| Lundi 1er septembre 2008. Sortir
par l'œil gauche. Encore du boulot dans l'appartement à rendre : grand nettoyage du balcon. Je balance des dizaines d'arrosoirs, sur les murs, les bais vitrées, je brosse à fond, c'est très amusant. Mentalement, je me remets au travail intellectuel aussi. (Comme si j'avais jamais arrêté.) T. en est à son 30e carton de livres, contenus triés et notés dans un grand cahier (c'est ça qui prend du temps). Deuxième courrier mensuel de sélection des Flux Litor envoyés à la liste. Au téléphone, ma grand-mère chronique son retour de vacances. Une personne de la famille a le ver solitaire. Maintenant sous traitement médical, elle a fait des anneaux mais n'a pas encore eu la tête. Belles expressions ! Dans la voix amusée, le sentiment courant, généralement chez nous, de dégoût, d'avoir cette sorte de bestiole dans le ventre. Plus tard, T. me dit qu'au Japon, on a un sentiment un peu différent, presque amical, pour le ver solitaire. Il protégerait d'autres maladies. Et puis pour les femmes, il aide à maigrir. Résurgence
du débat sur la vitesse de lecture, en commentaires ces
jours-ci, repris et arbitré en Lignes
de fuite
hier. Je crois qu'on est tous d'accord : la vitesse de lecture
n'est pas un critère de comparabilité des
qualités
individuelles (de la lecture ou de la personne) mais une des richesses
de la différence personnelle. Pas de top ten des idiorythmes,
même si certains journalistes veulent nous en imposer en
chroniquant un ou deux ou trois livres par jour. Mais si elle existe,
l'idiologie littéraire, réticulaire et non
normative,
admet des domaines, des liens, des branches, etc., mais pas de haut et
de bas pour la vitesse. Ce principe donné, nous
savons que
les conditions de lecture sont déterminantes (temps
disponible,
lieux de lecture, qualités de l'environnement comme le bruit
ou
la luminosité, problèmes personnels,
goûts pour un
auteur ou un genre), de même que la nature du texte en
question
(longueur, difficulté thématique ou stylistique)
et
l'objectif de sa lecture (distraction, passe-temps, étude,
fanatisme pour un auteur ou un genre, volonté
d'être dans
le coup, etc.).Tout ceci dit, nous savons tous qu'il y en a qui lisent comme des pieds. À qui on ne confierait pas la prunelle de ses lignes. Qui dévorent comme des cochons en salopant toute la beauté du texte, tandis que d'autres s'endorment à tout bout d'alinéa et laissent sortir par l'œil gauche ce qui vient d'entrer par le droit. Dans les rangs de la littérature, ces gougnafiers sont légion et tous ne sont pas fantassins... « L'émotion, tiens, mets-toi à ma place, c'est bien normal : la phase finale de l'insurrection ! Un coup de genou dans une porte, en prenant garde à ce qu'elle ne te revienne pas dans la figure, quelques paroles solennelles, et en une seconde il y a quelque chose qui s'écroule, qui bascule dans l'enfer devant toi, quelque qui pour toujours se détourne, tu ne le reverras plus que dans les livres ou sur la pellicule dont tremblent les couleurs de paille, et toi tu es là, toi, en équilibre à peine stable sur autre chose qui vient, qui s'impose, qui obéit encore un peu à tes gestes si tu veux bien y accorder l'attention qui convient, si tu ne te laisses pas aller trop vite à l'impatience. Thü te rends compte ? » (Antoine Volodine, Biographie comparée de Jorian Murgrave, p. 108) |
| Mardi 2 septembre 2008.
