| Jeudi 1er mai 2008.
Lignée rare et presque aléatoire. Ai eu un peu de temps pour regarder quelques-unes des vidéos d'entretiens avec Jean-Patrick Manchette rassemblées par Libération dans son Labo Vidéo. « Ça, c'est un néo-polar. C'est pas le polar classique...», dit-il d'emblée à Pivot, à propos du Petit Bleu de la côte ouest (1979). Dans la lettre mensuelle des Archives pour tous de l'INA, je m'intéresse au téléfilm tiré d'Un Balcon en forêt (Mitrani, 1980). Je galère un peu dans les sécurités de compte et de téléchargement, mais je réussis tout de même à le louer pour 48 heures... Bonjour la sécurité ! Je verrai ça demain. Il semblerait que Lionel ait quelques problèmes avec le contrat d'hébergement de blog du Monde, dont je découvre d'ailleurs qu'il est payant. Cette question de la propriété des contenus et illustrations insérés par l'utilisateur lambda dans une plate-forme, je me l'étais posée en février 2004 — un bail, donc ! — et l'avais temporairement résolue en m'installant chez un opérateur, U-blog, qui, sans être clair sur ce point, paraissait assez accueillant, avant de la résoudre définitivement un peu plus tard par l'émancipation que constitue le blog indépendant — et la sécurité des pages statiques. Nonobstant la question ouverte, intéressante en soi, je te conseille vivement, cher Lionel, de copier de ton blog tout ce qui est possible en html par devers toi... Question posée à des spécialistes : n'existe-t-il pas de solution logicielle pour pomper tout le contenu et le code php d'un sous-domaine ou d'un blog particulier sur une plate-forme ? Ou bien les bases de données, type MySQL, ont-elles été créées en partie pour éviter ce genre d'action ? Après
de nombreuses heures de travail, je rejoins T.
à
Ginza où elle était avec une amie depuis le
déjeuner. Pendant qu'elles discutent chaussures sur mesure
chez
Noguchi, je visite le Tokyu Hands du nouveau bâtiment
Marronniers, en face du Printemps. C'est nul, cette notion de bricolage
de luxe, logique dans ce quartier. Il n'y a presque rien, comme
outillage réel. Que des produits finis, et le magasin
lui-même est plutôt étroit, lourd.
L'étage de
marché du Printemps est lui aussi très
décevant.
Avant, il y avait foison de produits, grande diversité et
plusieurs qualités ; maintenant il n'y a que des
bijouteries de gâteaux. Heureusement, la boulangerie Bigot
produit de l'excellent pain, présenté de
façon
normale et à des prix tout à fait corrects.Après le dîner, je re-regarde Beaumarchais, l'insolent (Molinaro, 1996) sur TV5 Monde (et je l'enregistre, aussi, avec RealPlayer). Toujours intéressant de voir comment quelques hommes, une lignée rare et presque aléatoire — ici, le segment qui va de Voltaire à Beaumarchais —, ont promu les idées de liberté en dépit de leur environnement et de leur condition de naissance... L'éducation des citoyens, depuis deux siècles, n'ayant pas été à la hauteur, la majorité n'est toujours pas réellement libre ; elle est hélas maintenant convaincue de sa liberté, au moins chez nous, par des marchands d'idées qui l'aident à confondre le consumérisme — qui leur rapporte — avec le discernement — qui les ferait tous foutre à la porte — comme on les comprend. Commentaires1. Le vendredi 2 mai 2008 à 14:32, par christine : la réponse éventuelle à ta question sur les solutions logicielles de sauvegarde de la totalité d'un blog m'intéresse beaucoup, si quelqu'un te l'apporte ! 2. Le vendredi 2 mai 2008 à 18:55, par Berlol : Chère Christine, je vois dans l'article E6
de ton hébergeur Gandi que, je cite, « il vous appartient de
sauvegarder régulièrement le contenu de votre GandiBlog pour éviter
toute perte de données », ce qui pré-suppose que l'hébergeur t'en donne
les moyens ! 3. Le samedi 3 mai 2008 à 04:52, par Lionel Dersot : J'ai commencé à faire une copie de mon blog en utilisant l'application Blue Crab pour Mac. Il y a plus de choix sous Windows dans la catégorie de logiciel website copy, cloning, duplication, etc. en anglais pour moi en tout cas, ce jargon m'étant inconnu en français. Cela semble marcher, même si c'est très long selon la longueur du blog, mais je ne sais pas si l'architecture du blog lui même peut être réexploitée en transvasant le résultat ailleurs. Sans doute pas. J'ai mon blog sur disque dur avec quelques bizarreries de liens qui semblent ne pas fonctionner, et je n'ai pas encore la preuve que les index des photos viennent accompagnés des photos originales postées. Mais ce serait un moindre mal. Il existe semble-t-il des services payants US qui permettent de faire une copie progressive (back-up) de son blog stocké en ligne avec éventuellement possibilité de transfert sur un autre moteur de blog. 4. Le lundi 5 mai 2008 à 05:59, par grapheus tis : Voilà
une vraie, vraie question qui me turlupine depuis que je songe à une
migration vers DotClear qui n'engagerait point à une remise en page
fastidieuse de chaque note. 5. Le lundi 5 mai 2008 à 14:45, par christine : de
fait, gandi est un hébergeur respectueux et qui offre de nombreuses
possibilités ... mais, sous-douée que je suis, je ne suis pas parvenue
à trouver comment faire une sauvegarde ! |
| Vendredi 2 mai 2008. Des
partisans encollent sauvagement. Il pleut que c'en est dégoûtant. On ne sort pas. Après quelques heures de travail et un rapide déjeuner, je m'installe pour une séance de cinéma... Un Balcon en forêt, loué par le site de l'INA (voir hier), est un long mais bon téléfilm, respectueux de l'ambiance et du rythme gracquiens (aujourd'hui, on en ferait une série en trois ou cinq épisodes). Je n'ai pas ici le livre pour vérifier les répliques mais elles paraissent justes. Je fais quelques pauses parmi ces grands calmes, en profite pour vérifier les dates avec le peu que le film nous laisse voir, notamment le 10 mai 1940, en effet jour de l'invasion de la Hollande et de la Belgique par les troupes allemandes. Ce jour-là, un des personnages dit : « Ici, on est peinards. On n'est pas de la fête comme les cavaliers. Ceux-là, ils vont en baver.» Un des cavaliers qui en ont bavé, Claude Simon, en a témoigné... Gracq publie Un Balcon en forêt en 1958, Simon La Route des Flandres en 1960. Belle coïncidence — même si la critique, bouchée par les préjugés, ne les a pas jugés du même bord... Pour la soirée, T. me laisse choisir entre deux films et je prends un Woody Allen qu'elle n'a pa encore vu, Scoop (2006), que j'ai vu en février. D'habitude, elle ne l'apprécie guère ; j'étais donc étonné qu'elle le ramène parmi les dévédés empruntés à la fac. Elle sourit une ou deux fois mais trouve l'intrigue faible et diluée — et considère globalement que Woody Allen parle trop... Définitif. Quant à moi, je suis déjà reparti nager dans les index simoniens... Un
courriel me tire de mes dragages et de la pluie incessante. Écoutez !
