| Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur. |
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| Mercredi 1er septembre 2004. Mémoire
: pas de pas perdus. Noté dans l'après-midi, après visionnement du film. L'un des frères Taviani, au sujet de Griffith, dans une interview du DVD Good Morning Babylon : "Si on cherche l'art, on ne le trouvera pas, mais si on cherche l'artisanat, on trouvera peut-être l'art." Ce soir, dîner avec Christine, T. s'est désistée pour finir une traduction. Nous allons chez Peter, un ancien serveur de la Brasserie de l'Institut qui vient d'ouvrir son restaurant sur Okubo-dori, entre le carrefour d'Iidabashi et le croisement avec la Kagurazaka-dori, presqu'en face de la caserne de pompiers. Ce qui peut avoir ses avantages. Le restaurant s'appelle French Dining et nous lui souhaitons un grand succès. Carte assez courte, bien pour un début, bonne sélection de vins, prix raisonnables. Étant en train de ne pas oublier l'excellent margaux 1999, je n'irai pas bien loin. Plutôt vers mon lit que vers un livre. Impossible de remettre la main sur L'Invention de Paris d'Éric Hazan pour le prêter à Christine ! On verra demain. Et me revient la pénible question de mémoire de ce midi : avec qui ai-je bien pu discuter récemment du projet de transcription du manuscrit de Madame Bovary ? Ou bien ai-je rêvé cette discussion ? Ce qui me fait croire au rêve, c'est de ne pas avoir pris les coordonnées de la personne impliquée dans cette transcription après lui avoir dit que j'étais au courant de ce projet depuis qu'Yvan Leclerc en a informé la liste Litor il y a plusieurs mois. Vertu de l'écriture ! Il n'y a pas de pas perdus ! Comme dit Hazan. En rajoutant les mots "impliquée dans", je le jure, j'ai revu la table du Saint-Martin où j'étais il y a peu, mardi ou mercredi dernier, avec Jephro ! C'est son pseudo dans les commentaires. Ce n'est pas lui qui participe au projet de l'université de Rouen mais son père, m'a-t-il dit. D'où la distance de la personne ; d'où aussi l'inutilité de noter son adresse puisque c'est par quelqu'un que je peux voir souvent et facilement. Soulagement, mémoire pas perdue, pas en rêve non plus. Soulagement surtout de ne pas avoir de rêves si littéraires, ma vie l'est assez. eh oui c moi! la transcription est visible
à http://www.univ-rouen.fr/flaubert/02manus/048_rousse/0_pres048.htm
Et effectivement, voici ce que mon père me dit : à ma connaissance, l'équipe animatrice du projet, sinon directrice, est composée de Danielle Girard, Yvan Leclerc, Nitiwadee Srihong. Donc c bien Yvan Leclerc. 2004-09-01 18:30:57 de jephro Et rapide, avec ça ! Tu ne m'en veux pas, j'espère ? Je passerai te voir demain, une idée qui m'est venue dans la discussion avec Christine... 2004-09-01 18:43:19 de Berlol |
| Jeudi 2 septembre 2004. Quatre miracles
en un jour, peut-être. Donnons-en la liste tout de suite, les répartissant autour de nous comme des trésors pour voir comment les traiter : une réponse aux interrogations sur l'Australie, la conversion de Josyane Savigneau, la rencontre d'amis au restaurant, un café avec Alexandra. D'abord, véritable miracle !, voir au JLR du 3 août, le long et très intéressant commentaire sur Gonneville et la découverte de l'Australie, ajouté ce matin par Arvi, dont je ne sais rien, sinon qu'il (ou elle) a eu la délicatesse de poster en français, après usage d'un traducteur automatique. Ce qui veut dire aussi qu'il (ou elle) a peut-être fait traduire mes pages du 6 janvier et du 3 août après être tombé dessus en cherchant "Gonneville" ou "Paulmier" avec Google... Moi qui m'arrachais les cheveux, le 22 août : "Où sont les gens capables de répondre...", etc., etc. Là, j'ai trouvé une réponse ! (Comme quoi, il ne faut jamais désespérer. Comme quoi, ma catégorie des lecteurs de blogs "imprévisibles" est efficace.) Rien n'est sûr encore, dit en substance Arvi, sauf que le Vatican vient de déclasser des documents qui pourraient bien contenir de véritables bombes ! Pensez donc : si l'Australie avait été découverte par un Français et qu'il faille de nos jours le reconnaître, le Commonwealth en prendrait un sacré coup derrière le râble (de kangourou) ! Quoi qu'il en soit, Arvi, merci ! Miracle littéraire dans Le Monde des livres de la semaine : Josyane Savigneau, dont nous disions pis que pendre, commet un article honorable sur La Hache et le Violon (Seuil) d'Alain Fleischer, ce qui est déjà une très bonne chose, dans lequel elle révère une future "étude" en "revue" (elle ne va pas jusqu'à dire "universitaire", quand même...) : "Voici certainement l'un des grands textes littéraires écrits, en français, sur le totalitarisme, sur la folie du XXe siècle. D'une liberté absolue. D'une intelligence rare. Jamais dans la convention ou la bien-pensance. Un roman que l'on lit avec bonheur, avec aisance, mais dont tout ce qu'on pourra dire, sauf à faire, dans une revue, une étude circonstanciée, sera réducteur, tant sa construction est subtile et longue à démonter, tant il est pluriel, foisonnant, riche de réflexions et d'expériences — chaque personnage mériterait que l'on trace son profil historique et psychologique. Il faut du reste signaler aux lecteurs pressés qu'il est impossible de parcourir le texte, de sauter des pages. Il n'y a aucun temps mort, chaque phrase est à sa place, indispensable, comme l'est chaque note de musique dans une symphonie." Après, ce sont des petits miracles de la vie quotidienne : ayant bien déjeuné au Saint-Martin avec T., nous avons la joie de voir arriver Christine et Jephro, et de leur tenir compagnie pendant qu'ils déjeunent à leur tour. Joyeusement, on concocte des nouveaux cours et du WiFi dans l'Institut... Aparté pour Peter : les filets de rouget (itoyori) servis au Saint-Martin sont nettement plus grands que les tiens. Enfin, last but not least, j'ai réussi à prendre un café avec Alexandra ! Si, si ! En fait, on a pris des jus de fruit, mais c'est pareil. Ça faisait des semaines qu'on ratait nos rendez-vous ! On a causé colloque Sand (dans un mois et demi), randonnée à Takao, vacances en Thaïlande et carrière d'avenir. Mais je rassure tout le monde, à part le colloque, ça ne sera pas avec moi qu'elle fera tout ça ! Un grand roman mais un roman qui date d'une
grande époque littéraire aussi, ceci expliquant cela. Car depuis
quelques décennies le roman français est semble-t-il en panne.
En fait, je ne suis pas un vrai connaisseur aussi je profite de ton passage
pour un avis sur ce point ainsi que sur un texte de Domenach que je viens
de me procurer d'occase. C'est le crépuscule de la culture française.
Le connais-tu (le livre par le crépuscule) ? Il dit que le roman français
n'est plus écrit par des créateurs et devient ennuyeux depuis
le coup d'éclat du nouveau roman. Rien n'a été tenté
depuis, sauf une écriture nombriliste et asthénique ? Qu'en
pense le spécialiste en littérature ?
