je ne saurais trop leur recommander l'écoute des remarquables Jeux d'épreuves d'hier (sur Marie N'Diaye, Emmanuelle Pagano, Maryline Desbiolles et Constance de Salm).
Mais sans doute n'ont-ils pas le temps d'écouter la radio (et ils ne savent pas qu'on peut réécouter à loisir via l'internet, car d'ailleurs de l'internet il ne sera aucunement question dans toute l'émission, comme si aucune critique littéraire n'y avait lieu, n'y concurrençait la leur — il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir).

Enfin, on pourrait penser avoir tout dit sur l'anonym@t et ne pas avoir à y revenir. Et certains ne manqueraient pas de nous reprocher d'en remettre une couche si l'on ne les exhortait ici à un peu de patience.
Car il y a le temps qui passe et les pratiques qui varient. Et nous les voyons évoluer (pour ce que nous voyons). L'anonym@t n'est donc ni un ou plusieurs statut(s), une ou plusieurs pratique(s) qui aurai(en)t une définition une fois pour toutes (à moins qu'elle ne soit sommaire, ou plus précisément générique), mais l'usage du mot concerne un ensemble de statuts et de pratiques qui interagissent avec d'autres champs d'activités et de signification, et qui sont en outre affectés par l'accumulation temporelle de ces statuts et pratiques. Autrement dit, l'anonym@t évolue.
Si je dis tout de suite, comme ça, une opinion, qu'il évolue en bien, ou en mal. C'est une connerie de plus, comme des tas de gens en sortent à la pelle. En plus, ce serait me prendre pour quelqu'un, vous voyez, de ceux qui tranchent vite bien dans le nœud questionné, ou de ceux qui pensent faire pluie & beau temps dans l'internet en disant quelles seront les tendances de l'année et de la décennie. Comme ça, dans ce genre, j'ai entendu que le livre c'était fini, que les blogs, ça y est, c'était mort, qu'à la télé y'avait jamais rien de bon, ou qu'en politique tous pourris. Voyez, tout ça, c'est du même genre, connexe par la simplification, c'est se croire capable d'une synthèse sur laquelle fonder une opinion, alors qu'en réalité ce n'est que de la vanité sur du vent.
Donc, j'en parlerai un autre jour... (Technique JPT, leçon un.)

Pierre blanche, pour avoir retrouvé ma mémoire de Bali...

Commentaires

1. Le dimanche 4 février 2007 à 08:33, par brigetoun :

me voilà dans la connerie de l'opinion - il y a eu en effet un trou dans les émissions de critique sur France Culture et, oui vous avez raison pour Jeux d'épreuve (et un stade plus bas il y a le dimanche ou le samedi sur France Inter la librairie francophone) -
mais les émissions de critique littéraire ne sont pas tout - les émissions où un producteur reçoit un écrivain qu'il a choisi et parle tranquilement de son oeuvre peuvent permettre de mieux l'appréhender

2. Le dimanche 4 février 2007 à 11:21, par jcb :

1- Je n'ai pas trouvé jeux d'épreuves d'hier intéressant ni remarquable. On entend des personnes qui disent s'ils ont aimé ou pas quatre livres, racontent l'histoire et de quoi ça parle, et finissent par dire pourquoi ils ont aimé ou non. Et c'est tout. Chaque livre, il y en a qui aiment et d'autres qui n'aiment pas.J'ai écouté pour Pagano. Bon . Y'a quelqu'un qui dit que c'est la " prodigieuse réussite bancale d'un livre bancal " , que c'est " à la frontière de steve Reich en musique " et quelqu'un d'autre qui dit que c'est "lassant" et qu'il n'a pas aimé.
Je fais quoi avec ça et ça m'apporte quoi ?
Pour moi cela n'est pas de la critique. Et si j'ai envie de lire deux des quatre, ce n'est pas grâce à eux, mais à des articles écrits dans des revues spécialisées, par quelque chose qui se rapproche plus à l'idée que je me fais de la critique ( ou bien sûr parce quelques amis, qui les ont lus, m'ont dit que c'était bien)
2- Même si je ne sais pas si je suis visé après mes remarques sur ma dernière page sur l'anonymat, je ne savais pas que c'était aussi compliqué ("L'anonym@t n'est donc ni un ou plusieurs statut(s), une ou plusieurs pratique(s) qui aurai(en)t une définition une fois pour toutes (à moins qu'elle ne soit sommaire, ou plus précisément générique), mais l'usage du mot concerne un ensemble de statuts et de pratiques qui interagissent avec d'autres champs d'activités et de signification, et qui sont en outre affectés par l'accumulation de ces statuts et pratiques.".
J'en suis resté, pauvre vieux donc réac sans doute, du fin fond de ma campagne ou quand le vent souffle je n'ai pas peur pour ma vanité mais plutôt pour les arbres et les tuiles de la grange, au fait que quelqu'un écrive quelque chose publiquement et signe d'un nom inventé plus ou moins rigolo, et qu'ainsi on ne puisse pas lui répondre personnellement.
Je n'ai simplement dit dans ma page, et il me semble que j'ai bien insisté, que l'anonymat me gênait . C'est personnel, c'est pas dit comme une vérité, et je ne vois pas que cela puisse gêner quelqu'un que Jcb soit gêné par l'anonymat, car après tout c'est mon problème et ce n'est que ce que je pense. C'est pas plus important que si je disais que la seule chose que je n'aime pas manger c'est la cervelle. La seule évolution que j'ai vu en deux ans,(et je continue de limiter ce que je dis aux commentaires des blogs), car il y en a une bien sûr, c'est que certains, qui avant ont commencé anonymes ont quitté l'anonymat et donné leur vrai nom. J'ai trouvé ça bien et normal : il est plus facile, quand on veut discuter ou se défendre d'une attaque, savoir au moins avec qui on cause. Des fois que ce serait son voisin de pallier, ce serait plus simple et plus facile de discuter directement en l'invitant à boire un verre, quand chacun rentre le soir de son boulot.
Il y a bien sûr les anonymats acceptables car ils n'en sont plus (nom du blog ou du site) comme toi par exemple. On sait tous que Berlol c'est Patrick Rebollar ... Cela ne me gêne pas bien sûr...
ET puis je répète que je parlais statistiquement, ce qui pour moi est important quand on parle de quelque chose. Sinon on doit signaler que c'est une exception.
J'espère que les anonymes ne vont pas m'envoyer des mails. Qu'ils me laissent simplement le droit d'être gêné. Je leur reconnais tout de suite tous les droits d'être anonymes et d'avoir leurs raisons.
3- quand tu parles de " ceux qui pensent faire pluie & beau temps dans l'internet en disant quelles seront les tendances de l'année et de la décennie" , tu pourrais donner des noms ou des exemples ? J'aimerais bien en discuter avec eux.

