Le Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Octobre 2008

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Mercredi 1er octobre 2008. Tant tout est cloisonné ici.

« Toutefois, l'un des jeunes gens sembla perdre un instant sa terrible impassibilité. Il pinça au bras sa voisine qui se le lécha sans broncher — l'opération se reproduisit un grand nombre de fois, en un temps minime, Perdican copiaitcollait névralgiquement. Le Cardinal félicita Biche pour cet incontestable succès. « Vous êtes irrésistible, Biche, mon aimée, irrésistible tout à fait.» Ce garçon-là, que vous voyez pincer, est la tête pensante de ces liseurs, qu'en fin de nuit, comme dans la chanson — qu'il fredonna barbarement : « Oh, je voudrais tant que tu te souviennes, des jours heureux où nous étions amis, etc.» dans cet idiome sur lequel véritablement, Perdican, qui tentait pourtant d'en debrouiller les composants sur le moniteur, avait de moins en moins barre — qu'en fin de nuit, comme dit la chanson, le sable recouvrira comme des vieux sacs.
Des mouises.» (Emmanuel Tugny, Mademoiselle de Biche, p. 29)

« La réfraction faisait du corps une vague un déchiré d'académique liquide autour d'ecchymoses.
Perdican avait été eu, au résolu, cogné pas possible pour en arriver là, une tête sidérée dans le pochon dans quoi l'avait étouffé quelqu'un après la rouste.
Sur l'écran, Perdican et sa sourie chiadaient maladivement les couleurs de la scène. Juste, il se tâta un peu l'abdomen en se voyant si mort à l'image et, présumant à ce qu'il ne présentait aucune irrégularité dans le ballonnement global, que ses coliques de la journée étaient plutôt passagèrement liées à l'amour pour Biche, s'y fit et, jouant de toute la gamme informatique des déformations possibles sur le macchabée de lui-même qui flotouillait, lesté, au fond de la piscine,
Miss Elsie se taisait consternée
et fit en tout cas — tant et si bien — que Biche se tut, consternée.» (Ibid., p. 49-50)

C'est très fort, ce nouveau Tugny, pensé-je, pédalant, et bien avant de transpirer d'où qu'on veuille. Ça commence aux premières pages par un premier doute sur un mot lu, sur une association qui n'est pas que poétique. Puis l'indice se précise, d'autres aboulent. Il y a quelqu'un qui s'éclate avec une console de jeux. Ou ils sont plusieurs. Ils sont à la fois réels, peut-être, et leurs avatars dans un jeu, ou dans un jeu de jeux. Un jeu de jeux où changent les paysages, personnages et situations à vue d'œil, ou à vue de mots comme le règne animal défilait dans Palafox. Il y a des sautes d'humeurs, d'images et de figures de style. Des répliques dont on ne sait si elles sont dans l'écran ou dans la vie, les deux baroquement enchâssés dans une diégèse fixée nulle part ou chez le roi Pausole...

Et puisqu'on est dans l'univers du jeu... Je viens d'apercevoir, à peine revenu du sport et d'une réunion où j'ai dû faire acte de présence, que plus de 90 fichiers de mon domaine ont été remplacés (hackés) ce jour entre 11 heures et midi par leur homonyme lesté d'une grosse queue de publicités en tous genres. J'ai mis de côté, analysé sommairement, remplacé par les originaux — ça prend du temps — et écrit à l'hébergeur d'y aller voir et d'arraisonner les criminels qui, selon moi, doivent bien avoir un complice dans la place. On ne me la fait pas...

Ça ne m'empêche pas d'aller dîner, reprise des mercredis de Nagoya, ce soir avec Sophie, Andreas, Morvan et Mauro. Ce dernier rencontré il y a peu de semaines, originaire de Montréal mais enseignant l'anglais et donc jamais connu officiellement dans la fac tant tout est cloisonné ici (comme partout). L'assiette anniversaire du Tiger Café pour ses dix ans n'est pas si extraordinaire que ça — steack frites, salade verte, deux morceaux de pain, suivi de desserts au hasard. On est tous un peu déçu, mais pas grave. La conversation, elle, en revanche, est plutôt enchanteresse : l'enfilade sportive des destinations de Sophie cet été, mon quasi-immobilisme extatique,  des aventures des trois autres dont des trucs que je n'ai pas compris dans l'anglais d'Andreas, ça arrive même si je fais des progrès. J'en oublie de faire des photos, c'est dire !
À quatre, on s'offre une rallonge au Bar España II, un petit whisky. Et retour avant minuit parce qu'il y a trois cours demain.

commentaires

  1. Laure

    Très heureuse que Biche te plaise !
    C’est très étrange, je ne peux plus lire ton blog du bureau - où je passe en ce moment (et souvent) le plus clair de mon temps. Plus exactement, les citations sont lisibles mais le reste du texte apparaît en caractères indiens, ou quelque chose de ce genre absolument indéchiffrable - idem pour les pages wikipédia, par exemple - ce qui fait que les citations flottent sur une pierre de Rosette déchiffrée quelques heures plus tard… C’est un suspens que j’apprends à apprécier ! (en attendant d’appeler le technicien pour lui demander conseil…)

  2. brigetoun

    ce n’est pas bien mais la description ci-dessus a déclenché un rire rêveur.
    Merci de donner des envies de lectures même si je ne peux donner suite à toutes

  3. Berlol

    C’est étonnant, ce que tu dis, Laure ! Apparemment, c’est un problème d’encodage dans ton navigateur. Tu nous diras si ça s’arrange. Et c’est beau, ton image de pierre de Rosette !
    Cependant, si d’autres lecteurs ont la même mésaventure, prière de me le faire savoir !…



Jeudi 2 octobre 2008. Bouillonne gentiment dans la cafetière.

«... agents de confession autre que chrétienne...»
On n'a pas eu Edvige mais on aura peut-être plein de micro-Edvige locaux et régionaux qu'un amateur de puzzles nationaux pourra un jour assembler... C'est ça — aussi — l'esprit de réseau. Et les RG le savent bien.
Dans l'esprit tordu de certains, la confession chrétienne est censée être la norme en France, alors qu'une minorité de Français se disent effectivement croyants, et moins encore qui se disent pratiquants. Cet esprit tordu est pourtant bien installé et bien représenté dans les médias qui couvrent toujours abondamment les manifestations religieuses chrétiennes (visites du Pape et autres pèlerinages) en leur donnant toujours un sens national, une dimension bien française. Alors que les événements et fêtes religieuses des autres confessions sont, je parle toujours de leur traitement dans les médias, le plus souvent accueillis (à bras ouverts, il faut se montrer tolérant, c'est une bonne occasion), et qu'ils ont toujours une portée internationale, diffuse, subie et comme très accessoirement française (ramadan, nouvel an juif, etc.).
Cette norme et ces écarts me rappellent ce que j'ai entendu dans Ce soir ou Jamais de mardi (globalement bon, avec prises de bec sur Darwin) à propos d'un éventuel gène de l'homosexualité (au milieu de l'émission). Gène qui n'existe pas, nous accorde-t-on, mais dont la présence médiatique s'établit sur des simplifications d'études tirées de statistiques d'écarts par rapport à une norme qui, elle, n'est jamais repérée ni interrogée : en effet, il n'a jamais été question d'un gène de l'hétérosexualité, alors que pourtant il devrait être présent chez une écrasante majorité de personnes...
Même chose pour la polygamie, je le découvre à l'instant chez Affordance.

Je ne reviens pas sur les défauts de Lady Oscar (on voit le subtil glissement vers le gène de l'identité sexuelle). En revanche, le film de Jacques Demy a aussi des qualités. L'évolution des mentalités et la dégradation des conditions de vie du peuple français dans les années 1760-1780 y apparaissent à la fois dans le décor et dans les relations entre Lady Oscar et son valet / ami / amoureux André. À l'inverse, Marie-Antoinette, Louis XVI et le père de Lady Oscar sont rigides et obtus au possible, focalisés sur leur ordre du monde, considéré à la fois comme le seul et le meilleur, et ne voyant rien venir. Bien évidemment, de tels raccourcis sont ridicules s'ils sont pris pour des vérités historiques.
Mon rôle est d'inviter mes étudiants à envisager les limites de ces propositions filmiques, à les comparer à celles du manga, à se poser des questions sur la validité et la véracité de certains éléments de la fiction, c'est-à-dire à créer une motivation, un allumage de leurs moteurs qui les véhiculeront vers de l'information à ramener en classe ou sur le blog des cours.

