Journal LittéRéticulaire de Berlol

Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur. 
Janvier 2005

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Samedi 1er janvier 2005. Moi je crois à la puissance de la littérature, absolument.

À se demander si ça vaut le coup de se souhaiter l'année bonne ! Voyez l'an dernier, par exemple. On l'a fait et puis vous avez vu comment elle s'est passée ! Et puis comment elle a fini ! On jouait sur les mots, vague orange et tout et tout... Pour l'Ukraine, ça a bien marché, finalement. Et c'est ailleurs que la catastrophe est tombée, que c'est devenu horrible ! Alors maintenant, il faudrait peut-être annuler la dette, à quelque chose malheur est bon... Mais s'il vous plaît, pas ce jeu de mots laid ! Et puis si quelqu'un qui se dit journaliste passe par ici, qu'il sache qu'on est nombreux à avoir vu sur la carte que la Birmanie est concernée par le raz-de-marée et que c'est pas la peine de faire comme si elle n'existait pas : même si vous ne savez rien, dites-le ! Et dites-nous pourquoi !

Pourtant, l'espérance est violente, une vraie compulsion de souhait... Alors, j'y vais : à tous ceux que j'aime et qui m'aiment, de quelque façon d'aimer qu'il s'agisse, je souhaite une bonne année ! (Ouf, c'est fait...).
Car tout est toujours en construction. Nous sommes des grues, des plans, des poutres, tous sans architecte. Un grand soleil, comme celui de ce matin, nous réjouit mieux qu'une voiture de sport ou un compte en Suisse — quoiqu'au fond, je n'en sais rien, n'ayant ni l'un ni l'autre...
Une publicité trouvée dans les suppléments du journal Asahi de ce matin donne une direction à ma sortie. Il s'agit de pains spéciaux que produit en nombre limité une boutique d'un grand hôtel de Waseda. Ils sont trois dans un panier, c'est le papa poule, la maman poule et leur gros poussin, ils sont farcis différemment, l'un de pâte de haricot rouge, l'autre de haricot blanc, le troisième de pâte de prune. Ils inaugurent l'année du poulet. Lorsqu'on en mange, tous les trois, après mon retour et le déjeuner, T. et son père s'en amusent beaucoup. Et en plus, c'est très bon ! Et il en reste, on en a au moins pour trois jours...

Pendant ce périple à travers la ville déserte, je ne suis pas sans munitions. Du contenu de mon baladeur numérique, je choisis du solaire : Catherine Robbe-Grillet invitée aux Travaux Publics et Hélène Cixous aux Mardis littéraires. L'une à l'aller, l'autre au retour. Avec un départ comme ça, l'année ne pourra pas être mauvaise !
Catherine Robbe-Grillet : « [...] une longue conversation que je rapporte, sur ses choix politiques, où il dit qu'il s'est toujours trompé, il dit quelque chose comme : "Quand j'ai découvert les camps de concentration... je suis content de ne pas m'être engagé dans la LVF" [Légion des volontaires français]. Et alors, quelqu'un m'a fait remarquer, m'a dit : "Oh, quand même !... « je suis content... les camps de concentration...», c'est un peu léger, léger !" À ce moment-là, j'ai dit : « mais vous savez, cette conversation, elle est rapportée avec mes mots à moi ! », et pis j'ai dit, « vous savez, j'ai un certain courage parce qu'en réalité, il suffisait de dire : "Au moment où j'ai découvert les camps d'extermination, j'ai été horrifié." C'était facile pour moi, hein, j'ai laissé la phrase telle que je l'avais écrite.» Alors je veux dire deux choses : d'une part, qu'il faut me reconnaître ce courage, et deuxièmement, que je n'ai pas employé les mots "camps d'extermination" car en 58, 59, 60, on ne faisait pas cette distinction, on parlait uniquement des camps de concentration, et la distinction entre camps de concentration et camps d'extermination s'est faite à peu près à cette époque-là.»
Jacques Henric : « Comment un écrit qui n'était pas fait pour être publié est rédigé aussi précisément ? [...] Y'avait quand même, plus ou moins consciemment, l'idée qu'un jour... »
Catherine Robbe-Grillet : « Non, pas du tout. Je le jure sur ma propre tête, et j'y tiens. Non, c'était parce que je n'avais pas de mémoire et que je pensais qu'un style télégraphique serait pas suffisant. Et d'ailleurs effectivement quand je note en style télégraphique quelques moments, je ne me rappelle pas, c'est pas suffisant. Donc, quand je développe, je suis sûre de me rappeler.»
Pascale Casanova : « Au lieu de dire : "la littérature ne suffit pas", vous dites : "je suis croyante dans la littérature". Donc, c'est un acte de foi très très étrange. Alors qu'au contraire, on pourrait penser qu'ayant commenté, lu ces textes mille et mille fois vous auriez pu en déduire le contraire, au fond, que ça ne sert absolument à rien...»
Hélène Cixous : « Ah, oui, non mais ça, c'est vrai, vous avez raison, je suis croyante. Je suis profondément croyante. En quoi, c'est une autre affaire... Mais, bon...»
Pascale Casanova : « La littérature, par exemple.»
Hélène Cixous : « Oui, tout à fait. Mais, qu'est-ce que que ça veut dire, je veux dire, je crois qu'elle existe, je crois que c'est une puissance, que c'est une très très très grande puissance. Alors, ça va à l'encontre de tout ce qu'on pense économiquement dans la mondialisation actuelle, c'est de pire en pire... Mais moi je crois à la puissance de la littérature, absolument.»
« Détail important : ce style doit être facilement reproductible par les lecteurs. Le consommateur de contenu de luxe occupe souvent ses loisirs à écrire, et il est important de lui offrir, par l'intermédiaire de ces produits, des patrons comme peuvent le faire les revues de broderie ou de tricot. Notre logiciel veillera cependant à ce que les variations de langue insérées dans ces contenus restent assimilables, et y injectera périodiquement des jeux de mise à distance, des effets ironiques qui flatteront le consommateur aisé, qui n'accepte d'être dupe qu'à l'issue d'un pacte de connivence, qu'il interprétera comme une alliance de classe.» (Philippe Vasset, Exemplaire de démonstration, p. 117)