Regardez !...Là-bas, tout là-bas, derrière la brume des continents, Lutz Bassmann sort des prisons et des cartons des libraires. Époussetant ses fières jaquettes, il s'étale sur les tables et grimpe dans les rayonnages. Des blogs fleurissent et rougissent la blogosphère. Lutz défile dans mai qui redémarre. Partout, ses amis vantent son génie âpre, des partisans encollent sauvagement la ville, au péril de leur vie. Regardez ici, ces mains expertes qui s'emparent de lui avec doigté, le feuillettent en tous sens, lui soupèsent la volodine substance... J'en vois une qui fait la moue — pourquoi choisir celui-ci plutôt qu'un autre... Un qui compte et recompte ses sous — pourquoi les livres sont-ils si chers. Ah ! en voilà un qui le glisse sous le rabat de son sac — livre volé, livre adoré ! Et celui-ci, et celle-là, jeunes étudiants qui courent vers la caisse, chacun avec un volume lutzien à la main. Ils se heurtent, les livres tombent, leurs yeux dessus, il voit qu'elle a pris les Moines-soldats, elle voit qu'il a pris les Haïkus de prison. Accroupis, je vois qu'ils se sourient en balbutiant des excuses, puis ils paient, sortent et s'invitent au café. Ils se découvriront d'autres goûts, se promettront l'échange des livres, d'autres échanges. Ensemble, ils entreront dans l'amour clandestin du post-exotisme. Commentaires1. Le vendredi 2 mai 2008 à 23:45, par brigetoun : comme
l'incollable semble aimer cette place sous mon ancien chez moi, la
librairie où l"on se heurte pourrait être sur le trottoir de droite en
remontant vers la Roquette. 2. Le samedi 3 mai 2008 à 16:34, par Un membre de la Brigade : Le collage ne fait que commencer! 3. Le samedi 3 mai 2008 à 16:41, par Un membre de la Brigade : L'Art du collage sauvage, article 1: "Ne te demande pas si on peut le décoller, demande toi plutôt si tu es capable de le coller" 4. Le samedi 3 mai 2008 à 17:19, par Berlol : J'en veux! J'en veux ! |
| Samedi 3 mai 2008. Ce qui sort
des enceintes. Le « prix de l'orifice catholique », lapsus au Festival de Cannes-Écluse de 1977... Pendant mes pauses, j'ai un peu mieux compris le fonctionnement du site de l'INA. Je me suis fait une sélection de nombreuses adaptations littéraires et téléfilms et ai loué pour 48 heures La Peau de chagrin, une adaptation Antenne 2 de 1980, dûe à Armand Lanoux. Probablement pas vue, à l'époque. Je venais d'avoir mon bac et passais plus de temps dehors ou chez des copains que devant un écran... Le temps de téléchargement est tout de même de plus de cinq heures pour un document qui en dure la moitié. C'est un peu exagéré, comme procédé, non ? (Pendant ce temps, on re-regarde Saint-Jacques... La Mecque avec beaucoup de plaisir.) T. profite un peu du soleil pour aller récupérer des chaussures à Ginza (elle m'appelle pour me parler d'une manifestation et d'une contre-manifestation avec des camions noirs, des hauts-parleurs qui distordent les mots d'ordre, de sorte qu'elle ne parviendra pas à comprendre de quoi il retourne). Moi, je ne suis sorti qu'une heure avec elle pour déjeuner au Saint-Martin. Sinon, je lis, copie & colle, ordonne, etc. De quoi vais-je accoucher ? Je l'ignore. Très intéressante remarque d'Éric Chevillard, dans son billet 213 : un nouveau-né sur le territoire français, de parents français, se trouve cependant dans l'incapacité de prouver sa maîtrise de ladite langue nationale. Par conséquent, n'est-il pas passible d'une mesure de reconduite à la frontière ? Le texte officiel évite-t-il cette inconstitutionnalité absurde ? Parturientes, ne coupez pas trop vite le cordon ! Vous pourriez avoir à renfourguer votre illégale cargaison. D'une autre qui aurait pu renfourguer, si elle avait su... Citant le Genitrix de Mauriac ou le Vipère au poing de Bazin, Florence Noiville, dans Le Monde d'hier s'élève un peu au-dessus du niveau des autres articles sur la livresque querelle mère-fils qui va occuper un peu le printemps des libraires. « Mais aux alentours de la page 130, il y a sa rencontre avec un guide de haute montagne — qu'elle appelle son Frison-Roche ou l'Epoux — et avec qui elle aura un enfant, Michel. Michel, ainsi prénommé en raison d'une balade au Mont-Saint-Michel, ne naît pas avant la page 166, mais dès lors les ennuis commencent. Il a un problème d'"évacuation" : "Au lieu du petit jaune d'oeuf guetté avec attendrissement par toute mère attentive, il ne parvenait à émettre, après des hurlements, qu'une petite crotte de bique." Rien n'y fait, ni huile d'olive ni huile de ricin — le livre, ne l'oublions pas, est écrit par un médecin. Et surtout, les jeunes époux, passionnés de mer et de montagne, ont de grands projets en tête. Ils veulent traverser l'Afrique, gravir le mont Kenya, le Kilimandjaro. Pas question de renoncer pour cause de nourrisson sur les bras.» (dans « Houellebecq et le retour de la mère indigne ».) Et conclure gaillardement cette journée de gésine par un commentaire détourné du blog de David Abiker : « [...] ce qui sort des enceintes est rarement du meilleur goût.» Commentaires1. Le dimanche 4 mai 2008 à 04:05, par brigetoun : du mal à m'intéresser à la saga de la famille Houellebecq mais la conclusion est savoureuse comme le reste du billet qui m'a fait entrer dans la journée avec un grand sourire 2. Le dimanche 4 mai 2008 à 04:24, par Berlol : Eh ben, c'est déjà une bonne chose de prise !... |
| Dimanche 4 mai 2008. D'ennui
contre un meuble contondant. Où avais-je la tête ! Hier, en fait, c'était le jour de la Constitution... Lisant le journal ce matin, T. m'enseigne qu'il y avait des manifestations de freeters, dont une à Shinjuku (550 personnes environ ; mais pour ici, c'est déjà beaucoup). Et, à Yurakucho, plus de 4000 personnes — waoooh ! — pour défendre ladite Constitution (toujours menacée d'une réforme, imminente, qui annulera le pacifisme japonais). Mais aussi une contre-manifestation des camions noirs jusqu'au milieu de Ginza — Lionel y était et quand T. m'a téléphoné, elle ne devait pas être très loin... Par ailleurs — décidément — il y avait du monde pour voir le film Yasukuni, à l'une des quelques séances finalement ménagées après qu'une assemblée d'extrême-droite s'était prononcée en faveur de sa diffusion (promettant implicitement qu'il n'y aurait ni manifestation ni agression). Pour
ce qui est d'aujourd'hui, la simonade continue. Pour éviter
l'ankylose, je sors faire une heure de vélo et quelques
courses
au Seijo Ishii de Korakuen. Je fais aussi des pauses blogueuses, pour
donner relâche à mes neurones — et
parfois exciter
mes humeurs... Mais lisez plutôt.« [...] Et je ne saurai dire pourquoi j’ai pensé à Catherine, comme une évidence, en traversant le Pont de Sèvres, Catherine Robbe-Grillet, et son Journal de Jeune mariée (Fayard, 2004), la période 1957-62, dont elle nous dit que son écrivain de mari n’en savait rien et qu’il ne l’aurait lu qu’avant parution. Du « nouveau roman » je dois bien avouer que je ne comprenais grand-chose, si ce n’est une volonté de casser le champ traditionnel de l’écriture en se débarrassant du réalisme, de la normalité et du naturalisme, en opposition aux grandes machines romanesques du XIXe siècle, Balzac en tête. Les Robbe-Grillet, Samuel Beckett, Michel Butor, Robert Pinget, Claude Simon, Nathalie Sarraute, Claude Ollier, auxquels se joindront plus tard Jean Ricardou et Marguerite Duras, cette « école de Minuit », dérivé du nom de la maison dont le directeur Jérôme Lindon sera le premier à prendre le risque de publier et de fédérer des écrivains inconnus, aux textes déconcertants et à petits tirages, n’étaient pas les premiers : déjà avant eux Proust à sa manière cassait la structure classique de la narration en s’aventurant dans le labyrinthe de sa mémoire, Valéry se demandant comment on pouvait écrire des phrases aussi vaines que « La marquise sortit à cinq heures », et Céline prédisant au romanesque traditionnel des heures sombres s’il s’entêtait à « copier » la réalité. Bref, je résume. En