3. Le dimanche 4 février 2007 à 13:57, par Berlol :

Ouh la ! Il ne faut pas te sentir visé ! Bien au contraire, ton avis est bien clairement limité à toi-même et tu n'as pas l'intention de dire des "vérités"... Pour tout dire, cela s'adresse d'abord à moi-même car j'ai commencé à parler de l'anonymat vers 2000, puis dans un livre, puis dans ce blog maintes fois, en forgeant le terme d'anonym@t, avec un peu la faiblesse de croire pouvoir en donner une définition qui tienne la route. Mais ce sont des pratiques évolutives et le sens suit. Ce que j'en ai dit n'est plus guère valable à mes yeux, et il va falloir recommencer, autrement. C'est ce que j'annonce. C'est pour cela que j'exhorte à la patience.
Et en plus, là, je dois partir. Donc j'y reviens dès que possible...

4. Le dimanche 4 février 2007 à 16:24, par le consul :

Ai écouté le dernier jeux d'épreuves, et je l'ai trouvé très bien, car certes les critiques donnent leur avis, mais, cher JCB, vos amis qui vous ont conseillé les livres, ont ils développé devant vous une large argumentation ? ou bien avez vous fait confiance à leur avis direct et subjectif, même si basé sur une appréhension objective du livre ? Je prends ce genre d'émission comme si mes amis me parlaient de leurs lectures du moment. Je sais que j'ai plus d'affinité avec tel ou tel, et que je vais être plus sensible à ce qu'il va me dire. Et les remarques que vous relevez me semblent bien définir les livres qu'ils chroniquent. La comparaison avec Steve reich, pour moi est parlante, et m'indique dans quel genre de lecture je vais peut être m'engager.
Quant à inviter l'écrivain, je ne suis plus persuadé de ce genre de démarche, car l'écrivain a dit ce qu'il avait à dire dans son livre, pourquoi le passer ensuite à la question ?
Pour faire une remarque sur la fin du billet : en fait je crois qu'il est difficile d'être heureux de vivre dans l'époque à laquelle nous appartenons... et la nostalgie est bien plus facile. Constater la mort de .... est tout de même une position bien éculée, et permet assez facilement de ne rien faire, rien proposer... même s'il ne faut, sous prétexte de ne plus être "moderne", s'incliner devant toutes les nouveautés, et de perdre son esprit critique.

5. Le dimanche 4 février 2007 à 16:37, par le consul :

Ai regardé aussi "ce soir ou jamais", et à chaque fois je me demande pourquoi cette émission passe à la TV, car elle pourrait très bien passer à la radio, aucune trouvaille visuelle.... et ce qui intéresse c'est ce qui est dit, et non pas ce qui est montré... bref une fois de plus on acclame une émission de TV qui n'est pas de la TV... et on est obligé de dire que cela sauve la TV...

6. Le dimanche 4 février 2007 à 19:19, par Berlol :

C'est tout à fait vrai que Ce soir ou Jamais pourrait être une émission de radio. J'allais dire : pourrait n'être qu'une émission de radio. Comme si l'image apportait quelque chose de plus ; c'est ce que l'on pense habituellement... Il y a des gens que je suis content de voir ou de découvrir, certaines attitudes, mimiques, gestes font comprendre mieux un propos, ou pourquoi on apprécie ou pas une personne. Par exemple, la suffisance, sur un visage, se voit bien, alors qu'elle ne s'entend pas toujours (je pense à Attali, par exemple).
Pour ça aussi que je parlais l'autre jour des différents modules et formats dans l'émission à ses débuts, qui en faisaient des moments de télévision, avec une mise en espace qui avait du sens...

7. Le dimanche 4 février 2007 à 19:50, par Philippe De Jonckheere :

Très drôle la comparaison avec Steve Reich, je me demande où ce type est allé cherché cela: www.leportillon.com/Les-A...
Phil

8. Le dimanche 4 février 2007 à 22:11, par Manu :

Il y a un espace insécable qui ne devrait pas y être entre "qui" et "sont" !...

9. Le dimanche 4 février 2007 à 23:36, par vinteix :

"On entend des personnes qui disent s'ils ont aimé ou pas quatre livres, racontent l'histoire et de quoi ça parle, et finissent par dire pourquoi ils ont aimé ou non."
C'est vrai que ceci n'est pas de la critique... A vrai dire (mais mes connaissances sont limitées), à la radio ou à la télévision, je ne connais pas de "véritables" émissions de critiques. A l'écrit, oui... Un critique doit apporter quelque chose de plus au livre, s'engager dans un commentaire qui ajoute quelque chose... Sinon, c'est du vent... du résumé (de l'histoire, pour les romans), de la paraphrase, et des questions de "je t'aime moi non plus"... tout au plus de l'information qui permet (et c'est nécessaire) de savoir que tels ou tels livres viennent d'être publiés.
Dans l'audio-visuel en général, je préfère la "confession", intime, d'un entretien à deux (genre "Du jour au lendemain")... Et encore, pour pas mal d'écrivains, qu'ont-ils à dire de plus qu'ils n'aient écrit dans leurs livres ? Bien sûr, ce n'est pas une règle... et il se trouve (mon côté fétichiste ?) que j'aime bien les enregistrements (audio, vidéo...) d'écrivains...

