Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Septembre 2007

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Samedi 1er septembre 2007. Communication directe avec le grenier.

Lever à 4h30 pour travailler à ma communication sur Mérimée. J'ai lu dans une interview qu'Amélie Nothomb écrit tous les matins de 4 à 8 heures, ça m'a bluffé. Et donné l'idée, vu le temps qui me reste, je n'ai plus que ça à faire.
Petit-déjeuner vers 8h30, suivi du bouclage des valises.

T. a pris rendez-vous pour déjeuner avec deux de ses étudiantes qui reviennent de Toulouse, rentrent à Tokyo demain. Celles rencontrées au Saint-Martin fin juillet. Intéressant de comparer niveau et attitudes avant et après. À pied jusqu'à la fontaine Saint-Michel, point de rendez-vous parisien, s'il en est. On retourne à la Bûcherie pour grandes salades et profiteroles. Elles nous content leurs (més)aventures, il y a du bon et du mauvais, et plus à (re)dire sur les familles d'accueil que sur les cours de français.

Départ en voiture vers 14h30, direction Cerisy-la-Salle. Ça roule merveilleusement, rien à voir avec la sortie congestionnée de Paris et l'autoroute en accordéon d'il y a deux ans ! J'ai d'ailleurs repris les même indications routières, j'avais soigneusement gardé les feuilles imprimées. Arrivée à 18h30. Sommes très heureux de retrouver Catherine et Édith, le château et une chambre récemment refaite, la Savary (près de la salle dite du grenier).
Premier dîner, je ne connais qu'Éric Bordas, mais je reconnais Michel Garcia, qui était directeur du CIES quand j'étais de la première promotion d'allocataires-moniteurs (1989).
Longue et tout de même très intéressante séance de présentation, avec calvados, au grenier, de 21 à 22h45. C'est après, en ouvrant une porte de notre chambre, qui donne sur trois marches et une autre porte, que nous découvrons la communication directe avec le grenier...

Commentaires

1. Le samedi 1 septembre 2007 à 21:21, par Caroline :

La suite ! La suite !

2. Le dimanche 2 septembre 2007 à 06:55, par Kiki :

Salut!
Un petit bonjour en passant pour te souhaiter une bonne rentrée!
Quelle constance dans la tenue de ton blog! À ce stade, c'est vraiment une prouesse. À combien de jours en es-tu?

3. Le dimanche 2 septembre 2007 à 11:00, par Berlol :

Bientôt quatre années complètes, c'est devenu une partie de moi...
Pour la rentrée, merci ! Même si ce n'est pas tout de suite. Toi itou !



Dimanche 2 septembre 2007. Banc de galère, la bonne allure.

Lever à 4h30 et travail jusqu'à 7 heures. Jour à peine rosi, je vais à l'est@minet avec le portable, dans un autre bâtiment, où se trouve la borne wifi et d'où je poste le billet d'hier, relève mon courrier, lis rapidement deux blogs dans la liste maintenant chargée de tous ceux que je n'ai pas le temps de lire. Au moins jusqu'à mardi soir, ce sera encore comme ça. Après, à moi la liberté !
Amusement de retrouver le rituel du petit déjeuner dans la grande salle à manger, les échanges de bonjours poussifs quand on ne se connaît pas, les questions par lesquelles chacun s'introduit, ouvre ou non ses affinités. T., connaissant aussi ces rites et n'ayant plus la pression intérieure de sa thèse à travailler comme c'était le cas en 2005, discute plus volontiers et lance des ponts entre XIXe et XVIIe siècles, notamment avec Alain Schmitt qui semble très bien connaître Victor Cousin et le fonds Cousin de la Sorbonne.

Denses premières communications. Celle de Danier Sangsue sur les fantômes chez Mérimée et celle de Michel Garcia sur l'édition en cours de préparation de l'Histoire de don Pèdre 1er, roi de Castille. Discussions très animées et bien dirigées par Antonia Fonyi, directrice du colloque. Tel un cancre du fond de la salle, près du feu de bois et d'une prise électrique pour le portable, je n'y prends pas part mais y puise, outre ce que j'y apprends, de quoi recalibrer ma communication.

Après le déjeuner, le café est servi dans l'étable aménagée en une sorte de musée de Cerisy. On y trouve notamment un panneau qui retrace l'histoire des anciens habitants du château, les Richier, des protestants, du XVIIe à la Révolution, puis les Savary, cultivateurs enrichis sous la Restauration.
T. et moi nous éclipsons pour aller faire une randonnée aux Roches de Ham, près de Condé-sur-Vire, à une bonne vingtaine de kilomètres de là. C'est dommage pour les communications de l'après-midi mais absolument nécessaire, après le régime corse, pour ne pas engraisser sur pied en Normandie. Il fait d'ailleurs nettement plus chaud dans la voiture que dans la bibliothèque du château.

Retour vers 18 heures et reprise du travail jusqu'au dîner, qui est un buffet parce que c'est dimanche. Je retourne à mon banc de galère — à la bonne allure qu'il commence à prendre — pendant que T. va voir la séance improvisée du Carmen de Carlos Saura dans le grenier tout proche, dont les effluves musicaux me parviennent étouffés...

Commentaires

1. Le dimanche 2 septembre 2007 à 23:05, par m sonnet :

j'aime bien votre est@minet (plus sympa que la g@rgote !) et en vous lisant je me souviens que la dead line est toute proche pour la soumission des projets au colloque "abbé Castel de Saint-Pierre", même lieu même horaire dans un an, et je me tâte si j'y vais ou pas (proposer de parler des grand mérites de son "Projet pour perfectionner l'éducation des filles"). J'ai un peu décroché de ce genre de choses ces derniers temps et en plus je n'ai jamais été très causante au petit déj...

2. Le lundi 3 septembre 2007 à 09:33, par alain :

Alors moi, Condé-sur-vire, oh ! tout de suite que de souvenirs. J'accompagnais mon oncle dans sa tournée du ramassage des bidons de lait pour la coopérative Elle & Vire et on s'arrêtait manger du lapin dans des fermes à cuisine noire, noircie par le vieux, sentant la crème partout, comme dans Bovary. Oh ! Condé-sur-vire.

3. Le lundi 3 septembre 2007 à 21:13, par Berlol :

On est passé devant l'usine. T. m'a demandé puis s'est souvenue qu'il y a du beurre Elle & Vire dans des magasins de luxe à Tokyo (dans les dix euros la plaquette...)
Il faut y aller, Martine ! Les couleurs, les pierres, certaines conversations et certaines communications le méritent. Et le matin, nul n'est tenu de l'ouvrir qu'il n'en ait envie...

4. Le mercredi 5 septembre 2007 à 00:35, par brigetoun :

je crains de n'être à la hauteur que du petit déjeuner où, pour une fois, je serais superbement mutique



Lundi 3 septembre 2007. Y'aura du retard, forcément...

Oui. Y'aura du retard, forcément...
Ai écouté deux communication passionnantes le matin, deux autres un poil moins l'après-midi, suis allé marcher une heure au village avec T., ai vu le soir une Carmen de Chaplin datant peut-être de 1915 et... définitivement bouclé ma communication à 2 heures du matin.

Nombreux départs (regrettables) pour cause de rentrée scolaire ou ENS, notamment Éric Bordas et Alain Schmitt.

Reprise :
Le matin, c'était donc les très attendus Éric Bordas et Alain Schmitt.


Mardi 4 septembre 2007. Professeur d'anthropo-ethno-socio limite gonflant.

S'il me fallait ne retenir qu'une communication qui m'ait apporté par surprise beaucoup plus que ce que j'en attendais, ce serait sans aucun doute celle de Christian Chelebourg ce matin, intitulée Le sens de la famille — Filiation, transmission, générations chez Mérimée. Car jamais l'effroi ou l'impossibilité d'une descendance ne m'avait paru faire sens dans l'œuvre de Mérimée, malgré son omniprésence : de l'enfant qui ne mérite pas son nom dans Mateo Falcone à celui qui finit par le mériter dans Colomba, en passant par les stériles mariages, que ce soit avec une statue (Vénus d'Ille) ou avec l'enfant de l'ours (Lokis). Et à chaque fois, c'est l'homme qui cause problème et interrompt la lignée, tandis que la femme reste idéale ou intouchée...

Le matin, j'ai fait imprimer ma communication au secrétariat de Cerisy, si bien qu'ayant mis mes citations en vert dans le document électronique, je peux basculer mon fond de page en noir pour qu'à la projection l'assistance ne voie que les citations à lire (et pas mon texte, en noir) sans avoir à réaliser d'autre document.
Après le déjeuner, et avant une nouvelle vague de départs, c'est le sacro-saint moment de la photo de groupe. Le sachant, je monte trois minutes, je dis bien trois minutes, aux toilettes et changer de chemise... Eh bien, je l'ai raté ! Je ne suis pas sur la photo du colloque Mérimée ! T. y figure en bonne place, elle, mais moi pas. Ce que voyant, on m'accable dès que je reparais, Catherine de Gandillac surtout. Je balbutie et m'excuse, dans ma honte me résigne, on consent à m'en faire une en petit groupe comme il s'en fait toujours après la photo principale, avec qui je voudrais.

