Mardi 1er janvier 2008.
Vœu. Et il en faudra des sourires,de la tendresse, du courage, de l'attention, du doute, du pardon. Souhaitons-nous tout cela. Et du japonais intensif. Ça commence aujourd'hui. je sais, je l'ai déjà dit trente-six fois, et je ne l'ai pas fait, pas tenu. Une fois de plus, donc. Mais celle-ci sera la bonne. Autant dire que le blog va se faire tout petit. Premier repas de l'an, toujours très soigné par T. Soupe au canard, omelette au bouillon, œufs de saumon à la sauce de soja. La touche finale est française, le soir aussi : le foie gras entamé hier (il en reste encore pour demain...). On ne va pas se promener à l'Imperial Hotel, cette année — casser l'habitude. Dévédé loué : Blood Diamond (Zwick, 2006), film de la mondialisation, autrement puissant et réussi que Babel ! Franchement, y'a pas photo ! Commentaires1. Le mardi 1 janvier 2008 à 01:16, par Manu : Bonne année ! 2. Le mardi 1 janvier 2008 à 01:25, par Berlol : Ben ! On voit que t'es rentré ! Merci de cette présence amicale... 3. Le mardi 1 janvier 2008 à 03:44, par Louis A : et des artichauts, aussi, il faudra - et le pardon : aux 53% de beauf qui nous ont imposé le désastre Sarkozy ? - heureux les exilés 4. Le mardi 1 janvier 2008 à 03:50, par patapon : Tous mes vœux à tous deux, et gardons le moral (et y de quoi: avec la grande civilisation que nous promet qui-vous-savez, je sens qu’on est à la veille d’une nouvelle Renaissance: “Léonard de Vinci, le retour”!! (en attendant “Nicolas et Carla”, saison 2 et saison 3). 5. Le mardi 1 janvier 2008 à 07:07, par vinteix : Bonne année (du pays de Nicolas et Carla) ! 6. Le mardi 1 janvier 2008 à 16:41, par christine : Bonne année à tous (depuis un pays pas encore complètement sarkosé, tout de même ! et où l'on trouve des artichauts !) 7. Le mercredi 2 janvier 2008 à 01:29, par brigetoun : clop, clop, clap, m'en viens en retard vous souhaiter une bonne année, avec ce qu'il faut de japonais pour que vous vous teniez parole, et pas trop pour ne pas nous abandonner complètement 8. Le mercredi 2 janvier 2008 à 03:35, par Bikun : 2008, réussir sa vie et non pas dans la vie, meilleurs voeux à tous! 9. Le jeudi 3 janvier 2008 à 02:15, par eric : Très
bonne année à tous les trois : T, Berlol, et Patrick (ces deux-là, on
sent bien qu'ils ne manquent pas d'affinités, mais chacun a sa
personnalité bien distincte et son caractère bien trempé; connaître
l'un ou l'autre est très bien, connaître les deux est encore mieux). 10. Le jeudi 3 janvier 2008 à 04:52, par Berlol : Merci à vous ! 11. Le vendredi 4 janvier 2008 à 06:01, par Philippe De Jonckheere : Pour
cette nouvelle année, je n'ai qu'un voeu, qu'il crève! si possible dans
d'affreuses souffrances, mais même si cela doit être bref, suis quand
même preneur. 12. Le vendredi 4 janvier 2008 à 10:45, par coin coin : Bouh, je suis un gros beauf.... Je sais, je sais, j'men vais (comme dirais Echenoz) j'ai rien à faire ici... Questions : je peux aimer Gracq quand même ? Je peux aussi vous souhaiter la bonne année ? |
| Mercredi 2 janvier. Ça
plonge directement dans les crimes. Très grasse matinée. Heures de kan-jis. Heures de correction de copie — celle d'une étudiante qui, sur dix pages, ne sait pas différencier immigrés (en situation régulière), immigrés sans papiers et Français issus de l'immigration — c'est pénible. Marche dans le soleil en téléphonant à David (bien rentré de Cairns), jusqu'à Seijo Ishii (Korakuen), pour du camembert, du jambon, des yaourts, etc. Puis retour en écoutant Une vie une œuvre sur Charles Perrault. Dévédé en dînant : Hannibal Rising (Webber, 2007). Le titre français, les origines du mal, est assez bien choisi. Le film m'intéresse plus que les autres de la série. Les dispositifs de la cruauté du crime en série ne m'intéressent pas spécialement. En revanche, les raisons pour lesquelles un individu voit sa personnalité se construire dans ce sens sont tout à fait passionnantes, surtout quand ça plonge directement dans les crimes de guerre et de masse (la Seconde Guerre mondiale en Lithuanie), quand on dévoile combien de criminels de guerre sont devenus qui un bon père de famille (à Fontainebleau), qui un dangereux trafiquant d'armes et de filles (sur le Canal de l'Ourcq), etc. On sort dans la nuit pour rendre les dévédés et... on trouve les deux premiers de la saison 3 de Lost. Nous sommes perdus ! Commentaires1. Le mercredi 2 janvier 2008 à 22:02, par Manu : Lost 3, reçu à Noël (en VF), si ça vous dit. 2. Le jeudi 3 janvier 2008 à 00:11, par brigetoun : votre étudiante pourrait entrer au gouvernement si c'est possible pour des étrangers 3. Le jeudi 3 janvier 2008 à 00:48, par christian : Salut! Bonne Année! 4. Le jeudi 3 janvier 2008 à 00:59, par Berlol : Bien sûr, que j'ai remarqué, Christian ! Et je compte bien m'en servir. Pour l'instant, le site kakijun
me fascine complètement. Le tracé progressif et répétitif, mentalement
suivi de nombreuses fois, me paraît être un formidable outil pour la
mémoire. Pour ce qui est des clés, j'en avais déjà appris la plupart en
chinois, je les retrouve petit à petit. |
| Jeudi 3 janvier 2008. Dans chaque
vie sans le savoir. Du japonais et des copies, même menu qu'hier en matinée. Fin d'enregistrements sur France Culture, plusieurs séries des Nouveaux chemins de la connaissance (la bêtise en août, plagiat et pastiche en septembre, Baudelaire philosophe en octobre-novembre — je le répète, il suffit de démarrer une des dernières émissions, de copier-coller du bouton Écouter l'adresse du fichier son dans le realplayer en en modifiant la date dans la dernière partie du nom de fichier). Ensuite, comme il y a toujours du soleil, on va marcher. Kagurazaka, Waseda, jusqu'au salon de thé de l'hôtel Rihga, où l'on reste plus d'une heure dans des fauteuils délicieusement moelleux à lire chacun son livre. Ce que Mevlido ressent, ce que Volodine écrit ressemble furieusement, parfois, en moins optimiste, à certaines des choses que j'ai imaginées depuis des années, mi pour m'amuser mi pour me rassurer malgré mon athéisme : un système de réincarnation qui permettrait à T. et moi de nous retrouver dans chaque vie sans le savoir mais avec une sorte de pressentiment, de prédestination à la rencontre, presque... — « mes tempes si choses », comme on dit dans la traduction de Joyce. « Et si un jour, comme l'avait suggéré Mingrelian, il nouait des liens avec une femme elle aussi envoyée en mission par les Organes, il n'aurait rien de spécial à échanger avec elle. Cette femme elle aussi aurait perdu la mémoire d'un univers prénatal. Ils se côtoieraient, le hasard ou la fatalité les associerait peut-être pendant quelques minutes ou quelques années, ou plusieurs décennies, des restes d'instinct renforceraient leur complicité. Mais à aucun moment ni l'un ni l'autre ne retrouverait le chemin de sa vie précédente. Lui et elle, et peut-être lui et elle ensemble, ils seraient exilés affreusement, mais sans le savoir.