Christophe Chazelas ! Hier, c'était des arrachages de bois, plinthes, plafonds et sols, un plein camion. Aujourd'hui, on a les machines qui vrombissent gros et s'attaquent aux murs. Ça se passe dans l'appartement voisin de celui que nous venons d'emménager. Juste devant moi, un mètre au-delà de l'écran. Heureusement, T. est en bas à fermer ses derniers cartons, tranquille. Les ultimes meubles à jeter sortiront ce soir (sodaigomi, 粗大ごみ, on a dû acheter 14 tickets, voir vendredi dernier). Nos propriétaires passeront demain après-midi. Dans quelques jours, nous aurons rendu les clés, nous n'aurons plus accès à cet appartement dans lequel, etc., etc. Tout le monde connaît cette sensation, je pense. Et même d'un endroit dont on n'était pas spécialement content, il est possible de regretter en partir, regretter le temps où on y était, tout simplement parce qu'on y a vécu plus jeune qu'on ne l'est maintenant, ou avec quelqu'un qu'on n'a plus ou parce que d'autres événements ont eu leur poids. Mais bon, tant pis. Et on est tellement content de la lumière au 4e ! J'avais oublié que les Mardis littéraires avaient repris la semaine dernière (j'avais la tête ailleurs). Mais... qu'y (qui) vois-je, à côté d'Olivier Rolin et de Céline Minard ? Christophe Chazelas ! Le vieil ami (même si plus jeune que moi) dont je suis sans nouvelles depuis au moins quatre ans ! Le Christophe dont j'ai mis en ligne IL Y A 10 ANS — j'en reviens pas — une des premières versions de Feu l'artifice, maintenant publié dans la maison qu'il a créée avec une amie, Ariadna de Oliveira Gomes qui publie Ville réelle, si je comprends bien, les éditions Emblée. Ici, la liste des libraires partenaires (puisqu'ils n'ont pas (encore) de distributeur). Du coup, le Chasseur de lions et Bastard Battle passent au second plan (ils auront leur tour) et j'écoute et réécoute la belle voix de l'ami lointain. J'imagine que le texte aura changé. Il en parle un peu. Mon édition servira... « [...] c'est mon premier livre publié parce que j'ai mis beaucoup de temps à prendre en compte l'existence du lecteur. Il y a un moment en poésie où on écrit, on est soi avec le monde en quelque sorte, et puis le jour où on décide de publier c'est tout à fait une autre affaire. Et ça m'a pris une petite dizaine d'années de prendre en compte ce lecteur, de jouer avec lui et cette voix [off] m'y a aidé énormément...» (Christophe Chazelas dans les Mardis littéraires du 26 août 2008) J'essaye le dernier numéro de portable connu. Il l'a encore. Y laisse un message, avec mon adresse. Moins de deux heures après (j'étais sorti), il y a un courrier de lui. Je reconnais sa patte. Je réponds dans la soirée. Entretemps, on a déjeuné au Saint-Martin, croisé des collègues à qui j'ai parlé de l'appartement à louer. T. a mis un scotch final aux cartons. Collé les tickets sur les encombrants. Je les ai sortis un à un, du plus petit au plus gros, il a fallu démonter des pieds de table pour leur faire passer les portes, les remonter dehors. Mettre tout ça dans la place de parking du proprio. Déranger Frédéric pour une commode pas commode, qui ne voulait pas passer l'entrée et que T. n'était pas sûre de tenir dans l'escalier. Après ça, on se tient tranquille toute la soirée... |
| Mercredi 3 septembre 2008.
Impartial (mon œil) et critique (pffuuu...) —
l'intérêt. Enfin ! Les encombrants sont partis, très tôt. Vers sept heures, nous sommes descendus pour voir si tout était encore là, mettre quelques meubles plus près de la rue pour que le service de la mairie les trouve. Et vers 8h30, plus rien. Tout emporté. Sensation d'allègement, de dépossession joyeuse. Restent les deux mètres cubes de boîtes de livres. Je les range dans la grande penderie en attendant que les livreurs arrivent. Pendant que T. dépoussière les murs et cire les sols, je brique les carreaux de la cuisine, démonte, nettoie et remonte l'aérateur, savonne à fond l'évier. À 10h30, les livres partent, ils seront demain matin à Nagoya. L'appartement est vide, hormis quelques sacs plastiques, quelques petits paniers de produits divers, sake de cuisine, eau de Javel, boîte de gants en plastique, etc. Encore une fois, si ça n'intéresse personne, je répète que ce journal a toujours eu une double fonction : pallier ma mauvaise mémoire du quotidien & accompagner mes lectures et cours. L'une et l'autre ne sont pas toujours à égalité ; le résultat n'est pas toujours hautement littéraire. C'est d'ailleurs précisément la variation permanente du dosage qui en fait, selon moi — un moi dédoublé qui devient observateur impartial (mon œil) et critique (pffuuu...) — l'intérêt. Ça m'a énervé, ce billet chez Scheer sur Assouline ! C'est rien de le dire. Mais vaut mieux se calmer. Florent G. (avec qui je devrais m'entendre) m'a