Nuit tombée sur fine pluie

jeudi 21 avril 2011, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

et berlol il peut comme ça
son Sony IC Recorder en poche
déplier son preux vélo Rover
descendre sur Iidabashi suivre la rivière
Edo sur trois kilomètres et remonter
la falaise adverse par la voie la moins raide
après il peut comme ça lambiner jusqu’à Mejiro
où un poteau urbain le rend piéton
lui garde son cycle amarré pendant
qu’hop ! sans en faire des tonnes
il peut comme ça écouter, présentée par Thierry Maré,
Anne Portugal, à Gakushuin, sur la poésie light

Après, sans avoir dormi, cocktail, discussion avec Agnès Disson et Ryoko Sekiguchi, nuit tombée sur fine pluie1, sortie  en délégation jusqu’à la gare où je fais sécession et renfourche le sage vélo…

Coup sur coup, dans la boîte en étoffe blanche, deux événements extraordinaires ! J’apprends la parenté entre deux personnes dont les noms occupaient jusqu’alors des zones fort éloignées de mon cerveau ; un rapprochement synaptique qui ne concerne que moi, je n’en dis pas plus.
Et puis, plus étonnant encore, à mi-parcours, à un feu rouge quelconque, je reconnais CQ à l’arrêt, malgré son casque de moto et les gouttelettes sur la visière. Quelques précieuses secondes de conversation pour apprendre qu’elle viendra bien la semaine prochaine à l’Institut puisqu’elle n’est pas pour rien dans ce printemps des poètes…

Côté Mazarinades, ai commencé les inscriptions de membres, avec statut contributeur, qui n’autorise pas les modifications. Pour commencer, naviguer, se faire une idée, nous donner des avis…

Avant minuit, encore un tremblement de terre ; T. ouvre la fenêtre pendant que j’ouvre la porte. Mais ça ne dure pas. Voilà, ça bouge tout le temps, on fait avec.

 

Notes ________________
  1. Sans doute non radiation-free, hélas… Mais de là à ne pas venir au Japon parce que ce serait une autocratie… []

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Publié dans le JLR

6 commentaires

  1. vinteix

    Salut,
    t’aimes ça Anne Portugal ? (Prigent, je ne dis pas – sommes d’ailleurs dans un projet commun sur G.Bataille) mais A.P., je trouve ça consternant de platitude, l’antithèse même d’un feu vital, dans une époque d’asphyxie qui ne piétine que trop l’oxygène et la révolte que représente(rait) la poésie, tout négatif liquidé… mais bon, sans doute suis-je « trop du côté » de gens comme Annie Le Brun qui crie (dans le désert ?) le « trop de réalité » dont souffre notre époque…
    mais « la médiocrité de notre univers de dépend-elle pas essentiellement de notre pouvoir d’énonciation ? »

  2. vinteix

    « poésie light » – mouais… j’ai envie de crier au secours ! quand fut un temps où l’on soulevait d’autres débats (poésie noire/blanche, etc.)
    « désinvolte, ça l’est complètement » (sic)… évidemment tout est dit ! lourd/léger ? l’opposition semble déjà aussi vaine qu’inconsistante ! car la soi-disante légèreté évoquée d’un Rimbaud ou d’un Verlaine, voire même d’un Mallarmé, était inséparable d’une révolte des plus violentes aussi bien contre la société, le monde que contre le langage de ce monde – inséparablement…
    « allégé », dans une époque qui n' »allège » que trop, tout, galvaudise, recycle, escamote, marchandise, édulcore, aplanit, aplatit – ce dont cette momerie du « Printemps des poètes » est l’expression même…
    oui, désyntoxicons, ouille !
    L’entreprise n’est pas nouvelle – ça me rappelle Pivot demandant à la fin d’un ses bouillons de culture à J.Roubaud ; « Alors Jacques Roubaud, un p’tit poème mainetant ? » oui, un p’tit poème, la « p’tite poésie light – comme le coca light quoi… ou les dérisoires commentaires des moindres faits de la vie quotidienne via téléphone portable ou autres…
    En matière de poids, il faudrait d’abord (sa)voir à quelle(s) résistances on s’oppose, et il y en a tellement de trop lourdes aujourd’hui qu’être light en poésie me semble aussi dérisoire, béat ou naï qu’anachronique…