10. Le dimanche 4 février 2007 à 23:44, par vinteix :

petit bémol : Un critique "doit" ou "devrait" apporter quelque chose de plus au texte dont il parle...
Faute de cela, pour moi, je ne vois aucun intérêt à la critique (à part sa fonction d'information)...

11. Le lundi 5 février 2007 à 01:29, par Berlol :

Merci, Manu, mais pourquoi le signaler ? Ça créait problème ?
Sur ce que tu viens d'écrire, Vinteix, c'est à peu près ce que disait Arnaud Viviant. Mais il faut croire que c'est de moins en moins le cas.
Plus généralement, il y a en effet différences de goût et d'objectif entre émissions de débat critique et émissions d'entretien avec auteur — le pire étant le débat critique entre auteurs, lol ! Je ne pense pas que l'un soit mieux que l'autre, c'est un peu comme la cuisine au beurre ou à l'huile...

12. Le lundi 5 février 2007 à 02:12, par vinteix :

Vive la cuisine au beurre ET à l'huile !
Blague à part, je n'ai pas vu l'émission, donc pour Arnaud Viviant, je ne sais pas... Certes, c'est une question de goûts... Mais, personnellement, "les émissions de débat critique" ne m'apportent généralement rien, à part des informations...
Mais la critique existe encore à l'écrit, enfin je crois... et pour moi, comme je le disais, elle doit ajouter quelque chose au texte lui-même...
Et certains critiques sont aussi de "vrais" écrivains et ne tiennent pas un discours de critique littéraire, mais d'écrivain (du genre le "Breton" de Gracq ou du genre Blanchot ou Bataille ou Bonnefoy...)
Pour les émissions d'entretiens avec auteurs, tu as raison, c'est autre chose...

13. Le lundi 5 février 2007 à 03:30, par jcb :

- La citation exacte (c'est Alexis Lacroix qui parle) est : " C'est un livre que je défendrai car il est à la lisière, à la frontière de Steve Reich en musique pour son caractère itératif et obsédant, et Emmanuel Carrere par ses paysages agrestes.". Il est vrai que c'est ce que disait PdJ à la fin de son bloc notes (désolé de ne pas savoir faire un lien dans les commentaires) repris par le Portillon. La référence à Steve Reich ne m'avait pas étonné, puisque tous dans l'émission, avaient noté le côté obsédant (voire lassant a dit un autre) de la navette. Mais n'est-ce pas dans la définition de la navette de ne faire que des allers et retours et recommencer sans cesse le même parcours ?
Cette référence me donne d'ailleurs envie de lire le livre (j'ai lu le premier de Pagano) puisque j'aime Steve Reich, découvert en 1973 à mon arrivée aux USA.
-J'en profite pour annuler ma remarque no 3, inutile voire un peu bête, pouvant parler de la pluie et le beau temps annoncés, sans donner des exemples précis, qui n'apporteraient rien au fond.
- d'accord avec les modulations du consul et de Vinteix, même si je ne les connais pas... :-)

14. Le lundi 5 février 2007 à 04:18, par le consul :

si les émissions de critiques n'apportent rien c'est qu'il y a discussion, débat, et comme dirait Deleuze, quand il y a discussion il n'y a rien.... car tous les avis se valent, et ce sera au spectateur (auditeur) de se faire un avis... (et c'est souvent l'animateur(sic) qui le fait remarquer)
quand je lis le Breton de gracq, les essais de Blanchot, les livres de Marthe Robert... et j'en passe, je ne me fais pas un avis, j'apprends des choses, je me construits en tant que lecteur...
Moi aussi j'aime bien les émissions avec les auteurs, quand ils parlent de leur oeuvre en entier, quand ils tiennent un discours d'ensemble sur leur oeuvre...
Ce que j'aime bien dans "jeux d'épreuves" c'est qu'ils n'hésitent pas à parler d'oeuvres anciennes et d'auteurs classiques... n'en déplaise à Arnaud Viviant, on parle de "Madame Bovary" comme roman contemporain...

15. Le lundi 5 février 2007 à 07:45, par jcb :

La lecture comme construction du lecteur, ça correspond à ce que je crois et à mon expérience. D'où : dis moi ce que tu lis (ou a lu), je te dirai qui tu es...Je ne peux m'empêcher quand je rentre quelque part ou chez quelqu'un, c'est plus fort que moi, d'aller voir sa bibliothèque...Pour cela aussi que je ne peux jeter un livre, comme si ça m'enlèverait une brique, un caillou, une plaque de ciment...
Construction, mais incluant aussi déconstruction, ajustements, lissages, on peut utiliser tout le vocabulaire du maçon concernant la fabrication d'un mur...A chacun sa gâche ...

16. Le lundi 5 février 2007 à 08:14, par vinteix :

Oui, construction-déconstruction permanentes... et même risque pris de l'effondrement... une sorte de travail des ruines... qui tente tant bien que mal de composer avec le temps... et avec tout ce que nous apprenons, connaissons et tout ce qui nous échappe... car tout me semble toujours à recommencer... c'est infini et presque un peu "sisyphéen"...
"La pensée qui procède de la même façon que le constructeur d'une maison, qui creuse ses fondations, qui pierre à pierre édifie l'édifice d'un toit, même si dans son travail elle voulut maintenir le prodige de l'édifice, est solidaire du moment où l'édifice s'effondrera."
G.Bataille, Projet de 1958 à la Préface du "Coupable", O.C., VI, p.365.

