Accrocher tout sur du vent

Samedi 27 juin 2009, à 19:02 — par Berlol

Puisque la mort d’icônes médiatiques fait date, en profiter.
Rien à dire contre les personnes, Farah Fawcett ou Michael Jackson, je ne souhaitais pas spécialement leur mort — dans ce domaine j’aurais d’autres priorités… Mais contre ce qu’ils représentaient, oui. Surtout le bambi lunaire et lunatique qui a permis à l’industrie du disque d’atteindre avec ses scies son maximum historique, épuisant d’un coup, par sa viralité mondiale, en une seule génération, le modèle économique que l’internet vient de décapiter. Sept cent cinquante millions de disques vendus, dit-on sur France Info où règne ce matin une ambiance de deuil universel, où l’on prononce sans honte ni ridicule les mots de génie et de tragédie. Et malgré cette grosse vingtaine d’années de harcèlement médiatique, pas un seul de ses disques chez moi, et pas une once d’attendrissement chez moi devant un destin qui nous est encore présenté dans les dégoulinures de la victimisation familiale puis médiatique. Des dizaines d’heures de radio, de télé, de restaurants, de supermarchés ou d’ascenseurs durant lesquelles j’ai été exposé à ces fadaises sans toujours pouvoir m’y soustraire, et c’est encore lui qui est à plaindre !!

Donc, faire date avec. En profiter, radio et télé éteintes, disais-je, pour bilan, constat et perspectives personnelles — comme le marcheur qui s’arrête devant une table d’orientation pour se panoramirer, boire un coup, respirer.

Mercredi, j’ai pu déjeuner en regardant la série québécoise Rumeurs sur TV5 Monde grâce à ma nouvelle ligne optique et avec l’ordinateur portable de 2002, revenu d’entre les morts il y a deux mois après restauration d’un état antérieur du système… Sa miraculeuse remise en service, maintenant dans le salon, près du téléphone, vient mettre un terme à la passe sombre où le déménagement m’avait fait entrer en février : fin de contrat de connexion Yahoo BB qui ne me satisfaisait plus depuis longtemps, pas de connexion dans le nouvel appartement pendant trois mois, le temps de trouver une nouvelle solution, problèmes de réseau à la fac du fait du délire parano de la sécurité informatique, gel des communications virtuelles pour la préparation d’Ottawa, arrêt du JLR2 pour gagner du temps et faire du japonais, mort d’Henri Meschonnic dans l’indifférence de l’intelligentsia et de l’université (deux notions peut-être obsolètes, ceci expliquerait cela), et clou du spectacle berlolien : migration système chez mon hébergeur de site entraînant panne du courrier et disparition ou corruption des blogs. Voilà qui fait un bon paquet.
Pendant ce temps, aussi, l’air de rien, prémices d’une nouvelle situation : achat de l’Acer One, usage de Skype avec T., nouveaux contacts canadiens et volodiniens, installation enfin de la ligne optique et, donc, résurrection du portable en même temps qu’entrée de mon domicile dans le XXIe siècle. Un retour sur la crête des vagues que pourrait aussi illustrer l’entretien avec Constance hier soir, également réalisé par Skype entre Paris et Nagoya.
Dans son étude médiologique et sociologique de la lecture et des acteurs de l’édition, l’intéresse, je pense, ma position paradoxale, toute modeste qu’elle soit : étant parmi les plus anciens de l’Internet littéraire francophone (mon site date de 1996, mon Journal LittéRéticulaire, de 2003), un des relais de la diffusion d’informations littéraires libres (via la liste Litor qui va avoir dix ans et les Flux Litor depuis un an sur Netvibes), voyant la France depuis le Japon par mes lunettes d’exote, sans être charmé par les pacotilles de l’ici et du là-bas. Soixante-dix minutes d’entretien ont passé comme une flèche, et, derrière Constance, les dessins des enfants étaient superbes (merci, Skype).

« C’était un joker, comprenez-vous ? Cette peinture était un joker à jouer dans un moment crucial : si Robespierre prenait définitivement le pouvoir on produirait le tableau au grand jour comme preuve éclatante de sa grandeur et de la vénération qu’on avait toujours eue pour sa grandeur ; on dirait hautement qu’on avait commandé en secret le tableau pour en faire hommage à sa grandeur, et au grand rôle qu’on lui destinait ; et on lui dirait clairement qu’on était avec lui, qu’on avait même été représenté avec lui, qu’on avait tenu à honneur d’apparaître à ses côtés. On ferait jouer l’alibi fraternel. Si au contraire Robespierre chancelait, s’il était à terre, on produirait aussi le tableau, mais comme preuve de son ambition effrénée pour la tyrannie, et on prétendrait effrontément que c’était lui, Robespierre, qui l’avait commandé en sous-main pour le faire accrocher derrière la tribune du président dans l’Assemblée asservie, et être idolâtré dans le palais exécré des tyrans (Pierre Michon, Les Onze, p. 112-113)

Une semaine déjà que j’ai fini Les Onze de Pierre Michon. L’impression en reste vive. Surtout de la première partie, celle de la négritude universelle des limousins que sont tous les travailleurs, ce que j’ai déjà cité. La seconde partie est plus virtuose, Michon y a le culot vertigineux d’accrocher tout sur du vent et je pense que 98 % des lecteurs n’auront aucun doute sur l’existence des pages de Michelet citant Géricault nommant Corentin. Sauf que le chapitre III du Livre XVI de l’Histoire de la Révolution française de Jules Michelet qu’invoque Michon (p. 123) est intitulé « Lutte de Robespierre contre les représentants en mission » et ne contient rien des douze fameuses pages où il serait question des Onze, sa dream team à lui.
Adrien Goetz est le dernier en date à ne pas s’y tromper, dans sa chronique1 que reproduit le site de Verdier : « Avec ce roman, Michon rejoint les donateurs historiques du Louvre, il vient d’offrir un chef-d’œuvre au musée. Il suggère même, en une phrase qui est une sorte de traversée des collections, d’un seul souffle, que Les Onze sont, au bout de la visite, à l’extrémité du palais, le point culminant où le Louvre entier se résume et s’explique »

