N’aborder qu’obliquement

mardi 21 avril 2009, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Dans le train, essai de prospective thématique et structurelle avec Le Chercheur d’or. Par exemple, rassembler des citations attestant d’une symétrie ontologique, qui consiste à construire et accumuler tout une partie de sa vie pour ensuite détruire l’acquis et des restes se dépouiller, jusqu’à se retrouver sans rien pour mourir à l’endroit même où l’on est né. Ça ne vous rappelle rien ? Sans le décor mauricien, les insolations et le racisme quasi esclavagiste, on dirait bien le Bartlebooth de Perec (La Vie mode d’emploi, 1978)… Non que Le Clézio ait copié Perec. D’ailleurs, comment le copier ? Mais l’idée de symétrie ontologique est tellement séduisante ! Tiens, il y a peut-être des antécédents. Si mes honorables lecteurs veulent bien fouiller leur mémoire.

Ai reçu un carton de dévédés commandés la semaine dernière par Amazon Japon. Super rapide. Que des récentes éditions japonaises de films français (Truffaut, Kieslowski, Rivette, etc.), à l’exception d’un film américain, House of Bamboo (Samuel Fuller, 1955), que je regarderai ce soir et qui ne me laissera sans doute pas un souvenir impérissable — sinon d’étonnants plans tournés dans le Tokyo d’alors, trois ans avant ceux de Resnais à Hiroshima, pour avoir une base de comparaison.

Cours de conversation où, grâce aussi au blog des cours, on dégage les cinq ou six sujets qui feront le semestre. Je commence par l’immigration, sujet que je peux n’aborder qu’obliquement (puisqu’une de nos collègues en traite dans son séminaire de sociologie) en m’attachant surtout au vocabulaire et à la prononciation (ne pas confondre « immi- » et « émi- », ne pas mélanger immigrés réguliers, clandestins et Français issus de l’immigration — ce qui fait d’ailleurs de moi ici un double immigré, de France, et issu d’Espagnols.
Ça m’a fait réfléchir. Souvenir (dans ma soirée sans connexion).

« Il arrive aussi que des philosophes français importent l’arme ou lui impriment un brevet national quand ils ont les mêmes ennemis, des « ennemis de l’intérieur ». On pourrait en donner bien des exemples. Cette panoplie d’enfant ne comporte qu’un seul et pauvre dispositif polémique. Son mécanisme se réduit à peu près à ceci : « Ah ! vous vous posez des questions au sujet de la vérité, eh bien, dans cette mesure même, vous ne croyez pas encore à la vérité, vous contestez la possibilité de la vérité. Comment voulez-vous, dès lors, qu’on prenne au sérieux os énoncés quand ils prétendent à quelque vérité, à commencer par vos prétendues questions? Ce que vous dites n’est pas vrai puisque vous questionnez la vérité, allons, vous êtes un sceptique, un relativiste, un nihiliste, vous n’êtes pas un philosophe sérieux ! Si vous continuez, on vous mettra dans un département de rhétorique ou de littérature. La condamnation ou l’exil pourraient être plus graves si vous insistez, on vous enfermerait dans le département de sophistique, car, en vérité, ce que vous faites relève du sophisme, ce n’est jamais loin du mensonge, du parjure ou du faux témoignage. Vous ne pensez pas ce que vous dites, vous voulez nous égarer. Et voilà maintenant que pour nous émouvoir et nous gagner à votre cause, vous jouez la carte de l’exilé ou du travailleur immigré, voilà que vous alléguez, en français, que le français vous a toujours été langue étrangère ! Allons donc, si c’était vrai, vous ne sauriez même pas le dire, vous ne sauriez si bien dire ! »
(Je te fais remarquer un premier glissement: je n’ai jamais parlé, jusqu’ici, de « langue étrangère ».
En disant que la seule langue que je parle n’est pas la mienne, je n’ai pas dit qu’elle me fût étrangère. Nuance. Ce n’est pas tout à fait la même chose, nous y viendrons.)
Que cette scène soit vieille comme le monde, en tout cas comme la philosophie, voilà qui ne gêne pas les procureurs. On en conclura par euphémisme qu’ils ont la mémoire courte. Ils manquent d’entraînement.» (Jacques Derrida, Le Monolinguisme de l’autre, ou la prothèse d’origine, Paris : Éditions Galilée, 1996, p.17-18)

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Publié dans le JLR

6 commentaires

  1. Philippe De Jonckheere

    Kieslowski, j’aurais plutôt tendance à le classer dans les cinéastes polonais et non français, mais qui suis-je pour être pareillement tatillon avec les infimes marques de désordre chez mon prochain?

    Amicalement

    Phil

  2. Berlol

    Comme cinéaste, oui, je suis bien d’accord avec toi. Pour les films reçus, « Trois Couleurs », il se trouve qu’ils sont franco-polono-suisses, ce qui fait que je n’ai pas tout à fait tort…
    Ce qui n’empêche pas un certain désordre chez moi, notamment repérable aux retards et aux trous dans mon remplissage du calendrier.
    Bien à toi.

  3. Philippe De Jonckheere

    Dans les trois couleurs, j’ai quand même souvenir que « Blanc » est pour une très grande part tourné en Pologne, je n’ai pas vu « rouge » et « bleu » ne m’a pas passionné.

    Tu avais quand même compris que j’étais taquin même en l’absence de représentations de sourires schématiques obtenus par la juxtposition de signes de ponctuation?

    Amicalement

    Phil

  4. Berlol

    Tu sais, quand je pense à toi, je ne te vois pas sans ce petit sourire taquin. Même si tu fronces les sourcils.
    Tu m’engueulerais que je n’y croirais pas…

  5. F

    hou la, ça vois que tu le connais pas – dans ce cas là, d’abord, il se tait… et suffit de le faire bien monter au rideau sur quelque chose qu’il n’aime pas : « pourquoi tu passes pas en spip 2.0 » « pourquoi tu mets pas de commentaires » « elle est où l’entrée quand on est sur la page d’accueil », tout ça, tout ça… (parlons tranquille, il a 1 tera de photos de Cévennes à classer penser ranger – mais y a pas beaucoup de gars qu’on peut aimer comme ça et qui en donnent autant, même quand ils sont pas d’accord!

  6. Philippe De Jonckheere

    “pourquoi tu passes pas en spip 2.0?

    __ Je n’en ai pas besoin. Pas plus que d’un téléphone portable.

    “pourquoi tu mets pas de commentaires”

    __ no comment.

    “elle est où l’entrée quand on est sur la page d’accueil”

    __ Comme dirait ma petite Adèle, « pour trouver il faut chercher »

    Ce n’est pas un téra, mais 100 gigas, soit dix fois moins. Tu exagères toujours, ceci dit c’est déjà beaucoup, même si j’en ai déjà passé la moitié par dessus bord.

    J’aime bien les amis comme Berlol qui ne se laissent pas du tout impressionner par mon froncement de sourcil brejnévien

    Amicalement à tous les deux.

    Phil