matière de littérature, de musique et d’art en général, il y aura toujours des expérimentateurs, des avant-gardistes... de génie parfois. Mais que l’on m’autorise à rester vulgairement orthodoxe dans mes choix, voire ringard, je le revendique. Dès lors qu’il me faut l’aide d’un mode d’emploi pour entrer dans une œuvre et y éprouver du plaisir, je baisse les bras. Et je reste persuadé qu’une œuvre est un tout qui doit se suffire à lui-même et s’appréhender sans aide extérieure, si ce n’est parfois, seule concession de ma part, un surplus de culture générale pour le resituer dans son contexte. Le nouveau roman qui revendique la mise en danger du lecteur en lui retirant tous les conforts de lecture est un exercice de style qui m’assomme. [...] » (Philippe Vébret, extrait de « Catherine, veuve Robbe-Grillet », La Presse littéraire, n°14, mars-mai 2008. C'est moi qui souligne.) Commentaire : « O. sort de sa poche un stylo-mine et écrit dans la marge : Incurable bêtise française.» (Claude Simon, La Bataille de Pharsale, p. 238) — alias la bataille de la phrase... Autant dire que la guerre contre les tièdes et les pantouflards de la littérature est toujours ouverte. Mais comment peut-on vouloir se consacrer à la littérature contemporaine, comme c'est le cas de Vébret, de la bonne volonté duquel je ne doute pas, et avoir si peu de goût pour l'expérimentation littéraire ? Cela veut dire tout bonnement qu'il souhaite lire et promouvoir toujours la même chose, ou tout au moins des productions qui restent dans les cadres sages des conventions. Et ce, comme si la nouveauté d'il y a 50 ans était toujours aussi dangereusement insupportable — ce qui est d'ailleurs lui faire compliment ! Je puis respecter le goût d'autrui mais pas laisser écrire des contre-vérités. Qu'une œuvre doive être un tout qui se suffit (seconde citation soulignée), on ne peut en faire un argument contre les auteurs dits du Nouveau Roman puisque c'était précisément un des seuls points sur lequel ils s'accordaient. Ils allaient même jusqu'à refuser que l'on fît appel aux connaissances extérieures et à la culture générale, souhaitant installer dans l'œuvre, que ce soit de façon claire ou déguisée, tous les éléments nécessaires à sa compréhension. Pour ma part, je me suis souvent trouvé en bien plus grand danger de m'effondrer d'ennui contre un meuble contondant à cause d'un livre trop conventionnel qu'en restant éveillé pour traquer les sens d'un opus de Sarraute ou de Pinget. Ah, tiens, pendant que j'y suis : le programme du colloque des 14 et 15 mai, en Sorbonne et à Censier, Claude Simon, à la lumière de l'histoire littéraire, de l'histoire culturelle et de la sociologie de la littérature. Un peu long, comme titre... Commentaires1. Le lundi 5 mai 2008 à 07:32, par jean-françois paillard : Ce genre de commentaires à la Vébret ne laissent pas non plus de m'étonner... Je suis persuadé qu'on peut lire Robbe-Grillet sans aucun effort particulier, avec jubilation, sans même imaginer qu'il écrive forcément contre qui que ce soit, contre Balzac par exemple, contre Balzac ! ça me paraît idiot, j'en disputais récemment avec un ami romancier, qui n'avait pour qualifier l'écriture de Robbe-Grillet que cette expression "d'anti-Balzac" à la bouche, c'est extraordinaire cette hargne quand même, mais d'où vient-elle bon sang ? car, pour avoir lu un peu les deux, je n'ai pas trouvé cela du tout, d'ailleurs il me semble tout à coup, il faudrait que je relise, j'aurais dû y penser dans la discussion avec ledit pote, que Robbe-Grillet parlait, à propos du Père Goriot je crois, dans son "pour un nouveau roman", de lassitude, très grande lassitude à la lecture de ces imitateurs imbéciles qui s'entêtent à le reproduire, Balzac, mais Balzac lui-même, je suis sûr que pour Robbe-Grillet comme pour n'importe qui, ça ne peut être que délice de lecture, Balzac l'expérimentateur d'ailleurs, et Sarraute, un régal, mais c'est effectivement qu'il ne faut pas être rétif, passif, prétérité, ne pas s'embarquer dans une attente de quelque chose qui sente l'encaustique, ne pas voir dans la littérature qu'enfilage de jolies phrases de faux style qui flattent le lecteur, ce côté démonstratif, ce côté conversation forcément brillante qu'on trouve du côté de l'Europe buissonnière et faux émules néo néo néo-stendhaliens, mais je m'égare... 2. Le lundi 5 mai 2008 à 15:04, par Berlol : Parfaitement
! ARG (ni Sarraute ni les autres) n'a jamais rien "reproché" à Balzac
lui-même. Mais à ses imitateurs anachroniques, oui ! Et précisément de
faire du Balzac anachroniquement, c'est-à-dire de ne pas être de leur
temps, de ne pas savoir inventer d'écriture de leur époque. Et ça dure
depuis un siècle et demi ! Pour lesdits imitateurs, il a alors été plus
facile de dire et faire dire qu'ARG avait attaqué directement Balzac
que d'essayer d'inventer quelque chose. Le mensonge était tellement
gros — crime de lèse-majesté ! — qu'il a été gobé par tout un lectorat
qui a même refusé ou négligé d'aller vérifier si c'était vrai ! 3. Le mardi 6 mai 2008 à 00:53, par JFP : Peut-être ne pas publier l'élucubration suivante, mais il faudrait peut être qu'un jour (à moins ue cela n'existe déjà et je serais interessé de savoir qui s'y est attelé) qqun se penchât sérieusement, c'est-à-dire à la fois littérairement et sociologiquement (difficile, j'en conviens) sur cette chose bizarre qu'est l'école minuit et notamment cette étrange façon qu'a eue Lindon de façonner une certaine littérature, en sous main, en quelque sorte par personne interposée (et essayer de trouver pourquoi), en choisissant de façon totalement souveraine, ses 'poulains', les plaçant, comme sur un vaste échiquier, (Echenoz - et FB, ai-je cru comprendre, dans un de ses billets (?) - évoquent qualque chose de cet ordre, une manière de contrainte de corps : vous y êtes, maintenant il faut filer droit, me complaire, comme si avoir été choisi dans l'écurie, c'est aussi avoir été élu, c'est-à-dire contraint, obligé à qq chose, une écriture, un pli, une course, débrouillez vous, mêm si tout est apparemment non dit, on parle ici et là d'une virgule, mais l'auteur est nettement, au moins au début, dominé par cette présence-exigence impérieuse de Lindon, son 'attitude', et si ça ne plaît pas, ce n'est pas publié, en tout cas j'ai cru deviner derrière l'hommage à Lindon d'Echenoz, à la fois jamais exprimé et là en permanence, et c'est ce qui fait à mes yeux la réussite du livre, un fiel extraordinaire, peut-être une haine rentrée, en tout cas un sentiment bizarre, le sentiment en creux, très trouble, d'avoir été en permanence manipulé comme un pion par ce type si courtois, ce qui n'enlève en rien bien sûr à l'autonomie et la qualité des auteurs de Minuit, c'est compliqué à dire et j'élucubre sans doute...), 4. Le mardi 6 mai 2008 à 01:33, par Berlol : Tu élucubres juste ! je crois... 5. Le mardi 6 mai 2008 à 02:18, par JFP : oui, lu ça aussi a propos de gallimard et paulhan dans les bios de gide, michaux, journal de léautaud etc. On s'écarte sensiblement du sujet lindon, mais c'est vrai, cette façon de traiter l'auteur avec extrême politesse, flatterie matoise et componction réfrigérante (pour le sous rémunérer éhontément entre parenthèses), encore d'actualité dans le carré d'or parisien, je pense toujours à ça quand je lis un texte déplorant la mutation de l'édition française avec arrivée des controleurs de gestion et des grands groupes dans les annnées 1980, certes, c'est pas bien, mais n'oublions pas combien avant, l'edition à l'ancienne, c'était feodalité infâme, prébende, arbitraire et coups fourrés, piquage de l'éditeur dans la caisse comme n'importe quel petit patron du commerce, cela invariablement sur le dos de l'auteur (et du correcteur et du traducteur et de l'attachée de presse et de la secrétaire, presque toutes femmes, considérées par les éditeurs, absolument tous des hommes, comme gens de maison, quantité négligeable, alors que force vive), ça on le dit jamais, quelque chose qui assommait je crois céline, grand pourfendeur d'éditeurs en qui il ne voyait que vautours en faux col... 6. Le mardi 6 mai 2008 à 02:59, par Berlol : D'où un franc refus d'en faire les héros de la littérature qu'ils prétendent encore être et ma totale absence de pitié dans les épreuves qu'ils traversent. Par bonheur, je ne caresse pas l'espoir de publier des livres... Tout juste l'idée qu'il doit y avoir, comme il y a toujours eu, dans quelques bureaux, des gens bien, qui font mentir tout ce qu'on vient d'écrire et qui ne vont pas nous contredire. 