Bonne journée 2004-09-02 17:35:30 de Fulcanelli Comme il vient de sortir, je ne l'ai pas encore lu. Je l'attends... Je te dirai après. Ceci dit, je ne me lancerai pas dans l'amalgame oeuvre, auteur, époque où tu sembles vouloir me mener. Je ne crois pas que le roman, français ou autre, soit "en panne". Et d'ailleurs, en panne de quoi ? D'inspiration, de matière, de point de vue, de construction ? Allons ! Soyons, sérieux. Ces histoires de panne, c'est soit du journalisme à la petite semaine, soit du catastrophisme généralisé (car alors, il n'y a pas que le roman qui est en panne, la peinture, la musique, la politique, la philosophie, les salaires, etc.), d'où des titres comme "crépuscule". Pour Domenach, c'était surtout le sien, de crépuscule, non ? Et des "créateurs", c'est quoi ? Pour le NR, d'accord, c'est même un peu mon rayon, mais ça ne s'est pas arrêté net, comme ça, un jour de 70 ou de 74, ça a continué à évoluer. Aujourd'hui, il y a une richesse et une diversité qui sont époustouflantes ! Il faut du temps pour lire, chercher, apprécier, rejeter aussi. Et on se laisse matraquer par cinq titres des Prix que toute la presse focalise... Le problème, ce ne sont pas les oeuvres, c'est l'accès aux oeuvres. Bien sûr, ce que je dis n'est pas contre toi, cher Fulcanelli, mais il y a d'autres lectures que Domenach ! Par exemple la collection Ecritures contemporaines chez Minard, pour n'en citer qu'une. Au plaisir de te lire. 2004-09-03 17:12:53 de Berlol |
| Vendredi 3 septembre 2004. De quelques-uns qui
pensent. Je savais déjà depuis un bout de temps que Michel Onfray allait venir cet automne au Japon. Et puis j'ai écouté, je l'ai déjà dit, comme l'an dernier d'ailleurs, les conférences que diffusait France Culture. Michel Onfray, c'est cet individu épatant qui, bien que n'ayant qu'une vie, a décidé de plaquer l'Éducation nationale parce que ça ne correspondait plus à sa façon de penser. C'est simple et net. Mais combien l'ont fait ? Moi, j'en connais beaucoup de l'Éducation nationale qui passent leur temps à protester, pester, voire même manifester, mais qui ne pensent pas à la quitter (je précise quand même que je n'en fais pas partie). Pourtant, il y a sans doute beaucoup de gens qui ont eu des ulcères, des divorces ou des accidents de voiture à cause du stress lié aux conditions de travail dans l'Éducation nationale. Et ils n'ont jamais pensé une seconde à en sortir. Peut-être parce qu'ils n'ont jamais pensé une seconde. Et puis, une fois sorti, on fait quoi ? On nourrit les gosses comment ? Voilà... "Je pense qu'une partie de la Révolution française — là encore on fait de la fiction — une partie de la Révolution française ne se serait pas faite sans l'effet des Essais de Montaigne. Les Essais de Montaigne produisent le libertinage érudit du XVIIe [siècle], qui lui-même produit une pensée athée qui va donner La Mettrie, Helvétius, d'Holbach, qui va aussi donner des pensées pas athées comme celle de Voltaire qui est déiste, comme celle de Rousseau qui est déiste aussi. Mais quand Rousseau écrit le Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes (1762), il reprend absolument des considérations de Montaigne sur l'état de nature. Mais absolument, complètement ! Vous imaginez cette Révolution française, qui emprunte aux matérialistes, à Voltaire à Diderot ou à d'autres... Ces gens-là, ils ont tous emprunté à Montaigne. Donc, c'est un point cardinal. Et ce point cardinal, il a mon admiration, parce que chaque fois que je le lis, que je le relis, que je le relis partiellement ou que je le relis en oeuvre complète, je découvre des choses formidables ! Donc, les miracles continuent. Il y a des séries, comme ça. Onfray, voilà, c'est fait. Je lui ai écrit pour avoir son autorisation, qu'il m'a donnée. Et puis dans l'après-midi, je trouve dans la boite aux lettres, une enveloppe avec un petit livre que m'envoie Michaël Ferrier, Kizu (La lézarde), chez Arléa. Merci, Michaël, j'en parlerai demain, mais déjà les quelques pages lues me plaisent beaucoup... Et puis, T. négocie avec ses soeurs pour obtenir enfin l'accord d'opérer son père ; l'absence d'accord entre les soeurs paralysait le processus et risquait d'être fatal à leur géniteur. Étrange situation. Moi, je vais bien. Je lis à la maison. Je fais des courses. Je prépare de la confiture d'oignons aux myrtilles (pour accompagner demain ou après-demain des côtelettes d'agneau). Je vais lire une heure à la médiathèque de l'Institut. Mummy mummies d'Alain Fleischer. Une oeuvre texte et photos construite comme un dispositif, une performance d'art contemporain : plusieurs couches de temps modifient les visions des images. Superbe et émouvant par la retenue même. |
| Samedi 4 septembre 2004. Jour Ferrier. À trois heures, le ciel était gris. À cinq heures, le ciel était noir. À six heures, les vannes se sont ouvertes. Nous avons décidé d'aller nous promener vers cinq heures et demie. Dans Kagurazaka, nous avons rencontré Christine et Thomas qui s'en revenaient du cinéma où ils avaient vu Lovers. Ils se dépêchaient pour faire des courses avant la pluie car ils n'avaient pas de parapluie. T. et moi avons repris notre promenade vers Kudanshita. À peine étions nous au niveau du lycée franco-japonais que la pluie a commencé à tomber. D'abord faiblement. Mais les nuages étaient tellement noirs que l'on se doutait de la suite. Le temps de remonter jusqu'à la sortie Sud de la gare d'Iidabashi, l'eau ruisselait autour de nous. Des gens couraient en évitant les voitures qui commençaient à dériver. Des câbles se sont décrochés. Ils tombaient partout autour de nous, nous sautions d'une flaque à l'autre pour les éviter. Comme nous passions le pont, nous avons vu que les voies du JR glissaient vers le canal dans l'éboulement des murs. Puis les immeubles commencèrent à vaciller. Le bruit de la pluie qui transperçait maintenant nos parapluies empêchait d'entendre les bâtiments qui tombaient. D'ailleurs, il semblait plutôt qu'ils fondaient. Nous courions maintenant le long de Sotobori en enjambant les arbres couchés et les arcs électriques que les poteaux faisaient encore entre eux. Quand nous arrivâmes au bas de l'Institut, nous le vîmes qui se détachait et commençait sa descente tel un paquebot à l'inauguration. Nous n'avions pas de bouteille pour le consacrer. Nous nous sommes écartés pour le voir descendre dans le canal, au milieu des trains. Il y flotta un moment, toutes salles allumées, puis il sombra lentement. Le mât se coucha en dernier et comme il flottait du bon côté, on pouvait lire le nom de l'Institut. Nous montions maintenant la côte, ou ce qui en restait, T. se tenait à moi. Je me retournai une dernière fois et vis que la pluie avait criblé le panneau. Des tables et des chaises de l'Institut remontaient et jaillissaient soudainement, comme éructées par le canal. Nous courûmes encore jusqu'à la maison mais chacun de mes pieds était lourd d'un kilo d'eau supplémentaire. Nous nagions presque. Nous riions alors en pensant à toutes ces choses que nous ne verrions plus. Nous étions heureux, je crois. Quand la clé tourna dans la porte de notre appartement, T. me dit que le tonnerre allait bientôt faire son oeuvre... quand il veut le ciel trans forme ruelles en torrents la foudre ose dans les temples faire des yakitorii Je me demande qui a bien pu écrire ça ! Il paraît qu'il arrive que l'on ne soit pas soi-même quand on écrit. Je voulais parler tranquillement du livre de Michaël. Et voilà que quelque chose de son ambiance et de sa progression s'est mélangé à notre promenade sous la pluie puis au film Resident Evil que nous venons de voir à la télé. Ce qu'on appelait une application de fonctions, à l'école : [(f o g) o h] (x) — lire : "h rond, g rond f de x". À moins que ce soit à cause des côtelettes d'agneau. Ou des herbes que j'ai mises dessus. Kizu (La lézarde) joue bien sûr sur le double sens du mot en français. Ce qu'on prenait pour une fissure du mur s'anime soudain et c'est un animal qui tire sa langue au narrateur (p. 55). À partir de là, le malaise dont le narrateur cherchait l'origine dans sa terne biographie s'étale sur tous les murs : fentes et lézardes vivent et se répandent. Jusqu'où ira le "peuple des fissures" (p. 58) ? Je n'ai pas le droit de le révéler. Langue en V, corps en X et queue en S, l'illustration de couverture propose son énigme... Folie ou objectivité ? Plaisir ou dégoût ? Clinique comme du Maupassant et sobre comme du Murakami, l'ambivalence règne par l'euphémisme et l'oxymore. Cela, dès le texte de présentation, on pouvait s'y attendre : "Kizu est le nom que l'on donne au Japon à la blessure, lésion légère ou plaie tranchante. Griffure, fêlure, coupure, il désigne aussi bien un trouble profond de l'âme que la trace d'un canif sur la table, une entaille à la surface d'un fruit." On voit le marécage sémantique où notre auteur donne vie, si l'on peut dire, à son narrateur. Tout autant que la diversité des termes invoqués, c'est la figure de la "plaie tranchante" qui m'a instantanément séduit et mis la puce à l'oreille. L'hypallage est si rare de nos jours... Paradoxale, elle devient un lézard qui se mord la queue. Puis la langue. Celle par laquelle le narrateur s'investit dans la connaissance des reptiles agiles. Du coup, il n'est pas étonnant, oulipien comme il l'est, que Michaël Ferrier glisse une "ligne de fuite" (p. 65) dans son "ouvroir" (p. 58). Au-delà de l'élégante fiction qu'il nous propose avec bonheur, il faudra longtemps pour trouver toutes les allusions, références, citations qui lézardent très discrètement le texte. |
| Dimanche 5 septembre 2004. La cheville de
Chloé. Quand il top spin coup droit croisé moi j'amortis revers courbant Quand il sert court derrière filet je smashe au pif parfois gagnant Ce poème est tiré d'un recueil jamais paru parce que jamais écrit, tous les éditeurs à qui je ne l'ai pas proposé ne l'ayant pas accepté, les vaches. C'est dire en quelle estime je me tiens. Seul le partenaire m'intéresse, lecteur de blog ou pongiste émérite. Ce matin, à Shibuya, Manu n'a pas démérité. Mais il déprimait sérieux en pensant qu'il serait chroniqué négatif ce soir. Il a commencé par gagner les deux premières manches sans discussion, mes coups droits étant tout simplement minables. Puis je lui ai fait rendre de sa superbe en remportant la troisième. La quatrième fut la plus étonnante puisque nos scores se suivirent jusqu'à 13-13 avant que je ne trébuche. Enfin chaud et premier étonné, j'ai pris les trois manches restantes, profitant tout de même de nombreuses fautes de service que mon adversaire tête en l'air commettait. Ça va, Manu, c'est pas trop dur ? Pense à David, qui ne joue pas du tout pendant ce temps-là ! Et à Bikun, actuellement en Australie mais bientôt de retour à Tokyo ! Dans le bain et dans les trains, j'écoute encore le Cri du sablier. C'est un des textes les plus étonnants qu'il m'ait été donné de lire depuis plusieurs années. Les quelques facilités de langages recyclés que j'y trouve ne pèsent pas lourd à côté de la création massive et radicale à laquelle s'est livrée Chloé Delaume. Là où un écrivain-journaliste nous aurait fait une narration en bon français bien correct pour nous expliquer les traumatismes d'une si misérable orpheline, Delaume crée une narratrice au style heurté, cahotique, trituré et exigeant mais d'une force sémantique rarement atteinte. Combien d'auteurs de la rentrée arriveront à la cheville de Chloé ? Il semble que cette année, le mot d'ordre soit de louer la marée montante. Presque autant de livres que les deux ou trois années précédentes... Mais au lieu de s'en plaindre, tous, dans un bel ensemble (c'est ça qui est louche) s'en félicitent, avec une réserve pour les libraires qui ne savent pas où étaler tout ça. Le magazine Lire de septembre n'y déroge pas. Mais si je le cite, après l'être allé lire à la médiathèque en fin d'après-midi, c'est parce que j'y ai trouvé la plus belle stupidité du moment. Elle vient sous la plume de l'éditorialiste et rédacteur-en-chef de la revue, François Busnel, dont j'avais déjà remarqué l'arriération mentale en avril dernier. Je le cite : "Et Houellebecq, dans tout ça ? On le croyait absent de la rentrée pour cause de grand œuvre en chantier. Eh bien, non ! Quoi, un nouveau Houellebecq à paraître en septembre ? Pas exactement. Disons plutôt que l'ombre portée du plus grand écrivain français de ce début de siècle paralyse bien des romanciers : ils pensent comme le maître, écrivent comme le maître, mais n'accouchent que d'une sorte de Canada Dry houellebecquien. Ces épigones plus ou moins doués s'emparent des thèmes de prédilection de Houellebecq, le citent, tentent de s'en démarquer, mais c'est pour mieux étaler leur dépendance [...]" Là, j'en reste pantois ! Et je n'aperçois aucune trace d'ironie dans cette formulation busnelienne... Que Houellebecq soit péremptoirement nommé "plus grand écrivain français de ce début de siècle", c'est non seulement stupide, mais c'est aussi dangereux ! C'est stupide parce qu'à lire Houellebecq on voit bien qu'il n'est qu'un écrivain médiocre servant le plat du moment à la bonne température — c'est son talent. En cela, on peut comprendre que, plus qu'un créateur, il est un symptôme, un produit de son époque, destiné à un épandage de masse pour éteindre les derniers rêveurs d'un temps de respect mutuel et d'avenir heureux. Et c'est de cet épandage que vient le danger. Je ne me suis pas ennuyé quand je lisais Houellebecq mais, quoiqu'ému parfois par l'usage de gros ressorts sentimentaux (c'est mon côté bon public, pire encore au cinéma, je m'en excuse auprès de mes amis intransigeants), quelque chose en moi faisait toujours la grimace : rythmes inaudibles, tons monotones et dépressifs, critiques sociales truquées et réalisme en boulet de forçat. Mais le danger est plus grand lorsque le compliment est badigeonné par un éditorialiste qui encolle la France moyenne car, sans démonstration et d'une autorité que rien ne valide, il dicte la loi nouvelle comme le font les magazines de mode pour ce que l'on portera cet hiver. Je n'aimais pas franchement Delaume. Je ne
détestais pas Houellebecq. ...la plupart du temps, je suis incapable
d'émettre un avis tranché par rapport aux écrivains
contemporains. Je les lis assez peu.