Merci à Florian d'avoir gardé un peu de saucisson pour venir le partager après le séminaire. (Il en avait rapporté de France pour une dégustation avec ses étudiants... qui, de 13h à 13h30, n'ont pas osé tout manger.)

Étrange coïncidence d'avoir presque simultanément (en jours ou en semaines, à mon rythme pachydermique) commencé lecture d'Emmanuel Tugny, Claro et Christophe Chazelas. Du coup, ça me bouillonne gentiment dans la cafetière et des rapprochements s'opèrent.
Moi qui me considérais comme plutôt concerné par des textes réalistes, politiquement et socialement centrés sur la vraisemblance, avec forte présence du travail stylistique mais dans une subversion des formes plutôt clairement au service d'une contestation politique elle aussi réaliste, me voici enchanté de ces trois textes qui se disputent la palme du moins réaliste tout en étant des plus intéressants. Tugny et sa Biche, Claro et son Emma, Chazelas et sa Doddy. Trois auteurs, trois hommes ayant tous trois cassé leur tirelire de vraisemblance pour s'acheter le délire de leur chimère respective.

« Emma me fragmente et s'invente. Elle s'élance à nouveau sur la piste de danse, fait de ses bras des moulins qui déquichottent tous les prétendants. « Allons, baisez maîtresse, vous qui n'avez pas de chagrins », disent ses yeux de chienne provinciale, et les messieurs retroussaient leurs manches et s'y mettaient eux-mêmes. Suivant leur position sociale, ils avaient des habits, des redingotes, des vestes, des habits-vestes ; — de bons habits entourés de toute la considération d'une famille, et qui ne sortaient de l'armoire que pour les solennités ; redingotes à grandes basques flottant au vent, à collet cylindrique, à poches US ou Che larges comme des sacs ; vestes de gros drap, qu'accompagnaient ordinairement quelque bonnet rasta ; habits-vestes très courts dont les rabats semblaient avoir été taillés par un cutter de dealer. Convoitée, matée, pré-niquée, Emma fait la volte et la garce puis se greffe au bar où le Rodolphe de service lui sert un blue lagoon qu'elle sirote en experte.» (Claro, Madman Bovary, p. 50)


Vendredi 3 octobre 2008. Lecture méta-post-exotique à 300 à l'heure.

Faisons bref ; trop de choses en cours.
Matinée de rédaction.
Déjeuner au Downey (sandwiches sophistiqués) avec David et notre chef de département. Il faut préparer les emplois du temps de l'année prochaine.
En tout cas, je me suis tenu à ma décision de ne plus retourner au restaurant des profs. Trop toxique pour moi.
Après quelques lettres (papier) en retard rédigées au bureau, nouveau départ pour Tokyo et lecture méta-post-exotique à 300 à l'heure.

« Comment peuvent se croiser dans une même esthétique et sans se contredire la science-fiction, le roman terroriste, le réalisme socialiste, le réalisme magique, le roman politique ? Probablement grâce au travail de déréférencialisation [« La "référencialité" est un néologisme que Tiphaine Samoyault a élaboré pour désigner « une référence de la littérature au réel, mais médiée par la référence proprement intertextuelle ». Tiphaine Samoyault, L'Intertextualité, Paris, Nathan, "128", 2001, p. 82.» (Ibid., p. 58, note 21)] et de carnavalisation [« L'alliance de l'inversion et de la parodie porte un nom en littérature, il s'agit de la carnavalisation, dont Bakhtine a rappelé l'importance pour l'histoire du roman.» (Ibid., p. 67)] qui fut observé. Les références littéraires sont tout à fait reconnaissables mais prises dans un système qui définit ses propres règles et se constitue de manière autarcique. Le travail sur les genres est semblable à celui sur les lieux ou sur les temporalités. Ils sont dans le même temps exposés et déformés, notamment par leur collusion, jusqu'à ce qu'ils ne fassent plus signe vers l'extérieur mais au contraire apparaissent comme une caractéristique du post-exotisme. Les fictions de Volodine relèvent tout à la fois de la science-fiction, du roman terroriste, du réalisme socialiste, du réalisme magique, du roman politique sans qu'aucune de ces références ne parvienne à les définir.» (Lionel Ruffel, Volodine post-exotique, p. 74)

Fin de soirée avec les Bleus, série policière que diffuse TV5 Monde depuis la rentrée et qui m'amuse beaucoup. Outre que ce n'est pas mal fait, bien conçu, bien joué et bien rythmé, je me suis tout de même demandé ce qui pouvait m'attirer là-dedans... Et j'ai compris aujourd'hui. Peut-être.
Peut-être parce que les jeunes stagiaires qui font ainsi leur premiers pas dans la police ont l'âge d'être mes enfants. Les enfants que je n'ai pas eus. Sans regret. Mais avec curiosité. Eh oui, la curiosité, ce défaut qu'augmente l'imagination...

commentaires

  1. F

    tu veux dire que t’aurais fait rentrer tous tes gosses dans la police ?

  2. Berlol

    Bah non, bien sûr ! Mais ceux qu’on voit dans la série, on se demande comment ils y sont entrée…

  3. F

    ça arrive aussi pour les vrais, par chez nous!

  4. Berlol

    Alors, c’est que c’est bien les mêmes…



Samedi 4 octobre 2008. Ma pensée en cheminant avec et entre.

Dernier samedi libre avant la reprise des cours de l'Institut. Je le grille en préparation de cours (Modiano) et de colloque (Volodine). En son milieu, déjeuner très animé au Saint-Martin avec T., Bill et Laurent. À ce dernier, je restitue une boîte de carton contenant une vingtaine d'audio-livres qu'il m'avait prêtés il y a au moins trois ans, dont j'ai numérisé une bonne part...
Enregistrement de Place de la Toile d'hier, sur les changements de l'écriture provoqués par le passage à l'informatique et au réseau... Sujet bateau mais sur lequel, en s'y prenant bien, il y a encore sûrement d'intéressantes choses à dire. C'est l'impression que les dix premières minutes me donnent. Le reste un autre jour...

Dans l'après-midi, T. et moi travaillons plus de trois heures à la médiathèque. Je collecte les petits cailloux blancs de ma pensée en cheminant avec et entre les rêves. Et la glane d'aujourd'hui est bonne, nom de dieu. Et j'en reprends à mon compte...

« Je ne plierai pas le genou devant la mort. Quand cela viendra, je me tairai, mais je dénierai toute vraisemblance à cette gueuse en approche. Ce sera une menace pour moi sans conséquence. Je ne croirai pas en sa réalité. Je conserverai grands ouverts les yeux, comme j'ai pris l'habitude de le faire de mon vivant, par exemple pendant les périodes où j'imagine que je ne rêve pas et qu'on ne me séquestre pas à l'intérieur d'un cauchemar. On ne clora pas mes paupières sans mon accord. [...] Je m'obstinerai dans mon système qui consiste à affirmer que l'extinction est un phénomène qu'aucun témoignage fiable n'a jamais pu décrire de l'intérieur, et dont, par conséquent, tout démontre qu'il est inobservable et purement fictif. Avec force je rejetterai comme sans fondement l'hypothèse de la mort. » (Antoine Volodine, Des Anges mineurs, p. 12)

commentaires

  1. brigetoun

    mais ce n’est que l’accueillir, et même là, qui peut être sûr de ce que dira sa chair à ce moment ?

  2. Manu

    Tu n’aurais pas aussi un coffret de DVDs que tu pourrais me rendre si tu cherches toujours à faire de la place ?

  3. Berlol

    Demain, à 11h30 ? Ça t’irait ?

  4. karl

    ah dommage que le feed complet est disparu. :) Il y a une motivation particulière ? Si c’est pour éviter la republication automatique ailleurs, il y a d’autres techniques.