Enfin mon tour de parole arrive, après une intéressante mais un tantinet trop longue communication sur la fortune musicale de la Vénus d'Ille (presque deux heures avec la discussion). Après toutes ces semaines de lectures et de travail, je puis rester zen quelques minutes de plus, jusqu'au plaisir d'un extrait d'opéra de Kurt Weil, la chanson Speak Low (que je connais sans avoir de mérite particulier car c'est la seule à avoir été un peu popularisée, indépendemment du reste de l'opéra One Touch of Venus).
Je parle donc, sous le titre-valise Tourisme en Mérimée, d'un parcours thématique —  touristique — de l'œuvre de Mérimée centré sur la présence de plus en plus importante du narrateur, devenant guide puis professeur d'anthropo-ethno-socio limite gonflant, citations à l'appui, tout cela par le biais d'un ostensible militantisme en faveur de la réalisation d'un corpus numérique mériméen digne de ce nom (au lieu de la mauvaise collection de bouts de textes éparpillés désordonnés dans le web dont je montre quelques extraits). Pendant la discussion qui suit, je mets en route l'océèrisation automatique d'un pdf image de Gallica par FineReader. La réception est bonne, il est clair que je ne suis pas spécialiste de Mérimée mais que mon apport est épistémologique et technologique — méthodologique, en somme.

Sommeil en retard, je me couche tôt.


Mercredi 5 septembre 2007. Aux pommes (de l'arbre et de terre).

Journée d'excursion en car sur les traces du Mérimée des Monuments historiques, offerte au colloque par la Fondation la Poste, représentée par sa directrice, Dominique Blanchecotte, qui passe la journée avec nous. Départ 9 heures, 25 personnes (Édith fera l'appel à chaque fois). Direction première, l'abbaye de Hambye, en pleine restauration, parce que sa destruction avait été stoppée par Mérimée lors d'une de ses tournées. Bel endroit, belle lumière, gens sympathiques. J'y achète des cartes postales de costumes médiévaux et Ma Cuisine médiévale de Mincka (chez Équinoxe, 2004), bel exemple de recettes adaptées et très belle mise en page (surtout sans photos culinaires réalistes).
Translation au château de Gratot dont on ignore (on incluant les personnes des Monuments historiques qui nous accompagnent) la relation avec Mérimée, juste pour voir des ruines encore debout et faire quelques photos.
Déjeuner à l'auberge de Genouville, avec de la tarte au camembert (en entrée tiède, très bonne), de la moyenne pintade aux pommes (de l'arbre et de terre) et de la tarte aux pommes (d'arbre, mais mal cuites), le tout précédé d'un kir normand (au cidre) et accompagné d'un cidre légèrement plus sucré que celui de Cerisy.
On monte jusqu'à Valogne (presqu'en haut du Cotentin) pour visiter son église reconstruite, moitié pierres remontées, moitié béton façon Créteil (des spécialistes débattent de cela un peu comme des médecins de Molière pendant que le curé, lui, pleure l'absence d'aides pour réparer les dégâts de la foudre de janvier dernier).
On redescend à Saint-Sauveur-le-Vicomte pour l'abbaye des Sœurs de la Miséricorde, flanquée d'une sèche maison de retraite qui doit rapporter, mais pas de la joie si l'on en juge à la fadeur du parc... Sûr que déposé ici, je mourrai en quinze jours.
Dernier mouvement vers l'abbaye de Lessaye, déjà visitée en 2003 avec quelques amis de Meschonnic (explosée en juillet 1944 par les Allemands pour célébrer leur départ précipité). Belle mais... bon, je commence à saturer. Ayant refait la photo d'un poisson en mosaïque près des fonts baptismaux et découvert avec plaisir le jardin fleuri et le potager, T. et moi fatiguons du tandem catho-aristo de la journée, restons ensuite dans le car pendant que les autres vont boire un coup avec les proprios à l'intérieur. Je reprends Volodine, les choses sont claires.
Après le dîner, où nous sommes arrivés avec dix minutes de retard, grand tour du domaine à deux dans l'herbe mouillée, quand à l'horizon meurent, derrière les vaches, les fins de rose et d'orange (T. écoute du Wagner à l'ipod quand point l'étoile du berger). Puis je donne un petit cours sur la création de table des matières et d'index dans Word avant d'aller me mettre au lit pour rejoindre T. et Mevlido.

Commentaires

1. Le vendredi 7 septembre 2007 à 00:52, par brigetoun :

j'aime bien le tandem catho-aristo, bien connu, mais il y a toujours la possibilité de rester un pas à côté et d'attraper au vol quelques phrases.
Il fallait en rester à la tarte au camembert, largement roborative, me fais rêver



Jeudi 6 septembre 2007. C'est-à-dire molles et collées en tas.

Fort brouillard au lever du jour. Se disperse pour une deuxième journée de franc soleil (on a bien fait de choisir cette semaine-ci pour venir...). Les petits déjeuners roulent maintenant par petits groupes informels et plutôt bavards. À ceux de la timidité et de l'hésitation des premiers matins, ont succédé ceux de l'esprit d'escalier, quand revient ce qu'on n'avait pu dire hier car trop de monde et de questions.
Lecture de lettres de Mérimée par Carole Bergen, avant la communication de Françoise Bercé (inspecteur général du patrimoine) sur Mérimée et la IIe République. Le tableau historique est très instructif, bien enlevé par le ton, les anecdotes et points de vue de Mme Bercé. Et cela me suffira pour aujourd'hui.

J'emporte mon portable à l'est@minet pour poster mes deux billets en retard, les photos qui vont avec, relever mon courrier et valider les messages Litor qui circulent depuis hier sur le thème de la machine à écrire. J'écoute deux tiers du 20-Heures de France 2 d'hier et parcours quelques blogs pour être un peu informé. Mais tout cela ne m'accroche guère. Seule la disparition de Pavarotti signifie hélas quelque chose.
T. et moi sommes convenus d'une après-midi d'excursion que nous commençons après une discrète fuite au moment du café. En route pour Coutances ! J'avais un peu visité il y a quatre ans, avec quelques meschoniciens, un jour de pluie qui s'était continué à Carteret. Aujourd'hui, c'est plutôt la chaleur. En une petite heure, nous visitons églises et cathédrale, admirons les impacts de balles qui décorent encore les murs de la mairie, entrons à la librairie-papeterie pour chercher une carte régionale.
Partons ensuite pour Agon et la pointe d'Agon, les dunes, la marée basse dans l'embouchure de la Sienne, les ruines du château de Regnéville-sur-Mer de l'autre côté. Puis le chic de Coutainville, les rues étroites et presque bretonnes de Blainville-sur-Mer — un endroit où l'on aimerait bien habiter..
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D'Agon, j'ai téléphoné à Scott Carpenter pour savoir si nos colloquants ont adopté le principe d'un apéritif sur la terrasse (nous avions imaginé ça tout à l'heure, Scott et moi). Ayant eu sa réponse positive depuis une cabine face à la mer, nous nous dirigeons vers le centre Leclerc de Coutances où nous achetons pour 60 et quelques euros d'alcools divers, jus de fruits et trucs salés. Quand nous arrivons au château, à 18h45, tout est déjà prêt sur la terrasse, les participants attroupés et Scott très soulagé de nous voir (il a prévenu et fait sortir tout le monde sans savoir s'il pouvait compter sur moi...).
Chacun verse son écot dans un verre et je récupère sans problème mon avance.

De Cerisy, les jeudis soirs sont enflammés. L'ambiance d'un colloque y parvient généralement à son paroxysme. Des conversations de table deviennent familières, voire bruyantes. Certains s'interpellent comme s'ils se connaissaient depuis trente ans, rigolent gras. D'autres se serrent en petits comités pour des confidences à voix basses. C'est ce soir-là que l'on sert des moules-frites, au moins trois tournées (mais les frites sont normandes, c'est-à-dire molles et collées en tas). Puis les lumières s'éteignent, à la surprise presque générale, pour faire entrer les omelettes norvégiennes, lumineuses par le calvados qui leur flambe sur la meringue.
Plus tard, dans le grenier, lecture d'Une femme est un diable par Carole Bergen et Sylvain Ledda, suivie d'un petit verre de calvados de notre réserve collective.

Commentaires

1. Le vendredi 7 septembre 2007 à 10:10, par m sonnet :

arrivée là de votre récit, moi qui me posais la question pour l'an prochain, je craque : ça fait trop, en plus des petits déj, la photo, l'excursion, l'apéro et les moules-frites pour finir. Je ne tiendrai jamais le coup, même pour l'avancement de la science !