Après le brio dense de Michon, l’écriture simple et atone de Marc Pautrel arrive comme le petit courant d’air qui rafraîchit à la fin d’une après-midi lourde, comme elles le sont toutes maintenant que l’humidité atteint quotidiennement les quatre-vingts pourcents. Et je dis « simple » avec gratitude, comme on le dit des herbes qui nous soignent et nous soulagent. Son Homme pacifique, cet oncle qui doit bien avoir existé, lui, recevra où il est maintenant ce portrait-cadeau d’un neveu aimant et lucide. Et nous qui ne sommes pas de la famille n’éprouvons aucune gêne indiscrète, parce que chacun de nous doit avoir un exemple de cet universel bonhomme et de son universelle bonhommie dans nos familles. Souhaitons-le-nous, en tout cas.

« Il faudra un jour créer un onzième commandement : Tu dépenseras ton argent avec constance et plaisir. Ce n’est pas de l’argent que nous devons laisser à nos enfants lorsque nous mourons.» (Marc Pautrel, L’Homme pacifique, Paris : Gallimard, 2009, coll. L’Infini, p. 37-38)

« Quand on n’a pas d’enfants, on ressent d’une manière plus intense le devenir de l’humanité, on peut voir en surimpression sur le monde la trace du temps, telle une autoroute en pointillé. Un écrivain comme Marcel Proust en est l’exemple parfait, Franz Kafka également. Mais quand Proust est immobile, Kafka court, il sprinte à grandes foulées, il veut s’échapper, il attaque la réalité à la pioche, ou plus précisément à la clef à molette et au tournevis, il est là pour changer quelque chose, pour démonter le système et le remonter dans le bon sens, il est là pour réparer le monde. Si je devais comparer mon oncle à un de ces écrivains, je le comparerais à Proust : il voit, il comprend, il observe, il explique. Mais il laisse tout en place, il ne part pas en guerre contre le monde comme le fait Kafka. Non, mon oncle est un homme pacifique, un homme non pas résigné mais respecteux.» (Ibid., p. 55)

Enfin, depuis une semaine, depuis que le cours sur le Chercheur d’or de Le Clézio s’est achevé à l’Institut dans une sincère admiration collective qui n’était franchement pas acquise au départ, depuis donc qu’une partie de mon cerveau est redevenue disponible, une autre entreprise a vu le jour. Une entreprise dans mes cordes virtuelles, qui va d’abord durer une année, sans doute pour se prolonger bien au-delà, et dont je ne puis rien dire encore, sinon qu’elle concerne Antoine Volodine et ses acolytes, une entreprise littéréticulaire qui est déjà dans le web comme la lettre volée, en pleine lumière mais invisible.

  1. Le Journal du Louvre, n° 8, juin/juillet/août 2009 []

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Cinq Limousins et demi ?

Mercredi 17 juin 2009, à 20:59 — par Berlol

Ce midi, excellent poisson grillé dans ce petit restaurant de Motoyama. N’étaient les arêtes, qui entravaient la conversation avec José-Marie et Sophie. Conversation qui, après avoir roulé à bonne allure sur divers sujets, tournoyait maintenant sur Facebook. Où Sophie et moi sommes, elle récemment avec sa démonstration de taeko, et où JM ne veut surtout pas être mais où il aimerait bien promouvoir sa petite entreprise. Facebook dans la conversation, c’est un peu comme la banlieue sud de Paris : beaucoup de rond-points (fine allusion à d’autres problèmes pédagogiques du moment…). On tourne, on tourne et on se demande quelle sortie prendre. Et trois cent mètres après, même ralentissement et même question, quand c’est pas l’accrochage…
En revanche, alors qu’il ignore que je suis à la moitié des Onze — cinq Limousins et demi ? —, JM m’offre un superbe Pierre Michon, d’Agnès Castiglione chez CulturesFrance Éditions. Le livre contient aussi un disque avec des entretiens d’À Voix nue de 2002 — que j’ai déjà, évidemment. Je peux même ajouter que ce sont les émissions du 25 au 29 novembre. J’ai aussi les Jeudis littéraires du 7 et Du Jour au lendemain du 28, tout ça avec Michon et rien que pour 2002.

Alors, mes Limousins… Je m’attendais à du dense, de toute façon. Mais pas à du tellement politique. Ça râpe dans l’oreille, ça colle aux bottes et ça déchire quelques pans d’histoire de l’humanité.

« [...] ces entrepreneurs en terrassement et gros œuvre de maçonnerie qui, sans autre atout dans leur manche que des bataillons de Limousins dont le statut et le salaire à peu de choses près étaient ceux des nègres d’Amérique [...] ces quelques hommes au grand appétit qui sortaient de leur manche des bataillons de Limousins et les jetaient sur la terre boueuse de Loire avec une poigne de fer [...] » (Pierre Pichon, Les Onze, Paris : Verdier, 2009, p. 26)