répondu — « [...] Ecrivez un livre sur votre propre expérience [...] » — j'étais mort de rire — comme s'il répondait à une sorte d'hurluberlu qui débarque de la Lune, sans se renseigner ni rien, simplement pour défendre son point de vue dont le fondement est, peut-être sans qu'il le sache : tout vient du livre et y retourne, sous-entendu : le web n'est pour nous qu'un lieu de transit et une caisse de résonance. Sur le site d'un éditeur, c'est normal. Et donc normal qu'il(s) y défende(nt) et promeuve(nt) un autre journaliste tête de gondole. Allez, sortons courir ! « Entrés en Moravie, les Allemands s’y établissent donc et occupent Ostrava, ville de charbon et d’acier près de laquelle Émile est né et où prospèrent des industries dont les plus importantes, Tatra et Bata, proposent toutes deux un moyen d’avancer : la voiture ou la chaussure. Tatra conçoit de très belles automobiles très coûteuses, Bata produit des souliers pas trop mal pas trop chers. On entre chez l’une ou l’autre quand on cherche du travail. Émile s’est retrouvé à l’usine Bata de Zlin, à cent kilomètres au sud d’Ostrava. Il est interne à l’école professionnelle et petite main dans le département du caoutchouc, que tout le monde aime mieux éviter tant il pue. L’atelier où on l’a d’abord placé produit chaque jour deux mille deux cents paires de chaussures de tennis à semelles de crêpe, et le premier travail d’Émile a consisté à égaliser ces semelles avec une roue dentée. Mais les cadences étaient redoutables, l’air irrespirable, le rythme trop rapide, la moindre imperfection punie par une amende, le plus petit retard décompté sur son déjà maigre salaire, rapidement il n’y est plus arrivé. On l’a donc changé de poste pour l’affecter à la préparation des formes où ce n’est pas moins pénible mais ça sent moins mauvais, il tient le coup. Tout cela dure un moment puis ça s’arrange un peu. À force d’étudier tant qu’il peut, Émile est affecté à l’Institut chimique et là c’est plutôt mieux. Même s’il ne s’agit que de préparer de la cellulose dans un hangar glacial bourré de bonbonnes d’acide, Émile trouve ça beaucoup mieux. Certes il préférerait, en laboratoire, participer à l’amélioration de la viscose ou au développement de la soie artificielle, mais il manifeste en attendant que ça lui plaît bien. Ça lui plaît tant que l’ingénieur en chef, content de lui, l’encourage à suivre les cours du soir de l’École supérieure. Une bonne petite carrière de chimiste tchèque se dessine lentement.» (Jean Echenoz, Courir, Paris : Minuit, 2008, p. 10-11) Sortira le 9 octobre mais on peut déjà se délecter de cette fausse neutralité biographique... Après notre première promenade libre depuis près d'un mois et un dîner tranquille, Vantage Point (P. Travis, 2008), juste ce qu'il nous fallait. Denis Quaid en dur à cuire — il court aussi pas mal — pour une scène de dix minutes vue et revue sous tous les angles — d'attaque. Le film était sorti le 19 mars alors que nous quittions la France le 14... commentaires |
| Jeudi 4 septembre 2008. Carte
mémoire dans les décombres. Première journée, donc, d'une vie libre. Ou plus libre qu'avant. Libérée d'un appartement qui nous pesait de plus de six ans de souvenirs plus ou moins bons, dans un cadre qui ne nous plaisait guère (un peu dans les tons marrons du JLR2 avant que je passe aux bleus...). Je n'oublie pas cependant que nous avions été très contents de le trouver, et si près de l'Institut, dans le centre de Tokyo. Plus de six mois auparavant, en 2000, j'avais demandé à la collègue qui habitait ici de me signaler tout appartement qui se libérerait dans cet immeuble ou dans les parages, et voilà que c'était elle qui partait... T. se remet à un article qu'elle aurait dû finir en juillet, moi au cours sur Dora Bruder. Déjeuner au Saint-Martin, puis rapide promenade. Jusqu'où ? Comme des prisonniers élargis, nous n'osons pas encore aller loin... Dans l'après-midi, je vais à la médiathèque de l'Institut pour y lire une bonne heure. Ayant un peu perdu l'habitude de cela aussi, je passe tout mon temps sur un seul numéro des Inrocks (le n°666). J'y note des groupes à écouter, pour découvrir ou voir ce qu'ils sont devenus, comme Chateau Marmont (bof...) ou Deus (mouais...) — à tout prendre, je préférerais encore les Midnight Juggernauts... J'y note le passage de La Belle Personne, de Christophe Honoré, sur Canal + le 12 septembre — je pourrai peut-être le télécharger avec iWizz, s'il me reste du crédit horaire et si le film est dans la liste des programmes. C'est qu'on ne peut entendre parler d'adaptation de la Princesse de Clèves sans penser à une réponse aux insultes présidentielles... Un message laconique de Globat me signale un retour à la normale (je n'en crois rien) et me demande si je