2. Le vendredi 7 septembre 2007 à 10:22, par Berlol :

Parfois, le rhédibitoire en dit long...
Pour l'an prochain, Augustin Berque m'intéresserait énormément.
Ceci dit, les activités autres que les communications dépendent de chaque directeur de colloque (et non du centre de Cerisy). Selon les colloques, c'est donc très calme (plan-plan) ou très mouvementé (façon années 70, même, encore, parfois...).

3. Le vendredi 7 septembre 2007 à 12:27, par m sonnet :

le rhédibitoire en l'occurrence, je crois que c'est la vie commune en général et avec pairs en particulier...



Vendredi 7 septembre 2007. Pas où il pose la cheville.

Pas de réseau avant le petit déjeuner.

Il ne s'agira que de relancer le système. Je poste le billet d'hier durant la pause entre Michel Cadot (le monde slave de Mérimée) et Anne Geisler-Szmulewicz (Mérimée et les comédies du cœur humain. Outre que l'un a été trop long et l'autre trop courte (contrecoup), c'est tout de même très intéressant. Anne était intervenue mardi, après ma communication, pour expliquer comment elle s'était en grande partie occupée du site que le Ministère de la culture a voulu consacrer à Mérimée en 2003 et dont je venais de critiquer la conception et notamment le choix hallucinant de ne pas y mettre d'œuvres littéraires (ni même, 4 ans après, aucun lien vers les textes en ligne dans l'internet) — mais nous ne nous sommes pas fâchés (au contraire, la faute est ailleurs...).
Le brouillard est encore plus long à se lever qu'hier et ce n'est que vers midi que l'on peut dire qu'il fait beau. Les personnes qui en joignent d'autres à Paris nous préviennent qu'il y fait très mauvais. Quelle chance nous avons !

Je dois présenter des excuses à Sylvain Ledda car, m'étant allongé pour cinq minutes après le café, je me suis carrément endormi une demi-heure, ce qui m'a fait manquer sa communication sur Mérimée et Musset... Vaguement honteux mais bien rveillé, j'écoute attentivement Paolo Tortonese sur un sujet qui recoupe et complète ceux (qu'il n'a pas entendus) d'Éric Bordas, de Christian Chelebourg et le mien : supercherie et couleur locale chez Mérimée. S'il établit brillamment le paradoxe entre les événements textuels qui mettent en scène les artifices du faux et du vrai, je ne vois pas où il pose la cheville qui les articulerait.
Qu'à cela ne tienne et comme il a la politesse de finir à l'heure prévue, T. et moi partons à la mer, à Hauteville-sur-Mer.

Soirée poésie pour certains (qui se diront avoir été kidnappés par un enthousiaste hugolien qui leur a infligé quelques centaines de vers de l'Année terrible —  à eux, des mériméens !), promenade sous les étoiles pour nous. Dans un grenier, dit le grenier breton et que je n'avais encore jamais visité, un buste représentant paraît-il un ancêtre ayant la particularité d'être l'enfant naturel, puis reconnu, d'une aristocrate retirée au couvent et du prêtre de la paroisse voisine...
Nous récupérons quelques errants un verre à la main (Antonia, Carole, Bénédicte, Anne, Sylvain, Paolo) et nous installons dans le grenier habituel pour descendre un peu plus nos bouteilles et discuter du colloque qui s'achève jusqu'à minuit, heure à laquelle il est temps de penser aux valises.


Samedi 8 septembre 2007. La littérature, le lecteur — alliances du sang et de l'encre.

La communication de Scott Carpenter sur les fantômes est d'une grande puissance intellectuelle, alliée à une judicieuse et envoutante scénographie. Tandis qu'il évoque les vampires dans l'œuvre de Mérimée, il sort un pichet de sous lui et se verse d'un liquide rouge dont il ne boira qu'au moment opportun de son exposé. C'est la repartie, dit-il, à mon déballage, mardi, d'un carton de bière et d'un paquet de pâtes de marque Colomba. Certains diront, lors de la discussion, que, pensant à du jus de tomate, ils ne pouvaient tout de même s'empêcher d'y voir du sang... Restant d'un grand sérieux, Scott démontre les relations spéculaires entre vampires et fantômes dans les intrigues et vampirisme de l'écriture elle-même, puisant à son milieu, sa biographie, la littérature, le lecteur — alliances du sang et de l'encre, le rouge et le noir...
On dira que c'était trop court, on lui demandera de reboire du sang pour la photo, on ira en pause hilares.
Antonia Fonyi fait ensuite une synthèse d'une petite heure en retraçant les lignes de force du colloque, les thématiques nouvelles pour les études mériméennes. S'il est bon que Mérimée ait eu son Cerisy, il ne faut pas que cette belle entente de chercheurs s'arrête là et je relance, comme un ballon dans la mêlée, l'idée d'établir et d'exploiter ensemble un vrai corpus numérique complet. C'est aussi le moyen de ne pas finir, de ne pas vraiment se quitter. Et tout de suite questions et propositions fusent (comment numériser, dans quel ordre de priorité, avec quelle technologie, etc.). En moins de dix minutes, un comité de pilotage est nommé, qui sera mis en marche dans les prochaines semaines. On peut déjeuner et partir.

Le café servi sur la terrasse sera le moment des adieux. Mots laissés sur le livre d'or, poignées de mains, embrassades, promesses de prompte revoyure, échanges de numéros de téléphone, descente et traînage de sacs ou de valises sur le gravier jusqu'au car pour la gare ou jusqu'aux voitures individuelles, c'est la grande scène qui se (re)joue et rares sont ceux qui y sont indifférents. Mais personne n'en pleure non plus et comme le soleil s'est levé, ce sont de radieux adieux.

À 14 heures, T. et moi mettons le cap de notre 407 sur la Bretagne : Villedieu-les-Poëles, Rennes, Vannes, Auray (bref arrêt à une coopérative de produits bretons où je trouve un pull), et hop ! 18 heures, voilà Carnac, où je retrouve sans trop de difficultés (sinon qu'il y a des travaux juste devant) la maison de nos hôtes, où je ne suis venu que deux fois, il y a dix-huit et treize ans.
Illico à la plage avec T. et Henri, l'eau est froide mais l'on s'y baigne. Après, on ne sent plus rien, comme anesthésiés, séchant dans le soleil couchant.

« Ne jouerons-nous jamais
Ne serait-ce qu'une heure,
Rien que quelques minutes,
Océan solennel,

Sans que tu aies cet air
De t'occuper ailleurs ? » (Eugène Guillevic, Carnac, Gallimard, 1961, p. 13)


Dimanche 9 septembre 2007. Limaces de mer, signes de beau temps.

« Il s'est passé quelque chose à Carnac,
Il y a longtemps.

Quelque chose qui compte
Et tu dis, lumière,

Qu'il y a lieu
D'en être fier.»
(Eugène Guillevic, Carnac, Gallimard, 1961, p. 13)

T. souhaitant renouveler son stock de maillots rayés, Henri et moi l'accompagnons au marché, juste à côté de la maison. Découvrons d'autres marques qu'Armor Lux ou Saint James. Mais c'est un peu la fin de saison et les marchands n'ont plus le coloris ou la taille, ou la coupe. Nous passons aux boutiques du bourg, autour de l'église du saint des bêtes à cornes où c'est d'ailleurs l'heure de la messe. T. trouve chez Leminor le maillot marin de ses rêves, et un beau pull bleu clair en sus.
En voiture chez un ostriculteur du Pô pour quelques douzaines d'huîtres et un tourteau, ça nous assurera le dîner.

Faisons à quatre et en voiture, pour une vue d'ensemble, le tour des sites d'alignements de pierres levées (menhirs). D'ailleurs, il fait très chaud autour de la Maison des mégalithes et l'on n'a guère envie de se lancer dans une randonnée pédestre. C'est surtout la notion d'alignement qui domine et fait mystère, en effet. Au tumulus Kercadio, entre Carnac et La Trinité, il faut se baisser pour pouvoir entrer. On se trouve alors dans une salle, sous d'énormes dalles, avec le poids d'au moins sept mille ans de motivation au-dessus de la tête. Puis dans le dédale des bras de la rivière de La Trinité jusqu'au lieu dit Le Lac (et / ou Le Latz), connu pour une digue munie de vannes par lesquelles passait, selon la marée, l'eau qui actionnait la roue d'un moulin, maintenant transformé en maison particulière, l'axe de la roue pourrissant maintenant sous quelques centimètres d'eau verdâtre.
Enfin Saint-Cado, sa chapelle, son pont construit par le diable floué (Saint Cado voulait un pont, le diable lui proposa son aide contre la première âme qui passerait dessus, le saint accepta et, quand le pont fut achevé, y jeta un chat qui en fut le premier piéton...). Repérons d'étranges ectoplasmes noirs et gluants au bord de l'eau. Renseignements pris auprès d'autochtones, ce sont des limaces de mer, signes de beau temps...