« [...] le canal avec tout le ciel reflété dedans ; et dessous, les fondations invisibles, c’est-à-dire deux générations de terrassiers et maçons limousins qui avaient eu une espèce de vie avant de tomber des échelles ou de s’embourber sans reste dans la Loire, des espèces de joies en forme de bonbonnes de quasi-vinaigre et de couteaux à cran d’arrêt, une espèce de femme qu’ils voyaient deux mois de l’année sur douze en Limousin, les deux mois d’hiver noir, dont sous l’habit noir informe ils n’avaient jamais vu le corps nu mais que seulement à l’aveugle dans des salles communes empestées où toute une famille dormait ils avaient discrètement en pleine nuit troussée, besognée et engrossée, et de cet exploit avaient tiré des espèces d’enfants destinés à être nègres d’Amérique dix mois sur douze (tout cela, Monsieur, notez-le, au temps de la douceur de vivre, à l’heure même où Tiepolo ou un autre au sommet d’un échafaudage, au sommet aussi de ce que naguère on appelait l’Homme, peignait les plus belles et légères choses que jamais on ait peintes — car on n’a rien sans rien, et Dieu est un chien).» (Id., p. 33-34)

« Cela existait d’autant plus que, parmi les anacréons timides de la province, il y avait le fils d’un Limousin qui avait miraculeusement bondi hors des dix mois de négritude sur douze. [...] on peut raisonnablement penser qu’à chaque génération cela advenait dans la proportion d’un sur cent, sur mille ou dix mille — il arrivait qu’un Limousin bondît hors du rang, fût remarqué d’un cardinal-duc, de sa maîtresse ou de son cocher, à cause des qualités que le hasard distribue assez équitablement parmi les hommes, fussent-ils limousins, fût-on dans le terrible temps de la douceur de vivre, et que celui-ci tirât son épingle du jeu, c’est-à-dire ne remît pas les pieds en Limousin et se mît à vivre comme un homme — enfin, comme il pensait que doivent vivre les hommes.» (Id., p.35-36)

Déjà ça. À digérer. À méditer. Ça peut prendre des semaines, tellement ça répercute de choses. Me revient à l’esprit la cinglante réponse qu’en pleine émission littéraire (laquelle ?) Virginie Despentes avait faite à Sollers quand il parlait de la douceur de vivre au XVIIIe siècle : qu’en ce temps-là, elle aurait sûrement élevé les cochons, sous-entendant qu’il aurait été peu probable qu’elle et lui se rencontrassent comme ce jour-là sur ce plateau télévisé. Et alors, pas de réponse du tout chaud récipiendaire du premier prix de la BnF.

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Rêvasser bachelardesquement

Mercredi 10 juin 2009, à 23:59 — par Berlol

Tantôt cyprin éternel, ami des tortues, longtemps grommelant dans des tuyaux, des tunnels, tantôt limite beauf se la pétant, casque noise reduction autour du cou, sur des tapis d’aéroport, je reparais donc pour un jour, une semaine, sans programme — et serai bien en peine de résumer ce gros mois d’arrêt de ce qui était devenu progressivement une corvée, un boulet inerte et bouseux, le JLR2.
Les relectures, révisions, écritures et partages robbe-grilletiques qui ont occupé le clair et le pas clair de ce temps-là, entre Nagoya, Tokyo, Toronto et Ottawa, ont au moins produit un résultat notable : l’expulsion — Arg ! Non, pas le vomissement, tout de même ! — de ce sujet pour moi. De même que je pense qu’il n’y aura pas de colloque Robbe-Grillet avant un paquet d’années. Au moins quand les Actes de celui-ci seront connus des spécialistes. Car si l’appréciation des constructions, des fantasmes, du style et d’une certaine sorte d’humour a pu être partagée et détaillée par la trentaine de présents (et pas de public), c’est un peu comme on aurait morcelé et dégusté le corps du Christ du NR — pour s’en débarrasser et sortir du XXe siècle. Les balises vingt-et-uniémistes que je voulais pour ma part aller poser sur le sol canadien étaient moins destinées à la fortune critique de l’exfiltré des bananeraies, je me cite (sinon qui le fera ?), qu’à voir venir les suivants, les héritiers, ceux qui avaient repris des traces douteuses, profité des leçons et des crasses, et chez qui survivra merveilleusement transmuté quelque chose de Robbe-Grillet, quand les ARGiens purs et durs en seront à sucer les os et à ressasser les indices de la très louche pathologie de l’homme.
À l’instar du sculpteur visionnaire des statues encore prises dans le marbre brut, j’ai cru voir se dessiner l’Echenoz et le Volodine dans le bloc d’œuvres qui va d’Un Régicide à La Reprise, et de L’Année dernière à Marienbad à Un Bruit qui rend fou. Un qui m’avait compris (Shawn Duriez) ajoutait, selon lui, Modiano. Pourquoi pas (justement : ça se discute). Et j’aimerais que chacun se laisse rêvasser bachelardesquement, lâche la bride au cou du pape, et regarde dériver dans ce fleuve de sagesse ses propres boîtes de fiches cartonnées et ses jolies clôtures universitaires (carrière ! carrière !) pour entrevoir, entendre, sentir et toucher la présence rhizomique et fantômatique du corpus robbe-grilletal à l’étal des librairies d’aujourd’hui. C’est ça qui emmerde tant Sollers, par exemple : que des atomes d’ARG se soient incrustés un peu partout — alors qu’un Vasset, un Bon ou un Massera n’en ont cure : ils regardent devant.

Le plaisir de découvrir, aussi, cette belle petite ville d’Ottawa, l’impeccable organisation, des résidences universitaires comme du colloque lui-même — encore merci, et ému, à Christian Milat et Roger-Michel Allemand.
Le contentement intellectuel des soirées passées avec François Jost, André Gardies et François Migeot — et pas qu’intellectuel puisque nous avons aussi partagé d’excellents plats et verres, que ce soit au Social ou au Blue Cactus. Des propos off the record avec ces trois-là sont ainsi amalgamés à la succulence de l’agneau et du bœuf que je dégustais en les écoutant.
La joie de rester en contact avec T. grâce à Skype que nous utilisons pour la première fois durant ce séjour. L’image un peu floue de ma dulcinée souriante ne laisse pas passer l’ombre inquiétante du vol AF 447 — j’aimerais savoir qui, entre deux avions, n’y penserait pas ? C’est qu’on n’est jamais sûr de rentrer chez soi, le savez-vous ?

