Doxa qu’aucun clou ne dépasse

vendredi 29 juin 2012, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Enregistrement et rangement de quelques émissions littéraires de France Culture. J’essaie deux pièces d’Arne Lygre, à chaque fois plus d’une demi-heure, mais je n’accroche pas du tout à ce genre. Au théâtre, je ne sais pas comment ce serait, mais à la radio, ça ne me convient pas. En revanche, La conscience historique de Dimitris Dimitriadis est vraiment intéressant, politiquement engageant, sans être provocateur ou grandiloquent. Un autre enregistrement est disponible pour la même date, du même auteur, lui aussi passionnant, encore plus fort, Je meurs comme un pays, où l’on reconnaît la voix d’Anne Alvaro, d’une extraordinaire expressivité.
Il y a peut-être des gens pour qui ce serait le contraire (qui apprécieraient Lygre et pas Dimitriadis), mais j’ai du mal à y croire… Ceci dit, je vais tellement peu au théâtre que je ne sais même pas pourquoi je donne mon avis.

Cet après-midi et apparemment ce soir encore, des dizaines de milliers de personnes se réunissent devant la résidence du premier ministre japonais. Une manifestation pourrait être interdite, elle devrait en tout cas obéir à une procédure particulière, sans doute peu autorisée dans ce quartier des ministères. Dans ce cas, il s’agit seulement de personnes qui se rendent spontanément au même endroit, à la même heure et qui, comme par hasard, restent côte à côte ou se rencontrent. La police ne peut rien faire, c’est en tout cas ce que l’on voit à la télé, sinon contenir les gens pour que les voitures puissent circuler quand c’est encore possible, puis fermer les avenues quand les gens deviennent trop nombreux. D’ailleurs, toute répression donnerait instantanément raison et résonance à la foule et à sa cause, à commencer par les médias étrangers parce qu’il y a aussi des ressortissants étrangers dans cette foule décidément ingérable…
Le concept de flash mob, d’artistique ou vaguement politique qu’il a été en Europe ou aux États-Unis, pour ce que j’en ai vu, a pris un caractère franchement subversif à partir des rassemblements du printemps arabe, et ce grâce au web et au téléphone portable, outils de la communication horizontale ou rhizomatique qui ne suffisent pas pour structurer un mouvement ou développer une conscience mais qui permettent de mobiliser en nombre sur un stimulus d’indignation, de peur, de plaisir, etc. Sauf que quand ce stimulus se reproduit chaque jour, semblable à un tropisme, il faut bien accepter que l’on commence à parler de conscience politique et d’une – même embryonnaire – organisation citoyenne. Personnellement, Fukushima ou pas, je ne pensais pas que cela pouvait se produire au Japon. Et voilà que grâce à Twitter et à des milliers de renvois par téléphone portable de personne à personne – version moderne du téléphone arabe – la subversion – avec salariés, femmes au foyer et enfants – est dans la rue de ce pays où il est doxa qu’aucun clou ne dépasse.

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Publié dans le JLR

Un commentaire

  1. magois patrick

    La seule solution est que les peuples reprennent leur souveraineté. Depuis deux ans c’est ce qui se passe sous des formes plus ou moins réussies certes mais il y a cette volonté de garder l’indépendance de sa pensée et de ses actes. Le mandat que l’on confie par voie de scrutin se défait aussi vite qu’il s’est fait.
    Bon courages aux peuples.