7. Le mardi 6 mai 2008 à 18:57, par Berlol : Pendant qu'on y est : 8. Le mercredi 7 mai 2008 à 05:51, par Manu : J'aime bien le "progrès n'a, en art, aucun sens". Ça sépare d'emblée la qualité des techniques employées de celle de l'oeuvre elle-même. Par exemple, pour ce qui est de la musique, les progrès réalisés dans les domaines de l’enregistrement, du mastering, de la synthèse sonore, de la numérisation etc., ne feraient pas progresser l’art. Idem dans la photo. Je suis d’accord, mais en fait, à y réfléchir de plus près, seulement partiellement : un bon morceau de musique même mal enregistré, composé avec des instruments de qualité moyenne peut s’avérer être un titre d’anthologie. Mais je pense quand même que les progrès techniques peuvent participer à l’amélioration de l’œuvre ou en tout cas, au plaisir éprouvé à la contempler, la lire, l’écouter, la consommer. Peut-on pour autant parler de progrès de l’art ? Peut-être pas, après tout. 9. Le mercredi 7 mai 2008 à 06:11, par jfp : A
mon avis, le progrès technique (1) change de fait, et irrésistiblement,
la nature de l'Oeuvre (cf le texte célèbre de walter benjamin à propos
du cinéma), et met l'accomplissement de toute Oeuvre (je préfère l'idée
d'oeuvre à l'idée d'art dont je ne crois pas l'existence en dehors du
discours obligé de l'art qui est piégé) à la portée de tous (comme
l'avait bien senti beuys), même l'écriture (son travail, ses formes,
ses structures, ses extensions) est profondément modifiée par le
traitement de texte, parfois l'hypertexte, et l'usage de l'ordinateur,
même si subsistent en elle bien sûr des invariants... 10. Le mercredi 7 mai 2008 à 15:31, par Berlol : Oui, je pensais à quelque chose comme ça, aussi. Dans une œuvre, il y a toujours deux composantes, deux faces inséparables, comme pile et face d'une pièce : une composante immatérielle (elle même faite d'intellect, de concept, d'affect, de références, voire d'instincts et de gestes venant du corps et du travail avec son corps) et une composante matérielle directement liée aux matériaux employés pour sa réalisation. Les murs des grottes, type Lascaux ou autres, sont ornés de figures très artistiques, très conceptuelles, porteuses d'immenses affects, autant pour ce qu'on imagine de ceux qui les ont réalisées que pour ce que ça nous fait du fait de l'espace temporel. Les moyens techniques nous paraissent rudimentaires alors qu'à leur époque, c'était sans doute la pointe de la technique... 11. Le jeudi 8 mai 2008 à 03:30, par JFP : S'agissant de l'apport technique du traitement de texte, dont on ne parle pas, et pourtant combien de colloques sur le sujet de l'écriture ! et c'est pourtant l'essentiel, il y a la possibilité très concrète pour le romancier notamment de revenir sans cesse, en permanence, de façon continue, sur le texte, n'importe où (ah si proust avait connu cela, l'homme aux paperoles, la face de la recherche eût changé et sa vie, son rapport au corps aussi), d'opérer des recherches sémantiques, d'éliminer utrarapidement les répétitions (ah si flaubert... et combien d'heures gagnées sur ses séances d'abrutissement, vautré sur son canapé), d'avancer vite pour revenir travailler plus tard le mot juste et la ponctuation, de travailler le texte comme Rodin modèle une sculpture : par enlèvements-rajouts à partir d'une base portant les grands équilibres, et bien sûr aussi, de pratiquer cuting, de l'entrelarder de citations (une technique qui a toujours existé certes - cf Antoine Compagnon - mais c'est la façon qui est révolutionnaire) et aussi cette possibilité nouvelle, que j'essaie de mettre en oeuvre dans le texte que j'écris actuellement, d'écrire tout simplement à l'envers, comme on tisse... A prendre l'écriture ainsi, dans sa pratique concrete, on voit tout de suite que la distinction forme/fond s'interpénètre, agis l'une sur l'autre, comme s'interpenetre esprit/corps ou matiere/energie, des poles qui a mon sens designent la meme chose... J'approuve cette idée de travail avec son corps, que partagent phénoménologues, neurologues et ethnologues ce qui règle le compte d'ailleurs aux imbéciles qui croient encore à cette distinction absurde "manuel/intellectuel"... 12. Le mardi 13 mai 2008 à 00:35, par JFP : Mea culpa. Le monde est plein d’histoires de bruit et de fureur racontées par des idiots qui n’y comprennent rien… L’idiot en l’espèce, c’est moi… Pour en avoir le cœur net sur mes élucubrations, j’ai visionné les entretiens d’Alain RG avec Benoît Peeters (impressions nouvelles/IMEC). Ce fut bien ce que je craignais : ils contredisent pour l’essentiel ce que j’ai avancé supra, notamment à propos du rôle de Lindon ds constitution de la constellation des auteurs du nouveau roman dont ARG fut en réalité le maître d’oeuvre, sur Balzac aussi, que robbe dit bel et bien ne pas aimer (« il m’ennuie »), accordant à Stendhal un intérêt tout autre (Fabrice à Waterloo, évidemment, c’était pourtant facile à deviner…) - Excellents entretiens au demeurant, menés par un vrai connaisseur, qui donnent envie de relire les œuvres post Labyrinthe, pour peut-être les mieux comprendre et apprécier, ses films aussi… 13. Le mardi 13 mai 2008 à 00:44, par Berlol : Oui, il l'a dit. Mais ces entretiens sont un peu apprêtés... Il y a des cours de litt. pour Fr. Culture où il s'exprime mieux sur Balzac. Je les ressortirai un de ces 4, doivent être encore sur MD... 14. Le mardi 13 mai 2008 à 01:26, par JFP : Je serai très curieux de les entendre un jour via ton journal en ligne. MD ? kesako ? 15. Le mardi 13 mai 2008 à 08:21, par Berlol : MD = Mini Disc, un support du siècle dernier... J'en ai deux centaines remplis d'émissions littéraires que je renumérise quand j'en ai le temps... Donc, ce n'est pas pour tout de suite. Mais je les retrouverai, ces entretiens. |
| Lundi 5 mai
2008. Le mystère s'épaissit d'autant. Ce jour, Lutz Bassmann sort des limbes et nous propose quelque chose. Enfin ! Le mystère s'épaissit d'autant. Mais je n'en dirais pas plus car, à l'instar des biographes de Jorian Murgrave, il est à craindre que ceux qui tenteraient d'en savoir plus sur le ou les Bassmann, voire d'en théoriser l'évolution disparaîtraient dans des conditions dramatiques... Ça n'intéressera personne, sans doute, mais de ce jour je décide d''utiliser prioritairement Exalead pour mes recherches. Encore une journée à compiler et triturer du Claude Simon. Pendant que je suis concentré là-dessus, T. parvient à déjouer ma surveillance et s'enfuit au centre de sport de Shibuya, où elle retrouve deux amis avec lesquels elle déjeune ensuite, non sans leur raconter par le menu l'enfer monacal qu'est devenu notre maison depuis que je me suis lancé dans cette course folle... Et d'où elle revient radieuse. « Elle arrive, la voici la reine des illusions, la femme qui passe comme un baiser, la femme vive comme un éclair, comme lui jaillie brûlante du ciel, l'être incréé, tout esprit, tout amour. Elle a revêtu je ne sais quel corps de flamme, ou pour elle la flamme s'est un moment animée ! Les lignes de ses formes sont d'une pureté qui vous dit qu'elle vient du ciel. Ne resplendit-elle pas comme un ange ? N'entendez-vous pas le frémissement aérien de ses ailes ? Plus légère que l'oiseau, elle s'abat près de vous et ses terribles yeux fascinent ; sa douce, mais puissante haleine attire vos lèvres par une