Oh, côté migration du domaine, ça me paraît encore loin d’être terminé ! J’ai pu échanger quelques messages en anglais avec des réparateurs de chez Globat, des modifications sont en cours. Marchera, marchera pas ? Un mois de blog de cours a été effacé, sans que je sache foutrement pourquoi. Le blog des Mazarinades est disparu, réapparu, pas d’explications. Bref, ça migre en bricolant et ça communique le moins possible. En tout cas, j’ai réussi à rétablir le courrier électronique, ce qui est déjà bien.
Alors, pour ce billet, en attendant que le web 2.0 veuille bien fonctionner, vous vous contenterez d’HTML de base — n’est-ce pas Philippe (je vais retrouver la page et faire le lien) qui s’élevait récemment contre la perte de contrôle généralisée qu’entraîne la vogue des outils dynamiques non-maîtrisés ?
Et comme il n’y a pas de fil RSS, je vais te me le twitter et facebooker, le retour de Berlol !…

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Que le tronc

Vendredi 15 mai 2009, à 23:08 — par Berlol

Migration géante chez le fournisseur (Globat) ? Corruption incidente d’une base de données ? Autre chose ? Je ne sais pas…
Pour l’instant, le JLR2 n’a plus que le tronc, tous les autres liens mènent à une page d’erreur 404. De toute façon, il faut attendre la fin du déménagement. Ensuite, je pourrai tenter un recours ou une réinstallation.

Quoi qu’il en soit, j’ai continué à prendre des notes par devers moi, depuis une semaine et le Berlol, tel le monstre du Loch Ness, refera surface un jour, ici ou là.

L’aventure informatique a pris, ces jours-ci, à l’université notamment, un tour tout à fait dramatique. À partir de la requête administrative pour connecter mon nouvel ordinateur, nous avons découvert, en posant presque naïvement des questions, la véritable nature du réseau universitaire, entièrement tourné vers la sécurité, surveillant tout le monde, et n’ayant en réalité aucun souci d’éducation ou de prospective pédagogique (au contraire, dirais-je même).

Hadopi d’un côté, Big Brother de l’autre, à moins que ce soit le même.
Bien sûr, ceux que je considère comme mes amis vont continuer leurs actions positives, notamment au service de la littérature. Je vais me plonger la tête dans le même sable. À commencer par le cours à préparer pour demain matin…

(Tant que vous ne pouvez pas commenter, c’est que rien ne va plus…)

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Du sarkonazisme à venir

Vendredi 8 mai 2009, à 19:28 — par Berlol

Pour deux casseroles sur le feu, lectures alternées de Robbe-Grillet, Roger-Michel Allemand, Eugène Sue et Le Clézio. Après déjeuner au Saint-Martin, séance de travail à la médiathèque de l’Institut — on ne croirait pas que c’est au Japon. Sauf que j’en fais quand même deux heures, du japonais…
Bonne nouvelle, mon nouvel Acer capte bien le wifi de l’Institut et j’ai installé Skype.

En ce jour de cérémonie, glacé par un aperçu du sarkonazisme à venir — c’est-à-dire en cours de construction, via les diverses lois déjà votées ou en cours, malgré les troubles, de validation, et qui bétonnent (c’est le cas de le dire) pour le long terme l’ensemble des piliers de notre société (éducation, justice, santé, sécurité, transports, industrie, etc.). Un long terme où l’on sait d’ailleurs très bien se servir du numérique…

« [...] quand apparaissent au grand jour les liaisons dangereuses entre le ministère de la Culture de Nicolas Sarkozy et la chaîne privée détenue par son meilleur ami Martin Bouygues, ça fait désordre.»

Pardon, Philippe ! Il ne s’agit pas de ton Désordre, bien sûr, pour lequel je n’ai que de l’affection, mais de celui qui préfigure l’Ordre du futur, donc déjà valable au présent. Lisez plutôt ! C’est (ce) (que) l’Hadopi empire…

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Dénoncé par Albanel, viré par TF1, Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos, dans Libération du 7 mai.

