Un nouvel horizon au néant

dimanche 19 octobre 2008, à 23:59 par Berlol – Enregistrer & partager

Journée de travail avec pas mal d’enregistrements d’émissions de radio (récupération de quelques Une Vie une œuvre, négligés depuis août, Soljenitsyne, Hallier, Giono, enfin Montaigne…), une sortie de marche oxygénante d’une bonne heure, jusqu’à Waseda, ainsi que des intermèdes filmiques aux repas et avant le coucher.
Je confesse que j’ai un retard à rattraper. Longtemps, par exemple, je n’étais pas intéressé par le thème des morts-vivants. Je n’y voyais qu’un formalisme parmi d’autres, celui-ci farfelu et sanguinolent, et avant tout destiné à distraire des gogos qui auraient mieux fait de s’occuper des agissements politiques et économiques de leurs commis. C’est une vision un peu réductrice, je le concède, mais dans laquelle j’englobais d’ailleurs la SF, le polar et beaucoup d’autres choses — c’était mon époque Comité de salut public… Du haut de mon jugement étriqué par une licence de Lettres et quelques essayistes mal lus, je coupais des têtes. Pendant les classes du Génie, à Metz, un ami, François Baudequin (que j’aimerais bien retrouver), m’avait caricaturé en assaillant qui braillait « Kill Kill ! ». J’ai encore le dessin quelque part…
Petit à petit, d’autres m’ont fait comprendre qu’il y avait peut-être ici et là, aussi, de la subversion, et peut-être parfois plus que là où ça s’écrivait en gros. J’avais suivi mon père sur des boulevards de contestation qui ne menaient nulle part quand je me rendis compte que les lacis de ruelles étaient de bien meilleurs coupe-gorges. Malheureusement, pendant les vingt ans qui suivirent cette prise de conscience, il fallait que je gagne ma croute sans réseau d’entraide, n’étant pas né avec une cuillère d’intello dans la bouche, n’ayant réussi à me lier avec personne (mes rapides passages chez les trotskystes et chez les anarchistes ayant tourné court et vinaigre), refusant de passer des concours que j’estimais déjà largement dévoyés, et que je reste donc globalement dans la littérature où je pouvais avancer avec mes billes : le Nouveau Roman. Déjà honorablement marginal et contestataire.
C’est bien sûr à partir de la découverte d’Antoine Volodine que toute mon attente déçue et ma réorganisation sous-jacente ont commencé à prendre sens et à dessiner un nouvel horizon au néant. Un chamboulement qui n’est d’ailleurs pas près de s’achever.
Aussi vois-je d’un autre œil (par exemple aujourd’hui) des films comme Réincarnations (Dead and Buried, Gary Sherman, 1981) et Immortel (ad vitam) (Enki Bilal, 2004), même si je ne suis pas dupe de leur dose de distrayant formalisme et du fait que leur subversivité est aujourd’hui complètement intégrée et utilisée par le système, comme diraient Debord et Vaneigem.

« Eva Rollnik s’était donné pour rôle d’inventer un nouveau mode d’expression littéraire, puis, sans daigner en récolter le moindre laurier, avait disparu. […]
Cependant, tout se passait comme si Eva Rollnik avait voulu inaugurer la pratique de la clandestinité, justifier l’anonymat, l’hétéronymie, et comme si la leçon commençait à être assimilée par le milieu des gens de lettres. […]
La Shaggå remuait dans son sillage le concept d’une mauvaise aptitude humaine à mesurer le temps, le concept des gouffres de la mémoire, le thème d’une falsification généralisée du monde réel, ainsi que des mécanismes présidant au fonctionnement de la renaissance ; la Shaggå propageait la notion de doubles manipulés, de doubles coupables, la notion de faussaires tout-puissants, seuls détenteurs des vérités essentielles.
Faire progresser de telles idées paraissait être l’objectif premier (ou ultime) de la brigade Eva Rollnik. Toutefois, et peut-être Eva Rollnik aurait-elle eu là des raisons de se désoler, les prosateurs de la Renaissance préféraient pour l’instant le formalisme à l’idéologie. De la moelle d’Eva Rollnik, ils n’avaient rien retiré de substantifique, sinon les règles de nouveaux divertissements, avec dominos et ombres chinoises.» (Antoine Volodine, Lisbonne dernière marge, 1990, p. 105-107)

Tags : , , , , , , , ,

Publié dans le JLR

7 commentaires

  1. jfp

    tiens, françois baudequin… j’ai eu un copain qui s’appelait comme ça… un ancien khagneux… c’était en 1979… à sc po… le genre bretteur de mots… forte tête… littéraire en diable… railleur… un peu hystero, même… si c’est de lui dont tu parles, je sais ce qu’il est devenu… retrouvé il y a qqs années sa trace à l’occasion d’un article… devenu banquier (c’était je crois Suez)… et beaucoup moins drôle…

  2. Berlol

    Ouais, peut-être bien qu’il avait fait sc po, comme tu dis, ça me dit vaguement quelque chose… Vers 84-88, il habitait rue des Quatre Vents, ça ne s’oublie pas… Perdu de vue après, a fortiori depuis Japon.

  3. jfp

    bon sang, je confonds. en réalité le baudequin que je connaissais (plutôt dans les années 80) travaillait en tant qu’historien d’entreprise pour la caisse des depots et consignations. grand amateur d’antiquités (surnommé « doigt d’or » à Drouot…)

  4. jfp

    …A cette époque, il habitait effectivement un appartement-garçonnière près de l’odéon. Ce serait drôle si c’était lui…

  5. Berlol

    Là, on doit être plus près de mon homme, en effet très versé dans les antiquailles et excellent dessinateur. C’est époustouflant ! Si tu as son mél…

  6. jfp

    si c’est lui, son nom est visible sur le net (taper caisse des dépots et consignations…)

    pas vu depuis 15 ans.

    à mon avis, pas le genre à avoir un mail…

    mais mon baudequin n’est peut-être pas le tien,

    il y a aussi cet autre, à creuser :

    http://www.elandarts.com/index.php?rayon_id=254&livre_id=609

    il y a aussi un baudequin (le même?), chef d’atelier de gravure en taille douce ( donc facile à joindre, si c’est bien lui ) :

    http://www.ville-saint-denis.fr/jsp/site/Portal.jsp?article_id=1120&portlet_id=1537

    sinon trouvé ceci sur pages blanches :
    72 bd St Germain 75005 PARIS
    01 46 34 08 57
    ou
    36 bis r Lamarck 75018 PARIS
    09 71 27 43 09

  7. Berlol

    Merci ! je vais creuser tout ça… Tant qu’à faire, pas la peine que je dérange un inconnu.