En sirotant du thé au goût chocolat

Lundi 8 mars 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

Soyons bref : la situation de mon père, l’encadrement du stage et tout ce qui en découle ne m’ont laissé jusqu’ici aucun temps ni aucune motivation pour écrire ce journal.

Aujourd’hui par exemple, nous avons commencé le matin par prendre quelques notes sur les entretiens d’hier et envoyer quelques courriers urgents. Onze heures et demie sont vite arrivées et nous sommes allés chez Paul, dans la galerie commerciale, pour manger rapidement un sandwich et une salade. Arrivés à la fac, nous sommes allés observer une classe avec nos étudiants et y faire quelques photos, puis nous nous sommes entretenus avec plusieurs responsables administratifs et pédagogiques du département, attentifs à nos questions de sorte que les discussions se prolongeaient sans difficulté. Notes et photos trouveront plus tard leur usage.
De retour au centre-ville, il est déjà presque cinq heures. Je trouve un gilet à fermeture éclair pour mon père qui dit avoir froid presque tout le temps, que ce soit dans la chambre où il semble reprendre des forces, même s’il ne marche pas encore tout seul, ou durant les séances de dialyse ou durant les déplacements de l’une aux autres. J’en prends deux, de coloris différents et en garderai un pour moi.
Ensuite, je m’enquiers de la marche à suivre pour faire imprimer les photos que mon père a sélectionnées sur l’écran de mon portable quand nous sommes allés le voir jeudi dernier. Je reviens peu après à cette même boutique Photo Service avec les photos dans une clé USB. Il faut brancher la clé sur un ordinateur en libre-service, sélectionner les photos à imprimer, choisir le format et le nombre d’exemplaire de chaque s’il est différent de 1 et envoyer la commande. Je paie en faisant débiter cette commande sur une carte de 100 impressions qui coûte 60 euros (carte qui n’est d’ailleurs pas nominative, que l’on peut donc prêter ou offrir). Nous aurons les photos mercredi.
Nos pas nous mènent ensuite à la librairie Les Temps modernes où je trouve tout de suite un livre qui me manquait depuis longtemps, le volume 8 de la série « Écritures contemporaines », consacré à Antoine Volodine, épuisé sur Amazon, introuvable dans les autres librairies, promis par l’éditeur mais jamais arrivé. J’y trouve aussi le Manière de voir sur Internet entièrement illustré par Philippe De Jonckheere.1
L’heure du dîner approche, T. et moi choisissons un restaurant déjà repéré rue de Bourgogne pour sa belle carte et son nom original, Les pissenlits par la racine. J’appelle notre collègue pour qu’il nous y rejoigne. Y mangeons excellemment, osso bucco avec tagliatelles pour l’un, blanquette de veau sur poellon de riz blanc pour l’une, énorme entrecôte saignante et incroyable gratin dauphinois pour moi.
De retour à notre chambre, frigorifiés par le vent glacial qui s’engouffre dans les rues poussiéreuses d’Orléans tout en travaux. À la télé, on trouve Les Sept Samouraïs de Kurosawa qui vient de commencer… On le regarde en sirotant du thé au goût chocolat.
Encore une journée de foutue et le dire vient de me prendre une heure.

  1. Je l’ai, ça y est ! Philippe, ne te bile pas ! Et encore merci, c’est superbe ! Il n’y a plus qu’à lire les articles… []

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La peur de l’homme qui pense

Samedi 20 février 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

Notre première vision par la fenêtre
la neige
son lumineux silence

À dix heures, je me rends à l’agence Bouygues Télécom pour y rencontrer les personnes avec qui j’ai correspondu depuis trois mois pour préparer plus de trente téléphones portables. J’apporte une somme confortable en grosses coupures. Juste après, un étudiant avec sa famille d’accueil arrive. Il a son bon de retrait, un petit papier de la taille d’une carte de visite droit sorti de mon imagination. Et de mon imprimante.

Déjeuner à l’Ardoise, très bon et déjà trop copieux pour nos petits estomacs.

À l’hôtel, quand nous y sommes arrivés hier soir, deux petits colis d’Amazon m’attendaient. L’un avec une carte routière de la région, un type de commande que j’avais déjà effectué l’été dernier avec la Bretagne et l’Auvergne. L’autre est l’édition de poche de LTI de Victor Klemperer, qu’il faut commencer manu militari.

« Lorsque, dans Mein Kampf, Hitler présente sa politique en matière d’éducation, l’éducation physique vient largement en tête. Il affectionne l’expression « endurcissement physique » [körperliche Ertüchtigung] qu’il emprunte au dictionnaire des conservateurs de Weimar; il fait l’éloge de l’armée wilhelminienne comme étant la seule institution saine et vivifiante du « corps du peuple » [Volkskörper] par ailleurs en putréfaction; il considère le service militaire principalement ou exclusivement comme une éducation à l’endurance. De toute évidence, la formation du caractère n’occupe pour Hitler que la seconde place, elle advient plus ou moins d’elle-même, lorsque, justement, le physique est le maître de l’éducation et qu’il réprime l’esprit. Mais c’est seulement au dernier rang de ce programme pédagogique qu’on trouve, admises à contrecœur, suspectées et dénigrées, la formation de l’intellect et les nourritures spirituelles. Dans des tournures toujours nouvelles s’expriment la peur de l’homme qui pense, la haine de la pensée. » (Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich, Carnets d’un philologue / traduit de l’allemand et annoté par Élisabeth Guillot, Albin Michel, [1996], coll. Pocket, 2002, p. 25-26.)