Ce soir encore, je suis trop fatigué pour me connecter ou écrire mon journal. On peut dire que ce sont les activités et l'air marin, mais depuis quelques mois, se dessine progressivement un autre mode de vie, autour de trois nouvelles constantes. Plus d'herpès ni presque d'acnée d'une part, plus de maux de tête lors d'une consommation raisonnable d'alcool d'autre part, plus de soirées prolongées jusqu'à une ou deux heures du matin. Ça n'a l'air de rien, chaque chose prise séparément mais toutes ensemble, ça me fait une nouvelle tête.
Je ne suis plus le même homme. Cela suffit-il à expliquer mon piètre appétit pour cette rentrée littéraire ?


Lundi 10 septembre 2007. Autour d'un crayon à papier véhicule.

T. et moi retournons voir les alignements de menhirs dans la lumière matinale. Leur détachement. Beauté ou majesté naturelle du site. Et chacun à son tour d'essayer de comprendre, sans y parvenir. À moins de croire telle ou telle théorie. Dans la boutique de la Maison des mégalithes même, un petit Obélix autour d'un crayon à papier véhicule gentiment l'anachronisme des Gaulois facteurs de menhirs...

« On comprend bien
Que ça t'obsède

D'être un jour dressée
A la verticale
Au-dessus des terres.

On comprend bien.» (Eugène Guillevic, Carnac, p. 91)

Revenus au centre du bourg, nous allons au Musée de la préhistoire. Beaucoup à lire, tableaux, listes, graphiques, mettre en relation textes, dessins et objets, mais pas trop. Des représentations se forment, un lien transhistorique... Le profane peut s'y retrouver tout en appréciant les précautions de langage. On pense traditionnellement qu'à cette époque les hommes chassaient pendant que les femmes faisaient la cueillette, ou quelque chose de ce genre, avec la distance du on pense traditionnellement. Qui va peut-être évoluer.

Allons déjeuner avec nos hôtes aux Terrasses de la mer, à La Trinité. Moules-frites et crêpes dessert, avec plage, léger vent, mer et soleil, du classique. Partons ensuite pour Quiberon, nous arrêtant de temps en temps pour des points de vue sur l'isthme, le fort de Penthièvre. Un café à Portivy.  Puis un kilomètre à pied le long de la Côte Sauvage. Encore un saut de voiture à travers les hôtels et les centres de thalassothérapie, puis à pied jusqu'à la pointe de Conguel, et la journée est déjà presque finie. Avec ces doses de vent et de soleil, on va bien dormir.
Dîner à Auray, dans le typique petit port de Saint-Goustan, célèbre pour ses maisons de pierre et son passage de Benjamin Franklin. L'Aubépine sert une excellente choucroute de la mer, trois en prennent, et de l'andouille de Blaye que je suis seul à vouloir. Avec un pinot noir d'Alsace. Promenade nocturne dans les ruelles de Saint-Goustan où l'on trouve qu'il y a étonnemment de maisons à vendre...

Alors que ne pensions qu'à faire nos valises et aller nous coucher, nous rentrons pile quand commence Lost sur TF1. Deux épisodes de la troisième saison, je suppose, qui nous font sauter dans une phase avancée de l'aventure. Nos hôtes sont un peu surpris de notre enthousiasme, de notre concentration soudaine sur ce qui n'est très normalement pour eux — je me mets à leur place — qu'une série américaine de plus. Mais pour T. et moi, retrouver Jack, Sawyer, Hugo, Sayid et les Autres n'a rien de banal...

Commentaires

1. Le mercredi 12 septembre 2007 à 11:36, par brigetoun :

mon féminisme, pourtant faible, veut instinctivement, et en refusant de connaître la vérité, que la ceuillette amenant l'agriculture et la civilisation soit le fait des femmes. Idiot (je me suis toujours senti une grande fraternité avec Bouvard et Pécuchet)



Mardi 11 septembre 2007. Arrivons vessies pleines.

Retour à Paris.
Quittons Carnac et nos amis vers 10h30 par beau temps. Route nationale jusqu'à Plélan-le-Grand, avec un arrêt dans une station-service où nous achetons de quoi pique-niquer. Petites routes jusqu'à la forêt de Brocéliande, près Saint-Malon-sur-Mel. Déjeunons de sandwiches et salades (ça s'est bien amélioré, ce que proposent les stations-service) face à un bel étang (de la Marette) autour duquel il n'y a personne. Sinon deux propositions artistiques dans le cadre de l'opération régionale Étangs d'art. Puis nous nous chaussons comme il faut et allons marcher une petite heure en bordure de forêt, topo-guide en main, découvrant au passage le tombeau de Merlin — sûrement de la foutaise.

Reprise de la route jusqu'à Rennes puis l'autoroute par Le Mans et Chartres, nous arrêtant deux fois pour éviter la somnolence tant la route est monotone et le trafic faible. Donc, on arrive vite, par exemple au péage de Saint-Arnoult avant 18 heures. C'est à ce moment-là que la radio annonce un accident à Rungis et le trafic perturbé à partir des Ulis. Or, sur cette portion (Les Ulis, Massy-Palaiseau, etc.), il n'y a quasiment aucune sortie qui permette de rejoindre facilement Paris tandis que les raccordements de bretelles se succèdent, augmentant toujours la quantité de voitures. Belle lumière rasante sur fond nuageux, T. s'occupe en remarquant les marques de voitures (très peu de Toyota dans le bouchon).
Au lieu d'être à Paris à 18h30, nous arrivons vessies pleines place Monge vers 20 heures. Je dépose T. et les bagages avant d'aller rendre la voiture à l'agence Avis de la gare d'Austerlitz, heureusement ouverte jusqu'à 21h30.
Enfin, libre comme l'air, soulagé de n'avoir plus charge de véhicule dans une ville où le stationnement est devenu un casse-tête, je rentre à pied par la rue Buffon.

Dînons au Foyer Vietnam pour quelque chose de léger et de réparateur.
Avant de me coucher, je peux enfin, Michel m'ayant donné la clé wep de son réseau wifi, envoyer les trois jours de JLR en retard. Je crois que cela n'a vitalement manqué à personne. Moi, ça me débarrasse.

Commentaires

1. Le mercredi 12 septembre 2007 à 16:59, par jenbamin :

le foyer viet de la rue monge : vous avez pris le bo bun j'espère...

2. Le mercredi 12 septembre 2007 à 23:15, par m sonnet :

que ça vous débarrasse, soit, mais c'est quand même pas écrit déchetterie ni ramassage des encombrants, ici...

3. Le jeudi 13 septembre 2007 à 02:26, par X :

il veut dire : on était débarrassé de lui, et puis non, plus

ça me [règle problème que je vous] débarrasse

c'est depuis Mérimée, une ellipse quoi

4. Le jeudi 13 septembre 2007 à 02:27, par X :

with love bien sûr

5. Le jeudi 13 septembre 2007 à 08:57, par Berlol :

Fameux, le commentaire sous X !



Mercredi 12 septembre 2007. Près d'une heure à lire.

Matinée courrier et téléphone.
Après déjeuner, sortons marcher dans Paris (où le beau temps est revenu, en fait je ne crois pas qu'il ait jamais fait mauvais...). T. n'est pas très en forme, on avance petitement, on envisage peu d'activité.
Librairie Compagnie pour un livre à lire de suite. Celui d'Olivia Rosenthal.
Café Soufflot (logo de wifi gratuit, à essayer un autre jour). On y reste près d'une heure à lire, discuter et regarder les passants sur le trottoir, les créneaux souvent ratés des voitures.
Jardin du Luxembourg, énormément de monde. On y reste près d'une heure à lire, discuter et regarder les passants qui descendent l'escalier.
Rue de Vaugirard, quiches intéressantes aux Saveurs de Pierre Émile. On n'en a pas pour une heure à choisir quatre parts de diverses compositions pour ce soir. Retraversée du Luxembourg et retour.

« Ce livre a pour but de m'accoutumer à l'idée que je pourrais être un jour ou l'autre atteinte par la maladie de A. ou que, plus terrible encore, la personne avec qui je vis pourrait en être atteinte. Mais, en même temps que j'écris cette phrase, je me refuse à admettre une telle éventualité et tout mon esprit se révolte contre le travail que je suis en train d'entreprendre et qui consiste à imaginer le pire. Car, si on s'engage dans une telle voie, pourquoi ne pas s'imaginer aussi victime d'un attentat, d'un accident de voiture, d'un cancer, d'une maladie de Creutzfeldt-Jakob, et de toutes sortes d'autres affections que je ne connais pas et que je souhaiterais ne jamais connaître. Si on se projette un tant soit peu dans l'avenir, il n'y a en effet aucune raison d'être particulièrement optimiste.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, Paris : Verticales, p. 17)

Je (me) rappelle que ce blog a pour but de suppléer ma mémoire et qu'il a commencé sous les auspices... d'Olivia Rosenthal à Tokyo, il y aura bientôt quatre ans.

Commentaires

1. Le jeudi 13 septembre 2007 à 01:44, par F :

au Luxembourg et au Jardin des Plantes il doit y avoir wifi gratuit, j'ai testé le système municipal Place des Vosges la semaine dernière ça marchait impec

Olivia ROSENTHAL (la coquille ne doit pas être due à mauvais usage des "exercices de mémoire" qu'elle propose : livre fort...)