  3. Berlol

    Tu as écouté la conférence ? Anne Portugal rejoint ce que tu dis, « dénonces », ou crois dénoncer, sur bien des points…
    Quant à ton « feu vital », c’est une chose dont il y a peut-être lieu de se méfier. L’humour de « Définitif bob », par exemple, donne matière à réfléchir sur les prétentions au sérieux de bien des « poètes », contemporains ou autres…
    Pour Annie Le Brun, que j’admire comme toi, elle publie les livres qu’elle veut et s’exprime sur France Culture trois ou quatre fois par an, ce qui n’est déjà pas si mal, comme façon de crier dans le désert. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas obéi(e) qu’on n’est pas entendu(e).
    Pour finir, ne voyant pas comment la poésie pourrait être « utile », je ne déteste pas qu’elle soit volontiers « dérisoire » ou « anachronique »…

  4. vinteix

    « mon » feu vital comme tu dis est bien loin de n’être que « le mien » ! / il me semble même un des moteurs essentiels de toute écriture (pas seulement poétique), et même de la pensée (Nietzsche, Bataille, Deleuze ou Annie Le Brun précisément pour se limiter à qq noms), celui même qui anime, à travers toutes les époques tous les poètes (et ils sont nombreux) que j’aime, voire admire – et j’ajouterai celui (ce feu ou cet élan ou cette passion, on peut trouver d’autres mots) qui à mes yeux anime toute lecture ou critique (d’où mes écarts, déjà exprimés ici, sans doute mal, par rapport à la recherche universitaire – sujet sur lequel Annie Le Brun a d’ailleurs écrit des pages autrement virulentes que mes petits propos ici)…
    car il faut tout de même que ça ébranle (« littéralement et dans tous les sens »)
    mais j’y reviens…

  5. vinteix

    Pour commencer par la fin, et on sera sans doute au moins d’accord là-dessus, si l’on parle de poésie, mais tout aussi bien de littérature en général (comme de peinture, d’art ou de création), il est bien évident qu’on n’est pas dans l’utilité, mais bien « au-delà de l’utile »… ça me semble d’ailleurs capital – ce qui ne signifie pas non plus « dérisoire » ou « désinvolte » ni même « sérieux »… mais plutôt « au-delà du sérieux » (pour reprendre deux expressions de Bataille). Quant à être « anachronique », cela peut se concevoir en effet (ne serait-ce qu’à travers l’utopie – ce qui nécessite en même temps un sacré appel au sursaut) et serait une vaste question ; malgré tout, l’ancrage dans le temps, même si nié, est bien là, quasi irréfragable… hésitant entre « ici-maintenant » et « ici-toujours » ou « ailleurs ». Mais il faut précisément un grand « feu » intérieur pour atteindre cet écart ou écartèlement dans le temps dont parlait ainsi P.Celan : « Car le poème n’est pas hors du temps. Certes il prétend à l’infini, il cherche à passer à travers le temps – à travers, non par-dessus. »
    Si en effet certains poètes, surtout contemporains, se prennent sans doute trop au sérieux, comme tu dis, il y a aussi pléthore, à toutes les époques, de ceux dont le sérieux ne se départit pas d’un rire ou d’un « Umour (sans h) » qui est loin d’être dérisoire (bricolage), étant plutôt rageur ou ravageur. Au-delà du sourire de petits jeux formels, le feu en question – mais on peut aisément l’appeler de bien d’autres termes – ou les appels d’air (mais il est vrai que c’est bien tout ce dont se méfie et que bannit le discours universitaire, qui liquide trop souvent les sources passionnelles de la quête du sens) qui consistent par exemple en poésie à réinventer et-la-vie-et-la-langue, selon sa singularité, n’est ni dérisoire ni utile, mais n’est pas rien (sinon c’est toute littérature, toute création, toute pensée qui sont dérisoires), puisque c’est ce aussi par quoi tant de poètes, écrivains, penseurs réinventent le désir, le sens, la pensée…
    quand bien même, au passage, l’époque actuelle accorde un « sérieux » bien plus grand au « roman » qu’à la poésie, devenue si minuscule, si petite, à bien des points de vue (création, critique, édition), quasiment invisible, qu’elle n’est que trop souvent reléguée précisément à une place de « p’tite », voire « light », ou récupérée, recyclée dans la grand sauce du tout et n’importe quoi selon une égalité dans l’insignifiance, à l’aune du sacro-saint critère actuel « des goûts et des couleurs »…
    et quand bien même cette même époque opère une liquidation inédite de tout discours passionnel et un massacre de la vie intérieure… et c’est en ce sens-là que je parlais de « désert » (dans lequel crie Annie Le Brun, mais tout aussi bien B.Stiegler par exemple), celui de notre époque, celui que stigmatisait déjà Deleuze…