Jusqu'au retournement final, le narrateur erre et s'égare tandis que les documents du ScriptGenerator©®™ sont de plus en plus explicites, au point qu'ils en deviennent obscènes car ils expriment le cynisme nu du capitalisme.
Dans le labyrinthe (1959), l'immortel mari de Catherine avait montré en son temps ce que pouvait être le passage non hiérarchisable et paradoxal d'un niveau de fiction à un autre, l'un englobant l'autre et réciproquement. Bien sûr, Tchouang Tseu, longtemps avant, faisait déjà le papillon sur un ruban de Möbius.



Que mes meilleurs voeux vous accompagnent tout au long de cette année qui débute!
Je ne pense pas que je vous aime ni même votre style d'écriture, par contre, j'aime vous lire et apprendre un peu plus sur vous et votre façon "d'entrevoir certains aspects de la vie". En quelque sorte, j'aime cette image de vous et votre façon d'écrire... Paradoxal? Pas tant que ça... Bonne continuation!
Jep
PS: et bon anniversaire avec du retard! Veuillez m'en excuser, je n'étais pas encore au courant!
2005-01-01 19:56:43 de Jep


Dimanche 2 janvier 2005. Tellement lentement.

Évidemment, j'ai commencé par écrire 2004... Ça dure quelques semaines, comme ça, à se tromper régulièrement. En plus, dans certains contextes de la vie japonaise, on utilise le comptage en ère impériale, ce qui correspond maintenant à l'an 17 de l'ère Heisei.

« Au milieu, — dans le profond du milieu du Palais, un visage : un enfant-homme, et Empereur, maître du Sol et Fils du Ciel (que tous les mondes et les journalistes du monde s'entêtent à nommer « Kouang-Siu », qui est la marque du temps où il régna, 
c'est-à-dire, après J.-C. de 1875 à 1908 ). Il vécut, vraiment, sous son nom de vivant mais indicible... Lui,  et ne pouvant dire le nom, je donne au pronom Européen tout l'accent incliné du geste mandchou (les deux manches levées par les poings réunis jusqu'au front baissé) qui Le désigne...» (Victor Segalen, René Leys, Gallimard, folio, p. 40)

Aujourd'hui encore au Japon, où l'on a conservé la vieille tradition chinoise, l'empereur vivant (今上天皇, kinjou tennou) n'a pas d'autre nom officiel que 天皇陛下 (tennou heika, où heika est très honorifique, on lui donne du monseigneur, du très élevé). Il perd en principe son nom d'être humain (sauf quand les semelles de plomb de l'histoire le ramènent sur terre, tel Hirohito). Les années de son règne se comptent par un nom spécial qui devient celui de l'empereur après sa mort, sa personne se confondant alors avec son temps.
Mais depuis quand emploie-t-on tennou plutôt que mikado (帝) ?

Le roman de Segalen se déroulant à Pékin en 1911, son narrateur fantasme sur la personne de l'enfant-homme ; voulant le différencier de sa fonction-essence. Je sens qu'on va s'amuser avec ça, en cours, dès samedi prochain...
Donc, j'avance dans ma préparation. Mais tellement lentement par rapport à ce qu'il faudrait que je fasse !

Le calme de ces jours du début de l'an est tout à fait irréel. Rues désertes, silence automobile et pas de travaux de construction. Je photographie mes trois citrons mûrs en me demandant quand nous allons les cueillir. Je dépote la menthe qui a fait beaucoup trop de racines. Demain, je la diviserai et la replanterai dans trois autres pots.

