Le pseudonymat dans les blogs et les forums

samedi 3 novembre 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Non, je ne veux pas de laitue d’Ibaraki ! C’est dingue, ça ! Que ce soit dans les supermarchés de Nagoya ou de Tokyo, depuis trois semaines pas moyen d’avoir une salade qui ne vienne pas de cette province irradiée ! Et franchement, cette politique qui consiste à répandre sur tout le Japon l’ensemble des substances radioactives pour que tout le monde en ait un peu – noyer le poison – c’est le comble de l’ironie écologique.

Comme il arrive parfois quand on s’aperçoit que tout ce qui est familier a pris une coloration étrange, je sentais en moi monter une marrée de terreur. Tamara Katepelt ne bougeait plus, elle avait à la main une tige de fer et j’ignorais quelles étaient ses intentions à mon égard.1

Il y a deux semaines, en rangeant une pile de livres, je me suis aperçu que je n’avais pas lu Danse avec Nathan Golshem de Lutz Bassmann ! J’en avais bien lu quelques pages fin décembre, je l’avais cité, il m’accompagnait en France aux obsèques de mon père, et puis je suis passé à autre chose en l’oubliant tout à fait sur une table où d’autres livres sont venus le recouvrir. C’est comme retrouver une cachette de bonbons ou des billets laissés dans un portefeuille de voyage : une soudaine bouffée de joie. Et comme une victoire sur le temps qui a passé et dans lequel on reculerait soudain.

Malgré tout, après plusieurs séances de tabassage, et même si son imagination ne le laissait pas démuni, Nathan Golshem regretta d’avoir revendiqué ce statut de diseur public pour abuser les enquêteurs et ne rien leur dire en prenant la parole en permanence. Il s’apercevait que c’était un rôle difficile, plus complexe que ce qu’il avait pensé au début, quand, violemment extrait de la cellule 1286, il avait soudain décidé de ne pas rester bouche close. Cette personnalité d’emprunt, cette enveloppe, il s’en était emparé dans la précipitation, presque au hasard, et à présent il ne pouvait plus en changer, alors qu’elle ne lui paraissait pas très sympathique, et, en tout cas, pas assez sympathique pour qu’il se sentît heureux de mourir à l’intérieur.2

C’est aussi valable pour le pseudonymat dans les blogs et les forums de discussion…

La fraîcheur de l’automne descend progressivement sur nous. Toujours avec cette belle lumière de l’arrière-saison, qui fait que je ne regrette jamais de ne pas être en France d’octobre à décembre. Sans parler de ce que j’entends ces jours-ci du climat européen. Nord-américain a fortiori. Ironie encore, cette humanité qui scie consciencieusement sa branche : après le passage du frankenstorm Sandy, pas un mot des deux candidats à la Maison Blanche à propos du changement climatique – euphémisme bénin qui, s’il était admis par la classe politique, obligerait, plus encore que les crises bancaires ou financières, à revoir tout le mode de vie qui fait la fierté et même l’identité des classes dominantes.

Après un bombardement bactériologique effectué par erreur sur des cibles civiles, Liouba Dokhodiaga eut des problèmes pulmonaires qu’elle soigna mal. Elle aurait dû rester alitée, éviter tout effort et attendre chez elle que ses lésions cicatrisent, et, au lieu de cela, elle partait en exploration sur les bords de mer. On la voyait parcourir les anciens champs de bataille à la recherche de Dimitri Dokhodiaga, son petit-fils, qui avait été envoyé au déminage des plages situées entre Napoli et Amalfi.3

Une des rares fois où un auteur post-exotique nomme des lieux réels, des lieux véritables de notre monde. Mais pourquoi ceux-là précisément ? Est-ce parce qu’ils font partie de ceux qui sont considérés comme les plus beaux, les plus touristiques, les plus luxueux ? Est-ce parce qu’une certaine ville de cette côte – Pompei – a déjà subi un sort digne du post-exotisme ? Ou parce que Marguerite Duras adorait stupidement la chanson Capri, c’est fini ?

Notes ________________
  1. Lutz Bassmann, Danse avec Nathan Golshem, p. 33. []
  2. Ibid., p. 64. []
  3. Ibid., p. 58. []

Tags : ,

Publié dans le JLR

Un commentaire

  1. Burgrave des Chaussées

    Please, please, ooooooooooOOOHHH, pleaaaaaaaaaAAASEEE !!!!!!!! (´?` )