Sans garantie de qualité ni date de péremption

vendredi 28 février 2014, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Pendant que finit février
Je veux ces phrases ici vriller.

Où l’on reconnaît le burlesque qui pullule dans les Mazarinades (mettre « 2014-02-01 » dans le champ de Mise à jour de cette page pour voir la liste des 155 pièces validées ce mois-ci). Jusqu’au cou dedans plusieurs heures par jour, même si pas tous les jours, ça finit par déteindre. Et comme toutes les pièces burlesques, c’est sans garantie de qualité ni date de péremption…

Le dernier mois – et aujourd’hui le dernier jour – d’une année entière à avoir deux cours de littérature le vendredi à l’Institut français de Tokyo. En avril, je reviendrai au rythme d’un seul, ce qui, en sus des cours à la fac, est largement suffisant.
On a donc fini ce matin les États et Empires de la Lune – un peu en eau de boudin, tout comme le retour sur Terre un peu précipité, un peu escamoté du personnage de Cyrano de Bergerac. On imagine Cyrano pendant la Fronde ou un peu après, fatigué par les combats, par la nécessité de cacher son homosexualité, par les ennemis que lui ont attirés ses prises de positions, par les pages dans lesquelles est revendiqué le droit de discuter de l’existence de Dieu après celles, plus spirituelles, de l’infiniment petit…

« Car, dites-moi, je vous prie : est-il malaisé à croire qu’un pou prenne notre corps pour un monde, et que quand quelqu’un d’eux a voyagé depuis l’une de vos oreilles jusqu’à l’autre, ses compagnons disent de lui qu’il a voyagé aux deux bouts du monde, ou qu’il a couru de l’un à l’autre pôle ? Oui, sans doute, ce petit peuple prend votre poil pour les forêts de son pays, les pores pleins de pituite pour les fontaines, les bubes et les cirons pour des lacs et des étangs, les apostumes pour des mers, les fluxions pour des déluges ; et quand vous vous peignez en devant et en arrière, ils prennent cette agitation pour le flux et reflux de l’océan.
La démangeaison ne prouve-t-elle pas mon dire ? Ce ciron qui la produit, est-ce autre chose qu’un de ces petits animaux qui s’est dépris de la société civile pour s’établir tyran de son pays ? Si vous me demandez d’où vient qu’ils sont plus grands que ces autres petits imperceptibles, je vous demande pourquoi les éléphants sont plus grands que nous, et les Hibernois que les Espagnols ? Quant à cette ampoule et cette croûte dont vous ignorez la cause, il faut qu’elles arrivent, ou par la corruption des charognes de leurs ennemis que ces petits géants ont massacrés, ou que la peste produite par la nécessité des aliments dont les séditieux se sont gorgés ait laissé pourrir parmi la campagne des monceaux de cadavres ; ou que ce tyran, après avoir tout autour de soi chassé ses compagnons qui de leurs corps bouchaient les pores du nôtre, ait donné passage à la pituite, laquelle, étant extravasée hors la sphère de la circulation de notre sang, s’est corrompue. On me demandera peut-être pourquoi un ciron en produit cent autres ? Ce n’est pas chose malaisée à concevoir ; car, de même qu’une révolte en éveille une autre, ainsi ces petits peuples, poussés du mauvais exemple de leurs compagnons séditieux, aspirent chacun en particulier au commandement, allumant partout la guerre, le massacre et la faim. »

Et puis cet après-midi, deux bonnes heures avec Arsène Lupin gentleman cambrioleur. Deux nouvelles dans lesquelles Lupin est trompé (Le coffre-fort de Mme Imbert) ou décontenancé (La perle noire), comment il s’en sort avant de clore par la confrontation avec la version déjà caricaturale de Sherlock Holmes puisque le titre le met déjà en infériorité : Herlock Sholmes arrive trop tard. Trop tard pour faire bouger la hache, l’air et l’aile de « Thibermesnil » – et juste à temps pour récupérer sa montre que Lupin lui avait subtilisée. Ne restait plus à Maurice Leblanc qu’à ajouter ces passages liants du recueil (qui n’étaient pas dans les numéros de Je sais tout) pour que naisse un insubmersible personnage français, l’un des plus populaires du XXe siècle, et une œuvre incontestablement littéraire.

Galapagophone. Voilà comment on pourrait traduire galakei, le mot malicieux qu’ont inventé les Japonais pour nommer les téléphones portables d’avant les smartphones et iphones. Ça fait déjà plus d’un an qu’il  s’emploie couramment.
Ah… tu as encore un galakei !… Le mot est composé de gala, abréviation de Galapagos et de kei, abréviation de keitai denwa, téléphone portable. On pourra penser que tu n’es pas assez riche pour te payer le Graal du moment, ou pire : que tu n’en as pas compris l’utilité incontournable, donc que tu es un crétin totalement arriéré et définitivement infréquentable. D’où une perte d’amis et de contacts bien plus grave que celle des cheveux.
Nombre de sites et de blogs témoignent cependant d’une déception : l’iphone, tout pimpant et luxueux qu’il soit, ne rend pas heureux ceux qui continuent à avoir une vie de merde. Il y a des retours au galakei… que pour ma part je n’ai pas encore quitté.

Plus l’on battra des records – et je parle de taux de radio-activité, non pas de hauteur de saut à la perche – et plus l’on installera dans l’esprit des gens (du monde entier) qui ne veulent pas réfléchir (et il y en a dans le monde entier) que finalement tout ça n’est pas bien grave, que les niveaux maximaux précédents avaient été décidés par des couards doublés d’incompétents mais qu’en fait les gens d’aujourd’hui sont habitués à toutes sortes de prouesses et de sophistications, physiques comme technologiques, et supportent bien plus que ça, qu’ils peuvent même retourner vivre dans des zones contaminées pour y reprendre leur petit train-train – même pas peur ! La conclusion étant – et c’est le but ultime de la manœuvre – de faire penser que les anti-nucléaires seraient des rigolos et des allumés qui voudraient surtout nuire à ce beau pays qu’est le Japon, futur site olympique, ainsi qu’aux autres beaux pays très développés grâce à la manne atomique.

Le silence ne vient pas seulement de ne rien avoir à dire, mais aussi d’avoir compris que personne n’écoute.

Tags : , , ,

Publié dans le JLR

Un commentaire

  1. Dominique Meens

    La dernière phrase !
    Un écho chez P.O.L. Un témoignage ou bien : l’intervention de Bernard Noël, dans les derniers billets de l’atelier.
    http://www.pol-editeur.com/
    Salut et respect,
    D.M.