force magique ; elle fuit et vous entraîne, vous ne sentez plus la terre.» (Honoré de Balzac, La Peau de chagrin, « Épilogue », 1831) J'ai profité d'une pause pour finir de visionner La Peau de chagrin, téléfilm INA de 1980. Cela m'a un peu déçu : dans l'ensemble plus mou et plus uniforme que ce que le roman avait déposé en moi — c'est peut-être toujours comme ça puisque la lecture ouvre tous les possibles tandis que le film n'en met qu'un en scène. Tout le monde connaît la valeur philosophique et ontologique de la peau de chagrin, à la fois talisman et symbole. Cependant, je penche pour une erreur, ou tout au moins une simplification de la part de Balzac. En effet, ce n'est qu'aux yeux des êtres humains que la réduction de la peau de chagrin mène à sa disparition totale. En réalité, la peau est toujours là mais elle est entrée dans la dimension microscopique, puis moléculaire, corpusculaire, etc. Quoi qu'il en soit, ce pauvre Raphaël de Valentin, que Balzac a ironiquement voulu auteur d'une théorie de la volonté — sorte de furet qui passe entre les lignes —, aurait mieux fait de jeter cette vieille peau dans un caniveau pour ne plus la voir et vivre tranquillement ses désirs sans faille assouvis jusqu'au moment où il aurait clamsé avant d'en avoir conscience. L'anticipation et l'attente exclusive de la mort constituent une erreur grave du vivant — et quelle vanité de nous en faire tout un plat, puisque c'est le lot commun ! Commentaires1. Le lundi 5 mai 2008 à 05:01, par Luis Kiro Khadjba : "Vers la fin, la plus grande confusion se mit araignée" 2. Le mardi 6 mai 2008 à 14:24, par christine : et pourquoi exalead ? tu es fâché avec
gogol ? tu en as marre de la routine ? juste pour faire ton
intéressant ? 3. Le mardi 6 mai 2008 à 15:17, par Berlol : Exalead, exaltant bolide ! 4. Le mardi 6 mai 2008 à 15:22, par Berlol : Merci,
Luis, ou Luis Kiro ! Votre nom ressemble assez à un pseudo, ou à un nom
post-exotique, on se demande... Votre coming-out vous plonge
directement dans la fiction. 5. Le mardi 6 mai 2008 à 16:48, par christine : on se demande, en effet ...! 6. Le mardi 6 mai 2008 à 17:01, par Berlol : Non ! C'est de la poésie ! Unisexe. En revanche, je ne connais pas l'origine du nom, sans doute quelque contraction techno... |
| Mardi 6 mai
2008. Un seul doigt peut suffire. La semaine dernière, on ne travaillait pas un jour ouvré ; en contrepartie, il faut y aller aujourd'hui. Les recherches en cours ont été transvasées précautionneusement dans l'ordinateur portable, de sorte que je n'ai pas le temps d'admirer le Fuji. De grosses affluences sont attendues dans les trains et les avions, c'est le U-turn, comme on dit ici, le retour de Golden Week. Mais dans l'autre sens. Au contraire, la sortie de Tokyo ressemble au jour le plus creux d'août. Pourtant tous les étudiants sont là. Et ça bosse. Au cours de conversation, dans la salle d'ordinateurs, deux étudiantes viennent présenter des fiches de métiers choisies dans les sites spécialisés. L'une a choisi de présenter le sabotier et le cordonnier-bottier... Une autre lui pose ensuite la question qui brûlait toutes les lèvres : pourquoi ? Réponse : elle avait eu des chaussures bien réparées et s'était dit que ces gens faisaient décidément un beau métier (mais quand on voit les salaires, on rigole moins, même si le SMIC est bien supérieur au salaire minimum japonais). Ça m'a fait penser qu'il faut que je cire les miennes. Floutage de gueule. S'il est possible de déflouter des photos numériques pour retrouver un criminel pédophile, comme je l'entends aux informations, cela signifie que tous les floutages, par exemple journalistiques, ne sont plus en mesure de garantir l'anonymat des témoins... La cagoule, le bas, voire le masque du rayon farces et attrapes s'imposent donc à nouveau. Bulletin de riz. Le régime de Birmanie (pourquoi plus aucun journaliste ne dit Myanmar ?) a semble-t-il eu raison de déplacer sa capitale... Étonnant de voir combien les médias sont mobilisés. Au moment du tsunami, en décembre 2004, je m'étais demandé en vain pourquoi personne ne parlait de la Birmanie, comme si la vague s'était arrêtée à sa frontière. C'est sans doute qu'on avait assez d'images catastrophiques d'ailleurs, suffisamment pour contenter la bête médiatique. Mais cette fois, la frappe ciblée du cyclone pourrait bien être une aubaine pour les politiciens du monde développé, Bush en tête, qui espèrent bien que l'aide humanitaire sera leur cheval de Troie. (On a de l'intelligence et des formations, disait avec le même esprit néo-post-colonialiste Sarko dans les Syrtes.) Là-bas, pour l'instant, on prend les colis mais on ne donne pas les visas. Et les votes au référendum vont sans doute se monnayer en sacs de riz... « Parce qu'avec les cinq doigts de la main je vous garantis que vous avez amplement de quoi compter les différents cas auxquels tout peut se ramener, et même avec un seul, parce que, vous me connaissez, et je n'ai pas besoin de vous dire que je n'ai rien d'un communiste et qu'aucune chose ne me révolte plus que cette conception du monde et de la vie fondée sur la force de je ne sais quelles lois de la matière ou de l'économie, et pourtant, croyez -moi, un seul doigt peut suffire, parce que l'unique mobile de toutes les actions humaines, de tous les prétendus drames psychologiques, et j'en ai vu passer suffisamment dans ce bureau pour avoir le droit d'en parler, eh bien c'est l'intérêt, et rien d'autre [...] » (Claude Simon, Le Vent, tentative de restitution d'un retable baroque, Paris : Minuit, 1957, p. 13) Commentaires1. Le mercredi 7 mai 2008 à 07:24, par Laurent Morancé : Votre paragraphe " Bulletin de riz " s'avère aussi percutant que pertinent... 2. Le mercredi 7 mai 2008 à 09:12, par Tietie007 : Je suis juste en train de faire une salade de riz ! 3. Le mercredi 7 mai 2008 à 11:28, par pat : lorsque
la radio informe d'un tremblement de terre on n'imagine pas ce que
ressente ceux qui la subisse. Porte nous les bonnes nouvelles, de toi
et de ton univers, car une étoile n'existe qu'avec d'autres étoiles. 4. Le mercredi 7 mai 2008 à 15:20, par Berlol : Pas
d'inquiétude, je te rassure. A Tokyo, force 5, plus d'une minute,
secousses horizontales (moins graves que verticales). A Nagoya, rien du
tout, ou en tout cas, cela ne m'a pas réveillé. |
| Mercredi 7 mai 2008. Bulle
tapissée d'index. On est jeudi soir et je me demande où est passée la journée d'hier... J'ai littéralement oublié d'écrire après le dîner et négligé de m'en apercevoir ce matin. Pour autant que je m'en souvienne, j'ai donné un cours comme toujours très animé avec les étudiants de 2e année. Lecture d'un texte avec pauses, liaisons, enchaînements et insistance sur les accents toniques, ce qui nous a infailliblement menés au tableau des valences phonétiques du « e » français, avec ses neuf colonnes (à compléter pour dans deux semaines). Puis j'ai déjeuné avec David au restaurant des profs, toujours aussi mauvais — c'est vraiment incroyable, cette constance dans la médiocrité. Et je suis retourné dans ma bulle tapissée d'index, de contextes, de fréquences, n'y respirant d'air qu'en molécules simonesques. Grande salade du dîner — car même les plus grands écrivains ne sauraient m'empêcher de cuisiner des aliments frais — et nouvelle plongée dans le tissu dont je tresse les fils politiques... dans mes rêves les plus fous. Pour l'instant, c'est une sacrée pelote que je ne sais par où démêler. Et comme je n'ai pas eu d'autre contact avec le monde contemporain, il n'y a même pas de lien à insérer. Ou alors des choses vont me revenir après... Commentaires1. Le jeudi 8 mai 2008 à 08:06, par F : le monde contemporain te salue bien, et tes salades ! 2. Le jeudi 8 mai 2008 à 08:09, par Berlol : Merci. J'espère que juché sur une constellation il me téléguide... 3. Le jeudi 8 mai 2008 à 09:33, par F : dans les cheveux de Bérénice évidemment, ou dans les vignes de Salses... |
| Jeudi 8 mai 2008.
