Avant d’être balancé par-dessus bord

mardi 30 septembre 2008, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Débordé ! J’ai dormi cinq heures et T. pas du tout. Elle avait son article à finir pour aujourd’hui. Je l’ai soutenue moralement (elle n’en avait pas du tout besoin) jusqu’à deux heures du matin. En lisant des blogs… Elle pensait boucler et se coucher, et puis… quand mon réveil a sonné, elle était toujours en train de taper. Mais bizarrement sans fatigue apparente. Peut-être parce qu’on a des sièges bien ergonomiques.
Après je suis parti pour Nagoya, sous légère bruine, et j’ai redormi une bonne partie du shinkansen — comme si c’était moi qui avais passé une nuit blanche. Puis j’ai repris mon Ruffel, toujours aussi pertinent.

« L’archive, faut-il le rappeler, est devenu le lieu fondamental de la nouvelle histoire et même d’une nouvelle éthique historique, qui a profondément influencé les romanciers : l’archive, lieu où les monuments se transforment en documents et vice-versa ; lieu de la vraisemblance historique, garante d’un certain rapport au réel, où le potentiel d’adéquation entre espace symbolique et espace référentiel est le plus fort. Or, celle de Volodine, non seulement est totalement délirante, mais en plus elle attribue à des personnages les livres de l’auteur lui-même, exhibant ainsi son effet-fiction dans un lieu consacré habituellement à l’effet de réel. Cet exemple possède une signification profonde, tant il touche, et d’une certaine manière parodie, un trait d’époque.» (Lionel Ruffel, Volodine post-exotique, p. 55)

Puis deux cours, une réunion, deux discussions avec des collègues, quelques courriers urgents et c’est déjà 19 heures ! Je réussis à rentrer avant que la pluie ne forcisse, me change pour aller au supermarché en vélo avec imper à capuche et pantalon imperméable. Ça tombe dru maintenant et, pédalant, j’ai de l’eau jusque dans les yeux. Il faut attendre d’être garé devant le supermarché… pour m’apercevoir qu’il est fermé. Jour d’inventaire. L’autre supermarché est à un kilomètre. Impossible sous cette pluie. Pour ne pas entamer mon capital santé — qui ne fait pas crédit — je me contenterai de ce que j’ai dans le frigo : pain, yaourts, et des petites saucisses que je vais préparer au pesto et avec des tomates séchées….
… en regardant Ce soir ou jamais du jeudi 25 qui me plaît beaucoup. D’abord, la discussion avec Bertrand Blier, très franc, tant sur ses films que sur l’époque. Puis la discussion sur le climat et le comportement. D’un côté, Michel Serres et Jean-Louis Étienne, en défenseurs d’une planète menacée et qui essaient d’élever le débat au-dessus de l’alarmisme médiatique, en soulignant le temps long, les changements démographiques et les excès stupides du consumérisme, de l’autre Jean-Marc Fédida et Serge Galam qui, bien que venant de sphères différentes, refusent de concert d’accepter la responsabilité humaine du réchauffement climatique au nom de la liberté, d’une part, et des incertitudes scientifiques, d’autre part. Ces deux derniers suent la mauvaise foi et ils ne s’en rendent même pas compte. Ils représentent une forme de justificationnisme décomplexé, très étonnante, mais finalement équivalente, toutes proportions gardées, à ce que sont les traders dans les marchés financiers : des gens prêts à parier le capital des autres, quand bien même ils peuvent savoir que ces autres n’en ont plus.

Plus tard, j’entends Jean-Claude Trichet dire des choses du genre : « Nous sommes là pour inspirer confiance.»
Désolé. Ce n’est plus possible. Si ça l’a jamais été avec moi.
Il ferait mieux de nous demander d’inspirer avant d’être balancé par-dessus bord.
Agissez d’abord. Abattez la financiarisation outrancière ! Condamnez les coupables ! Interdisez les paradis fiscaux et les évasions de capitaux ! Cessez de jouer comme des enfants sur des variations de variations d’indices ! Quand ce sera fait, alors, peut-être, revenez et demandez la confiance ! Nous verrons.
Au lieu de cela, on va commencer par faire payer les contribuables, punir trois lampistes et relancer les moteurs. Dans six mois, les financiers sauront qu’ils ont encore des réserves à cramer : ils pourront aussi compter sur l’argent gratuit des gouvernements et des banques centrales…
À moins que les rachats soient vraiment des nationalisations et des renationalisations. Mais dans ce cas, on ne parle plus de capitalisme ! (Et c’est bien ça qui fait tituber le Congrès américain — parce que Bush, lui, il n’a plus rien à perdre, dans trois mois il se tire et il leur (et nous) laisse toute sa merde).

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Publié dans le JLR

3 commentaires

  1. brigetoun

    balancée par dessus bord ? et si en plus ma réserve complément fond…. quelle sale capitaliste je fais, au lieu de me rejouir d’une possible ascèse

  2. Florent Grimaldi

    Curieux ce sentiment d’ être dépaysé en vous lisant tout en retrouvant des choses très « françaises » sur un plan culturel.

  3. Berlol

    C’est le Double Bind géographique !..