    Ainsi j’ai essayé de lire A.Portugal, j’ai écouté en partie la conférence (d’où l’écart temporel d’ailleurs entre mes deux commentaires d’hier soir), mais j’ai lâché, pardon… et oserais-je dire « lâcher tout »… il y a bien en effet des points (de critique) sur laquelle je la rejoins, ce n’est pas non plus sans quelques grâces parfois, mais au final, et dans le texte (et c’est bien ce qui compte avant tout), à force d’allègement ultra-light (trouvaille tournée en fabrique, principe mécanique, « procédé » – d’ailleurs le terme revient souvent – formel voire formaliste – et rien de pire que les théories en poésie) qui ne pèse plus jusqu’à devenir plume, on en oublie gravement justement « l’élan vital » dont elle parle à un moment, à la fois « le poids vivant de la parole » et l’être et le monde…

    Quant à Annie Le Brun, elle crie bien en effet dans le désert du cette période, mais est très loin de s’en plaindre pour elle, de chercher à être « la voix de son maître », elle qui n’a de cesse depuis toujours de stigmatiser les affiliations et les pouvoirs, se plaçant « ailleurs et autrement », cherchant à « repassionner la vie », alors même que sous le joug du principe de réalité on éradique ou évacue allègrement tout négatif, infini, rêve, inconnu, désir, néant, tragique, éperdu, feu vital, subversion… bref toute l’énigme intérieure et extérieure dont je vois mal comment on peut faire l’économie dès lors qu’on écrit… mais « Absolu-ment » comme disait Jarry (qui s’y connaissait en « feu vital » et en Humour !)

    Pour finir par les résistances – inséparables pour moi des passions –… la passion ayant comme la vie ou l’histoire ses mécaniques, ce mot de Daunou à l’adresse du despote Bonaparte : « Vous qui êtes de cette section, citoyen, vous devriez savoir qu’on ne s’appuie que sur ce qui vous résiste. »

  6. vinteix

    j’ai pris la peine (curieuse) d’écouter la suite (de la conférence)… au final confirmation malheureuse… surtout vers la fin où il est question de « light du tout venant », d’indifférence, indifférenciation, avec éloge du mouvement perpétuel (très bien, retour du baroque, pourquoi pas… / sauf que le baroque était loin d’être un pur jeu formel, un simple « procédé » formel) selon lequel « tout bouge », ou « bougerait » car dans le fond rien ne bouge véritablement, statu quo quasi revendiqué, la poésie étant « l’art de ne pas y toucher » (sic)… avec ça, « l’agitation perpétuelle à l’intérieur du vers » dont il est parlé semble guère différente du vent (réfuté)…