Si deux femmes mortes suffisent ou pas

samedi 14 octobre 2017, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Ça m’embêtait l’autre jour de voir Sandrine Rousseau et Christine Angot se blesser mutuellement à propos du viol et des violences sexuelles (ONPC du 30/09). Ce qui est pire, c’est que pendant cet étripage médiatique, les Inrocks s’apprêtaient gaillardement à publier Cantat, avec sa photo en couverture et une nouvelle mouture de son malaise de petit artiste maudit. En réponse, je me suis désabonné du fil Twitter des Inrocks, idem sur Facebook. Avant de savoir si le magazine va assumer ou s’excuser, ou si deux femmes mortes suffisent ou pas. Je n’aimais pas le sens de « soyons désinvoltes », dans les années 90 ; depuis la mort de Marie Trintignant, je sais pourquoi. Qu’il ait payé sa dette à la société, comme l’affirment les adeptes de la baffe-qui-n’est-pas-grave-même-quand-la-tête-finit-sur-un-radiateur (ou une marche en béton, ou je ne sais quoi d’accidentellement mortel), ce n’est pas mon problème. Mon problème, c’est que quelqu’un a tué la Mona de Série Noire (Corneau, 1979), alias Marie Trintignant de 16 ans et personnage déjà victime de violences sexuelles et de viols, et que ça, ça ne se pardonne pas, ne se paye pas, ne se monnaie pas. Il faut disparaître, payer sa dette peut-être ET disparaître dans l’anonymat.

Mona

Dans la même semaine, voilà le scandale Weinstein – qui n’étonne personne, dirait-on. Ce qui m’étonne, n’étonne que moi peut-être, c’est que les gens de ce milieu, le cinéma, hommes et femmes confondus (drôle d’expression, au passage), les professionnels de la profession et des professions avoisinantes (au moins une cinquantaine) aient réussi à se taire ou à se faire taire les uns les autres, et les unes les autres aussi, depuis tant et tant d’années. C’est plutôt ça, le mystère. Comment ça tient encore, ce milieu ? Alors que la dénonciation – même inaudible – commence dans les années 40 ! Sans doute, et dans l’ordre, à coup de menaces verbales, de pognon versé et de violences physiques : la terreur, l’indemnisation (une sorte de…) et les sévices. Jusqu’à l’élimination, au besoin. En fait, c’est exactement ce qu’on voit dans beaucoup de films d’Hollywood (et d’ailleurs). Alors, invagination par la demande ou mise en abyme ?
J’avais beaucoup apprécié la série Ray Donovan, du nom d’un nettoyeur d’Hollywood lui-même abusé dans son enfance, un de ces Héraclès fêlés commis au nettoyage des danaïdesques écuries des Augias du cinéma, de la musique, de la politique, de l’Église et des familles – autant dire tous les milieux.
Mais alors, dans le cinéma, c’est le pompon ! Le lieu de rencontre des trois extrêmes : un, la puissance des financiers, des réalisateurs et des directeurs de casting (je laisse tout ça au masculin), deux, le désir de séduction et de réussite des acteurs et des actrices, ou a minima, le travail exacerbé de leur image, et trois, les fantasmes des millions de spectateurs et de spectatrices qui, pour beaucoup, se consolent de leur médiocrité (au sens étymologique) dans le spectacle de la beauté, de la séduction, des passions et des transgressions – surtout des transgressions. Ce cocktail n’est pas servi dans les autres milieux, ou bien à petites doses : dans la politique, dans la chanson…
La question du jour, c’est de savoir si la chute de Weinstein sera un fusible ou le premier des dominos.

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Publié dans le JLR


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