  5. Berlol

    Merci d’en parler.
    C’est d’abord pour voir si ça change quelque chose dans les résultats statistiques.
    Qui est réellement capable de faire la démarche de cliquer pour lire ?
    Nous savons que cliquer est peu de chose, cependant cela nécessite une certaine motivation…
    Je rétablirai le flux rss complet dans quelques jours parce que je ne suis pas exclusiviste et que “faire venir” le lecteur ne me “rapporte” rien.

  6. karl

    rha fôte (grmbl). Merci beaucoup pour le flux complet.

  7. F

    hou la, Berlol, tu pars sur de drôles de raisonnements : quand je suis chez moi, je pars tjs de Netvibes pour voir ce qu’il y a de neuf, et effectivement je clique, je ne lis jamais tes billets via la page flux - mais combien de fois, parce que hôtel, parce que connexion à la va vite là où suis pour le travail etc c’est hyper précieux de prendre connaissance du billet via le Netvibes, quitte à y revenir plus tard pour liens etc - sais pas du tout ce qui s’en induit pour suivie des stats, mais en tant que lecteur diplômé JLR à l’ancienneté je vote pour le Feed complet

  8. Manu

    Je réitère tant qu’à faire ma requête: des fils plus longs svp !



Dimanche 5 octobre 2008. Plus haut qu'à l'ordinaire.

En regardant Thalassa dans un petit coin de l'écran, d'Antibes à Adelaïde, je finis mon tour de web du week-end. La journée a été très calme, de celles que l'on aime, avec pas mal de travail (notes, lectures, courrier) et une longue promenade avant le déjeuner, dans le parfum naissant des osmanthes (kinmokusei), jusqu'à Edogawabashi, par des ruelles, dont certaines nous étaient encore inconnues.

Dans la veine post-exotique...
« Mishamita Olianov était belle et mystérieuse. D’ordinaire elle voyageait dans les livres d’Antoine Volodine, son écrivain préféré, le seul homme qu’elle acceptait de fréquenter avec assiduité, par livres interposés. Lui seul savait quels étaient les secrets de son univers. Ses ancêtres aussi savaient mais tous étaient morts depuis belle lurette. Ses lectures la faisaient vivre plus haut qu’à l’ordinaire et elle adorait ça, surtout les nuits d’orage.» (Rodolphe Christin, Marc Bonneville / Sibérie transit, in Revue des ressources le 3 oct. 2008)

Quand un éditeur aux mains d'argent parle d'or...
« [...] c'est une conséquence du triomphe de la télévision en tant qu'idéologie et puissance de formatage des mentalités. On a des philosophes qui n'ont jamais écrit de philosophie et des écrivains qui ne savent pas écrire. On mesure le succès d'un auteur non seulement aux ventes mais aussi à la taille de la photo dans les journaux. [...] » (Jean-Marie Laclavetine, L'éditeur aux mains d'argent, in Bibliobs du 2 oct. 2008 — cette fois, c'est moi qui suis en retard sur François... Ceci dit, je ne suis pas allé jusqu'à citer celui dont l'arrêt public délivre.)

La police s'offre honte hier...
« Si tu aimes les enfants, tu trouveras dans notre service beaucoup de satisfaction. Tu n'es pas sans savoir que les sans-papiers font des enfants juste pour éviter d'être expulsés. Ben maintenant, on peut aussi interpeller les enfants, les mettre en garde à vue avec leurs parents ou encore les placer en rétention. Oui, oui, notre métier autorise l'enfermement des enfants. Cela facilite des relations de proximité avec toutes les catégories d'âge.» (Patrick Mohr, pour le recrutement de la PAF, cité par Philippe De Jonckheere le 27 sept. 2008, ce texte humoristique est suivi du témoignage de Patrick Mohr du 28 juil. 2008 concernant son arrestation abusive pendant le Festival d'Avignon)

Ne t'inquiète pas, Philippe, je réfléchis à la photo que je veux...

Et Papy Sollers, qu'est-ce qu'il lit ?
« Je persiste et signe : Le Marché des amants, de Christine Angot, est un excellent roman (rapidité, portraits), et l'auteur est attaqué d'une façon extravagante et souvent bestiale ; Prolongations d'Alain Fleischer est d'une invention géniale ; je ne comprends pas pourquoi Lacrimosa, de Régis Jauffret, n'est pas sur la liste du Goncourt ; Jour de souffrance, de Catherine Millet, mérite son succès par sa grande lucidité physique ; le livre de Jean-Claude Michéa sur George Orwell doit vous être indispensable, et vous irez vous procurer sans tarder Le Cure-Dent de Jean-Yves Lacroix, et, bientôt, le très étonnant Point de côté de Josyane Savigneau.» (Ici)

Mais revenons à l'essentiel.
« Je rêvais que je me dirigeais vers les sources de l'Abacau et que je les avais dépassées, dit-il.» (Antoine Volodine, Le Nom des singes, p. 74)

commentaires

  1. F

    merci pour tes conseils de cure-dents!

  2. Philippe De Jonckheere

    En fait, je n’ai sans doute pas été assez clair, mais les deux textes sont indépendants, le premier vaut poursuites à ses auteurs, un collectif rennais de défense aux sans-papiers, le deuxième est le texte de Patrick Mohr à propos de son arrestation indue.

    Pour le gage prends ton temps, et toi en particulier, as droit à toute la France métropolitaine, si ton intérêt est géographique, mais cela peut aussi être fait depuis le fond du garage, si ton intérêt est moins topique.

    Amicalement

    Phil

  3. ArD

    Une représentation photographique de la topique, voilà une piste de ga(ra)ge à étudier…
    Armelle Domenach

  4. Berlol

    Merci de la précision, Philippe. J’ai bien dissocié les deux.
    Pour la photo, ma première idée, comme ça, c’est le carrefour de l’Odéon au petit matin, ensuite c’est une personne, ensuite un coin de Bretagne… Y’a concurrence…

    Pardon, François. Tu sais mon allergie pour l’énergumène…

  5. Philippe De Jonckheere

    Tu as peut-être droit à deux voeux non?, pas sûr que cela t’aide.

    Amicalement

    Phil

  6. F

    tu devrais au contraire lui coller comme gage le Ryoan-Ji à Kyoto, et moi je lui colle comme gage le Fuji vu du Shin Kan Sen et ça les oblige avec A à se payer un voyage au Japon, donc à déposer une demande pour villa Kujoyama ou autre, mais suis sûr que ce serait une formidable rencontre, les DJ et le soleil du levant !

  7. Berlol

    Fameuse idée !…

  8. Philippe De Jonckheere

    Complétement en dehors de notre portée, on regrette évidemment.

    Amicalement à tous les deux qui voulez mon bien

    Phil

  9. F

    on va vous travailler au corps, vous donner les plans avion etc… ça se construit !



Lundi 6 octobre 2008. Qui élève des corbeaux aura les yeux crevés.

Fin d'un article avec et pour T. À cette occasion, on s'aperçoit que son Word dernière version récupère moins bien les formats de note de bas de page (et bien d'autres choses) en provenance d'un autre Word, alors que je décode parfaitement avec Open Office. Et quand je lui renvoie le document formaté pour Word par Open Office, ça marche impec.
Un des paradoxes de notre temps.

Déjeuner avec Manu (ça faisait au moins un an, depuis le quartier de son précédent lieu de travail) dans Akasaka Sakas, au restaurant espagnol Bikini. Je lui rends un coffret de dévédés et lui tire les vers du nez — pour savoir en quoi consiste exactement son activité professionnelle — en dégustant une paella qui tient surtout du risotto — Espagne ou Italie, vues d'ici, c'est presque pareil... Lui aussi me conseille de migrer chez OVH.

Ah, j'ai une question de géographie. Ou d'hydrologie. Quand on est à la source d'une rivière, se peut-il qu'il y ait un lac plus haut ? Et dans ce cas, n'est-ce pas une fausse source, une pseudo-source ?
Non, je ne plaisante pas. C'est très sérieux comme question.

