Les salons littéraires sont dans l’internet (4)

lundi 19 octobre 2009, à 23:08 par Berlol – Enregistrer & partager

Chapitre 4 : des e-lettrés pour un web intelligent

Détour de Babel

Ceux, nombreux parmi les francophones, qui accepteraient qu’une langue unique soit choisie pour les échanges intellectuels à condition que cette langue soit le français n’accepteraient donc pas que ce soit l’anglais et n’imagineraient pas que ce puisse être une autre langue (l’allemand, l’italien, le russe, le chinois, etc.). La nécessité pra(gma)tique d’un tel choix a déjà été évoquée de nombreuses fois dans nos sociétés, et implicitement réalisée avec l’anglais depuis un bon quart de siècle : où que vous alliez, on trouvera toujours quelqu’un pour vous aider en anglais à trouver le chemin de la gare ; quoi que vous exportiez, vous pourrez toujours le négocier dans la langue dite de Shakespeare (le pauvre !). En revanche, l’une des raisons évoquées par les Français pour refuser l’internet, au milieu des années 90, était que tout y était en anglais et que, pour cette raison, il fallait s’y opposer. Ce préjugé existe encore chez ceux qui ne connaissent l’internet que de loin.

Cette situation aporétique n’est pas facile, il ne s’agit pas seulement d’un problème de parti-pris ou de mauvaise foi, voire de chauvinisme, mais aussi d’un problème pratique. Quand bien même tout le monde serait « d’accord » avec un choix de langue unique, tout le monde ne pourrait pas matériellement l’apprendre et jamais la maîtriser (cas de l’anglais, en ce moment). L’espoir que l’espéranto avait fait naître n’a pas permis de transformer les mentalités et la majorité des peuples a ignoré, aux deux sens du terme, cette belle aventure.

Aussi est-on en droit de douter d’une quelconque entente des peuples ou d’émettre de sérieuses réserves sur sa faisabilité, en dehors d’un faible nombre de gens pour lesquels la fraternité est acquise par principe. En admettant que ce siècle soit pacifique (ce qui n’est pas gagné) et permette au plus grand nombre de pays possible d’offrir des conditions de vie décentes à leurs populations, il semble tout de même que la naturelle diversité des langues et l’attachement identitaire des populations à leur langue sera un frein aux échanges approfondis. D’ailleurs, les linguistes et les ethnologues nous le disent : il vaut mieux préserver la diversité des langues. Mais est-ce bien la diversité des langues qui constitue un frein à l’entente entre les peuples ? Ne serait-ce pas plutôt la macération de chacun dans sa langue ? Une certaine surdité à la langue de l’autre qui viendrait de ce que chacun estime sa langue et sa culture supérieures aux autres, même sans se l’avouer ? Car s’il y a quelque chose d’inexpugnable dans la langue d’où je parle, qui est de l’ordre de ma chair, et de celle de mes parents, par où je me rattache comme biologiquement à tous ceux qui possèdent la même langue maternelle, il faut une opération de l’esprit d’une certaine élévation pour reconnaître à l’autre un droit égal de son côté. Dans ce contexte, la question de l’internet s’exprime par une alternative entre l’entente par la valorisation et la connaissance des différences et l’entente par l’uniformisation progressive que promeut le rouleau compresseur économique.

En attendant le trilinguisme ou le quadrilinguisme promis à nos enfants, voici, à titre d’expérience, une traduction automatique en français (par le site Alta Vista) d’une page de citations de Balzac en anglais1. Pour chaque paragraphe, on trouvera : 1. en caractères romains, le texte français de la traduction automatique Alta Vista ; 2. en italiques, le texte anglais qui sert à la traduction automatique et qui est soit-disant traduit de Balzac ; 3. en romains et entre guillemets, l’original de Balzac.

Il faut dire tout d’abord que ces traductions automatiques ne sont pas si éloignées des phrases originales ! Mais on se demande comment les problèmes sémantiques qui restent à résoudre par la traduction automatique pourront être résolus, car s’y logent des finesses qui font souvent le plaisir et l’art de la conversation – à moins que les conversants de l’avenir fassent preuve d’une grande tolérance…

« Honoré de Balzac Quotes
Si vous avez de bons guillemet vous voudriez que je signale, me les envoyez et je les signalerai dès que j’obtiendrai une chance. – (If you have a good quote you would like me to post, send it to me and I’ll post it as soon as I get a chance.)
La solitude est très bien, mais vous avez besoin de quelqu’un pour vous dire que la solitude est très bien ; Honoré de Balzac2(Solitude is fine, but you need someone to tell you that solitude is fine.)
Une femme connaît le visage de l’homme qu’elle aime comme un marin connaît la mer ouverte3. – (A woman knows the face of the man she loves like a sailor knows the open sea.) – (« La connaissance du visage d’un homme est, chez la femme qui l’aime, comme celle de la pleine mer pour un marin. »4)
Quand les femmes nous aiment, elles nous pardonnent tout, même nos crimes ; quand ils ne nous aiment pas, ils nous donnent le crédit pour rien, pour ne pas égaliser nos vertus. – (When women love us, they forgive us everything, even our crimes ; when they do not love us, they give us credit for nothing, not even our virtues.) – (« Lorsque les femmes nous aiment, elles nous pardonnent tout, même nos crimes ; lorsqu’elles ne nous aiment pas, elles ne nous pardonnent rien, pas même nos vertus ! »5)
Il est plus facile d’être un amoureux qu’un mari pour la raison simple pour laquelle il est plus difficile d’être plein d’esprit chaque jour que de dire de jolies choses de temps en temps. – (It is easier to be a lover than a husband for the simple reason that it is more difficult to be witty every day than to say pretty things from time to time.) – (« Il est plus facile d’être amant que mari, par la raison qu’il est plus difficile d’avoir de l’esprit tous les jours que de dire de jolies choses de temps en temps. »6)
Toute l’humanité est passion ; sans passion, la religion, histoire, romans, art serait inefficace. – (All humanity is passion ; without passion, religion, history, novels, art would be ineffectual.) – (« La passion est toute l’humanité. Sans elle, la religion, l’histoire, le roman, l’art seraient inutiles. »7)
La devise de chivalry est également la devise de la sagesse ; pour servir tous, mais aimer seulement un. – (The motto of chivalry is also the motto of wisdom ; to serve all, but love only one.) – (« […] mes avis sur vos relations avec les femmes sont aussi dans ce mot de chevalerie : les servir toutes , n’en aimer qu’une. »8)
« L’amour est un jeu dans lequel toujours les fraudes une. » – (« Love is a game in which one always cheats. ») – (« Pour vous l’amour est un jeu où vous trichez toujours. »9)
En les hauteurs de l’affection montant, haineux de repos de trouve de humain de silicium le cœur de sentiments de rapide de pente de La de sur de rarement de s’arrête d’il. – (« Si le cœur humain trouve des repos en montant les hauteurs de l’affection, il s’arrête rarement sur la pente rapide des sentiments haineux. » Le père Goriot)10
Derrière chaque grande fortune il y a un crime. – (Behind every great fortune there is a crime.) – (« Le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié, parce qu’ il a été proprement fait. »11)
Rien n’enrichit ainsi une amitié comme croyance de la part d’un ami qu’il est supérieur à l’autre. (Nothing so fortifies a friendship as a belief on the part of one friend that he is superior to the other.) – (Rien ne fortifie l’amitié comme lorsque, de deux amis, l’un se croit supérieur à l’autre. »12) »

Ce premier essai s’appliquait à des phrases citées, extraites de leur contexte par le fait que leur sens, généralisable, les rendait comme indépendantes, autonomes, et donc extractibles (certaines ayant d’ailleurs été retravaillées de Balzac pour les rendre plus lapidaires). Du coup, leur traduction automatique peut se faire, plus ou moins bien, plutôt bien d’ailleurs, par référence au sens des mots et expressions tel qu’il est dans un dictionnaire. Pour un traducteur automatique, c’est du cobaye, du placebo presque. Les spécialistes voudront me reprocher de ne pas avoir utilisé d’outil logiciel plus élaboré, mais je ne me place pas ici (en général dans cet ouvrage) sur le terrain des spécialistes : je commente, comme avec des amis dans une conversation, ce qui se trouve à portée de toutes les mains et particulièrement des mains inexpertes.