Je ne suis pas certain que le dénigrement de l’école et des matières intellectuelles, amalgamé à la kitschissime surmédiatisation du sport et du vedettariat sportif tels que nous les vivons aujourd’hui ait un autre effet. Ni même que ce ne soit pas intentionnel. Et mondialisé.

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À mille milles de toute région habitée

Vendredi 19 février 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

« Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d’étonnement. N’oubliez pas que je me trouvais à mille milles de toute région habitée. Or mon petit bonhomme ne me semblait ni égaré, ni mort de fatigue, ni mort de faim, ni mort de soif, ni mort de peur. Il n’avait en rien l’apparence d’un enfant perdu au milieu du désert, à mille milles de toute région habitée. » (Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince).

C’est l’œuvre dont je propose l’étude pour un cours qui, lui aussi, me tombe littéralement dessus pour avril. J’envoie le courrier juste avant de débrancher et d’aller prendre l’avion avec mes ouailles nippones. Vol pour Paris via la Corée. Sans commentaires sinon qu’on y mange plutôt bien et que j’y vois au moins deux excellents films, dont un très utile pour la compréhension des origines de la mentalité groupusculaire dans le post-exotisme alto-solien (même s’il doit en effet y avoir un peu de caricature et de simplification) :
Tetro (Coppola, 2009) et La Bande à Baader (Der Baader Meinhof Komplex, Uli Edel, 2008).
Pour arriver à Orléans et nous coucher, il faudra encore que je conduise la voiture de location sans transformer cette journée de trente-deux heures en une éternité de sommeil…

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Les terminaux maintenant éteints

Jeudi 18 février 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

La route est aérienne mais c’est la route.

Depuis quelques heures, nous sommes dessus, T. et moi. Ce matin encore au bureau, j’imprimais les dernières informations utiles, listes de numéros de téléphones d’étudiants et de familles d’accueil, programmes de cours, courriers de réservations d’hôtel ou de voiture, j’achevais mon dossier annuel de remboursement de frais de recherche pour le déposer, nous déjeunions avec David de hamburger fait maison chez Downey, enfin, à la maison, nous fermions et pesions nos valises pour voir si nous pouvions donner l’exemple (avec une poignée électronique qui permet de peser une valise en la soulevant).
Et puis d’un seul coup, la voiture de notre collègue étant arrivée, nous avons dû vérifier les fenêtres, fermer le gaz, éteindre les lumières, débrancher des appareils, descendre les bagages, les enfourner dans un coffre d’une voiture, passer prendre l’autre accompagnateur à quelques dizaines de mètres, et nous étions en route, vers notre avenir et l’aéroport Centrair, au milieu des eaux sur des tonnes de poubelles.

De la chambre de l’hôtel Centrair, le même que celui où j’étais il y a deux ans à pareille époque, mais cette fois avec T., nous voyons les terminaux maintenant éteints. C’est un non-paysage, un transit technologique de verre, de métal et d’ombre. Nous devons dormir. Demain matin, le groupe de 35, nous compris, s’assemblera dans le hall, à quelques dizaines de mètres de notre actuelle fenêtre, et je ne sais pas si nous aurons l’occasion de dormir ni même, je le dis sans pathos, d’arriver en France…

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Je ne dirais pas que je n’irai pas en librairie

Dimanche 14 février 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

Depuis des mois, j’ai effectué de façon concentrée, quotidienne, et considérée maintenant comme tout à fait normale par un grand nombre de personnes, un ensemble d’opérations qui auraient été impossibles et même inimaginables, ou dont l’énonciation aurait relevé de la folie pure il y a seulement dix ans.
Au lieu de passer des heures dans des revues, des bibliothèques et des librairies, simplement pour découvrir des références relatives à un sujet d’étude dans sa phase prospective, j’ai parcouru chaque fois en quelques minutes des catalogues en ligne, des commentaires et des articles virtuels qui m’ont permis de sélectionner les livres que je pouvais ensuite trouver, commander et payer à partir des deux ou trois ordinateurs que j’utilise régulièrement à la maison ou au bureau. Je ne dirais pas que je n’irai pas en librairie histoire de faire quelques découvertes en feuilletant au hasard mais je suis tout à fait certain d’avoir gagné des dizaines d’heures, beaucoup de frais de transport ainsi qu’en précision dans les choix.
Au lieu de feuilleter des dizaines de catalogues dans des agences de voyage sans savoir si j’allais me faire arnaquer avec des frais que j’aurais pu éviter ailleurs, j’ai comparé les prix des vols sur quelques pages web, que ce soit pour Ottawa ou pour Paris, et payé directement avec un numéro de carte de crédit des billets pour lesquels j’ai moi-même imprimé un document qui ne servait d’ailleurs à rien, sinon à me rassurer, puisque je pouvais me faire identifier de plusieurs autres manières en me présentant à un guichet d’aéroport. Je ne dirais pas que de belles revues ne me donneraient pas d’envies de voyage, si j’en avais le temps, mais je suis tout à fait certain d’avoir encore économisé du temps, etc.
Au lieu de devoir aller faire la queue à la poste pour envoyer des épreuves d’articles tout gribouillés de rouge et d’attendre le prochain avis de retrait d’un nouveau paquet qu’il faudrait encore aller chercher à la poste à pas d’heure, j’ai envoyé, reçu et renvoyé des document Word commentés et attachés à des courriels, puis déposé et partagé avec d’autres chercheurs des documents en cours d’élaboration sur des sites communautaires qui permettent de sauver les données sous plusieurs formats en économisant, etc., etc.
Par les mêmes moyens, j’ai aussi sélectionné, réservé et payé des hôtels, des voitures, des billets de train, des places de théâtre et de cinéma. Dernièrement, je me suis occupé d’une acquisition de 33 téléphones portables à Orléans pour un groupe d’étudiants avec lesquels je vais bientôt partir. Il a fallu pas mal de courriers, étalés sur trois mois, pour certifier le sérieux de la demande, sélectionner les appareils, se mettre d’accord sur la facture, établir le protocole qui permettrait d’obtenir les numéros attribués et de les diffuser aux parents des étudiants et aux familles d’accueil avant même que nous ne quittions le territoire japonais tout en limitant les risques de diffusion abusives des informations personnelles.