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 260-261) Après notre retour, à la nuit accablante de froid, nous dînons en regardant deux autres dévédés de la saison 3 de Lost. Mais notre distraction est interrompue net — au milieu d'une opération chirurgicale — par la sonnerie du téléphone. C'est mon cousin qui m'informe que mon père va être admis à l'hôpital en urgence. Pneumonie et insuffisance respiratoire. Un peu plus tard, il m'expliquera par mail, dit-il. Ce qu'il fait, et qui nous rassure beaucoup. État stationnaire, pas plus de détails avant demain. Sont-ce déjà « le soucil & l’ancholye [qui] croistroient » cette année ? Je n'y veux point accroire ja. Commentaires1. Le vendredi 4 janvier 2008 à 06:05, par Philippe De Jonckheere : Nous
sommes le 3 janvier et je ne remarque toujours pas la baisse de régime
annoncée, non que je m'en plaigne d'ailleurs, mais je me demande si ce
n'est pas un peu comme le tabac ou d'autres addictions, difficile
d'arrêter. Serais content de d'entendre sur le sujet, même si cela
justement t'éloignerait du but fixé. 2. Le vendredi 4 janvier 2008 à 06:32, par Berlol : Non, non, tu as tout à fait raison ! La machine lancée rythme mon quotidien. Mais je suis en train de freiner depuis une semaine... Ça crisse comme pas possible. Ici, ça sent la gomme brûlée partout... Tu sens pas, de là-bas ? 3. Le vendredi 4 janvier 2008 à 08:46, par christine : je faisais le même constat ! et d'ici je ne sens pas trop la gomme brûlée non plus ... peut-être qu'il faudrait changer les plaquettes de frein ?... ceci dit je ne m'en plains pas non plus, car l'addiction est aussi du côté de tes lecteurs 4. Le vendredi 4 janvier 2008 à 23:19, par Berlol : A p'us de plaquettes de rechange ! Et bonjour, les addicts ! |
| Vendredi 4 janvier 2008. Les
transports, sur l'oreiller. Depuis des semaines, je ne sais pas si c'est la même, je vis avec une araignée. Elle apparaît sur le mur, le rideau ou passant d'un objet à l'autre de mon bureau quelque peu en fouillis. Parfois même je la trouve sur mon écran, sur le rebord noir, descendant, sautant sur une enceinte, sur une montre, sur le téléphone portable, etc. Je n'ai jamais tenté de la chasser. Je n'ai jamais eu peur d'elle. Elle n'a d'ailleurs jamais cherché à m'approcher ou à me mordre. Elle ne mesure que six ou sept millimètres. Elle n'a pas de longues pattes, sa surface est d'un noir mat et sans duvet apparent. Je la vois comme une sportive qui crapahute en calculant bien ses déplacements. Mais je ne sais pas si elle cherche quelque chose ou si nous pouvons communiquer. Peut-être, ce respect mutuel dans le partage d'un territoire est-il déjà une forme de communication. Ça n'a pas d'importance. Après le courrier de mon cousin, j'ai pu appeler l'hôpital dans l'après-midi et avoir de bonnes nouvelles de mon père. Pas encore lui parler à lui mais avec un médecin rassurante. Pendant que T. prépare ses cours à la maison, je vais travailler deux heures à la médiathèque de l'Institut, rouvert aujourd'hui. Accumulation de livres de et sur Rimbaud et Gracq autour de moi pour un premier survol des paysages à cartographier. Demain,
je dois rendre D'Attaque
(avec 36 reproductions d'œuvres de Gaston Chaissac).
Picoré depuis plus d'un mois dans les bains, les transports,
sur
l'oreiller, lu et relu en tous sens, admiré plus que
certains de
ses romans, je considère ce livre à
l'égal du Femmes
/ sur 23 peintures de Joan Miró de Claude Simon
pour la liberté d'invention que l'écrivain se
donne pour illustrer
l'œuvre d'un peintre.Lisez plutôt (on n'est pas si loin du Rimbaud qui tend des « chaînes d'or d'étoile à étoile »... et qui danse) : « Je peins ma tête sur le billot, je peins à la trompette, je peins à la moulinette, je peins l'escalier quatre à quatre, je peins le lendemain déjà bien entamé, je peins des gants fourrés pour mes mains nues, je peins à l'aveuglette un soleil de plus ou de moins, je peins la valse de l'amour sur les roses, je peins jusqu'à rouler sous la table, je peins en sursaut, je peins en flèche, je peins un à un tous les tableaux qui manquaient encore, je peins le diable dans ses quartiers d'été, je peins à travers champs, je peins sous les jupes, je peins des ponts entre les sphères, je peins des cloisons ignifugées entre les flammes, je peins un peu de compagnie aimable pour les monstres, je peins l'attelage sous-marin des hippocampes qui s'emballe, je peins la migration des crabes ébouillantés dans les nébuleuses, je peins la hâte de patients travaux de couture.» (Éric Chevillard, D'Attaque, Argol : 2005, p. 39) En dînant et après, regardons The Aviator (Scorsese, 2004). Howard Hughes n'était pour nous qu'un nom vaguement rattaché à la modernité du XXe siècle. Nous découvrons ce surprenant portrait et la quantité de ses entreprises. L'attention portée aux phobies nous paraît exceptionnelle, mêlant à certains moments à cette fresque monumentale une approche de cinéma intimiste — cocktail explosif. Commentaires1. Le samedi 5 janvier 2008 à 03:24, par Philippe De Jonckheere : Te
recommande la lecture de "Loin d'Odile" de Christian Oster où tu
devrais pouvoir oeuvrer quelques transferts en direction de son
personnage principal, qui vit une assez belle relation avec une mouche
au creux de l'hiver. 2. Le samedi 5 janvier 2008 à 03:47, par brigetoun : un
peu inquiète un moment, parce que les araignées vues du coin de l'oeil
si elles ne sont pas tangibles peuvent être signe inquiétant. |
| Samedi 5 janvier 2008. Une
