| Dimanche 1er juillet 2007. On y
trempe nos trois piques. Des billets d'Assouline, je ne lis habituellement que les trois premières lignes. Pour me dire le plus souvent que ce n'est pas la peine de continuer. Et me demander quand je vais l'enlever de ma liste de fils de lecture. Ce matin, j'ai lu chez cet homme qui a été l'animateur de radio le plus soporifique qu'il m'ait été donné d'entendre (quand il faisait les Matins de France Culture), un billet d'une grande mauvaise foi et d'une méchanceté qui ne peut être que vengeresse. Parlant de Répliques d'hier et sachant ce qu'on pense tous de Finkielkraut, Assouline attaque Guillaume Durand et plus encore Frédéric Taddeï, les accusant notamment de ne parler que d'eux. Assouline n'a rien dit des dizaines de Ce soir ou Jamais dans lesquels Taddeï parle peu et seulement pour guider ses invités, pour dire que dans Répliques, où Finkielkraut l'interroge sur lui, Taddeï, et son émission, Taddeï parle de lui et de son émission. Si ce n'est pas de la mauvaise foi, je ne vois pas comment appeler ça ! Sans parler des commentaires qui, chez Assouline, sont à l'avenant, indigents. Je préférerais donc, à l'avenir, qu'Assouline ne regarde plus la télévision. Qu'il reste dans les livres. Quant à Finkielkraut, autre maître ès entourloupes, il fait le procès de Ce soir ou Jamais, par l'exemple, soi disant, de la seule dernière émission et en se focalisant sur la seule Houria Bouteldja, avec qui il a eu lui-même, Finkielkraut, maille à partir, ailleurs. Taddeï répond que cette dernière émission de la saison a justement fait apparaître que le retour de certains invités pouvait être une impasse à éviter à l'avenir, ces invités récurrents devenant en quelques sortes les chroniqueurs que Taddeï a toujours voulu éviter — comme quoi, il avait raison. Et avec tout ça, l'émission est TRÈS intéressante... Par exemple quand Durand et Taddeï piègent Finkielkraut sur Littell (après la mi-temps, vous verrez pourquoi). Et puis un bon 40 % de l'émission est quand même consacré à débattre de la valeur (culturelle, artistique, etc.), quand Finkielkraut laisse parler ses invités — qui ont finalement peu le temps de parler d'eux-mêmes, je trouve. N'écoutez pas, si vous voulez faire les autruches ! De toute façon, je garde tout. Depuis
des mois qu'on avait reporté et annulé, pour
mille
raisons, ça arrive enfin : T. et moi allons
déjeuner
avec Laurence et Christian au Chalet
Swiss Mini,
restaurant de fondue savoyarde sis près de Nippori, en
bordure
du quartier de Yanaka, où nos amis ont la joie visible
d'habiter. C'est un véritable chalet, entièrement
boisé, en plein Tokyo, entouré d'un jardin
où
verdoient des centaines de variétés d'herbes, de
fleurs
et même de fruits puisqu'il y a des mûres on ne
peut plus
mûres et succulentes (on a le droit d'en manger). J'y trouve
aussi plusieurs sortes de menthe, de florissants artichauts.Après une mise en bouche, une petite salade verte sur laquelle paît une tête de vache en carotte, accompagnés d'un fendant de là-bas, nous nous tapons un caquelon de fondue sans que personne n'y perde son morceau de pain. On y trempe nos trois piques quand Christian cesse, pour manger, ses grands mouvements touillants... Tout le monde est très détendu, aux autres tables aussi. Il y a des objets suisses un peu partout, et même des pains et des viennoiseries. On en achète. À la sortie, on ne se sent pas lourd. Et
nous voici partis pour un tour de Yanaka, temples, petites
boutiques-galeries, ruelles et passages couverts. Je n'y
étais
pas revenu depuis la visite du quartier
en accompagnant des sandiens en 2004, alors que T., elle, ne
connaît tout simplement pas ce quartier. C'est toujours aussi
agréable. Et il y a toujours des portes
inaperçues la
fois précédente, des recoins où
sourient des
temples qu'on n'avait jamais vus, comme un qui a un bassin de lotus, ce
que fait remarquer le doigt de Laurence, un autre dont un pin
étayé pousse à
45 °... Et celui, siamois,
d'un seul grand toit abritant un temple bouddhiste et un
sanctuaire shintoïste.Troisième et quatrième côtés de notre promenade carrée, en bas de la colline puis la remontant à nouveau, une rue commerçante et automobile puis la rue piétonne très animée, dite Yanaka Ginza — le petit Ginza de Yanaka. De temps en temps, Laurence ressemble à Jeanne Balibar, et Christian à Jean-Pierre Darroussin. C'est toujours amusant de saisir d'infimes ressemblances, toujours dans de fugaces attitudes, donc effacées à la seconde qui suit. Sauf que parfois une photographie les fixe. Ayant
de surcroît acheté une tourte aux pommes pour le
goûter, nous revenons chez nos amis pour un thé
final,
admirant le sourire et la sagesse de leur petite A., fillette de deux
ans qu'une nounou gardait depuis notre arrivée matinale.Je reconnais avec amusement ce style de maison qu'habitent au Japon quelques couples d'étrangers avec enfants parmi ceux que j'ai connus, le premier ayant été, vers 1992-1993, celui d'un collègue de Waseda nommé John Collick, qui ne resta que trois ans et que je vis repartir avec tristesse, épouse et fillette, pour son Angleterre natale (et chez qui il y avait aussi ce genre de poupée). Au final une excellente journée — sans pluie malgré les nuées tournoyantes — que nous finissons, après retour, repos et Poulet au vinaigre sur TV5 (Chabrol, 1985), par une soupe de tomate d'été (légère, aillée et au céleri) et rien à la télé. Une journée sans lecture, aussi. En contradiction avec la promesse que je m'étais faite pour juillet. Il faudra dès demain y remédier. Commentaires1. Le dimanche 1 juillet 2007 à 07:32, par vinteix : ça ressemble à quoi des "sandiens" ? 2. Le dimanche 1 juillet 2007 à 07:57, par vinteix : Sinon, une petite question aussi concernant la superbe photo du billet du jeudi 28 juin : ce que j'interprète vaguement comme "une sorte" de maître-moine bouddhiste au corps squelettique... as-tu quelque précision là-dessus ? perso, je n'ai jamais vu une telle image, même si j'ai déjà entendu parler de certains maîtres qui mouraient ainsi, en pleine méditation, en atteignant le "nirvana"... S'agit-il de cela ? 3. Le dimanche 1 juillet 2007 à 15:24, par patapon : “Ce qu’on pense tous de Finkielkraut…” ben non, mon vieux ! Ce que VOUS pensez de Finkielkraut. Parce que je pense, moi, qu’il a raison, et qu’avec des gens comme Houria Bouteldja justement, qui osent dire à la télé publique qu’ils ont inventé le mot “souchiens” pour qualifier les français dits “de souche”, l’obscénité raciste atteint des sommets. Quiconque entend ce terme ne peut s’empêcher de poser l’équation “souchiens=sous-chiens” ; et l’on sait qu’animaliser, ou sous-animaliser l’autre est l’un des plus grossiers procédés racistes qui soient… Que les Houria Bouteldja et consorts ne s’étonnent pas, après, que des crétins les traitent en retour de “macaques”. Non, je trouve bonne, saine et juste la manière que Finkielkraut a de remettre les abrutis en place, et de débusquer les pièges langagiers et idéologiques de la nouvelle glose tiers-mondiste, antirépublicaine et antisémite. Vive Finkielkraut ! 4. Le dimanche 1 juillet 2007 à 15:37, par patapon : PS: ERRATUM: ils s’agit bien sûr de la nouvelle gnose (et non pas glose!) antisémite, tiers-mondiste et antirépublicaine: nouvelle doxa, avec ses “penseurs”, ses apôtres et ses héros, des Indigènes de la République aux islamo-fascistes de tout poil… (en passant par la mouvance écolo-tiers-mondo-joseboviste…) 5. Le dimanche 1 juillet 2007 à 15:59, par Berlol : Au
cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je ne parle pas du tout, mais alors
pas du tout de ça. Je parle du procédé qui consiste à stigmatiser et
critiquer une émission en se basant sur un seul exemple et même sur une
seule invitée de cette émission ! Et qui est le même procédé éhontément
repris par un blogueur populiste pseudo-littéraire. 6. Le dimanche 1 juillet 2007 à 21:41, par patapon : Certes, mais pour moi, les propos de Finkielkraut ne sont pas des attaques. Ce qu’il dit, c’est qu’à la télé (audimat oblige!) il n’y a guère de place pour la nuance et que les grandes gueules font certainement plus d’audience que les intellos. Plus c’est gros, plus ça passe, et quand en plus il s’agit de prêcher une « bonne parole » qui est dans l’air du temps, alors là, on est sûr de cartonner! 7. Le lundi 2 juillet 2007 à 00:26, par Berlol : Qu'il dise cela des émissions people, des Delarue, Cauet et alii, je suis d'accord. Mais pourquoi alors attaquer précisément deux personnes parmi les rares qui font effectivement autre chose ? Car, Ce soir ou Jamais a précisément fait la preuve du contraire de ce que tu dis de la télé, pendant plus de cent émissions depuis septembre dernier. Mais en as-tu regardé une, seulement ? Non ? Ce n'est pourtant pas faute que j'en aie parlé ! Après, si tu préfères faire confiance tranquillement à Papa Finkielkraut pour dénoncer ce que lui-même n'a pas vu, je vous laisse entre vous. 8. Le lundi 2 juillet 2007 à 00:47, par patapon : Bien sûr que j’en ai vu, et même plus d’une! Je trouve d’ailleurs que ces émissions ne sont pas mal du tout. Mais quand on réunit sur un plateau mettons… huit personnes, évidemment, ça tourne vite au saupoudrage et on n’a pas le moyen d’approfondir les choses, puisqu’il faut que chacun ait son temps de parole ! Le cher "Finkie" n’est pas mon papa, mais mon Socrate ! Et comme disait Rousseau: “De nos jours il est vrai, Socrate n’eût point bu la cigüe, mais il eût bu dans une coupe encore plus amère la raillerie insultante et le mépris, pires cent fois que la mort.” 9. Le lundi 2 juillet 2007 à 01:11, par Fan à tics : L'irréfutable
signe de la pertinence de Finkielkraut est qu'il exaspère et ridiculise
systématiquement tous ceux qu'il est succulent, et indispensable,
d'énerver. Votre liste, Patapon, bien qu'incomplète, en cite les
essentiels... Vive Finkielkraut ! 10. Le lundi 2 juillet 2007 à 01:19, par Berlol : Bon, alors tout va bien, Patapon. Mais moi, je n'en ferai pas mon Socrate ! Trop argutieux... 11. Le lundi 2 juillet 2007 à 03:17, par m sonnet : Pendant que tous ceux-là que je n'ai jamais vus causent, moi je lis ou j'écoute Veinstein, ou je lis en écoutant Veinstein, et ça ne va pas plus mal forcément 12. Le lundi 2 juillet 2007 à 04:28, par Fan à tics : Voici un post de "Autour des Matins", lisible à: 13. Le lundi 2 juillet 2007 à 14:27, par jenbamin : bon
ben voilà Berlol, maintenant tu sais comment faire pour attirer des
commentaires : suffit de mettre le nom d'Alain F., et ça pleut tout
seul... rien que pour ça, vive Alain F. ! (pouf pouf pouf...) 14. Le dimanche 8 juillet 2007 à 13:03, par christian : Coucou Berlol! Coucou Patapon! 15. Le dimanche 8 juillet 2007 à 16:55, par Berlol : Salut Chrichri ! T'as mis du temps, pour passer ! Pour la photo, c'est tout simplement une des plus belles de l'année ! (grâce au modèle...) 16. Le jeudi 12 juillet 2007 à 05:25, par Bob : Croyez-vous
pouvoir nous enfumer longtemps à coup "d'universalisme abstrait" et de
pratiques des plus troubles.... La France à une conception "racialiste"
de la nation, conception qui est partagée tant par la gauche que par la
droite...Dans l'inconscient collectif, un Antillais, qui est français
depuis quatre cents ans [au plan juridique], n’est pas français [au
plan de l’identité nationale], c'est un noir....Si communaiutarisme ,
il y a, c'est d'abord un "communautarisme blanc", un vieux réflexe
colonial profondément ancré dans la cervelle des francaouis souchiens,
qui postule qu'ils sont de vrais français, des français "légitimes",
qui ont une ascendance "naturelle" (civilisationelle) sur les français
non-blancs, qui pour eux ne sont que des français de papier, des
sous-citoyens qu'au mieux on tolère "magnanimement", lorsqu'elle sait
rester à sa place... Et tout cela se dissimule sous un discours de
façade sur la "République", la "Laïcité", les "Droits de l'homme", en
total décalage(le décalage devient de plus en plus criant! ) avec le
réel concret et pratique... Ceux qui font semblant de ne pas voir cela
sont des fumiers qui défendent leurs prébendes! 17. Le jeudi 12 juillet 2007 à 06:24, par Berlol : Qui connaît l'inconscient collectif ? 18. Le jeudi 12 juillet 2007 à 08:43, par Dom : Bob, il n'y a pas de discrimination légale en France. Point. |
| Lundi 2 juillet 2007. Bien
protégé, le fou blanc menace la reine noire. L'été en plans devant nous attablés on y œuvre, rêve, atermoie selon des routes et à se lancer des dates deux grands massifs sont déjà posés Corse et Normandie entre des limites aéroplanes on se demande si on aura plus ou moins de courage pour aller jusqu'au viaduc de Millau et si la banque suivra En attendant, je copie-colle tous les commentaires d'avril à juin dans le JLR mensuel. Ça me fait de la relecture. Finalement, je n'ai pas trop à me plaindre, la plupart de mes commentateurs & commentatrices sont pertinents. Peu bavards mais pertinents. Ce qui est toujours plus reposant que des dizaines d'arsouilles et de m'as-tu-vu que je ne pourrais pas, me connaissant, ne pas mépriser. La fluidité des informations étant ce qu'elle est est, je me demande pourquoi les choses ne se passent pas mieux. Mais cela pourrait aussi être pire. Ce faisant, j'écoute et enregistre une émission avec Alain Rey et trois Du jour au lendemain de la semaine, dont celle avec Bernard Teyssèdre, sur le Roman de l'origine [du monde], qui me plaît bien. En attendant celle de ce soir avec Fred Deux (je l'écouterai demain). Et puis je lis Mérimée. Sinon,
c'est repos pour tous les deux. D'autant que ça doit
être
le premier lundi depuis plus d'un an qu'il n'y a pas de bruits de
chantier. Et pour cause, le bâtiment devant chez nous est
achevé. Bizarrement, ce bloc d'appartements n'a de grandes
baies
et fenêtres vitrées qu'au Nord,
c'est-à-dire en
face de chez nous... Nous nous demandons quels ploucs vont pouvoir
louer ça au prix qui va leur être
demandé avec des
fenêtres donnant plein Nord et sur les fenêtres
d'un autre