À suivre… (pas le temps de finir ce soir…)

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Conte et décompte des noms d’oiseaux

Samedi 6 février 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

Récapitulatif des séances du cours sur Alto solo à l’Institut franco-japonais de Tokyo.
Que j’intitulerais :

Conte et décompte des noms d’oiseaux

Dernier lever à six heures pour les yeux toujours beaux de Tchaki Estherkhan. Préparant mes notes de cours, je sens une dernière zone de risque : la lecture des pages des deux grenades (p.115-117), que l’émotion m’altère la voix.

En ouverture du final à l’Institut, un des participants du cours donne son opinion : ce livre ne lui a pas procuré de plaisir de lire. Il ajoute qu’il était à Paris en 1968 et que son souvenir est plus… engageant, plus optimiste que ce qu’Alto solo suggère dans la référence au militantisme (je résume, sans déformer, j’espère). Je le remercie de sa franche parole, pas si courante au Japon, et regrette pour lui que ce plaisir lui ait été refusé. Mais pour peu qu’il y ait référence à la France, ce serait plutôt celle des années 1972-1973, la barre gravement à droite après 68 et les dérives groupusculaires de l’extrême-gauche, le renfermement et l’étiolement du militantisme — même si les références à l’Allemagne des années 1930 me paraissent plus importantes, en l’occurrence.
Par ailleurs, je pense qu’il est possible d’utiliser ce commentaire en faveur du texte : car si beauté, qualité, style, puissance il y a dans Alto solo, c’est au service d’une vision d’horreur humaine et sociale, certes exilée dans un lieu utopique — post-exotique — pour éviter la référence, mais en effet créée dans le but de terroriser le lecteur, peut-être pour qu’il prenne conscience d’un danger, par exemple celui du populisme totalitaire, ou du totalitarisme populiste, comme on voudra — et ce n’est bien sûr pas épique comme chez Le Clézio ni héroïque comme chez Gracq (auteurs étudiés récemment dans le cours).
À l’instar de Candide, Zadig ou d’autres contes philosophiques de Voltaire, Alto solo travaille la langue pour entrelacer l’éthique, le poétique et le politique sans plus de souci apparent que Voltaire ou Kafka pour le vraisemblable paysager ou la véracité des références à notre monde — ce qui était d’ailleurs annoncé dans l’art poétique de Khadjbakiro, le représentant intra-diégétique de Volodine (p.31).
Autre point désagréable — et sublime — du livre : la disproportion, celle des peines et celle de l’effet des mots, ce qu’elle suppose et ce qu’elle entraîne : Matko met une gifle à son frère Bieno devenu frondiste, un autre frondiste l’abat de deux balles (p.100), et puis ça va de mal en pis, les équilibristes involontaires ne sont pas de vrais oiseaux, ils s’écrasent au sol, enfin des grenades sont lancées sur le carré de mélomanes.
Cette disproportion est inimaginable pour ceux qui sont sensés, cultivés, intellectuels, parce que leur formation est empreinte à tous les niveaux de congruence et de symétrie, de perception des nuances et des écarts (trop, parfois), alors que le propre du tyran ou de celui qui abuse du pouvoir, qu’il y soit parvenu légalement ou pas,1 est précisément l’exagération, l’emportement, l’arbitraire, quand bien même il n’est qu’une émanation du peuple — peuple d’ailleurs ici signifiant le plus bas étiage de l’humain. L’asymétrie, ou la disproportion, c’est la base de l’injustice, de la pauvreté, de l’oppression, et c’est aussi un des moteurs de l’art, mais beaucoup plus comme réaction épidermique et corporelle, ensuite éventuellement intellectualisée, que comme une construction de l’esprit créateur.2
Le Jean Valjean des Misérables devient ainsi pour l’éternité le témoin et la preuve de cette disproportion et de ses conséquences : le bagne pour un morceau de pain.
Notons aussi que l’exagération, l’emportement, l’arbitraire, l’asymétrie de pouvoir commencent quand un groupe dominant et décomplexé aime à se montrer et à se donner en exemple.
Mais revenons à nos oiseaux, la fin du cours leur est largement consacrée parce que Zagoebel nous offre un festival de boutades aviaires dont je ne reprendrai ici que la plus vulgaire, la plus savante et la plus poétique.
La plus vulgaire, selon moi, est dite après qu’un bon nombre de personnes ont été poussées sur le filin suspendu et se sont écrasées au sol : « On ne fait pas d’omelette sans casses les œufs ! » (p.113)…
La plus savante est à propos de la rue, le pouvoir de la rue n’étant pas à « confondre avec un parlement-croupion » (p.112)
La plus poétique, qui est aussi la dernière, juste avant les jets de grenade, est sur « les intellectuels capables de discuter des nuits entières sur le sexe des mésanges » (p.116) — un sexe des mésanges dont il faudrait que je parle avec Jean-Pierre Vidal en juillet prochain

1973 — côté utopies — est aussi l’année du très rock Jesus Christ Superstar (film de Norman Jewison). Dans la même année, cohabitent Pierre de Grenoble par Malicorne, et Tanzmusik de Karftwerk…

L’Éric de Kyoto m’attend à la sortie. Je passe chez Omeisha pour problème de disponibilité de l’édition folio de Zazie dans le métro pour la session d’avril. Je repasserai pour indiquer une autre édition. Nous déjeunons avec T. au Saint-Martin à trois. Grande nouveauté, il y a maintenant bavette frites au menu !