Enfin vu ce soir pour la première fois Cría Cuervos (Carlos Saura, 1975). Très impressionnant, d'abord, l'équilibre parfait entre le film sur l'enfance — découverte incompréhensible de la mort, fantasme de pouvoir tuer, jeux innocents et puis moins — et la parabole du pourrissement du franquisme — le militaire trompe sa femme la douce république qui se meurt, la grand-mère est muette de honte ou d'amnésie, les enfants presque abandonnés seront pourtant l'avenir du pays, d'où le titre tiré d'un proverbe que je traduis à ma façon : Qui élève des corbeaux aura les yeux crevés.
Il y a ceux qui comprennent (ça crève les yeux, justement !) et ceux qui n'y voient que du feu.
T., qui ne l'avait pas vu non plus, connaissait cependant la très jeune actrice, vue dans un film il y a plus de vingt ans. C'était dans L'Esprit de la ruche (73), dont même le nom du réalisateur m'était inconnu jusqu'à tout à l'heure : Victor Erice. Film dont, comme par miracle, l'édition dévédé va sortir en France en novembre!
Ça qui est merveilleux ! Qu'il ne se passe pas de jour !...

commentaires

  1. martine silber

    L’un des plus beaux films (à mon sens) de Victor Erice s’appelle El sol delMembrillo, je ne sais plus le titre français et c’est une sorte e documlentaire émerveillé autour du peintre Antonio Lopez qui a décidé de peindre le cognassier de son jardin….

  2. martine silber

    désolée pour les fautes de frappe du commentaire précédent.
    Quant à ana torrent, la petite fille, on l’a revue depuis dans Thesis d’alejandro almenabar….

  3. ms

    “Cri cuervos” et “El espiritu de la colmena” (je me souviens même du titre en espagnol) vus l’un et l’autre à leurs sorties : souvenirs très forts en effet - et même de m’être un peu reconnue, petite fille, dans le film de Saura. Il faudrait que je revoie maintenant. Et puis la chanson…

  4. karl

    Je ne suis pas hydrologue mais la réponse semble être oui, il peut y avoir un lac au dessus de la source d’une rivière.

    « The source of the river, he says, can be defined as the most distant point in the drainage basin from which water runs year-around, or the furthest point from which water could possibly flow into the ocean. » – http://news.nationalgeographic.com/news/2000/12/1221amazon.html

    La source semble être définie comme le point le plus éloigné de l’endroit où la rivière ou le fleuve se jettent dans un bassin de drainage (autre rivière, océan, fleuve)

    Wikipedia a une page intéressante sur les cours d’eau sans sources - http://fr.wikipedia.org/wiki/Cours_d%27eau_sans_source

  5. Berlol

    Merci, chères MS, ici à bien distinguer, donc. Je suis content d’avoir encore ce réalisateur à découvrir !
    Merci, Karl. Il me semblait aussi que c’était possible bien que l’idée commune était qu’une source était le point visible le plus haut d’un cours d’eau. Si l’eau descend d’un lac par infiltrations… Après, la question hydrologique se mue en question quasi philosophique. C’est ce qui m’occupera pour Volodine (dans la citation d’hier, et la suite) — où l’on a l’impression que le narrateur remonte en pirogue plus haut que la source…



Mardi 7 octobre 2008. Que mon infortune ne m'aigrisse.

Journée sans commentaire (train, lecture de Modiano, cours, palabres).
Avant la suite, qui risque d'être un peu lourde, se rafraîchir par une soirée humoristes sur le plateau d'hier de Frédéric Taddeï.

En effet, je rassemble ci-dessous toutes les infos reçues des conférences et colloques dans le mois à venir... Pour ce que j'ai pu en savoir. Un vrai délire. D'autant qu'il y en a très peu le reste de l'année. Fort heureusement (c'est de l'humour), tout à toujours lieu entre le mardi et le jeudi, précisément quand je suis à Nagoya, ce qui me soulage de la difficile épreuve du choix. Ainsi le mercredi 22 octobre, un amateur de littérature française aura le choix entre Pierre Bayard (à Komaba), Luc Lang (à Gakushuin) et Marie Ndiaye (à l'Institut)... Quel dommage !
J'actualiserai en fonction des nouvelles informations (il va de soi que c'est pour moi-même).
Et pour que mon infortune ne m'aigrisse pas, je replonge dans mes rêves.

— PIERRE BAYARD, cycle de conférences :
  • le mercredi 8 octobre, de 15 à 19 heures : Les fantômes dans les Œuvres liées à la violence extrême, dans le cadre du colloque “Deuil et Littérature” qui se tiendra à Komaba (bâtiment 18, Collaboration Room #1);
  • le jeudi 9 octobre, à 18 heures : Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, à Hongo (Département de langue et littérature françaises, Bungaku-bu 3 gokan, 2ème étage); 
  • le mardi 14 octobre, à 18 heures : Introduction aux œuvres-mémoires, campus de Komaba, bâtiment 18, Collaboration Room #1
  • le mercredi 22 octobre, à 16h20 : Plaidoyer pour les fantômes, campus de Komaba, bâtiment 18, Collaboration Room #1
  • le jeudi 23 octobre, à 18 heures, Introduction à la critique policière, campus de Komaba, bâtiment 18, Collaboration Room #2
  • le mardi 28 octobre, à 18 heures : Comment devient-on bourreau ?, campus de Komaba, bâtiment 18, Collaboration Room #1
— WATANABE MORIAKI, le jeudi 9 octobre, conférence : Le Soulier de satin, un chef-d'œuvre écrit au Japon, IFJT, à 18h30.

— FLORENCE GOYET, (Université grenoble III - Stendhal, spécialiste de littérature comparée), présentera une conception tout à fait originale et stimulante du genre épique, comme machine à penser sans concepts, avec Kusaka Tsutomu, le jeudi 9 octobre, à 18 heures, Université Waseda, Faculté des Letres, bâtiment 33 bis, salle 1.

— LUC LANG :
  • le jeudi 16 octobre, à 19 heures, rencontre modérée par Thierry Maré, IFJT.
  • le mercredi 22 octobre, à 17 heures, Temps et vitesse dans le roman, conférence à l'Université Gakushuin, salle 570 du bâtiment de la faculté des Lettres.
— MARIE NDIAYE :
  • le mercredi 22 octobre, à 19 heures, rencontre animée par Naoko Kasama et Michaël Ferrier, IFJT.
— NANCY HUSTON :
  • le jeudi 23 octobre, à 19 heures, rencontre animée par Shigeki Hori et Toshihiro Kokubu, IFJT.
— PHILIPPE FOREST & ARAKI NABUYOSHI :
  • le jeudi 30 octobre, à 19 heures, soirée animée par Michaël Ferrier et Nao Sawada, IFJT.
— COLLOQUE Traduire le rêve, les vendredi 31 octobre et samedi 1er novembre, Université Seinan Gakuin, à Fukuoka, co-organisé par l'Université de Provence (équipe CIELAM) et l'Université Seinan (Dépt. de français) ; programme détaillé à venir.

— ALEXANDRE GEFEN (qui sera du colloque de Fukuoka) :
  • le mardi 4 novembre, Université de Kyoto
  • le jeudi 6 novembre, Université Gakushuin, salle 570 du bâtiment de la faculté des Lettres.
— MURIEL BARBERY & TANIGUCHI JIRÔ :
  • le mercredi 5 novembre, à 19 heures, rencontre animée par Tomohiko Kiyooka, IFJT.

commentaires

  1. Bikun

    TANIGUCHI JIRÔ, le mangaka? Wouahh…

  2. Berlol

    Eh ouais, himself, qu’est-ce tu veux ! On a des stars, ici ! Mais en semaine, seulement…

  3. brigetoun

    vous nous faites rêver pour vous tenir compagnie

  4. Bikun

    C’est surtout qu’elles sont visibles ces stars…

    Tu nous raconteras!




Mercredi 8 octobre 2008. Élargir d'un coup l'horizon.

Je m'en aperçois en rangeant mes courriers. J'ai reçu un message plutôt court il y a deux jours, auquel je n'ai pas prêté l'attention qu'il mérite. Comme toutes les annonces de parution, de spectacle, de colloque et de mises en ligne... Tout n'a pas toujours une grande importance, n'est-ce pas ? Mais là, ça percute dans mon cerveau saturé : quelqu'un est en train d'essayer de me faire parvenir une information majeure. De celles qui risquent d'élargir d'un coup l'horizon. Lisez plutôt, il s'agit de la mythique revue Littérature !