C’est le premier martyr d’Hadopi. Cet homme de 31 ans, Jérôme Bourreau-Guggenheim, respon­sable du pôle innovation web de TF1, a été, selon nos informations, licencié pour avoir critiqué le projet de loi Création et Internet (Hadopi). Allons bon. Mais il y a mieux : si Jérôme Bourreau a été viré par la Une, c’est suite à une dénonciation du… ministère de la Culture dont l’hôte, Christine Albanel, est l’artisan de la fameuse loi qui doit réprimer le téléchargement illégal. Et la chaîne qui a abouti au licenciement ne serait pas complète sans mentionner la députée UMP de Paris Françoise de Panafieu? : c’est auprès d’elle que Jérôme Bourreau s’est ouvert de ses critiques envers Hadopi. Critiques transmises au ministère de la Culture qui les a transmises à TF1. Résultat : à la porte.
L’histoire commence le 19 février. Ce jour là, Jérôme Bourreau, qui habite le XVIIe arrondissement de Paris, décide d’écrire à sa députée, Françoise de Panafieu. Le sujet : Hadopi. « Je suivais ça avec beaucoup d’attention, raconte Jérôme Bourreau à Libération, j’avais beaucoup lu sur la question, c’est un sujet qui me touche, d’abord parce que c’est mon métier, et puis parce que je suis passionné par le Web. » Le nouveau et rutilant site de TF1, c’est lui. Pourquoi Panafieu ? « Mes parents m’ont toujours appris que quand on n’est pas d’accord, plutôt que de critiquer, il faut agir. » Alors il écrit, par mail, à Françoise de Panafieu, tout le mal qu’il pense de Hadopi. Ce mail, il l’envoie de son adresse personnelle, chez Gmail. D’abord, il se présente : études à Dauphine (où, badine-t-il, il a rencontré le neveu de Panafieu), « diverses responsabilités dans le secteur des nouveaux médias » et aujourd’hui « responsable du pôle innovation web » de TF1. Puis il déroule en termes mesurés son argumentaire anti-Hadopi. Qu’il conclut ainsi : « Madame la députée, je compte sur ­votre clairvoyance pour porter ma voix. »
Mais sa voix va porter beaucoup plus loin. Le 4 mars, il est convoqué par Arnaud Bosom, président de eTF1 qui s’occupe des activités numériques de la Une. « Et là, raconte Jérôme Bourreau, il me lit le mail mot à mot? ! Et me dit qu’il ne peut pas laisser passer ça, que je n’ai pas le droit d’avoir cette opinion. Mais moi, je ne me suis pas écrasé, mon opinion est libre, et surtout je l’avais exprimée à titre privé dans une correspondance privée? ! » Comment le mail envoyé à Panafieu atterrit-il sur le bureau de Bosom ? Il lui explique que c’est le ministère de la Culture qui l’a transmis. A Jean-Michel Counillon, directeur juridique de TF1, même si aujourd’hui, officiellement, la Une dit n’en rien savoir. En avril, Bourreau est ­convoqué à un entretien préalable à une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement. Et c’est jusqu’au licenciement que TF1 va.
Le 16 avril, Jérôme Bourreau reçoit sa lettre de « licenciement pour divergence forte avec la stratégie » de TF1. Etonnante lettre, dont Libération a eu copie? : le groupe y reproche à son salarié son mail à Panafieu « par lequel [il] fais[ait] valoir, en tant que salarié du groupe, [son] hostilité au projet de loi Création et Internet ». Et TF1 l’écrit noir sur blanc? : « Cette correspondance nous est parvenue via le cabinet du ministre de la Culture qui l’a adressée le jour même à la société TF1. »
Mais le meilleur est à venir : « Nous considérons cette prise de position comme un acte d’opposition à la stratégie du groupe TF1 [pour qui] l’adoption de ce projet de loi est un enjeu fort », écrit la DRH. Avant de reprocher à Bourreau d’avoir « mis [le] groupe en difficulté, [sa] position faisant apparaître le défaut d’alignement d’un responsable “web” avec la position officielle défendue par la direction. » On résume? : en plus de la délation, on apprend que Hadopi est un enjeu fort de la stratégie de TF1, qui défend officiellement la loi. Ce qui laisse songeur quand on voit, sur le sujet, le manque d’objectivité des JT de la Une. Interrogé par Libération, un porte-parole de TF1 tente de se rattraper aux branches et évoque des « prises de position anti-Hadopi publiques de Jérôme Bourreau à l’intérieur de l’entreprise ». Ce qui n’est pourtant pas mentionné dans la lettre de licenciement.
Jérôme Bourreau lui est « dégoûté » : « La stratégie de TF1, ironise t-il, c’est de gagner de l’argent, pas de soutenir une loi. » Son avocat, Me Emmanuel Noirot, est en train de saisir les prud’hommes : « Pour licenciement injustifié dans la mesure où l’opinion de mon client est une opinion privée politique mais aussi technique sur Hadopi et que, selon le code du travail, un employé ne peut pas être discriminé en fonction de ses opinion politiques. » Me Noirot saisit également la Halde : « C’est une discrimination, un délit d’opinion, c’est purement scandaleux », assène-t-il.
Chez Françoise de Panafieu, où l’on se souvient du mail, on « tombe du platane » : « J’ai trouvé le mail intéressant, explique Marie-Christine Méchet, son attachée parlementaire, je l’ai transféré au cabinet du ministère pour obtenir un argumentaire. » Méchet, à qui Libération a appris le licenciement de Jérôme Bourreau, se dit « hallucinée : c’est extrêmement grave ». Au ministère de la ­Culture, on ne cache pas son embarras : « Nous sommes extrêmement surpris. » Et si on se souvient du mail, on ne sait pas comment il a atterri à TF1. Evidemment? : quand apparaissent au grand jour les liaisons dangereuses entre le ministère de la Culture de Nicolas Sarkozy et la chaîne privée détenue par son meilleur ami Martin Bouygues, ça fait désordre.

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Pas de Pléiade pour les Minuit morts…

Mercredi 6 mai 2009, à 19:07 — par Berlol

Après nettoyage dans mes Alertes Google de ces dernières semaines, deux articles qu’il aurait été dommage que je manque.

