Toujours avec plaisir et dévotion

mardi 23 septembre 2008, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Jour férié au Japon, équinoxe d’automne. Tous les voisins se pavanent sur les terrasses, des enfants braillent, la Kagurazaka est fermée à la population automobile. Et le Saint-Martin rouvre, les poulets redorent et les frites retournent dans l’huile pour notre plus grand plaisir.
Ça résume assez bien la matinée, sauf que j’ai aussi lu le compte rendu sur Sollers et Bergounioux chez Bourdais… C’est humain d’opposer des auteurs, je suis le premier à le faire, et en plus, là, c’est assez facile. Mais Jean-Claude reconnaît aussi des qualités à Sollers. Il lui resterait juste à trouver quelques défauts à Bergounioux. Ça qui va être difficile !…

Avant de partir, valise prête dans l’entrée, je m’allonge un quart d’heure sur le lit à côté de T. qui lit Vingt Ans après à haute voix, le chapitre des déboires et récréations du duc de Beaufort emprisonné à Vincennes. Un pur moment de rock’n roll, même si je m’endors avant la mort du chien Pistache — que je retrouve ici ce soir1
Dehors, dans le doux soleil, je repense à la peau bellement bronzée de Yukie après sa dizaine de jours en Corse, au documentaire de Thalassa vu dimanche soir sur l’amiante toujours à l’air libre dans le Cap Corse, que j’aimerais bien y retourner moi aussi et qu’un cancer dans quarante ans ne me fait pas peur (il y a tellement de chances qu’autre chose m’emporte d’ici là).
Puis dans le train, c’est Feu l’artifice, suite, en me souvenant que nous étions allés tous les trois, T., Christophe et moi, il doit y avoir dix ans, pique-niquer dans la forêt de Fontainebleau (qui intitule cette page) avant d’entrer par hasard, ayant vu le panneau sur la route, dans cette Poterie de la Genevraye où nous avions acheté trois magnifiques bols d’influence japonaise que j’utilise toujours avec plaisir et dévotion.

« De plus en plus faiblement auréolés du souvenir des galaxies, et une fois dépassé l’écran ouaté des derniers nuages, on aperçoit tout d’abord la cime des plus grands arbres… on s’en approche ensuite jusqu’à pouvoir toucher du bout de l’ongle les feuilles les plus hautes… et l’on prend encore le loisir d’inventorier ce que l’on peut d’ores et déjà saisir de la terre ferme à travers le voile mouvant de la frondaison. Aperçu brièvement entre deux mouvements de branches qui s’étreignent sous l’action du vent, le toupet bondissant d’un jogger qui passe. En gros plan, la patte droite avant dressée d’un écureuil qui, vite, rebrousse chemin. Et, sous l’obstruction du vert poussif de la fin d’été, du brun terreux, le grisé d’un rocher deviné sous le roux, précoce, d’autres feuilles, d’une autre famille d’arbres, prématurément tombées.» (Christophe Chazelas, Feu l’artifice, p. 96)

Écho(s) du débat sur Dazaï et la traduction que j’ai transporté, qu’on m’en pardonne, chez Didier da Silva.

Vraie envie de pouvoir utiliser cette excellente phrase d’Éric Chevillard : « Son roman a fait grand bruit en dévalant le toboggan de mon vide-ordures.» Mais je lis si peu (lentement) et je trie si bien à l’avance, que c’est bien rare. Le dernier, je crois, duquel j’aurais pu dire ça, ça devait être un précédent livre de Jean-Paul Dubois, Une Vie française, pourtant chaudement recommandé partout, à l’époque…

Ah, j’allais oublier. Ce soir ou jamais d’hier, c’était pas mal. Balasko, Baye, Berling, et al., sur la prostitution. C’est pas qu’on apprenne des choses sur la chose, mais c’est une causerie détendue, que(ue) même Jean-Marie Rouart n’arrive pas à m’énerver.

Notes ________________
  1. « Et maintenant, attention, reprit le duc en baissant la canne presque au niveau de terre, Pistache, mon ami, sautez pour l’illustrissimo facchino Mazarini di Piscina.
    Le chien tourna le derrière à la canne.
    – Eh bien ! qu’est-ce que cela ? dit M. de Beaufort en décrivant un demi-cercle de la queue à la tête de l’animal, et en lui présentant de nouveau la canne, sautez donc, monsieur Pistache.
    Mais Pistache, comme la première fois, fit un demi-tour sur lui-même et présenta le derrière à la canne.
    M. de Beaufort fit la même évolution et répéta la même phrase, mais cette fois la patience de Pistache était à bout ; il se jeta avec fureur sur la canne, l’arracha des mains du prince et la brisa entre ses dents.
    M. de Beaufort lui prit les deux morceaux de la gueule, et, avec un grand sérieux, les rendit à M. de Chavigny en lui faisant force excuses et en lui disant que la soirée était finie ; mais que s’il voulait bien dans trois mois assister à une autre séance, Pistache aurait appris de nouveaux tours.
    Trois jours après, Pistache était empoisonné.» []

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Publié dans le JLR

9 commentaires

  1. Philippe De Jonckheere

    Pourtant il en a des défauts Bergounioux, par exemple, on ne peut pas dire qu’il soit très tolérant de son prochain, si facilement conspué.

    Du coup je n’arrive pas à savoir si c’est plus difficile ou facile de trouver des défauts à Bergounioux que de trouver des qualités à Sollers.