constate encore quelque chose qui ne marche pas. Sans ironie, au moins apparente. Après le « We do apologize for the delay » d'un message d'hier, j'ai droit à un « Thanks for your patience » qui fait chaud au cœur... Sauf que tout n'est pas opérationnel : le module de stastitiques StatPress fonctionne de façon erratique et ne donne parfois aucun résultat pendant six, huit ou dix heures, de sorte que je ne peux pas compter dessus pour pister mes visiteurs... Ni — surtout — pour savoir tout simplement si quelqu'un arrive à se connecter aux pages. Avons loué le film Cloverfield (Matt Reeves, 2008). Courageuse tentative de subjectivité totale dans une situation catastrophique. Alors que le film de monstres, de cataclysme ou de fin du monde se complaît souvent dans une visualisation, une monstration outrancière (et forcément kitch et invraisemblable, quelque part). L'aspect d'un filmage avec petite caméra vidéo restitue tout de même une image de grande qualité et un montage qui, par hasard, serait exceptionnellement narratif. Et pour cette raison supposée, le document serait visionné, sans explication, sans doute dans un cadre militaire, après récupération de la carte mémoire dans les décombres d'une zone précédemment connue sous le nom de Central Park... |
| Vendredi 5 septembre 2008. Ne
manquent plus que les plumes. On sort, un peu plus loin... Avec T. chez un docteur de Shinjuku, puis on se ballade entre les tours. Belles et claires perspectives, pas trop de chaleur. De retour chez nous, T. finit de choisir des illustrations dans son corpus digital des Mazarinades, pour son article. Je retaille les parties exploitables et dispose le tout dans un dossier en ligne. Fini. Elle doit maintenant attendre le rapport de seconde lecture et passer à autre chose. Pour ce qui est du JLR2, on va atteindre sous peu des sommets de comique... Lisez donc sans rire, je vous en prie (puisque je choisis mes mots pour une lecture sans entraves). Je venais tout juste de poster un message au gars de Globat, au sujet du module de statistiques (ce dont je parlais hier) quand je constate, sur le cul, que tout le journal, y compris mon interface administrateur, a subi un horrible transcodage. Qui rend tout illisible, ou difficilement. En japonais, on dirait mojibake, mais ici pas question de mauvaise lecture des simples ou doubles octets. Juste la continuation de cette incurie qui dure, dure, dure depuis la fin juillet et dans laquelle je suis pris comme dans du goudron (ne manquent plus que les plumes). En effet, il est possible de changer de serveur. Mais il faut commencer par en trouver un meilleur (et comment en avoir la certitude, et pour quel prix), puis y rapatrier les noms de domaines avant de pouvoir bouger le moindre document... On comprend le choix de donner encore sa chance au support de Globat. (Mais en secret, je cherche...) Location du jour, suivant un conseil des Inrocks qui associait ce film au No Country for Old Men des Coen, mais aussi comme en reprise du filon de mon ire pourpre, There Will Be Blood (P. T. Anderson, 2007) que nous regardons en deux temps (le film dure plus de deux heures trente). Superbe fresque, intense, historique, collante aux semelles et aux yeux comme cette huile tant voulue. Pour nous qui connaissions Giant et Dallas, en voici aussi la protohistoire, le fondement, un des milliers de bons gars qui firent leur chemin sans vraiment aboutir, la glaise de cet American Dream encore tellement vivace (et, pour nous, pour moi tout au moins, insupportable). commentaires
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| Samedi 6 septembre 2008. Et du
regret me tendent l'idée. Par intermittence, j'essaie de comprendre ce qui s'est passé hier dans les bases de données. Il y a du changement Iso-8859 en UTF-8 dans l'air, c'est certain. Mais où, pourquoi et comment ? Et pourquoi cela ne se peut-il rétablir par l'opération inverse ? Et pourquoi ne puis-je plus insérer de japonais ? Autant de questions auxquelles l'hébergeur se garde bien de répondre et qui resteront ouvertes pour aujourd'hui. Si quelqu'un veut se porter volontaire pour m'aider à comprendre... Que cela ne nous empêche pas d'aller déjeuner au Saint-Martin est une preuve de salubrité mentale, non ? D'autant qu'il fait beau, que les rues sont animées et que le restaurant va fermer pour plus de deux semaines... Nous y retrouvons un couple de connaissances du quartier, eux aussi désolés et craignant de maigrir durant les vacances corses de nos hôtes. Cependant ils les ont bien méritées, ces vacances. Même s'ils ont payé la surcharge carburant au prix fort, alors même qu'elle commence à baisser... Cet été, en ne partant pas, nous avons économisé près de 400.000 yens (2600 euros) d'avion ! Le cumul des dépenses