traversée risquée. « Tout le jour, les basques de leurs redingotes flottant au vent, Bouvard et Pécuchet surfent sur Wikipédia.» (Éric Chevillard, L'Autofictif n°93, du 2 janvier) Ils pourront bientôt surfer sur Knol en mangeant leur soupe... je ne sais pas si ce sera mieux. À écouter France Info, le Dakar annulé semble être une catastrophe nationale (économique, avant tout, puisque c'est le critère absolu du sarko-journalisme branché). À mes yeux, ce n'est que la fin (provisoire ?) d'une des plus grosses hypocrisies humanitaro-sportives de ces 30 dernières années. Intéressant et prétéritif billet de Raphaël Sorin avec deux souvenirs de 1968. Me détermine à glisser dans mon panier Amazon le pamphlet de Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary (de 1986). Y ai ajouté Je t'aime, je t'aime, le mythique Resnais de... 1968, avec Claude Rich en voyageur du temps (le dévédé sortira le 8 janvier). Après passage à l'Institut, D'Attaque rendu, j'emprunte deux dévédés. Le Baron de l'écluse (Delannoy, 1960), parce qu'il en était question dans le dernier Ce soir ou Jamais de 2007, quand Frédéric Taddeï était l'hôte visiblement comblé de Danielle Darrieux, Michèle Morgan et Micheline Presle, et Alice ou la dernière fugue (Chabrol, 1977), au moins pour revoir Sylvia Kristel nue. Mais ce qu'on regarde en dînant, c'est un film enregistré une nuit à la télé (T. programme des enregistrements qu'on oublie ensuite des semaines dans la machine), Being John Malkovitch (Jonze, 1999). Très très impressionnant, d'abord, et très drôle, même si ça laisse beaucoup à réfléchir... Mon cousin m'a dit que mon père avait toute sa tête — et qu'il comprenait mieux maintenant le mauvais caractère attribué à notre famille. Au début de la visite, mon père a soulevé le masque à oxygène pour lui dire : « Emmène-moi d'ici, ils vont me tuer ! » La réanimation, c'est quand même du sérieux. D'ici un ou deux jours, ça devrait aller mieux... J'ai presque fini de préparer le poly des textes de Rimbaud à distribuer pour le cours — À la musique, Roman, Le Bateau ivre, Enfance et Alchimie du verbe. Plus qu'un voyage pittoresque : une traversée risquée. Je refais la mise en page et la ponctuation en comparant les fac-similés (chez Textuel), l'édition Pléiade et celle des Petits classiques Larousse. Commentaires1. Le samedi 5 janvier 2008 à 22:32, par brigetoun : un
petit régal Tadeï et ces dames - Morgan de plus en plus une autre
version de ma mère et Darrieux en fofolle. Délice d'être une femme à
peine plus jeune en dégustant leur petit jeu. 2. Le dimanche 6 janvier 2008 à 14:01, par Olivier : Désolé, je ne prends connaissance des derniers billets qu'aujourd'hui! 3. Le dimanche 6 janvier 2008 à 14:07, par Olivier : Ah, oui, bien sûr, entièrement d'accord avec toi sur le Dakar!! 4. Le mardi 8 janvier 2008 à 05:53, par Berlol : Merci, Olivier, pour les bons souhaits au père. Ils ont été entendus. |
| Dimanche 6 janvier 2008. Dans
toute action la vanité d'agir. Nouvelles du père, au matin. De ras-le-bol, il arraché ses fils et son masque. On lui a donné un sédatif. S'il a tant d'énergie, c'est qu'il est en bonne voie, non ? Je lui fais passer un courrier par mon cousin, l'exhortant au calme et à nous attendre en février. Soleil toujours. Pour T., je lis à haute voix deux bons tiers du Racisme raconté à ma fille de Tahar Ben Jelloun afin qu'elle juge si elle peut le mettre au programme d'un de ses cours. Test positif. Se méfier tout de même de quelques raccourcis sur les religions, élargir un peu le panorama des racismes dans le monde, et ça va le faire. Chez le coiffeur — enfin — de 15h30 à 16h02. Je commençais à avoir des ailerons derrière les oreilles... Au cœur de l'après-midi, je me passe Alice ou la dernière fugue (Chabrol, 1977). Un beau conte fantastique qui flirte avec plusieurs genres sans entrer dans aucun — et une chute vraiment imprévue. Un peu plus tard, j'écoute attentivement François Bon chez Auteurs.tv. L'entretien est très tranquille, sans contrechamp visuel ou sonore (contrairement à d'autres vidéastes du web), soigneusement monté, et l'ensemble du contenu intellectuel est impeccable. Ça m'a rappelé que moi aussi vers 14 ans j'avais une machine à écrire, des lettres et des poèmes, une Triumph, puis une machine qui permettait de vérifier les dernières lettres sur un minuscule écran avant de les imprimer sur la ligne, pour ma maîtrise, puis un premier ordinateur avec les allocations de recherche, puis l'internet en 1994 dans mon bureau de Waseda, etc. « Car même les moins découragés d'entre nous, même les plus battants, déjà à cette époque ne prétendaient pas pouvoir infléchir le cours des choses. La pleine lune éclairait le dernier état de la barbarie humaine avant la fin, avant notre fin, et, quoi que nous eussions pu entreprendre, elle continuerait à baigner, de sa lumière ensorcelante, le final naufrage. Elle continuerait à illuminer les ghettos, les camps, les ruines, le capitalisme absolu, la mort, notre mort, la mort des nôtres. Même les plus décidés d'entre nous désormais flairaient dans toute action la vanité d'agir. Nous savions que l'épuisante modification du climat se poursuivait, que l'été bientôt s'élargirait encore, atteindrait douze mois par an et même plus, et que notre vie serait à jamais peuplée d'araignées et de décès et de moments d'inconscience ou de semi-conscience. Nous pressentions qu'il y avait bien peu de chances d'un jour connaître l'aube ou le réveil. Les attentats contre la lune ne nous apaisaient pas, ils ne contrariaient pas notre tendance à sombrer fous. Mais à nous, qui n'avions plus de ressort, plus de rigueur idéologique, plus d'intelligence et plus d'espoir, ils donnaient l'impression qu'à l'envers du décor, peut-être, l'existence avait gardé une ébauche de sens.» (Antoine Volodine, Songes de Mevlido, p. 277) |
| Lundi 7 janvier 2008. Faire
glisser la porte étroite et vieille. Après trois semaines, T. est parvenue à s'adapter à peu près à son traitement contre la maladie de Ménière. Les acouphènes ont diminué, les nausées disparu, les coups de fatigue perdu de leur virulence. Elle aura peut-être des séquelles auditives, on ne sait pas encore, il faut continuer... Par ailleurs, les nouvelles de mon père sont brèves : état stationnaire. Il reçoit des visites. Dans cette adversité, nous sortons pimpants pour aller au Dell Real Site d'Akihabara, en vue d'acheter un ordinateur avec un système en japonais pour nous deux. C'est le dernier jour de promo et on ne veut pas fendre la foule. À 11 heures on y est, le conseiller-vendeur est sympa et performant, à 11h45 tout est fini à livrer dans trois semaines. (Ça devrait rappeler quelque chose à Bikun.) Le Saint-Martin étant encore fermé (en vacances), nous errons dans Kagurazaka jusqu'à faire glisser la porte étroite et vieille d'un restaurant d'anguille, chez Tatsumiya (où la rumeur dit que John Lennon aurait mangé son dernier unagi). C'est rustique, en décalage avec ce que le quartier est devenu mais excellent. Et pas trop cher. Je découvre cet après-midi, par Livres Hebdo, les manuscrits d'Henry Brulard de Stendhal mis en ligne à la bibliothèque de Grenoble, manuscrits et édition diplomatique. Assurément une grande entreprise d'utilité mondiale pour chercheurs, étudiants et amateurs, et un modèle de mise en page (parmi d'autres) pour tous ceux qui travaillent à rendre vivants manuscrits et imprimés des textes passés. Attention, c'est visiblement programmé pour Internet Explorer : avec mon Firefox, les images des pages sont coupées en bas et le moteur de recherche ne fonctionne pas, alors qu'avec IE, tout est OK. Commentaires1. Le lundi 7 janvier 2008 à 22:23, par brigetoun : oups ! grand merci pour Henri Brulard ! |