Desnos, de Royallieu, avant déportation…

« L’histoire littéraire pense l’historicité « positivistement », comme une donnée objective : un moment de la durée temporelle auquel appartiennent les événements produits dans ce laps. C’est en priorité cette appartenance qui donne à ces événements leur sens et leur valeur. En fait, ce point de vue repose à la fois sur l’illusion qu’il est possible de saisir la valeur historique d’une œuvre au moment même de son apparition (un retour dans l’histoire), et, corrélativement, sur l’ignorance que tout moment historique est une représentation, c’est-à-dire une vision à partir du présent. La poétique, elle, rapporte l’histoire au présent du dire (du dire l’histoire), qui implique autant l’engagement des singularités discursives que celui des modes de dire et de penser qui font une époque.
Dans le cas du poème de Desnos, « Printemps », écrit en 1944, c’est lui, le poème, et spécifiquement le premier vers (« Tu, Rrose Sélavy, hors de ces bornes erres »), qui fait son époque, qui marque une situation et qui, au lieu de l’illustrer, l’analyse. C’est d’abord l’atteinte au bien écrire qui fait d’un mal écrire un bien dire : la dissociation du groupe pronom sujet - verbe (« tu [...] erres ») et la greffe d’un syntagme apposé (« Rrose Sélavy »), transforment le « Tu » en « Toi » (« Tu [Toi], Rrose Sélavy, »). La deuxième personne est un sujet adressé, mais se transforme ici en vocatif. Plus qu’une adresse, c’est un appel à l’autre. Et cette valeur tient par l’accentuation de « Tu », qui forme un seul groupe rythmique. Il faut donc lire comme une valeur du poème la disjonction du groupe sujet - verbe. Une disjonction, il faut le remarquer, qui est d’ordre rythmique et non logique : même séparés, le sujet et son verbe restent grammaticalement et logiquement liés.
D’autre part, la présence immédiate du sujet adressé, corollairement avec le rejet du verbe en bout de vers, permet l’intercalation du groupe « hors de ces bornes », qui installe un dispositif prosodique (l’écho de la syllabe [or] : hors / bornes) résumant comme un emblème le statut du prisonnier tendu infiniment vers son évasion.
Les bornes contiennent leur propre extériorité comme une ombre portée. Ce qui est dit ici l’est non par les signes, mais à travers eux. C’est la signifiance qui fait l’histoire, et non la date de rédaction du poème. Plus précisément, c’est la signifiance du poème qui transforme le temps de l’écriture en temps du poème, qui en fait un monument dans l’histoire et pour l’histoire.» (extrait de l’entretien de Patrice Beray avec Gérard Dessons, en hommage à Henri Meschonnic, « Le poème trace la voi de la cité », in Médiapart le 30 avril 2009)

Pas de Pléiade pour les Minuit morts…

« [...] Si les choix de la Pléiade ne sont pas dictés par le marché, ils ne le sont pas non plus par la seule valeur de l’œuvre : les liens personnels, les circonstances, la proximité avec la NRF ont parfois joué. Inversement, il arrive qu’un éditeur s’oppose à une publication en Pléiade d’un de ses auteurs : ainsi Minuit avec Beckett (la maison n’a pu empêcher Claude Simon d’y entrer de façon posthume, car la proposition avait été faite du vivant de l’auteur de la Route des Flandres). [...] » (extrait de l’article d’Édouard Launet, « Quel roman sied au XXe siècle ? », in Libération du 4 mai 2009)

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Où vont toutes ces routes ?

Lundi 4 mai 2009, à 23:59 — par Berlol

Il y a des carrefours
Il y a des priorités
Il y a des signalisations

Les manquer
c’est courir
à l’accident

Mais que veut-on de moi ?
Et où vont toutes ces routes ?

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Ce n’est pas la fin du monde

Jeudi 30 avril 2009, à 23:59 — par Berlol

J’ai tout essayé pour retarder ce moment. En même temps, je savais depuis des mois qu’il était inéluctable. Il y a trop de pression sur moi pour que, le travail et la vie sociale nécessitant plus d’implications avec l’âge dit mûr, je puisse continuer ici ma vie sans parler véritablement mieux le japonais. Sans le parler tout court.
Or ce qui me manque n’est ni la situation ni la motivation, c’est le temps. Et j’ai gratté tous les temps possibles.
Reste celui du journal en ligne et de toutes les petites activités web 2.0 qui sont venues s’y ajouter, qui pour certains sont nécessaires, rémunératrices d’une façon ou d’une autre.
Si je n’arrive pas à dire que je ferme, au moins puis-je dire que je suspends la publication quotidienne, que je n’y consacrerai plus que le dixième ou le vingtième du temps que j’y consacrais depuis des années.
Tant pis pour ma mémoire.
Retenez vos commentaires, s’il vous plaît, dans quelque sens qu’ils aillent… Ce n’est pas la fin du monde.

?

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Managatsuo doré au beurre demi-sel

Mercredi 29 avril 2009, à 23:59 — par Berlol

Jour férié, anniversaire d’un ten-no (rendu fautivement en français par empereur, alors que ça devrait être quelque chose comme intermédiaire terre-ciel). On se pomponne de bon matin pour aller — empire Alain Ducasse — chez Beige, Ginza, à 10h45. Là, nous attend, ainsi que pour 6 autres personnes, une présentation détaillée d’un plat dans les cuisines, le managatsuo poêlé (poisson blanc de saison), par le chef Jérôme Lacressonnière.

Petit cours, très pédagogique, pour 8 personnes, presque une heure, suivi du déjeuner normal. Il s’agit d’une séance mensuelle à laquelle T. et moi nous sommes inscrits le mois dernier, un peu en cadeau pour l’anniversaire de T. (qui était au début du mois), et qui s’avère d’ailleurs bien plus économique que le déjeuner de mon anniversaire, fin décembre…

Menu : petite tasse apéritive contenant une soupe froide au chou-fleur et curry, noix de saint-jacques en salade printanière aux agrumes, LE managatsuo doré au beurre demi-sel + blanquette de légumes verts, veau de lait glacé dans son jus + morilles brunes et pommes nouvelles, millefeuille de pommes rôties + parfait glacé + sauce caramel, le tout servi avec pour chacun deux coupes de champagne (dont une en cuisine, à l’accueil du cours), un verre de blanc et un verre de rouge, café à volonté, macarons et petits chocolats.

