Le remède peut être pire que la maladie

lundi 2 juin 2014, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Micro-climat au beau fixe.
Ça y est, le délai d’envoi des propositions pour le colloque Mazarinades, nouvelles approches de juin 2015 a expiré. La compilation va passer à la moulinette des sélectionneurs. Mais tout est tellement excitant !… Je ne sais pas ce qu’ils vont pouvoir retirer.

L’Europe aux pieds d’argile.
Chômage, finance et immigration sont les problèmes mal traités qui génèrent le malaise qui, mouliné par des médias mercenaires, génère le vote d’extrême droite. Les électeurs exaspérés et ignares pour la plupart veulent que ces questions soient traitées radicalement. Ils [ ignorent / veulent ignorer / ont été maintenus dans l’ignorance du fait / ignorent qu’ils ignorent ]1 que le remède peut être pire que la maladie (c’est-à-dire ne pas être du tout un remède mais son envers, un poison).

Résonance littéraire.
L’étude du roman de Simone de Beauvoir, Le sang des autres avance. Les influences américaines (Faulkner, Dos Passos) ont bien été vues, mais aussi celle, involontaire peut-être, de l’unanimisme. La force de l’âge nous donne aussi quelques clés. Les étudiants perdus dans les brumes du premier chapitre sont maintenant bien à cheval sur une alternance de points de vue : celui d’un homme qui a quitté le confort et l’hypocrisie petit-bourgeois de sa famille et se sent maladivement responsable des influences qu’il a sur les autres, et celui d’une jeune femme dont la naïveté individualiste évolue en proto-féminisme capable de tenir tête au paternalisme ambiant. De l’euphorie trompeuse du Front populaire jusqu’au beau milieu de l’occupation allemande, Simone nous les fait virevolter alors même qu’au présent narratif, la seconde agonise à côté du premier. Apparemment fini en 1943, je ne sais pas ce que Simone de Beauvoir a modifié pour la publication du roman en 1945 mais il est fort probable qu’il ne serait pas paru dans une France qui n’aurait pas été libérée.

Leçon de ténèbres.
Et aujourd’hui, y a-t-il des choses qu’on ne peut pas dire ? Des sujets dont on ne parle pas dans les médias et desquels les politiques ne savent même pas qu’ils ne peuvent pas parler ?
Comme ça, de but en blanc, je dirais : la fin du monde, les Ténèbres qui viennent. Pollution nucléaire et surcoûts des exploitations, destruction des équilibres naturels et disparitions d’espèces, réchauffement climatique et catastrophes météorologiques, guerres de religion et conflits ethniques, dégradations sociales et augmentation des écarts de richesse, malbouffe et manipulations génétiques des semences, circulation folle des monnaies et des armes, des mercenaires et des migrants – tout va dans le mauvais sens.
Et même si l’on parle de chacun de ces sujets séparément, on n’envisage pas, on n’ose pas envisager leur amalgame planétaire – du point de vue de l’information, c’est le contraire des Lumières dans leur volonté encyclopédique et pédagogique, du point de vue politique, c’est la division aveugle du fait de l’attachement de chaque ministère à son budget et à ses prérogatives. Il n’y a même pas de complot !
Il n’y a pas de complot mais une concurrence. La concurrence économique mondiale entre les médias en réseaux possédés par des groupes industriels et financiers produit un effet plus puissant qu’un complot (qui aurait ses failles et ses traitres).
Ceux qui montrent cela, romanciers ou cinéastes, tous cyberpunks et considérés comme mineurs deviendront cultes… si le monde ne disparaît pas avant.

Notes ________________
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Publié dans le JLR


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