| Mardi 8 janvier
2008. Qu'est-ce qu'il m'apporterait, ce gros
cône-là ?... Il faut retourner à l'école, aujourd'hui ! Je charge ma nouvelle petite valise à roulettes, acquise hier en remplacement de celle qui depuis 2002 a changé de couleur — il y avait 28 semaines de cours jusqu'à l'année dernière (2006), 30 maintenant, à quoi s'ajoute chaque année une dizaine de semaines d'examens, de concours et de préparations diverses, ce qui fait 38 en 2002, idem pour 2003, 2004, 2005 et 2006, soit 190 semaines, à quoi s'ajoutent les 40 semaines de 2007 (allant jusqu'en mars 2008), total 230 allers-retours (ce qui, dit en passant, représente 4,6 millions de yens dépensés en billets de train, de quoi faire un bel apport pour l'achat d'un appartement à Paris, par exemple, mais n'y pensons plus, de toute façon, je n'ai pas le choix)... Bref, je charge ma nouvelle petite valise et je m'en vais vaillant, corrigeant en chemin un rapport de 4e année plutôt bien écrit, sans même un regard pour le Mont Fuji — qu'est-ce qu'il m'apporterait, ce gros cône-là ?... Oui, j'ai plaisir à retrouver mes étudiants ; principalement des étudiantes, d'ailleurs. Leur jeunesse souriante et leur application docile sont un onguent sur les plaies que le monde et ses horreurs me font à chaque bulletin d'information (aujourd'hui Pakistan, chalutier et point presse de Sarkozy). Je sais qu'une bonne partie ira augmenter le gros de la connerie du monde d'ici trois ou quatre ans ; au moins aurai-je profité de leur gentille naïveté et cru les enrichir, en disposer une minorité à vouloir autre chose... À 19 heures, grâce aux efforts de coordination de mon cousin, je téléphone à mon père, via une infirmière qui lui passe le combiné. Il n'a plus besoin du masque à oxygène, il est assis, il dit qu'il s'ennuie un peu. Il a eu un vrai petit déjeuner. Il faut peu pour retrouver la joie de vivre, ou quelque chose qui s'en approche quand on a été au plus mal. Je rappelle ensuite mon cousin pour qu'on lui apporte des magazines et un carnet à dessin. Au courrier, entre les barbants documents universitaires, un petit paquet de la fidèle et constante Laure, avec Civil de Daniel Foucard. J'en lis quelques lignes et me promets de m'y mettre dès que possible... « Tiens, fais le test : un jour tâche d'être désagréable sans motif, bouscule ton client : tutoiement, blague cassante, pet, etc. En deux minutes, il te parlera impôts, pas de devoir, de déontologie, non, il ne s'en mêle pas : il te parlera impôts. Il transformera ton uniforme en objet et lui en sujet. Tu lui feras une réponse de chiotte, ultra efficace du genre : Mais moi aussi je paye mes impôts ! Là, regarde bien sa pupille rétrécir, vois ce sentiment de panique flottant dans le potage de son bon droit, regarde cette pâleur l'accusant d'avoir été trop con trop vite.» (Daniel Foucard, Civil, Paris : Léo Scheer, 2008, coll. Laureli, p. 15) Commentaires1. Le mardi 8 janvier 2008 à 07:14, par brigetoun : oui le retour de l'ennui et le droit de se nourrir, moments merveilleux, même si on n'en a qu'une vague prise de conscience 2. Le mardi 8 janvier 2008 à 15:39, par patapon : Le monde et ses horreurs... Pour le Pakistan, tout à fait d’accord avec toi, mais pour la conférence de presse de Sarkozy, tout de même, comme horreur, on aura vu pire! Dédramatisons! Et tant qu’on n’aura que des horreurs comme ce point-presse, ça ira! 3. Le mardi 8 janvier 2008 à 16:55, par christine : amusant
ton calcul ! moi aussi avec les sommes considérables versées à la sncf
depuis plus de 20 ans j'aurais peut-être pu devenir propriétaire :
mieux vaut que je n'essaie pas d'estimer le montant total de mes
billets de tgv ! 4. Le mardi 8 janvier 2008 à 19:43, par Berlol : Ah que voilà une bonne nouvelle ! Merci, Christine ! 5. Le mercredi 9 janvier 2008 à 03:52, par patapon : Du calme, du calme! Je crois qu’il faut faire le départ entre ce qui est horrible et ce qui est ridicule. Ce qui est horrible: Hitler, Pol Pot, Ahmadinejad, les Frères Musulmans (liste non exhaustive). Ce qui est ridicule: les implants capillaires de Berlusconi, les aventures de Nicolas et Carla à Disneyland, Bigard chez le Pape, la moustache de José Bové, Jean-Luc Mélenchon... 6. Le jeudi 10 janvier 2008 à 05:57, par emm. : d'accord
avec patapon, n'est ce pas donner trop d'importance à Sarkozy que de le
penser en horreur, ou bien si c'est la seule horreur que la France a,
alors en effet réjouissons nous, car ce n'est pas Pol Pot, ni Hitler,
ni tant d'autres du siècle passé, en cours, à venir. 7. Le jeudi 10 janvier 2008 à 07:14, par Berlol : Hitler en 1932 et Pol Pot en 1975 avaient eu l'heur de plaire à bien des gens et semblaient être les hommes de la situation, providentiels même, avec un caractère d'évidence. Or, pour ma part, je ne sais pas ce que sera et fera M. Sarkozy dans six mois ou dans trois ans. Je n'ai pas confiance en lui et son comportement fait de vulgarité et d'évidences ne me semble augurer de rien de bon. Je souhaite vivement avoir tort, vous savez ! |
| Mercredi 9