    Amicalement

    Phil

  2. christine

    pour lui trouver un autre défaut, je le trouve aussi un peu « juché » Bergounioux (pour reprendre un terme récemment utilisé ici qui m’avait bien plu) … quand il parle, pas quand il écrit

    merci pour la fonction prévisualiser nos commentaires (très perfectionnée en plus, en temps réel et tout … je n’avais jamais vu ça encore : si tu promets de ne pas (comme d’aucun) publier tes commentateurs à l’insu de leur plein gré je vais venir plus souvent encore juste pour le fun) !
    pour les notes en bas de billet je suis moins convaincue de l’utilité (et puis, surtout en italique, elles sont limite lisibles)

  3. Berlol

    Je promets qu’en cas de bénéfices, les commentateurs identifiables seront rémunérés au pro-rata de leur participation (un algorithme secret tenant compte de la quantité, de la qualité et des effets perlocutoires est en préparation), les bénéfices restants allant à l’érection, sous l’Arc de Triomphe, d’une statue du blogueur-commentateur inconnu.
    Pour les notes, faut que je trouve où modifier la taille de la police…
    [MaJ : ça y est, c’était dans les options, j’ai mis la taille à 0.9 au lieu de 0.8 et c’est plus lisible… Ceci dit, j’ai un peu abusé, c’est plutôt destiné à des références qu’à des citations.
    À noter : on peut aussi voir le contenu de la note en passant la souris sur l’appel de note sans cliquer, mais c’est sans mise en forme.]

  4. christine

    quelle réactivité !
    l’érection d’une statue, c’est pour te venger d’avoir été traité de pilier du web ?

  5. brigetoun

    pilier du web, statue, sans doute, mais aussi pourvoyeur (merci pour le site Dumas, je vais faire un tour dans Ange Pitou)
    Pour les jugements à l’emporte pièce de Bergounioux, finalement ils lui donnent un petit air vieil oncle bougon (hum pas oncle et plus jeune que moi) – d’autant que quelques lignes plus loin la sensibilité revient.
    Dans la vie je ne peux savoir, je pense que je serais terrorisée, mais cela m’arrive souvent

  6. ms

    je ne vois que des qualités chez Bergounioux, vraiment rien à lui reprocher pour ma part, d’ailleurs je l’écoutais encore hier soir et avant-hier soir avec délices dans la redif du « Bouvard et Pécuchet veulent écrire un livre » de Surpris par la nuit

  7. Berlol

    Ah oui, ça c’était (et ça reste) une très grande émission ! Je l’ai écoutée plusieurs fois quand je préparais un cours sur Bovary. Juste pour me mettre dans le canapé flaubertible…

  8. benjamin

    Quant à Bergounioux — j’en ai parlé avec pas mal de gens, je suis à peu près le seul à penser ça, mais je le pense quand même, alors je le dis : quand il sort son grand numéro de misanthrope (ou de « vieil oncle bougon », c’est vrai, c’est bien vu brigetoun), moi j’ai toujours l’impression qu’il en rajoute, qu’il joue en fait. Je me délecte souvent à imaginer son petit sourire — oh, presque rien, peut-être invisible à lui-même —, au moment de broyer du noir. Il n’y croit pas en fait : c’est un clown, Bergounioux, chaque fois que je l’ai vu « en vrai » je l’ai trouvé très drôle, c’est une bête de scène il faut dire. Ou bien même il fait semblant d’y croire, il se prend à son propre jeu — mais moi je sais bien, j’ai compris. Et c’est comme ça que je l’aime, comme ça aussi que je lui pardonne quand il fait semblant de ne pas « tolérer son prochain ». Le vieil oncle bougon, c’est ça, mais qui éclate d’un grand rire après le repas (hors livre donc, du moins en apparence), ou peut-être même pas : juste un clin d’œil au neveu qui l’a compris. J’aime bien les clins d’œil que (je m’imagine que) Bergounioux m’envoie quand je le lis. Sans le savoir, peut-être.

    Fin de la parenthèse, ce n’est pas du tout de Bergou que je voulais parler en commentaire, je (il) m’égare. Je reviens sur ton idée de l’avant-dernier paragraphe : on trie avant lecture, et finalement il n’y a pas, ou très peu, de déchet. C’est aussi l’impression que j’ai, depuis un certain temps (idem pour l’achat des disques) : au fond on sait ce qu’on va lire par avance, ou plus exactement par avance on sait si ça va valoir le coup. (Et puis, franchement, à feuilleter un bouquin deux minutes en librairie, on voit assez vite si ça « tient » ou non, du côté de la langue — c’est pour moi critère essentiel.) Le contre-coup, si je peux dire, de cette « sûreté » dans l’achat, c’est qu’on prend peut-être moins de risque. Et puis on va « laisser passer des trucs », « rater une actu » : ça c’est la hantise de la critique journalistique, mais pas seulement, plein d’amis me disent pareils. Je me demande parfois pourquoi je ne suis pas affecté par cette hantise, et puis savoir si c’est « bien », ou « mal »…

  9. Berlol

    Ah, on l’aime son vieil oncle dont on connaît par cœur les défauts !…

    Pour ce qui est de « rater une actu », j’en connais qui ont tellement cette hantise qu’ils préfèrent ne rien lire qui date de moins de cinquante ou cent ans… (et avec un de ces mépris pour tout ce qui sort !)
    Comme ça au moins pas de déception, pas de prise de risque, que du garanti par le tri du temps.