  1. D’aucuns insistent sur le fait qu’Hitler soit parvenu légalement au pouvoir, mais ce n’est un argument pour rien, en fait. []
  2. D’où l’ennui qui se dégage de l’art engagé, de l’écrivain engagé ou militant, quand ils sont missionnés à se servir de l’art pour la bonne cause, alors que tant d’œuvres géniales proviennent d’engagés artistes et d’engagés écrivains. []

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Post-exotique en dégustant ma brandade

Samedi 30 janvier 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

Peu à dire sur ce quatrième cours consacré à Alto solo. Ceux qui connaissent ma voix l’entendront un peu nasale ; c’est que le rhume a déjà commencé son œuvre… À écouter ici.
C’est néanmoins une séance importante pour la compréhension de l’action et des fondements de l’action dans le roman. Considérations sur :

  • omniscience (1ère partie) et conscience (2e partie),
  • mélodrame (sur le modèle de mélomane) et tragédie (contenue dans l’exposition et le suspense),
  • passoire (tri sur les marches, « seuls des hommes et des femmes résolus [...] », p.74) et nasse (salle de concert envahie par 300 frondistes),
  • spectacle élitiste et spectacle populaire (voire populiste, bien sûr),
  • la résistance passive de ceux qui sont venus quand même (peut-être mise en abyme en hommage — désespérant — au Silence de la mer de Vercors et à la fondation des Éditions de Minuit…)
  • les doubles sens des expressions à nom d’oiseau : « intellectuels en queue de pie », « comme une volée de pinson », « [payer] en roupie de sansonnet » (p.97), les musiciens et leurs « nids à poussière », « crincriner une petite danse », « turluter une passacaille », « des poules mouillées » (p.98) — la violence verbale ayant produit son effet d’humiliation sur tous les mélomanes sauf sur l’altiste, qui a renfermé son violon dans son étui, il ne peut s’ensuivre que de la violence physique. Ce qui fera l’objet du prochain cours.

Références brièvement données pour Victor Klemperer, LTI. Ce faisant, je viens de trouver là et maintenant, cette intéressante suite de vidéos relatives à cette langue du Troisième Reich telle qu’étudiée par Klemperer.

Déjeuner au Saint-Martin, où nous retrouvons par hasard et avec joie un couple d’amis et leur petite fille. Je leur fais l’article post-exotique en dégustant ma brandade et en sirotant le bordeaux que F. nous offre pour son anniversaire.
Après quoi je vais me coucher parce que le rhume avance, le nez coule, la tête sous pression…
Enregistrement, cependant, de l’excellent Pastoureau chez Veinstein hier soir et les cinq épisodes du feuilleton Conversations avec Kafka de Gustav Janouch.

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Carnet à spirale et à boutades

Samedi 23 janvier 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

Matinales notes, après relectures d’hier, pour le troisième cours sur Alto solo — à écouter ici.
Nous devons aujourd’hui, avant d’entrer dans « ce cirque » (p.54) du soir du 27 mai, cerner la forme du pouvoir de Chamrouche et la (re)présentation textuelle de celui qui l’exerce, Balynt Zagoebel. Son prénom hongrois et son nom proche de celui d’un ministre de la propagande nazi, son origine dans les années quarante et sa carrière politique ou d’homme de pouvoir dans les années soixante à quatre-vingt-dix (d’un siècle non précisé), sa silhouette à manteau de cuir beige, son carnet à spirale et à boutades (p.38) ou encore le salut avec « le bras en oblique » (p.41) qu’il échange avec ses frondistes ne doivent pas faire oublier qu’il est, selon ce que le texte nous propose, un représentant et un envoyé du peuple, dont il émane et qu’il incarne.
Mais — poison littéraire que je vous instille — dans quelle mesure peut-on faire confiance au texte lui-même ? S’il ne dit pas de quelle société ni de quel siècle il émane, s’il n’inscrit jamais les fonctions exactes de Zagoebel, s’il m’égare sur l’individu en disant qu’ils sont deux ou des millions (p.35), comment pourrais-je ne pas, à mon tour, me sentir mal à l’aise ? Par exemple quand, ayant nommé certains hommes des oiseaux et tenté de nous faire croire qu’ils ont réellement (perdu) des plumes, il tente de redéfinir par soustraction d’espèces le mot oiseau ? « [...] mais les rapaces de ce genre ne sont pas des oiseaux » (p.50); « Mais les alouettes ne sont pas des oiseaux » (p.56); « Mais les manchots ne sont pas des oiseaux » (p.61, avant-dernière phrase de la première partie)…
Ceux qui ont décidé du nouveau sens d’un mot vont ainsi le répéter sur tous les tons, en jouer dans diverses situations où ils imposent leur autorité — et je pense ici directement (j’en donnerai les références la semaine prochaine dans le cours) à la LTI, la langue du Troisième Reich, telle que l’étudiait Victor Klemperer, ainsi qu’à la récente LQR d’Éric Hazan dont j’ai déjà traité.
Bien sûr, je ne confonds pas le discours du narrateur et les discours directs ou indirects des frondistes. Mais c’est un peu comme si ceux-ci s’accordaient à celui-là sur au moins un point, tandis qu’ils s’entrelacent dans le texte : l’intention de brouiller le sens des mots pour déstabiliser le lecteur, rendre autant que possible et avec une ironie malsaine leur sens double, voire triple comme c’est le cas du pauvre piaf dans le panneau du café-restaurant : « LA MAISON NE SERT PAS LES NÈGUES ET ENCORE MOINS LES PIAFS » (p.42), où piaf peut signifier oiseau réel (on serait dans un conte féérique), métaphore d’une catégorie d’hommes stigmatisée (ce serait une fable politique) ou allusion historique aux Juifs (comme dans un document à clés) à laquelle je serais amené à penser par le fait que c’est aussi un mot de quatre lettres finissant par la lettre « f », hypothèse corroborée par le mot d’ordre tagué sur une affiche de concert : « LES PIAFS À LA RÔTISSOIRE » (p.46).
Beaucoup d’autres choses à écouter dans le cours mais c’est ce qu’il m’importait d’inscrire ici.