« Bonsoir
Aujourd'hui la Bibliothèque Numérique Surréaliste du site Mélusine s'est enrichie. La revue Littérature (première série : mars 1919-août 1921, nouvelle série : mars 1922-juin 1924) est accessible en mode texte, numéro par numéro, ce qui autorise toutes les recherches de vocabulaire.
Cordialement
Sophie BEHAR »

Par exemple ceci, que je sors du numéro 5, de juillet 1919, avec des lettres de Jacques Vaché incorporé comme interprète, et dans celle du 29 avril 1917 (p. 4)

« CHER AMI,
A l'instant votre lettre.
Il est inutile - n'est-ce pas ? de vous assurer que vous êtes toujours resté sur l'écran - Vous m'écrivez une missive "flatteuse" - sans doute pour m'obliger décemment à une réponse qu'une grande apathie comateuse reculait toujours - Au fait pendant combien de temps, au dire des autres...?
Je vous écris d'un ex-village, d'une très étroite étable-à-cochon tendue de couvertures - Je suis avec les soldats anglais - Ils ont avancé sur le parti ennemi beaucoup par ici - C'est très bruyant - Voilà. [...] »

Mais comment est-ce qu'il emploie le mot écran, lui ?

Pour endiguer l'apathie, j'ai repris les exercices phonétiques de base, avec étudiants qui passent au tableau, et observation scientifique collective des problèmes rencontrés en transcrivant une expression de huit ou dix syllabes. Et ça marche. Ils comprennent bien qu'il faut d'abord bien entendre, disposer ensuite d'une connaissance suffisante des signes de l'API pour le français et enfin mettre de côté la reformulation auditive nippone (ouverture des nasales, diérèse des groupes consonantiques). Et ça marche ! Au moins ici, quand je nationalise, ça repart. Et ce n'est pas qu'une question de confiance...

Après deux brèves réunions et une vingtaine de courriers, sortie pour dîner au Bali café Putri de La Chic, avec Sophie et Andreas, le noyau dur du groupe. Suivi d'un dernier verre et d'un dessert au Zetton Odéon — où, ayant observé le serveur faire un cocktail, nous nous racontons nos petits boulots de jeunesse dans des bars... (En 83, par exemple, j'ai beaucoup secoué du shaker sur la Côte d'Azur.)

commentaires

  1. Florent Grimaldi

    C’ est assez prodigieux en effet, merci de l’ avoir signalé !

  2. F

    moi aussi j’avais mis ce message en stand-by, en attendant d’aller y voir, on risque de s’y croiser ! encore une fois Henri Béhar aux avant-postes…

  3. karl

    L’écran de cinéma… d’ailleurs le mot écran est magnifique dans l’évolution de sa sémantique.

    L’écran a commencé sa carrière afin de désigner un objet qui protège d’autres choses, qui bloque donc l’accès à cet autre. Et puis, il est devenu l’objet quadrillé qui est entre le peintre et le paysage et permet de reproduire sur le canvas d’une toile le paysage que l’on voit au loin, pour finalement devenir un objet de transmission avec le cinéma et maintenant les ordinateurs.

    C’est tout de même un beau renversement du blocage à la transmission.



Jeudi 9 octobre 2008. Nobel de littérature.

Et si Kas Product avait en fait été le meilleur groupe des années 80 ?
Comme je revenais hier soir sur l'été 83, je me suis demandé ce que j'écoutais, à part Bowie qui passait partout. J'hésitais entre 82 et 83 mais Let's Dance est bien de 83, et je n'arrive pas à repenser à la route entre Saint-Tropez et Ramatuelle, dont je faisais une partie à pied chaque jour, pour aller au travail, à la plage ou faire des courses, sans l'entendre...
De même que Life on Mars était souvent, juste dix ans avant, dans le poste de radio que mon père posait sur la banquette arrière de l'Opel Kadett rouge quand on allait le dimanche vers la promenade au bois d'Écouen. En 72-73, « je n'étais rien », comme dit étrangement Modiano à propos de lui-même au début de Dora Bruder... En 83, j'avais tout quitté.
Grâce à Bowie, et plus qu'à tout autre, je peux dater avec certitude dans le brouillard épais de ma mémoire. Et voir ces dix ans qui séparent Garges-les-Gonesses de Saint-Tropez me plongent dans un abîme de perplexité.

Ces pensées m'ont sorti la tête du guidon et j'ai enchaîné mes trois cours comme des lettres à la poste. Au séminaire, le Lady Oscar de Jacques Demy a fait place au Marie-Antoinette de Sophia Coppola afin de voir tout de suite la différence de traitement des personnages historiques, le passage de trente ans d'histoire du cinéma et de ressentir l'impressionnant féminisme qui habite la vision de la jeune américaine. La première demie-heure est vraiment comme un film documentaire, et l'on voit cette très jeune fille précipitée dans un destin monstrueux, le faire avec le courage simple de la petite chèvre qui va affronter le loup toute la nuit. J'exagère à peine. (Sauf que dans le lit du dauphin, la nuit, il n'y a pas de loup, il y a juste un pauvre gars lui non plus pas du tout à sa place — mettez le jeune Louis XIV à la place de Louis XVI et je ne suis pas sûr que la Révolution française aurait eu lieu...)

Peu après 20 heures (heure japonaise), comme je rentrais à la maison, j'ai consulté quelques sites et posté ce simple télégramme :
Nouveau Nobel de littérature : J.-M. G. Le Clézio. Dépêche AFP. Stop.
Mes souvenirs de Le Clézio — autrefois, je disais du Clézio, quand il m'énervait — ont toujours été mitigés. Du sublime et du toc qui se succédaient. Ou les mêmes pages qui paraissaient un jour sublime, le lendemain du toc.
Quoiqu'il en soit, réjouissons-nous ! Ce n'est pas un mauvais choix, et à l'heure où la culture française est annoncée moribonde...

URGENT : Le Clézio et Jean Échenoz dans La Grande Librairie, ce soir sur France 5. François Busnel dans ses petits souliers, presque sympathique dans sa tentative d'approcher ces animaux rares.

commentaires

  1. la bacchante

    Du sublime et du toc… c’est à dire? Serait-ce une réflexion littéraire ?

  2. Bikun

    J’ai remarqué qu’il y a presque un français prix nobel de littérature par décennie, sauf ds les années 70!

  3. Berlol

    Du sublime et du toc… Ce serait plutôt un souvenir d’impression littéraire car il y a un bon moment que je n’ai pas ouvert un de ses livres…

  4. vinteix

    Le Clézio : son premier roman m’avait bien plu… en même temps, loitain souvenir, un peu obscurci… par la suite, je n’y ai goûté qu’avec modération : un essai et un roman… mais toujours feuilleté ses nouveaux livres…
    Une impression globale de grand et vrai talent, un peu gâché, comme cédant à la facilité (?) ou sous-utilisé ou le moteur en sous régime…
    Depuis le temps aussi qu’il parle de M.de Chazal (de l’île Maurice, comme lui) et nous promet un beau livre sur lui… attente déçue ?

    Kas Product “le meilleur groupe des années 80″ ?
    je ne sais pas… mais pour moi, je dirais plutôt Joy Division, Kraftwerk ou les Clash…
    m’enfin, c’que j’en dis…

  5. vinteix

    … voire The Cure ou Siouxsie…

  6. Florent Grimaldi

    A voir certains blogs d’ écrivains et éditeurs de la place, impression de mauvaise humeur à l’ égard de ce Nobel.

    Portrait de l’ artiste en poisson ?

    http://lamaindesable.blogspot.com/2008/10/saumon.html#links



Vendredi 10 octobre 2008. Notre version de la vie francophone.

Matinée de rangement et de ménage. Depuis l'arrivée de trois tonnes d'affaires de Tokyo en août, l'appartement n'était plus tout à fait fonctionnel, il y en avait dans tous les coins. Il a fallu quatre ou cinq séances de réflexion et de déplacements divers pour parvenir — aujourd'hui — à retrouver un appartement circulable et vivable. Comme un organisme qui reçoit soudain trop de nourriture et qui en met de côté pour une digestion progressive.