immeuble, vieux de près de quarante ans.De l'autre côté, du côté Sud de ce bâtiment flambant neuf, il y a un autre immeuble, très rupin et appartenant à la même famille. C'est sans doute la raison pour laquelle ils n'ont pas souhaité que le nouveau bâtiment ait de grandes fenêtres côté Sud. Et puis de notre côté, Nord, un mur de fer de trois mètres a été monté, tandis que côté rue, à l'Est, un beau mur de béton bicolore de deux mètres a été construit, et que du côté Sud, il y a juste un petit muret d'un mètre cinquante. T. s'est mise à la tête de la contestation de notre copropriété depuis quelques semaines. Elle a fait venir le chef de chantier chez nous cet après-midi, qui n'a pas vu le petit i-river branché sur enregistrement. Il a apporté un vague accord photocopié d'il y a deux ans qui ne précisait ni la matière ni la durée du mur, de sorte qu'on avait cru que c'était une palissade de chantier. T. a laissé entendre que nous pourrions aussi faire voir ce qu'on ne veut pas voir, il doit y avoir une formule spéciale en japonais : pour protester contre ce mur dont nous ne voulons pas en l'état (on se croirait en prison), nous pourrions montrer, sur nos murs, quelques bannières explicites aux nouveaux habitants d'en face, écrites assez gros pour qu'ils en soient incommodés plus que nous qui ne les verrions pas... Bien protégé, le fou blanc menace la reine noire. C'est à eux de jouer. Sinon, la bonne nouvelle, découverte au retour du Meidi-Ya de Nihombashi où nous sommes allés pour des primeurs de confitures de fraise, c'est que le citronnier a fait trois boutons. Je l'ai arrosé avant-hier et ils n'y étaient pas. Alors que nous n'avions aucun signe de vie depuis le rempotage. Toutes les feuilles étaient tombées dans les deux semaines qui avaient suivi l'opération. Nous arrosions, maudissant au passage, avec cette belle mauvaise foi que nous savons nous aussi posséder, le chantier dont les poussières pouvaient l'avoir occis. Commentaires1. Le lundi 2 juillet 2007 à 08:53, par brigetoun : j'ai
un oranger qui comme tout plante qui entre en ma compagnie est devenu
très sot et n'a pas compris comment il devait grandir, faire de jolies
feuilles, des fleurs etc... alors depuis un an ses feuilles près de son
petit sommet graaaaandissent et ont une allure toute spéciale, et peu à
peu les petites en dessous, vexées, tombent. 2. Le lundi 2 juillet 2007 à 15:32, par christine : "la plupart de mes commentateurs & commentatrices sont pertinents. Peu bavards mais pertinents" 3. Le mardi 3 juillet 2007 à 02:29, par brigetoun : je n'ai, pour ma part, eu aucun doute sur la courtoisie de la phrase 4. Le mardi 3 juillet 2007 à 14:21, par christine : moi non plus brigetoun ... c'était juste pour me montrer un peu impertinente, dans un souci de contradiction 5. Le mardi 3 juillet 2007 à 15:13, par Berlol : "un souci de contradiction"... Je vois ça. Quoi qu'il en soit, pertinence et impertinence créent une présence. Ou plutôt, pour reprendre mon vocabulaire de novembre dernier un effet de présence. Au fait, Christine, n'y a-t-il pas de publication de la journée "Publier l'intime ?" ?... 6. Le mardi 3 juillet 2007 à 15:29, par christine : je crains bien que non ... mais je vais me renseigner |
| Mardi 3 juillet 2007. Fou comme
le terre-à-terre. Dans le shinkansen matinal, j'écoutais par hasard Jacques Rancière aux Mardis littéraires du 5 juin. À deux ou trois reprises, je me suis demandé si Pascale Casanova avait lu Politique de la littérature avec les yeux, les pieds, les dents ou quoi, tant elle faisait de contresens. Notamment sur le rapport entre l'auteur et l'œuvre ; elle croit l'auteur écarté du sens de la politique de l'œuvre, alors que c'est un peu plus subtil. Espérons qu'elle sera mieux inspirée tout à l'heure avec Yvan Leclerc sur Madame Bovary... Citation de Pierre Bayard à insérer, ou alors demain. (Il sera même question de lui à propos du roman de Doumenc...) Un sandwich et deux cours. Pas de ping-pong pour cause de sujets d'examens à finir, imprimer, rendre... C'est fou comme le terre-à-terre peut prendre de place ! En soirée, j'écoute enfin Leclerc / Doumenc / Casanova aux Mardis littéraires. Yvan Leclerc présente le fac-simile de l'édition de Madame Bovary de Flaubert par Michel Lévy, édition portant mention des corrections et suppressions pour l'édition dans la Revue de Paris en 1856 (coédition Alinea / Librairie Élisabeth Brunet / Point de vue, 2007). Très intéressant, sur la genèse de l'édition ! Quand il est question de l'excellence des positions de Rancière, vers la 30e minute, pas un mot de Pascale Casanova ! On passe à autre chose... Il en sera de nouveau question vers la 51e minute, entre les parasites qui polluent l'émission, toujours sans écho de la part de P. Casanova. Étrange, non ? Revenons aux choses importantes : Yvan Leclerc évoque les événements de cette année Flaubert et l'avenir du site des manuscrits de Madame Bovary (celui que j'ai récemment exploité pour le cours à l'Institut) : possibilité de consulter la rédaction du roman par couche de genèse, de feuilleter l'évolution à partir de liasses virtuelles, etc. Sans doute pour la fin de l'année. |
| Mercredi 4 juillet 2007. Sur la
diérèse du vi-olon. « On est dans une logique de la capture, de la prédation. Ceux qui en ont la possibilité s’approprient les richesses produites collectivement. Ils ne travaillent pas plus aujourd’hui qu’hier, ils ne prennent pas de meilleures décisions, ils ne contribuent pas plus à la croissance, mais ils sont mieux à même de s’enrichir. Et ils en profitent.» (Bernard Girard, La montée des inégalités salariales, chronique d'Aligre FM du 03/07/07) Quand même, je n'en reviens pas qu'on soit déjà en juillet ! Pour moi, juillet, c'était les vacances, la plage, les camping, l'image de routes écrasées de soleil, de serviettes éponges, de donzelles huilées, et même de boules de pétanque. Et maintenant, nous voilà coincés dans cette fac avec encore plus de deux semaines de cours, des collègues pas drôles tous les jours et des étudiants qui stressent pour leurs partiels. Je me répète, mais j'ai du mal à m'y faire. Alors je me lève tôt pour finir de me débarrasser des sujets d'examens, et j'y arrive avant le déjeuner. Au cours de lecture, on corrige les tentatives d'écrire en français ce que j'avais donné la semaine dernière. Il y en avait trois ou quatre qui n'étaient pas loin de la vérité, mais sans avoir pu identifier le texte. C'était du Hugo, bien sûr. Avec deux verbes à découvrir, bons à apprendre ensemble parce que leur conjugaison se ressemble : éteindre et atteindre. Nouvelle dictée phonétique (à écrire en alphabet phonétique seulement, interdit d'écrire en français), avec moins de difficultés : « Les sanglots longs / des violons / de l'automne / Blessent mon cœur / d'une langueur / monotone.» Les étudiants ne comprennent pas encore, il doivent essayer de trouver ce que ça donne en français pour la semaine prochaine (ils ne connaissent pas l'adresse de ce blog), mais ils sont déjà sensibles à la musicalité des an / on / o / eur. J'insiste bien sur la diérèse du vi-olon. Une réunion (qui, entre autres sujets, entérine le principe de mon voyage en France). Lecture de Mérimée (Notes d'un voyage en Corse, 1840). Ses « naturels de l'île » m'amusent beaucoup... Sortie à quatre dans un restaurant italien de Fushimi-sud, tout près d'Osu, en fait. J'y vais avec Andreas, professeur d'allemand et chercheur en anthropologie. Sophie et Benoît nous rejoignent. Au Da-Carlo, la cuisine est bonne, les pizzas énormes mais l'ambiance et le service sont nuls. La salle résonne et dès qu'il y a huit personnes réparties sur trois tables, on ne s'entend plus. Si de plus il y a parmi elles des américains, ça devient l'enfer. Et puis nous aussi, on doit souvent parler anglais parce qu'on ne parle pas allemand et Andreas pas français. Et puis une bouteille de Montepulciano par là-dessus, ça fait monter le volume... Repus de sauce tomate et de quatre fromages, on s'expulse de la chambre d'échos vers 21h30. Après
un petit quart d'heure de marche — il ne pleut pas
— pour aller de l'autre
côté d'Osu, on investit le Baka Uma, petit izakaya
de douze sièges
où Andreas
m'avait emmené l'an dernier.
Excellente ambiance, le patron, un jovial à la Carlos, sa
femme,
une petite riante un peu édentée,
reconnaissent Andreas et nous servent largement. Du
saké.