Un second exercice de traduction automatique, toujours par Alta Vista, vise maintenant deux paragraphes d’un texte construit, extrait d’une œuvre d’Edgar Allan Poe13 (qui cite justement Guez de Balzac, en attribuant cette fois la phrase à Zimmerman – décidément, il a beaucoup voyagé, cet aphorisme sur l’amitié !) Cette traduction automatique fait apparaître un résultat bien plus aléatoire lorsque les phrases ont des relations complexes de dépendance sémantique, soit par jeu pronominal, soit par simple progression du sens, causale par exemple, d’une phrase à l’autre. Je n’en ferais pas l’analyse détaillée ici, car ce n’est pas notre objet et cela prendrait une dizaine de pages… D’autant que les textes parlent d’eux-mêmes. Que l’on m’excuse cependant ces longues citations. Elles sont nécessaires si l’on veut se rendre compte des problèmes qui gênent la conversation multilingue.

D’abord, la version originale :

« Our telescopes, and our mathematical investigations assure us on every hand – notwithstanding the cant of the more ignorant of the priesthood – that space, and therefore that bulk, is an important consideration in the eyes of the Almighty. The cycles in which the stars move are those best adapted for the evolution, without collision, of the greatest possible number of bodies. The forms of those bodies are accurately such as, within a given surface, to include the greatest possible amount of matter; – while the surfaces themselves are so disposed as to accommodate a denser population than could be accommodated on the same surfaces otherwise arranged. Nor is it any argument against bulk being an object with God, that space itself is infinite; for there may be an infinity of matter to fill it. And since we see clearly that the endowment of matter with vitality is a principle – indeed as far as our judgments extend, the leading principle in the operations of Deity – it is scarcely logical to imagine it confined to the regions of the minute, where we daily trace it, and not extending to those of the august. As we find cycle within cycle without end – yet all revolving around one far-distant centre which is the Godhead, may we not analogically suppose, in the same manner, life within life, the less within the greater, and all within the Spirit Divine? In short, we are madly erring, through self-esteem, in believing man, in either his temporal or future destinies, to be of more moment in the universe than that vast ‘clod of the valley’ which he tills and contemns, and to which he denies a soul for no more profound reason than that he does not behold it in operation.
These fancies, and such as these, have always given to my meditations among the mountains, and the forests, by the rivers and the ocean, a tinge of what the everyday world would not fail to term the fantastic. My wanderings amid such scenes have been many, and far-searching, and often solitary; and the interest with which I have strayed through many a dim deep valley, or gazed into the reflected Heaven of many a bright lake, has been an interest greatly deepened by the thought that I have strayed and gazed alone. What flippant Frenchman was it who said, in allusion to the well-known work of Zimmerman, that “la solitude est une belle chose; mais il faut quelqu’un pour vous dire que la solitude est une belle chose”. The epigram cannot be gainsayed; but the necessity is a thing that does not exist. »

Et la traduction par Alta Vista en français :

« Nos télescopes, et nos investigations mathématiques nous assurent sur chaque main – malgré la pente du plus ignorant du sacerdoce que l’espace, et donc ce volume, est une considération importante aux yeux de la toute-puissant. Les cycles dans lesquels le mouvement d’étoiles sont des ces mieux adaptés pour l’évolution, sans collision, du plus grand possible nombre de corps. Les formes de ces corps sont exactement comme, dans une surface donnée, pour inclure la plus grande possible quantité de matière ; – tandis que les surfaces elles-mêmes sont ainsi disposé quant à facilitez une population plus dense que pourrait être facilité sur les mêmes surfaces autrement disposées. Ni est elle n’importe quel argument contre le volume étant un objet avec Dieu, cet espace lui-même est infinie ; pour il peut y a un infini de la matière pour le remplir et puisque nous voyons clairement qu’il est un principe – en effet dans la mesure où nos jugements étendent, le principal principe en exécutions de Deity – il n’est à peine logique imaginer la dotation de la matière avec la vitalité qu’elle a confiné aux régions de la minute, où nous trace quotidienne il, et n’étendant pas à ceux d’août. Car nous trouvons le cycle dans le cycle sans extrémité – pourtant tout tournant autour un centre loin-éloigné qui est la divinité, nous ne peuvent-ils pas supposent les grands est-ce que tous de manière analogique, de la même manière, la vie dans la vie, moins plus sont en dedans, et dans l’esprit divin ? En bref, nous errons follement, par l’amour-propre, chez l’homme de croyance, dans ses destins temporels ou futurs, pour être de plus de moment dans l’univers que ce vaste ‘clod de la vallée’ à qu’il laboure et les contemns, et à ce qu’il ne refuse à une âme pour plus de raison profonde que celui il pas behold il en fonction.
Ces fantaisies, et comme ces derniers, ont toujours donné à mes méditations parmi les montagnes, et les forêts, par les fleuves et l’océan, une teinte de ce que le monde journalier ne manquerait pas de nommer le fantastique. Mes wanderings parmi de telles scènes ont été beaucoup, et loin-far-searching, et souvent solitaire; et l’intérêt avec lequel j’ai vagué par des beaucoup d’une faible vallée profonde, ou ai regardé dans le ciel reflété des beaucoup d’un lac fixement lumineux, a été un intérêt considérablement approfondi par la pensée que je seul ai vagué et ai regardé. Quel Français désinvolte était lui qui dit, dans l’allusion au travail bien connu de Zimmerman, que « le belle d’une d’est de solitude de La a choisi; les mais que le quelqu’un de faut d’il versent le grand belle vous d’une d’est de solitude de La de que ont choisi ». l’epigram ne peuvent pas être gainsayed ; mais la nécessité est une chose qui n’existe pas. »

On peut tout à fait imaginer d’utiliser un logiciel du même type que celui qui est à l’œuvre ici pour traduire automatiquement les paroles de personnes qui voudraient tenir une conversation. Que se passerait-il ? Intelligentes, ces personnes essaieraient de pallier les inexactitudes et les fautes, elles infèreraient le sens supposé de l’interlocuteur et lui répondraient en employant les mots les plus simples possibles, dans des phrases les plus courtes possibles afin de faciliter le travail de la machine.

Moins intelligentes, elles s’arrêteraient à ce qu’elles peuvent comprendre de ce que dit la machine et le prendraient sans le mettre en doute pour ce que voulait dire l’autre, lui répondraient orgueilleusement en voulant montrer leur beau style sans s’occuper de ce que dit la machine.

On voit que dans le premier cas, la conversation s’appauvrit (et devient de la communication), tandis que dans le second elle vire au dialogue de sourds (deux monologues qui s’indisposent). La double négation ne passe pas ; l’antiphrase ne passe pas ; l’ironie ne passe pas. Ni la nuance, ni l’humour, ni l’allusion, ni le mot d’esprit. Si la machine s’améliorait, si le logiciel se mettait à l’analyse sémantico-pragmatique (comme c’est probable dans la décennie à venir), on verrait peut-être d’un côté la communication se teinter de finesse et de l’autre les monologues s’interférer. Encore dix autres années d’efforts et la finesse deviendra peut-être spirituelle ; l’interférence, compréhension. Qui sait ?

« Esprit ! », disais-je. Voilà, c’est ça qui ne passe pas ! Ce qui fait l’essence même de la conversation, la muse de tous les salons !

Bien sûr, si c’est une conversation technique ou fortement référentielle qui est envisagée entre plusieurs personnes de langues différentes avec un logiciel de traduction automatique comme interface obligatoire, chacun l’activant pour recevoir les textes dans la langue de son choix, il est probable que l’on arrivera à de bons résultats. Cette méthode qui doit permettre de réduire les frais de traduction est déjà employée dans les intranets des groupes mondiaux – un système de contrôle plus sérieux devant intervenir pour la prise de décision et la signature de contrats.