pour le déménagement n'arrive pas à la moitié de cette somme. Et quelle tranquillité ! (Mais parfois, les images de plages, de chemins de montagne ou de rues parisiennes m'assaillent, et du regret me tendent l'idée — que je ne saisis pas.) Du regret de bloguer aussi, les problèmes actuels me tendent l'idée... Je me rappelle très bien ma colère naïve (romantique) au début du blog, spip, php et autres, sentant que la complexité croissante des systèmes allait faire perdre leur liberté à ceux qui avaient appris à peu de frais à s'exprimer au moyen de l'html. Des solutions clé en main sont apparues ensuite, redonnant cette facilité d'expression, d'où le boom du blog sur plateforme commerciale. Mais pour ceux qui souhaitent toujours garder leur indépendance, leur autonomie et la propriété de leur production, nécessité impérative de suivre l'élévation du niveau technique, sinon... on se croit à l'abri, ayant cliqué sur sauvegarder, engrangé ses backups... alors qu'on n'y est pas du tout, ce n'est qu'une illusion, le moindre glitch vous bousille tout en une fraction de seconde et dans des proportions incalculables. Se reliant directement à mes craintes pour l'avenir du stockage du patrimoine littéraire, telles que je les exposais lors du colloque ILF 2005 de Cerisy, je vois maintenant que l'accroissement de la fragilisation des données de la mémoire humaine par le degré de complexité technique même risque bien de devenir un instrument de pouvoir. En effet, la cybernétique mondialisée saura tirer profit des disparitions de données (beaucoup plus facilement que lorsque la tyrannie ordonnait des autodafés — et tout en faisant croire à leur augmentation et à leur disponibilité) pour asservir les masses qui perdront progressivement le contact avec leurs racines culturelles, judicieusement remplacées, d'ores et déjà, par le clinquant global dont Sarkozy, Berlusconi, Bush et Poutine sont déjà les VRP. Possédées en sous-main par des groupes politiques, les marques commerciales deviennent alors vecteurs prioritaires de culture, masquant progressivement les ressources historiques encore et toujours bien réelles, masquant bien sûr qu'elles masquent ce qu'elles masquent (pourrait dire Meschonnic), jusqu'à ce qu'une génération — puis deux, puis trois... — ait été entièrement bâtie de ces artifices, le cerveau entièrement rempli de publicité dans laquelle le vocabulaire est intégralement recyclé, art, beauté, littérature, intelligence, amour, etc., n'ayant plus que le sens que les marques et les réseaux cybernétiques leur ont forgé. De sorte que du passé, rien ne sera détruit mais que (l'accès à) tout aura disparu. Non qu'il soit interdit mais partout remplacé, dans les chemins des réseaux, par les leurres des marques commerciales et des groupes de pouvoir. — Hein ? Qu'est-ce que vous dites ? C'est déjà comme ça ? Et personne ne me lit ? Ah !... Nous avons loué Charlotte Gray (2002) et c'est une erreur. Rien à en sauver. Sauf qu'on aimerait bien aller faire un tour dans le village de Saint Antonin Noble Val (où le film a été tourné, en quasi-autarcie, d'où son aspect conte de fée...). Ce soir, grève d'écriture. Au lit avec Jorian Murgrave... commentaires
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| Dimanche 7 septembre 2008.
Réfléchis au rêve livre en main. Quand je parlais de la titanicité de l'édition française, c'était avant de visionner la nouvelle émission soi-disant littéraire de France 5, la Grande Librairie. Il peut (et pourra) toujours arriver qu'il y ait de bons moments, comme dans cette première du 4, lorsque Régis Jauffret parle de son travail, mais le nom même de l'émission la situe du côté du bateau qui coule et des tiroirs-caisse qui sonnent encore. Sous prétexte de littérature, tout le discours est orienté vers la vente des livres. On me dira que c'est nécessaire, pour qu'ils soient lus. Je répondrai que non. Quand François Busnel déclare qu'il n'y aura pas de chroniqueurs dans cette émission, on ne peut s'empêcher de penser au parti pris de Frédéric Taddeï pour Ce Soir ou Jamais, et aux critiques qu'il encourut pour ce choix, il y a deux ans. Le champ comparatif étant ouvert, j'aperçois tout de suite que le taux d'interruption de la parole des auteurs par Busnel (pour rendre l'émission plus rythmée, plus agressive, plus marrante ?) est très supérieur à celui de Taddeï, ou à celui de Frédéric Ferney dans feu le Bateau-Livre... (Malaise, tout de même quand Jauffret fait l'éloge de Marc Lévy sous prétexte qu'il fait au moins lire des gens...) Le groupe Hachette Livre pourra-t-il colmater le bateau avec les entretiens vidéo de la Rentrée Littéraire 2008 vue par Michel Field ? Rien de moins sûr... Toutefois, il est remarquable qu'au moment où Constance dévoile (à peine) la