2. Le jeudi 13 septembre 2007 à 09:10, par Berlol :

A pu, la coquille ! Corrigée ! M'en suis rendu compte quand pas d'accès, à Censier ! Quelle tuile, tout de même, dans le sein d'une université que pas d'accès wifi ! ça me déçoit de l'université... Merci pour les tuyaux (virtuels), on va les tester...

3. Le jeudi 13 septembre 2007 à 22:56, par DEVINE :

Cher Berlol,
permettez à un normand (98% de northman et le reste de la langue d'oc) d'être profondément choqué par votre affirmation parus dans votre gazette du 06/09 dernier : "Mais les moules sont normandes, c'est-à-dire molles et collées en tas".
Etes-vous certain d'avoir mangé ces coquillages dans notre chère Normandie ?
Si vous revenez un jour à Cerisy, n'hésitez pas à venir nous voir, mon épouse et moi-même. Vous êtes cordialement invité à venir déguster des moules comme celles que nous avons inscrites à notre déjeuner il y a deux jours et que nous avons acheté à Houlgate.
Bien entendu vous avez un droit de réponse.
Ceci étant dit avec bonne humeur, sachez que je lis régulièrement votre billet quotidien.
Amicalement du père de Bikun.

4. Le jeudi 13 septembre 2007 à 23:37, par Berlol :

Il s'agissait des frites, non ? Des moules, c'eût été plus grave... Je retiens volontiers votre invitation lors d'un prochain passage à Cerisy et vous en remercie chaleureusement. Et j'appelle Bikun ce matin !

5. Le vendredi 14 septembre 2007 à 05:48, par Manu :

Et ben voilà, Berlol qui va finir par recontrer les parents de Bikun. La magie de l'Internet !



Jeudi 13 septembre 2007. Ne compense pas le service calamiteux.

Journée de service (malgré l'été indien).
Participation au jury d'oral de sélection des candidats au Master professionnel de lettres appliquées aux techniques éditoriales et à la rédaction professionnelle de l'université Paris 3 - La Sorbonne nouvelle. C'est un master 2. Il y a quatre équipes de jury, je fais équipe avec un éditeur de (30 ans de) métier. Nous recevons 7 candidats le matin et 6 l'après-midi, idem pour les autres équipes. Les candidats ont déjà été sélectionnés sur dossier, puis épreuves écrites. Certains ont déjà fait un master 2 ailleurs. C'est la phase finale : motivation, adéquation au projet personnel, déroulement des stages déjà effectués sont les éléments auxquels nous devons être les plus attentifs.
Entre les deux sessions, nous allons dans un petit restaurant nommé l'Olivier, près de l'hôpital des gardiens de la paix et de la clinique du sport, que je dirai moyen et dont le patron est assez peu sympathique. Le self de desserts ne compense pas le service calamiteux.

Vers 17 heures, les jurys se retrouvent pour fusionner leurs notes et discuter de la liste d'attente et des cas limite.

Rive droite (non sans hésitation quand le 27 franchit la Seine).
Rue Saint-Anne à la nuit tombante tu, avec T., J. et sa copine Tara (13 ans chacune) pendant que leurs parents sont de sortie... On essuie les plâtres d'un nouveau restaurant japonais, le Taishoken. Soupe japonaise (ramen) et raviolis chinois grillés (gyozas), elles adorent. Il n'y a que ça sur la carte et c'est bien fait. Amusement de voir deux jeunes filles dans leurs premiers maniements publics de baguettes (J. s'était entraînée en Corse et ça se voit). Les nouilles et le miso leur plaisent. La ballade en bus aussi. Pour le retour, on marche jusqu'à la Seine, l'arrêt de bus devant les guichets du Louvre.

« La tristesse est un état qui ne me quitte plus, je suis triste continuellement comme si cela faisait partie de mon tempérament. Pourtant quelque chose me dit que dans le passé j'ai été joyeux, j'ai été souriant, j'ai été content. Pourquoi faut-il aujourd'hui que je sois triste ? Je ne crois pas me souvenir d'un seul motif que j'aurais de l'être et pourtant je le suis, je suis triste, je suis triste continuellement. C'est une tristesse informe, inadéquate, qui n'adhère à rien, à aucun événement précis, c'est une tristesse de fond pourrait-on dire mais une tristesse qui, je le sens confusément, n'est pas la mienne. Elle occupe ma personne et s'en empare mais moi, je le sais, je le sens, moi, je ne suis pas triste, je ne l'ai jamais été.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 30)

Commentaires

1. Le vendredi 14 septembre 2007 à 22:09, par brigetoun :

jamais essayé de déjeuner dans ce quartier, me suis contenté de cafés dans le bidule cafardant en face, un peu à droite, de la clinique du sport. (j'avais l'immeuble mitoyen en gestion, sans intérêt)
Un peu peur devant le livre d'Olivia Rosenthal



Vendredi 14 septembre 2007. Vacances, exposées plein web.

Sortie de tunnel. Depuis près d'un mois, j'avais sans arrêt devant les yeux l'enchaînement presque automatique des jours, préparé de longue main, et dont je ne pouvais m'écarter sans mettre en péril tout l'équilibre restant. La Corse, puis la Normandie, puis la Bretagne, puis le retour à Paris et la journée de service bloquaient toute marge de manoeuvre. Raison pour laquelle je n'avais même pas essayé de téléphoner à des amis, ni à ma famille —  ce que je fais ce matin pour prendre des rendez-vous selon les disponibilités de chacun, sachant que je ne suis pas en position de faire le malin, après toutes ces vacances, exposées plein web.

Avec T. à la banque, discussion sur mes petits placements (réellement petits) et mise du compte à nos deux noms, ça peut toujours être utile. Bus 87 pour École Militaire. On est en avance pour notre rendez-vous, découvrons la rue Clerc, qui ressemble étonnamment à la rue Daguerre (largeur, longueur, inclinaison, ambiance, mélange boutiques & restaurants). Arrêt à la maison Mary, spécialisée dans le miel depuis 1921. On prend du pain d'épices (pour comparer avec celui de Titine le mois dernier).
Retrouverons Marguerite et Jacques au Café de l'esplanade, au coin des Invalides. Pas vus depuis un certain jour de Tokyo, pas si lointain, où nous les avions menés acheter du thé vert. Beaucoup à se dire tout de même sur les voyages, les retours à Paris, les familles, la politique, un peu. Pour des prix somme toute raisonnables, la qualité des produits est remarquable : mes haricots verts en salade sont encore croquants et vert foncé, les légumes grillés de T. sont goûtus à souhait, etc. Le chic de l'endroit et le comportement de m'as-tu-vu de certains clients m'avait fait craindre un endroit surfait mais il n'en est rien. Quand nous finissons, des rugbymen arrivent (on les reconnaît à leur carrure), des supporters, en fait. Pas de la France, évidemment.

Quittons nos amis et rebroussons par la rue de Grenelle, de sorte que nous l'aurons vue intégralement. Façon de découvrir une ville, aussi : suivre une rue, un axe et voir, sentir les différents quartiers traversés, les ambiances. Arrêt à la librairie Gallimard. Dans les bacs extérieurs, T. trouve un ancien numéro de la revue Commerce dans lequel il est question de Guez de Balzac. À l'intérieur, elle me demande de lui montrer les livres d'Alain Sevestre, ce que je fais volontiers, lui en sortant cinq (que nous n'achetons pas puisque je les ai déjà tous). Près desquels nous trouvons, de chez Omnibus, les Contes de Perrault dans tous leurs états, qui semble une excellente compilation. Près de la caisse, je m'ajoute le Livre blanc de Philippe Vasset et nous voilà repartis.

Jusqu'à la maison où nous posons quelques affaires avant de repartir côté Butte-aux-Cailles pour rencontrer à l'apéritif Scott Carpenter, son épouse et sa fille, en leur appartement parisien. Discussion sur colloque Mérimée, autres aspects de nos recherches, vie en pays étranger, nos expériences contrastées mais convergentes, adaptation à la vie parisienne, le sabotage de leur direction de voiture il y a vingt ans en Corse, des recherches informatisées en cours...
Dînons ensuite simplement, T. et moi, au Canari, tout au bout de la rue Monge, en face de feu Le Physicien.

« Les écrivains sont souvent superstitieux. Ils n'aiment pas raconter des événements épouvantables bien qu'entièrement inventés, de peur que la fiction ne finisse par rejoindre la réalité et que, par on ne sait quelle opération magique, ce qu'ils pensaient être le seul fruit de leur imagination ne se produise dans leur existence même. Les écrivains sont souvent superstitieux. Je connais même une étude universitaire très sérieuse sur ce phénomène qu'on peut appeler sens de l'avenir, prédiction ou propension inconsciente à calquer sa vie sur celle de personnages que l'on n'a forgés de toutes pièces.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 33 —  j'ai moi aussi eu l'occasion d'évoquer ce livre de Pierre Bayard, bien que je ne l'aie pas lu...)