17. Le lundi 5 février 2007 à 11:13, par janu :

Arrivé au commentaire 14 alors, le doute vous étreint : car s'il y a discussion, dans le fil des commentaires, alors... ;)

18. Le lundi 5 février 2007 à 17:13, par Berlol :

Eh oui, la discussion s'invite où elle veut et quand elle veut... C'est ça qui en fait une chose précieuse. Quand on convoque des gens, spécialistes, pour une discussion, elle a rarement lieu. D'où la notion du lieu...
J'abonderai, avec retard, pardon, dans le sens de la lecture (dé)constructive, les deux à la fois, bien sûr. Je suis pétri de lecture et je les piétine dès que j'ai la prétention de m'exprimer, pour les étreindre à nouveau dès que j'ai peur de tout. En plus, je suis frustré des lectures pas faites, de celles des autres que je n'ai pas le temps de faire, que je voudrais leur voler, leur pomper, je ne sais comment...
Pour le maçon et le rapport à l'écriture, voir par exemple Leçon de choses de Claude Simon...

19. Le lundi 5 février 2007 à 18:24, par vinteix :

"Arrivé au commentaire 14 alors, le doute vous étreint : car s'il y a discussion, dans le fil des commentaires, alors..."
Mais vous savez bien... les gens parlent, parlent, parlent...

20. Le mardi 6 février 2007 à 09:54, par vinteix :

en voyant toutes ces tours de ma fenêtre... je me dis souvent qu'elles vont s'écrouler... Bataille a écrit sur cette "métaphore architecturale" quelques textes superbes, comme "Cheminée d'usine"...
pourquoi en va-t-il de même de la pensée ? et à la limite de la lecture qui la nourrit, nous nourrit ?
sentiment, impression peut-être avivée par le temps... le fait aussi (pour moi... peut-être Berlol aussi ? je ne sais...) de vivre dans un pays où la terre bouge si souvent... ce qui avive sûrement l'impression (mais c'est loin d'être seulement une impression) que nous devons vivre avec "la catastrophe"... dans, si c'est possible (?), comme dit Kostas Axelos, "l'amicalité de la catastrophe"... je ne sais...
En tout cas, pour moi, la pensée (et la lecture) est semblable à cette construction, au bord de la défaillance, en péril... construction/déconstruction permanente, édifice toujours à refaire...
C'est aussi le volcan, quelque chose qui se construit et se défait sans cesse... ce dont parle si bien Annie Le Brun dans son dernier livre sur Sade, "On n'enchaîne pas les volcans".
Un travail des ruines... comme si tout était toujours à faire et à défaire et voué à la ruine... sentiment que l'on peut avoir en visitant les ruines d'un château en Europe... ou Angkor, par exemple, où la nature est si exubérante et presque orgiaque que l'on se dit que nos constructions-édifices de pensée ou de pierre sont voués à cette ruine-là... mangés par le temps, par la nature... quelque chose qui se construit et se défait sans cesse avec le temps...

21. Le mardi 6 février 2007 à 22:26, par Berlol :

« Imaginez, vous êtes Alexis Lacroix, journaliste, essayiste, tout ce qu’il y a de bien, vous êtes invité à une émission de radio sur France Culture, Jeux d’épreuve, dans laquelle vous aurez notamment à donner votre avis à propos du dernier roman d’Emmanuelle Pagano, les Adolescents troglodytes. Malheureusement vous n’avez pas eu le temps de le lire, ou de le lire en entier. Ni une ni deux, vous allez sur Google et vous faites une recherche sur "adolescents troglodytes", le site de POL ne vous renseignera pas outre mesure, vous pourrez lire les premières pages du roman, pour cela vous avez déjà reçu le service de presse, la biographie de l’auteur, pas très longue d’ailleurs et puis la critique du livre dans Télérama, mais vous n’allez tout de même pas reprendre les termes d’une collègue dans un autre journal. En revanche deuxième proposition de google, un petit article de pas grand chose sur internet, c’est exactement cela qu’il vous faut [...] »
La suite et les liens sont à consulter dans le bloc-note du désordre de Philippe De Jonckheere du lundi 5. Comme quoi, même si je trouve ça bien, ça peut être discutable...



Lundi 5 février 2007. Molle du genou.

De l'agrégat à l'opinion.
Train très tôt ce matin, lecture de Luc Lang, avec intérêt, et je vois le Mont Fuji.
À quelques minutes de l'arrivée, ayant regardé sur mon horaire le côté de la descente, je viens me positionner devant la porte de droite. Un Japonais est à la porte de gauche, qui sait ou ne sait pas de quel côté est la descente. Arrivent deux mamies qui regardent à gauche et à droite, et choisissent la gauche. D'autres personnes arrivent, qui s'alignent toutes dans le même sens, alors même qu'un message par haut-parleur annonce la descente à droite, peut-être pas assez fort. Quand le train entre en gare, je suis seul du bon côté, évidemment, et derrière, petit à petit, tout le monde se retourne...
Que dire de cette micro-histoire ? Sinon qu'un instinct grégaire a amené deux personnes à en suivre une première, au détriment d'un étranger, spontanément douteux. Et qu'une fois l'agrégat commencé, les nouveaux arrivants font de plus en plus — automatiquement — confiance au groupe établi, sans même voir qu'il existe une autre solution.
Bien sûr, personne n'est fautif ni coupable de quoi que ce soit. Ce n'est qu'un tropisme. Mais je peux le considérer comme un bon schéma de ce qui se produit dans un groupe quand il est question d'opinion, surtout quand ce groupe est notoirement sous-informé ou inattentif.