En revanche, les conversations littéraires, philosophiques ou politiques auront beaucoup de mal à progresser du fait des incertitudes et des erreurs produites par les logiciels de traduction, propres à créer des quiproquos et des retours en arrière déroutants. Est-ce à dire que la justesse et la qualité de la traduction automatique sont inversement proportionnelles à la quantité de notions abstraites employées et au degré d’élaboration syntaxique ? Il semble en tout cas que cela soit vrai aujourd’hui. Or l’esprit réside souvent dans une combinaison retorse d’abstraction et de syntaxe, même dans la phrase brève. Quand la pensée est plus exigeante, la phrase s’allonge ; alors, l’amphibologie et la confusion isotopique sévissent, compliquant encore le travail de l’automate.

Il est également possible au sein d’une liste de discussion ou d’un site web, à titre d’essai ou de base de réflexion collective, de proposer un message suivi de sa traduction automatique en quatre ou cinq langues.

Dire avec justesse que « l’art de la conversation est indépendant de la culture et des connaissances livresques [et que] tout est affaire d’esprit »14, n’a de sens que pour un « art de la conversation » au sens le plus mondain (celui du XIXe siècle, justement). L’esprit, moins mondain et plus lucide d’aujourd’hui, tel que nous l’avons idéalement défini plus haut (Cf. p. 115), doit au contraire être un élément constitutif de la culture, des connaissances, livresques ou autres, et contribuer à un art de la conversation digne des citoyens que nous sommes.

Dans ce cadre conversationnel et en attendant que les machines puissent nous aider à prendre langue polyglottement, rien ne nous empêche de développer autant que possible les relations discursives (ou autres) entre francophones, forts d’une langue en partage qui n’offre pas l’immédiateté transparente (il y a des différences linguistiques nombreuses entre les francophones) mais qui nous évite une médiation confusionnelle.

Concorde francophone

Je m’en excuse par avance auprès des lecteurs que cela pourrait choquer, mais je dois avouer, étant Parisien de naissance, que jusqu’à l’internet et la possibilité pour moi d’accéder dans ma langue à des documents et à des gens lointains, je n’avais pratiquement jamais communiqué avec des francophones vivant hors de France : Québécois, Africains, Antillais formaient dans mon esprit une Francophonie toute livresque, abstraite, avec laquelle j’adhérais… à distance. Même les francophones belges et suisses que j’avais pu rencontrer en France, durant mes études et plus souvent pendant les vacances, étaient restés dans une idée non-pensée de leur nationalité, de leur différence, comme s’ils étaient des Français d’une province assez distante de la mienne. Un Anglais, un Égyptien ou un Chinois étaient mieux définis, mieux pensés dans leur différence ; et leur façon de s’exprimer en français ou non, bien ou mal, était intégrée à cette pensée.

J’en veux pour responsables les programmes scolaires et les médias des années 60-70 dont la vision franco-centripète du monde hiérarchisait les états-membres de ce qui n’était pas encore la Francophonie autour d’un soleil de la civilisation dont on se gardait bien de dire qu’il était déclinant. Je ne crois pas être le seul Français à avoir été dans cette situation idyllique et bancale et je soupçonne la plupart des autres de ne pas (vouloir) en prendre conscience. Le bain idéologique et médiatique discrètement chauvin dans lequel les Français vivent, plus encore ceux de la capitale et de ses environs, fait qu’ils se considèrent toujours naturellement propriétaires, qu’ils sont propriétaires de la langue française et que tous les autres francophones sont des personnes qui la leur ont empruntée et qui continuent de le faire, au mépris, bien sûr, d’une vérité historique et géographique que l’école n’a pas assez mise en évidence, ou seulement sous la forme réductrice et falsificatrice des colonies et décolonies.

Ce non-pensé tient peut-être aussi à la honte diffuse que l’on peut ressentir lorsqu’on a pris conscience des agressions, des victoires sanglantes et des défaites piteuses qui, sous les doux noms d’Empire et de « conquête coloniale » (que d’aucuns brandissent encore avec nostalgie), jonchent notre histoire, comme un refoulement collectif dont les vagues de révélations (torture, charniers, camps) qui déferlent maintenant chaque jour ne pourraient donner la conscience véritable et complète, chaque événement étant laissé dans sa contingence, son anecdote – à l’instar d’un incendie de forêt relaté dans un fait divers et qui ne suffit pas à faire sentir le réchauffement de la planète. Comme si, mentale ou réelle, l’image faussement cathartique de l’événement empêchait le retour du refoulé et les conséquences que sa prise de conscience sincère pourrait entraîner. Cela tient corollairement à la difficulté euphémique de renommer ce qui, sur les cartes et dans les livres, s’appelait fièrement « nos colonies »15

Et des francophones africains ont eu raison de protester contre certains discours néo-colonialistes (et les pratiques commerciales annexes) larvés dans l’histoire récente de la Francophonie. Sans oublier que la commémoration de l’abolition de l’esclavagisme est un bon moyen de se donner bonne conscience, de se refaire une virginité d’esprit alors qu’il existe toujours de jeunes esclaves francophones vendu(e)s, importé(e)s et séquestré(e)s dans des appartements bourgeois des Neuilly de l’Hexagone.

L’autre blessure narcissique des Français, plus abstraite, si je puis dire, est que leur langue a cessé d’être le phare du monde de la pensée. Personne qui soit vivant actuellement n’a connu cette époque symboliquement achevée par l’aventure napoléonienne, même si l’on vénère les quelques personnes encore vivantes qui ont connu des salons mondains du temps de Proust. Pourtant, suite à cette blessure mal cicatrisée qui persiste comme un patrimoine génétique, il est souvent sous-entendu que l’actuelle position dominante occupée par la langue anglaise, au moins sous sa forme véhiculaire et appauvrie, résulte d’une sorte de spoliation, de relégation injuste du français – ce qui sous-entend aussi, bien évidemment, que la période de domination du français était autrement plus intéressante : intellectuelle, littéraire, philosophique…

Même si le Japon n’est pas précisément un pays francophone, c’est ici que j’ai découvert en plan large mon identité francophone et conçu que mon identité française était à l’intérieur de cette identité francophone. Mes relations avec la France, tant avec mes compatriotes (le vieux style !) qu’avec ses institutions ou son actualité se sont à la fois relativisées et intensifiées dans un double mouvement de réduction copernicienne de la France comme élément de la Francophonie, de l’Europe et du monde et de valorisation des spécificités françaises dans un ensemble de différences non-hiérarchisé.

Ce double mouvement s’est trouvé favorisé et confirmé par le développement de l’internet. En effet, au moment où les associations japonaises de professeurs de français accueillaient en 1996 à l’université Keio (Tokyo) le congrès mondial de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF), c’est-à-dire plusieurs centaines d’enseignants, la diversité francophone commençait aussi à se faire sentir dans le web et à devenir audible dans les listes de discussion. Les Francophones venus au Japon de plusieurs dizaines de pays différents pour parler métier et se rencontrer se superposaient dans mon quotidien aux pages et messages qui m’arrivaient sur l’écran à travers le modem à 28,8… Cette stéréo-Francophonie était bien vivante, bien plus vivante que ne l’étaient les chromos des sommets de chefs d’états francophones, sortes d’usines-à-gaz post-coloniales dont rien de concret n’était jamais arrivé jusqu’à moi.

Il est possible que les autorités de la Francophonie soient maintenant plus conscientes du besoin de concrétiser leurs actions, de rendre sensibles les liens et les actions francophones jusqu’aux populations elles-mêmes. Les Jeux de la Francophonie où se mêlent les compétitions sportives et les disciplines culturelles y aident peut-être16 mais l’usage tous azimuts de l’internet sera d’un effet bien plus puissant encore. En mettant en relation épistolaire, visuelle et culturelle des enfants de classes de différents pays francophones, en facilitant les projets d’entraide par fédération de moyens et de compétences dans de multiples domaines (de l’adduction d’eau à l’enseignement technique à distance, en passant par l’aide juridique, l’assistance médicale ou la recherche généalogique), en donnant une parole audible à tous ceux dont les ancêtres, les parents ou les frères ont eu à souffrir ou à mourir de l’esclavagisme et du colonialisme, etc., l’internet peut faire que la Francophonie devienne enfin l’affaire des Francophones eux-mêmes.