janvier 2008. Ma transparence. Selon ma transparence du 21 octobre dernier, et bien que je ne l'aie pas mise en avant dans ma conférence de presse d'avant-hier, je ne me suis pas fait opérer au Val de Grâce, moi. Cours et réunions (normaux) ont laissé place à une soirée exceptionnelle. D'abord, les retrouvailles du mercredîner, dans un petit restaurant de Motoyama, avec Sophie revenue de France hier (très heureuse de retrouver la nourriture japonaise, et pas que ça, apparemment), Benoît (bien reposé, grâce à quelques jours au Cambodge) et Andreas (bénéficiaire, comme moi, du clément hiver nippon). Après une interruption, on se demande toujours si ça repartira. Les raisons profondes et mystérieuses qui font tenir un groupe, quel qu'il soit, ne sont pas éternelles. Il suffit parfois d'un départ, d'un décalage, d'une démotivation pour que la belle ambiance parte en fumée — aussi la fête-t-on ce soir avec autant d'entrain que de gratitude réciproque. Bière, alcool de prune ou de pomme de terre sont de la partie. Ensuite, de retour à la maison, c'est une autre communauté qui m'attend, qui exprime au fond une même excitation d'êtres humains partageant expériences et points de vue : le plateau de reprise de Ce soir ou Jamais est en effet exceptionnel (Christine nous avait prévenus). Je salue surtout les savoureuses envolées de Régis Jauffret, la précision tranquille de Caroline Fourest et, dans une moindre mesure, les touchantes vrilles de Jean-François Stévenin. En revanche, le sérieux compassé et hautain de Zaki Laïdi et les interventions brouillonnes de Raphaël Glucksmann me laissent indifférent. Au moins, ces deux communautés-là, c'est autre chose que Facebook ou Second Life ! Commentaires1. Le mercredi 9 janvier 2008 à 09:44, par brigetoun : tant que nous le pouvons, décidons qu'il n'existe pas l'homme de l'autre conférence de presse, ni ses mots détournés, seulement quelquefois ses actes 2. Le mercredi 16 janvier 2008 à 09:53, par Dominique Hasselmann : Une gorgée de Japon, il y a longtemps que je n'avais fait le voyage... |
| Jeudi 10 janvier 2008. Rentrez-lui
ses chiffres dans le gosier. J'aurais mieux aimé, au moins dans un petit coin encore digne de la blogosphère, qu'on parlât un peu plus des manuscrits d'Henry Brulard que des fesses de Simone de Beauvoir... Ceci dit, une fois qu'on se sera bien repu de ces fesseries dans le petit bassin, il restera toute l'année pour explorer les grands fonds : parler de la tête qui a pensé, des yeux qui ont vu le monde, des mains qui ont tracé les nouveaux contours de la condition féminine. Il valait peut-être mieux, finalement, que ce fût dans ce sens-ci — tête par-dessus cul — que dans l'autre. Trois cours avec étudiants stressés par l'approche des examens. Pour le groupe qui partira avec moi dans trente-cinq jours, extraction d'horaires de la SN.CF (pas évident de s'y retrouver à la base du site — allez-y et cherchez simplement des horaires de train, vous verrez...). Bon moment de détente avec David en prenant un thé dans mon bureau. Le soir, je m'ennuie à mourir avec le ramassis d'économistes de Ce soir ou Jamais. Ils disent tout et leur contraire, sont incapables de s'entendre, veulent faire croire à leur scientificité par le recours aux chiffres, aux rapports d'institutions, sans jamais avouer — ce serait la honte — qu'ils sont d'abord pétris d'idéologie, d'un côté comme de l'autre. Le pire, c'est qu'à l'exception d'une ou deux petites voix qui ne sont d'ailleurs pas celles d'économistes, ils assujettissent tous, et irréversiblement, l'ensemble de la condition humaine aux facteurs économiques. S'il y a un économiste dans votre entourage ou à votre portée, rentrez-lui ses chiffres dans le gosier, bâillonnez-le et envoyez-le travailler une semaine dans un fast-food (c'est un des emplois par lesquels nos étudiants découvrent le plus souvent le monde du travial*, ces jours-ci) — après, on verra s'il ne veut pas, lui aussi, changer le monde. « Seuls les riches ont le courage de déclarer que l'extrême pauvreté est intolérable. Les pauvres se taisent.» (Hubert Lucot, Grands Mots d'ordre et petites phrases, p. 173) « Il ne faut pas exclure les petites gens mais les inclure dans l'économie mondiale en baissant leur salaire.» (Ibid., p. 174) * Beau lapsus digital, non ? Commentaires1. Le jeudi 10 janvier 2008 à 22:10, par martine sonnet : pas le temps de développer mais, à chaud, je suis un peu gênée par l'expression "les nouveaux contours de la condition féminine" (à tout prendre je crois que j'aimerais encore mieux les "nouveaux atours" et "condition féminine", ça pèse...) 2. Le jeudi 10 janvier 2008 à 23:44, par Berlol : Je comprends ce que vous voulez dire. Cependant, "atours" a un sens résolument positif. Or, je ne suis pas certain que ce que Beauvoir dessine soit tout à fait positif. Vous nous en direz peut-être plus "à froid" ? 3. Le vendredi 11 janvier 2008 à 00:21, par jenbamin : « Prenez trois économistes, vous aurez quatre avis différents. » 4. Le vendredi 11 janvier 2008 à 00:48, par brigetoun : ceci
dit il y a quand même eu de sacrés changements dans ladite condition,
plus que dans les atours, par rapport à la jeunesse de Simone de
Beauvoir ou même à la mienne. Nous sommes légitimes maintenant. 5. Le vendredi 11 janvier 2008 à 02:51, par Philippe De Jonckheere : Berlol,
je comprends ce que tu veux dire, c'est tout de même consternant cette
affaire de fesses. Je t'assure que l'on fait de son mieux pour tenter
d'élever le niveau du débat et pour dire que pour nous Simone de
Beauvoir c'était surtout une destinée remarquable du siècle précédent
et oui, des écrits qui resteront. On s'y emploie mais ce n'est pas
facile. 6. Le vendredi 11 janvier 2008 à 05:46, par christine : quant à moi je suis tout de même assez fière d'avoir engendré un peu de "désordre" dans notre petit coin de blogosphère en réagissant à cette une et en remarquant que la photo avait été retouchée : même si les premières vagues soulevées chez Philippe étaient nettement plus dignes que les vaguelettes reprises dans rue89 et jusque chez ton ami Assoulinem'a amusé le fait que ces vagues me reviennent dans la vraie vie lorsqu'une lectrice, sur mon lieu de travail, m'a parlé de mon billet sans savoir que j'en étais l'auteur et puis grâce à ton commentaire éclairé, berlol, j'ai pu apprendre que "tout le monde a des fesses" ce qui fut une révélation majeure ! |
| Vendredi 11 janvier 2008. Mon