Redescendue de sa garde paternelle, T. a juste voulu faire quelques courses dans le quartier, gardant pour demain d'aller plus loin. Puis regarder deux DVD loués, avec entre les deux une sortie pour dîner d'une soupe chinoise. A. I. (ou Artificial Intelligence) n'a rien eu pour me plaire : histoire molle et pleine de faux questionnement philosophico-moral, mièvreries et bizarreries de scénario, rencontre fortuite sur une table de montage de Disney et d'Einstein (ou de Spielberg et de Kubrick). Et que je te retartine du mythe américain ! À les en croire, Gepetto habitait Coney Island...
Après la soupe, c'est au tour des Rivières pourpres 2, ce qui permettra de répondre aux questions de Manu. Mais demain, parce que là, il est déjà trop tard...



J'attends!
Merci d'avance!
2005-01-03 02:12:35 de Manu

Au sujet des désignqtions de l'empereur, il faut savoir que l'expression actuelle lue tennou 天皇 est utilisée dès les premiers textes historiques sur l'histoire du pays. On lisait alors ce composé "sumera mikoto", lecture liée à 皇 "sumeroki" ou encore "suberagi". La désignation "sumera mikoto" est l'une des appelation honorifique de l'empereur. Par ailleurs, on explique que le composé 天皇 aurait été créé pour distignuer ce souverain de l'empereur de Chine désigné par 天子 ou 天帝.
Le mot "mikado" est une désigantion fort ancienne et vient de 御門, c.a.d. "l'auguste porte", comprendre la porte ou se trouve derriere les divinites (par exemple au sanctuaire d'Ise, cf. Nihonshoki chuu), et par la même le leiu de résidence de l'empereur (plus grand des hommes et le plus bas des kami), l'empereur lui-même voire le territoire qu'il gouverne.
Je continuerai plus tard car j'ai besoin d'aller chercher des infos sur le 帝. Mes dicos à la maison n'étant pas assez puissant. En tout cas, pour ma part je n'ai jamais vu de passage désignant l'emereur japonais avec le 帝... C'est un empereur mais pas japonais, je crois. Je vérifie et on en reparle. Bonne journée à ton monde réticulaire.
2005-01-06 23:59:42 de LePotager

J'ai tapé trop vite et y'a plein de coquilles, gomen ne...
2005-01-07 00:00:41 de LePotager


Lundi 3 janvier 2005. Promenade et cinéma, une journée d'insouciance.

Cette fois, j'ai écrit 2005 sans me tromper. En progrès...

Pour finir avec les Rivières pourpres 2 et sans peur de me ridiculiser face à une critique globalement négative, c'est un film qui m'a bien plu, notamment par son contexte historique, nettement plus intéressant que celui du premier épisode. Si l'on retrouve une secte secrète, du sang qui coule et des agissements dans le sous-sol, c'est l'emploi de la ligne Maginot, célèbre par son inutilité en 1940, et sa connexion, historique, architecturale et géologique, avec le neuvième siècle de Lotaire II qui donne de l'épaisseur, du liant à la sauce. Contrairement à certain verdict, c'est bien cette stratification narrative à rebondissements temporels qui me plaît et m'amuse, sans quoi ce ne serait qu'un énième film d'action. Les effets spéciaux plutôt réussis, quelques bonnes répliques et les sympathiques figures de Réno, Magimel et Riaboukine n'auraient sinon pas suffi. Mais l'idée qu'un trésor volé au Moyen-Âge et des fortifications du milieu du XXe siècle puissent servir à la réalisation d'une « Europe blanche » fantasmée par quelques tarés qui doivent effectivement exister quelque part autour de nous, voilà qui est vraiment amusant, même si c'est tout de même un peu trop chargé en symboles — je vois bien Monsieur Plus passer derrière le scénariste et le bousculer pour qu'il rajoute une rasade de mythologie chrétienne.

Longue promenade ensoleillée d'Iidabashi à Ginza, à pied par le Budokan et en contournant le Palais impérial. Photothérapie dont T. avait bien besoin, elle qui n'était pas sortie depuis samedi. On déjeune très moyennement dans un restaurant qui prétend être un Wine Bar alors que sa carte des vins est ridicule, mais ça n'arrive pas à nous mettre de mauvaise humeur. On se promène dans le nouveau et kitchissime Barneys New York , installé dans un bâtiment entièrement refait, le Kojun (ou Koujun, 交詢ビル), qui avait été le lieu historique du premier club social, me dit T. : le Kojunsha, fondé par Fukuzawa Yukichi (1830-1901). Éh oui, c'est maintenant un temple de la consommation de luxe et de l'américanisation des Japonais branchés. Branchés, certes, friqués, oui, mais... mal habillés !