Le souvenir impérissable que beaucoup de lecteurs gardent d’Alto solo vient aussi du fait, j’en suis sûr, que le livre a exercé sur eux un pouvoir de malsain brouillage du sens de quelques mots. J’en ai encore eu la preuve avant-hier soir en entendant ce que Frédéric Junqua disait de ce livre en toute fin de l’Atelier littéraire du 4 octobre dernier auquel il était invité pour parler de Kart, que je lirai bientôt.

Dès qu’elle porte sur l’éthique ou l’ontologique, l’indécidabilité du double sens provoque des perturbations psychologiques chez le récepteur de l’information — tout comme, lorsqu’une large partie de la population s’appauvrit, le double salaire ou la double fonction d’un grand patron…1

Patrick Rambaud, bien intentionné sur le dire son temps. Pas sans intérêt mais on peut dire que, justement, c’est ce que ne voulait pas faire Khadjbakiro :

« S’il procédait ainsi, il se dégoûterait vite, il se lasserait. Il composerait seulement de petits tableaux anecdotiques, il étofferait médiocrement la médiocre réalité. Il n’éprouverait aucun plaisir à son art et vite cesserait d’écrire. Au lieu de cela…» (Antoine Volodine, Alto solo, p.31)

L’incommunicabilité dont on parle au sujet des Japonais est une vaste fumisterie. Je viens encore d’en faire l’expérience en écoutant Éric Marty et Raphaël Enthoven au sujet du, dixit Enthoven, « très beau » et « magnifique » Empire des signes de Barthes, dont ils parlaient jeudi 21 dans les Nouveaux chemins de la connaissance — adjectifs dits comme on ferait des courbettes de courtisan. Quant à la qualité intellectuelle du livre de Barthes, eh bien, j’en dirai ce que j’écrivais à un correspondant il y a quelques jours : « c’est bien écrit » — en ajoutant maintenant qu’il révèle beaucoup plus sur Barthes lui-même que sur le Japon. Et ce n’est pas l’autre invitée de l’émission, Meiko Takizawa, tant elle parle peu, qui parviendra à me faire changer d’avis (on aurait mieux aimé qu’elle parlât de ses propres recherches…).
D’ailleurs, à propos de temps de parole dans son émission, Enthoven en occupe, je pense, un bon 70 % — les invités (prestige ou caution) sont tolérés.
Ce que je n’ai pas encore bien démêlé, c’est pourquoi des Occidentaux, et particulièrement des Français, ont un tel intérêt à cette spécificité de l’incommunicabilité avec « les » Japonais. Ils n’ont qu’à se tourner vers les Chinois, les Vietnamiens, les Malais, les Géorgiens, ou même les Basques, si l’on veut rester dans l’idée d’une langue profondément différente, pour constater que l’incommunicabilité est à peu près du même tonneau — le reste est infatuation.
(Et je ne dis pas cela par supériorité de celui qui parlerait couramment japonais puisque, précisément, je ne le parle pas.)

  1. Pour Henri Proglio, il s’agit donc d’un double problème indécidable puisqu’on ne sait, du double salaire ou de la double fonction, ce qui était pour l’opinion le plus gênant… Quand un gus va bosser comme manutentionnaire de nuit après sa journée d’usine, histoire d’arriver à dépasser d’un poil le smic pour une famille de cinq, il y a toujours un cadre zélé pour fayoter et l’obliger à choisir son camp fissa. []

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Ceux qu’un bloc de béton n’a pas déjà rendus silencieux

Vendredi 22 janvier 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

Non en surface
rayé
je m’en voudrais
mais comme dans l’épaisseur vitreuse
dans la transparence même
déchiré décollé
molécules séparées ou quoi
pulpe du doigt pourtant sans réponse
quand elle y passe
lisse mais chaque jour
plus élargies sont les taches
sur l’écran du Ricoh CX1 (pourtant pas vieux)