Et encore des petits trucs à manger. Et même
Sophie boit.
J'aurai des photos.Après un retour en métro durant lequel Andreas et moi discutons des rapports étroits entre la police fraktur et le régime nazi, nous retrouvons nos vélos à la station Irinaka et prenons chacun notre chemin. Il ne pleut toujours pas (alors que c'était annoncé). Quand je pousse ma porte, il est minuit moins trois, ce n'est encore pas aujourd'hui que mon destrier à pneus sera changé en citrouille. Commentaires1. Le mercredi 4 juillet 2007 à 11:11, par brigetoun : quand je ne suis pas un peu larguée, mes minutes intelligentes de la journée. Et je me suis fait une dégustation solitaire du son des sanglots longs 2. Le mercredi 4 juillet 2007 à 13:56, par Berlol : Pris de boisson, j'ai mis d'abord "bercent" pour "blessent". C'est corrigé. Je cherchais consolation peut-être... D'ailleurs, ça ne changeait rien à la musique. |
Jeudi 5 juillet 2007. Mouvement
de mon corps dans la parole. Agité,
je me réveille à 4h58 et je regarde par la
fenêtre. C'est l'aurore. J'en fais deux photos et
je me recouche jusqu'à 7 heures.Trois cours, plus un dossier de recherche à peaufiner. Pas vraiment le temps de déjeuner. Quand la fac se vide, réunion informelle à trois, dont David, près du convenience store pour parler du voyage à Orléans en février-mars, quand j'irai de nouveau accompagner notre groupe d'étudiants. Ça devrait se passer un peu comme l'an dernier. « La syllabe, c'est l'unité de mouvement de mon corps dans la parole.» C'est la définition que je me suis entendu proposer tout à l'heure au cours de lecture & prononciation de 1ère année. On a revu quelques unités connues (lettre, mot, phrase), mais l'objectif était bien de cerner cette unité étrange qu'est la syllabe. Quans vous dites : « Charlotte invite ses amis », vous ne dites pas 4 mots (ça, c'est ce que vous écrivez), vous dites 7 syllabes, dont au moins 2 qui dérangent la sainte indépendance des mots : char-lo-tin-vit-sé-za-mi, voire char-lo-tin-vi-tsé-za-mi. Et le tin (et le tsé) et le za qui résultent respectivement de l'enchaînement et de la liaison, ça fait pousser des cris aux étudiants. Ils l'ont bien entendu déjà, depuis quatre mois qu'ils apprennent le français. Mais ça leur faisait l'effet d'une liberté individuelle, une sorte de velléité de tel ou tel prof, dont on peut s'abstenir, nous, Japonais, pour en rester à la sainte prononciation des mots bien séparés (oui, sainte est deux fois déjà parce que pour les étudiants, c'est clair que l'écrit est sain(t) et l'oral vulgaire...). Or, montré, là, en détail, avec exemples, exercices et répétition, avec courbes musicales et rythme martelé sur la table, et mouvement de tout mon corps, ça devient une réalité incontournable, la réalité incontournable de la parole, dans sa différence radicale d'avec l'écrit. Et si chacun se dit que c'est mon corps qui s'engage dans la parole, pour parler comme pour écouter, alors chacun comprend ce que parler une langue veut dire. Et qu'il y a dans ce vouloir dire de mon corps, assez de place pour toutes les différences individuelles, pour tous les usages qui s'écartent des saintes normes et règles (tout ce qu'une linguistique normative ne comprendra jamais, soit dit en passant). Commentaires1. Le jeudi 5 juillet 2007 à 21:00, par brigetoun : j'aime ce cours - et j'aurais aimé vous voir le faire - il n'y a pas de liaison et de rythme en japonais ? 2. Le jeudi 5 juillet 2007 à 21:16, par Berlol : Si, bien sûr qu'il y en a ! Mais ils sont comme des poissons dans l'eau, nos étudiants, ils n'ont jamais réfléchi à leur langue... Du coup, c'est en apprenant le français qu'ils découvrent des phénomènes qui existent tout autant dans leur propre langue !... Amusant, non ? 3. Le vendredi 6 juillet 2007 à 02:35, par brigetoun : oui ben, avec votre billet vous avez éveillé la notion que j'en avais en français (avec les variantes régionales en plus) 4. Le vendredi 6 juillet 2007 à 06:00, par vinteix : Sans vouloir te flatter, tu as l'air d'un très bon enseignant... ce qui est loin d'être évident avec un public japonais... je me permets de le dire... mais c'est vrai que c'est tellement variable ici d'une université à l'autre... et franchement, comme je te l'avais déjà signalé d'ailleurs, les miens sont d'un niveau bien "différent" (j'en reste à une litote) des tiens... Ceci dit, pour signifier l'importance du corps dans la parole, dont tu parlais, dans des moments d'inertie trop massive, je répète souvent aux "miens" que la langue est dans la bouche. |
| Vendredi 6 juillet 2007. Ai
trouvé le bouton pour voler. Maintenant, c'est sûr : la lecture augmente le rythme cardiaque... Ça fait des semaines que j'observe le phénomène en allant pédalireau centre de sport. Je choisis un programme progressif et la pince à l'oreille qui mesure les pulsations du cœur fait diminuer la force dans le pédalier quand ça dépasse 132 par minute. Si bien qu'après une petite dizaine de minutes, ça se stabilise à 130 battements pour 105-110 watts pendant que je lis — aujourd'hui Bayard, mais ça change chaque semaine, ou presque. Or, quand j'arrête de lire, vers 30-35 minutes, le compteur redescend systématiquement de 130 à 124-125 pulsations par minute, et ça, chaque fois, je le vérifie chaque semaine. Et je ne pédale ni plus ni moins vite. Quelle explication donner à ce supplément de 4 % du rythme cardiaque durant la lecture ? Que l'activité cérébrale de lire, comprendre, etc., agit directement sur le rythme cardiaque ? Ou que la concentration modifie imperceptiblement la respiration, qui, elle, agit alors sur le cœur ? Autre chose ? « Tissé des fantasmes propres à chaque individu, et de nos légendes privées, le livre intérieur individuel est à l'œuvre dans notre désir de lecture, c'est-à-dire dans la manière dont nous recherchons puis lisons des livres. Il est cet objet fantasmatique en quête duquel vit tout lecteur et dont les meilleurs livres qu'il rencontrera dans sa vie ne seront que des fragments imparfaits, l'incitant à continuer à lire. On peut imaginer aussi que c'est à rechercher et mettre en forme son livre intérieur que travaille tout écrivain, perpétuellement insatisfait des livres qu'il rencontre, y compris les siens, aussi aboutis soient-ils.» (Pierre Bayard, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, p. 83) Recevant le fil rss du blog En direct de Second Life depuis quelques temps, j'observais les messages, de plus en plus intrigué. J'ai franchi le pas tout à l'heure, après le retour du sport et m'y suis inscrit : création d'un compte, téléchargement du logiciel d'interface, première connexion... Premiers mouvements, c'est pas terrible ! Et puis j'ai trouvé le bouton pour voler ; me voilà parti dans les airs... Je me suis posé sur une terrasse, n'importe où, pour sortir pour de vrai et aller déjeuner avec mes collègues, à 5. On a parlé de trucs super sérieux (budgets de recherche, détails de la convention pour le voyage à Orléans, etc.), mais vers la fin des sandwichs du Downey, j'ai quand même dit ce que je venais de commencer et qu'on pourrait peut-être ouvrir une antenne de notre fac, un jour. À ma grande surprise, il y a eu un mouvement de curiosité et d'intérêt. Après, de retour au bureau, je me suis reconnecté et ai trouvé le moyen d'entrer dans la Bibliothèque francophone. J'ai laissé mon avatar dans un coin pour aller prendre le shinkansen, dans lequel je me suis furieusement remis à la lecture de Pierre Bayard. « Tout écrivain qui a discuté un peu longuement avec un lecteur attentif, ou lu un article assez long à son sujet, connaît cette expérience d'inquiétante