Pour rester dans le kitch, mais réussi, celui-là, on regarde ce soir le DVD de Thunderbirds. À l'oreille, réelle grande classe de l'accent anglais. À l'image, la lady Pénélope et son chaffeur sont les mieux réussis. Amusement sans arrière-pensée. Contrairement à A. I., ce n'est pas de l'edutainment et personne n'essaie de vous faire avaler un message moral, un sens de l'humanité !
N'ayez crainte, c'est vrai qu'on se fait ces jours-ci du cinéma de distraction. Le 7, commence à l'Institut la sélection des Cahiers du cinéma, ça va être une autre paire de manches !


Mardi 4 janvier 2005. Du carpe diem toujours vert !

Encore une journée avec trop peu de temps pour travailler... M'attendent un manuscrit à relire, un article à finir, un cours sur Segalen à préparer. Je me donne bonne conscience avec des nécessités que nous aurions, et le besoin de nous en occuper pendant ces jours de calme relatif.

À Akihabara pour acheter une autre machine à laver... On en a acheté une le mois dernier, pour l'appartement du 4e étage. On a vu à cette occasion que ce n'était pas très cher et que l'on pourrait bien remplacer la nôtre dont on a constaté le mauvais fonctionnement depuis des semaines à des traces de lessive sur le linge sec. Ce matin, le tambour a tapé sur les côtés en essorant — manière de se signaler à nous...
En profitons pour passer voir au troisième étage du magasin Onoden s'il y a des lecteurs de DVD pour le système PAL, car celui que nous avons depuis moins d'un mois n'accepte que le NTSC... En effet, si la France et le Japon appartiennent bien à la même région 2, les appareils de salon font encore la différence entre le PAL et le NTSC (ce que les ordinateurs ne font pas). Surprise : il y en a et à un prix défiant toute concurrence, à mon avis. Moins de 6000 yens pour un appareil de marque Ever Green lisant PAL, NTSC et acceptant toutes les régions, à brancher sur tout type de télé ou d'ordinateur.
De retour à la maison, j'essaie l'appareil avec un film qui attendait depuis des mois le moment opportun pour être vu avec T. : Le bonheur est dans le pré d'Étienne Chatiliez. Vraiment excellent ! Le rôle de Sabine Azéma est certainement le plus difficile puisqu'elle doit changer de comportement plusieurs fois alors que les autres vont leur petit bonhomme de chemin — et elle s'en sort très bien. Très crédible en couple avec Eddy Mitchell. Tantôt pathétique, tantôt comique, Michel Serrault compose un personnage qui vaut pour bien des hommes et des femmes lassé(e)s de ce monde de rentabilité, de concurrence, d'employabilité, et... d'absence à soi. Qu'il se (re)trouve en se faisant passer pour un autre n'est pas le moindre des paradoxes auxquels on peut être amené dans cette société. Enfin, on ne peut passer sous silence les petits rôles qu'assurent les membres de la compagnie des Deschiens.

Ce sera tout pour aujourd'hui. Demain, on sortira du tunnel des jours fériés et je reprends les lectures...
On y verra plus clair.



Où l'on apprend que "bah, c'est pas lourd le confit". C'set pour moi le meilleur film de Chatillez. Bonne fin de vacances
2005-01-04 15:57:54 de Cel

Aujourd'hui, le 5 janvier, — étrangement — la NHK a consacré près d'un quart d'heure du journal du soir au tsunami, expliquant à l'aide de photos précises et de reportages sur place l'ampleur des dégâts, et aussi qu'une aide se mettait en place afin de tenter d'y remédier. On a aussi vu la réaction du "boss" américain, au travers de la voix de Powell, expliquant les grandes directions des jours à venir pour l'aide en Asie
À les écouter, j'ai presque eu l'impression que le tsunami s'était produit hier... ... ...
Et il semble en être de même pour les autres chaînes. La question qui vient à l'esprit est : pourquoi ?
Pourquoi ce quasi-silence, cette parole étouffée durant dix jours, puis ce brusque et tout à fait remarquable changement aujourd'hui ?
Le fond du problème, n'était-ce pas qu'il fallait-il laisser "bonne conscience" à l'ensemble de la population durant la fin de l'année ? C'est-à-dire ne pas lui "gâcher"ses fêtes par ce genre de nouvelles, et par un appel à l'aide forcément culpabilisant (lorsqu'on mange ou que l'on est à la recherche de Vuittons...) ? Au lieux d'images et de temps d'information sur le tsunami, sur les morts et sur les réfugiés, il fallait mieux montrer la neige, les histoires de bébé chez mamy et le mariage de l'aristocrate trisomique ? Et maintenant, le 5 janvier, alors que la société est revenue au travail (je ne parle pas des baito, nombreux, qui eux bossent tout le temps), on pourrait enfin en parler ?
C'est bien l'impression que j'ai, très amèrement.
2005-01-05 12:10:51 de Arnaud