En quelques clics, T. a dégoté l’adresse du service clients de Ricoh, à Ginza, et nous décidons de nous y rendre ce matin pour savoir s’il est possible de réparer cet écran, l’appareil ayant été acheté avant l’été et donc encore sous garantie.
Excellent accueil dans un petit bureau, pas d’attente parce que personne d’autre. Le problème à peine exposé, la jeune femme qui nous reçoit dit que c’est le revêtement de l’écran qui se décolle de l’intérieur, que ça vient du frottement — alors que je l’ai toujours bien rangé, le point faible est donc déjà bien connu…
On déjeune pas loin de là, pas très bien mais peu importe. Je rentre à la maison pour continuer des corrections de rapports de 3e et de 4e année, qui pleuvent ces jours-ci dans ma boîte aux lettres, et je reviens chercher l’appareil réparé, écran revêtu de neuf, gratuitement, avec en prime le conseil de le couvrir d’un film plastique.
Traversée de Ginza et de Yurakucho à la nuit tombante, plaisir de retripoter un appareil en bon état, de voir à nouveau les rues et les foules japonaises comme un touriste — car il ne sera jamais question pour moi de me poser en spécialiste.
Au fait, le théâtre de kabuki de Ginza va bientôt être détruit. À voir le nouvel immeuble qui se trouve à sa droite, on comprend pourquoi.

En soirée, deux derniers épisodes de Damages, saison 2. Beau final, quoi que peut-être un peu trop clean, après tout ce qu’on a eu à supporter comme manipulations psychologiques croisées, tractations judiciaires et sommaires règlements de comptes pas toujours bien intéressants… Faudrait que j’arrive à faire la différence entre un beau final et… le fait d’être heureux d’en finir.
Sûr qu’il en ira de même dans notre affaire (des lampistes de) Clearstream — où seuls quelques barbouzes savent tout, tout du moins ceux qu’un bloc de béton n’a pas déjà rendus silencieux.

Enregistrement du Carnet nomade de dimanche dernier dans lequel Colette Fellous s’entretient avec Michaël Ferrier au sujet du Texte Japon de Maurice Pinguet. Dont j’extrais ce qui suit.
Quand je suis arrivé à l’université Waseda, en 1992, on m’a dit que c’était là qu’il était quelques années avant. De là à dire que je prenais sa place… Qui ? Connaissais pas…

Par ailleurs et par hasard, je signale que Maurice Pinguet n’a pas de page Wikipédia !
Glop ou pas glop ?

Michaël Ferrier : « C’est vraiment un essayiste exceptionnel. Il faut le dire, c’est un des grands intellectuels de sa génération et c’est pour ça aussi qu’il y avait une injustice dans le fait qu’il ne soit plus connu aujourd’hui. Une injustice et aussi peut-être un signe. Le signe, peut-être, d’un certain renfermement français, éditorial, culturel. Il faut imaginer quand même que Maurice Pinguet est traduit en japonais, il est publié en japonais, il est commenté en japonais, il a du succès et de l’influence… Voilà quelqu’un qui était plus connu à l’étranger que dans son propre pays. Il fait partie de cette grande génération d’intellectuels, il est né en 1929, il est rentré à l’Ecole Normale Supérieure à vingt ans, où il a rencontré Michel Foucault, [avec qui] il s’est lié d’amitié. Il y a un très beau portrait de Foucault jeune en Italie en train de découvrir Nietzsche… C’est lui qui ensuite a travaillé pour faire venir Michel Foucault au Japon. Ensuite il s’est lié d’amitié également avec Roland Barthes. Roland Barthes qu’il a fait venir aussi pour la première fois au Japon, en 1966-67. L’Empire des signes, le fameux livre de Barthes sur le Japon est dédié à Pinguet. Donc, voyez, il y a une espèce de filiation, des grands intellectuels français, tous trois homosexuels d’ailleurs, homosexualité qu’ils ne revendiquaient pas d’ailleurs, qu’ils ne brandissaient pas comme un étendard mais qui est aussi présente parfois dans leurs œuvres. Et il a vécu une bonne partie de son temps à l’étranger, au Japon notamment, donc, où il a enseigné à plusieurs reprises, où il a été directeur de l’Institut franco-japonais. Donc, c’est un parcours tout à fait atypique et en même temps très représentatif d’une certaine tradition intellectuelle française, très érudite.»

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De la littérature en matière noire