« La nuit fut froide sur le plancher de tôle du pick-up. Au petit matin, des traînées de givre annonçaient la fin de l'été. J'avale dans le premier snack un jus noir qui fume dans le verre de polystyrène compressé, ça sent l'orge grillé et l'aspartame. Je quitte le lac baigné d'une lumière blanche et coupante, je continue sur la 93 en direction de Kalispell, la dernière ville avant l'arrivée dans le glacier Waterton et la réserve blackfeet. C'est une région touristique et je croise de nombreux camping-cars. Le nom est d'ailleurs peu approprié puisque ce sont des pullmans climatisés à quatre ou six roues, conçus pour soixante-seize passagers, qui sont aménagés en résidence pour des couples voyageurs, leurs enfants et leur chien de garde. Ils sont noir et chrome, rouges, aluminium, ils transportent une antenne satellite, une salle de bains et de profonds sofas en cuir ; ils ont des baies vitrées ornées de stores vénitiens.» (Luc Lang, 11 Septembre mon amour, Ed. Stock, 2003, p. 44-45)

Ai reçu ma dernière commande d'Amazon. Des dévédés, des livres, dont le Bergounioux commandé par la très brève Librairie Tiers Livre, La Fin du monde en avançant.
Et aussi un courrier, ce matin, d'une personne, qui signe Yasmine, m'écrivant avoir également acheté des livres via cette librairie — et n'avoir pas compris les attaques ni la fermeture.
« [...] je suis tombée sur la  page du Tiers-Livre, je suis passée par le portail qui mène vers Amazon et je me suis offert avec réjouissance des livres de Bergounioux (que je ne connais pas du tout), de Echenoz, Sebald, Volodine, des livres pour la grammaire et l'orthographe — j'en étais et en suis ravie — alors qu'elle n'a pas été ma déconvenue de vaguement comprendre que cette manière de pouvoir se procurer des livres avait été abandonnée suite à je ne sais quelles pressions et vieux réflexes égoïstes qui auraient eu raison de cette entreprise. C'est regrettable, bien dommage. C'est idiot. Je ne comprends pas.»

Ici c'est jour des trois réunions. Ça prend la journée entière (et la tête). La dernière, façon O.K. Corral, où je me vois bien en Burt Lancaster... Ai réussi à enregistrer le Surpris par la nuit consacré en urgence à Philippe Lacoue-Labarthe, mais pas pu l'écouter. De même que Du Jour au lendemain du 24 janvier avec Charles Juliet (Nota Bene : ce soir, c'est Pierre Bayard).
En revanche, j'ai lu. Un Matricule des anges, le 78, de novembre-décembre 2006. En retard, je sais. Article sur Alan Pauls qui publie un essai sur Borges (Le Facteur Borges, chez Bourgois) — ça, c'est pour Vinteix. Dossier sur Arno Bertina, qui publie Anima Motrix (chez Verticales), je vais le commander. « Je voulais quelqu'un qui arrive à être plus fort que ses chiens, plus fort que sa mauvaise conscience et qui arriverait à accéder à un véritable sentiment de culpabilité, puisque la mauvaise conscience empêche de se sentir coupable. Je voulais que mon personnage bouffe ses chiens.» (A. Bertina, Matricule 78, p. 21 — ça, c'est encore pour François Bon.) Article sur L'Épave d'Yves Ravey, je viens de le recevoir. Page sur Tout le monde devrait écrire, de Georges Picard, lu avec grand profit. Article intitulé Sulfureuses confessions, sur la réédition d'Alias de Maurice Sachs (paru en 1935), pour l'histoire littéraire et « l'apprentissage de la perversion.» Très intéressant dossier sur Julien Blaine, son Bye-bye la perf (chez Al Dante, si ça se trouve encore...), occasion d'un retour sur sa carrière. Il y aurait beaucoup à citer mais je retiens seulement qu'il mentionne son travail régulier avec... Étienne Brunet ! Tiens !... m'étonné-je... Mais, vérification faite, il ne s'agit pas de notre collègue niçois, participant de l'ILF 2005 et admiré pour ses multiples études littéraires informatisées, et notamment pour sa concordance de Balzac en ligne depuis plus de dix ans... Article sur Henri Thomas, le « méconnu capital » (p. 47) — ça, c'est pour notre collègue Patrice. Éric Dussert joue la provo et l'antiphrase (p. 48) pour ne pas parler de Maurice Blanchard, car tout le monde devrait déjà connaître — autant dire que je n'aime pas ce ton qui suppose l'élitisme et rejette toute possibilité d'apprendre. Fin comique (p. 51) sur un dialogue imaginaire, On signe !, entre Alan Fink et Michael Onf, je vous laisse découvrir qui ils sont et sur quel sujet... — Bravo, Gilles Magniont.

Des films reçus, je regarde ce soir Total Khéops (A. Bévérini, 2002, d'après le roman de Jean-Claude Izzo). Une bonne distraction, sans plus. Une tension sensible quoiqu'un peu molle du genou. Un rôle de baroudeur faussement méchant pour Robin Renucci. En revanche, les acteurs ne sont pas tous bons, notamment parmi les seconds rôles marseillais...

Commentaires

1. Le lundi 5 février 2007 à 18:23, par vinteix :

Merci pour Borges !

2. Le mardi 6 février 2007 à 02:39, par le consul :

très bien le Arno Bertina....