adhésion, presque malgré moi. Première séance de l'année au centre de sport. Je transpire gros en compagnie de stagiaires de la police et de leur formateur. Quand il s'adresse à eux, il s'adresse aussi à moi et ses remarques, qui emportent parfois mon adhésion, presque malgré moi, me font froid dans le dos. La réussite du texte de Foucard tient d'abord dans la justesse du ton policier, dans l'évidence (presque sarkozienne) de la société coercitive dès que l'on adopte un angle résolument collectiviste et sécuritaire... Jusqu'où cela ira-t-il ? «Si les show TV, du style Une journée avec la Police ont autant de succès d'audience, ce n'est pas seulement parce que le public se plaît à constater la dureté de notre métier, c'est d'abord parce qu'il nous soutient dans notre effort. L'identification du civil au policier est totale. Seul un discours correctif à tenir en public, du style : ces flics, franchement, ils abusent permet de compenser cet amour inavouable. Le civil nous aime parce qu'il déteste la violence. C'est une partie qui se déroule sans lui, sinon il serait armé ou costaud. Il accepte la violence, disons plutôt qu'il la tolère dans la mesure où il dispose d'une force de frappe publique : la Police. Comme le votant avec le politicien, il délègue sa capacité de réplique, en cas d'agression, à une milice mieux équipée que lui.» (Daniel Foucard, Civil, p. 55) David et moi devons déjeuner à la cantine, au lieu d'aller au Downey. C'est la faute d'une de mes étudiantes, à qui j'ai accordé un rendez-vous à 13h30 pour corriger son mémoire sur Louis Malle. Une ou deux autres affaires à régler par courrier après, et me voici reparti pour le train rapide, toujours Civil en main. À Iidabashi, T. m'attend pour acheter du pain et dîner dehors. Mais le vendredi soir, tout est plein dans Kagurazaka, surtout d'employés de bureau s'invitant mondainement pour fêter la nouvelle année. On échoue au Royal Host où l'on est sûrs d'être tranquilles. À la maison, jusqu'au coucher, je m'exile en musique avec Rimbaud. Et un petit peu avec Glatigny, aussi. Commentaires1. Le samedi 12 janvier 2008 à 16:17, par Manu : Dommage, on aurait peut-être pu dîner ensemble ! J'ai tellement l'habitude que tu sois à des conférences ou au cinéma le vendredi soir que je n'ai pas pensé à t'appeler. |
| Samedi 12 janvier 2008. Le
terreau avait bien changé. Le mois dernier encore, je me demandais bien ce que j'aurais à dire de nouveau sur À la Musique, dont l'étude mise en ligne avait constitué l'une de mes premières pages web, en 1996. Bien sûr, la simple mise en scène, dans une salle de classe, de ces remarques pouvait déjà suffire à donner une explication du poème. Mais en creusant à nouveau le même sillon, je me suis aperçu que le terreau avait bien changé (et qu'il faudra peut-être que je fasse une seconde version de la page, en renouant les liens perdus). D'abord, il y a la somme biographique et littéraire de Jean-Jacques Lefrère, de 2001, que je considère comme un des meilleurs outils à notre disposition. Ensuite, l'édition de L'œuvre intégrale manuscrite de Rimbaud chez Textuel (1996), pour essayer de contextualiser, de reconstruire le temps de l'écriture. Enfin, les développements du web qui permettent, à partir de bribes d'informations glanées chez Lefrère, de retrouver l'historique de la guerre de 1870 (le poème a très probablement été écrit à la fin du printemps 1870) et l'intertexte où Rimbaud a emprunté le contraste entre, d'une part, la mondanité bourgeoise autour de l'orchestre militaire et, d'autre part, le solitaire exalté par la haine du bourgeois et ses premiers émois sexuels, à savoir un poème d'Albert Glatigny intitulé Promenades d'hiver, dans son recueil de 1864, Les Flèches d'or (p. 158) — qui, pour n'être pas passé à la postérité, ne s'en trouve pas moins disponible sur Gallica (cela aussi bien après 1996). On voit très clairement la progression centrifuge du poème, du kiosque vers les allées de marronniers. Entre mondanité (bourgeois, bureaux, notaires, épiciers, tous détestés) et solitude (le moi mal dans sa peau parce qu'il n'est que suivre), la frontière subjective est marquée, comme de façon prémonitoire, par le mot « contrebande »... Enfin, le Saint-Martin rouvrit ! C'est qu'on a failli mourir de faim, nous ! Lundi dernier, par exemple. J'en fais la remarque à Yukie, qui le prend à la rigolade... Je lui demande aussi si elle sait pourquoi les frites 2008 — j'en ai une entre les doigts — sont meilleures que les frites 2007. Après, notre temps se partage entre la sieste, l'écriture de kanjis, la lecture de blogs, l'enregistrement d'émissions de radio, etc. Et des petits dessins pour essayer d'imaginer comment on pourrait redisposer l'appartement. Bref, pas de quoi en faire un paragraphe. Commentaires1. Le dimanche 13 janvier 2008 à 01:26, par brigetoun : quand je pense une fois encore qu'il me faudrait aller à Tokyo pour être votre élève (problème nationalité et surtout âge) 2. Le dimanche 13 janvier 2008 à 04:47, par vinteix : La
somme rimbaldienne de Lefrère est en effet, sous l'angle biographique
et historique, impressionnante... mais du point de vue littéraire ou
critique bien convenue et surtout d'une grande sécheresse quasi
clinique... en tout cas sans commune mesure avec les études de Brunel,
Stétié ou Munier, pour ne citer qu'eux... 3. Le lundi 14 janvier 2008 à 07:25, par vinteix : Pour l'avoir ressorti et reparcouru hier, je dirais même, pardon, que cette somme de Lefrère, vaut uniquement par ses informations biographiques et historiques, certes non négligeables, mais est d'une indigence totale au niveau littéraire... même si elle apporte des éléments évidemment non négligables pour une exégèse ou une herméneutique, quoique dans un esprit largement positiviste... alors que de ce point de vue là, largement préférable à des centaines de pages d'anecdotes ou de détails historiques, comme a su le compendre en son temps Henri Mondor avec Mallarmé, dix lignes de Char ou Bounoure, par exemple, sur Rimbaud apportent et questionnent largement plus qu'une relation clinique... 4. Le lundi 14 janvier 2008 à 07:27, par Berlol : Pas d'accord. Mais peu importe... Ça nous emmènerait trop loin. 5. Le lundi 14 janvier 2008 à 07:48, par vinteix : Pourquoi
pas ? "le trop loin" en l'occurrence, sur quelqu'un comme Rimbaud, ou
un autre poète ou écrivain aussi commenté et mythifié, reste toujours
d'actualité, échappe au temps... et nul commentaire n'est évidemment
définitif ni superfétatoire, au risque de surcharger la vulgate comme
le disait Michon. Pour moi, un des plus profonds commentaires
post-rimbaldiens, liés à Rimbaud, à sa destinée mais surtout au
"destin" de la poésie après Rimbaud, comme on a pu parler de la poésie
après Auschwitz, est un des plus discrets et inconnus, écrit par Jean
Maquet, 3 ou 4 pages seulement, dans la revue "Troisième convoi", "Les
Anges pleurant"... Enfin, c'est très personnel, mais je ne goûte guère
aux biographies, et comme le disait justement Blanchot à propos du
travail de Mondor sur Mallarmé, le biographe connaît le génie et ignore
l'homme... avec beaucoup de guillemets et d'infinis précautions...