Heureusement qu’en prévision on avait peu mangé depuis avant-hier ! De l’accueil aux chocolats, tout était délicieux et nous avons tout honoré.
La vue des cuisines, du travail de ruche qui s’y déroule bien avant l’heure du repas, la découverte des instruments, des fourneaux, des quantités, des ingrédients et de la manière de les traiter, tout concourt à anticiper l’excellence des plats qui seront dégustés. L’art culinaire, qui s’incorporait déjà autant par les yeux et le nez que par la bouche et l’estomac, peut aussi s’anticiper, se deviner, c’est-à-dire étendre son action dans le temps, grâce à ce genre de séance, dans l’avant et l’après, bien au-delà de la simple fonction nutritionnelle — on le savait, encore fallait-il le vivre.

J’ai appris aussi qu’il n’était ni interdit ni inconvenant de mélanger beurre et huile d’olive, surtout pour éviter le noircissement. Je le faisais sans le dire, presque honteusement, dans mon coin-cuisine. Je puis maintenant le revendiquer…

Promenade digestive dans Ginza, forcément. Retour et… sieste, forcément aussi.
Puis la vie reprend son cours, l’écran d’ordinateur sa place, même s’il y a peu de courrier. Et puis Twitter twitte, même pour presque rien. Je ne suis pas sûr d’apprécier que des gens qu’éventuellement j’estime se mettent à faire chambre d’écho de tous les micro-événements ministériels et sanitaires… Cependant, il ne faut rien négliger, c’est l’air du temps. Et le temps est mauvais. Particulièrement la sarkoze qui recouvre la France d’une épaisse couche de connerie, de pauvreté, de racisme…
Ainsi, à la fin d’un billet de Fabula sur le honteux comportement du président de l’université de Nice, je crois déceler une cerise sur le gâteau : « Ensuite, la brigade d’intervention de la police nationale procède à des contrôles d’identité et à une fouille sur le seul étudiant gréviste d’origine maghrébine.»
Mais non, pas cerise sur le gâteau ! En réalité, l’essence même du régime sarkozien, cette complémentarité, cette volonté totale, totalitaire, dans la dégradation de tous les statuts, de toutes les administrations, ce cancer dans tous les organes de la société, la concurrence, la haine, l’appât du gain, le chiffre, jusqu’à, quotidiennement, la décomplexion totale dans la visée du contrôlé, du tabassé, du menotté, du refoulé. Le but est que tout le monde soit contre tout le monde, tous concurrents les uns des autres, tous ennemis — un diviser pour mieux régner poussé au maximum de ce que les machines administratives et technocratiques peuvent produire. D’où la nécessité de faire vite, sur tous les fronts, une fast-politique aussi toxique que le fast-food, qui n’est pas sans rappeller, pour la vitesse et le raidissement, les décrets et lois qui passent en force, les année 30 en Allemagne : pour que tout le monde soit subjugué, désorganisé et dépossédé en même temps.

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La tête lancée / par mille fenêtres

Mardi 28 avril 2009, à 23:59 — par Berlol

Pas mis un pied dehors
Mais la tête lancée
par mille fenêtres
Oh tous vos textes
deux heures folles.
(via Netvibes)

Brève sortie pour quelques articles de papeterie dans une boutique à 100 yens, près de la gare d’Iidabashi. Post-it, jolies petites gommes, stylo quatre couleurs… Ce genre.
Ravages comiques de la traduction automatique : une housse de clavier, en anglais keyboard cover, sur laquelle on a jugé utile d’imprimer en français « abri du comité clé ». Sans doute le message secret qui a ce matin fait fuir aux abris toutes les tortues…

Et commencer à rédiger sérieusement sur Robbe-Grillet. Le problème étant, avec un auteur très commenté comme celui-ci, pour moi comme pour beaucoup d’autres participants de beaucoup d’autres colloques, qu’il faudrait d’abord rassembler et lire au moins une cinquantaine d’articles et de chapitres de livres avant d’être autorisé à écrire un seul mot qui puisse prétendre être personnel ou nouveau.
Temps de rassemblement des pièces (sachant qu’il existe tout de même une bonne bibliographie, sinon multiplier par trois), avec sélection, déplacements, courriers, photocopies, commandes en bibliothèques universitaires, envoi par pdf ou poste selon possibilités, etc. (sans parler du budget)1 : trois mois. Temps de lecture, annotations, recoupements, en partie à cheval sur le temps précédent : deux à trois mois (sachant qu’il y a bien d’autres choses à faire). Total : cinq à six mois.
Temps que je n’ai pas trouvé depuis un an et que je n’ai plus d’ici juin. Il faut donc faire un triple pari : d’abord celui de rester aussi près du texte que possible, évitant les interprétations et réceptions de seconde ou troisième main, ensuite celui d’avoir des idées suffisamment audacieuses ou contemporaines pour qu’elles n’aient pas déjà été formulées, enfin celui d’une combinaison à la fois rapide et cohérente, comme un geste de calligraphe, quelque chose de soi, si possible agréable à écouter, voire spirituel.
Le résultat du triple pari vient après, bien sûr, quand d’éminents spécialistes se prononcent sur l’intérêt scientifique et intellectuel de l’intervention. C’est un panorama qui va de la fraternelle indulgence, quand il y a regret tout de même que tel auteur n’ait pas été consulté préalablement, à la dureté, quand il y a accusation de redite complète ou de plagiat, donc involontaire et possible, en passant par l’indifférence réservée aux exposés à la fois passables, doxiques et que l’on essaiera de ne pas mettre dans les Actes s’ils ne peuvent être réécrits.

Utilisé le blog des cours en direct pendant un cours. En fait, les étudiants, même s’ils sont nés dans la société informatisée, ne sont absolument pas préparés à l’enseignement virtuel & interactif. Leur esprit sait à peine exprimer leur avis, trouver un document pour étayer, mais rien pour construire une argumentation, ordonner des idées en mettant cinq liens web dans un certain ordre… Tout reste à faire. (Mais l’université ne le sait pas, ne nous en donne ni la mission ni les moyens.)