Commentaires

1. Le samedi 15 septembre 2007 à 08:39, par Philippe De Jonckheere :

Il existe de petits rugbymen (en général, les gros rugbymen ont du mal à mettre la main dessus), mais je te l'accorde, il existe peu de patineurs artistiques montés sur des chassis de déménageurs, donc tu as sans doute raison, ceux-là étaient sans doute des rugbymen. C'est juste que la méconnaissance de ce sport, comblée un peu trop vite par le battage infernal de cette coupe du monde, fait que l'on pense que c'est un sport dans lequel il n'y a que des gros, c'est vrai dans sa pratique professionnelle un peu (beaucoup) dégoûtante, dans sa pratique amateur, il y en a un peu de toutes les tailles.
Amicalement à toi qui ferait un très honnête demi de mêlée, vif, plein de flegme et rusé.
Phil, qui lui ne fera jamais un bon demi de mêlée, pour d'autres raisons.

2. Le samedi 15 septembre 2007 à 23:54, par F :

pauvre Berlol, à quoi tu voudrais l'embaucher...
restons longtemps méconnaissants du rugby, de la boxe, de la corrida, laissons les nageurs et les cyclistes à leurs injections : c'est pas eux les causes de la maladie, elle est plus générale

3. Le dimanche 16 septembre 2007 à 01:42, par Philippe De Jonckheere :

Et toi F, je pense que tu ferais un redoutable talonneur... dans une équipe du dimanche, une équipe d'amateurs, une équipe de copains, ce faisant, ce serait à toi que Berlol passerait le ballon à l'introduction de la mêlée que tu t'empresserais de taper vers le fond de la mêlée où nul doute je la couverais, le temps qu'il faut pendant qu'on pousserait tous dans le même sens, avant que Berlol ne la récupère, et combine, bref, ce qu'on fait tous les jours sur internet.
Sinon dégoût parfait pour la récupération massive de ce sport de copains. T'as pas à t'inquiéter.
Amicalement à vous deux, copains coéquipiers. T'ai déjà dit, en privé, ce que "rugby" voulait dire pour moi au stade de Vincennes tous les mercredis après-midi.
Phil
PS et Berlol, tout excusé tu es de ton peu de temps chez les ponantais, je sais mieux que personne que vivant à l'étranger, quand on revient en France on 'a pas le loisir de voir tout le monde. Et qu'il vaut mieux bien voir ceux qu'on voit, plutôt qu'un échatillonage frustrant. Je te dis ça en commentaire du billet suivant. Excuse le désordre.

4. Le dimanche 16 septembre 2007 à 02:43, par Berlol :

On sera d'accord sur le rugby. L'opération commerciale en cours va détruire tout ce qui restait de sympathique à ce sport... Comme toute récupération commerciale ou politique, qui nécessairement instrumentalise en réduisant au minimum utile l'objet exploité. Vampirisme pour le fric.
Non seulement j'excuse le désordre mais je le révère ! Phil et F., on prend une option pour mon prochain passage ?



Samedi 15 septembre 2007. Mignon, mou, kitsch, rose, plastique, voire attendrissant.

Moi, je n'aurais même pas consacré deux lignes à Roger-Pol Droit...

Surtout pas ces jours-ci — à peine le temps d'écouter un bout d'émission radio qu'il faut se préparer pour les rendez-vous du jour, sachant qu'il ne nous reste plus qu'aujourd'hui et demain. J'en profite pour présenter mes excuses aux amis et connaissances que je n'appelle pas ou auxquels je ne parviens pas à fixer rendez-vous. Il n'y en a pas des centaines, non plus, mais dès que les rendez-vous s'accumulent, j'ai l'impression de marchandiser et de consommer l'Autre, sans respect de sa spécificité ni sas de considération de notre relation. Alors ce sera pour une prochaine fois, on va s'écrire, se dire que c'était dommage, je ferai valoir que nous n'avions, T. et moi, que trop peu de temps à Paris, cette fois. D'ailleurs nous ne sommes allés ni au cinéma ni à aucune exposition ni rien...

Quelques affaires qui peuvent rester en France dans un sac et nous partons à Choisy-le-Roi pour déjeuner en famille. C'est maintenant comme si ma sœur cadette nous recevait chez elle. Elle refait l'appartement familial et notre mère, plus souvent à la campagne qu'en région parisienne, ne retrouve plus ses plats. Jeu de générations, qui chez nous se passe plutôt bien. La première sœur est maintenant à Lyon, moi au Japon. Il devient de plus en plus difficile de se voir tous ensemble. Mais c'est normal. En revanche, je suis plus inquiet pour notre grand-mère qui a perdu son chien il y a deux ans. Elle s'ennuie. Elle en voudrait un autre. On le lui refuse jusqu'à maintenant au prétexte qu'après sa mort (celle de ma grand-mère), on se retrouverait avec le chien sur les bras. Je proteste mais suis à l'évidence mal placé puisque ce n'est de toute façon pas moi qui m'en occuperai...

Brèves courses rue Mouffetard. Puis Pyramides (et re rive droite, que de folies !), rue des Petits-Champs, chez Kioko, Alimentation japonaise, où Titine et sa fille J. nous rejoignent. T. conseille et prépare en même temps pour le dernier dîner, qui sera japonais. Au restaurant Taishoken, puisque nous passons devant, T. signale un passage de L'Élégance du hérisson, quand M. Ozu invite sa concierge à manger une soupe de nouille et des gyozas. J'ajoute qu'une affiche du film Tampopo serait aussi du meilleur effet...
Marche tranquille jusqu'au Louvre, traversée du Pont des Arts, envahi d'avachis buveurs bien sapés. Des qui-s'y-croivent, comme on disait... Même pas des qui-se-la-pètent, ce n'est pas le lieu, mais qui croient du dernier chic mondial de squatter la passerelle dans le couchant en picolant une bouteille de vin rouge. Sans doute des Américains, dira Alain.

Car c'est bien à la rencontre improbable et merveilleuse de T. et d'Alain Sevestre que je participe au Mazarin. Le JLR l'avait eu comme lecteur, commentateur virtuel qui franchit ensuite la barrière du réel en m'envoyant un livre, qui me plut et m'incita à en lire d'autres, citer et commenter, jusqu'à se voir, un jour, près de l'Odéon, timidement.
Mais ce qu'on attend de la littérature n'a rien à voir avec la réalité des personnes qui écrivent. Et plus l'on est exigeant avec le style, moins on est capable d'apprécier que l'auteur soit n'importe qui, un(e) beauf, un dragueur, un vieux beau, un suffisant, ou leur version au féminin, un(e) hystérique, etc. Et si la personne déçoit, sa littérature déchoit — en tout cas, pour moi, c'est comme ça que ça se passe. Et la réciproque, ce que c'est pour lui de me rencontrer, ce n'est pas à moi d'en parler.
Mais rencontrer T., c'est aussi rencontrer un personnage du JLR et traverser l'illusion d'un miroir textuel.
Au vin, nous avons brisé la glace avant de dîner, beaucoup parlé de littérature, un peu de blog, puis beaucoup de Japon, notamment de la difficulté de cerner par l'exemple le champ lexical du kawai — beau, brillant, mignon, mou, kitsch, rose, plastique, voire attendrissant à contre-emploi, comme on peut parfois dire d'un sumo ou d'un vieillard.

« Sur la piste de ce que je viens faire ici, sur ou dans votre blog, aujourd'hui, dimanche, après avoir voté comme vous (non mais !) arrivèrent quelques raisons douteuses, évidemment. Ne nourrissant nul journal de mon côté, je me disais depuis plusieurs jours allons écrire ce que je fais ou ne fais pas ici, c'est un bon endroit, digne, chaleureux, plein d'intelligence partagée. Chaque jour, je serais venu parasiter ces pages, comme un sous-blog qui, avec les semaines (je m'en exagérais tout de suite l'impact), aurait épaissi, gangréné l'ensemble. Bon, je ne sais pas.
Le temps me manquerait. Je vais continuer de lire et de vérifier vos scores au ping-pong, pour le moment.
Bon dimanche » (commentaire signé « Alain », le 29 mai 2005)

Commentaires

1. Le dimanche 16 septembre 2007 à 01:01, par brigetoun :

intimidée par la rencontre, par une idée de la conversation et par le Japon, j'ai tout de même flashé sur l'image des buveurs qui se la racontent sur le pont des Arts, et souri dans mon coin

2. Le mardi 18 septembre 2007 à 03:20, par christine :

voilà qui me console d’avoir été en vacances au moment de votre passage à Paris : mon peu de valeur marchande en tant qu’Autre m’aurait sans doute éliminée de la liste de tes rendez-vous !... et bien que n'étant pas écrivain (j'imagine tous ceux que tu connais se demandant en te lisant dans quelle catégorie ils se rangent) je suis un peu hystérique, et assez kawai aussi parfois (je suis d'ailleurs ravie d'apprendre qu'on peut qualifier un sumo de kawai)

ce sera pour une prochaine fois ... et bon retour "maison" à tous les deux



Dimanche 16 septembre 2007. Les honorer et les remercier, encore une fois.