Nuées droite nées de la transe. Confère hier, en pire. Non pas un mais trois cours. Et quand même trois heures grapillées ; non plus pour indexer, maintenant, mais pour dessiner des nuages... de mots. Nuées droite nées de la transe. Avant que j'oublie, deux choses importantes (au moins). La première qu'en effet je n'ai rien senti du tremblement de terre qui a secoué Tokyo tôt ce matin. Plus tard, au téléphone,T. m'a dit qu'après quelques dizaines de secondes, elle avait tout de même commencé à s'inquiéter et à se demander si elle n'allait pas s'abriter sous la table en pyjama... Elle n'en a rien fait, cependant. Après j'ai regardé les images des secousses à la télé. Mais quand on voit ce qui se passe ailleurs, notamment les films amateurs reçus de Birmanie, on arrête de faire son amusant. La seconde, c'est que j'ai vu tout à l'heure le dernier billet d'Assouline, à propos d'André Suarès. Le lisant, je me disais qu'il faudrait vérifier demain matin mais je crois bien que Vercors, alias Jean Bruller, illustrateur et humoriste dans les années 30 et pas encore tout à fait écrivain, a fait paraître de diverses manières son inquiétude face à la montée du nazisme. Assurément, Suarès et lui ne sont pas les seuls qui n'ont pas été écoutés à cette époque. Mais au lieu de parler de ceux-là et d'actualiser leurs inquiétudes, on préfère généralement continuer à citer et gloser à l'envi les salauds, les pleutres et les hypocrites qui ont pavé l'histoire littéraire (et pas seulement littéraire, hélas) de cette époque. C'est comme si on persistait aujourd'hui à les trouver cassandresques alors même que la catastrophe annoncée a eu lieu dans les grandes largeurs — éternelle bouc-émissarisation de ceux qui avaient raison, voisinant tolérance pour les crapules grandes et petites. Mais revenons au blog. L'homme à la moustache trempée dans le café achève son billet par une belle surprise : « Ce n’est pas tant qu'André Suarès nous manque, à nous qui le connaissons si peu ; c’est surtout qu’il nous manque un André Suarès.» Eh bien, pour cette phrase, je retire au moins la moitié des griefs que j'ai contre lui. Dans ces temps d'augmentations tous azimuts, c'est bien de voir quelque chose qui baisse, je trouve. C'est un geste pour la planète. Commentaires1. Le jeudi 8 mai 2008 à 09:32, par moustache : ah ah, réconciliation diplomatique envisagée ? 2. Le jeudi 8 mai 2008 à 13:22, par Laurent Morancé : Suarès, Vercors, et aussi Georges Bataille avec ce méconnu roman prophétique " Le bleu du ciel "... 3. Le jeudi 8 mai 2008 à 16:11, par Berlol : Allons allons, Moustache ! Je ne suis pas connu pour ce genre d'attitude stratégique ! 4. Le jeudi 8 mai 2008 à 20:03, par brigetoun : prouve seulement que l'on peut toujours trouver du bon en quelqu"un, comme en Suarès d'autres raisons, comme le ton,de ne pas vouloir qu'il soit oublié |
| Vendredi 9 mai 2008. L'essence
d'une telle cueillette. C'est la course. Entre la valise à préparer, même si peu de besoins pour cinq jours, et le texte de mon intervention à déposer officiellement en l'état avant de partir, je n'ai même pas le temps de déjeuner avec David — j'ai pris des yaourts, des biscuits au fromage, du thé. Heureusement, on accepte maintenant le document sous forme électronique ; je l'envoie vers 15 heures. Il y a plus de quarante pages de listes et de tableaux de mots — et seulement trois pages de rédigées... Autant dire que je vais devoir trouver du temps dans les jours et les nuits à venir pour finir de distiller l'essence d'une telle cueillette. Mes cent minutes de shinkansen passent d'ailleurs en tri de co-occurrences — au casque, en même temps, le hasard a sélectionné l'écoute de Daniel Ash et ça convient très bien pour rythmer, canaliser, calmer (et ça n'empêche pas les souvenirs...). Bien sûr, le grand-œuvre continue après le dîner. Avant de me coucher, je reprends un peu le volant dans le virage des Syrtes : de l'espion rencontré à Maremma à la décision de rénover l'Amirauté — de grands changements ! Bref. Bon qu'à ça. Comme dit Sam. |
| Samedi 10 mai
2008. Enfiévré :
126×2. Donc, lever à six heures pour les notes du cours. Si vous avez une édition du Rivage des Syrtes, veuillez vous reporter aux pages suivantes pour dresser vous-même la courbe de température...
