Des classes bien tièdes et des corps bien collants

jeudi 7 juin 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Vite, vite ! Il reste peu de temps avant minuit, si je veux poster… Hou la la, mais qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi je suis charrette comme ça ? Encore une journée de fou ! Mais bon, me voilà de retour à Tokyo. Dans la boîte aux lettres un pavé enveloppé, c’est le dernier opus d’Henri Meschonnic, écrit de son vivant, préparé par Régine Blaig et publié avec une préface de Gérard Dessons, un de ceux qui en a été le plus proche pendant de longues années universitaires et intellectuelles : Langage, histoire une même théorie (Verdier, avril 2012). Sept cent quarante-quatre pages, quand même ! Je me demande combien de temps il va me falloir pour le lire…

Ai revu F., collègue de 2007 et pendant un an. Depuis, il a fait des études de FLE, découvert qu’il y avait matière, et agrément. Le voilà revenu par chez nous en attente d’opportunité, ce qui va bien finir par arriver. En tout cas je le lui souhaite. Il assiste au séminaire de cinéma, où l’on finit Potiche et commence Le dernier métro ; même couple d’acteurs, autre temps… Ozon a reconstitué 1977, alors qu’en 1979, Truffaut reconstituait 1942. Faire sentir l’historicité cinématographique au travers de propos des personnages, par exemple sur la condition de la femme…

Deux étudiantes ont été souffrantes, l’une m’écrit qu’elle ne se sentait pas bien et qu’elle n’est pas venue, l’autre vient me voir pour s’excuser, dire que ça va mieux, elle fait signe que ça n’allait pas et qu’elle a vomi… Est-ce une coïncidence ou le début d’une épidémie ? Et si épidémie il y a, est-elle biologique ou psychologique ?
Il faut dire qu’il a commencé à faire chaud, cette semaine, avec près d’un mois d’avance, et que les mesures d’économie d’énergie, c’est-à-dire des classes bien tièdes et des corps bien collants, mal à l’aise, vont peser lourd sur la concentration et la motivation.
Examens compris, notre semestre s’achèvera le 30 juillet. Quand je suis arrivé au Japon, tout finissait début juillet. Les pressions du ministère pour passer de 12 ou 13 à 15 semaines de cours par semestre ont fini par aboutir dans presque toutes les universités de l’archipel. Mais après Fukushima, le sinistre national et l’arrêt des centrales nucléaires, ne faudrait-il pas revenir en arrière ? D’ailleurs, pédagogiquement parlant, 15 semaines, c’est trop.

Courriers. Pour A., en France, à qui je détaille notre situation et un projet de traduction de quelques-uns de ses livres. Pour F., un autre F., qui s’est résolu à installer femme et enfant en France pour leur éviter les miasmes du nord de Tokyo. Répondant à ma question, il me recommande le Fukushima… de Michaël Ferrier, que je compte justement lire sous peu. Je ne me suis pas précipité dessus à sa sortie, à mon habitude, pour ne pas être victime d’un effet de mode ou d’une pulsion d’achat ; je veux le lire tranquillement, comme j’ai fait pour Ryoko Sekiguchi et Élisabeth Filhol.

« On avale des soupes de nouilles devant les gargotes, les enfants partent pour l’école. Au long des rues, sur des charrettes, on vend des mangues, des cigarettes, des sauterelles grillées au miel dans une feuille verte en cornet. Il fait chaud déjà, près de trente degrés, le ciel est bleu. C’est un calme de façade. La ville assiégée est ravitaillée par le pont aérien. Chaque jour se rapprochent le sifflement des roquettes et le fracas des obus. » (Patrick Deville, Kampuchéa, p. 25)

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Publié dans le JLR


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