Que l’ail me projette

dimanche 20 mai 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Reprenons. Sur une base journalière, je veux dire. En plus court, peut-être…

Au sport dans l’après-midi, une demie-heure de vélo statique et fin de lecture des Découvertes d’Eric Laurrent, que j’ai aimé, comme ses autres livres.

Je ne le savais pas mais T. m’a dit que sans doute je puais l’ail partout dans la salle de gym, au sauna, etc., suite au guacamole du déjeuner…

Mais voilà que l’ail me projette cinq ans en arrière, dans la lecture d’Olivia Rosenthal, encore elle, le jour du dernier restaurant parisien avec mon père – précisément en ce jour anniversaire de la mort du père de T.
C’est le billard décès. Et bon voyage !

« Peinant à croire qu’elle fût devenue mienne quelques heures plus tôt, intimement convaincu en tout état de cause que – considérant en me voyant à son réveil cet égarement des sens avec horreur, telle Antiope s’avisant qu’elle venait de s’unir avec un satyre ou Pasiphaé après avoir été saillie par un taureau – elle ne le serait jamais plus, que peut-être même fuirait-elle dorénavant ma compagnie afin d’oublier le pire avilissement auquel elle se fût laissée aller, je m’abîmai de longues minutes dans sa contemplation, m’emplissant le regard de toute sa personne, de son corps aussi bien que de son visage, comme si je me fusse trouvé devant un de ces chef-d’œuvre, de l’art ou de la nature, qu’on sait ne jamais plus avoir le loisir de revoir, c’est-à-dire avec la volonté fiévreuse de m’imprégner le plus profondément possible de sa beauté, dans cette plénière et à la fois douloureuse adhésion à l’instant que donne la conscience de sa fugacité, mais qui seule est le gage de sa fixation en nous, la condition de son dépôt puis de sa conservation dans l’immense réceptacle de la mémoire, le principe même de son inaltérabilité sous l’impalpable mais toujours plus épaisse poussière des heures, des jours et des années. » (Eric Laurrent, Les découvertes, Paris : Minuit, 2012, p. 151-152)

« Faites un exercice.
Quand vous êtes sûr que c’est la dernière fois que vous voyez quelqu’un, prononcez, non comme une injonction mais comme un constat, cette phrase dans votre tête : je ne le reverrai jamais.» (Olivia RosenthalOn n’est pas là pour disparaître, p. 43)

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Publié dans le JLR


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