Reviendrai me mettre au courant ici. 2004-09-05 18:32:36 de Turlupine Il faut les lire ! Il n'y a qu'en les lisant que de l'avis vient, du personnel, je veux dire. (De l'avis et d'autres choses : du plaisir, du dégoût, de l'aide, de la colère, de la connaissance, etc.) Tu es toujours la bienvenue ! 2004-09-05 18:57:16 de Berlol Je tiens à vous signaler qu'il y a un superbe dossier consacré à Houellebecq dans une des meilleures revues françaises L'imbécile. Frédéric Schiffter raconte que cet écrivain est le"seul auteur actuel à renouer ouvertement avec le "naturalisme" ou le "réalisme", et ainsi, à exceller dans l'art d'aiguiser chez ses contemporains le sentiment d'une existence décevante, même si elle tient toujours ses promesses de malheur." J'avais déjà écrit à la sortie de Plateforme un texte toujours d'actualité http://www.legraindesable.com/html/houellebecq.htm 2004-09-05 22:30:17 de Fabrice Trochet Je vous laisse à vos enguelades sur Busnel, Houellebecq, Delaume et compagnie... Aujourd'hui, je ne relèverai que la remarque sur ma non pratique du ping-pong. La faute à qui ? Privé de tous mes partenaires potentiels que je suis ! Avouez que contre le mur, c'est un peu fade. Je ne manque néanmoins pas d'activités sportives en ce dimanche : après un bain dans les rues de Nag l'après-midi, je me suis envoyé en l'air deux fois (vers 19h puis 0h) sur le trampoline géant installé dans la région de Tokai ! Super fun, mais pas mal thrill non plus ! 2004-09-06 04:31:48 de dabichan Frustré le David, hein ! Et puis olé olé avec ça ! T'aimes ça, les tremblements de terre ! Sinon, non, on ne s'engueule pas ! Il y a des points de vue différents, c'est tout (bonjour et merci à F. Trochet au passage). Je ne suis d'ailleurs pas de ceux qui disent que Houellebecq est nul. Je dis seulement qu'il me paraît plus être un symptôme qu'un phénomène. Inversement pour Delaume, plus phénomène que symptôme. Tu vois ? Par contre, que Busnel est nul,oui, ça, je veux bien le dire... 2004-09-06 18:29:32 de Berlol Et c'est du fin fond du Queensland d'un PC connecte par modem a 44.4 Kbps (ca existe encore!0 la veille de mon depart pour Melbourne que je t'ecris cette missive... A bientot 2004-09-09 15:03:06 de bikun |
| Lundi 6 septembre 2004. Nos pays étaient
alors ennemis. En mars, j'ai revu Au Bonheur des dames (d'André Cayatte) et en mai, j'ai vu ou revu La Main du diable (de Jacques Tourneur). Aujourd'hui, je viens en partie de découvrir, dans Laissez-Passer de Tavernier (2002), les difficiles conditions de leur tournage, pour tous les deux, en 1943, sous censure allemande. On dira ce que l'on voudra de l'éloignement mais jusqu'à ce que je trouve ce film à la médiathèque de l'Institut en cherchant Coup de torchon (qui n'y est pas), je n'avais jamais entendu parler de ce film. A-t-il bien marché ? A-t-il fait un flop ? N'étant pas à proprement parler cinéphile, je ne vais pas chercher l'information, que ce soit en revue ou dans l'internet. Quand on vit en France, on est tout de même exposé malgré soi à la publicité, matraquée ou discrète. Ici, j'y suis exposé aussi, mais dans une langue à laquelle je peux rester hermétique (il suffit que je ne fasse pas attention) et pour des produits qui n'attirent pas spécialement mon regard. Sûr que si j'avais été en France en 2002 et que, même sans le son, j'avais vu une bande-annonce avec Podalydès portant ses valises ou avec Gamblin sur son vélo de course, l'un et l'autre croisant des Allemands en uniforme dans les rues de Paris, je m'y serais intéressé ! Et si le journal télévisé avait montré la scène de la main (du diable) dans la boîte ou celle de Michel Simon montant l'escalier du Bonheur des dames, j'aurais sauté sur mon horaire des cinémas.
Ayant bien travaillé ce matin (préparation
du plan de cours sur Sand en octobre-décembre), je me suis
autorisé cette petite séance DVD. Avec entracte —
le film fait presque trois heures. Pendant l'entracte, je suis allé
chercher T. qui déjeunait au Saint-Martin en rentrant d'un hôpital
d'Ochanomizu où elle a fait transférer son père
ce matin. J'y suis retourné avec elle en fin d'après-midi.
Faisant au passage quelques photos du célèbre pont d'Ochanomizu
parce qu'il y avait une belle lumière — c'est pas
tous les jours !Éh bien, je n'y croyais pas ! Il a une forme du tonnerre, le pater familias ! Alors que l'on était affligé de ne pas lui donner une semaine à vivre il y a un mois, le voici qui se lève, qui s'assied tout seul au bord de son lit pour manger. Et son regard calme et clair qui se pose sur nous, de temps en temps. Car il se demande qui l'on est. Sa mémoire est quelque peu brouillée. On ne sait pas encore si c'est passager ou quoi. Il voit bien que tout est très moderne, il en profite même sans se poser de question, mais il a la sensation d'une maison où il vivait avant les années 50 ! Par le cinéma et par la mémoire, nous avons ce matin été plus proches, lui et moi. Nos pays étaient alors ennemis, mais pas nous. Quelque part, nous savions que T. serait un jour notre trait d'union. "Je pense qu'une certaine mise en scène est nécessaire à tout homme pour transformer les apparences de son existence de telle sorte qu'elle lui paraisse valoir la peine d'être vécue. La sanctification, l'aide d'un code quelconque de l'honneur ou de la morale, d'accessoires par ailleurs futiles, arrive à conférer aux actes la dignité indispensable pour parvenir sur le plan de la tragédie. Dès lors, si l'homme peut se persuader qu'il est partie ou action d'un ensemble tragique, il est, en ce qui concerne sa vie intérieure, pratiquement sauvé." (Claude Simon, La Corde raide, Éd. du Sagittaire, 1947) Heureux d'apprendre que tout va bien, en
tout cas bien mieux que vous ne l'imaginiez au départ, pour le père
de T..
Espérons que toute sa mémoire lui reviendra rapidement. 2004-09-07 03:07:16 de Manu |
| Mardi 7 septembre 2004. Trop de bougies
! Une heure avant de partir... Restitution du Cri du sablier à la médiathèque. Rien pris d'autre, on verra demain (et puis j'en ai à la maison). Discussion avec le directeur pour détails sur colloque Sand. Rendez-vous pris avec Clara pour déjeuner demain. Vingt minutes avant de partir... Suis invité à fêter les 40 ans d'Étienne Barral, au French Dining. Je ne sais pas qui il y aura... Est-ce que je prends des meishis (cartes de visite) ou est-ce que je me considère encore en vacances ? Et si je n'en prends pas, j'éviterai les présentations ? je dirai que je n'en ai pas ? je jouerai les tête-en-l'air ? je promettrai d'écrire à ceux qui me donneront la leur ? Grand vent dehors, c'est bon signe.