Déjeuner au Saint-Martin, bien sûr. Au moment de partir, des connaissances se pointent. Des habitués du SM, eux aussi. On discute un peu. Une prochaine fois, faudra qu'on se fixe rendez-vous. Pendant que T. va au temple d'Akasaka écouter une conférence sur la peinture à l'époque d'Edo, je rentre faire la sieste et finir ma valise. Encore quelques coups de téléphone, quelques courriels, et le tour est joué. Ayant réservé et payé mon billet d'avion en ligne fin mars, j'ai reçu ce matin un message d'Air France m'invitant à imprimer moi-même ma carte d'embarquement. Trop moderne ! Mais est-ce que ça m'évitera la queue demain matin ? Ceci dit, ce n'est pas une période de fort trafic — juste après la Golden Week, ça serait même le contraire. Cécile me répond qu'il fait beau à Paris. Tant mieux parce qu'ici, c'est pourri. J'espère seulement que le cyclone prévu demain nous laissera décoller... Commentaires1. Le dimanche 11 mai 2008 à 04:39, par Bikun : Oui il fait très beau ici...profitons-en, et
louons le soleil pour une fois alors qu'on se plaint si souvent du ciel
gris! |
| Dimanche 11 mai 2008. Sortant de
terre, cette sensation sublime. Il fait 14 degrés et il pleut. Pour partir, c'est pas sympa. Obligé de prendre un taxi pour la gare de Tokyo. Et toujours, au moment de l'arrachement physique — T. me saluant d'un sourire un peu triste, forcément — la révolte du corps, la brûlante question (on peut y répondre tout de suite en ne partant pas) de savoir s'il n'est pas absurde ou criminel de s'en aller comme ça, pour la gloire (la recherche !), vu ce qu'on en pense, au lieu de rester tranquillement ensemble... Dix minutes plus tard, par des avenues désertes et mouillées, je suis à la gare de Tokyo, descends sur le quai du Narita Express. Celui de 7h30 m'emporte et me dépose à Narita 2 à 8h35. Au 3e étage de l'aéroport, on m'informe que le départ d'Air France ne se fait pas d'ici mais du terminal 1. Redescends. Connecting Bus. Terminal 1, 4e étage, et direct au e-counter d'Air France pour enregistrer ma valise, le siège ayant déjà été réservé. Peu de temps pour flâner au duty-free. L'embarquement est à 9h50 et le décollage vers 10h40. Voisin anglophone jeune lisant ou dormant la plupart du temps. Vol sans problème, bouffe à peine comestible. Une bonne heure de travail à l'ordinateur, à ranger des idées. Films, quand même du choix : Enfin Veuve, bien, Bienvenue chez les Cht'is, moyen, Cassandra's Dream, un peu longuet et chute faible. Pour La Graine et le Mulet, intéressant mais quand même des longueurs, je serai coupé cinq minutes avant la fin ! Je ne sais donc pas l'issue de ce catastrophique couscous. J'ai juste vu que la fière maîtresse était partie refaire de la semoule... On a peut-être enfin pu servir ? Arrivée terminal CDG 2E et non 2F, comme prévu à 15h50. La passerelle met dix minutes à arriver... Bon, peu importe. Chaleur prévue, je range mon manteau dans mon sac à dos. Valise récupérée, deux kilomètres de couloirs pour prendre le RER en bras de chemises. Sortie à Luxembourg vers 17h30. Réponse à la question de ce matin : c'est par exemple pour, par un escalator sortant de terre, cette sensation sublime de déboucher directement sur cette place chérie entre toutes qu'on voyage ! Hôtel Saint-Jacques, chambrette donnant sur le passage du Clos-Bruneau, à dix mètres du Manga Café. Quelques coups de téléphone, achat d'une bouteille d'eau à Maubert, rapide dîner périgourdin (salade d'endives, pavé de boeuf à l'aligot) et... au lit à 21 heures ! Commentaires1. Le dimanche 11 mai 2008 à 22:37, par brigetoun : les lignes sur l'escalator débouchant là, un petit creux de nostalgie (qui s'appliqueraient à d'autres endroits dont, pas si loin, la statue de Danton) 2. Le dimanche 11 mai 2008 à 23:11, par Berlol : A propos de statues : passant devant la Sorbonne, j'ai salué Montaigne, comme TOUJOURS quand je passe là. 3. Le lundi 12 mai 2008 à 00:38, par Shaggoo : J'ai souvent "débouché" moi aussi à cet endroit : pour participer à un café philo avec quelques irréductibles. J'ai pris plaisir à voyager avec vous, ce matin. 4. Le lundi 12 mai 2008 à 06:38, par Laurent Morancé : Moi, c'est le Balzac rodinesque que je salue TOUJOURS lorsque, de ma province, le hasard me conduit vers Vavin-Montparnasse. 5. Le lundi 12 mai 2008 à 17:20, par patapon : « Paris a mon cœur dès mon enfance. Je ne suis français que par cette grande cité, grande surtout et incomparable en variété, la gloire de la France et l’un des plus nobles ornements du monde. » Vérifie, c’est sur le socle de la statue de Montaigne, et comme c’est exactement ce que j’ai toujours ressenti, je m’en suis souvenu sans effort. (Décidément, nous fréquentons les mêmes endroits: pour le colloque de mars, j’avais choisi le même hotel que toi ! Pas mal du tout, tranquille, pratique, et le le petit déjeuner n’est pas mauvais...) 6. Le mardi 13 mai 2008 à 00:43, par Berlol : Plusieurs commentaires dans le filtre, je viens de les mettre en ligne. Le wifi dans l'hôtel, c'est n'importe quoi. Là, dans la voiture, ça marche très bien... Content que la sortie Luxembourg dise quelque chose ! 7. Le mardi 13 mai 2008 à 05:31, par caroline : Pour la Graine et le mulet, je suis d'accord pour couper les cinq dernières minutes. En effet, en voyant que cela dure si longtemps, cette histoire de couscous et de course dans la cité, on se dit qu'il doit bien y avoir une raison et donc que ça ne va pas finir comme annoncé. Erreur, ça finit bien comme on s'y attend depuis une bonne dizaine de minutes. Dommage, car ce film est bien mais cette fin met un bémol au sentiment général par rapport au film. 8. Le mardi 13 mai 2008 à 08:19, par Berlol : Ça tombe bien, alors ! Ce sont justement les cinq minutes qui m'ont été coupées... Pour moi, le film est resté suspendu. Et quand je disais que c'était un peu long, c'était, plus qu'un avis sur le film, par rapport à l'atterrissage qui approchait, à l'écran minuscule et au son pourri des films dans l'avion !... 9. Le mardi 13 mai 2008 à 22:55, par Didier da : (Si je peux m'immiscer, le dernier plan de La Graine... est tout de même très beau, et saisissant : silhouette du père sur le pont, perdu, toute cette énergie pour rien. Pour ma part je ne m'attendais pas à une fin si désolée. Bien cordialement...) |
| Lundi 12 mai
2008. Tant de fleurs que de filles (quelque part, c'est pareil). Lever à 5 heures pour continuer le travail deux bonnes heures... Ouhh
! Pas facile de monter un truc en famille le jour — de la
solidarité avec nos aînés —
où
même ceux qui ne devraient pas travailler doivent y aller
parce
que le texte officiel n'est pas sorti — c'est le cas de mon
cousin, qui ne peut donc pas sortir avec mon père et moi.
Pas
d'autre solution que de louer une voiture ; j'appelle Avis de la
gare d'Austerlitz et c'est d'accord. Pas mal d'autres appels pour
préparer demain.Voiture louée, j'étais en train de débrayer pour sortir du parking quand... l'employé vient toquer à la fenêtre. Il me dit qu'il a un petit souci (ce mot tellement à la mode) et souhaite (très poliment) que je l'accompagne au commissariat du fait d'une petite incohérence dans mon permis de conduire. Le numéro aurait trop de chiffres... Grosse surprise : je l'ai depuis plus de vingt cinq ans ! Et personne ne me l'a jamais faite, celle-là. Vérification dans un poste de police bunkerisé, d'où je ne suis pas certain de pouvoir ressortir. Deuxième pièce d'identité. Cinq minutes plus tard, le policier revient et déclare que je suis bien au fichier national des permis de conduire, sous mon identité correcte et véritable, ce qui ne m'étonne pas, mais qu'en effet le numéro du permis contient treize chiffres au lieu de douze. Un 4, tapé avec une machine à écrire d'une autre époque, s'est glissé entre les chiffres officiels... Cette petite demie-heure perdue (et rajoutée sur mon contrat de location), je m'en vais par les avenues et autoroutes désertes jusqu'à l'hôpital Chenevier de Créteil où je retrouve mon père, amaigri mais en bonne forme. De toute façon, on ne rajeunit pas. On va à
