Piédestal… de papier

lundi 26 octobre 2009, à 23:43 par Berlol – Enregistrer & partager

« Depuis longtemps déjà, la littérature est dans l’internet, et même la création littéraire. Ne vous déplaise. Ce sont de vieilles habitudes qui font que les gens ne l’y voient pas ou ne veulent pas l’y voir. Idem pour certains « écrivains » qui ont l’impression de déchoir de leur piédestal… de papier.
Pour autant, ce n’est pas tout l’un ou tout l’autre : les deux me conviennent ; c’est selon la situation, le lieu, l’humeur. J’AI LE CHOIX.
Ceci ne tuera pas cela. Ceux qui le croient sont de naïfs nostalgiques qui serviront, hélas, de chair à canon pour les gros éditeurs bientôt retranchés dans leur fatale tour de carton…
», écrivais-je tout à l’heure à la suite de quelques commentaires d’un statut Facebook de François Bon.
Il ne sera pas indifférent de savoir que ce statut portait sur la mise en ligne gratuite, la énième de sa part, d’un texte de Balzac, Le Chef-d’œuvre inconnu. Ni de savoir que la précision de ma plume électronique était réglée pour répondre à des commentaires du type « le livre numérique, moi, jamais ! », et que c’était quelques heures après que François avait twitté « marrant, gens qui viennent s’exprimer sur ma page face book pour protester contre l’existence du livre numérique, allez zou, balai » — apparemment, il en restait, qui finissent par se déclarer…
Maintenant que le mouvement littéraire numérique (MouLiN) tourne et qu’il prend de la vitesse, de la puissance, et qu’en face de lui les gros éditeurs qui aiment la galette aiguisent leur Hadopi 2 pour aller buter les scanneurs jusque dans les chiottes, je pense qu’il y aura de plus en plus d’escarmouches de ce genre ; d’autant plus si une personne bien identifiée peut servir de cible. Nous devrions donc être plus nombreux à mettre en ligne des textes, gratuitement ou non (je crois avoir déjà donné, et j’en redonnerai), afin de rendre flous les tirs, qu’ils se perdent dans une forêt de textes virtuels ayant en outre l’avantage de ne plus déranger les vraies forêts.

Il pleut sur Tokyo, depuis hier, toute la nuit et toute la journée. Une queue de typhon, sans vitesse, enlisée dans la baie et qui n’en finit plus de se vider. Cela ne nous a pas empêché d’aller déjeuner au Loisir, un bon petit restaurant français de Kagurazaka, où T. a pris du veau ravigote et du chevreuil en sauce tandis que je m’enfilai des rillettes et du gigot d’agneau. Et ce soir, nous avons regardé Changeling (Eastwood, 2008) en dînant d’un nabé au miso et au poulet que T. a préparé en un tour de main.
Dans l’après-midi, j’ai amélioré quelques notices bibliographiques du PPE (pour Para-Post-Exotisme), qui est encore un site fermé. Et j’ai sérendipitamment, alors que je cherchais à mieux connecter les Flux Litor de Netvibes aux statuts Facebook d’Hubert de Phalèse, découvert un module Netvibes permettant d’interroger directement Gallica. Ce que je fis de suite avec notre Balzac du jour. Et ça marche ! — Oui, mais qu’il y a des textes de Balzac dans Gallica, ça, on le savait déjà, me direz-vous. — Certes. Mais saviez-vous qu’il y a maintenant, pour un grand nombre de textes, un mode « texte brut » (OCR sans correction) avec « lecture », et une voix de synthèse presque humaine ? Eh bien voilà, c’est ici, par exemple.
À moins que vous ne préfériez l’Éducation sentimentale
Et saviez-vous qu’il y a aussi des livres d’aujourd’hui, dans Gallica ? Par exemple, si vous voulez vérifier les comptes de la sécurité sociale… C’est possible ! Ou si vous êtes plus Bling Bling

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Publié dans le JLR

12 commentaires

  1. PhA

    Merci pour ces liens. (« Ecouté » l’Education sentimentale, ça fait tout bizarre…)

  2. vinteix

    Salut,
    une petite remarque, ou plutôt un témoignage par rapport au début. Je t’ai bien lu (« Ce n’est pas tout l’un ou tout l’autre… j’ai le choix ») et suis bien d’accord avec toi, mais en partie seulement.