De retour, vers 1 heure du matin...Étienne avait invité une quarantaine de personnes, essentiellement françaises et japonaises, échantillonnant ses connaissances au Japon depuis une vingtaine d'années, et elles sont toutes venues ! La fidélité était donc au rendez-vous. La qualité aussi. Celle de la nourriture et des boissons, évidemment (merci à Peter et à son équipe, merci à la pâtissière qui nous a préparé un excellent gâteau au chocolat, sur lequel Étienne a d'ailleurs eu du mal à souffler les bougies...). Mais aussi la qualité des invités, et là, je suis encore plus difficile ! Et même un peu... emmerdant, en fait. Je ne supporte pas la conversation creuse, la médiocrité, les clichés, les flatteries, etc. C'est mon droit, non ? Après deux ou trois banalités, je tourne les talons. À moins que ce ne soient mes talons qui tournent d'eux-mêmes... Et ce soir, pas du tout ! Sinon, je ne serai pas resté jusqu'à minuit et demi ! J'ai discuté, mi-sérieux mi-déconnade, avec un photographe sans appareil, Philippe Pelletier, avec une chanteuse sans micro, Sublime, avec un homme d'affaires sans portable, Éric (je n'ai pas eu sa meishi, il n'en avait plus, le malin), et avec quelques autres, dont un seul prof... Tout le monde paraissait très détendu, disponible pour dire quelque chose de soi qui ne soit pas nécessairement convenu. Car c'est alors, et alors seulement, que la conversation devient intéressante : quand les voyageurs sont sans bagages et qu'ils s'interrogent à demi-mot sur l'attente même de leur vie. Quand on fait le constat, quarantenaires, de ne plus séduire comme avant, malgré les crèmes de jour. Quand on entre en détail dans la comparaison Brel-Nougaro (et d'un commun accord, Nougaro l'emporte). Quand on compare l'expérience des love-hotel et qu'on apprend qu'on ne peut pas y entrer seul (par crainte d'un suicide) ni en sortir seul (par crainte d'un crime). Quand on remonte l'histoire d'un nom de famille étonnant (car Sublime n'est pas un pseudonyme). Quand on explique en détail ce qui fait la qualité du son avec du matériel de très haute fidélité (à essayer chez Dynamic Audio, à Akihabara). Le lendemain... En fait, je n'ai vraiment parlé qu'avec cinq ou six personnes. Je préfère ça au saupoudrage. Quand même, des fois on se dit qu'on est passé à côté de quelqu'un. Par exemple, j'ai appris après que Frédéric Boilet était là. C'est dommage, que je n'aie pas pu lui parler. ba moi jpeu lè soufler lès
bougies !!!!
c mon anniversaire !!!!!!!! 2004-09-07 19:16:55 de emaleka Alors, bon anniversaire ! 2004-09-08 00:13:49 de Berlol |
| Mercredi 8 septembre. "On a récupéré
notre fric !" Réveil avec casque fortement vissé à la nuque. Après une bonne quarantaine de minutes de thé au jasmin, le mal de tête s'évapore. Signe que je n'ai pas trop bu hier soir, quand même. Et que les boissons étaient de bonne qualité. Le vent nous a quelque peu effrayés pendant la nuit. Quand le souffle se fait continu et progressif, on finit par sentir la pression sur les fenêtres, la vibration de ce qui résiste. Avec la question : jusqu'à quand ça tiendra ? Et puis ça entre dans les rêves... Il en va de même avec les frontières. Leur existence même, je veux dire. Arnaud m'avait tanné depuis plusieurs semaines pour que je lise tel ou tel bouquin d'Isaac Asimov, en rapport avec des discussions que nous avions depuis quelques mois. Voyant que je n'obtempérais pas assez vite, il m'a passé quelques pages photocopiées de "I, Asimov" (1994, trad. française 1996). Mais Asimov sait-il que les millions de gens qui ont le cerveau étroit ne peuvent pas comprendre ce qu'il écrit et le prennent pour un "rêveur" ? (On dit aussi "doux rêveur", "cinglé", "allumé" ; il y a comme ça plein de termes pour dévaloriser, marginaliser, voire faire interner ceux qui disent la vérité sur la malhonnêteté stupide et destructrice de la majorité des êtres humains.) C'est ça, la vraie tragédie de l'humanité : depuis quelques centaines d'années, une minorité de cerveaux a donné beaucoup trop de moyens techniques à une majorité qui n'a pas dépassé le stade de la pulsion possessive (habillée de tous les tours de singe du droit, du commerce, de la philosophie, etc.). Majorité de cerveaux étroits qui maintenant contrôle tout. "[On croit que] étant juif, je dois mourir d'envie d'aller en Israël. Mais il n'en est rien. En fait, je ne suis pas sioniste. Je ne suis pas persuadé que les Juifs aient un quelconque droit imprescriptible sur la terre d'Israël sous prétexte que leurs ancêtres y ont vécu il y a mille neuf cents ans. (Ce genre de raisonnement nous contraindrait logiquement à rendre l'Amérique du Nord et du Sud aux Indiens, et l'Australie et la Nouvelle-Zélande aux Aborigènes et aux Maoris.) Par ailleurs, je n'accorde aucune valeur légale à la parole divine ou biblique garantissant la terre de Canaa aux enfants d'Israël pour l'éternité. (Surtout quand on sait que la Bible a justement été écrite par ces mêmes enfants.) À la fondation de l'État d'Israël, en 1948, tous mes amis juifs se sont vivement réjouis ; j'étais le seul à jouer les trouble-fête. "Nous sommes en train de nous construire un ghetto, disais-je. Nous y serons entourés de dizaines de millions de musulmans qui ne nous pardonneront jamais, ne nous oublieront jamais, et ne s'en iront jamais." J'avais vu juste, d'autant qu'on a bientôt appris que les Arabes avaient sous leurs pieds la quasi-totalité des réserves mondiales de pétrole. Étant propétrole par nécessité, les nations ont trouvé politiquement plus logique d'être pro-Arabes. (Si l'existence de ces richesses pétrolières avaient été connue plus tôt, je suis d'ailleurs bien sûr qu'Israël n'aurait jamais vu le jour en tant qu'état.) Oui, mais les Juifs n'ont-ils pas droit à leur pays comme tout le monde ? En vérité, pour moi aucun peuple ne mérite vraiment de "terre natale" au sens courant du terme. La terre ne devrait pas être subdivisée en centaines de parcelles occupées par des sous-groupes humains auto-définis qui placent leur propre bien-être et leur propre "sécurité nationale" au-dessus de toute autre considération. [...] Nous sommes actuellement confrontés à des problèmes économiques majeurs qui font planer sur la civilisation une menace d'anéantissement imminent et peuvent signer l'arrêt de mort de la Terre en tant que monde habitable. L'humanité n'a pas les moyens de gaspiller ainsi ses ressources financières et affectives dans d'interminables chamailleries dépourvues de sens. Nous devons acquérir une vision planétaire, nous unir sans exception pour résoudre les véritables problèmes, communs à tous les habitants de la Terre. Est-ce faisable ? Se poser cette question, c'est comme se demander : l'humanité peut-elle survivre ?" Si je ne suis donc pas sioniste, c'est que je ne suis pas favorable au concept de nation et que cette doctrine ne fait qu'établir une nation supplémentaire susceptible de perturber la situation globale, une nation de plus à exiger des "droits" et formuler des "exigences" au nom de la "sécurité nationale", une nation de plus à prendre des mesures protectrices contre ses voisines. Il n'y a pas de nations qui tiennent ! Il n'y a que l'humanité. Et si nous n'en prenons pas conscience très vite, il n'y aura plus de nations du tout, parce qu'il n'y aura plus non plus d'humanité." (Isaac Asimov, "I, Asimov", p. 457-459) Dans Les Matins de France Culture d'hier, François Bon rapporte cette phrase ignoble : "On a récupéré notre fric !" C'était un Président de région qui parlait à un de ses collaborateurs, près d'une machine à café, alors qu'une délocalisation avait provoqué des centaines de licenciements. Il est où maintenant, ce libéral avancé ? Dans un fauteuil, tranquille ? Il fume un cigare en écoutant La Bohème sur des enceintes de luxe ?... Laissons-le tomber. Par contre la prestation de François Bon est mémorable. Ce qu'il dit de son travail littéraire (pour Daewoo, théâtre et roman) sur une matière dont il veut témoigner sans prendre la place des journalistes, des politiques, des syndicalistes, etc., est dit avec une justesse et une conviction engageantes. Modeste mais pugnace, sans trop d'agressivité ni de pathos. Le soir même, il était aussi dans le spectacle de rentrée littéraire proposé par Culture Plus sur la même station. Et là, de mon point de vue, c'était beaucoup moins bien, pour FB comme pour les autres, d'ailleurs. Entre un dialogue serré autour d'un micro sur un sujet précisément approfondi et un spectacle où chacun fait sa petite prestation de cinq minutes comme au cirque, pour moi, y'a pas photo ! Si ça plaît... Il en faut pour tous les goûts... Bien sûr, à côté de tout ça, ce qui se passe dans ma petite vie n'est pas très important. J'ai déjeuné au Saint-Martin avec Clara et Jephro. On a pris brandade, poulet, daurade ; devinez qui a pris quoi ? On a parlé cours, photo, acupuncture ; devinez qui a lancé quoi ? Les gagnants auront droit à un CD du JLR en fin d'année... De retour à la médiathèque, j'emprunte Nous trois de Jean Échenoz. Bizarrement, c'est un Échenoz que je n'avais pas lu. En fait, paru en 1992, je ne m'y suis pas intéressé parce que je venais d'arriver au Japon. Plus tard dans l'après-midi, en lire une vingtaine de pages au dixième étage d'un hôpital d'Ochanomizu, près d'un vieillard qui dîne tranquillement sans que sa fille n'ait à tenir sa cuiller, c'est presque délectable. Faudrait dire aux auteurs les situations dans lesquelles on est amené à les lire. Ça les étonnerait, parfois. Re Asimov : Par ce même raisonnement,
sans en changer une virgule, il est bien entendu bien entendu que les Palestiniens