3. Le mardi 6 février 2007 à 03:08, par Yasmine :

Coucou,
Hélas, ma déception n'y changera pas grand chose ... comme je vous disais, je n'ai pas suivi la querelle à ce sujet, de peur de maux de tête, ça me paraissait si bourbeux. Je note, cependant, que l'initiative de Tiers-Livre a été prise d'assaut sans mesure ni élégance. Faut-il absolument descendre dans une cour de récréation quand il y a mésentente ? Faut-il absolument s'attendre à la sortie ? Je ne comprends pas. Je suis certaine que ma belle-soeur serait très heureuse de trouver dans le petit village de la Ferté Bernard le dernier roman d'Echenoz ou bien de Volodine, mais comme ce n'est pas le cas, Internet fait très bien l'affaire. Pour d'autres qui travaillent dix heures par jour (comme myself par exemple), c'est très pratique (et intéressante, la sélection d'auteurs). Enfin, je plaide pour le choix, quelle autorité pourrait l'en empêcher ? Je ne sais quelles pressions ont permis que Tiers Livre ferme, mais c'est triste (et rigide). Ce qui heurte le plus la sensibilité ce sont les moyens employés, faire de monsieur Bon, un ennemi, une cible, c'est de mauvais aloi. Qu'est-ce qu'il a permis sinon étendre la possibilité de faire connaitre des auteurs et de propager la lecture de leurs oeuvres ? Enfin, je ne prétends pas savoir débattre, voici la réaction spontanée d'une personne qui adore les librairies, les bibliothèques et l'Internet. Il n'est guère étonnant que les idées innovantes rencontrent autant de résistances.

4. Le mardi 6 février 2007 à 06:01, par le consul :

le tiers livre n'est pas fermé et la librairie est toujours en ligne....

5. Le mardi 6 février 2007 à 06:19, par Berlol :

C'est qu'elle aura rouvert...
Cum grano salis, le frontispice suivant : « ATTENTION : la fenêtre sélection amazon | FB est réservée aux lecteurs curieux de littérature contemporaine ne résidant pas en France ou ne disposant pas de libraire indépendant à proximité de leur domicile, et en l'attente du même outil informatique proposé par les libraires ci-dessus _ cette sélection est renouvelée chaque semaine, et son utilisation permet le développement du site »

6. Le mardi 6 février 2007 à 08:10, par Yasmine :

Oh ... eh bien, encore une fois, je suis un peu ridicule,je me réjouis cependant, qu'elle soit ouverte. Mais résidant en France, je serai ... une fraudeuse ??? Bah, j'y réfléchirai avec moi-même. C'est tout de même une chouette nouvelle.

7. Le mardi 6 février 2007 à 08:41, par Berlol :

"ou ne disposant pas de libraire indépendant à proximité de leur domicile"... Votre belle-sœur est couverte ! Passez par elle !...

8. Le mardi 6 février 2007 à 14:35, par christine :

et si on habite en france, qu'on dispose de librairies à proximité et qu'on essaie quand même, qu'est-ce qu'on risque ? est-ce que le grand méchant cynthia 3000 vient vous dévorer !?.. (sans rire, j'admire le grano salis (comme disent les pédants (c'est pour rire!)))

9. Le mardi 6 février 2007 à 22:54, par Berlol :

D'abord, il faut t'enquérir auprès des librairies à proximité de chez toi pour savoir si elles sont indépendantes, c'est-à-dire si elles ne font pas partie de chaînes de magasins dont le but unique est de faire de l'argent en vendant des livres comme si c'était des boîtes de conserve (auquel cas il ne faut pas en acheter car croyant acheter des livres tu achètes effectivement des boîtes de conserves — c'est retors, ça...). Après cette délicate vérification, tu pourras savoir si tu as droit d'utiliser le site du Tiers Livre ou pas...

10. Le mercredi 7 février 2007 à 04:17, par christine :

grano salis pour grano salis amazon aussi vend des boîtes de conserves et je ne pense pas que ce soit uniquement par amour de la littérature ...
si on lui interdit d'acheter des livres ici ou là ou là sous prétexte que ce pourraient être des boîtes de conserves déguisées, et sans avoir au préalable passé le libraire à la question pour savoir s'il méprise réellement l'argent, le pauvre lecteur totalement désorienté va finir par se contenter de lire les notices de ses boîtes de conserve
dans la mesure où mon budget livre excède définitivement mon budget boîtes de conserves (disons alimentation en général) je revendique le droit de les acheter où je veux, mes livres, sans être accusée d'assassiner la littérature

11. Le mercredi 7 février 2007 à 06:01, par Berlol :

Tout à fait d'accord !
D'autres diront que voilà une attitude de pure consommatrice, qui va massacrer son libro-système pour son seul luxe personnel (i.e. son droit de cliquer à 3 heures du matin pour un livre acheminé gratuitement dans les 24 heures au lieu d'attendre 10h00 pour aller commander un livre qui n'est pas en rayon et arrivera au mieux dans trois jours).

12. Le mercredi 7 février 2007 à 14:18, par Cynthia 3000 :

Avec l'accord de l'Atelier du Gué qui en est l'initiateur, nous hébergeons une pétition concernant les tarifs postaux et la diffusion du livre. Vous pouvez la lire et la signer à cette adresse : www.cynthia3000.info/peti... et c'est présenté ainsi sur notre blog : www.cynthia3000.info/blog... .
Si votre franche rigolade entre amis vous laisse quelques minutes, n'hésitez pas à y faire un tour ! ;)

13. Le dimanche 11 février 2007 à 05:51, par leteck :

Et dans ce train cet agrégat de japonais regardait ce professeur agrégé...tout seul.

14. Le dimanche 11 février 2007 à 07:26, par Berlol :

Mmoui... Sauf que je ne suis pas agrégé (et que pour rien au monde je ne voudrais l'être...).

15. Le dimanche 11 février 2007 à 08:26, par christine :

mmoui ... et pourquoi ?
... moi j'aime bien les jeux de mots que cela permet, de faire partie du corps de agrégés ... d'autant que je suis détachée hors de mon corps d'origine ... ça vous a un côté extraterrestre, non



Mardi 6 février 2007. Œil œil dent dent.