Une chaîne de télévision comme TV5, lorsqu’on aura pu la nettoyer de ces technocrates qui n’en veulent faire qu’une vitrine francophone juste bonne à rediffuser les succès resucés de France 2 et 3, pourra s’hybrider à l’internet pour devenir un formidable outil d’information, d’entraide et de libération des forces francophones. Dans la foulée, un dirigeant vraiment intelligent réussira peut-être à faire que TV5 soit à nouveau diffusé au Japon17.

Les listes de discussion comme les sites web où s’invente un nouveau communautarisme n’ont que quelques mois, au mieux quelques années d’existence. Si peu productifs ou si poussifs qu’ils paraissent, si réticents ou timides que se montrent encore leurs participants, ils arrivent déjà à des résultats, des productions, des rassemblements qui sont stupéfiants. Et cette stupéfaction positive tutoie maintenant les annonces cyber-catastrophiques et cyber-criminelles dans les colonnes des journaux. D’abord advenus dans le silence et l’indifférence, les aspects bénéfiques de l’internet semblent commencer à se médiatiser, à être connus d’une grande partie de la population, même si tout le monde n’y est pas encore allé voir de ses propres yeux. Il se peut aussi que ces résultats n’aient pu être atteints que grâce au silence et à l’indifférence des médias et des marchés, en laissant l’esprit dégagé et les coudées franches à ceux qui voulaient bien se jeter à l’eau. On peut donc craindre pour la qualité et la sincérité de ce qui se fera par l’internet dès lors que tous les secteurs y seront passés… Mais il faut surtout se féliciter que tout le monde y vienne et privilégier l’approche internetique où se combinent la réflexion (sociale, juridique, etc.) et l’action (technique, économique, pédagogique, etc.).

Tandis que j’apprends qu’en marge du Sommet francophone de Beyrouth, un « village de la Francophonie » sera ouvert18, offrant donc de cet ensemble de pays ayant une même langue en partage une vision communautaire à dimension humaine, d’un autre côté, je lis que l’un après l’autre les pays africains, réputés arriérés et peu suivis par l’actualité hexagonale (ce qui n’aide pas à en donner une meilleure image), se dotent d’appareils législatifs et d’opérateurs techniques permettant la connexion à l’internet19. L’utopie réalisée et vivante d’un village planétaire des Francophones, avec ses quartiers thématiques et son marché aux fleurs, montre ainsi, comme à un carrefour, la convergence des volontés et des moyens dont on peut voir le détail en parcourant les cyber-médias et les sites web émanant de tous les points géographiques de la Francophonie. C’est encore une de ces conjonctions que l’on aurait tort de prendre pour de pures coïncidences.

L’avenir. Tous @rgonautes

Depuis plus de quarante siècles, l’humanité n’a point cessé de rester asservie je ne dis pas à des maîtres (ils sont de l’ordre de la chair, je n’en parle pas ici ; et ces chaînes d’ailleurs se brisent tôt ou tard) mais aux fantômes de son esprit. Sa servitude est en elle. On s’épuise à trancher les liens qui l’enserrent. Elle les renoue aussitôt pour mieux se ligoter. De chaque libérateur, elle se fait un maître, et de chaque idéal qui devait l’affranchir elle fabrique aussitôt une idole grossière. L’histoire de l’humanité est l’histoire des idoles et de leurs règnes successifs. Et l’on dirait qu’à mesure que l’humanité vieillit, le pouvoir de l’idole est plus vaste et plus meurtrier.

Romain Rolland, Les Idoles (1914)20

Bien sûr, l’internet est l’idole, et son pouvoir pourrait bien être « plus vaste et plus meurtrier » que toutes les idoles précédentes. C’est pour cette raison que tant de gens veulent lui donner de la majuscule. En toute inconscience. Prosternés, déjà…

C’est pour cette même raison que tant d’autres, intellectuels, poètes, penseurs ou simples citoyens s’opposent par principe à l’emprise des machines ou entrent à reculons et avec quinze ans de retard dans l’informatique, séduits tout de même par l’utilité du courrier électronique ou par la disponibilité des catalogues et des œuvres électroniques, utilité et disponibilité qu’ils n’ont pas pu ne pas lire dans tous les journaux, qu’ils n’ont pas pu ne pas entendre dans tous les colloques, dans tous les lieux de rencontre où s’échangent les cartes de visite maintenant pourvues du sésame à l’arrobe que l’on ne manque jamais de relever – et ceux qui n’en ont pas de prendre leur air le plus noble, relevant le menton, pour décocher un « moi, ça, jamais ! » qui vous rejette loin dans la plèbe des connectés. Séduits, donc, mais se pinçant le nez, avec l’aide de leurs enfants ou leurs jeunes collègues, parfois refusant de toucher eux-même le clavier de la machine de peur que d’un coup leur précieux cerveau ne se vide, de grands intellectuels envoient leurs premiers courriers électroniques, se font répéter quatre fois que oui, là, devant eux, sur l’écran, c’est bien la photographie d’un manuscrit du XVIIIe siècle, que c’est très lisible, que l’on est bien en connexion directe avec la bibliothèque nationale, que l’on peut tourner les pages en cliquant ici, bien que ce soit dimanche, que l’on peut imprimer, et le soir maudissent la mise en réseau du monde et l’horreur de la mondialisation économique. Eux, si pointilleux parfois pour discuter une virgule de Shakespeare, s’estimant libres penseurs revenus de toutes les idéologies, se vautrent pourtant dans l’amalgame le plus convenu de notre temps : la bouc-émissarisation de la technique et de son aboutissement actuel, l’internet.

Incapables de comprendre que cette machine, comme toutes les autres, est un produit humain dont le bon ou le mauvais usage dépend des humains dans leur ensemble et de chaque personne dans son activité quotidienne, qu’elle soit intime ou sociale (ce qu’ils avaient pu discuter philosophiquement en d’autres occasions).

Incapables de voir, et encore moins d’accepter, que c’est leur négligence ou leur opposition il y a quinze, vingt ou vingt-cinq ans vis-à-vis de l’informatique qui a provoqué la conquête et le verrouillage de ce domaine maintenant si névralgique, si ravageur, par de nouvelles castes d’ingénieurs et de techniciens commerciaux que de jeunes financiers sont vite venus rejoindre, trop heureux, tous, de pouvoir à si bon compte dominer le monde.

Car qu’a fait un Bill Gates, lui ou un autre dans son genre, pour être là où il est ? A-t-il fait des dizaines d’années de recherche ? A-t-il dépassé par son génie les grands esprits de l’humanité ? A-t-il produit des œuvres artistiques ou littéraires si vénérables ? Des théories et des actions politiques admirables pour lesquelles il aurait passé des décennies en prison ?

Non, rien de tout cela, et le plus extraordinaire, c’est que tout le monde le sait ! Tout le monde sait qu’il a profité d’une bonne intuition et de l’inattention générale. Qu’il n’a fait que cela. Puis s’entourer de bonnes équipes, de capitaux, etc. Et tout le monde lui donne raison. Moi aussi. Car si la plupart des politiciens, des philosophes, des pédagogues de tous niveaux n’ont rien vu venir ou ont laissé faire, il y a vingt ans, se moquant même ouvertement des premiers déboires de l’informatique familiale, c’est que leur bêtise ou leur lâcheté est grande et qu’il était bien normal d’en profiter, et qu’ils ont dû encore bien des fois se détourner, ou penser, avec une bonne foi qui devrait nous inciter à nous moquer d’eux et à les chasser de leurs places si nous n’avions à nous moquer de nous-mêmes et à nous-mêmes nous chasser, que ce ne serait qu’un épiphénomène, une mode, comme une danse d’un été, des plumes sur un chapeau. « Cybernétique. Cythère bernique », moquait Prévert…

D’autres avaient protesté. Des informaticiens qui disaient pis que pendre, dans les années 80 déjà, de Microsoft, du langage de ses programmes, de sa lourdeur, etc. (je n’entre pas dans les détails, toutes les informations sont disponibles en permanence dans l’internet). Mais c’était trop souvent pour défendre la boutique d’en face, Apple et ses Macintosh, masquant les problèmes de fond par une guerre entre deux concurrents, chacun se renvoyant un ballon paré de couleurs de plus en plus commerciales et oubliant que c’était le terrain lui-même qui empêcherait bientôt de jouer.