n'ont absolument aucun droit à revendiquer. Cool, peace, man. 2004-09-08 18:22:47 de dom "Il n'y a pas de nations qui tiennent ! Il n'y a que l'humanité. Et si nous n'en prenons pas conscience très vite, il n'y aura plus de nations du tout, parce qu'il n'y aura plus non plus d'humanité." Suis heureux de te lire, mon cher Dom ! Ta présence et ta conversation nous manquent toujours, ici ! On te dit qu'il faut abattre _toutes_ les oppositions pour pouvoir se sauver tous et tu voudrais "quand même" défendre un "droit", maintenir _une_ revendication, d'un _peuple_? Ce que tu sous-entends est "légitime" (si ton message est bien ironique et antiphrastique, comme je le pense), et cela montre bien l'utopie d'Asimov quand il dit "nous unir sans exception" : même si le danger mortel est imminent, avéré, engagé, il y aura toujours _une_ personne pour refuser l'abandon de ses petites affaires et pour garder sur elle le virus d'un "droit spécifique" que les autres n'auraient pas, entraînant tous les autres dans l'abîme... (c'est la vision d'Asimov, je crois ; qu'Arnaud me reprenne si je me trompe !) Relis bien la citation, cher Dom, et entraîne-toi à la "vision planétaire" ! (et à part ça, comment va ta moitié ?) 2004-09-09 03:19:05 de Berlol Pour répondre à Dom, qui a écrit : « Re Asimov : Par ce même raisonnement, sans en changer une virgule, il est bien entendu bien entendu que les Palestiniens n'ont absolument aucun droit à revendiquer. Cool, peace, man. » C'est totalement différent : les Palestiniens y habitaient lorsque l'Etat d'Israël a été construit dessus, et ils ont été mis dehors de ces territoires. Revendiquer un territoire dont on vient d'être mis dehors, ce n'est pas la même chose que de revendiquer un territoire où soit-disant "on" aurait habité il y a 2000 ans. Le problème ici n'est pas tant de revendiquer une terre que de se voir garantir son lieu d'habitation. Pour répondre à Berlol, qui a écrit : « cela montre bien l'utopie d'Asimov quand il dit "nous unir sans exception" » Tout à fait : critiquer le concept de nation et la revendication à avoir sa "parcelle" ne signifie pas admettre que des gens prennent leurs aises au détriment d'autres. La critique émise par Asimov vise tout le monde sans exception. Quand il critique ce qu' on peut appeler la théorie nationale, ce n'est pas pour justifier que l'on prenne la terre où vivaient jusque lors les Palestiniens et la conférer aux nouveaux-venus Israéliens. Cela me rappelle les débats archéologiques qui ont eu lieu au début du XXe siècle en Rhodésie (actuel Zimbabwe), suite à la découverte d'un immense site archéologique (les restes d'une forteresse) que les archéologues britanniques (liés à C. Rhodes) ont jugés "culturellement supérieurs" à ceux que pouvaient faire les indigènes noirs et l'ont attribué à un ancien peuplement "caucasoïde", justifiant finalement leur propre occupation du sol comme un retour de "descendants de la même souche". Dangereux, les débats archéologiques sur la filiation... 2004-09-09 07:38:56 de Arnaud C'est dans la nature humaine, il me semble, d'aller voir ailleurs ce qui s'y trouve, de découvrir (regarder le comportement d'un bébé/enfant) et voire, malheureusement de conquérir (surtout s'il y a du pétrole ou autres richesses dans cet ailleurs). S'il s'agit en plus de préserver les acquis, les endroits où on s'est un moment installé ou pire, de "rendre" à une tribu, un peuple etc. les terres où leurs ancêtres ont un passé, il est sûr qu'à un moment, fatalement, l'espace étant limité, ça va coincer... On devrait peut-être faire payer des loyers aux nations? (Les individus, eux, quand ils déménagent, en arrêtant de payer leurs loyers, acceptent de donner leur ancien espace de vie aux suivants). Les terres, la Terre appartiennent à l'humanité (et encore...). A elle d'en faire ensemble, en concertation, un bon usage. Je crois là rejoindre l'utopisme d'Asimov! 2004-09-10 03:58:25 de Manu Je ne sais pas si c'est de l'utopie. C'est un fait que les Etats-nations sont actuellement en crise et que l'économie mondiale ayant atteint ses limites d'expansion au XXe siècle, nous sommes actuellement dans une période de transition vers "autre chose" — bien que personne ne sache évidemment quoi. Il est possible qu'à moyen terme un Etat-nation à l'échelle du globe voit le jour. Ou bien un empire centralisé (ce qui revient à peu près au même). Il est également possible que dans cette ère "post nationale" ce soit maintenant les gros conglomérats qui se partagent le sol et les individus, tels les Etats nationaux avant eux. Perspective peu joyeuse mais, il me semble, très possible. On deviendrait tous des "citoyens-actionnaires" du cartel X ou du conglomérat Y, comme dirait Spinrad. 2004-09-10 04:46:25 de Arnaud Ce qui est intéressant c'est qu'on en est effectivement à l'échelle du globe. Cet "autre chose" pourrait être l'expansion vers l'Espace, vers d'autres planètes... Et si on découvre des traces d'une quelconque civilisation sur Mars, qui va revendiquer la propriété du sol ? Mais bon, tout ça, c'est pas pour tout de suite... Il y a d'autres questions/problèmes plus immédiats à régler ! 2004-09-10 05:12:42 de Manu Pourquoi antiphrase ? Non, simplement réduction à l'absurde. Le chiffon a bien fonctionné sur Arnaud, mais la déduction me paraît évidente, sauf à penser que les Etats-nations existants devraient systématiquement se dissoudre et les revendications des nations sans Etat être systématiquement satisfaites, comme si le passage par la case "Etat-nation" était incontournable (comme éducation des "peuples", accession de la communauté "naturelle" à la conscience-pour-soi, etc. etc.). Sur la revendication : c'est sans doute le point crucial, revendication de reconnaissance et de justice, pour soi (qu'on peut certes moralement critiquer) mais aussi pour autrui (plus difficile), proches, faibles, pauvres. J'y vois un des fondements les plus permanents de la revendication nationale, si on entend par nation, dans une acception volontairement la plus faible possible, une collectivité d'individus qui partagent le même stock d'arguments et de problèmes, hérité pour partie de leur parcours historique commun, pour partie de leur créativité continuée, puis le même style (ethos, habitus, hexis, pour faire mon Bourdieu au petit pied) et les mêmes jeux de langage (tout ça fait-il bien une culture ? S'y réduit-elle ?), et qui se sont dotés d'institutions visant à assurer, au sein de cette collectivité, la distribution, ouverte à des revendications de justice, de ressources collectives, matérielles et immatérielles. Il y a là des contraintes anthropologiques fortes (concernant le rapport personnel et collectif au temps, à l'espace, à la mémoire, à l'engagement, à la responsabilité, à la possibilité même de la signification de l'expérience vécue) qu'il est à mon avis impossible de balayer d'un vague grand geste critique ("il n'y a pas de nations qui tiennent" : bien si, justement, ça tient, ça comme la religion, et c'est bien là tout le problème). Cette revendication de reconnaissance pourrait ne passer ni par la revendication d'un Etat (une autonomie politique suffirait, dans le cadre d'Etats impériaux-autoritaires, pluralistes ou fédérés) ni par celle d'un territoire (les empirons ont toujours accueilli des nations organisées en leur sein, que ce soit l'empire tsariste ou l'empire ottoman, en ce qui concerne la nation juive). Pour de relativement bonnes raisons (imposition de la règle de droit, garantie de l'égalité formelle entre citoyens, etc.), ça passe actuellement presque toujours par les deux. Il y a dans ce cadre d'excellentes raisons pour favoriser les membres d'une communauté par rapport aux étrangers (ne serait-ce que la difficulté à obtenir d'autrui la reconnaissance en l'absence de compréhension préalable partagée de la signification même qu'on donne à sa vie). Il n'y rien d'intrinsèquement critiquable, jusque là, rien qui doive déboucher inévitablement sur le conflit, l'oppression, la discrimination, le mépris de l'autre, que sais-je. Simplement la reconnaissance de la pluralité des devoirs (devoirs de solidarité à l'égard du proche et devoirs d'hospitalité à l'égard de l'étranger, pour faire vite) pour chacun et de la non-indifférenciation normative du monde vécu. Sur le territoire : c'est une technologie qui a fait ses preuves. Quand des revendications conflictuelles à la justice sont confrontées, l'égalité des droits est le mieux préservée si l'arbitre chargé de régler le différend dispose d'un principe simple permettant de savoir quelles conventions s'appliquent au cas. Comparer avec l'intrication des droits et devoirs dans les sociétés féodales, impériales et multinationales. L'Etat-nation est une technologie qui fonctionne pour régler au mieux ce problème, c'est sans doute pour ça qu'il est tellement désirable. Cet argument d'efficacité justifie amplement, au vu de l'histoire de la communauté juive, la victoire du sionisme sur les autres positions idéologiques ouvertes à la fin du siècle avant-dernier à la réflexion juive : comment nier que s'ils avaient disposé de leur propre Etat territorial, les juifs auraient échappé à l'anéantissement ? L'argument qui a ma préférence, en ce qui concerne la critique du cosmopolitisme naïf à l'Asimov, repose non pas sur l'importance de l'identification nationale ou communautaire ou le besoin naturel d'appartenance dans la réalisation personnelle de soi et l'imbrication de l'identité personnelle et de l'identité collective (tout ça me paraît très douteux) ni sur la mise en doute de la force de la motivation au cosmopolitisme ni même, bien que cet argument soit à mon sens plus fort, sur le caractère spontané des liens d'obligation morale entre membres d'une même communauté d'appartenance (ce qui veut d'abord dire des personnes qui se côtoient dans la durée, qui se revoient, qui peuvent faire fond sur une confiance partagée), mais sur une approche en quelque sorte "évolutionniste" de la question, l'avantage collectif, au plan de l'humanité toute entière (donc, tout de même, dans la perspective d'un cosmopolitisme conséquent), qu'il peut y avoir à préserver une multiplicité d'expériences collectives de vie, voire à circonscrire des territoires dans lesquels ces expériences puissent être mises à l'épreuve dans leurs conséquences ultimes, y compris négatives (jouant alors le rôle d'autant de "vaccins" pour l'humanité, comme on l'espère tous les expériences hitlérienne, stalinienne, polpotienne). Chaque communauté historique, nationale, ethnique, culturelle, etc., apparaîtrait comme autant de laboratoires institutionnels, moraux, etc., jeu des imaginaires collectifs et des confrontations ouvertes entre cultures qui représente une ressource précieuse pour affronter les graves crises que tu évoques, sur un ton un peu apocalyptique à mon goût. Le même argument, venant à l'appui d'une exigence internationale de protection de la liberté culturelle, vaudrait pour les langues, religions, etc. Je plaiderais en faveur d'un nationalisme affaibli (détaché de tout fondement ethniciste, reconnaissant le caractère d'institution, conventionnel, fictif si on veut, des peuples, nations, Etats, etc., renonçant à revendiquer une valeur absolue pour chacun de ses choix particuliers au profit d'un débat continué avec l'ensemble des autres traditions et reconnaissant la primauté d'un ensemble minimal de droits universels et de revendications indiscutables déduits du respect de la dignité humaine) apportant toute sa cohérence à un cosmopolitisme lui-même affaibli (détaché de tout fondement rationaliste-critique, qui lui est en fait aussi peu consubstantiel que l'ethnicisme au nationalisme faible, faisant droit à la liberté culturelle, y compris d'ailleurs celle de chaque individu de se livrer à tous les jeux d'appartenance multiple qu'il aura choisis, jeu qui suppose d'ailleurs le maintien de la diversité des traditions, renonçant à la purification idéaliste du "patriotisme constitutionnel" à la Habermas pour reconnaître la légitimité des attachements irraisonnables à un monde vécu en butte aux agressions de la globalisation culturelle et marchande). Quant au conflit israëlo-palestinien, et pour aller vite, j'adopte en toute logique un sionisme faible et laïque, et je me mets sur les positions du plan proposé récemment à Genève. Donc ni destruction de l'Etat d'Israël ni Etat binational. Excuse la longueur. 