tentative avortée d'un éditeur (Zulma), un groupe majeur du papier imprimé lance quelque chose d'ambitieux dans le numérique, avec site web 2.0, pdf de premières pages et vidéos encapsulables sur d'autres sites, etc. Cher Jean-Claude, j'ai oublié quelques jours de t'aller lire. Tu auras compris pourquoi en lisant mes précédents jours. Mais je suis fidèlement repassé par chez toi aujourd'hui et y ai lu que tu venais d'entamer ta dernière année d'enseignement. Comme toi peut-être, je suis pour toi partagé entre la joie et la tristesse. En finir, c'est être débarrassé de bien des charges, de l'emploi du temps et des responsabilités, mais c'est aussi perdre des relations, de l'activité, l'idée d'une mission, même si l'on n'en est plus convaincu. Comme tu le suggères, tout dépend de ce que l'on envisage pour après, de comment on s'y prépare. Je te la souhaite donc encore enrichissante, cette année scolaire ! Tellement bien chez nous (en attendant que la folie des activités sociales reprenne) que nous n'avons pas mis les pieds dehors. En fait, nous voulions sortir vers cinq heures, nous étions prêts mais un nouvel orage nous en a empêché. Tant qu'à regarder un conte de fées, le soir, autant en prendre un vrai — Big Fish (Tim Burton, 2003) — plutôt que la pseudo-réalité romancée de Charlotte Gray hier. Sur fond de réconciliation père-fils, un film d'une belle cohérence (par ailleurs, suis toujours heureux de voir Steve Buscemi...). Par ailleurs, je réfléchis au rêve livre en main, pour un possible exposé bientôt... Et pour ça aussi, je lis lentement (merci à Anne-Sophie d'avoir repris le thème). «— Qu'est-ce que vous savez de nos méthodes ? La censure n'a pas autorisé la moindre ligne sur ce qui se passe à Kostychev.» Le biologue haussa les épaules. À vrai dire, maintenant que le pouvoir avait fait appel à lui, il ne se préoccupait pas de ménager la susceptibilité des hommes des brigades. « Il n'y a pas besoin de lire la presse pour savoir, dit-il. Les méthodes pratiquées ici jusqu'à présent, c'est à peu près comme de vouloir ciseler une bague avec une hache.» Il y eut quelques secondes de silence lourd. « Si vous voulez, dit le biologue, nous pouvons alterner les séances d'interrogatoires. Tantôt dans les sous-sols de la prison, tantôt dans les laboratoires. Mon équipe se chargera du travail en laboratoire.» Le dirigeant de la section spéciale se leva de la chaise où la mauvaise humeur l'avait jusqu'ici écrasé. Il n'était pas en position de force. « Bon, on fera comme ça, dit-il. Vous avez une idée de ce que ça pourra donner ? — Nous allons modifier sa mémoire et y semer la confusion : il va être obligé de fuir le long de ses souvenirs, en les reconnaissant de plus en plus mal. Il va se réfugier dans ses rêves ; c'est là que nous allons essayer de le contrôler ; ses cauchemars et la réalité formeront un labyrinthe dont il ne sortira pas.» » (Antoine Volodine, Biographie comparée de Jorian Murgrave, p. 118) commentaires
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| Lundi 8 septembre 2008. Des
mangas récupérés dans les poubelles. Pour T. et moi, c'est aujourd'hui le 13e anniversaire de notre rencontre. On ne fait rien de spécial. Demain, peut-être. Ça faisait des mois qu'on rêvait de ces tranquilles journées de recherches. On les a, on les tient. C'est déjà ça, notre cadeau. Hier soir, nous avons enfin compris pourquoi il y avait des tortues dans le déversoir d'Iidabashi, entre les anciennes douves et la rivière Kanda. Je ne l'ai pas dit ici, mais nous y allons voir un peu tous les jours. Aujourd'hui encore, vers 17h30, nous y avions rendez-vous pour compter les tortues visibles. Les compter, les observer, noter leurs relations avec une aigrette, avec une ou deux carpes qui font semblant de manger des feuilles, sans doute des transmissions air-mer. Tout cela a été bien utile pour l'effort de conceptualisation que nous avons dû fournir hier soir. T. a fermé Vingt ans après qu'elle est en train de relire, moi Jorian Murgrave. Un des nounours à la tête du lit nous a demandé une histoire de sorcière et j'ai commencé à dire — je venais de le comprendre — que la vieille femme qui habitait notre immeuble il y a encore cinq ans et que nous avions revue pendant deux ou trois ans installée dans la pente de la gare à vendre des mangas récupérés dans les poubelles était en réalité la coordinatrice d'une vaste opération de cartographie souterraine de Tokyo. En fait, une re-cartographie, car les pouvoirs en place ont subtilement retiré de la circulation les anciennes cartes des égouts, canaux, canalisations et autres conduites et les ont remplacées par de vulgaires schématisations devenues inexploitables pour les services de la voirie, a fortiori pour un groupe subversif projetant des