étrangeté où il se rend compte de l'absence de correspondance entre ce qu'il a voulu faire et ce qui en a été compris. Écart qui n'a rien d'étonnant si l'on pense que, leurs livres intérieurs différant par définition, celui que le lecteur a superposé au livre de l'écrivain n'a guère de chance d'être identifié par lui. Cette expérience, désagréable avec un lecteur n'ayant rien compris au projet du livre, est peut-être paradoxalement plus douloureuse encore quand le lecteur est bien intentionné et l'a apprécié, et prend toute sa force quand il se met à en parler dans le détail. Car, ce faisant, il recourt aux mots qui lui sont le plus familiers et, loin de se rapprocher du livre de l'autre, se rapproche de son propre livre idéal, d'autant plus déterminant dans son rapport au langage et aux autres qu'il est unique et ne peut être transcrit en aucune autre langue. La désillusion risque alors d'être encore plus grande pour l'auteur, puisqu'elle naît de la découverte et de la distance insondable qui nous sépare des autres.» (Ibid., p. 93) Toutes ces pages de Bayard renforcent ma décision de ne pas aller à l'Institut pour la conférence de Sylvie Germain, à 19 heures... Au Miura-ya de la gare d'Iidabashi pour quelques courses quand soudain... Je me dépêche de sortir mon enregistreur pour immortaliser ça : l'air des Pêcheurs de perles, version centre commercial. Un grand moment du post-moderne ! Après le dîner, pendant que je regarde un feuilleton policier sur TV5 Monde, T. fait des confitures d'abricots. Commentaires1. Le vendredi 6 juillet 2007 à 13:31, par christine : le
problème avec SecondLife, c’est que cela n'est intéressant, il me
semble, que si on devient peu ou prou addict, et si on mène
véritablement une seconde vie virtuelle, comme dans le roman d’Alain
Monnier dont je parlais l’autre jour 2. Le samedi 7 juillet 2007 à 14:59, par christine : pas de billet aujourd'hui ?... aurais-tu suivi mon conseil à la lettre et fugué dans SL ? ou bien est-ce que tu ne trouves plus le bouton pour atterrir ? 3. Le samedi 7 juillet 2007 à 18:04, par Berlol : Non, je n'ai fait qu'un bref passage dans SL, pour montrer à T. et changer de T-shirt. C'est la vraie vie qui m'a occupé, plutôt. |
| Samedi 7 juillet 2007. Les
surplombs narratifs, les angles. Avez-vous vu Maryse Burgot faire du vélo à Londres ? C'est exceptionnel. Et c'était dans le 20-Heures de France 2 d'hier. Première surprise du 7.7.7... Bizarrement, d'assez bonnes images du Japon au travers du voyage d'Alizée... « C'est pas l'histoire d'amour / Qui coule comme l'Adour...» La double poursuite de Mérimée et de la Corse continue. Dans l'après-midi, je rassemblerai tout ce que le web compte de textes de lui. Mais avant, c'est le déjeuner au Saint-Martin avec T. et Laurent, que nous n'avions pas vu depuis plusieurs mois. Et qui n'est pas allé lui non plus écouter Sylvie Germain parce qu'il s'était fêlé deux côtes en traversant le plancher vermoulu d'une maison abandonnée (qu'est-ce qu'il ne faut pas inventer, de nos jours, comme excuse !...). Il a beaucoup de photos de la restauration d'une maison dont il s'occupe depuis plusieurs années, dans les montagnes de Gifu. Dans cet endroit éloigné de tout, où la terre n'a pas de valeur, un ami japonais de longue date et communes beuveries estudiantines, patron d'un ryokan, hôtel traditionnel, lui a donné, oui donné, une maison abandonnée. La restauration en est presque achevée, maintenant. On ira peut-être bientôt. Ce n'est pas là qu'il a traversé le plancher, mais dans un autre bâtiment désaffecté des environs, où il espérait récupérer quelques planches, poteries, tuiles, je ne sais, moi qui ne bricole pas. Dans l'après-midi, deux heures à la médiathèque de l'Institut pour observer en détail des incipits de romans et nouvelles de la première moitié du XIXe siècle. Je série les attaques, les surplombs narratifs, les angles d'ouverture. Je ne peux pas en dire plus parce que je ne sais pas encore ce que je vais en faire. Au passage, je retombe là-dessus, pas lu depuis des dizaines d'années, et d'une même puissance... Et de qui, ce joyau ? « Car la société n'est qu'un marais fétide Dont le fond sans nul doute, est seul pur et limpide Mais où ce qui se voit de plus sale, de plus Vénéneux et puant, vient toujours par-dessus ! Et c'est une pitié ! C'est un vrai fouillis d'herbes Jaunes, de roseaux secs épanouis en gerbes, Troncs pourris, champignons fendus et verdissants, Arbustes épineux croisés dans tous les sens, Fange verte, écumeuse et grouillante d'insectes, De crapauds et de vers, qui de rides infectes La sillonnent, le tout parsemé d'animaux Noyés, et dont le ventre apparaît noir et gros.» Tiens !
Google a ajouté un bloc-notes !
(Pour ceux qui ont un compte Google.) J'adopte. Du fait de travailler
régulièrement sur plusieurs ordinateurs,
ça fait
des années que j'ai besoin de ça — et
que je dois
faire autrement.Enregistrement d'un colloque sur l'imaginaire du corps (a l'air intéressant, écouté juste dix minutes, sera pour un prochain voyage en train...). Pour les amateurs de Flaubert, encore deux passages d'une compilation d'anciennes émissions de l'INA, demain à 13 heures et lundi à 1 heure du matin (moi, je les ai déjà). Prévoir d'enregistrer sur Mohammed Dib, aussi. Dîner chez J. et H., un couple franco-japonais, avec aussi M. et une autre amie de J. Je connais M. et J. depuis plus de dix ans. J'ai eu J. dans une formation de profs à l'informatique à l'Institut au milieu des années 90, ça l'a beaucoup marquée, et M., plus flegmatique ou plus réservé, comme collègue à Waseda encore un peu avant. Pour T., ces relations sont beaucoup plus récentes mais ça ne lui pose pas de problèmes, elle s'entend bien avec eux, ce qui n'est pas le cas le plus courant. J. et H. habitent une belle maison japonaise, pas très loin de chez nous (7 ou 8 minutes à pied). Ils nous racontent par quel hasard J. l'a trouvée, il y a quatre ans, en passant à vélo dans ces ruelles. Et à quelle vitesse ils l'ont achetée, ayant pris conscience tout de suite de la bonne affaire que c'était. On les envie un peu. Nous, on n'a que notre histoire de mur en fer. Mais qui fait tout de même de l'effet parce que chacun voit où c'est — et la vilénie des motivations, photos à l'appui, qui sont derrière ces incohérences architecturales (T. a passé l'après-midi a écrire une mazarinade sur ce sujet, à distribuer à nos copropriétaires). On rentre un peu tard et ce qui m'étonne le plus, le lendemain en finissant cette rédaction, c'est que ni le chablis ni le cognac ne m'ont affecté ou empêché de dormir. Mon corps a enfin consenti à devenir adulte, dirait-on. Commentaires1. Le samedi 7 juillet 2007 à 23:31, par brigetoun : sans doute idiot mais ce n'est pas simplement de Victor Hugo ? hum manque un peu de flamboyance 2. Le dimanche 8 juillet 2007 à 00:39, par Berlol : Pas idiot, mais non, c'est pas lui. Bonne époque, en tout cas. J'ajoute 100 francs dans le nourrin ! 3. Le dimanche 8 juillet 2007 à 01:03, par L. Suel : Gérard de Nerval. 4. Le dimanche 8 juillet 2007 à 01:28, par Berlol : Gagné ! C'est un Extrait de sa Profession de foi... 5. Le dimanche 8 juillet 2007 à 01:52, par christine : j'ai dans mes tablettes ces vers recopiés quelque part et attribués à Nerval, mais j'aimerais bien avoir leur localisation exacte 6. Le dimanche 8 juillet 2007 à 03:34, par Berlol : Euh... bah, là, en l'occurrence, je n'ai pas sorti le volume pléiade de la médiathèque, c'est dans les pages 600 à 700, environ. Je pourrais vérifier, si tu veux... 7. Le dimanche 8 juillet 2007 à 11:13, par christine : pas la peine : je n'avais pas encore lu ton précédent commentaire mais avec le titre je devrais trouver 8. Le dimanche 8 juillet 2007 à 23:16, par L. S. : N'écrit-on pas nourrain ? Ne dit-on pas 100 euros ? 9. Le lundi 9 juillet 2007 à 01:23, par Berlol : En effet, je me suis aussi posé la question, mais notre TLF chéri atteste les deux. Et puis, vous savez, les personnes qui disaient cela à la télévision, c'était il y a fort longtemps, elles n'imaginaient pas qu'il y aurait un jour une autre monnaie... 10. Le lundi 9 juillet 2007 à 07:47, par dominique : Bravo ! Quelle culture, Lucien ! |
