Comme un écho désagréable

vendredi 10 août 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Du siège électrique que le dentiste me désigne avant de m’attaquer la molaire, je peux voir une bonne partie du centre de Tokyo, les grandes tours de bureaux de Marunouchi et un coin du palais impérial, avec la très large avenue qui y mène. De minuscules êtres humains s’affairent incompréhensiblement, la plupart en chemise et cravate. Il fait très beau, un peu moins chaud, ce qui rend les déplacements presque agréables. Cela doit aussi faciliter les mouvements des nombreux touristes dont l’hésitation erratique encombre les couloirs de l’immense gare souterraine de Tokyo. J’ai dû en éviter au moins une dizaine pour arriver à la sortie. Dans le métro, T. a commencé Des anges mineurs en japonais, elle dit déjà bien entendre la voix du narrateur, ce qui complimente les deux traducteurs, Monma Hiroaki et Yamamoto Jun.
De mon côté, je continue Orest Ranum qui détaille la perversion du système des taxes indirectes vers 1640, d’une grande importance dans le déclenchement de la Fronde.1 Quand on pense au délire actuel des impôts, taxes directes et indirectes dans nos états surendettés, ça fait comme un écho désagréable. Toutes ces niches fiscales qui déforment l’esprit démocratique, toutes ces fuites de capitaux que rien n’arrête, cette spéculation sur le malheur et la terreur économique, n’est-ce pas pire ?

Ce soir, nous voyons Le discours d’un roi (T. Hooper, 2010). Je m’attendais à plus de punch politique, à plus de disputes familiales. Au final, c’est plutôt le récit d’une amitié libératrice, ou de la solitude d’un haut personnage, conditionné et traumatisé par son milieu, et qui parvient à atteindre sa stature avec l’aide d’un gueux qu’il doit d’abord apprendre à respecter. Et pour cela en effet l’intimisme cinématographique était préférable. Même si la dimension historique, Hitler, Chamberlain, Churchill, devait forcément apparaître.

Et puis je reçois un courrier très désagréable d’un roitelet chercheur qui prépare l’édition des Actes d’un colloque auquel j’ai participé il y a quelques temps. Il m’annonce, alors qu’il y a déjà eu correction des textes, que mon intervention ne paraîtra pas parce qu’elle ne serait pas au niveau d’excellence qu’il a décidé. Selon lui, ces Actes devraient « frappe[r] dans leur ensemble par leur force d’affirmation, grâce à des thèses élaborées scrupuleusement ». Expression au demeurant assez terroriste, me semble-t-il. Pour ma part, je n’ai l’intention de « frapper » personne. Je lui réponds que je ne suis pas d’accord et que, si mon texte ne paraît pas, je dénoncerai publiquement son comportement totalitaire, qui dévoie d’ailleurs, c’est le plus grave, le champ des études en question.
Je ne dis pas qui ni quoi pour l’instant. C’est une pierre blanche.

Notes ________________
  1. Orest Ranum, La Fronde, Le Seuil, 1995. []

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Publié dans le JLR


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