actions éclair sur des objectifs stratégiques. Équipées d'émetteurs et de minuscules caméras infra-rouge, les tortues ont mission, sous prétexte de pondre des œufs ou je ne sais quoi, de parcourir toutes les voies souterraines, d'en indiquer la largeur en se déplaçant latéralement à l'entrée de chaque nouvel orifice, d'y rester assez longtemps pour identifier la nature et la fréquence des flux qui transitent (eau, air, gaz, merde, etc.). En cas de rencontre fortuite, le mot de passe est dao ke dao fei chang dao, toutes le savent par cœur... Elles reviennent ensuite à la base anodine du déversoir, tout près des humains robotisés drogués stressés et aveugles, et rendent compte à la vieille clocharde qui peut ainsi rencarder les commandos en glissant les cartes ou les coordonnées géographiques des objectifs dans les mangas. Par exemple : un type en cravate passe, pointe un vieux Doraemon à cinquante yens et la vieille lui transmet ainsi la mise à jour des canalisations d'eau du nouveau sous-sol de Marunouchi... On s'est endormi avant d'aborder la question de l'absence de la vieille depuis plus de deux ans. Mais c'est peut-être pour ça que les tortues sont devenues plus visibles et que des biffins comme nous les avons repérées. Ou alors elles font diversion en surface au nord du Palais impérial pendant que la vieille sape les canalisations du côté de Roppongi. Sinon, il y avait de très beaux textes de Dominique Quélen sur Remue.net. commentaires
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| Mardi 9 septembre 2008. Pitance
dans les mailles. « Les 676 romans de la rentrée ne doivent pas faire illusion, l'exil de la littérature n'est pas une menace en l'air. On le constate tous les jours, la littérature, enfin ce que nous appelons ainsi vous et moi, est purement et simplement marginalisée par la marchandisation du livre qui a désormais le plus souvent le dernier mot. Avalez deux Lexomil et allez voir ce qui se vend dans le relais le plus proche, vous m'en direz des nouvelles.» (Alain Veinstein, en introduction à l'excellente émission Surpris par la nuit avec Hélène Cixous hier soir) Je
donne raison à Alain Veinstein, sur le principe. Sauf que...
j'ai l'impression qu'il n'a toujours pas appris à aller
chercher
sa pitance dans les mailles du (litté)réticule
—
(dans les allées
d'un Salon du livre, il y a quelques années, il m'avait
confié, pour se débarrasser de moi, qu'il
n'était
pas très intéressé par l'internet). Si
je ne le
connaissais pas, je penserais, l'écoutant
dire cela, qu'il
lui manque
une case, qu'il est handicapé du réseau. Parce
que franchement...Déjeuner à la Trattoria Toï, mes spaghettis parfaitement al dente et à la tomate. En revenant, longue séance
d'observation du déversoir. Dans la partie
haute, repérons ce qui se révèle
être une
tête de tortue, mais énorme et se tenant presque
verticalement et immobile dans l'eau saumâtre. Ne sortant que
le nez et
n'expirant que bulles éparses, toutes les trois minutes.
Très
étrange. Au vu de la tête et de ce qu'on
aperçoit vaguement
du haut du corps, elle doit faire au moins soixante à
soixante-dix centimètres de long. C'est-à-dire
peser au moins trente
kilos. Ça doit être la
tortue-en-chef de l'escouade.En tout cas, elles ont encore du boulot pour les lendemains qui chantent, parce que des tortues esclaves, ça n'est pas ce qui manque, même lorsqu'elles sont comme des coqs en pâte. À
la médiathèque de l'Institut dans
l'après-midi pour emprunter des Volodine (je les ai au
bureau
mais c'est à 350 km...). À propos, il
vient de
recevoir une bourse d'écriture dont il est cette
année le
seul récipiendaire, les autres dossiers n'étant
apparemment pas à la hauteur... Merci à Christine
pour
l'image du Livres Hebdo
n°744, 5 septembre, p. 62 — preuve
supplémentaire,
s'il en fallait, que ce qui est dans le magazine n'est pas
intégralement repris sur le site web.C'est une autre Christine, bien présente à Tokyo quoique revenant du Canada hier, qui me surprend un Technikart en main (je vous rassure, je n'avais pas encore eu le temps de lire l'article sur le film de Houellebecq...). Allons prendre un café (elle) puis finalement elle vient voir notre petit nid. Après son départ, sortons pour une course de cinq minutes. Et revenons une heure et demie après, ayant poussé la marche jusqu'à Korakuen pour faire provision d'umeboshi au supermarché Seijo Ishii. Pendant que T. bulle sur le lit, je regarde Un Week-end sur deux, le premier film de Nicole Garcia (1990), d'une grande maîtrise pour un sujet casse-gueule. Ça me fait repenser qu'il y a en ce moment une rétrospective Doillon à l'Institut et que je n'ai absolument pas envie d'y aller... commentaires
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| Mercredi 10 septembre 2008.