    Car pour l’instant en tout cas, le monde change vite, mais en même temps pas si vite que cela ; et même si il y a en effet beaucoup de littérature sur le net, et de plus en plus, malgré tout, au final, pour l’instant en tout cas et pour moi (et je dis bien « pour moi », étant bien conscient que la lecture est chose éminemment subjective), je n’y trouve qu’en petite quantité ma nourriture… Connecté malgré tout sur le net plusieurs heures par jour, j’y lis certes beaucoup d’articles, de compte-rendus, y trouve d’innombrables pistes, y découvre quantité de choses (mais qui la plupart du temps me renvoient encore au livre-papier)…

    ainsi, si je prends ce que l’on appelle traditionnellement « ouvrages », disons plutôt textes au sens d’un réel travail d’écriture abouti (qui demande du temps et du travail, comme tout oeuvre) et qui est bien ce que l’on appelle littérature (et non des compte-rendus ou notules), et qui constitue « the main dish », la part essentielle et la plus roborative de ces nourritures spirituelles… alors, c’est assez clair pour moi, étant donné que je tiens depuis des années un cahier de toutes mes lectures de textes (hors articles)…

    si je prends l’année passée, 2008 : sur 74 textes (romans, recueils poétiques, essais philosophiques ou littéraires, etc.) lus cette année-là, je n’en trouve qu’un seul lu via le net (Balzac : « Une passion dans le désert »), et si je cherche les 73 autres sur le net, je n’en trouve que 4… ce qui fait au total 5 textes sur 74 intégralement disponibles sur le net (par ailleurs, je précise que la part des nouveaux textes, parus dans l’année ou récemment est infime). Si je tire donc un bilan, évidemment personnel et subjectif, de ce que m’offre le net, je reste encore largement sur ma faim…

    Tout ça pour dire que je ne le dénigre pas, bien au contraire… mais en vois en tout cas les limites (certaines) présentes et temporaires, qui seront bien entendu dépassées demain, mais pour l’heure… En tout cas, je ne pense pas que dénigrer l’édition traditionnelle (en particulier si je pense à tant de petites maisons encore attachées au livre à l’ancienne) soit la manière façon de défendre le net (même si j’entends bien que tu faisais aussi allusion à des propos sans doute hermétiques ou réfractaires, ce qui n’est pas mon cas).

    Personnellement, je crois comme Blanchot ou Borges que le livre existera toujours.

    Propos évidemment subjectifs, et tenus par quelqu’un de pas foncièrement passéiste ou conservateur…

    Amicalement

  3. JS

    C’est très bon « le MouLiN » !

  4. vinteix

    Au final donc, et pour l’heure, moi aussi, j’ai le choix… mais personnellement, ce n’est nullement question de situation, de lieu ou d’humeur… mais de textes disponibles.

  5. Berlol

    Merci, JS. C’est venu comme ça…
    Oui, Vinteix (et salut à toi !), en effet, tout dépend de ce que tu veux. Comme tu l’as sans doute compris, il était avant tout question ici de critiquer des positions idéologiques a priori (donc indépendamment des disponibilités en textes numériques). Tu cherches quoi, par exemple ? (on ne sait jamais, vu qu’on est pas mal à scanner des tas de trucs secrètement dans nos cuisines…)

  6. vinteix

    … et donc un choix très limité (pour moi).

  7. vinteix

    ce que je cherche ? infiniment de choses… sans trop savoir quoi non plus…
    Mais comme il est tard, à tout hasard, je ferai une petite liste demain…
    Oyasumi.

  8. vinteix

    Salut,
    pour répondre à ta généreuse curiosité, si je regarde la liste (passée et lue) de 2008, s’y trouvent entre autres du Celan, Chazal, Hölderlin (O.C.), Sade, un Cixous, des Blanchot, 4 ou 5 Lacoue-Labarthe, P.Michon, G.Henein, Foucault, Lely, Hampâté Bâ, Lichtenberg, Meschonnic, etc.