Je rejoins David à la loge de l'université pour sortir en voiture ; nous avons rendez-vous pour déjeuner avec le nouveau directeur de l'Alliance. C'est l'été indien... On tomberait la veste. Présentations sommaires et sympathiques dans l'entrée de l'Alliance.
Dans ces cas, il y a toujours une petite exagération d'enthousiasme ; chacun veut se montrer affable et spirituel. Le moment de vérité vient toujours quand on a usé les premières cartouches, qu'il faut être vraiment soi, dire sommairement qui l'on est et ce qu'on fait d'essentiel pour se définir. C'est alors que parfois la déception vient : pas les mêmes références, pas les mêmes orientations, pas le même humour, on se quitte en bons termes en sachant qu'il ne se passera rien d'autre.
Aujourd'hui, ce moment de vérité est tout à fait positif, au moins en ce qui me concerne. La conversation n'est ni formatée ni truffée de clichés, bien au contraire. David et moi donnons franchement notre version de la vie francophone au Japon et spécialement à Nagoya, des contraintes du travail et des attitudes psychologiques de nos étudiants et clients — et la comparaison avec le Kérala, d'où le directeur arrive, est tout à fait amusante (il faut d'ailleurs qu'il nous explique où c'est, ignares que nous sommes...). Nous déjeunons dans un restaurant de poisson de Motoyama, là même où Benoît me disait qu'il déjeunait souvent et où il y a une serveuse... mexicaine ! (Clin d'œil au passage pour le nouveau Bisontin, irremplaçable et qui nous a bien manqué hier soir.) Le sanma grillé est succulent. Près d'une heure et demie plus tard, dans un bouillonnement qui va des arts martiaux à Jean-Philippe Toussaint, de ce que peut bien contenir mon blog à l'usage pédagogique de TV5 par internet, en passant par Tokyo, Nice et Trivandrum, c'est à regret qu'il faut tout de même se résoudre à se quitter, certains de se revoir bientôt.

Pas la peine d'essayer de travailler au bureau. Directement dans le shinkansen pour dormir une heure et me remettre à la préparation du cours sur Dora Bruder demain matin. Beaucoup de détails documentaires à rechercher, tout en les ramenant à ce qu'un lecteur moyen est censé en percevoir. Soirée tranquille et studieuse, après une bonne heure de marche nocturne dans les ruelles vers Ushigome-Yanagicho, pendant laquelle T. teste son nouveau compte-pas électronique. Ce qui me fera coucher à une heure du matin...

commentaires

  1. bcg

    Bonjour en passant.

    Le dictionnaire Antidote me donne ces définitions pour “réticule”:

    [Vieilli] Petit sac à main.

    Système de fils croisés matérialisant l’axe de visée dans un instrument d’optique.

    Le Réticule : [ASTRONOMIE] constellation de l’hémisphère austral (nom latin international Reticulum, symbole Ret), voisine du pôle Sud céleste

    Bien amicalement,

    bcg

    PS: Tu savais déjà mais moi, pas.

  2. Berlol

    Salut !
    Pour la constellation, je ne savais pas. Pour le reste oui, par exemple dans le TLF :
    http://www.cnrtl.fr/definition/r%C3%A9ticule

  3. brigetoun

    appris par ma grand mère me transmettant le sien en écaille (avec, plus inutile, surtout pour moi, un petit carnet en argent aux pages d’ivoire pour noter le nom des danseurs en attente) - vous voyez pas si vieux (hum)

  4. bcg

    Reticulum, symbole Ret, voisine du pôle Sud céleste…
    Ceci élargit considérablement le rayonnement de ton blog!

  5. Berlol

    En effet !
    Si vous me lisez, là-bas, je vous adresse un grand salut à tous !
    Quand est-ce qu’on se fait une bouffe, M’sieurs-Dames du Ret ?

  6. BENOIT OLIVIER

    Salut Patrick,
    kore wa honto ne subarashi, dess ne !Merci pour votre accueil de José-marie et pour les bons moments motoyamesques partagés !
    A bientôt, amitiés à tous !



Samedi 11 octobre 2008. Pendant que ça se raccourcit tout autour.

Couché à une heure du matin pour  — moyennement bien dormi — me lever à six et continuer les notes de cours sur Dora Bruder.
Ce matin, je parlerai du recensement des juifs et de la place de l'étoile. Mais je dois commencer par me présenter devant la pointeuse, dans la salle des profs, et faire reconnaître mon empreinte digitale pour être fiché et payé dans ce camp humain du XXIe siècle.
L'énorme quantité de détails dont je dispose pour expliquer le premier chapitre ne doit pas faire oublier le tour de force initial : nous faire tous passer par le chas de l'aiguille nommée boulevard Ornano. En effet, c'est par la lecture de ce toponyme parisien que Modiano, en 1988, a eu l'attention retenue, dit-il, sur cette minuscule annonce de disparition du 31 décembre 1941, le mot réveillant quelques souvenirs personnels qu'il tente ensuite d'ordonner chronologiquement (enfance, événements d'Algérie de mai 1958, période 1965-68).
Connaissant nous aussi son nom et une bonne partie de sa biographie, nous sommes cependant étonné que Patrick Modiano ne remarque jamais la proximité sonore entre Ornano et Modiano. De même qu'il ne commente jamais le fait que bruder signifie frère en allemand, ce qui, au-delà du nom de la jeune fille disparue, laisse apparaître comme le message subliminal d'un frère adoré, Rudy, dont la mort, en 1957, l'a déstabilisé et amené à faire, comme Dora, une fugue à quinze ans.
Pour le reste, on pourra écouter ici ce que j'en dis (103 min.), en n'oubliant pas que je m'adresse à un public japonais dont le niveau de français est moyen-supérieur mais dont les connaissances culturelles peuvent être très supérieures à la moyenne et aux miennes.
On peut aussi voir et écouter Patrick Modiano sur le site de l'INA, lors de ce qui doit être sa première apparition télé chez Pivot le 20 mai 1977 (dix minutes gratuites, le reste en accès payant) ou la deuxième, le 15 septembre 1978, quand François Mitterrand l'avait fait inviter avec trois autres écrivains, ou peu après, le 20 novembre, lorsqu'il reçoit le prix Goncourt pour Rue des boutiques obscures.
Enfin, voir ou revoir les Puces de Saint-Ouen en 1958, ou en 1965 quand Jacques Prévert y passait.

Déjeuner au Saint-Martin où T. est en retard. J'en profite pour papoter avec mes voisins, les B. dont la sage petite fille commence à bien dessiner. Puis T. arrivée m'explique qu'elle était avec une connaissance du quartier qui risque de divorcer, que la confidence a pris du temps.
Après le café, je passe chez le coiffeur, qui peut me prendre tout de suite. Et malgré le café, je somnole lourdement sur le fauteuil pendant que ça se raccourcit tout autour de ma tête.
Je finis la sieste à la maison avant de me remettre au travail. T. lit souvent des chapitres de Vingt Ans après, que j'entends ou n'entends pas, c'est selon. On en est au milieu, ça va mal pour Henriette et Mazarin est plus hypocrite que jamais.

Pour T., je repasse La Grande Librairie avec Le Clézio et Échenoz. Au second visionnement, ça saute aux yeux, ni Le Clézio ni Échenoz ne sourient ou n'arrivent à une quelconque connivence, que ce soit entre eux ou avec Busnel, qui tend des perches obséquieuses et maladroites, quand il ne coupe pas sauvagement la parole pour garder l'air propriétaire du crachoir...


Dimanche 12 octobre 2008. L'implicite n'échappe pas aux masses.