Débrouille dans les interstices. « L’I.S. se bâtit volontairement sur le mode du légendaire et du mythologique : seule la rumeur persistante de son existence séditieuse devrait assurer une activité de propagande efficace dans la perspective d’une révolution libertaire à venir.» (Alexandre Trudel, « Entre Écart absolu et passages : la difficile rencontre surréaliste-situationniste », in Acta Fabula le 8 septembre, recension de Jérôme Duwa, Surréalistes et situationistes, vies parallèles.) Didier Da Silva avoue : « J'adore l'Odyssée mais l'Illiade m'emmerde.» Cent pour cent d'accord avec lui. (Ai juste modifié les majuscules.) «
[...] s'appeler Michel Houellebecq en France, à l'heure
actuelle, ça coupe beaucoup de choses, hein.»
(dans l'interview pour Technikart
du mois, lu cet après-midi) — la faute
à qui ?
Ce n'est quand même pas nous qui avons écrit ces
histoires
glauques dans ce style exsangue, qui avons répondu avec tant
d'irresponsabilité à tant d'entretiens, qui avons
produit
ces poèmes et ces chansons d'une platitude à
faire
pleurer de rire si ça n'occupait pas tant de place dans les
magasins et les magazines.Mais les plis du cerveau n'étant pas défroissables, il n'y a aucune chance pour que nos arguments soient recevables jamais de son côté, ni les siens du nôtre. Pour moi, ce n'est pas de la haine, tout juste de l'exaspération et du désintérêt. Pour la plupart des journalistes non plus, je crois, même s'il y a l'expression d'un défoulement verbal qui amuse de moins en moins (au XIXe siècle, on demandait clairement la tête...) et qui témoigne parfois, aussi, c'est vrai, d'une jalousie — car beaucoup voudraient réussir comme lui avec, comme lui, si peu de qualités. Nombreux courriers envoyés, aujourd'hui. Des projets en cours à ajuster avec des collègues ou des amis, principalement pour l'automne. Ai aussi fait visiter l'appartement du 2e à un jeune couple franco-japonais qui pourrait bien l'habiter prochainement (ça va se décider sous peu). Revoyons Tombés du ciel (Lioret, 1994). Outre l'amusement et l'intérêt du film, que nous appréciions déjà, une évidence rend triste cette évocation d'une forme d'humanité et de débrouille dans les interstices de la légalité internationale : l'impossibilité d'un tel propos après le 11 septembre 2001 et le délire sécuritaire maintenant en vigueur partout, en faveur partout, surtout dans les aéroports. commentaires
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Jeudi 4 septembre 2008 à 0:37
on peut déjà se délecter - oui, merci, et voilà qui me réveille un peu
Jeudi 4 septembre 2008 à 2:43
Oh, oui, attendre de Courir en octobre.
J’avais, ces temps-ci, beaucoup de difficultés à venir lire ce que tu écrivais. Beaucoup de ruptures, de pannes. Peut-on changer son signet dans les favoris ? La couleur également — est-on casanier ! — des environs de ton “journal” contrariait parfois.
Jeudi 4 septembre 2008 à 10:07
Oui, je pense qu’on peut fixer le signet (j’espère !). Je voulais attaquer les couleurs des marges mais j’ai été rattrapé par les problèmes de base de données. Sans parler du rangement / déménagement…
Je vais m’y mettre. je verrais bien une sorte de pastel ton sur ton…
Jeudi 4 septembre 2008 à 16:06
Attendre octobre pour courir, ça va être long.
Jeudi 4 septembre 2008 à 16:51
On peut toujours courir en attendant, on sera déjà dans le rythme !
Vendredi 5 septembre 2008 à 4:27
Echenoz ! Vite ! Ouaaais !
J’attendais. J’attendais.