    Maintenant, si je prends dans ma liste « à commander » : « Le Maître et Marguerite » (Boulgakov), « En un lieu de brûlure » (Stétié), « Blanche ou l’oubli » (Aragon), « Vocabulaire européen des philosophies » (B.Cassin), « La lampe d’Akutagawa » (J.J. Origas), « L’oeil de l’histoire » (Didi-Huberman), « Philippines » (Cixous), « Le Bruit du temps » (Mandelstam), « Poétiques de la voix » (D.Rabaté), « L’envers du visible » (M.Milner), C.L. Combet, L.P. Guigues, etc.

    Mais bon, j’arrête là… Sait-on jamais ; mais de toute façon, ce dont je parlais, c’était bien sûr de ce qui est à la disposition de tous dans le net, dans le domaine public – et pas dans le disque dur des « particuliers », amis ou pas… même si je ne doute pas qu’il y a d’excellentes cuisines secrètes…

    En tout cas, quant à mon expérience personnelle, je ne trouve que très peu (pour l’instant) les oeuvres que je recherche en priorité.
    Amicalement

  9. vinteix

    j’avais oublié d’ajouter… tout aussi personnel, et qui concerne les seuls essais (philo, litt.), que je les bourre systématiquement d’annotations et surlignages au crayon à papier (ce qui est plus délicat sur l’écran… et je me vois mal imprimer des textes de 300-400… pages). Mais là, c’est encore plus personnel / même si c’est une pratique très très répandue.

  10. Berlol

    Comme tu le sais, pour tout ce qui est sous droits, on ne peut rien pour toi… Ou alors, un échange de type privé (P2P)… Avis aux donateurs…
    Pour l’annotation, le sujet est bien sûr très sensible et nous (chercheurs, enseignants, amateurs appliqués, etc.) sommes tous en attente de la liseuse / tablette qui permettra l’annotation libre avec stylet (plutôt qu’avec clavier).

    Mais ne confondons pas l’océan aimé des livres existants, qui continueront d’exister, que nous continuerons de corner, annoter, griffonner en marge, etc., et la rivière naissante qui alimente notre MouLiN : la création littéraire. Par définition, ce sont des auteurs encore peu connus, qu’il faut découvrir, essayer, pour quelques pages ou quelques livres (d’où l’intérêt d’abonnements du type de celui de Publie.net). Je comprends que tu tiennes aux auteurs que tu cites, mais il faut bien te dire qu’ils ont commencé un jour, qu’un jour ils ont sorti leur premier livre, qu’alors personne ne les connaissait et qu’il y a eu des primo-lecteurs, qui ont eu d’un seul coup le choc de la découverte avec ces noms encore inconnus puis qui le devinrent. Ce sont ces chocs de découverte-là qui te sont proposés par la création actuelle, la déception et le temps perdu étant les risques à prendre…
    Ne demandons pas TOUT à l’ordinateur ou à l’internet, mais prenons ce qu’ils offrent en militant pour que ça se développe dans le sens de la création et de l’échange plutôt que dans celui de la monétisation des patrimoines morts ou des auteurs consacrés.

  11. vinteix

    Là, tes derniers propos nuançant pas mal l’intro de ton billet, je te rejoins tout à fait. Il y a beaucoup à découvrir en effet dans le net, en particulier du côté d’auteurs inconnus ou quasi… Mais j’aurais envie de dire qu’il en est de même dans le cas de l’édition papier… car je n’ai cité qu’au hasard certains noms de mes listes (et d’ailleurs, peu importe), mais qui lit L.P. Guigues ? ou Fardoulis-Lagrange (300 lecteurs selon son dernier éditeur, Corti) ? et tant d’autres, certes morts pour certains (mais morts ou vivants, ceci m’est tout à fait égal… par la création, aucun auteur n’est mort), d’autres bien vivants… aux oeuvres « ultra confidentielles » (avant, comme maintenant) …
    Ceci dit, même si elle n’est pas « consacrée » et reste largement méconnue, ils ont en effet déjà une oeuvre… alors que le net nous offre, c’est vrai, beaucoup de « nouveaux venus » ….et comme tu dis de rivières naissantes.
    pour l’heure, je vais prendre un bain.

  12. vinteix

    quant aux inconnus ou presque, passés ou vivants, j’ai aussi envie d’ajouter (pardon, quel bavard !) que pour ceux du passé (même très récent), ils ne peuvent plus rien par eux-mêmes, donc c’est aux autres d’oeuvrer pour leur oeuvre… tandis que les vivants ont encore des ressources par eux-mêmes et un avenir encore ouvert…