En France, très fréquentes rubriques spéciales dans les journaux télévisés, plus d'une heure il y a quelques jours sur France 2. Des voix commencent à se faire entendre qui critiquent sensiblerie compassionnelle, hystérie médiatique, etc. Les ONG croulent sous les dons privés, qui correspondraient au montant promis par les autorités publiques (on a pu lire qu'une très grande part des montants d'aide promis n'étaient en fait jamais versés). MSF a officiellement fait savoir que les 40 millions obtenus dès à présent lui suffisaient largement pour les missions qui sont les siennes et a demandé au public de choisir d'autres ONG, après que celles-ci ont fait connaître leur inquiétude quant au risque que cette annonce mette un terme à l'"exceptionnel mouvement de solidarité". Mise en valeur de plusieurs initiatives frisant le ridicule ou l'indécence (1 euro versé pour chaque galette vendue...).
Je suis surpris par les interprétations présentées ici du silence relatif des médias japonais. A priori, les contraintes qui pèsent sur eux sont les mêmes en France et au Japon, et il s'agit d'un sujet plus que vendeur là-bas comme ici, avec en outre la possibilité pour les médias officiels de mettre en valeur l'effort important consenti par le Japon à l'occasion de cette catastrophe.
La concomitance avec les vacances de fin d'année me fait penser à une autre hypothèse, beaucoup plus triviale et moins paranoïaque : les journalistes japonais n'étaient-ils pas tout simplement en vacances ? Comme cette société ne se caractérise pas par sa très grande réactivité face à l'imprévu (euphémisme), il a peut-être fallu tout ce temps pour que les correspondants repartent sur place, etc. pendant que les jeunes journalistes corvéables et inexpérimentés continuaient à remplir la grille du lot habituel d'infos anodines.
Voici pour illustrer la tonalité de certains commentaires récents l'extrait d'un article de Sylvie Brunel dans le Monde de ce jour :
"Tout se passe comme si le cœur avait peu à peu pris le pas sur la raison, comme si la générosité s'alimentait d'elle-même (alors qu'elle fut plutôt timide au moment où elle aurait été la plus urgente, dans les tout premiers jours qui ont suivi la catastrophe). Désormais, Etats, entreprises, ONG, particuliers, collectivités locales rivalisent dans la course aux dons, cravachés par des médias qui donnent le sentiment de s'alimenter et d'alimenter ce qui est en train de devenir une sorte d'hystérie collective de la générosité affichée.
Dans ce concert de bons sentiments, MSF vient de faire entendre une voix discordante en décidant de cesser de faire appel aux dons. Cette déclaration lui vaut l'opprobre collectif des autres ONG, toutes unies pour l'occasion. Pourtant, si une association est capable plus qu'une autre d'analyser très rapidement une situation de catastrophe naturelle et de mobiliser en un temps record les capacités logistiques et médicales pour y répondre efficacement, c'est bien MSF, qui, depuis sa création en 1971, n'a cessé d'améliorer sa force de réaction rapide. Cette efficacité, qui lui permet d'être presque toujours la première présente en cas de crise grave, lui a valu le prix Nobel de la paix en 1999.
Bien sûr, les besoins des sinistrés restent considérables, en eau potable, en médicaments, en abris et en alimentation. Il n'empêche que, comme chaque fois que trop d'aide déferle dans une région au drame trop médiatisé, un triple risque guette : celui du gaspillage, celui des détournements, celui de laisser de côté des populations et des territoires moins accessibles, moins visibles, moins intéressants politiquement et économiquement pour les gouvernements.
Les précédents ne manquent pas, qu'il s'agisse du Kurdistan en 1991, de la Somalie et de la Bosnie en 1992, de Goma en 1994, de l'ouragan Mitch en 1998 ou du Kosovo en 1999, pour ne citer que des exemples qui figurent toujours dans la mémoire collective.
Quand le président de MSF rappelle que le travail à effectuer sur place est circonscrit d'une part par les capacités opérationnelles réelles des ONG, d'autre part par les limites physiques en termes d'infrastructures, qui condamnent une partie de l'aide internationale à s'amonceler dans les ports et les aéroports sans pouvoir être distribuée, il ne fait que rappeler une vérité dictée par l'expérience. Cette vérité, il faut l'admettre dès à présent.
Trop d'agences d'aide profitent aujourd'hui de la fenêtre d'opportunité qui leur est ouverte par la couverture médiatique massive du drame pour accumuler des fonds. D'autant plus de fonds que l'argent public vient grossir les financements privés. Comment vont-elles utiliser cet argent ? Certaines ne sont même pas présentes sur place ! Affréter des avions, remplir les soutes de nourriture et de médicaments, cela a le mérite de satisfaire le donateur, qui constate ainsi la transformation tangible de son don en nature, et de faire travailler les entreprises nationales, qui peuvent ainsi profiter de l'occasion pour s'ouvrir de nouveaux marchés - ce n'est pas un hasard si les membres du gouvernement qui se précipitent en Asie égrènent à satiété la liste des généreuses entreprises partenaires. Mais cette action a deux graves inconvénients : elle sous-estime les capacités de reconstruction locales, particulièrement fortes dans cette partie du monde, et elle engorge un peu plus les structures locales, littéralement assommées par le déferlement de l'aide internationale.
Il faut se rendre à l'évidence : les sommes colossales collectées ne serviront qu'en partie aux sinistrés asiatiques. Si elles permettent de secourir des victimes oubliées dans d'autres parties du monde, au Darfour, en Tchétchénie ou ailleurs, si elles sont prudemment engrangées pour répondre aux besoins de reconstruction qui existeront toujours dans six mois, quand les sinistrés n'intéresseront plus personne, comme cela se passe en Iran aujourd'hui, il faut se féliciter de cet afflux de générosité dont bénéficient les ONG.
Mais le besoin de transparence et d'évaluation de l'aide humanitaire se révèle plus que jamais nécessaire, à la mesure de l'engouement qu'elle suscite. La concurrence et les rivalités entre structures pour collecter des fonds et prendre pied sur place dans les "meilleurs" endroits en termes de visibilité et d'accessibilité ont déjà commencé leurs ravages. Coordonner l'aide, concerter les secours, contrôler leur affectation sont des nécessités absolues pour agir efficacement. C'est normalement le rôle des Nations unies. Mais déjà les Etats rivalisent pour prendre pied dans des pays dont le fort potentiel économique est convoité. Mais déjà les ONG recommencent-elles à défendre farouchement leur indépendance et leur chasse gardée, tout en reconnaissant que, dans un cas comme celui-ci, la capacité logistique des militaires fait merveille pour rouvrir les routes dévastées et se frayer un chemin jusqu'aux populations les plus isolées.
L'indignation que suscite la décision de MSF n'est pas sans rappeler un précédent historique : il y a presque exactement vingt ans, l'association fut de la même façon clouée au pilori par ses consœurs pour avoir eu le courage de dénoncer, seule, les détournements de l'aide internationale massive envoyée en Ethiopie, qui était utilisée par le gouvernement Mengistu pour financer de meurtriers déplacements forcés de population.
Bien sûr, rien de tel aujourd'hui. Mais le désordre et l'improvisation là-bas, le pilonnage des appels aux dons ici sont en train de gâcher le magnifique effort de solidarité déployé. C'est l'expérience et la connaissance seules qui permettent d'agir au mieux de l'intérêt des victimes. Voici pourquoi il faut désormais faire prévaloir une logique rationnelle de concertation et de planification. Dans la trilogie bien connue des catastrophes, prévention avant / protection pendant / reconstruction après, les deux premières ont déjà failli. Ne ratons pas la troisième."
2005-01-05 16:49:10 de Dom