2004-09-10 08:44:36 de dom tout autre sujet, si j'ose : la brandade du st-martin est pas mal du tout, contrairement à ce que certains racontent. j'ai gagné ? 2004-09-10 11:48:10 de jephro Gagné, Jephro ! Mais, t'as triché, tu y étais ! Pour Dom : on est bien d'accord sur l'utopie (comme pensée d'Asimov qui imagine comment les hommes devraient être (et ne sont pas)) et sur l'utopisme (comme manière de penser à un état des choses idéal qui tient plus ou moins compte des réalités). Au fond, ce que dit Asimov est très bien mais ne s'applique pas aux hommes qui, dans leur ensemble, n'ont pas son intelligence (et l'aurait-on tous qu'on se ferait peut-être ch...). Humain, pas si humain ! Les ensembles d'États, à l'instar de l'Europe, correspondent sans doute en partie à ce que tu nommes "nationalisme affaibli". Pour les constituer, sur le long terme, il faut que chacun des États renonce à une partie de ses "droits", à une partie de sa souveraineté, ce qui signifie que certains éléments de l'identité nationale passent du mode réel (monnaie, douane, par exemple) au mode symbolique (dessins sur monnaie unique, signalisation des frontières mais pas d'arrêt). Dans ce cadre, les conflits d'intérêts ou de culture devraient glisser, espère-t-on, du mode arc-bouté au mode négocié. L'interpénétration des relations de tous ordres et la normalisation des législations constituent un frein puissant à toute vélléité de domination ou de guerre. Pour autant, cela ressemble plus au système du monarque éclairé qu'à de la démocratie, dans la mesure où les gens comprennent de moins en moins la complexité de l'architecture des réglements et des échelons d'intervention pour chaque problème spécifique (voir la politique agricole européenne, par exemple). D'où l'importance cruciale et même primordiale de l'éducation ! (Et comme on n'y a pas assez pensé, concrètement, dans les systèmes scolaires depuis vingt ou trente ans, cela crée le décalage actuel entre l'avance logique des institutions et l'incompréhension voire l'hostilité des "citoyens" trop peu instruits.) 2004-09-10 14:53:32 de Berlol Dom a écrit : « Pourquoi antiphrase ? Non, simplement réduction à l'absurde. Le chiffon a bien fonctionné sur Arnaud, » C'est que moi je ne juge pas les gens, mais uniquement les textes. Et je m'appuie sur ce que j'ai à lire. Dom a écrit : « Je plaiderais en faveur d'un nationalisme affaibli (détaché de tout fondement ethniciste, reconnaissant le caractère d'institution, conventionnel, fictif si on veut, des peuples, nations, Etats, etc., renonçant à revendiquer une valeur absolue pour chacun de ses choix particuliers au profit d'un débat continué avec l'ensemble des autres traditions et reconnaissant la primauté d'un ensemble minimal de droits universels et de revendications indiscutables déduits du respect de la dignité humaine) apportant toute sa cohérence à un cosmopolitisme lui-même affaibli » Autrement formulé, s'agit-il d'un nationalisme non pas ethniciste ("à l'allemande", pour faire très schématique), mais d'un nationalisme politique ("à la française" ou "à l'américaine"), c'est-à-dire une communauté politique correspondant à une réunion d'individus ayant les mêmes préoccupations et souhaitant gérer leur destin en commun ? Un grand classique des débats franco-français. Mais comment ce nationalisme pourrait-il renoncer à considérer chacun de ses choix comme absolu, tout en s'érigeant lui-même comme une totalité nécessaire ? Car si ses choix ne sont pas des absolus, où résidera alors la nécessité de son existence en tant qu'Etat ? Bref, tout cela semble structurellement contradictoire. Car je ne penses pas que cet idéal-ci soit compatible avec celui du respect des autres auquel il est fait référence. En effet, historiquement, les Etats-nations basés (théoriquement) sur un contrat politique n'ont pas vraiment été moins exclusifs et belliqueux que les Etats-peuples ou les Etats-races. En effet, pour que chacun soit prêt à dialoguer au sein du système inter-étatique, il faudrait d'abord que tous les Etats-nations soit élaborés sur le même modèle, sans cela chacun part écraser les autres (et tant pis pour l'utopique Etat-nation pacifiste : il se fera écraser en premier). Aussi, je pense qu'imaginer un système inter-étatique pacifiste basé sur la communion d'Etats-nations à la sauce d'un "nationalisme affaibli", ça, pour le coup, c'est bien de l'utopie nationaliste, comme nous la serve messieurs les culturalistes et les différencialistes : plus de guerre ! protégeons NOTRE culture, etc. etc. Bref, l'antiracisme différencialiste bon tein, typique de l'après Seconde Guerre mondiale. Car je pense que l'emploi du mot "culture" est ici problématique. On ne peut pas d'une part dire qu'il faudra considérer les peuples (ou bien la filiation "ethnique" des nations) comme des fictions, et d'autre part prôner une vision différencialiste et relativiste des "cultures", qui en deviennent autant de totalités "naturelles" et immanentes. Aussi, je critique ce mot de "cultures", qui n'apparaissent finalement qu'être le fondement de ce "nationalisme affaibli" censé les "défendre" au nom de leur sacro-saint "différence". Le mot "culture", venu lui aussi du XIXe siècle, n'est guère plus utilisé récemment que par les nationalistes lorsqu'ils mentionne "leur identité". Un exemple significatif de cette aporie est certainement l'emploi ici de l'expression "nation juive" ? Depuis quand les Juifs sont-il une nation ? Certains parlent de "peuple juif", mais non : la judaïté est une religion, et non une caractéristique "ethnique". Parle-t-on de "peuple chrétien" ? Imagine-t-on qu'un Etat-nation "protestant" aurait permis éviter la St-Barthelemy ? Historiquement, le nationalisme n'a amené avec lui que la guerre et la haine de l'Autre. Tandis qu'il s'apaise en Europe de l'Ouest, il se met à flamber de plus belle en Asie et au coeur du continent eurasien. Un jour, il faudra bien y trouver une réponse, surtout si tous les belligérants se munissent de l'arme atomique. Les gens qui parlent aujourd'hui d'introspection et de "nationalisme sain" etc. me font penser aux catholiques qui considèrent bien facilement qu'on peut distinguer l'inquisition et les guerres saintes du "vrai" catholicisme affaibli et pacifiste. La nation c'est comme la religion : qu'on lui donne le pouvoir et alors commence un conflit afin de "protéger NOTRE identité culturelle" etc. Qualifier les critiques (je mets au pluriel, car, depuis vingt ans, la nation moderne est la cible d'une grande partie de l'historiographie) de l'Etat-nation de "naïves", c'est ne pas saisir que le concept de nation moderne, issu du XIXe siècle, n'est en rien la tant attendue "fin de l'histoire" ; et il en est de même pour la démocratie libérale, qui n'aura connu qu'une brève apparition historique au XXe siècle. La solution qui consisterait un établir un gouvernement mondial me semble déjà en bon état d'avancement institutionnellement. Les attaches humaines ne sont en rien naturelle. Si une tentative impériale venait à faire jour, alors on assisterait à une guerre à mort (une lutte "politique" comme dirait C. Schmitt) entre deux Weltanschauungen, deux visions du monde : le camp impérial et les "nationistes". Le rôle historique des Etats-nations aura sans aucun doute été de fournir l'assise mondiale, technologique et institutionnelle, pour cette nouvelle structure probable, qui ferait ainsi suite au système inter-étatique. 2004-09-10 14:56:09 de Arnaud Berlol Acceptes-tu encore une contribution sur ce fil-là ? J'ai comme même un peu l'impression de te parasiter. Mais qu'est-ce que c'est aussi que cette manie de partir tous azimuts dans ton blog, il faut s'en tenir aux débats littéraires, et jamais, au grand jamais, ne serait-ce que mentionner le problème judéo-sioniste-palestino-... ("Ils en ont parlé", tu sais bien, ça fait longtemps que ça dure). 