Néanmoins, l'essentiel étant les textes, seuls m'intéressent vraiment
les études ou textes écrits par d'autres poètes ou écrivains,
c'est-à-dire des textes sur des textes, des textes d'écrivains, ce que
n'est à l'évidence pas Lefrère... a contrario, par exemple, le texte le
plus éclairant et intéressant sur Breton est pour moi celui de Gracq,
une sorte de référence en la matière, qui m'apporte beaucoup plus sur
Breton et son oeuvre que le livre de Béhar ou tout autre biographie... 6. Le lundi 14 janvier 2008 à 09:04, par vinteix : D'ailleurs,
à lire ton commentaire en ligne d'"A la musique", je ne vois pas bien
ce que pourrait t'apporter Lefrère... dont le livre est quasiment vide
de toute réflexion ou écriture sur le texte même, la langue du poète...
encore une fois, ce millier de pages, intéressantes mais somme toute
très cliniques, le fait d'ailleurs d'un clinicien, ne valent pas au
niveau de la réflexion sur la poésie de Rimbaud 10 lignes de Char,
Blanchot, Brunel, Stétié ou Richard, par exemple... et personnellement,
un livre qu'on lit sans s'arrêter ne me parle guère profondément... or,
à titre d'exemple sur Rimbaud, parmi beaucoup d'autres, une courte
phrase de Stétié m'a vraiment arrêté et renvoyé aux textes eux-mêmes, y
trouvant maints échots et incarnations, aussi bien dans les poèmes, dès
la genèse, que dans la correspondance : "Rimbaud n'est pas un poème qui
s'est tu, mais un silence une fois qui a parlé." 7. Le lundi 14 janvier 2008 à 09:32, par vinteix : Ceci dit, quitte à... ou plutôt pour que cela nous emmène "trop loin", je suis curieux de et ouvert à ce que la lecture de Lefrère a pu t'apporter sur Rimbaud... au-delà de la relation journalistique ou clinique d'une existence commençant à telle date et finissant à telle autre... |
| Dimanche 13 janvier 2008. Zigzags
de ruelles. Grasse matinée et lecture (Foucard et du japonais). Manu m'envoie un courrier au portable pour qu'on se retrouve éventuellement dans l'après-midi. J'y réponds positivement. Après le déjeuner, je laisse T. à son travail (sujets d'examens) et m'en vais voir si Shibuya est encore à sa place. Pour nous (Manu et moi), c'est un lieu chargé d'histoire. Il n'y a pas si longtemps, avant qu'il soit marié et père de famille, avant que Bikun ait quitté le Japon et son métier d'informaticien, et même avant le JLR, nous nous voyions tous les dimanches matin pour des parties de ping-pong acharnées, nous déjeunions de plâtrées de pâtes italiennes et nous coulions des œillades à toutes les shibuyettes bien roulées. Le temps a passé, sur nous comme partout. Mais quittons là la remémoration... De mon côté, j'achète rapidement des cartouches d'encre pour l'imprimante (Sakuraya). De son côté, Manu recherche des petites enceintes de bonne qualité, on va jusque chez Yamaha mais on ne trouve pas ce qu'il recherche. Allons maintenant à l'essentiel : le lieu tranquille avec café et gâteau qui nous permettra de discuter un bon moment. Après quelques zigzags de ruelles, et la foule qui grossit à chaque minute, je propose de monter dans Bunkamura, où l'on se fixe chez Daigo. Café et crêpes, belle argenterie. On fait le point sur les derniers mois. Manu semble obsédé de savoir quand on s'est vu pour la dernière fois... Comme il a généralement bonne mémoire, ça le dérange plus que moi de ne pas se souvenir quand il veut. D'abord, moi, je l'ai vu sur des skis dans la nuit du 30 au 31 décembre, Manu ! Ce qui fait moins de quinze jours. Il ne peut pas en dire autant... Nous nous souvenons bien d'un déjeuner peu après son nouveau boulot, au printemps (le 5 mai). Vaguement d'une fois postérieure, sans nous la remettre. Il faudra, le soir, toute la puissance du moteur JLR pour exhumer le 5 août, la chaleur d'août, la foule d'Omote-Sando, l'excellent pamplemousse givré que j'avais pris, dont je me souviens parfaitement sans pourtant l'avoir noté... Au rayon homme, on fait un peu les soldes. Finalement, on achète la même chemise grise, pas tout à fait la même taille. Puis au sous-sol, Manu doit acheter des gâteaux pour une invitation ce soir. Pendant qu'il s'occupe de ça, je tombe, dans la boutique des fruits de luxe, sur de superbes fraises, soldées 500 yens ! Moins cher que partout ailleurs ! C'est T. qui va être contente ! Dans le métro puis plus tard, au lit, je finis Civil. En quelque sorte, je suis déçu. Il y avait bien quelque chose qui clochait, mais le dénouement est sans brio, sans comique, sans morale. J'en garderai quand même un bon souvenir, pour quelques paragraphes au juste ton. « Je ne vois pas quel instruit, quel amoureux de sa propre liberté, ferait l'apologie du métier des auxiliaires du Droit. Je ne vois pas quel amuseur public écrirait mille fois d'affilée le même contrôle routier sans histoire : à peine un papier manquant, une petite plainte, des petits mensonges. Je ne vois pas quel artiste visionnaire ferait l'apologie de la Loi, du Droit, de l'ordre et du calme. Je ne vois pas quel réalisateur réaliste ferait autre chose que de montrer des flics en pleine violence, étourdis d'action. Même s'il restait confiné dans l'intime, ce serait encore de la souffrance qu'il montrerait : dépression, affaire de cœur et découragement. Je ne vois pas quel lettré a réellement parlé de votre métier.» (Daniel Foucard, Civil, p. 150) Commentaires1. Le mardi 15 janvier 2008 à 04:34, par Manu : Et oui, Omotesando... ma mémoire m'inquiète. J'avais d'ailleurs aussi oublié ma taille et suis retourné le lendemain l'échanger contre du 40-84, qui s'est fini en 39-82 par rupture de stock, peut-être par ta faute, car ça se rapproche de la tienne, non ? 2. Le mardi 15 janvier 2008 à 05:07, par Berlol : Moi, j'ai pris du 40-82 et c'est parfait... Mais t'avais pris quoi, initialement, 48-112 ? 3. Le mardi 15 janvier 2008 à 05:31, par Manu : Initialement, 42-84. 40-82, ça aurait été pas mal pour moi aussi en fait. J'ai failli changer de modèle d'ailleurs, sans même m'en rendre compte tellement ça se ressemblait. |