  1. Exemple que je trouve scandaleux : un article de 1980 dans la revue Neophilologus et qu’on veut me vendre 34 dollars — oui, vous avez bien lu : 34 dollars pour 5 pages ! []

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Réseau d’idées faussement dormantes

Lundi 27 avril 2009, à 23:59 — par Berlol

Ce matin, Médée s’installe dans le salon — émotion d’un ancien Jason !… C’est la Médée de Christa Wolf (du dimanche 19). Un peu spéciale, donc, puisqu’elle n’est peut-être pas meurtrière…

« Jason, je te mange le cœur.»

Par la suite, j’essaie de rassembler mes idées sur le phénomène que je traque chez Robbe-Grillet et d’aller un peu au-delà des quelques récentes citations (17, 19, 30, 31 décembre, 21 janvier), à la base d’un réveil neuronal et d’un questionnement de fond. Puis cela devient un réseau d’idées faussement dormantes, distendues mais sans cesse travaillantes, pendant les cours et réunions, les nuits et les conversations, qui profitent de toutes les lectures, de toutes les images pour pousser leur lente germination vers la surface de la conscience, où elles seront tantôt arrosées tantôt arrachées. Vouloir les accélérer, les doper, c’est souvent les condamner.

T. est allée voir une connaissance à la sortie de l’hôpital, puis déjeuner avec elle. On se rejoint au centre de sport, à Shibuya. Occasion de relire encore — en pédalant — comme souvent depuis quelques semaines, les mêmes pages, dans différents ordres, moi aussi.

« La couverture, dont les couleurs à la fois vives et plates semblent bien conformes à la tradition du genre, ne me rappelle pourtant aucune de celles qui me sont familières, que je connais même par cœur dans leurs moindres détails pour les avoir rencontrées un peu partout à travers la maison, posées au hasard des meubles, encombrant les tables et les chaises, traînant sur le sol, ce qui m’a toujours fait supposer que Laura lisait tous ces livres en même temps et qu’elle en mélangeait ainsi de pièce en pièce, selon ses propres déplacements, les péripéties policières savamment calculées par l’auteur, modifiant donc sans cesse l’ordonnance de chaque volume, sautant de surcroît cent fois par jour d’un ouvrage à l’autre, ne craignant pas de revenir à plusieurs reprises sur le même passage pourtant dépourvu de tout intérêt visible, alors qu’elle délaisse au contraire totalement le chapitre essentiel qui contient le nœud d’une enquête, et donne par conséquent sa signification à l’ensemble de l’intrigue [...] » (Alain Robbe-Grillet, Projet pour une révolution à New York, p. 84-85)

Détente en soirée. Enfin, les dévédés de la saison 3 de Grey’s Anatomy sont revenus chez le loueur ! Le premier épisode nous fait presque bailler… Banalité de sa thématique du temps, artificiellement développée en parallèle chez tous les personnages, trop grande focalisation sur leurs histoires de couple, quasiment pas de cas médicaux. Espérons que ce ne sera pas comme ça toute la saison.
Dans les meilleurs mécanismes, les mobiles complexes, il suffit parfois d’un minuscule surpoids d’un des éléments pour tout déranger, dérégler, aplatir ou écarteler — et tomber dans le toujours très proche soap sirupeux.

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Chipotant les bordures de mousse

Dimanche 26 avril 2009, à 23:59 — par Berlol

Enregistrements, en partie écoutés : Nicomède, de Corneille, du 5 avril, Cendrillon de Robert Walser en fiction avant le Mauvais Genres d’hier consacré à l’histoire de France au travers du manga (où l’on reparle de la Rose de Versailles de Riyoko Ikeda, à la base du Lady Oscar de Jacques Demy). Tout ça est excellent. En revanche, le Une Vie une oeuvre sur Aragon est un peu faiblard — et je ne crois pas que ce soit à cause d’Aragon…

Les pluies de ces derniers jours ont fait monter les eaux dans le déversoir d’Iidabashi. Quelques tortues y nagent, pattes en croix, dans un faux style repos dominical qui nous met la puce à l’oreille. Et puis cette soudaine quantité de carpes grouillantes, qui plus est énormes. Au moins une trentaine, se montant les unes sur les autres au bas d’une descente d’eau qui cascade un peu. Vu la proximité des voies ferrées du JR, elles pourraient bien avoir été envoyées pour faire le ménage dans les milieux d’ultra-gauche, ce qui expliquerait la présence clairsemée des tortues. Déjà décimées ? Prévenues par radis-eau ? Là-dessus, deux canards sont arrivés, barbotant et chipotant les bordures de mousse, comme des touristes en goguette. Mais ça n’a trompé personne, il s’agit bien d’espions rencardés sur cette zone sensible. Et que cachait sous son aile celui qui n’arrêtait pas de se la gratter ? Un flingue ?

Eh, les auteurs ! Si vous voulez un flingue… Ça pourrait vous servir… Pour vous-mêmes, je veux dire. En tout cas, je serais vous, je suivrais le conseil de François, et j’irais lire la composition de la Sauce-Robert à laquelle l’oGroogle vous mijote un sale coup du lapin.
D’ailleurs, Hadopi va revenir et passer. Ooooolé !

Même distrait, l’œil qui lorgne Thalassa dans la petite fenêtre TV5 Monde de l’écran ne rate pas l’extrait vidéo d’une loufoque présentation de la Bretagne par Ronan Gladu, un Breton. Il s’agit en fait d’une partie du film BarrAvel, consacré au surf de là-bas. À ne pas manquer, pour finir la journée détendu. Et un peu mouillé, dans le You Tube.

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