Bercy Village, déjeuner au Saint
M', beaucoup de
monde dans le Cour Saint-Émilion, ambiance très
sympa,
nourriture correcte (sans plus) sauf le rosé corse, Clos
d'Orléa, excellent (c'est vraiment moche d'avoir
à conduire).Promenade dans les jardins, des paysages qui intéressent beaucoup mon père, il y reviendra sans doute pour fusains et aquarelles, tant de fleurs que de filles (quelque part, c'est pareil). En revanche, il ne peut pas monter les trois étages de marches qui nous permettraient d'atteindre la passerelle vers la BnF... La rééducation cardiaque, ce n'est tout de même pas la forme athlétique. Remontons en voiture pour profiter de Paris pendant que les parisiens n'y sont pas. Avenues dégagées et ensoleillées, grand tour de Paris, incluant les quais de Seine, la Concorde, les Champs-Élysées, l'Étoile, Alma-Marceau, Les Invalides, Montparnasse et... retour à Créteil pour 18 heures. Dîner chez ma mère (c'est la journée famille) en pleine forme, sœur qui cuisine plutôt bien (et bien épicé), beau-père toujours jovial, grand-mère de 88 ans qui siffle bien son verre de vin, se plaint de son jeune chien un peu fou. Bref, plutôt réussi, ce lundi. Commentaires1. Le mercredi 14 mai 2008 à 07:10, par Manu : Incroyable cette hist4oire de permis ! 2. Le jeudi 15 mai 2008 à 03:24, par Laurent M. : J'aime beaucoup cette " petite " chronique, toute tranquille et toute tendue... 3. Le jeudi 15 mai 2008 à 07:28, par curval : Et pendant ce temps là à Tokyo craquent les compatriotes... 4. Le jeudi 15 mai 2008 à 21:17, par Berlol : Très réussi, Manu ! J'allais corriger ta
coquille quand j'ai compris que tu avais appliqué le
procédé... 5. Le vendredi 16 mai 2008 à 05:09, par christine : j'ai
saisi comme prétexte (facile, j'en conviens!) pour rester au lit hier
matin plutôt que d'aller t'écouter à la Sorbonne une supposée
incompatibilité avec mon statut de gréviste ... mais j'espère que tu
vas mettre en ligne tout ou partie de ta réflexion sur la politique
chez Claude Simon |
Mardi 13 mai 2008. Presque comme
si on était en vacances chez quelqu'un. Les
noctambules de la rue des Carmes ne m'ont pas
empêché de dormir avant
minuit, fenêtre entr'ouverte.À 5 heures du matin, la ruelle est très calme et le wifi comme dans du beurre passe. J'ai même le choix entre deux ou trois réseaux voisins. En revanche, vers 7 heures, ça ne passe plus du tout... sauf dans la voiture quand j'essaie après le petit déjeuner, ce qui me permet notamment de poster le billet d'hier. Je démarre avec l'espoir de me garer quelque part dans Châtelet-Les Halles pour une ou deux courses. Mais grosse circulation déjà, changement de sens de certaines rues, stationnement déjà saturé... Je tourne en rond, sans succès, jusqu'à l'heure de passer des coups de téléphone, à l'arrêt, rue de l'Amiral de Coligny, avec le beau paysage du Louvre sur ma gauche. De là, j'appelle T., qui va bien, et quelques amis pour les rendez-vous du déjeuner et du dîner. Je rends la voiture à Austerlitz vers 11 heures et m'en sens bien allégé. Déjeuner à la terrasse du Mauzac avec, dans l'ordre d'apparition, Philippe De Jonckheere, Constance, Cécile, Christine et Nathalie. Ma présence (catalytique ? — ou ce sont eux qui m'attirent ?) les a fait venir de tous les points de la ville, parfois au mépris de la stricte heure du déjeuner. Qu'ils en soient remerciés car ils m'ont donné le plus beau d'un bref séjour à Paris : un moment d'amitié intelligente, littéraire et presque campagnarde — presque comme si on était en vacances chez quelqu'un et qu'on s'endormait après le dessert entre les pages de l'Opoponax. Sans oublier qu'on y mange, aussi : gaspacho et tartare de thon. Bien
après 3 heures, il faut quand même nous
séparer.
Dans la chaleur aoûtienne des rues, j'accompagne Nathalie
à Sèvres-Babylone, y fais ma réserve
de thé Kusmi et retourne me reposer une
heure.Dîner avec un couple d'amis anonymes chez Vagenende, bd Saint-Germain, dans la tiédeur. On partage l'os à moelle pour rigoler, puis une salade d'endives au bleu avant d'attaquer les sublimes carrés d'agneau, tandis que la conversation roule de Tokyo à Macao et retour... Et LaureLi nous rejoint pour le dessert, avec des livres à offrir et plein de munitions pour la discussion malgré l'alarme stridulante et inextinguible du magasin voisin. Ce sera mon coucher le plus tardif, sans cependant que mon carosse redevienne citrouille. Pendant ce temps, selon un courrier reçu hier soir, le baiser d'un exorcisme en bord de mer mouille chastement l'envoûtante prose de Lutz Bassmann (par Christophe Bergon et Manuella Agnesini). Commentaires1. Le dimanche 18 mai 2008 à 07:54, par Philippe De Jonckheere : Tu
as le tiercé dans le désordre: ordre d'arrivée, toi, PDJ, Cécile,
Constance, C., et Nathalie. Un très bon moment effectivement. Et le
magret sans doute le meilleur que j'aie jamais mangé. Rentré juste à
temps pour aller chercher les enfants à l'école. Ils m'ont trouvé d'une
inhabituelle bonne humeur, Madeleine says. 2. Le dimanche 18 mai 2008 à 09:41, par christine : j'étais
en retard au Mauzac, j'essaie d'arriver plus tôt dans les commentaires
! merci beaucoup à toi (et aux autres!) pour ce moment vraiment très
agréable : je ne regrette pas d'avoir choisi le déjeuner "avec des
copines" (Philippe n'était alors pas encore prévu, précisé-je) plutôt
que le dîner (en dépit du convive annoncé (est-ce bien lui l'anonyme?),
tentant mais intimidant) 3. Le dimanche 18 mai 2008 à 09:49, par Laure L : Moment délicieux - mais trop court ! - et quelles profiterolles !... 4. Le dimanche 18 mai 2008 à 09:59, par alain : Mardi ? 5. Le dimanche 18 mai 2008 à 10:17, par Shaggoo : Ah ! Faire partie d'un club... (Soupir...) 6. Le dimanche 18 mai 2008 à 11:39, par cécile : A
la barbe des barbichus en blouse d'à côté, ces amis, ce vin,
l'Opoponax. Parler enfin de l'Opoponax. Et se faire des taches en
regardant passer Delors. 7. Le dimanche 18 mai 2008 à 17:53, par Berlol : Quelle salve ! 8. Le dimanche 18 mai 2008 à 18:41, par Philippe De Jonckheere : As sure as eggs are eggs! 9. Le dimanche 18 mai 2008 à 19:15, par Berlol : Oui, c'était quoi ton fond de teint ? 10. Le dimanche 18 mai 2008 à 23:09, par cécile : but who can be sure eggs are eggs? batsal.blogs.com/photos/o... 11. Le dimanche 18 mai 2008 à 23:15, par Berlol : Au temps pour moi ! 12. Le lundi 19 mai 2008 à 02:09, par Constance : Je confirme. 13. Le lundi 19 mai 2008 à 02:11, par Constance : déparatager et déraper, ou partager et patauger. 14. Le lundi 19 mai 2008 à 03:05, par Philippe De Jonckheere : A propos de Stéphane Batsal dont parle Christine, je vous invite à regarder ceci: www.desordre.net/labyrint... 15. Le lundi 19 mai 2008 à 06:52, par Berlol : Bon,
OK pour l'ordre d'arrivée. Je touche quand même le tiercé dans le
désordre. Et comme a priori j'aurais parié que Philippe, Constance et
Cécile arriveraient les premiers — (délit d')initié que Christine et
Nathalie arriveraient après — les cotes sont très basses et les gains
ridicules... |
| Mercredi 14 mai 2008. Parmi
d'autres poussées créatrices. Lever à 5 heures, encore, pour deux heures de travail avec un peu d'accès sur un ou deux réseaux... Premier jour du colloque Claude Simon à la lumière de l'histoire littéraire, de l'histoire culturelle et de la sociologie de la littérature. Je franchis avec inquiétude les 300 mètres qui me séparent de la Sorbonne : comment seront ces simoniens ? Comment m'accueilleront-ils ? Moi qui n'ai rien fait dans ce domaine depuis plus de dix ans... Qui ne suis même plus entré dans ce bâtiment depuis qu'il y a des vigiles aux portes... Y suis à 9 heures, salle Bourjac, et il n'y a presque personne. Au plus fort de la matinée, il y aura une vingtaine de présents. Conclusion d'un collègue : le Nouveau Roman n |