| Dimanche 8
juillet 2007. C'était son premier parc. « Twunt est un néologisme argotique, composé d'un mélange de deux mots grossiers, twat et cunt, qui désignent tous deux l'organe sexuel féminin. Dès lors, le traduire par "enculé" démontre une méconnaissance de l'anglais, de l'anatomie, et de la grammaire, car ils traduisent un génitif par un participe passé.» (Extrait savoureux du Journal d'un avocat de ce matin, il faudra sans doute que je ferme les commentaires, sans quoi toute la boue angloïde et spamique du web va venir s'y agglutiner...) Le ministre Xavier Darcos, futur fossoyeur de l'éducation nationale, est aussi l'auteur d'une bien belle conférence sur Prosper Mérimée (17 janvier 2005) et même d'une biographie. Pour l'heure, je retrouve des amies dans le dernier numéro de Florilettres, précisément consacré à Mérimée, dans la perspective du colloque de Cerisy en septembre. Je finis de rassembler tous les documents du web consacrés à Mérimée, le gros étant constitué, comme de juste, par le fonds Gallica. J'arrose, sur le balcon, et découvre qu'un des boutons du citronnier a fleuri et qu'il y a maintenant quatorze autres boutons. Je suis comblé. Il a pris son temps mais il a fini par répondre positivement au changement de pot et de terre. Nous ne savons pas grand chose de ce qu'est le temps pour un citronnier. Moi, en tout cas. Moyennement motivés, on se force tout de même à sortir les vélos pour ne pas rester enfermés toute la journée. Modeste objectif : aller à l'Office Depot d'Ichigaya pour y récupérer un article commandé il y a deux semaines et savoir si je peux commander l'appui-tête qui va avec mon fauteuil de bureau. Avec le nombre d'heures que j'y passe, il vaut mieux ne pas rechigner sur le matériel. Une fois ces courses faites, mis en jambes, on a plutôt envie de continuer. Montée de Yotsuya, avenue vers le Palais impérial (Porte Ouest), descente le long des douves jusqu'au parc Hibiya. On y entre en tenant nos vélos à la main. Changement de rythme et de dimension. T. s'y retrouve comme dans son enfance, c'était son premier parc. À l'autre bout du monde, ma mère me menait au Parc Monceau... L'image me vient de ce parallèle d'enfants qui jouent plus ou moins au même moment dans deux parcs similaires, fruits d'un même processus de domestication du végétal en gazons, allées, fleurs, bancs, fontaines et kiosques — et qui se rencontreront quelques dizaines d'années après. Sur TV5 Monde, La Fleur du mal (Chabrol, 2003), film que je n'avais pas encore vu et que je trouve bien mièvre. Le monde féroce qu'est la bourgeoisie de province n'est l'objet, cette fois, d'une peinture féroce que si l'on fait un gros effort intellectuel pour se figurer tout ce qui est suggéré, raconté mais pas montré. Chabrol nous avait habitués à mieux, c'est-à-dire à plus mis en scène, plus pourri, plus grinçant, et parsemé de belles répliques. Mais ici, beaucoup de dialogues tombent plat, convenus, le retour du fils après trois ans d'États-Unis ne sert à rien dans l'intrigue principale, la candidate Nathalie Baye n'a aucun charisme et son co-listier est lui aussi totalement inutile, même pour faire vrai ou couleur locale. Le pire est quand même ce terrible manque de moyen ou d'inspiration, vaguement transformé en parti pris stylistique : les flash-backs de la grand-mère, censés expliquer le marigot collabo-résistant d'il y a cinquante ans, ne sont composés que de quelques voix off, bribes de souvenirs d'une Suzanne Flon quasi inexpressive à ces moments-là. Commentaires1. Le dimanche 8 juillet 2007 à 09:02, par brigetoun : pas
vu ce Chabol. Postérieur à l'époque où j'ai pris le virage cinéma au
théâtre, faute de temps pour les deux. Et puis je ne supporte plus le
cinéma depuis qu'on doit prendre un film au début. Mes manies. 2. Le dimanche 8 juillet 2007 à 10:19, par brigetoun : est ce ici que je ne dois plus venir 3. Le dimanche 8 juillet 2007 à 16:54, par Berlol : Quelqu'un vous a dit de ne plus venir ici ? Que vouliez-vous dire ? 4. Le dimanche 8 juillet 2007 à 21:08, par brigetoun : j'ai eu un commentaire extrèmement désagréable une fois encore sur mes commentaires idiots sur des blogs, puis un pour insister, proche de consultations m'arrivant par l'intermédiaire du votre, entre autres mais seuls identifiables. Je m'en voudrais d'être pénible 5. Le lundi 9 juillet 2007 à 01:43, par Berlol : Bah oui, mais il n'y avait rien d'idiot à proposer Hugo quand c'était Nerval. Pour le reste, je ne lis presque rien d'autre, et surtout pas les blogs politiques où je crois savoir que vous allez parfois... 6. Le lundi 9 juillet 2007 à 04:58, par patapon : Non, n’en déplaise à Guy Birenbaum (qui d’ailleurs ne va pas si loin), je ne crois pas du tout, mais alors pas du tout, que Xavier Darcos doive être le fossoyeur de l’Éducation nationale. Je l’ai entendu l’autre jour sur France Culture, et je peux te dire que cet homme intelligent et compétent n’a pas le couteau entre les dents ! 7. Le lundi 9 juillet 2007 à 06:37, par Berlol : Tu es bien sûr de toi. Plaise au ciel que tu aies raison ! Ceci dit, nous verrons, l'été sera long (malgré la météo en France). |
| Lundi 9 juillet 2007. Fini pour
moi, les poêles à revêtement ! Il y a tellement d'expériences à tenter que je n'ai parfois pas le temps de les approfondir. Pourtant... C'est vrai, Second Life, c'est un truc de longue haleine. Donc pas étonnant que je n'aie pas eu le temps d'y replonger depuis samedi. D'ailleurs, je n'ai jamais, mais alors jamais eu de goût pour les jeux vidéos. En revanche, après être passé du site de Fançois Bon au blog Cluster 21, puis au compte rendu du colloque Dilicom de juin dernier, j'ai visité avec enthousiasme le blog de Jean-Michel Billaut pour y découvrir l'offre totalement nouvelle (pour moi) de Vocal Fruits, une plate-forme en web 2.0 capable de récupérer des fils RSS pour en diffuser la synthèse vocale, disponible tout de suite en ligne, en podcast ou sur téléphone mobile. J'ai essayé ce matin, et décidé d'y inscrire (affilier ? comment dire ?) le JLR, à titre expérimental. Le résultat est assez intéressant. Tout nouvel inscrit dispose d'un crédit de 100 écoutes. Largement le temps de voir (et d'entendre) si on a envie de continuer (et de payer). Essayez ! Mais je ne sais pas comment ça marche quand on n'est pas inscrit. Vous me direz. Au dîner d'avant hier, M. avait relevé que j'avais signé dès son lancement la pétition pour Arrêt sur images. Lui aussi, d'ailleurs. J'ai vérifié. Il disait qu'il regardait de temps en temps la liste des nouveaux signataires, chose que je n'avais pas eu l'idée de faire. Ça les fera-t'y revenir en Poitou-Charentes ? Non, je ne dirai pas maintenant tout le mal que je pense de l'initiative Blogauteurs, de la tournure que ça prend. Ni des dents à rayer les parquets qui se cachent derrière les dévouements de samaritains. Mais seulement l'ineptie, digne des meilleurs charlatans de foire, de ce slogan accrocheur : « Cliquez ici et devenez écrivain grâce à Internet ». Si au moins on savait ce que c'est qu'un écrivain, ou même un auteur ! Ceci