Cher Dom,
Les problèmes que tu évoques sont tout à fait préoccupant ; je pense que chacun en conviendra.
Ceci étant, citation :
« La concomitance avec les vacances de fin d'année me fait penser à une autre hypothèse, beaucoup plus triviale et moins paranoïaque : les journalistes japonais n'étaient-ils pas tout simplement en vacances ? »
« paranoïaque » ?
Je vois que tu as un style toujours aussi agréable...
Puisqu'il y avait des envoyés spéciaux sur place (on les entre-apercevait quelques instants ici ou là), je ne pense pas que les journalistes japonais étaient en vacances. Berlol ne semble pas le penser non plus.
D'ailleurs, les grands groupes de presse mondiaux, au Japon comme ailleurs, sont-ils jamais en vacances ?
Sur ce, bonne soirée.
2005-01-05 17:06:43 de Arnaud

Je ne le pense pas vraiment non plus en vrai, Arnaud dear. Mais si ce décalage entre les réactions en Europe et au Japon est avéré (qu'en est-il de la presse écrite ?), je ne pense pas plus qu'il se cache là-dessous de profondes visées idéologiques. Je croirais plus à l'effet de routines professionnelles, à un décalage aussi dans le rapport au temps, à l'urgence, à l'imprévu, qui est un des phénomènes qui m'avait le plus marqué quand j'étais là-bas.
Ou peut-être s'agit-il simplement d'une appréciation plus réaliste de la situation (après tout, on constate désormais chaque jour qu'on a affaire à des sociétés solides, capables de mobilisation efficace, loin d'être dépourvues des ressources humaines et matérielles pour faire face aux tâches de la reconstruction).
Qu'en est-il par ailleurs des dons privés, sont-ils importants dans ce cas particulier, en règle générale dans ce genre de situation, ou bien l'aide est-elle très majoritairement publique ? S'il n'y a pas nécessité de mobiliser d'importantes contributions privées, on pourrait aussi comprendre qu'il peut sembler inutile voire même contraire à une certaine déontologie minimale de s'appesantir sur la catastrophe et de verser dans l'hystérie que nous subissons en France. Resterait choquant le deux poids deux mesures, quand il est question de victimes japonaises, c'est pas vraiment toujours fait dans la dentelle...Mais ça, c'est du sans surprise, que tu dénonces souvent avec raison.
2005-01-05 20:53:16 de Dom