« Nous n’avons pas su partager la richesse, partageons la pauvreté. La distribution commence. Cette fois, tout le monde aura sa part et personne ne sera volé.» (Éric Chevillard, L'Autofictif #352, 11 octobre 2008)

Je me demande si les agitations politiques internationales ne font pas empirer la situation qu'elles visent à calmer. Vouloir commencer à faire quelque chose, c'est tout de même admettre implicitement qu'on ne faisait rien, qu'on laissait faire, voire qu'on y avait intérêt. Et l'implicite n'échappe pas aux masses, contrairement à ce que croient nos dirigeants.
On aura beau me dire ce que l'on veut (par exemple dans la bonne édition de Ce soir ou jamais le mardi 7), je pense tout de même que nationaliser des banques, même temporairement, c'est avouer (implicitement encore) que leur liberté totale — comprendre : leur libéralisme débridé et la primauté de la spéculation sur la production — n'est finalement pas possible, non seulement pour le bien de l'humanité, ce dont nous savons qu'elles n'ont cure, mais même pour le profit maximal des financiers, ce qui est tout de même un comble.
Enfin, la vraie question derrière tout cela : à qui cette situation profitera-t-elle ? Dans un mois, dans un an...

Ça ne nous empêche pas de passer un dimanche tranquille. Et, pour moi, de continuer la préparation pour Fukuoka, dont le programme est maintenant en ligne sur Fabula.
Écoute et enregistrement de François Bon présentant son Led Zeppelin et de Valentine Goby avec Qui touche à mon corps je le tue chez Veinstein. Et si vous avez comme moi regretté de voir Jean Échenoz bridé par les carences intellectuelles de La Grande Librairie, vous aurez plaisir à l'écouter sur la Radio Suisse Romande dans deux émissions d'une grande finesse (Entre les lignes des 8 et 9 octobre). Ah, la connivence ! On en revient toujours là...

Pour ne pas prendre racine sur nos fauteuils, allons prendre un expresso et un petit morceau de far breton au coin café de l'Institut. Marche à la nuit tombante jusqu'à Seijo Ishii (Korakuen). Première soirée où je me dis, malgré la veste, qu'il va falloir sortir un pull. Longs nuages tout étirés, comme des rubans, d'un bout du ciel à l'autre, et de temps en temps, la lune derrière, presque entière. T. et moi, on parle d'acheter une maison. Ici, c'est la banque qui prête qui souscrit pour l'emprunteur une assurance-vie, sauf si l'organisme d'assurance-vie refuse d'établir le contrat — et les récents progrès de la médecine deviennent alors autant de chicanes supplémentaires. Jamais entendu parler de ça en France, au moins quand j'y étais, ce qui commence à dater. Revenons avec du pain, une portion de fromage de brie, des yaourts au jus de quinze légumes, une provision d'umeboshis, etc. De quoi éviter des maladies nocives au crédit — et quand on aura signé, ripaille !

commentaires

  1. F

    ah, Berlol, ton dernier paragraphe est du JLR AOC… merci pour liens Echenoz

  2. Berlol

    Je comprends ce que tu veux dire par AOC. Merci ! Dans cent ans, c’est ça qui sera décortiqué pour comprendre l’essence de l’époque, et se figurer un peu l’étrange individu nommé Berlol.
    Normal, pour Echenoz !
    (RSS de la RSR dans l’onglet Ondes de Netvibes Litor…)



Lundi 13 octobre 2008. Jusqu'à quel point la franchise paie.

Trois choses, rapidement, aujourd'hui. (Après les heures de travail.)
D'abord rendez-vous avec le nouveau directeur des cours de l'Institut franco-japonais de Tokyo. Je croyais être parmi les derniers, c'est le contraire, il n'a pas encore reçu les enseignants titulaires. Du coup, j'ai l'air d'un avant-poste qui a passé sans le savoir la ligne de démarcation. Oui, c'est vrai, c'est du vocabulaire guerrier. C'est feutré, mais guerrier quand même. La boîte, ça doit tourner, et tout le monde n'y survivra pas. Surtout quand on a un sapeur qui a mis quatre ou cinq cours ayant le même public potentiel au même horaire. Sinon, très sympathique, l'entretien. Quarante-cinq minutes et une franche cordialité. Mais je me demande toujours jusqu'à quel point la franchise paie.

Ensuite, longue marche avec T. — qui est elle aussi restée trop longtemps assise — par Iidabashi, Kudanshita, Takebashi et finalement, contournant le Palais impérial par l'est, jusqu'à la tour Shin-Marunouchi, tout près de la gare de Tokyo. Discutant de la mise au point d'un week-end nordique dans moins d'un mois, nous devons éviter les coureurs et leurs étraves de suée malodorante qui défilent par dizaines à la minute en faisant des tours de Palais. Pendant ce temps, progressivement, encore une fois, la nuit tombe, et cette fois la lune est pleine. Au sous-sol de Shin-Marunouchi, nous achetons nos desserts, une part de tarte aux figues et un petit clafoutis aux cerises (on dirait qu'on n'est venu au Jardin gaulois que pour ça). Et revenons par le même chemin. Total au compteur de pas : 14.000.

Enfin, je viens de me rendre compte du peu de temps qui me reste pour finir mon exposé. Deux semaines et demie. En plus, Volodine compte sur moi pour ne pas dire de banalités. Je vais donc enfiler ma robe de moine-soldat et rassembler des pouvoirs chamaniques pour lire et écrire en dormant. Et par conséquent ne plus sortir. Et poster a minima.
Je sais, vous gémissez, ça va changer beaucoup de choses pour vous. Mais vous verrez, ces quelques minutes en plus dans votre vie, ces minutes que vous ne passerez pas à me lire, je suis sûr que vous pourrez en faire un usage bénéfique. En vous couchant un peu plus tôt et en comptant les vaches noires qui passent dans le ciel (maintenant que vous savez d'où on les envoie). En regardant un peu plus longtemps la remontée spectaculaire de vos actions en bourse. Voire en écoutant enfin les conférences de la BnF sur le canal francecultesque des Chemins de la connaissance, celle d'aujourd'hui étant consacrée à Madame d'Aulnoy, par Nadine Jasmin, ce qui intéresse T. au plus haut point, vous pensez.

commentaires

  1. brigetoun

    tiens une idée, Madame d’Aulnoy, merci

  2. christine

    nous gémissons !… mais si c’est pour Volodine c’est pour la bonne cause (surtout si tu mets en ligne ta photo en robe de moine-soldat, quand tu l’auras enfilée)



Mardi 14 octobre 2008. Une traînée sur le bord de la feuille.

« Je marche droit, tu penses, ce n'est pas à moi que l'on aura l'idée d'apprendre comment marcher droit. J'ai avancé en ligne droite pendant cinq jours, avec ce maudit monastère devant les yeux. Mais il y a toujours autant d'obstacles et la distance ne change pas. C'est comme si le paysage se déformait et se reformait sans cesse.
— Comme dans les contes ?
— Tu parles d'un conte de fées !... Une saloperie terrienne de plus, oui. Un piège, je suppose. Ils essaient de nous maintenir à distance.» (Antoine Volodine, Biographie comparée de Jorian Murgrave, p. 149)

C'est souvent l'effet que me fait le sens littéraire, en général. Je le vois briller à quelques distances, je le saisis dans son ensemble, parfois dans un détail, un reflet particulier. J'avance vers lui et ne l'atteins jamais. Tout au moins, ce que j'imagine être l'atteindre. À penser autrement, je suis peut-être déjà complètement dedans. Je ne peux  rien faire pour l'atteindre, puisque c'est déjà fait, qu'il m'a absorbé, qu'il m'a eu, qu'il m'a.

Micro-sommeil entre deux copies. Mon stylo rouge a laissé une traînée sur le bord de la feuille. Tiens, c'est Shizuoka, et il pleut.
Plus tard, après deux cours, mon esprit a été détourné, distrait et je ne peux redescendre de suite dans le scaphandre étanche du moine-soldat. Mais comme je le dis à Andreas pour excuser d'avance ma défection de demain, ma vision est tapissée de bribes textuelles, d'idées qui scintillent et se déplacent les unes vers les autres. Et qu'il me faut saisir sans les faire fuir.
Je reprends prudemment le chemin du monastère.

L'hébergeur a écrit — une fois n'est pas coutume — qu'il y aurait une migration de serveur demain ; les bases de données (et donc les blogs) devraient être inaccessibles entre 16 heures et une heure du matin, heure de Tokyo (9h-18h, heure française). Si jamais ça revient...


Mercredi 15 octobre 2008. Échangé contre un circuit neuf.