À l’Est ou dans le grand Nord – on ne le dit pas beaucoup –, en Bulgarie ou en Finlande, l’informatique a été intégrée dans le système éducatif très tôt. C’est une des raisons pour lesquelles beaucoup de nouveaux systèmes, d’inventions, viennent de ces enfants-là qui, vingt ans plus tard, sont ingénieurs ou chefs d’entreprise. Beaucoup de virus en sont venus, aussi. Puis ce furent les États-Unis, le Canada, l’Inde. Sans faire le tour du monde, on peut dire que la France a été l’un des pays qui, tout en en ayant largement les moyens, n’a pas été précoce dans ce domaine. Si l’opération Informatique pour tous avait pu réussir, il en irait tout autrement. Pour cela, il eut fallu que M. Fabius, qui avait eu une bonne idée ou qui avait été bien conseillé (ce qui, pour un homme politique, est souvent la même chose), n’en eut pas eu une deuxième !

Sur le principe, l’équipement informatique des écoles était une idée excellente, visionnaire, mais il ne fallait pas vouloir en même temps sauver une entreprise informatique française dont tous les spécialistes disaient qu’elle avait déjà du plomb dans l’aile. S’il avait fallu avoir une seconde idée, il aurait assurément mieux valu que ce fût celle d’investir dans la formation informatique des enseignants, c’est-à-dire préalablement dans une formation de formateurs qui eussent été, si possible, aussi psychologues et sociologues que techniciens et qui auraient pu servir de relais intellectuel vers les médias et les autres disciplines afin de développer d’autres usages de l’informatique, d’autres programmes et de donner de l’ordinateur une image plus objective, plus propice à une utilisation désacralisée. Au lieu de cela, l’informatique est devenue la nouvelle Jérusalem que les uns sanctifient et que les autres veulent brûler. D’où l’idolâtrie. Et les croisades à l’échelle mondiale pour et contre l’internet.

Dans un domaine qui mérite réflexion patiente et observation neutre, à la façon du scientifique qui regarde un phénomène, on ne voit maintenant que foi aveugle, dans un sens comme dans l’autre. J’exagère, parce qu’il y a tout de même beaucoup de personnes de bonne foi et de bonne compagnie qui regardent posément les choses et qui en font bon usage, pour eux, leur entourage, leur entreprise, leurs étudiants. Cependant, même les plus posés, même les plus avisés ne sont pas à l’abri d’un cliché informatique.

On a tous lu cette blague, issue du discours d’un responsable de l’automobile américain, paraît-il, qui liste les dysfonctionnements dont souffrirait une voiture si elle avait été créée dans le même esprit et avec le même cahier des charges qu’un ordinateur (s’arrête et redémarre sans prévenir, n’existe qu’en une seule couleur, ne peut être vendue séparément de l’autoradio, etc.). On sourit. Il faut bien, de temps en temps. Pourtant, venant d’un dirigeant d’entreprise, pour qui les blagues ne sont toujours des blagues qu’à moitié, l’analogie révèle une volonté de dévaloriser l’ordinateur en comparant de mauvaise foi ce qui ne peut l’être. Par suite, la médiatisation d’un tel discours fait que l’analogie devient un cliché, n’est plus considérée dans ce qu’elle a d’impossible et devient une sorte de vérité doxique, bonne pour les talk-show et les brèves de comptoir.

Sauf que maintenant Microsoft caracole sur les marchés mondiaux et que General Motors se demande comment desserrer les freins de la récession…

Ainsi, de maison en maison, d’école en école et d’année en année, des idées idiotes et des récits d’anecdotes circulèrent et donnèrent de l’ordinateur une image à la fois naturelle et négative, naturellement négative. Pourtant inévitable, il devint un objet coupable des dysfonctionnements sociaux (l’informatisation des chaînes de production serait responsable du chômage, comme si cela n’avait pas été sciemment planifié par des hommes), des dévoiements des mœurs (explosion pornographique dans l’internet, comme si le minitel rose et la vidéo porno n’avaient jamais existé), des casse-têtes moraux (manipulations génétiques en tous genres, enchères d’organes), etc., sans que l’on pense à penser que derrière un disque dur il y a un cerveau mou. C’est-à-dire qu’à l’origine de chacun de ces problèmes, il y a des êtres humains motivés par leur profit et leur ressentiment, qui n’ont fait que profiter de la faiblesse et de la crédulité des autres. Pourtant, cela aussi, tout le monde le sait, puisque c’est exactement ce que ressassent en permanence tous les films, téléfilms, reportages et romans de kiosque – cette complaisance de l’humain à admirer sa bêtise, à s’admirer dans toute sa bêtise.

Pourquoi subir les croyances alors qu’il faudrait exercer sa pensée ? Parce que c’est plus facile. Retournez la question, vous verrez que c’est plus simple : pourquoi exercer sa pensée alors qu’il suffit de subir des croyances ?

Que dire à tel grand professeur d’université qui vous soutient que lorsqu’il utilise l’ordinateur, il y a toujours une panne qui se produit ?

La vérité : que c’est de sa faute. C’est-à-dire qu’il fait par inadvertance quelque chose qui produit une panne, mais qu’il y a peut-être chez lui une volonté cachée de faire en sorte qu’avec lui la machine ne marche pas. Il se pourrait aussi qu’il n’ait pas préalablement choisi un matériel adapté à l’usage qu’il pouvait en avoir, ou qu’il ait laissé quelqu’un d’autre choisir à sa place, sans se confronter lui-même à la question du « pour quoi faire ? » de l’ordinateur ; ou qu’il n’ait pas pris la peine d’écouter les conseils d’utilisation qui lui ont été donnés ; ou qu’il n’ait pas voulu s’exposer au ridicule de demander des conseils, lui qui en donne tant. Tout cela revient au même : l’inadvertance est le produit d’un comportement. Qu’il y ait faute n’est pas très grave et peut même être pédagogiquement utile, nous le savons tous : l’effort pour retrouver le chemin après l’égarement, l’ingéniosité mise à réordonner le désordre advenu produisent des outils, des concepts, des prolongations du corps et de l’esprit qui servent à tous.

Sa servitude est en elle, dit Jules Romains de l’humanité. Flaubert aurait dit sa bêtise, d’autres iraient chercher du côté de la lutte des classe, de la guerre des sexes, du fossé des générations… Faisons glisser tous ces lieux communs vers la poubelle de notre ordinateur

Cette situation de l’informatique dans notre société et ces attitudes psychologiques vis-à-vis des ordinateurs ne peuvent être comprises sans une réflexion de chacun sur sa propre attitude à l’égard des machines en général et de l’électronique en particulier. Et ce n’est qu’à partir de cette réflexion, par la suite partagée, que peuvent éventuellement se déconstruire des processus négatifs en vue de construire autre chose sur des bases conscientes et explicites.