dit, j'ai peut-être tort. C'est vrai qu'on n'a pas besoin de savoir ce que c'est qu'un capitaliste pour jouer au loto. Heureusement que j'ai pu me sortir de tout ça et... aller au sport avec T., après le déjeuner. Avant d'y être, on est passé dans un grand magasin où j'ai enfin réussi à acheter une poêle pour remplacer celle qui, à Nagoya, perd son revêtement cancérigène (fini pour moi, les poêles à revêtement !). On a aussi acheté un système pour l'arrosage automatique quand on ne sera pas là, tout un long mois. Marrant, d'ailleurs, parce qu'après ça, j'ai reçu un courriel de notre hôtesse française pour vérifier nos dates et aussi dans le but de savoir quand on pourra arroser chez elle... Lecture en pédalant, je finis presque le Bayard. Il a tout compris. J'expliquerai quoi et pourquoi demain, ou après demain... En attendant, juste ce placement du mot plasticité, qui est admirable. « Reconnaître que les livres ne sont pas des textes fixes, mais des objets mobiles, est en effet une position déstabilisante, puisqu'elle nous confronte, par le biais de leur miroir, à notre propre incertitude, c'est-à-dire à notre folie. C'est cependant, plus franchement que Lucien [des Illusions perdues], en acceptant le risque de nous y confronter que nous pouvons à la fois approcher les œuvres dans leur richesse et échapper aux situations de communication inextricables dans lesquelles la vie nous place. En effet, reconnaître à la fois la mobilité du texte et sa propre mobilité est un atout majeur qui confère une grande liberté pour imposer aux autres son point de vue sur les œuvres. Les héros de Balzac montrent bien la remarquable plasticité de la bibliothèque virtuelle et la facilité avec laquelle elle peut se plier aux exigences de celui qui est décidé, livre lu ou non, à faire valoir, sans se laisser détourner par les remarques des soi-disant lecteurs, la justesse de sa perception des choses.» (Pierre Bayard, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, p. 131-132) Commentaires1. Le lundi 9 juillet 2007 à 14:12, par jenbamin : oui, ça marche ! (mais c'est pas franchement la même voix que le cours sur Flaubert...) 2. Le lundi 9 juillet 2007 à 14:53, par Berlol : Eh oui, la synthèse, c'est pas le fun ! (enfin, pas encore) |
| Mardi 10
juillet 2007. Quelques points spéciaux à
des
dentelles. Serait-ce la saison des pluies ? Avec un mois de retard. Bah, qu'importe. J'ai ma journée à faire, avec les cours qu'on m'extorque pendant deux semaines. Ce que ne dit pas le titre élégamment provocateur de Pierre Bayard. C'est qu'avançant dans sa galerie d'œuvres commentées (une par chapitre) et pendant que l'on croit avoir affaire à un catalogue de conseils divers et de gentils paradoxes, il élabore en fait et sans le dire une véritable théorie de la lecture et de ses représentations, moins complexante que les précédentes, qu'elle soit de Constance ou d'ailleurs. Créant, reprenant ou détournant des concepts comme ceux de bibliothèque collective, bibliothèque intérieure et bibliothèque virtuelle, de livres-écrans, livres intérieurs et livres-fantômes, il propose de refonder l'approche de la réception des livres — lus ou non — en fonction de contraintes sociales lourdes, de positionnement momentané des commentateurs, et de fantasmes personnels et structurants des lecteurs. Et je ne parle pas d'élégance pour rien, car quand certains nous assènent des pavés de 600 pages bourrées jusqu'à la gueule d'argot de l'ingénierie sémantico-pragmatique (dans quoi j'ai donné, moi aussi), Pierre Bayard brode quelques points spéciaux à des dentelles prises sur des œuvres qu'il donne, de surcroît, envie de lire. « Ainsi les livres dont nous parlons ne sont-ils pas seulement les livres réels qu'une imaginaire lecture intégrale retrouverait dans leur matérialité objective, mais aussi des livres-fantômes qui surgissent au croisement des virtualités inabouties de chaque livre et de nos inconscients, et dont le prolongement nourrit nos rêveries et nos conversations plus sûrement encore que les objets réels dont ils sont théoriquement issus. On voit comment la discussion sur un livre ouvre un espace où les notions de vrai et de faux, contrairement à ce que croit l'esthète aux lunettes à montures dorées [de Je suis un chat, de Natsume Sôseki], perdent beaucoup de leur validité. Il est d'abord difficile de savoir avec précision si l'on a ou non lu un livre, tant la lecture est le lieu de l'évanescence. Il est ensuite à peu près impossible de savoir si les autres l'ont lu, ce qui impliquerait d'abord qu'ils puissent eux-mêmes répondre à cette question. Enfin, le contenu du texte est une notion floue, tant il est difficile d'affirmer avec certitude que quelque chose ne s'y trouve pas. L'espace virtuel de la discussion sur les livres est donc marqué par une grande indécision, qui concerne aussi bien les acteurs de cette scène, inaptes à dire rigoureusement ce qu'ils ont lu, que l'objet mobile de leur discussion. Mais cette indécision ne présente pas que des inconvénients. Elle offre aussi des opportunités si les différents habitants de cette bibliothèque fugitive saisissent leur chance et en profitent pour la transformer en un authentique espace de fiction.» (Pierre Bayard, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, p. 140-141) Dans l'actualité littéraire, on signale un faux. Il s'agit de La Légende de Novgorode, ouvrage mystérieusement apparu dans les années 1990 et attribué à Blaise Cendrars en 1907, allez hop ! Le ton des commentateurs diverge quelque peu, de l'Arrêt public délivre à l'Alamblog, mais le fait reste : la mystification a eu lieu et a profité essentiellement à... une maison d'édition au goût de phénomène optique, l'ouvrage n'étant pas dans son soi-disant catalogue mais bien disponible en librairie... Interview de l'auteur putatif, Kiril Kadiiski, qui s'en défend, dans Courrier International, de la thésarde sous pression depuis, Oxana Khlopina, et, ci-dessous (parce qu'on ne sait pas si ça restera en ligne...), l'article qui a mis le feu aux poudres, dans le Figaro littéraire du 28 juin. « Un faux Cendrars au goût bulgare, par Raphaël Stainville Une jeune universitaire, Oxana Khlopina, dénonce pour la première fois, preuve à l'appui, une imposture : le manuscrit de la Légende de Novgorode aurait été fabriqué par un érudit bulgare. EN 1995, à Sofia, Kiril Kadiiski, poète bulgare, fin lettré, traducteur dans sa langue de Villon, Verlaine, Mallarmé, Rimbaud, entre autres, et grand connaisseur de la littérature russe, découvre au hasard de ses lectures chez un bouquiniste un livre endommagé, presque en lambeaux, prisonnier dans un volume de Mikhaïl Artsybachev. Sur la couverture noire, auteur, titre, éditeur en blanc sont mentionnés en russe : « Frédéric Sause(r), Légende de Novgorode, traduit du français par R. R. Sovonov - Moscou-Saint-Pétersbourg - 1907. » L'écrivain tient entre les mains le premier poème de celui qui n'était encore qu'apprenti bijoutier, mais qui devait bientôt prendre pour nom de plume Blaise Cendrars. Douze ans après cette découverte inouïe, une jeune universitaire, Oxana Khlopina, dénonce pour la première fois, preuve à l'appui, une imposture : La Légende de Novgorode est un faux, à ranger aux côtés de La Chasse spirituelle de Rimbaud. L'histoire, il est vrai, était trop belle. Que l'on songe seulement. Pendant près de quatre-vingt-dix ans, La Légende de Novgorode, le premier poème de Blaise Cendras, que l'écrivain mentionnait toujours avec obstination en tête des bibliographies qu'il dressait lui-même, avec les mentions « épuisée » ou « hors commerce », restait