Bouquet pour égayer la croisée

dimanche 10 octobre 2010, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Au train où vont les choses, et j’en suis désolé pour ceux qui s’intéressent encore à ma production, il pouvait bien se passer un mois avant que je réussisse à poster quelque chose…
Et puis voici que vos fils RSS se mettent à gigoter.
Transmettant cette d’abord étique notule.
N’étaient ces textes dont la superbe et le génie mettent en marche mes petits doigts sur le clavier.
On est toujours comme une midinette qui veut faire partager son disque coup de cœur, montrer sa dernière paire d’escarpins. Et faire un bouquet pour égayer la croisée.

Sauf que ce sont des livres.
On enrage de voir qu’ils sont si peu lus, ou si mal lus. Alors que tant de pisse-copie engraissent en racolant dans les kiosques, les hypers et les feuilles à gros tirage.

« Je l’ai dit plus haut : pour avoir découvert le monde à travers le langage, je pris longtemps le langage pour le monde. Exister, c’était posséder une appellation contrôlée, quelque part sur les Tables infinies du Verbe ; écrire c’était y graver des êtres neufs ou — ce fut ma plus tenace illusion — prendre les choses, vivantes, au piège des phrases : si je combinais les mots ingénieusement, l’objet s’empêtrait dans les signes, je le tenais. Je commençais, au Luxembourg, par me fasciner sur un brillant simulacre de platane : je ne l’observais pas, tout au contraire, je faisais confiance au vide, j’attendais ; au bout d’un moment, son vrai feuillage surgissait sous l’aspect d’un simple adjectif ou, quelquefois, de toute une proposition : j’avais enrichi l’univers d’une frissonnante verdure. Jamais je n’ai déposé mes trouvailles sur le papier : elles s’accumulaient, pensai-je, dans ma mémoire. » (Jean-Paul Sartre, Les Mots, folio n°607, p. 149)

des guirlandes de fenêtre à fenêtre — car notre meilleure lecture, c’est celle qui vague —

« Quand il avait du papier et de quoi écrire, ce qui n’était pas toujours le cas dans certaines prisons où on le transférait, il constituait des listes de vocables imaginaires, par exemple des noms de végétaux, des noms de peuples pourchassés ou exterminés, ou tout simplement des noms inventés de victimes des camps. Au fil des années, ces listes s’accumulaient et formaient des liasses épaisses, qu’il parcourait rêveusement et sans les relire […] » (Antoine Volodine, Écrivains, Paris : Éditions du Seuil, 2010, p. 17.)

« La grimançonne, la barbe-de-pélerin, la déoliaire, la trépille, la colleraine, la maîchevie, la canne-de-Byzance, la bergemauve, la gorde-chevalière, la gorde-des-biquets, la vallesuave, l’annulaire-nonnette, la canne-de-Wouy, la cachebotte, la clinne, la groue, la consoleuse, la trappefanne, le tripolien, la dive-aigrette, la pampanule, l’agatronne, la puraine, la puraine-des-sépulcres, la mourganzie, l’allumeuse-des-anges, la carbalaine, la mortefeuille, la pincecombre, la veinulée, la gardienne-d’Orbise, l’épi-des-menteurs, la tantegotte, la tambregotte, la barigotte-du-mulatier, l’ombregotte, la palante-vénéneuse, la quartebasse, l’ivre-de-suie […] » (Antoine Volodine, « Herbes I : dites par Kynthia Bedobul », dans « Shaggå de la voix et des herbes », Les Écrits, n°128, avril 2010, p. 80.)


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Publié dans le JLR

Un commentaire

  1. grapheus tis

    C’est beau comme du Francis Jammes.
    Vous allez me faire lire Volodine.