Samedi 16 janvier 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

De six à huit, j’essaie de m’organiser un radeau sur un océan de choses à dire au sujet des trente ou quarante premières pages d’Alto solo — sur lequel je m’efforce de voguer avec mes étudiants de dix à douze.
Certains détails textuels ont une valeur exceptionnelle. Par exemple, le nom Vanzetti (p.15), choisi pour le cirque, et qui, s’il démarque Achille Zavatta (1915-1993), renvoie prioritairement au Bartolomeo Vanzetti (1888-1927), immigré italien qui, avec Nicola Sacco, fut victime d’une erreur judiciaire dans l’Amérique des années 1920, ce qui suscita une vague internationale de protestation, puis un film et une chanson, puisque son innocence était déjà évidente avant la chaise électrique — connaissant l’avenir du cirque dans Alto solo, on ne peut que trouver pertinente l’association…
Ou bien le nom Karakassian, l’amoureux disparu de l’altiste Tchaki Estherkhan, peut-être parti se battre dans le Sud mythique et qui m’a fait penser au Karamanlis de Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? de George Perec et à tous les autres kara- que suscitent ses réapparitions textuelles.
Quant au clown Baxir Kodek, cette fois c’est en aval : il a donné son nom à une composition musicale de 2000 d’Ambre & Mark Spybey, sur un disque intitulé Sfumato et disponible dans l’Internet Archive.
Et reprendre l’idée de Jean-Louis Hippolyte, dans Fuzzy Fictions (p.150), selon laquelle le lecteur qui zapperait, se détournerait de ces noms de prime abord un peu difficiles d’Alto solo ne ferait que manifester une xénophobie de premier niveau. En ajoutant que cela me paraît en fait assez naturel, même si un esprit curieux doit en même temps pouvoir s’y intéresser, surtout en se demandant quel peut être le but littéraire d’un auteur qui met une telle passion à produire des noms compliqués, exotiques. Pour peut-être, finalement, les trouver… poétiques.
Montrer aussi que tous les mots dont Volodine convoque simultanément deux sens, comme pour ses personnages à la fois métaphoriquement et réellement « oiseaux », produisent dans bien des phrases un effet de zeugma identique à celui d’Apollinaire quand il écrit que : « Sous le Pont Mirabeau coule la Seine / Et nos amours…»
Un Apollinaire qui affectionnait lui aussi ces effets d’inversion syntaxique où l’on voyait parfois une préciosité de retour à l’ancien français et où je vois un moyen économique de renforcer sémantiquement les deux membres déplacés, comme cela se constate justement dans les paragraphes consacrés à l’écrivain Iakoub Khadjbakiro (p.31-35) : « il choisit, de la vie réelle, les brins les plus ténus », antéposition du complément de nom, ou ce beau détachement du complément d’objet indirect : « Aux hideurs de l’actualité Iakoub Khadjbakiro avait coutume, dans ses livres, de substituer ses propres images absurdes.» (p.31)
Enfin dire que le mouvement d’ensemble de cette période d’exposition dans laquelle les personnages sont présentés chacun leur tour sous la forme d’une « histoire de » peut bien être comparé à la période de présentation des instruments d’un orchestre avant qu’ils n’entament une pièce concertante — dans laquelle un solo adviendrait… Ou plusieurs.
La présentation de l’écrivain Iakoub Khadjbakiro pourrait bien être au nombre des solos que nous attendons. L’art poétique qui nous est exposé dans ces pages ne peut guère appartenir qu’à ce narrateur qui dit « Je » à la page 26, tout en étant bien proche de celui de l’auteur, pour peu qu’on ait déjà lu ne serait-ce qu’un autre livre de lui. Une mise en abyme transcendantale, donc, dans laquelle le « souterrain des mirages » (p.32) mène au cœur exotique des problèmes inséparablement politiques et poétiques — et qui accueille soudain, avec un air neutre, une métaphore de la littérature en matière noire.

« Exotique est le terme que l’on applique à des particules déconcertantes, mais fondamentales, de la matière.» (p. 32)

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L’appât (de la démocratie) est dans la nasse (du débat)

Vendredi 15 janvier 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

Déjeuner au French Dining (one-plate avec poulet rôti, un peu léger…). Passage chez Kayser où l’on achète une petite galette des rois (finalement).
Enregistrement de l’Atelier littéraire du 10 avec Jean-Charles Massera, Céline Minard, et sur le Zaroff de Julien d’Abrigeon. Un très bon moment !

En début de soirée, alors que je m’apprête à réfléchir sur Alto solo pour demain matin, un ami annonce sur Facebook un débat sur l’identité nationale organisé par l’Ambassade à l’Institut le vendredi 22 à 11h30. J’engage la discussion sur l’illégitimité du débat ; c’est mon opinion ; il défend le principe démocratique. Ça chauffe un peu pendant quelques commentaires (les arguments des deux côtés sont archi-connus) — le tout étalé sur un bon paquet d’heures — et puis ça finit par l’énerver et il commence à retirer des commentaires, arguant qu’il ne voulait que reprendre l’information et qu’on n’avait qu’à aller commenter… à l’ambassade.

Sauf que j’avais copié les commentaires par devers moi :

Moi : « Sans moi !
(j’aurais même pas relayé, tu vois…) »

Lui : « Eh bien, cela me laisse à penser que tu ne respectes pas le principe du débat démocratique, et ça me paraît très grave, car pourquoi refuser un débat ? »

Moi : « Les deux mots sont antithétiques (Michel Serres le disait d’ailleurs très bien il y a peu à la radio), l’expression n’a aucun sens, c’est un débat piégé d’avance et dont on sait qu’il va relancer le communautarisme et le racisme intérieur. Il faut savoir refuser un débat.
Mais débattons des budgets de l’éducation ! Débattons de la politique culturelle extérieure de la France ! Débattons des politiques salariales !
L’identité nationale, c’est LE leurre par excellence !
Et ça me paraît très grave (ça fait toujours bien de le dire).»

Lui : « C’est ton opinion, celle de Serres (mais personnellement, je ne vois rien d’antithétique), ça se discute! Refuser le débat, ça fait peur!
D’ailleurs, notre discussion ici ne remplacera pas le(s) débat(s) public(s).»

Moi : « Là, on n’est pas en train de discuter de l’identité nationale, on est en train de s’opposer sur la pertinence même d’un thème de débat.
Pendant qu’on ne te demande jamais ton avis sur les décisions dites d’Etat et qu’on fait passer des lois impopulaires sans discussion (Universités, Hadopi, etc.), on te fait l’aumône d’un débat qui n’apportera en France que la zizanie (parce qu’ici, avec le taux de sympathisants UMP, ça va plutôt faire consensus…), et hop, c’est la démocratie !
D’ailleurs, un vendredi à 11h30, je me demande bien qui sera libre pour s’y rendre ! »

Lui : « Très juste ! »

[... commentaires d'autres personnes que je n'ai pas besoin d'impliquer ...]