Il y aurait des margoulins chez les éditeurs et tout le monde les connaîtrait, écrit Joseph Vebret chez les Blogauteurs. Eh bien, non ! On ne les connaît pas. Il faudrait donner les noms.

Témoignage anonyme tiré des notes de bas de page de François Bon : « Il y a quelque temps, la Commission locale d'insertion (qui contrôle les RMIistes) m'a obligé à m'inscrire à l’ANPE où je suis donc catalogué comme "écrivain à la recherche d'un éditeur" (!). Tous les mois j'ai rendez-vous avec un type qui essaie en me harcelant de me faire partir volontairement de l'ANPE (il ne veut pas me radier car cela augmenterait ses chiffres de radiés d’office). Ce gars de l’ANPE vient de me proposer d’être payé à écrire en montant une association 1901 bidon genre "les amis de ... (moi-même)" et que cette asso m’engage comme salarié 2 ans en contrat aidé financé à 90 % par l’Etat, 800 € par mois avec sécu et cotisation retraites. Tout ça pour que je sois censé avoir retrouvé un emploi (alors que je n’ai rien à faire à l’ANPE). Ils étaient prêts à me donner 10.000 € sur deux ans en détournant l’esprit de la loi, alors que le CNL ne m’a donné il y a un an que 3.000 € comme bourse. Quand ça sort d’une poche (ministère de l’emploi) il y a plein d’argent, mais quand ça sort d’une autre poche (culture), il n’y a plus un sou. J’ai refusé, j’aurais eu l’impression de détourner de l’argent.»

Merveilleux, non !? C'est quoi, l'ANPE ? On savait qu'ils truquaient en permanence pour diminuer les chiffres et faire élire l'heureux responsable de ces baisses. Mais ce ne sont pas des baisses, ce sont des baises. Ceux qui sont radiés, ceux qui sortent volontairement, sont tout simplement baisés par l'ANPE.
Corollairement, si j'étais Nathalie Heinich, je me dépêcherai de m'expliquer clairement sur mes propos (il y a peut-être mal dit mal entendu...). Il n'est pas acceptable qu'une chercheuse du CNRS se permette les propos rapportés. C'est la porte ouverte à l'œil œil dent dent le plus vulgaire, du style : et ton statut CNRS, c'est pas une niche aristocratique ? On fait quand le bilan de la productivité des chercheurs CNRS ? Etc., voyez le genre...

Dossier télé, interview et couverture de Chronic'Art pour Frédéric Taddeï ! De quoi faire plaisir puisque j'ai soutenu son émission dès la première !
Celle d'hier soir est un excellent cru, d'historiens qui reviennent sur Jean Moulin, la Résistance, les ouvertures d'archives, les conflits entre histoire et mémoire (entre historiens et témoins), etc. On y apprend que Jean Moulin n'aurait pas été ni communiste, ni gaulliste, ni trahi, et que, pour ce dernier point, c'est seulement que les Allemands faisaient bien leur travail. On y apprend que malgré les médiatisation d'ouvertures d'archives (de la Seconde guerre mondiale), il resterait des documents interdits de consultation. On y apprend que le Débarquement s'est fait avec relativement peu de pertes humaines (Olivier Wieviorka : « le Mur de l'Atlantique a duré quatre heures »), mais que les deux mois suivants (la Bataille de Normandie) ont réellement été un enfer pour les troupes alliées.
« Mais d'où vient cette huile, Monsieur Mitterrand ? », dit Jacques Weber à Jean-François Balmer, en vedettes américaines après leurs Débats. Ce dernier répond qu'elle vient... de l'arachide.


Mercredi 7 février 2007. Comment éradiquer de la pensée humaine.

Réduire voilure
Hausser lecture

Au centre de sport en matinée, quarante minutes de cyclo-lecture avec Pique-nique dans ma tête — cet art de la coupe et du mixage qui m'avait captivé il y a deux ans dans Un Monde cadeau. Non pas la reconstitution d'un flux de conscience, mais l'impression de direct, avec humeurs, sans savoir où l'on va (le côté pique-nique, sans doute).
Après, sur une autre machine où l'on ne lit pas, réflexion sur les camps dans la littérature. Longtemps un sujet éthique et philosophique, le camp. Pourquoi en existe-t-il ? Ce qui revenait à se demander comment éradiquer de la pensée humaine l'idée de camp, le recours au camp dans une gestion de société... Et là, avec Jean-François Paillard, comme récemment avec Antoine Volodine (qui est au-delà de tout, évidemment), mais aussi avec Luc Lang pas plus tard qu'avant-hier (réserves indiennes), l'idée de camp (loisir, refuge, tri, entraînement, quarantaine, concentration, extermination, avec les spécificités de chaque, à ne pas amalgamer) ne semble plus être discutée, discutable, l'idée et l'existence de camps paraît plutôt une fatalité, irréfragable — et alors comment s'en accommoder, ou pas. Je repense au parc humain, mais ce n'est déjà plus l'heure...

« Dans notre lit, bon sang. Je suis allongé sur le dos. Les paumes de mes mains collées à ma nuque. Ma femme est encore sous la douche. Elle ne m'a pas encore reproché d'avoir oublié d'étendre la serviette. Il y a ce bruit d'éclaboussure qui couvre tout. Je sors d'un rêve. Un rêve étrange. Je baisse les yeux et je vois ce pli sur le drap du lit. Au bout du pli, il y a comme une bifurcation. Je pense à un début possible de roman. Un de ceux dans lesquels je m'enlise depuis des mois. Je bascule mes pieds sur le côté. Ce roman n'est qu'un prétexte, m'avait dit un jour ma femme. C'est un cocon. J'ai tout de suite pensé que par « cocon », elle voulait dire « tombeau ». J'ai tout de suite pensé qu'elle voulait dire le compte à rebours a » (Jean-François Paillard, Pique-nique dans ma tête, Ed. du Rouergue, 2006, p. 17)

À propos de douche et de serviette...