Rien de tel pour déstabiliser un étudiant japonais d'un département de français que de lui demander d'écrire au tableau et en phonétique une simple phrase en japonais du type : est-ce que tu habites à Nagoya ? Ça le tétanise sur place, ça grésille à l'intérieur, c'est tout juste si on ne sent pas le plastique des fils qui crament. Tellement ils ne se sont jamais interrogés (ni ne l'ont été par qui que ce soit) sur leur propre façon de prononcer. Et tellement l'idée d'employer un alphabet phonétique est nouvelle, et donc associée au français, puisque c'est cela qu'ils étudient. Eh bien, je suis persuadé que ce court-circuit-là, pris à la rigolade et échangé contre un circuit neuf, nous fera gagner au bas mot un mois.

La bure du moine-soldat n'est hélas pas compatible avec le sport.
Il a d'abord fallu que je m'acquitte des taches administratives pour remboursement des frais dans les collines adverses (Fukuoka et Morioka, noms dans lesquels -oka signifie colline). Puis, des rites ayant été accomplis, deux pages sont lentement sorties de la glaise des notes. Pour Volodine, on pourrait dire : du goudron des notes.
L'adversité sera complète puisque dans le sud, à Fukuoka, je parlerai, alors qu'à Morioka, dans le nord, je ne dirai absolument rien, sauf à Yvan Leclerc qui viendra y présenter la Correspondance de Flaubert.
À noter : culturellement, les Japonais disent à l'est et à l'ouest, quand nous disons au sud et au nord. La vérité (géographique) est entre les deux.

La migration de serveur chez Globat a l'air d'être achevée et on dirait que j'ai encore tous mes mots dans l'ordre. Pas de crise dans mes banques. Je vais donc y ajouter ceux-ci.

commentaire

  1. brigetoun

    et le JLR est de nouveau accessible - je vous avais perdu hier (ça venait peut être de moi)

 

Jeudi 16 octobre 2008. Jamais été autant inutile.

Comme en réponse à la présence de Jorian Murgrave dans mes pages...

Dominiq Jenvrey répond à vos questions sur les extraterrestres :
Oui. Par ce projet la littérature s’offre la possibilité stupéfiante d’être l’utilité la plus fondamentale. En même temps, la littérature, qui convoque les forces créatives par ce projet, se lance dans une entreprise à l’inutilité la plus grande, la plus déterminante, telle qu’elle n’a jamais été autant inutile. Or, à partir de ce moment, qui forme un événement, qu’a lieu une rencontre extraterrestre ou plutôt une rencontre avec des Espèces Technologiques (E.T.), la littérature devient l’utilité dont l’espèce d’ici a le plus impérieux besoin. Elle seule se sera fabriqué l’arsenal de pensée nécessaire pour comprendre cet événement, pour comprendre c’est quoi des E.T., c’est quoi leurs fictions à eux. D'autant plus qu'elle se sera habituée à ce jeu de l'échange fictionnel.
La rencontre extraterrestre estompe-t-elle la séparation que l’homme s’est fabriqué entre lui et l’animal ?

La rencontre extraterrestre modifiera-t-elle notre psychologie ?

En attendant de le savoir, j'ai fait mes trois cours dont le séminaire. Sommes arrivés aux deux tiers de Marie-Antoinette, quand elle s'éclate au Petit-Trianon, tout à fait sur une autre planète que la France en récession. Je vais aussi proposer aux étudiants de travailler sur le rapport avec les extraits musicaux choisis... Mais comme les groupes et les morceaux datent plutôt de leurs parents, il faut les guider un minimum.
Par exemple : La musique est-elle décorative (celle-ci ou une autre, c'est pareil...), redondante (elle répète ce qui est dit par l'image) ou autre — mais alors quoi ?
Après un thé avec David et Florian, difficile de renfiler la bure d'écriture. Alors je me passe un des derniers films reçus : Déjà Mort (Dahan, 1998). Un bon casting, une histoire pas mal du tout, mais au final un beau gâchis. Dans le même genre, starlette, cinéma, fric et drogue, et même si ce n'est pas dans le milieu du X, Sauvage Innocence (Garrel, 2001) était quand même d'un autre calibre.


Vendredi 17 octobre 2008. Creuse les mines de vrais et de faux.

Quand tu sais que le soir sera encombré, poste le matin.

Grâce au travail tenso-fictionnel de Dominiq, véritable Calder en tissant en fictionnant du web, je parcours des blogs que je ne connaissais pas, comme Cuisine interne de Nina Y. qui, le 10 octobre, rendait compte de ses travaux sur la quatrième de couverture du futur Tuer Catherine :

« Ai rédigé la quatrième de couverture aussi. [...] Ainsi, j'ai pu très scientifiquement et après examen d'un certain nombre de dos d'ouvrage pas du tout représentatifs de la population littéraire française établir par induction qu'il existait principalement trois grands types de quatrièmes de couverture, à savoir : 1) les extraits purs et durs, 2) les résumés-commentaires qui portent sur le texte un regard externe (ex : "Cuisine brûlante est un récit fiévreux dans lequel, Marc, charmant quadragénaire...") et enfin 3) les approches plus personnelles, avec un point de vue interne à l'oeuvre (ex : "Sophie, 32 ans. J'aime Marc, passionnément. Mais..."). Sachant évidemment qu'il existe des formes mixtes (ex : combo extrait + commentaire externe) ou hybrides (ex: approche interne dans le fond mais externe dans la forme). Si on met de côté la solution numéro 1, la ligne de démarcation, la question qui se pose est donc : est-ce qu'on émet un discours depuis l'intérieur du texte (par exemple en reprenant la voix d'un des personnages) ou bien est-ce qu'on en parle depuis l'extérieur, comme quelqu'un qui ayant lu le texte donnerait son avis dessus. Cette dernière solution est quelque peu plus simple, sans doute plus classique également, puisque j'imagine (je me trompe peut-être) qu'initialement la quatrième était conçue comme un propos du type, on vous parle du livre, on vous dit ce que vous allez y trouver, à la manière d'un ami bienveillant qui l'aurait lu et qui vous donnerait son avis.»

Ma mémoire s'est bien effilochée depuis le temps mais je pense qu'il y aurait à comparer avec des propos au moins aussi inductifs et spirituels du côté des Seuils de Gérard Genette, que Google propose d'emprunter dans une bibliothèque du Danemark (vérifier tout de même la météo et les conditions d'accès).
À noter que Nina Yargekov est aussi présente dans le numéro 1 de la revue Tina que Chloé m'a envoyé et que je n'ai pas encore achevé, comme tout ce qui reste suspendu en l'air pendant que — moi non plus je n'ai pas d'autre alternative — je creuse les mines de vrais et de faux rêves de Volodine, et ce jusqu'au jour de déverser ma cargaison sur les auditeurs de Fukuoka, les pauvres.

Reste à faire ma journée, avec au menu : rédaction d'une ou deux pages, déjeuner avec David, voyage en shinkansen, rencontre de quelqu'un d'important et préparation du cours de demain matin.

commentaires

  1. Nina Y.

    Bonjour, merci pour l’écho - il est vrai que le jeu de Dominiq est intéressant pour ça aussi - et surtout pour la référence, je n’ai pas lu Seuils mais il me semble que ça devrait m’intéresser beaucoup. Par contre, je suis déjà en train de me demander si on ne pourrait pas faire une étude sur le paratexte de Seuils, puis sur le paratexte de l’étude, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’épuisement mental s’en suive, ce n’est pas gagné.

  2. Berlol

    Je me demande si Genette ne l’avait pas prévu… À vérifier. En tout cas, je vois que vous ne lâchez pas l’affaire.
    (J’ai retiré ce qui concernait la coquille.)



Samedi 18 octobre 2008. Hilarant — d'ailleurs il en meurt.

Dora Bruder me fait encore lever à six heures. Elle le mérite bien. J’essaie surtout de montrer aujourd’hui la navette à tisser que Modiano actionne par des allées et venues très maîtrisées d’une époque à l’autre : la disparition de Dora en 1941, le Modiano des années 60-70, son enquête de 1988 à 1996, puis les Bruder dans