2004-09-10 16:33:22 de Dom Nan, nan, continuez ! Je suis avec vous, je vous suis. Et toute la France nous regarde ! Bon, peut-être pas toute... Mais, c'est intéressant comme fonctionnement de blog. Que deux commentateurs trouvent à s'investir comme ça (et peut-être d'autres qui brûlent d'envie de s'y jeter...). Et vous connaissant tous les deux, je sais que vous êtes capables d'aller beaucoup plus loin. Je ne dis pas cela pour me débarrasser de vous (je le répète) mais si vous le souhaitez, je peux vous communiquer vos adresses de courriel. Quant à cette "manie de partir tous azimuts", je prends cela pour un compliment ! Arigato ! (Ceci dit, c'est l'heure d'aller au lit.) 2004-09-10 18:14:42 de Berlol Dom et Berlol, C'est vrai que les réponses sont assez longues. Mais bon, les lit qui veut. Et puis, après tout, c'est le blog de Berlol et il y soulève les sujets qui l'intéressent. Et surtout : tant que nous n'empêchons aucune autre personne de s'exprimer, nous ne parasitons rien du tout. Dom a tout à fait raison lorsqu'il écrit que le simple fait de mentionner le "fameux problème" a pour effet immédiat de déclencher des débats houleux. Signe que c'est un vrai problème... Ceci-dit, je ne reviens sur rien de ce que j'ai écrit plus haut. 2004-09-10 18:26:27 de Arnaud Osssu ! Bonjour à tous. Tu avais raison Arnaud… ce blog est fort intéressant dans son ensemble, et à cette date en particulier. Bon, j'arrive en retard sur tous, là. Je me permets de reprendre un peu ce qui a été dit et d'y ajouter mon grain de sel. Dites-moi si ma contribution est inutile ou non, je ne voudrais pas avoir l'air de m'imposer. En premier lieu, lisez bien tout Asimov (mais si !) et vous verrez qu'il n'est naïf (la question de sa naïveté revient souvent dans le blog) qu'à dessein, bien sûr. "I Asimov", ne fait certainement pas exception. Ce qui à mon sens à toute son importance ! "Robot", vaut aussi son pesant de pistache à mon avis. Autre chose, sur la question de l'identité (pas que nationale), puisque nous sommes dans les auteurs de SF, je vous conseillerais bien de lire en toute urgence (tant c'est bon ! Ah !) la trilogie de Mike Resnik "A Chronicle of a Distant World" (3 vol.). Bon, maintenant, sur la question du droit, de la revendication, je pense que le danger vient presque uniquement du fait que dans les nationalismes, l'on fait correspondre et « droit » et « privilège ». Mais le terme de privilège est alors habilement habillé de celui de souveraineté. Dans l'État-nation en formation, c'est un fait. Palestine et Isarël Dans le cas de la Palestine, je pense qu'au-delà de la question de la légitimité « nationale » ou « territoriale », comme vous voudrez, le problème repose au départ sur une question existentielle au sens le plus strict : celle du droit d'exister ! Pour Israël, le problème n'était pas celui-ci au départ. Il s'agissait plus d'une conquête que de vouloir s'insérer dans un cadre géographique où les gens partageraient une communauté de destin. Ca change tout en terme de droit. Bien sûr, maintenant que plusieurs générations d'Israëliens sont nés là-bas, eux aussi on droit à l'existence, au nom de l'humanité qui est la leur (quand même !). Mais je pense qu'il y a une obligation (pas que morale, stratégique aussi) d'Israël de revoir la nature de sa « souveraineté nationale ». Les limites de l'Expansion de l'État-Nation ? Là, je dis « non ». Il est vrai que si l'on s'en tient à une limite historique de l'histoire de l'humanité, alors on a l'impression que nous en sommes à la limite ultime de l'expansion des organisations humaines, des États. Ce que tu évoques, Arnaud, très justement, en reparlant de la « fin de l'histoire ». Mais l'histoire, la vraie, celle de l'humanité, est faite de ces limites d'expansion. Au paléolithique, les peuplements de groupes nomades à semi-nomades avaient atteint probablement leurs limites de fonctionnement, puis vint le néolithique, nouvelle modalité d'expansion humaine dans un terriroire plus limité. Cette expansion, agraire, avant toute chose, se poursuit jusque vers 1000 avant notre ère en Europe de l'ouest. Puis, on arrive à nouveau à un seuil limite : plus assez d'espace pour des groupes en croissance. Impossibilité d'expansion territoriale : le sol est occupé partout où c'est possible. C'est à ce stade que l'organisation des sociétés humaines va durablement s'orientée verticalement. Et il va falloir, obligatoirement, se mettre à faire système avec et contre le voisin dans la nouvelle économie européenne de l'époque pour assurer les échanges. Ces derniers organisés essentiellement du nord vers la Grèce, qui joue à partir du VIIIème siècle un rôle central dans l'économie des groupes périphériques (vous savez, les « Celtes ») et vice-versa. Ce que je veux dire, c'est que nous n'avons pas encore besoin de l'espace avant longtemps, très longtemps. Dire que nous allons avoir besoin de l'espace (on en aura besoin, mais pas là), c'est dire qu'on ne peut pas dépasser l'expansion des États Nations. Alors qu'en fait, il ne s'agit que d'une modalité d'expansion. Quand on en aura terminé, on passera à autre chose. Point. Il n'y aura pas besoin de continuer l'expansion nationale dans l'espace. Par contre une fois dans l'espace, localement, il y a des chances pour que le phénomène national ressurgisse. Au satde actuel, on a besoin de réorganisation, pas de fuite en avant. D'ailleurs, en Europe de l'ouest, c'est ce qui se passe. Les États ont tout essayé pour s'entre-absorber depuis plus de cent ans, et ça a cessé de fonctionner : limite. On passe à l'Union Européenne. Bien sûr ce n'est pas aussi mathématique, mais quand même. En ce sens, il n'y a pas de nationalisme modéré ou affaibli. Il y a des nationalismes de stuctures différentes, mais modération ou « faiblesse » ne me semblent pas les qualificatifs exacts, ni aujourd'hui ni demain. En Europe de l'ouest, je ne pense pas qu'il y ait des nations ou un nationalisme affaibli. Je pense qu'il n'y a plus de nation ni de nationalisme d''État ! Point. Il reste des État qui essayent de protéger consensuellement leurs intérêts. Ce n'est pas la même chose du tout à mon sens. Nous sommes dans une logique autre, dans une logique où l'on essaye de dépasser volontairement les limites d'expansion, et les prérogatives des États et Nations de jadis. Un État-nation qui se contenterait d'être affaibli, aurait vite fait de se faire absorber. Car par définition, ce qui fait la force d'un État-nation, c'est sa souveraineté et la justification de celle-ci. Enlevez-lui ces derniers et il devra se formuler sous une autre forme. Encore là, c'est se qui est en route en Europe de l'ouest. Cette constatation sur la réalité de recherches entreprises pour dépasser ces limites, n'est pour l'instant valable que pour l'Europe de l'ouest. La Chine, et plus de la moitié du monde n'en sont qu'au début de la formation de leur nationalisme. Ils sont loin d'avoir bouclé leur expansion et d'avoir atteint leurs limites. Brrr ! La Nature humaine ? Alors, là aussi, je dis « non ». C'est comme « le bon sens », ça. Tout est dans la nature humaine, si l'on va par là. Dire que l'expansion est dans la nature humaine, la conquête aussi etc., je ne vois pas bien ce que cela vient expliquer d'un point de vu de la structure des changements. Après tout, si les humains font la guerre, ils font aussi la paix… où va-t-on alors ? Ce n'est ni une explication ni une justification, je pense, après vous avoir lu, que vous serez tous d'accord sur ce point. De la complexité Quant à l'architecture (Berlol, c'est vraiment plus agréable à utiliser que « structure ». Merci pour l'idée.), « trop complexe » de la création européenne, je ne suis pas certain que les gens la comprenne mieux ou moins que celle de notre république. Non ? Très franchement, sans mépris pour personne, je pense que les gens sont toujours trop peu instruits, non ? Regardez TF1 ! Ah ! Inversement, le système féodal, ou celui de la chefferie, dans leur réalité concrête pour les gens, étaient certainement très simples à comprendre (et douloureux sans doute, et violent), et ce n'était pas de la démocratie ! Par ailleurs, les citoyens, à l'ouest, ne sont pas contre l'UE. Par contre, si tu dis demain aux Japonais qu'on va créer une confédération asiatique et que le Japon n'en sera qu'un satellite important, là ta constatation est fort juste : personne n'est préparé. Mais en Europe de l'ouest, je pense au contraire qu'on essaye de préparer les gens depuis un moment. C'est ce que me laisse percevoir mon éducation d'ancien écolier pas si ancien. Bon, bon, c'est très confus ce bazard ! Excusez-moi ! Bonne journée à tous et à bientôt. 2004-09-11 03:26:20 de Acheron Salut Acheron (je précise en passant que c'est un collègue et très bon ami à moi, qui lit également ce blog) Je suis tout à fait d'accord avec l'idée principale qui ressort de ce que tu écris, à savoir que c'est le type d'articulation entre des communautés à définir et leur organisation spaciale qui est en fait au centre des débats, comme lorsque tu écris que ce type particulier d'articulation qu'est l'Etat-nation n'est en rien nécessaire mais est historique et qui plus est récent et certainement pas éternel (mais ça je l'ai déjà écrit). En te lisant, je me rends compte que tu as précisé ce que j'ai, maladroitement, tenté d'écrire en évoquant un passage à une architecture (c'est vrai que c'est mieux ce terme) post-système inter-étatique. Bien sûr, on serait mal assuré de dire vers quoi l'on va, mais certains directions sont déjà données en Europe de l'Ouest. Bref, la relation actuelle qui est posée entre le "peuple" et le "territoire" n'est problématique que parce qu'elle est pensée comme devant nécessairement être résolue par la mise en place d'un Etat-nation, et sinon ne pas être résolue. Mais que l'on tente de penser le problème adans le cadre d'une autre architecture et, comme l'écrit Acheron, et ce problème peut très bien ne rien avoir de sensible. 2004-09-11 04:23:19 de Arnaud Manu a écrit : « Ce qui est intéressant c'est qu'on en est effectivement à l'échelle du globe. Cet "autre chose" pourrait être l'expansion vers l'Espace, vers d'autres planètes... Et si on découvre des traces d'une quelconque civilisation sur Mars, qui va revendiquer la propriété du sol ? » Acheron a rapidement répondu à la question que tu posais. Je pense que, raisonnablement, la conquête de l'espace, au moins pour le Système Solaire, est une question qui va réellement se poser à moyen terme, certainement dans moins de 100 ans. On sait comment lors de la compétition inter-européenne ceux des Etats européens qui ne pouvaient se mesurer aux autres sur le sol de l'Europe ont été conduit à rechercher de nouveaux débouchés à l'extérieur. Et ce n'est donc pas un hasard si ce sont des Etats "périphériques" (à l'époque), le Portugal et l'Espagne, qui sont partis pour le Nouveau Monde. Evidemment, considéré de l'Espace il n'existe pas d'Etat périphérique, et même en utilisant cet adjectif dans un sens de "moins important", c'est au contraire un Etat surpuissant (comme les Etats-Unis) qui peut seul lancer un nouvelle expansion en direction de l'Espace, maintenant que l'ensemble du globe est couvert. Mais cela revient au même. Je précise que je suis d'accord avec Acheron, et qu'avant de chercher de nouveaux débouchés dans l'Espace il nous faut plutôt repenser notre architecture mondiale, c'est-à-dire l'organisation de l'humanité sur le globe. Mais dans une optique de poursuite de la compétition inter-étatique, la conquête de l'Espace peut apparaître comme une nouvelle fuite en avant tout à fait logique, car elle permettrait de continuer à user tels quels, ou à peu près, les Etats-nations et le système inter-étatique actuel. Et de continuer la guerre inter-Étatique (comme Acheron le note, je pense que l'emploi de l'adjectif "inter-national" n'est pas approprié) dans l'Espace. Alors qui occupera la Lune et Mars ? Et bien, lorsque l'occupation du sol (on y revient toujours) sera totalement accomplie, je suppose que si on ne veut pas en repenser l'organisation, et bien cela sera à nouveau la guerre. Et si une civilisation non-humaine avait le malheur d'habiter sur Mars... l'Histoire nous montre comment les Européens ont traité l'Altérité lorsqu'ils l'ont rencontrée dans le Nouveau Monde à la fin du XVe et tout au long du XVIe siècles, dans la phase d'expansion évoquée plus haut : le Génocide. Malheur à eux ! 