Moi : « L’appât (de la démocratie) est dans la nasse (du débat). Tu as le choix. D’y entrer ou pas.»

[... première suppression du précédent commentaire ...]

Moi : « Bizarre, tiens, que mon précédent commentaire ait disparu. je le remets (de mémoire) : L’appât (de la démocratie) est dans la nasse (du débat). Tu as le choix. D’y entrer ou pas.»

Lui : « @Patrick Non, c’est pas bizarre que des commentaires disparaissent, c’est une fonction de Facebook de pouvoir les supprimer. Je vais d’ailleurs en supprimer d’autres. Heureusement qu’elle existe!
Je te suggère d’adresser désormais tes commentaires sur ce sujet à l’Ambassade de France dont je n’ai fait que rediffuser une information.»

Moi : « Merci de le dire, même si je ne trouve pas cela très « démocratique », pour le coup…
Mais je n’ai que faire de débattre avec l’ambassade qui ne fait d’ailleurs que ce qu’on lui a dit de faire en plus haut lieu.»

[... seconde suppression, et cette fois de tous mes commentaires ainsi que de ceux d'autres intervenants ...]

Ça tient tout entier dans sa dernière phrase : ne faire que rediffuser une information de l’Ambassade. Comme si ne-faire-que, c’est-à-dire fournir gracieusement un tuyau supplémentaire pouvait être neutre. Par exemple, si je diffuse qu’il y a un concert de Johnny Hallyday, je ne fais pas que diffuser. J’ai sélectionné cette info parmi plein d’autres, et au détriment d’autres. j’affirme donc implicitement un choix. Soit parce que je suis d’accord avec ce qui est proposé — forme de militantisme bénévole, voire de prosélytisme — soit parce que j’ai un intérêt à offrir gracieusement ce canal supplémentaire, que ce soit auprès du diffuseur ou du côté des supposés récepteurs. Dire qu’on n’a fait que, et qu’on ne veut pas en débattre, ce n’est rien d’autre que refuser d’avouer et de s’avouer ses propres motivations.
Pour moi, la conscience politique est un préalable au débat démocratique. Je ne serai jamais neutre, politiquement. Et comme je ne suis pas fonctionnaire ni sous contrat d’aucune façon avec l’État, cela ne me pose aucun problème.
Par ailleurs, j’ai choisi de ne pas inscrire dans ce billet le nom de cet ami. Durant quelques jours, il est possible de le retrouver, si l’on veut vraiment le savoir. Pour autant, cela n’a pas d’intérêt à mes yeux. Ce qui m’importe, c’est de constater l’opposition de deux discours dits démocratiques et d’affirmer à travers cet exemple qu’il n’y a pas de neutralité individuelle dans la rediffusion d’une information émanant du pouvoir en place.

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Suce au soleil levant

Jeudi 14 janvier 2010, à 23:59 — par Berlol– Enregistrer & partager

Mince ! Voilà que mon père est de nouveau à l’hôpital ! Mon cousin me tient au courant de la situation et s’en occupe quand il peut. Pour l’instant, rien de grave, un peu comme il y a deux ans. En tout cas, c’est ce qu’on espère. Mais la méchante vague de froid n’y est pas pour rien — qui avait déjà rétamé Hopenhague, entre autres… Comme en janvier 2008, donc, il faut encore attendre un mois, que nous venions en France, pour que je puisse le voir. D’ici là, s’il reste à l’hôpital, au chaud et pris en charge, ce n’est pas plus mal parce que la dernière fois que je l’ai eu au téléphone il envisageait d’aller à pied à travers le Parc Caillebotte enneigé pour aller chercher son pain sans sel…

Par ici, programme chargé. Des cours, le voyage en shinkansen pour Tokyo et la pièce de choix de la semaine : la communication du collègue François Bizet, à l’université Gakushuin, intitulée Crise sans sortie, apocalypse sans royaume, fin sans fin : de quelques questions reprises par le post-exotisme.
Exposé très bien argumenté et truffé d’exemples d’Avec les Moines-soldats, de Lutz Bassmann, principalement. Que François met pertinemment en relation avec la fiction radiophonique Outrage à mygales (2001) pour une tentative de communication entre espèces lors d’une brèche entre deux espaces-temps, ce qui est peut-être concevable dans les dix dimensions de la théorie des cordes.

Petite salle, mais bien pleine, suivie d’un cocktail en salle des profs. J’y ai retrouvé d’autres collègues, comme Michaël, Agnès, Margot, et Thierry Maré, bien sûr, qui est l’invitant. Mais surtout, et c’est très important pour l’avenir, beaucoup d’étudiants-chercheurs.
En revanche, pas de collègues japonais, ni d’ici ni d’autres universités. Surmenage & cloisonnement sont les deux mamelles que l’enseignant-chercheur suce au soleil levant — et qui m’étonnent toujours, quoique j’en sois averti. L’aporie de la spécialité est goûteuse : chacun sa spécialité, si ce n’est pas ma spécialité, je n’y vais pas ; et si c’est ma spécialité, je n’ai pas besoin d’y aller puisque je suis déjà au top… Mais pour ne pas avoir cette immodestie ni avouer la glue aporétique, on déclare seulement être très occupé, totemo isogashii desu ! — triste vérité souvent, d’ailleurs, et excuse bien pratique parfois. Et imparable cliché international de l’homme post-moderne, au point que « Quelqu’un qui a tout son temps est un scandale permanent », maxime de Sollers, reprise à mon compte

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