Grasse matinée préventive (qui n'empêche pas T. d'avoir un début de rhume) et rangement.

Déjeuner avec mon père à L'Atlas (couscous, tagine, etc.), restaurant mitoyen de la Tour d'argent.
Temps idéal pour promenade le long de la Seine, sur les berges. Beaucoup de monde, beaucoup de vélib, beaucoup de bronzeurs. Raccompagnons mon père à sa voiture vers 16 heures.
Jamais mis autant de temps pour traverser le pont Sully ! Mon père a une tendinite au talon, marche lentement, se gare toujours sur le quai Henri IV. On en profite pour admirer le paysage...

T. rentre pour se reposer et préparer le dîner, tandis que j'ai rendez-vous à la fontaine Saint-Michel avec Bikun, auquel se sont joint Anne et Dom. Reformons un carré comme à Tokyo il y a six ou sept ans... Mais seulement jusqu'à 19 heures, après avoir mangé des boules de glace et marché jusqu'au Luxembourg. Il faudrait du temps, on en voudrait, on n'en a pas.

Dîner japonais et quasi végétarien chez nos hôtes. Pour les honorer et les remercier, encore une fois. Pâte de poisson, tofu, algues, fines nouilles de blé, etc., tout fait l'unanimité, sauf le natto, qui par nature divise.

Le poids de chaque valise voisine les 25 kilos. Faut qu'on en mette plus dans les bagages en cabine. Et que ça reste portable... Ça nous fait coucher bien après minuit — notre dernière nuit à Paris. On se serre. On ne pleure pas.

« Faites un exercice.
Quand vous êtes sûr que c'est la dernière fois que vous voyez quelqu'un, prononcez, non comme une injonction mais comme un constat, cette phrase dans votre tête : je ne le reverrai jamais.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 43)

Commentaires

1. Le lundi 17 septembre 2007 à 22:11, par alain :

Hier, accès aux commentaires fermé ! Je voulais dire que j'étais au Luxembourg également, vers dix onze heures du matin, entre les tennis et les tables d'échec (prises d'assaut (vers 11 h 30) par de chics couples qui dressaient le couvert pour d'élégants déjeuners), et qu'assis j'ai suivi les cours de taï-chi : un groupe nombreux à la chorégraphie chancelante, deux types sur le côté qui bossaient les atémis et suaient et une dame seule qui répétaient de petits pas sur place. Apparemment donc, plusieurs écoles de taï-chi au milieu des coureurs, des poussettes et d'une file de gens chics aussi s'allongeant devant le restau du Luxembourg. Mais bon, je le dirai une autre fois.

2. Le mardi 18 septembre 2007 à 00:19, par Berlol :

Eh, oui, pardon ! J'avais fermé pour le voyage. Des fois que j'en reviendrai pas... Mais c'est bon, on est arrivé. À l'autre bout de la terre.

3. Le mardi 18 septembre 2007 à 06:22, par Manu :

Okaeri !
Bon, ben tu vois, pendant que toi tu te plaignais du temps moyen en Corse, ici on s'est pris un beau typhon qui nous a fait craindre pour notre nouvelle demeure pendant plusieurs heures (il faut savoir qu'il y a eu un avis d'évacuation pour Tamagawa 3 chome). Et quelques jours auparavant, je me suis pris un orage dont je me souviendrai encore longtemps: trempé de la tête aux pieds en une seconde, alors que je m'aventurai hors de mon abri, trop impatient que j'étais de rentrer à la maison alors qu'il ne me restait même pas 500m à parcourir. 10 minutes plus tard, la pluie s'arrêtait presque totalement, et le temps que je voulais gagner, je le perdais à essuyer toutes mes affaires.
Il est temps qu'on se voie !

4. Le mardi 18 septembre 2007 à 07:55, par Berlol :

Oui, surtout si tu veux du beau temps... Je m'en amuse et c'est sans doute un hasard, une suite de coïncidences, mais cette année, le mauvais temps virait au beau avant notre arrivée quelque part et redevenait mauvais après notre départ. Avant hier, on s'inquiétait justement de ta maison, avec Anne, Dom et Bikun... Dis-moi quand tu as du temps libre cette semaine.

5. Le mercredi 19 septembre 2007 à 08:13, par Manu :

On déménage ce week-end et on est en plein dans les cartons, donc plutôt après.

6. Le mercredi 19 septembre 2007 à 08:26, par Berlol :

Okkay !! Attention au tour de reins... Mais après, ce sera comme avant, pour moi : SDL seulement.



Lundi 17 septembre 2007. Ne meurt pas si tôt que le cheminot.

Taxi à 7h15. Je pensais qu'il fallait ça pour éviter les bouchons. Mais on est passé avant même qu'ils ne naissent. Roissy à 8 heures.
Visitons le terminal 2F, prenons un café, achetons quelques revues (Technikart du mois avec article sur Volodine). Enregistrement des bagages vers 9h45. Contrôle des passeports et scanners vers 10 heures. Ça passe assez vite du fait de contrôles sans fouille. On retire les ceintures mais pas les chaussures. Boutiques duty-free (dépenser peu, quelques chocolats). Embarquement par escalier et bus, comme au retour d'Orléans.

Dans l'avion, journaux et cinéma. En page 2 du Canard enchaîné du 12, ces propos, sous le titre "Le plus c... du Quai", qui me remettent dans le bain et amuseront assurément quelques amis :
« À propos du mouvement diplomatique qui est en préparation depuis des semaines [...]
Plus pittoresque : quand il a été question, lors d'un Conseil des ministres, de nommer ambassadeur à Berlin Bernard de Faubournet de Montferrand, un ancien conseiller diplomatique de Balladur, Sarko s'est écrié : "Vous n'avez pas pu trouver plus con ?"
Apparemment...»


Trois des films disponibles. Le Prix à payer (A. Leclère, 2007), très moyen. Lanvin s'enferme dans l'éternelle brute épaisse. Nathalie Baye se débrouille (contrepèterie).
Dialogue avec mon jardinier (J. Becker, 2007), excellent film, avec une superbe composition d'acteurs, surtout Jean-Pierre Darroussin. Derrière leur intrigue de façade, ces deux films mettent en scène une forme de communication entre classe bourgeoise et classe ouvrière. Le premier de façon grossière et désordonnée, qui ne mène nulle part ; le second d'une manière fine, intelligente et taillée pour une longue carrière. En effet, Dialogue avec mon jardinier s'inscrit hors du temps présent et laisse apparaître qu'un homme cultivé, bien nourri et dont le métier n'est pas trop fatigant ne meurt pas si tôt que le cheminot qui a eu un métier de force pendant une trentaine d'année — même si son régime spécial de retraite lui permet de jardiner à sa guise... (Amusant de voir comme l'éternel s'incarne parfois dans l'ultra-contemporain.)
Pur Week-end (O. Doran, 2007), amusant, sans autre commentaire.

Commentaires

1. Le mardi 18 septembre 2007 à 20:27, par Dabichan :

Nathalie Baye se débrouille ?
Voyons... Nathalie braye se débouille ? se bédouille ?

2. Le mardi 18 septembre 2007 à 22:59, par Berlol :

Nice try !...

3. Le mardi 18 septembre 2007 à 23:27, par Dabichan :

Are ! Okashii na !



Mardi 18 septembre 2007. De l'essence de la chefferie.

Atterrissage comme prévu à 6h40 (avec trois doubles consonnes, un cas unique).
Humidité sensible au sortir de l'avion, c'est le Japon. Ça pourrait être la Thaïlande ou Bali, mais c'est le Japon, et ça veut dire retour au boulot. Au contrôle de la douane, le dernier avant de sortir, on doit remettre un nouveau papier, distribué et rempli dans l'avion, et destiné à comptabiliser les produits contrôlés : tabac, alcool, etc. On a mis des zéros partout.
Dans les neuf dix heures du matin, déballant et faisant tourner une machine de linge pendant qu'on tient encore debout, je mets tout de suite en route le Total Recorder, en commençant par les Mardis littéraires du 28 août, notamment — essentiellement, devrais-je dire — avec Antoine Volodine. Intéressant Travaux publics du 14 septembre avec Patrick Bazin, de la Bibliothèque municipale de Lyon (avec les défauts inhérents à l'émission et à son sémillant présentateur). Puis série sur l'autofiction dans les Nouveaux chemins de la connaissance, début septembre.

Et puis... reprise de Ce soir ou Jamais, pile hier soir ! Frédéric Taddeï savait très bien que je ne pouvais pas être en France et voir son émission... On y parle de chef, de l'essence de la chefferie, avec Régis Debray, grand balanceur sur sa chaise conceptuelle, de Villepin qui radote son Napoléon tandis que Winock n'en pince que pour Clémenceau... Ça commence bien.
Je finirai demain, déjà le dîner m'appelle (nous avons sauté le déjeuner en dormant).