Enfin, on pourra dire ce que l'on voudra, mais les "secours" se sont très mal organisés au Japon sur ce coup là…
Alors que dans le cas du désastre turc, les secouristes japonais avaient été d'une grande aide, cette fois-ci, ils n'arriveront pas pour sauver des gens bloqués sous les décombres.
10 jours c'est EXTRÊMEMENT long. Si l'on voulait sauver des vies, c'était plus tôt qu'il fallait se réveiller.
Et les seuls qui manquaient encore à l'appel, c'était bien les Japonais et les Américains. Là, c'est un fait. Je ne sais pas très bien ce qu'il faut y voir par contre. L'actualité japonaise en matière de séisme et de typhon cette année a peut-être porté un coup sévère à la capacité de réaction des secouristes à l'étranger.
Et puis, il faut bien constater que les plus touchés des touristes sont des Européens du nord… (d'après Le Monde, plusieurs milliers de victimes) d'où la vitesse à réagir des secours européens (2 jours plus tard) ? Ceci-dit, nombreux sont les secouristes à s'être retrouvés bloqués sans savoir que faire en arrivant sur place, tant tout était désorganisé.
Mais d'une manière générale, je trouve que les médias se sont bien concentrés sur les touristes, et relativement peu sur les victimes locales… la remarque est aussi bien valable pour les médias européen que japonais…
2005-01-06 02:22:32 de Acheron


Mercredi 5 janvier 2005. Bouche bée : des milliers de jeunes filles.

« Où étaient les oiseaux »
?
——— Ils volaient parmi les nuées...

Depuis plus d'une semaine, je démarre le journal de France 2 de la veille au soir avec appréhension. À combien se montera le bilan des morts et des disparus ? Quelle images difficiles faudra-t-il encore affronter ? Y verrai-je passer un visage connu ? Les secours parviendront-ils à éviter les épidémies ? L'un des journalistes sur place, au nord de Sumatra, annonçait il y a quelques jours une note d'optimisme pour je ne sais plus quel sauvetage ou inversion de tendance. Mais dès le lendemain, l'air profondément abattu, il se reprochait son optimisme pour revoir le bilan plus mauvais... Attitude admirable. L'optimisme était son souhait mais la réalité lui avait lancé son démenti à la figure — brouillée comme les nôtres.

Cette lame de fond, faite d'informations et d'images, tourne électroniquement autour de la planète en permanence. On a constaté qu'elle allait cependant moins vite que les infra-sons et ondes de choc que, des poissons aux éléphants, TOUS les animaux ont ressentis. Aussi, parmi les débris des bois, des champs, des maisons, des hôtels, ne retrouve-t-on AUCUN cadavre d'animal !
Inversement, chez les animaux dits pensants, et au plus haut niveau, des dirigeants d'états ont été informés de la venue certaine d'un raz-de-marée et n'ont pas transmis l'information, craignant bien sûr de se tromper, comme tout bon (?) politique, craignant de ternir leur image par une décision qui les ridiculiserait. Car pour un mauvais politique, tout préoccupé de soi comme ils le sont presque tous, le fait qu'il ne se passe rien plutôt que quelque chose est plus grave que le fait qu'il se passe quelque chose plutôt que rien...

Hier soir, T. est tombée sur un reportage que nous avons regardé bouche bée : des milliers de jeunes filles — et exclusivement des jeunes filles — faisant la queue dès six heures du matin pour les fukubukuros, 福袋, du centre commercial 109 de Shibuya... Ces sacs-surprise que les boutiques préparent en guise de soldes au début de l'année s'arrachent donc par milliers aux premières heures d'ouverture, pour 5000 ou 10.000 yens. Une fois ouverts, elles découvrent tout excitées leurs contenus de fringues dont la valeur est effectivement très supérieure au prix payé. Elles gardent ce qui leur convient et commencent à troquer et marchander entre elles et avec les passantes, sur le trottoir, ce dont elles ne veulent pas... T. est convaincue qu'elles n'ont absolument aucune conscience de ce qu'est un 津波 (tsunami) et qu'elles ne savent même pas l'écrire !
Elles l'apprendront peut-être aujourd'hui. Je confirme en effet le commentaire d'Arnaud hier : les médias japonais ont commencé à informer le pays. Reportages, témoignages, vidéos d'amateur et animation pédagogique (au Japon, on donne systématiquement les noms des morts...). On estime que plus de 500 jeunes japonais, partis sac au dos, seraient disparus, égarés, blessés ou morts. Et on ne le dit qu'aujourd'hui à la télé, avec plus d'une semaine de retard...
On peut toujours trouver pire. Du côté de la Corée du Nord ou de la Birmanie, euh... pardon !, du Myanmar qui fêtait hier son indépendance. Attention, attention : l'ambassadeur du Myanmar au Vietnam vous parle ! Si vous pensez qu'il n'y a qu'une race humaine, vous allez découvrir qu'il y a plus de 100 races d'hommes au Myanmar... et pas un mot sur le raz-de-marée !