| Lundi 14 janvier 2008. Ce sur
quoi je m'appuie (1). J'écris. Ce sur quoi je m'appuie n'est pas stable * *
* Chez Laure, la grippe. Chez Crouty, le petit chat est mort. Je fonce chez Christine tête baissée — ce qui m'évite peut-être de me la faire couper. Je la relève de fierté en écoutant Philippe répondre de Beauvoir en Suisse. On déjeune à nouveau au Saint-Martin, merguez-frites pour moi et agneau-frites pour T. qui prend aussi du vin. C'est très important : depuis un mois, elle ne pouvait rien boire, broyée entre médicaments et désintérêt. Or aujourd'hui, elle se remet à la viande rouge et au vin. Et la fièvre est tombée. Faisons que l'embellie de santé dure ! L'entrain au travail aussi ! Je fais donc seul et à pied l'aller-retour au Seijo-Ishii de Korakuen en écoutant Jérôme Mauche chez Veinstein (agréable, intéressant, pertinent même), puis le début d'une émission sur Blanchot et Laporte (propos que je comprends très bien mais qui sont maintenant très datés, qui ne me paraissent plus pertinents, ou bien c'est leur ton, componction, va savoir). Suis bien soulagé aussi du côté paternel. Je l'ai au téléphone vers 18 heures, directement dans sa chambre à l'hôpital, la voix encore éraillée par l'asèchement des tuyaux. Très raisonnable, grande volonté de s'en remettre et de repartir gambader. Dîner (grand pot-au-feu) et après avec le dévédé The Village (Shyamalan, 2004). On craignait un vulgaire film d'horreur mais on est positivement étonné de voir un conte basé sur une utopie contemporaine. Construction et psychologie convergent efficacement. Le montage avec jeu sur la peur est juste, à l'équilibre — juste avant de faire procédé et d'ennuyer. Commentaires1. Le lundi 14 janvier 2008 à 09:15, par vinteix : Oui, en effet, ce sur quoi l'on s'appuie (pour écrire) n'est pas stable... comme ce que l'on peut écrire... de surcroît sur une terre sujette aux séismes... mais est-ce seulement le cas au Japon ? 2. Le lundi 14 janvier 2008 à 13:29, par Philippe De Jonckheere : Merci
pour la fierté. L'impression de n'avoir fait que mon devoir. Je ne sais
pas si je l'ai dit mais l'accueil à RSR aussi bien à Paris que depuis
Lausanne était très chaleureux et Madeleine a pu assister à tout cela
sur les genoux de la technicienne en cabine presque. 3. Le lundi 14 janvier 2008 à 14:07, par christine : il ne faut pas avoir peur des images, Berlol ! 4. Le lundi 14 janvier 2008 à 15:26, par Berlol : T'en
as de bonnes, Christine ! On n'a pas besoin de Freud, en l'occurrence.
Dis-toi bien que si c'était la tête d'une femme, sur le plateau, les
hommes auraient tout de suite beaucoup moins peur ! 5. Le lundi 14 janvier 2008 à 16:32, par christine : les
représentations de femmes martyres, violées, transpercées, plus ou
moins déshabillées, ne manquent pas non plus dans l’iconographie
occidentale ! laquelle est-ce, sainte Agathe je crois, qui se promène
avec ses seins façon flan sur un plateau, m'a toujours un peu perturbée
... 6. Le lundi 14 janvier 2008 à 16:57, par Berlol : Merci, Christine, de me prévenir. Je vais faire un travail sur moi-même... 7. Le mardi 15 janvier 2008 à 00:54, par vinteix : un commentaire retenu dans les filets magiques (magie noire) ?... je me demande quel gros mot j'ai pu encore dire... meschonnic ou gogol ?... 8. Le mardi 15 janvier 2008 à 01:02, par Berlol : Non, je n'ai pas eu d'autres commentaires de toi, même dans le filtre. Tu as peut-être fait une fausse manip' ? 9. Le mardi 15 janvier 2008 à 01:10, par vinteix : Quant
à la poésie, elle est aussi pour moi sans définition et sans essence...
je rejoins sur ce point certains propos de Meschonnic... (quant à ses
classifications ou jugements, c'est autre chose...) Quant aux
catégorisations classiques, elles me semblent parfois vacillantes et
bien conventionnelles... Tant de textes sont inclassables et oscillent
entre "récit" et "poésie"... donc, pour moi, ce n'est pas du tout une
question de valeurs, qui tendrait à mettre la poésie "au-dessus" du
roman... Gogol n'a-t-il pas intitulé "Les Ames mortes" "poème" ? Non,
je ne parlais pas du tout de cela. 10. Le mardi 15 janvier 2008 à 01:11, par vinteix : nouvelle tentative de faire passer mon dernier commentaire : en vain ! il reste prisonnier quelque part... 11. Le mardi 15 janvier 2008 à 01:17, par Berlol : Cette
fois, je l'ai eu. L'était dans le filtre. Et tu sais pourquoi ? Parce
que dans le mot "document" il y a le mot "cum", qui sert au sperme chez
les anglophones... Comment qu'i nous pourrissent la vie, ceux-là ! 12. Le mardi 15 janvier 2008 à 01:54, par vinteix : Je
comprends bien ta position et respecte ton souci d'être "vierge" (ce
mot-là ne devrait pas poser problème...) face au texte de Rimbaud. 13. Le mardi 15 janvier 2008 à 02:04, par Berlol : Bien d'accord avec toi, pour vierge comme pour le reste, cette fois. 14. Le mardi 15 janvier 2008 à 02:16, par vinteix : Désolé
que tu sois "bien d'accord"... ça rompt le fil... Non, je plaisante !
Me plaît en fait que l'on soit d'accord dans nos divergences ou nos
différences... 15. Le mercredi 16 janvier 2008 à 05:37, par Laure : ... oh, mais la grippe, ça se guérit ! |