Encore, ces solutions ne peuvent-elles concerner que les personnes qui auront la volonté sincère et les moyens intellectuels de les mettre en œuvre. Est-ce à dire qu’une élite seule peut tirer son épingle virtuelle du jeu ? Non, et pour plusieurs raisons. La première est que la diversité des activités humaines ne peut matériellement être organisée par une autorité qui centralise le pouvoir et la connaissance (ce mythe des pleins pouvoirs qui ravage le monde depuis des millénaires). La seconde est que les activités proposées par des communautés d’intérêt intellectuel ou autre ne requièrent pas toutes un Q.I. très élevé – pour peu que l’on accorde quelque crédit à ce genre de mesure et à la classification humaine qui en découle. La troisième est que le niveau d’alphabétisation atteint dans les pays démocratiques, si on ne laisse pas l’illettrisme les cancériser, permet à chacun d’apprendre rapidement le maniement de l’ordinateur et d’envisager le bénéfice personnel qu’il peut en tirer tout en prenant conscience de l’asservissement qu’il peut en subir. La quatrième, enfin, est que, si élite il y a, administrative, gouvernementale, entreprenariale et intellectuelle, héritée des différentes couches sédimenteuses de notre Histoire, c’est à elle d’avoir la volonté de ne pas abuser aujourd’hui de cette position (voire de la faire disparaître) et d’œuvrer pour le bénéfice commun par une politique et une pédagogie adaptées à une société dont on voudrait être sûr que cette élite la souhaite sincèrement harmonieuse et conviviale.

Or rien ne prouve que cette harmonie et cette convivialité soient unanimement souhaitées par nos élites et nos dirigeants. Au contraire, on entrevoit chaque jour par des fuites que certains n’utilisent leur position dominante que pour la défense de leurs privilèges. On n’ose imaginer ce que réussissent ceux qui se sont mieux cachés.

D’où la désagréable surprise, pour ceux-là, de voir apparaître un communautarisme transcontinental par l’internet. Ne passant initialement ni par le contrôle de l’argent, de l’état, de l’église, de l’entreprise ou de la famille, le communautarisme internetique ainsi permis dans les années 70-80 est la porte ouverte à toutes les tendances humaines (bonnes ou mauvaises – mais selon quels critères dire qu’elles sont bonnes ou mauvaises ?).

D’où la volonté des gouvernements de réglementer et leur empressement actuel. Mais nécessité de réglementer ne veut pas dire efficacité, surtout s’il y a précipitation : ainsi un grand nombre de mesures prises sont inutiles, ou contraires à l’esprit démocratique, ou produisent des effets secondaires pires que les problèmes traités (la responsabilisation pénale d’opérateurs techniques de diffusion, même lorsqu’ils sont dirigeants, est très discutable – et très discutée ; l’absence de prescription juridique du fait de la permanence des documents présents dans le web, etc.).

De même, la nécessité de réglementer ne veut pas dire que l’autorité qui réglemente est intrinsèquement légitime, loin de là ! Surtout au niveau mondial. Lorsque cette autorité, gouvernementale, judiciaire ou autre, ménage de puissants intérêts ou s’associe avec des groupes dont l’image et la valeur boursière dépassent celles de nations entières, elle peut difficilement se montrer impartiale et encore moins efficace.

Comme on le voit, il ne peut être question de projeter un quelconque avenir positif de l’informatique, même à l’échelle réduite d’un projet de salon littéraire, sans avoir fixé les cadres sociaux et psychologiques et sans avoir fait état du peu de chances, vu la lourdeur du passif, de s’envoler soudain vers des lendemains qui chanteraient en MP3. La raison en est principalement que toute conversation, littéraire ou non, doit elle-même revenir sur le sujet de la société, de l’humanité et de l’ontologie, ou en tout cas autoriser par principe cette possibilité… À l’opposé de la bienséance mondaine, notamment celle du XIXe siècle, tout « salon », toute « conversation » doit s’autoriser tout sujet, permettre sa propre subversion et explorer ses marges et ses contradictions, à défaut de quoi ce ne serait qu’une spectacularisation de plus.

Tout saint nouveau a des miracles à faire

Si, comme l’écrivait Delphine de Girardin en 1844, « le destin de la conversation dépend de trois choses : de la qualité des causeurs, de l’harmonie des esprits, et de l’arrangement matériel du salon »21, nous pouvons dégager des principes applicables à l’internet. Un certain désordre, un certain flou de notre espace virtuel ne nuisent pas, bien au contraire. « Que la maîtresse de maison, lorsque les visiteurs s’en sont allés, ne range surtout pas les sièges, mais qu’elle les regarde, tels qu’ils ont été déplacés pour causer, et qu’elle conserve cette disposition désormais. »

Ainsi l’aisance dans le réseau produira un épanchement naturel, plus d’empathie et la mise en commun d’un capital humain à faire fructifier pour nous-mêmes et pour l’avenir. Que la culture soit le capital des intellectuels dépend évidemment du sens que l’on donne au mot capital – or je ne suis pas sûr que la pensée de Pierre Bourdieu soit bien comprise à chaque fois qu’elle est répétée…

Il s’agit pour moi d’un capital en nature, plutôt ensemble de terres, machines, bâtiments, idées et force de travail que des êtres humains emploient et se partagent, que trésor retiré des yeux et des mains de tous et déposé (confisqué ?) en un lieu symbolique qui donne tout pouvoir au(x) gardien(s) (modèle de la banque). Cette conception de la culture, qui ne m’est pas propre et que, la puisant dans la culture, je fais mienne tout en la laissant partageable avec d’autres, m’apparaît alors mieux qualifiée par le couple de termes « milieu/environnement » : milieu lorsque ceux qui en usent n’en ont pas conscience, milieu dans lequel ils vivent insouciants et par conséquent irresponsables ; environnement lorsqu’ils se savent l’habitant, le partageant, le préservant.

À cet égard, la culture est comme notre planète (« cocasse, mais superbe »). Considérée comme un milieu du vivant en général et de l’homme insouciant en particulier, milieu où, (faussement) naïf, l’homme n’a pas conscience de sa capacité à modifier, voire à détruire. Cette notion d’un milieu éternel et immuable est une des causes (avec le profit) de l’inattention du développement industriel à l’égard du milieu naturel, du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui pour les grandes puissances. Avec un regain depuis quelques décennies de la part des pays en voie de développement qui répètent les erreurs, poussés précipitamment par les pays qui les financent (en les obligeant à occulter l’attention culturellement ou cultuelle au milieu qui, pour certains peuples, était constante depuis des siècles – pour eux, le milieu étant donc exactement un environnement).

La prise de conscience environnementale qui a lieu depuis quelques années, liée à la visibilité des destructions et des modifications de la planète par l’action polluante de l’homme (de certains hommes, devrait-on dire, car ils ne sont pas tous également irresponsables) est un peu tardive. Elle révèle une forte myopie de ces humains, par ailleurs si imbus de leur intelligence. Elle révèle également une forte surdité intellectuelle puisque l’un des premiers à avoir vu, décrit et théorisé ce danger de destruction du milieu est peut-être le géographe Élisée Reclus22 qui a parcouru de nombreux pays à pied, et notamment les États-Unis dans la seconde moitié du XIXe siècle, en plein essor industriel, pressentant que ce pays deviendrait une grande puissance au siècle suivant.

Son ouvrage intitulé les Voies de communication semble être une introduction écrite aujourd’hui en vue de comprendre intelligemment l’internet ! Il y décrit le développement du réseau ferroviaire à l’échelle mondiale, notant que « le nouveau monde va posséder bientôt son chemin de fer de 6000 kilomètres de longueur [et…] deviendra certainement la principale artère commerciale du globe. » (op. cit., p. 162). Si « les premiers chemins qu’ont employés les hommes » furent « les voies naturelles », souvent difficiles, « c’est par son industrie seulement que l’homme a pu se créer des chemins plus nets et plus commodes » (p. 159) : routes carrossables, voies ferroviaires, canaux dont celui de Suez qui doit être mis en service en fin d’année (1869), tunnel alpin en percement (Fréjus) et tunnel sous la Manche qui « n’est point […] un rêve chimérique : l’argent dépensé si gaiement à Solferino et à Sadowa […] suffirait amplement à payer cette œuvre. » (p. 165). Il conclut cependant que « l’homme, sans être devenu le maître de la planète, comme il se plaît orgueilleusement à le dire, aura du moins fait beaucoup pour approprier à son service la surface de ce globe qui le porte de cieux en cieux. »

Panoramas et détours nous ont permis d’établir ce que nous entendions par réseau (humain, intellectuel, et secondairement, mécanique, informatique) et par communauté (usagers de réseau ayant des motivations conjonctives). Dans ce réseau et dans ces communautés, la pensée circule par mouvements de toutes sortes, par remous, au gré des discussions et des conjonctions humaines. Lorsque la diffusion d’une information ou d’un débat est interne au groupe, elle se développe et laisse à chacun de contextualiser ce qui se discute dans son environnement ; s’il est en Amérique du Nord ou en Afrique du Sud, les conséquences personnelles d’une pensée diffèrent. Ce faisant, ce qui était interne au groupe ou ce qui se passait dans l’internet offre des applications, permet des mises en pratique, ne serait-ce que de la pensée, tout à fait externes à la communauté virtuelle et dont cette communauté virtuelle, dans la plupart des cas, ne saura jamais rien.