2004-09-11 04:43:25 de Arnaud Bon, moi, je suis un peu largué (manque d'instruction sans doute), mais j'ai une question pour vous tous. Que deviendrait l'Economie s'il n'y avait qu'un Etat global mondial ? 2004-09-11 05:33:18 de Manu Hum ! Question qui tue ! Bon, sérieusement, ce n'est pas comme chez Asimov : il n'y a pas de « psycho-histoire » qui puisse nous donner l'avenir. L'archéologie, l'histoire, ces disciplines reposent après tout sur ce qui est et a été, par sur ce qui sera… D'abord, il faut se demander si l'État continuera de jouer un rôle économique. Parce que, a bien y penser, les États ont de plus en plus de mal à faire face à ce que représente les multinationales et autres monstres tentaculaires de notre monde actuel : certaines multinationales gagnent plus d'argent que ce que dépensent certains États ! Si la tendance se poursuit, et bien l'État global, comme chez Spinrad (Grennhouse Summer), serait alors une espèce de gigantesque système de conglomérat. On peut aussi, en étant optimiste et un peu utopiste sans doute, que un État à l'échelle planétaire, pour assoir la légitimité de son existence vis à vis des citoyens du monde, soit obligé de prendre en compte un plus grand nombre de facteurs et d'exigences que nos petits États, alors relativement « protectionnistes ». L'intérêt de tous, quand il s'agit de la planète et d'un « gouvernement » planétaire est un sacré truc à gérer. En tous cas, on ne peut pas se limiter à un simple clientelisme sous peine d'explosion. Plus la base de l'État, les citoyens, est vaste, et plus l'« élite » économique va être diluée. Pas le choix, parce que la question de l'unité est quand même centrale dans l'organisation de toutes les sociétés humaines. Dans ce dernier cas on pourrait imaginer que le rôle d'un État global serait celui d'une véritable redistribution des ressources et des richesses, en plus d'assurer un contrôle sur l'usage de la force armée. Ce sont les deux données, au cours des 5000 dernières années qui ont fait que les États, ou les systèmes proto-étatiques, se maintenaient ou disparaissaient : la justification de leur rôle régulateur. Mais bon, là, on raisonne sans beaucoup de donnée factuelle ! On est exactement dans la SF. 2004-09-11 07:02:54 de Acheron Oups, le bouquin de Spinrad c'est Greenhouse Summer. Skuzez moâ ! C'est assez particulier dans le genre, mais le monde tel qu'il est décrit dan son fonctionnement est assez intéressant. Cela vaut la lecture. Traduit en français sous le titre de Bleue comme une orange, chez Flammarion. Du même auteur et dans un autre registre, je préfère Jack Baron et l'éternité, chez J'ai Lu. Et puis, tant que nous y sommes, A Chronicle of a Distant World, de Mike Resnik, est traduit en français sous le titre de L'Infernale comédie (3 vol. aussi) chez Denoël. Et ça, cela donne vraiment matière à penser. Cela porte sur les questions de l'identité post-coloniale, et c'est extrêment « instruit ». 2004-09-11 07:22:50 de Acheron Pour reprendre la question de Manu au sujet de la colonisation spatiale, mais en restant largement hypothétique : Les livres qu'Acheron a mentionnés plus haut, de Mike Resnick (en français en trois t. : Paradis, Purgatoire, Enfer) traitent justement de cette question, en posant trois cas de figures pour illustrer le propos. En gros, l'auteur présente trois cas de colonisation par l'Homme de planètes habitées par des populations non-humaines mais intelligentes. Dans les trois cas, elles sont d'abord exploitées pour ensuite mener une guerre de décolonisation avec l'appui d'autres forces humaines anti-coloniales, puis est décrit la période d'"indépendance", qui se passe en général plutôt mal. C'est intéressant parce que les trois cas présentés dans ces romans de SF reprennent en fait l'histoire du Kenya, du Zimbabwe et du Rwanda, plaquées dans un contexte futuriste mais qui reprend l'histoire réelle pour la trame générale. Je pense que c'est intéressant parce que le fait de mettre, dans ces romans, des populations non-humaines au centre du débat permet de réellement réfléchir le contact avec l'Altérité et de saisir — un petit peu — les angoisses et les hésitations, des coloniaux européens qui nous ont précédés lorsqu'il avait à faire à des "races" différentes et ce qu'ils pouvaient en ressentir, tout en restant critique bien sûr mais sans tomber dans un verticalisme facile. Pour ce qui est de l'économie mondiale dans le cadre d'un Etat mondial centralisé, et bien je ne pense pas que le capitalisme y survive car ce dernier s'appuie largement sur une architecture basée sur une pluralité d'Etats (le système inter-étatique) et sur un système de frontières pour d'une part contrôler les échanges et le flux, et d'autre part pratiquer des délocalisations de capitaux et autre en fonction de la conjoncture. Donc je pense qu'une économie mondiale placée sous l'égide d'un seul Etat ne serait pas purement capitaliste, mais plutôt une économie mixte fonctionnant selon certains priorités pratiques et concrètes répondant aux besoins de la population (production de nourriture, production de biens de première nécessité, etc.), c'est-à-dire, dans une large mesure, planifiée. Bref, c'en serait très certainement fini de la recherche infinie du profit en soi, ou du moins il serait restreint à des activités non vitales pour le système (alors que le capitalisme ne se préoccupe pas de la bonne santé du système, puisque justement il peut se déplacer d'un Etat à un autre, dans le cadre du système inter-étatique). 2004-09-11 07:25:29 de Arnaud Et dire qu'il y en a qui ont droit à de la bonne brandade en plus… faut que je trouve la recette : Tôkyô est trop loin depuis Io ! 2004-09-11 10:05:36 de Acheron Salut Achéron ! Sois le bienvenu ! Tes messages fleuves seront toujours bien accueillis, pourvu qu'ils ne charrient pas d'idées mortes... Revenant du colloque Yourcenar et devant repartir, je ne me jette pas dans la discussion tout de suite. Quant à la brandade, la recette n'est pas bien difficile. Si on le fait à la maison, on peut d'ailleurs forcer sur la proportion de morue, ce qui la rend meilleure, à condition que le poisson soit suffisamment désalé ! A+ (continuez sans moi...) 2004-09-11 10:58:52 de Berlol Merci pour ce message de bienvenu. Que l'on se rassure, je veilerai à ne pas déborder, même par jour de typhon ! Du moment que l'on me fait l'obole de la discussion, personne ne sera rejeté sur la rive. Je ne trouve que de la morue normale (non Arnaud, pas à Shibuya !), et ça n'a pas le même goût. Faudrait que je trouve le truc pour saler moi-même ! 2004-09-11 11:25:32 de Acheron Euh… de bienvenue je veux dire ! 2004-09-11 12:23:30 de Acheron Aujourd'hui de mon lointain Melbourne (après avoir quitté le Queesnland), une journée plutôt pluvieuse avec même une pointe de grêle, je me permet d'émettre "mon" opinion-conclusion au débat. "opinion-conclusion" sans doute très simpliste veuillez m'en pardonner par ailleurs. Et d'ailleurs je m'écarte sans doute un peu du débat mais après tout le blog sert aussi à ca non? J'aimerais croire un jour en un état-nation regroupant tous les états actuels du globe utilisant une seule monnaie, mais utilisant toutes les langues actuelles. Un peu à l'image de la communauté européenne. Seulement il faudrait sans doute changer énormément de choses à l'utilisation des ressources naturelles car on court droit à la catastrophe. Hors en l'état actuel des choses je vois mal une organisation humaine utiliser spartiatement les ressources naturelles de façon à ne pas les gaspiller, de façon à ne pas polluer notre environnement. Qui pourrait organiser et diriger une telle organisation? Certainement pas un français, ni un américain ni un japonais ni un autralien ni...etc. L'être humain du fait de ses qualités humaines, ses états d'âmes, son intelligence ne s'adapte pas mais crée et adapte son environnement. En clair il construit son environnement et s'installe un certain confort très largement au delà du simple cap de la survie tel que le règne animal a organisé depuis des millénaires. Pour utiliser comme je l'écrivais plus haut "spartiatement" les ressources naturelles et non les consommer comme nous faisons il faudrait vivre comme des animaux et nous "reproduire" seulement. Au diable la belle maison, la belle voiture, la bonne nourriture. Au diable la télé, les journaux, les livres, et surtout au diable l'intelligence même. Car notre intelligence nous fait refuser l'état même d'animaux que nous étions. Qui accepterait cela? Personne moi y comprit. Donc je ne vois pas d'autres issus qu'une consommation jusqu'à la dernière goutte de toutes nos ressources naturelles . Une consommation qui ira sans doute exponentiellement du fait de l'explosion démographique et du fait du développement croissant de toutes les nations. Et oui...nous ne sommes pas les seuls à vouloir notre belle maison, la télé, la voiture...bla bla bla. Les chinois arrivent, les indiens les talonnent, les africains metteront plus de temps mais ils le souhaitent tout naturellement. Imaginez un peu un jour les 6 milliards d'habitants consommant comme nous le faisons. Aie aie aie. Je suis de plus quasi convaincu que nous aurons consommé nos ressources bien plus rapidement que le progrès nous aura permis d'avancer au point de pouvoir explorer et exploiter suffisamment les planètes environnantes. Car effectivement cela serait la meilleur solution pour étendre la race humaine et dépasser tous les problèmes que je viens de citer. |