Une belle Fille comme moi (Truffaut, 1972), film que je n'avais jamais vu, sur TV5 Monde. Quelle liberté de ton ! Quelle originalité de tournage !

Au fait, vous ne trouvez pas que Marie Drucker ressemble étonnamment à Bernadette Laffont ? En moins garce, bien sûr.

« En répondant aux questions du Mini Mental State pour mesurer l'état de vos performances intellectuelles, vous perdez vos moyens, vous transpirez, vous confondez, vous ne savez plus compter. Vous avez une peur panique de vous tromper.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 55)

Commentaires

1. Le mardi 18 septembre 2007 à 22:51, par Caroline :

C'est, en effet, un excellent film, injustement méconnu.

2. Le mercredi 19 septembre 2007 à 02:11, par brigetoun :

oh oui !pour le Truffaut. Je le reverrai bien.
L'animateur de Travaux publics m'insuporte au point de me rendre difficile l'écoute. Je l'engueule généralement avec l'énergie que je mets en même temps à frotter les meubles ou le sol. Finalement il a son utilité

3. Le mercredi 19 septembre 2007 à 04:13, par Berlol :

Faudra que j'essaie le Lebrun pour frotter les meubles ! Mais... je n'ferai pas ça tous les jours !

4. Le mercredi 19 septembre 2007 à 09:22, par m sonnet :

Seul Truffaut que je n'ai jamais vu, et je me demande où il faut aller pour le voir
Et à propos de Lebrun (que je supporte excusez-moi) drôle de petit bouquin où il est question de lui : "un sociologue à la dérive" de Henri-Pierre Jeudy (Sene & Tonka éd) ou la vie en Haute-Marne saisie par les Travaux publics



Mercredi 19 septembre 2007. Jamais à la cheville de celles d'ici.

Me suis rappelé d'une belle expression entendue samedi dans la bouche de mon beau-père et concernant, comme une épidémie, la frénésie consumériste : la fièvre acheteuse. Quand on fait trop chauffer la carte bleue, je suppose... Mais on n'a rien dit sur la cure.
Je découvre ce matin que l'expression est déjà assez répandue, et prise en compte. Mes honorables lecteurs la connaissaient-ils ?

Rangements, transferts informatiques, courriers... Une reprise en main, quoi. Ce n'est plus vraiment l'été mais il fait quand même bien plus chaud et humide qu'à Paris. On s'habille comme en juillet. On mettra la clim' dans l'après-midi.
Déjeuner au Saint-Martin. Pendant que nous étions en Normandie et en Bretagne, Yukie était en Tunisie. Conséquemment, elle est aussi, voire plus bronzée que nous. Ce qui ne change rien à l'excellence — indétrônable — du poulet-frites du Saint-Martin.
Si je me souviens bien, j'ai pris quatre fois des frites en un mois, sans compter les molles et collées de Cerisy, la dernière étant au Café de l'Esplanade, et elles n'arrivaient jamais à la cheville de celles d'ici... Quel mystère se cache là-dessous ?

Enregistrement de 1966 et de la série des Nouveaux chemins de la connaissance sur la pornographie.

Message reçu tout à l'heure, de Daniel Schneidermann, via liste constituée après pétition de soutien à Arrêt sur images et que je rediffuse parce que j'aime parler des médias qui « détestent parler des dérapages des médias » et pour que ceux qui le souhaitent y adhèrent :

« Le saviez-vous ? Deux anciens dirigeants de TF1, Patrick Le Lay et Etienne Mougeotte, comparaîtront bientôt devant le tribunal correctionnel d'Alès (Gard), pour violation et recel du secret de l'instruction.
Le Droit de savoir (TF1) avait filmé, et diffusé, les aveux d'assassins présumés, devant les gendarmes.
Même TF1 ne peut pas tout se permettre !
Le saviez-vous ? La direction de l'AFP a dû modifier un titre de dépêche sur pression du cabinet de Xavier Darcos, ministre de l'Education. Il s'était un peu trop avancé sur une éventuelle réforme du bac ? Qu'à cela ne tienne, l'AFP change son titre.
Le saviez-vous ? Non.
Vous ne le saviez pas, parce que les medias détestent parler des dérapages des medias.
Voilà pourquoi nous avons décidé de recréer Arrêt sur images sur le Net : pour que vous sachiez comment les medias vous informent... ou ne vous informent pas.
D'ores et déjà, notre site provisoire vous attend (http://arretsurimages.net).
Et pour que nous puissions enquêter en toute indépendance, notre première source de financement, ce sera... vous.
En cinq jours, vous avez déjà été plus de 10 000 à vous abonner. Si ce n'est pas encore fait, abonnez-vous dès aujourd'hui (sur http://arretsurimages.net/abonnement). Plus vous serez nombreux, plus vous nous permettrez de construire un site définitif, indépendant et complet.
Egalement au sommaire de cette première semaine de notre site provisoire :
Pourquoi dit-on « on a gagné », mais « ils ont perdu » ? Sebastien Bohler vous l'explique.
Les 20 Heures de TF1 et France 2 ont prêté (sans complexe) leur antenne au déménagement médiatique (sans complexe) de la ministre Christine Boutin à Lyon. Si vous les avez ratés, ne manquez pas le montage - rattrapage d'Aurélie Windels.
Enfin, Elisabeth Lévy fâche (déjà) quelques uns de nos premiers abonnés en écornant l'icône Jacques Martin

Commentaires

1. Le mercredi 19 septembre 2007 à 14:09, par jenbamin :

en rien honorable, mais oui, connais l'expression, et hélas trop bien la maladie qu'elle désigne...

2. Le jeudi 20 septembre 2007 à 01:32, par janu :

Je crois aussi que je la connaissais l'expression, même si je ne suis plus tout à fait sûr de ne pas confondre avec la fièvre aphteuse - laquelle des deux a pu faire florès la première dans les médias, y a-t-il eu contamination ?
(Question subsidiaire : vous le supportez, vous, Raphaël Enthoven ? C'est en écoutant l'émission avec Marcela Iacub que j'ai fini de le trouver insupportable avec ses invités - on dirait parfois qu'il invite les gens pour leur régler leur compte.)

3. Le jeudi 20 septembre 2007 à 04:20, par Berlol :

Raphaël Enthoven ? Il n'est pas désagréable à écouter. Il est vrai qu'il s'exprime avec préciosité et qu'il se positionne comme un philosophe. S'il ne fait pas un peu d'effort pour s'effacer (ne serait-ce qu'un peu, parce qu'il y a tout de même des invités qui méritent d'être secoués — et Iacub ne semblait pas très solidement juchée sur ses concepts, vous en conviendrez), s'il ne fait pas un eu d'efforts, donc, il fera pendant puis succédera à... Finkielkraut.

4. Le jeudi 20 septembre 2007 à 05:05, par janu :

C'est exactement ça (que je lui reproche), il en prend tout droit le chemin.
J'avais eu l'impression que Iacub n'avait simplement pas eu l'occasion de développer quoi que ce soit (c'est elle par exemple qui lui fait remarquer qu'il passe sans transition explicite de la représentation pornographique au crime pédophile), qu'il secoue tout le monde, et pourquoi dans ce cas inviter précisément ceux qui le méritent ?...
Enfin, très bien, ça me permet de relativiser ce désagrément que j'ai moi quand je tombe sur lui en allumant le poste.

5. Le jeudi 20 septembre 2007 à 05:30, par Berlol :

Alors on est d'accord, entre secouer les gens et leur donner des leçons, il y a un pas que nos oreilles captent très bien. Qu'on le lui dise !

6. Le jeudi 20 septembre 2007 à 06:41, par brigetoun :

et ce qu'il y a de bien dans la fièvre acheteuse c'est que si on veut s'en débarrasser il existe de sympathiques gourous ou conseils ou ce qu'on veut qui vous en délivrent, contre quelques monnaies. Les affaires marchent.
Assez d'accord pour Schneidermann mais je lui trouve une vertu, à part "C dans l'air" grâce à vous, ses blogs successifs et sa défunte émission étaient mon seul lien avec la télévision. Cela me permettait en gros de mettre un contenu en face de noms que j'entendais, maintenant que de plus en plus de gens la regardent, et de me conforter dans l'idée qu'il était inutile de le faire.

7. Le jeudi 20 septembre 2007 à 09:42, par jenbamin :

fièvre acheteuse : il y a un an (ou quelque chose comme ça) j'avais lu un article dans Le Monde sur les réunions de « consommateurs anonymes » (sur le modèle des (célèbres) alcooliques...), ça m'avait bien fait poiler...
Et puis sinon, s'il faut choisir entre Enthoven et Finkielkraut, je crois que j'arriverai encore à faire la différence. Ce qui me dérange chez Finkielkraut n'est pas sa pose (elle est ridicule, certes), c'est le côté assez violemment réac de sa pensée. Enthoven n'en est pas là, reste à surveiller qu'il ne vieillisse pas trop mal.