Commentaires

1. Le jeudi 8 février 2007 à 01:31, par brigetoun :

ce que vous écrivez est fort intéressant, mais la vidéo emporte tout

2. Le jeudi 8 février 2007 à 01:56, par Berlol :

N'est-ce pas ! C'est tout moi, ça. D'où le titre...

3. Le jeudi 8 février 2007 à 06:25, par vinteix :

"C'est tout moi, ça."
Quoi ? ... c'est toi sous la douche ?

4. Le jeudi 8 février 2007 à 06:30, par vinteix :

... "ça se sent !... ça se sent !... ça se sent que c'est toi !... et rien d'autre que toi..."
(pardon, je m'amuse...)

5. Le jeudi 8 février 2007 à 06:34, par Berlol :

Oui, c'est le yoyo entre le sérieux, la pensée théorique d'un côté, et le dérisoire, voire le vulgaire, le graveleux de l'autre — je revendique cela dans mon humaine condition, même si ce n'est pas du goût de qui me voudrait d'un bloc. Et je vois que je ne suis pas le seul...

6. Le jeudi 8 février 2007 à 06:45, par vinteix :

Non, ne sois pas d'un bloc/g
(bon, un peu facile, j'reconnais...)
mais en effet, "trop sérieux n'est pas très sérieux"...

7. Le jeudi 8 février 2007 à 07:26, par jfp :

parc humain, le mot est juste, l'avenir est à la gestion - plus ou moins humaine - de parcs humains, les uns encocoonés, les autres embastiés, mais la douche est bienvenue car il y a aussi, je crois, un peu d'humour dans mon opus, qui peut-être, si tu l'achèves, t'apparaîtra d'ici quelques kilomètres de cyclo-lecture...

8. Le jeudi 8 février 2007 à 07:30, par jfp :

oups ! embastillés voulais-je dire, mes bastilles avaient perdu leurs 'l'

9. Le jeudi 8 février 2007 à 07:54, par Berlol :

Oui, l'humour y est et j'irai assurément jusqu'au bout !

10. Le jeudi 8 février 2007 à 15:55, par christine :

bien vu le côté féminin de la douche ! la cyclo-lecture n'est absolument pas dans mes habitudes, mais la lecture pendant ma toilette du matin si ... ce qui a tendance à la rendre encore plus interminable
je salue au passage jfp dont j'ai beaucoup aimé la récente intervention dans remue.net (j'en cite aujourd'hui un morceau, très proustien, ce qui n'est pas pour me déplaire!)



Jeudi 8 février 2007. Mettent en boule, scotchent et anesthésient.

Jour doux et calme avant la furie. Demain des flots de candidats envahiront le quartier et l'université. Il faudra les canaliser, les surveiller. Alors rare et apprécié, le luxe de ces heures de lecture dans un fauteuil. David pour le thé et la discussion qui glisse, vidéo à l'appui, vers des souvenirs synchrones (qui étiez-vous, que faisiez-vous au temps de Lança Perfume, d'African Reggae, de Da da da ?) — et pour moi ce thème de plus en plus important des mutants que nous sommes, vivant mêlés à notre présent, si nous le voulons et parfois sans que nous le voulions, les temps de tous types d'enregistrements sonores et filmiques — alors qu'une distance de quinze ans créait autrefois un fossé infranchissable et des générations étanches. Au point qu'à une personne de vingt ans aucun récit, texte, peinture, gravure ne pouvait montrer le temps d'avant sa naissance, et que personne n'y aurait même pensé sinon par le rêve ou le miracle. Légèreté alors, possible naïveté jadis de n'être que de son temps. Aujourd'hui, le poids de connaissances potentielles, par immersion audio-vidéo, en partage télévisé familial ou en boulimie dévédique, est proprement incommensurable, pour ceux qui veulent y aller voir, et pour le meilleur et le pire (le Moulin rouge ! vu samedi dernier étant à mes yeux un des pires exemples).

Ai signé la pétition de l'Atelier du Gué — on parlait des tarifs postaux l'an dernier et Cécile confirmait que la Poste ne ristourne que le gros. Et pire pour l'étranger, j'ajoute...

Ai décidé de diminuer l'étiage Bloglines (trop de fils RSS que je m'astreignais à lire, et dont je sais que je n'ai pas besoin, expérience faite). D'un petit nombre de billets bien ficelés, l'accès à d'autres est garanti. En revanche, trop de fils vite se croisent, mettent en boule, scotchent et anesthésient.

Vraiment pas facile, cette (re)naissance de ville. Le XIIIe arrondissement, je l'ai arpenté sans cesse de 1976 à 1992, de la classe de seconde au DEA, puis allocataire-moniteur à Paris 3, résidant à Ivry, jusqu'au départ au Japon. En 1990-91, je me souviens bien que de grands projets d'implantation des universités de Paris 3, 4, 6 et 7 sur les sites Tolbiac voisinant la Bibliothèque nationale étaient en discussion, des votes ont eu lieu (j'avais voté pour le déménagement de Paris 3) — aussi me permettrai-je de contredire M. Blisko quand il affirme, au troisième paragraphe de l'article suivant, au demeurant remarquable article, qu'en 91 les étudiants n'étaient pas prévus...

Paris-Rive gauche : un nouveau Quartier latin
Grégoire Allix, Le Monde, le 07/02/2007
« Un nouveau Quartier latin s'éveille, à l'ombre des tours de la Très Grande Bibliothèque (TGB). Autour du haut profil des Grands-Moulins, transformés en bibliothèque, et de la Halle aux farines, devenue réservoir d'amphithéâtres, la première tranche de bâtime