obscurément introuvable. Lui-même avait toujours assuré qu'il ne possédait ni manuscrit ni aucun des quatorze exemplaires de ce premier livre que son ami R. R. édita à Moscou après l'avoir traduit en russe, « engloutissant ses dernières économies avant sa mort pour me faire une énorme surprise et m'encourager », écrira Cendrars dans Le Lotissement du ciel, dernier volume de ses Mémoires, sans lever le voile sur l'identité de ce vieil homme, savant linguiste qu'il avait rencontré lors de son premier séjour russe entre 1904 et 1907. Les spécialistes, pour leur part, à force de recherches vaines et habitués qu'ils étaient aux tours de passe-passe de l'auteur de la Prose du Transsibérien et de Moravagine, tenaient alors cet ouvrage pour un mythe. Jusqu'à ce que l'improbable devienne pourtant réalité en 1995. L'ouvrage retrouvé à Sofia de seize pages imprimées en caractères cyrilliques sur un papier ocre clair, foncé par le temps, correspond aux descriptions les plus anciennes qu'en fit Cendrars. Seule la date de l'édition diffère - 1909 dans les écrits du poète - et le nombre de page - 144. Des détails discutables. Trop ténus cependant pour remettre en cause ce « miracle ». L'émotion dissout les doutes. Miriam Cendrars, fille et biographe du génial poète, peut enfin vérifier l'existence de ce poème dont seul son père avait gardé la mémoire. Une enquête romanesque « "C'est alors seulement que j'étais un vrai poète./ Lorsque l'on a dix-sept ans — comme a dit Arthur Rimbaud — / on a que poésie et amour en tête..." Ainsi s'ouvre La Légende... dont tout le monde loue « l'étonnante modernité ». La BNF cherche à se porter acquéreur de La Légende de Novgorode mais demande, comme il est d'usage, des expertises. L'analyse du papier confirme qu'il est bien d'époque. Mais, avant que l'analyse de l'encre ne vienne dissiper les derniers doutes, un collectionneur suisse rafle la mise, pour, selon nos sources, plus de 50 000 dollars. Avant qu'il ne change de mains. Les chercheurs, privés de cet unique exemplaire connu de l'édition originale, sont déçus. Ils doivent se contenter du fac-similé accompagné de sa restitution inédite en français et publié chez Fata Morgana. D'autant que certains d'entre eux n'ont pas manqué de remarquer que ce long poème en prose, qui porte en germe des images, des pensées et des faits qui réapparaîtront au fil de l'œuvre encore à venir de l'écrivain suisse, aurait pu justement être établi à partir d'une parfaite connaissance de ses écrits futurs. La Légende de Novgorode mentionne notamment des éléments que Blaise Cendrars n'évoquera que très tardivement dans ses Mémoires. C'est le point de départ de l'enquête romanesque, littéraire et quasi policière d'Oxana Khlopina, jeune universitaire russe de 28 ans, originaire de Novossibirsk, qui, pour les besoins de sa thèse de doctorat (Blaise Cendrars, une rhapsodie russe) qu'elle vient de soutenir à Nanterre sous la direction de Claude Leroy, est allée de Saint-Pétersbourg à Paris, en passant par la Suisse et la Bulgarie, chercher des pièces à conviction. Elle remarque ainsi que Blaise Cendrars, lorsqu'il évoquait ce poème, le décrivait comme une « épopée cocasse et héroïque » quand la simple lecture de la Légende de Novgorode fait apparaître des accents tragiques. Par ailleurs, le poème présente quelques incohérences, comme des anachronismes, à l'image de l'évocation de « l'hôtel d'Angleterre » de Saint-Pétersbourg, devenu universellement connu après la mort tragique de Sergueï Essenine dans l'une de ses chambres, écrivant avec son propre sang un poème d'adieu. Si cet hôtel de luxe existe bien depuis 1876, il ne prendra ce nom qu'en 1925. Mais ce qui n'est que faisceau de présomptions va bientôt s'infléchir en preuves irréfutables à mesure que la chercheuse analyse de manière systématique l'orthographe et la grammaire de ce texte russe traduit du français en 1907. En effet, une réforme orthographique a eu lieu en 1917. « Cette réforme, souligne-t-elle, qui visait à une simplification de l'orthographe russe, revêtait un caractère hautement symbolique pour le nouveau régime bolchevique, introduisant notamment une rupture radicale dans la façon d'écrire, si bien que tout ce qui avait été publié auparavant devenait non seulement politiquement, mais également visuellement dépassé, donc de facto illisible.» L'étrange Monsieur Kadiiski Des lettres disparaissent, des terminaisons et des préfixes sont modifiés, de même que la grammaire évolue. Or le poème ne résiste pas à cet examen linguistique. Il ne peut avoir été écrit par un russophone avant 1917, ni même par un Russe ayant appris à lire avant la réforme. De toute évidence, c'est un faux, établi par quelqu'un qui possède, certes, une parfaite maîtrise du russe moderne et qui a connaissance des principales règles orthographiques d'avant 1917, mais dont les corrections systématiques apportées a posteriori au poème écrit en russe moderne sont lacunaires. Oxana Khlopina aurait pu s'en tenir à cette découverte, se satisfaire de cette démonstration simple, évidente et imparable, mais son travail avait comme un goût d'inachevé. Il lui fallait comprendre quand et comment cette mystification avait pu s'opérer. La clé de l'énigme s'étalait sous ses yeux, inscrite en lettre blanche sur fond noir. Intriguée par la police de caractères dans laquelle est écrit le titre sur la première page, la chercheuse reconnaît une police de caractères cyrilliques pour ordinateurs, dite Izhitsa. Créée en 1988, elle était dans les années 1990 la seule police de caractères informatique à large diffusion capable de transcrire les caractères russes disparus après 1917. Vérifiant cette hypothèse à l'aide d'un ordinateur, Oxana Khlopina reproduit à l'identique la page du titre retrouvé en Bulgarie. Mais il ne peut s'agir d'une simple coïncidence s'agissant d'une version légèrement retouchée, agrandie dans sa hauteur et réduite dans sa largeur. Si bien que la date d'impression ne peut pas être 1907, comme l'analyse linguistique l'avait déjà démontré. Elle est même postérieure à 1988. L'étau se resserre. D'autant que la jeune femme trouve également sur le marché aux livres de Sofia, là même où fut découvert le poème de Cendrars, une collection de livres pour enfants dont la page de titre utilise la même police allongée de caractères Izhitsa. Et pourtant, trop respectueuse de l'homme de lettres qu'elle ne rencontra qu'une fois à la Rotonde, toute timide alors et pétrie d'admiration, la jeune universitaire se refuse à livrer le nom de celui que tout accuse : une parfaite connaissance de la langue russe et de ses subtilités, des qualités de poète, une connaissance des techniques de l'édition, la Bulgarie : Kiril Kadiiski. Celui-là même qui découvrit le faux Cendrars. N'est-il pas ce grand connaisseur de la littérature russe qui traduisit Tioutchev, Bounine, Blok, Volochine et Pasternak ? N'est-il pas ce poète délicat, couronné notamment en 2002 du prix Max-Jacob étranger pour Les Cinq Saisons et autres poèmes ? Cet éditeur bricoleur qui fonda en Bulgarie sa propre maison, Nov Zlatorog ? Pour l'heure, celui qui, depuis 2003, dirige le Centre culturel bulgare en France, se montre bien embarrassé. « Je ne suis pas un expert de Cendrars, vous savez », s'excuse-t-il comme pour se disculper d'un acte qu'il n'aurait pu commettre. À voir. L'affaire Sauser ne fait que commencer. La légende de Novgorode court toujours.» Commentaires1. Le mercredi 11 juillet 2007 à 07:28, par F : merci
d'avoir recentré le caractère global et structuré du travail de Bayard,
du coup ça ouvre passerelles sur nos pratiques de lecture Net |