Du coup, on peut formuler que la réticulation conversationnelle n’existe pas en opposant l’interne et l’externe de l’internet mais en associant des forces centripètes (celles de s’investir dans la parole et l’action virtuelles) et des forces centrifuges (celles de redistribuer et de faire proliférer dans le monde analogique local paroles et actions virtuelles).

Cette liberté de mouvement, de pensée et de parole, ces forces centrifuges et centripètes que le réseau entretient sont cependant menacées par des forces d’inertie, toujours les mêmes : celles de la mise en spectacle qui risquent de scotcher l’internaute comme elles ont déjà halluciné le téléspectateur. À l’instar du cinéma qui devait être « la belle épopée où se rejoindront tous les arts », selon Guillaume Apollinaire en 1916, l’internet subira-t-il ce passage au parlant avec la même perte de qualité poétique que ce que constatent les théoriciens du cinéma ? Personne n’ignore que la situation est différente : le cinéma était pratiqué par une minorité et a nécessité des moyens matériels et financiers qui l’ont livré aux griffes des financiers tandis que l’internet peut être pratiqué par tous pour un coût modique – à condition que « tous » aient la conscience, j’allais dire la présence d’esprit de faire quelque chose de l’internet et non de se laisser faire par les fabricants de contenus ludico-soporifiques qui s’y sont déjà bien installés.

Vous avez le choix entre vous risquer en postant à la communauté pour penser ensemble et vous rassurer en téléchargeant la doxa du jour pour ne pas penser. On spam ou on msap23.

Dans cette action somme toute politique des internautes responsabilisés, quel que soit le thème d’un site, d’un s@lon ou d’une liste de discussion, on ne sait s’il faut des dirigeants ou s’il faut « que chacun agisse conformément à sa nature. Et que de la diversité des efforts naisse l’action commune. Pas de mot d’ordre. Que chacun soit à lui-même son propre conseiller. »24 Entre dirigisme éclairé et libertarisme utopique, mon cœur balance… Mais pour que les paroles de Reclus ne soient pas utopiques, il faudrait que chaque individu ait la faculté de prendre sagement ses décisions et ne soit pas susceptible d’être pris au piège des médias, il faudrait qu’aucune force médiatique ne puisse le manipuler et le téléguider.

Or rien n’est moins sûr. Tout nous prouve même le contraire ! Et l’idéalisme des anarchistes, ceux du XIXe siècle comme ceux du XXe siècle est vite circonscrit par la manœuvre politique des forces conservatrices qui font écrire les lois. Mais ce que Reclus n’avait pas prévu et qui, paradoxalement, redonne du sens à ses mots, c’est l’auto-promotion relativement facile dans l’internet de toute personne qui veut diriger (un débat, une action, etc.) et, par la quantité des échanges et des dirigeants ainsi auto-proclamés, l’autorégulation qui s’ensuit à l’échelle du réseau par la mobilité des avis et la fédérabilité des accords.

Si tout cela n’était que mon avis, mon élucubration, pourrait-on dire, je m’en inquièterais le premier et j’hésiterais à l’écrire ainsi. Mais ce que je lis presque chaque jour dans la presse ou dans l’internet me conforte. Bien sûr, il y a les « anti », il y en aura toujours, quelques raisons qu’ils aient, bonnes ou mauvaises, mais lorsque je lis ce qui suit, que je prends à l’actualité éditoriale de Michel Houllebecq et de son « passage » à l’émission de télévision Campus, je me dis que je n’ai pas déliré : nous avons vraiment la parole.

« Comme les cercles des bibliothèques municipales, comme les théâtres, Internet peut être le lieu où l’écrit « se vit dans la communauté ». Il suffit de voir le nombre de sites et de revues en ligne où l’internaute discute de ses goûts littéraires, recommande les livres qui lui tiennent à cœur, dresse l’inventaire de sa bibliothèque idéale… Ainsi, la littérature n’est plus assimilée à une « actualité culturelle » et commerciale que l’on subit, que l’on consomme passivement. Et mine de rien, c’est une petite révolution, qui donne lieu à une véritable guerre entre des conceptions – et des intérêts – antagonistes. Les majors du disque et autres intermédiaires du marché des loisirs refusent violemment l’appropriation de la culture par le public – bidouillages, parodies, mixages, détournements, mise à disposition gratuite des œuvres… – que permet la révolution numérique. Car ils ne s’y trompent pas : ce qui est remis en cause, c’est leur pouvoir prescripteur, l’efficacité de leur machinerie de marketing. Ils y répondent par un durcissement hystérique du régime de la propriété intellectuelle, durcissement dont Naomi Klein, dans No Logo, résume ainsi le message sous-jacent : « La culture est une chose qui vous arrive. Vous pouvez en acheter au Virgin Megastore et en louer chez Blockbuster Video. Mais ce n’est pas une chose à laquelle vous participez, ni à laquelle vous pouvez répondre. » Tous les intellectuels qui traitent de déviants les activistes du Net, et leur intiment l’ordre de redevenir le public passif et complaisant qu’ils étaient autrefois, doivent savoir qu’ils se font en même temps les complices des multinationales. »25

Cette fois, nous avons vraiment la parole, il nous reste à savoir nous en servir. Mais quand je dis « nous », qu’est-ce que cela veut dire ? Il y a des gens partout, d’âges et de pays différents, de langues et de cultures amies ou ennemies dans la longue histoire des nations. Qui se reconnaîtra dans un « nous » si vague ? Ceux qui ont toujours eu la parole et qui comptent bien continuer à tenir le crachoir ; ceux qui la leur disputent depuis deux ou trois siècles, pour ce qui est de la France, et qui voient enfin leurs projets d’Internationales, socialiste ou autre, à portée de main connectée ; ceux qui ont sauté sur l’aubaine cybernétique dès les années 70 ou 80 et ceux qui appuient aujourd’hui pour la première fois sur le bouton « marche »…

Cependant, qui peut dire qu’il connaît en détail tous les membres de Balzac-L ? Sûr que l’on trouve de tous les genres et de tous les âges parmi eux ! Comment savoir ce que pensent, ce que cherchent les centaines d’internautes journaliers du site Remue.net ? Nul doute que plusieurs générations s’y croisent, que plusieurs pays et plusieurs langues s’y donnent rendez-vous sans le savoir. Le bénévol@t d’un François Bon, par exemple, et l’anonym@t des corps stellaires et pensants que sont les co-listiers de Litor sont deux des paramètres les plus importants de nos nouvelles constellations électroniques.

Les deux ou trois générations qui ont vu apparaître l’ordinateur, l’informatique et les réseaux de communication électronique ont été (et sont encore) quelque peu bousculées, d’où les mouvements en tous sens. Mais les nouvelles générations, celle qui est actuellement en fin d’études, prise encore entre les incompétences, les atermoiements de ses aînés et les discours médiatiques tantôt va-t’en-marché tantôt virilio-cassandresques, ainsi que celle qui commence l’école dans un environnement humainement et techniquement adapté (matériel installé, paramétré, géré et protégé ; professeurs, documentalistes et personnels d’encadrement dûment formés aux nouvelles technologies par l’IUFM ou la méthode Coué) auront sans doute les moyens de saisir les chances réticulaires et d’éviter d’un clic d’Hér@ les Charybde, les Scylla26 et les idoles. Un vœu pieux ? Pas si sûr.

J’en veux pour preuve l’excellent article de Marie-Joëlle Gros dans Libération, le 27 septembre 2001. Signalons tout d’abord qu’il s’agit à mes yeux d’une des premières fois (si, si ! depuis des années !) que l’on parle des ordinateurs et de l’internet normalement, sans idéalisme, sans diabolisme, sans pédanterie scientifique et sans méta-critique ironique. « L’école face au grand dehors » raconte ce qui se passe dans un lycée pilote de Poitiers. Le proviseur affirme que « l’ordinateur n’est qu’un outil » et que « ce qui compte, c’est ce que l’on en fait et l’organisation des équipes de travail ». Une prof d’histoire dans le cours de laquelle on surfe revendique enfin un rôle actif et critique : « Les filtres, c’est nous. » Excellent ! Abordant l’Allemagne nazie, par exemple, on visitera aussi des sites révisionnistes pour décortiquer leur idéologie. Sans filtre logiciel pendant les cours, la navigation à lieu en dehors des cours sur une « liste blanche » de sites agréés, extensible à la demande.

La communication interne par courrier électronique est en plein essor, « les élèves interpellent par e-mail la direction ou les profs aussi naturellement que dans les couloirs », relève M.-J. Gros, ce que confirme le proviseur en ajoutant : « ils ne sont pas fous, ils savent très bien respecter les niveaux de langage. » On se défoule dans le forum (interne) « Bulletin public », mais un élève de terminale relève que personne ne s’y trompe : « C’est comme dans Beaumarchais, une expression libre avec des censeurs pour veiller dessus. » Côté profs, on « s’entreforme », parfois aidés par les élèves : « J’aime bien quand un prof range son orgueil et me demande de lui montrer comment j’ai fait telle ou telle manip’ »

1er août-11 octobre 2001, Nagoya et Tokyo.

1 Cf. http://www.cp-tel.net/miller/BilLee/quotes/Balzac.html

Alta Vista est le nom d’un « moteur de recherche », comme nous l’avons déjà décrit, mais il offre aussi depuis moins de deux ans la possibilité d’obtenir une traduction automatique des documents trouvés par le moteur. Voir les informations détaillées sur cette fonction sur le site d’Alta Vista. D’autres moteurs de recherche et d’autres sites proposent également de la traduction automatique de documents, il y a un important marché mondial lié bien sûr aux échanges commerciaux, mais aussi aux relations culturelles, aux relations des institutions et collectivités de tous ordres, au tourisme, etc. L’émulation produite par cette concurrence est la meilleure garantie de prochaines améliorations dans la qualité des traducteurs automatiques – même si l’on est en droit de leur imaginer des limites.

2 « La solitude est certainement une belle chose ; mais il y a plaisir d’avoir quelqu’un qui sçache respondre, à qui on puisse dire de temps en temps, que c’est une belle chose ! » (Guez de Balzac, Dissertation XVIII, publié par Valentin Conrart en 1665, texte daté de 1654 – on est loin de l’Honoré prévu… Il faut se méfier de tout dans l’internet !)

Cf. http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n087446.htm

3 Citation introuvable…

4 H. de Balzac, Splendeurs et Misères des courtisanes (édition Pléiade, vol. VI, p. 644). On constate que la traduction automatique est plus proche du texte anglais que ce texte anglais ne l’était de l’original…

5 «  » (Honoré de Balzac, La Muse du département)

Cf. http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?E=0&O=n101417.htm

6 H. de Balzac, Physiologie du mariage (coll. Pléiade, vol. XI, p. 960).

7 H. de Balzac, Avant-propos de la Comédie humaine.

8 H. de Balzac, Le Lys dans la vallée (coll. Pléiade, vol. IX, p. 1096).

9 H. de Balzac, Autre Étude de femme, in Études de mœurs ; la traduction anglaise est généralisante (one always cheats) alors que le texte de Balzac désignait un personnage précis dans un dialogue…

Cf. http://gallica.bnf.fr/Fonds_Frantext/T0101271.htm

10 Ici, la machine s’est efforcée de traduire en français une phrase qui lui était donnée… en français, dans la page web en anglais. Chaque mot est donc considéré en tant que mot anglais et le résultat est étonnant et presque poétique…

11 H. de Balzac, Le Père Goriot (coll. Pléiade, vol. III, p. 146). Ici encore le texte anglais était plus éloigné de l’original que la traduction automatique ne l’est de l’anglais. Après avoir recherché cette citation sans succès avec les mots-clé « fortune », « cache », « crime » dans la concordance balzacienne d’Étienne Brunet à l’Université de Nice et dans le site Gallica, j’ai essayé avec les formes au pluriel et n’ai trouvé que cette citation… qui a dû être simplifiée, lapidarisée, dans des listes de citations.

Concordance de Balzac : http://lolita.unice.fr/~brunet/BALZAC/balzac.htm

12 H. de Balzac, Le Cousin Pons (coll. Pléiade, vol. VII, p. 498).

13 E. A. Poe, The Island of the Fay, 1841.

Cf. http://www.kingkong.demon.co.uk/gsr/island.htm

14 Anne Martin-Fugier, op. cit., p. 174.

15 À ce sujet, il est intéressant d’aller dans un marché au livre d’occasion ou chez les bouquinistes des quais de Paris, et d’écouter les dialogues relatifs aux appellations contenues dans les vieux livres – (pas toujours) inconsciente, une petite forme de nostalgie chauvine point sous la curiosité. Ainsi, entendu en l’an 2000, le « Dahomey serait un meilleur nom que le Bénin », « l’occupation américaine aurait perverti Saint-Domingue », etc. Cela se dit vraiment en France, de nos jours ! Se le cacher serait nier la dimension foncièrement moisie que dénonçait Sollers il y a peu – la réaction n’avait d’ailleurs pas traîné…

16 http://www.diplomatie.gouv.fr/francophonie/index.html

17 Voir l’historique complet de l’aventure des six mois de TV5 au Japon, de l’incompétence caractérisée d’un stock de dirigeants, d’une Ambassade roulée dans la farine sur le forum de cybercontestation : http://www.france-japon.net/new

18 Cf. http://www.sommet2001.org/sommet2001/som6.html

19 Cf. par exemple les sections Bookmarks et NTIC des Actus de l’Institut Panos :

http://www.panos.sn/actus/index.html

20 Texte publié dans le Journal de Genève le 4 juillet 1914 et extrait du recueil Au-dessus de la Mêlée. Disponible sur le site internet de la Revue des ressources, à l’adresse :

http://www.ressources.org/Revue/Restitution/Rolland.htm

21 Citée par Anne Martin-Fugier, op. cit., p. 167. Idem pour la citation suivante.

22 Historien, géographe, philosophe, anarchiste, Élisée Reclus (1830-1905), exilé en 1851 du fait de son républicanisme, plus tard député de la Commune de Paris et banni de France, a écrit de nombreux ouvrages de géographie, d’histoire, de politique, etc. Son court ouvrage intitulé Les Voies de communication (1869) est disponible en ligne, parmi beaucoup d’autres. Cf. sur le serveur Gallica.

23 Lire « on se pâme », en diffusant un message en grande quantité (to spam), ou « on me sape », en m’aliénant, en me rendant passif, etc.

24 Phrases attribuées à Élisée Reclus (in « Une vie une œuvre », émission de France-Culture, réalisée par Marie-Christine Navarro, sept. 1998).

25 Mona Chollet, « Houellebecq, l’as du patin à glace », Périphéries, septembre 2001. En ligne à l’adresse : www.peripheries.net/e-houel.htm

26 Cf. Homère, L’Odyssée, XII,69-72.

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