« Par hasard, la fin du monde a commencé sous ma fenêtre.» (Alain Fleischer, La Hache et le Violon, Éd. du Seuil, coll. Fiction & Cie, p. 13)

« J'esquissai — avec un laisser-aller nonchalant du tempo que d'habitude je ne m'autorisais guère, et opposant ce ralentissement, cette lenteur indue de la musique à la vitesse menaçante —, quelques notes des variations Goldberg, comme on griffonne pour passer le temps — c'est-à-dire pour passer d'un temps à un autre — le souvenir d'un visage, d'un paysage ou d'un objet familier, et cela m'a peut-être sauvé la vie.» (Id., p. 17)


Jeudi 6 janvier 2005. Une mouche polémique.

Lisant ce matin le journal de Jean-Claude Bourdais, je fus soudain piqué par une mouche polémique... Je lui écrivis alors un courriel qui disait notamment (et que je cite avec son autorisation) :

« [...] Suis globalement en phase avec ton questionnement qui fut le mien l'an dernier, notamment en février où j'ai plusieurs billets journaliers d'un peu la même teneur. Actuellement, je ne me pose pas trop ces questions-là et je ne sais pas pourquoi puisqu'elles me paraissent toujours aussi essentielles. Je suis un peu à la masse et je produis mon JLR et le reste de mon boulot sans trop me poser de questions. Situation familiale et catastrophe tsunamique n'y sont pas pour rien.
J'ai bondi quand même (mais ce n'est pas contre toi, rien à craindre) en lisant ta première citation de Zambrano. C'est dire à quel point je ne suis pas d'accord !
Il y a [dans son propos] survalorisation et fétichisation de l'écrit en même temps que manichéiste opposition qui n'a rien de patent. Le côté péremptoire de l'affirmation cache l'absence totale d'arguments. Suite à quoi elle fait un tableau de différences inacceptables. Certes la parole est
échangée dans l'instant. Cela ne veut pas dire qu'elle est instantanée : [il arrive que] je prépare longtemps certains de mes mots, je ne parle pas toujours à tort et à travers comme elle semble le dire, et je me souviens longtemps de certains mots entendus, de certains paquets de mots pour être plus précis et m'approcher de ce que disait [Christophe] Tarkos du langage (entendu à la radio, Mardis littéraires). De plus quand j'écris, je me dis des choses avant de les écrire, j'en écris plus ou moins que je ne m'en dis, et quand je dis ce que j'ai écrit j'en dis parfois plus que ce que j'ai écrit. Il y a un double tressage (interne et externe) d'une complexité infinie entre dire et écrire et je suis même étonné que tu cites des propos [qui me paraissent] si simplistes.
Dans la deuxième citation, elle refait une opposition avec deux choses qui n'ont pas à l'être. Mais c'est qui cette Zambrano pour nous dichotomiser le monde comme ça ?! Je ne suis pas d'accord. Je finis par croire que tu
le fais exprès pour voir s'il y aura des réactions...
« Extraire de soi avec assurance », j'en reviens pas ! On n'extrait rien de soi avec assurance... « transparente à la vérité de l'écrit », là, je ne comprends même pas ce que ça veut dire. Et poser quelque chose « devant la vérité » ! Mais c'est quoi, la vérité ?!
D'ailleurs, je ne vois même pas de rapport entre ce que tu écris et qui me touche et m'accompagne et m'interroge et ce qu'écrit Zambrano qui, avec du recul, me fait pouffer de rire.»

Bien sûr, je conseille au lecteur sérieux de passer par le journal de JCB pour comprendre les enjeux essentiels de ce que je dis, que j'aie tort ou raison. Qu'on en discute ! (Et qu'on s'arrête un moment de sauter d'un blog à un autre, etc.) S'il s'agit là de ce que certains appellent le langage poétique, sa finesse, etc., moi, j'appelle ça de la poudre aux yeux : enfoncer des portes ouvertes (dire que la parole ne reste pas accrochée dans l'air, audible aux oreilles de tous en permanence, alors que l'écrit reste visible...) et transformer ce courant d'air en dialectique (être le contraire de, prisonniers opposé à libération, etc.). Simplisme aussi parce que beaucoup de textes écrits (Ô combien !), de Diderot à Sarraute, en passant par Céline, sont tout pétris de paroles orales comme gelées dans la forme écrite, et qu'en les lisant on les entend encore et toujours. De plus cette opposition entre dire et écrire n'existe plus, dans certaines conditions et grâce à des technologies qui n'ont que quelques siècles de retard sur celles de la fixation de l'écrit : nous possédons en effet des millions d'heures d'enregistrement des voix de ceux qui nous sont chers (ou pas), que ce soit en radio, en films, en télé, en conférences, etc. Et tant qu'il y a un support qui peut les conserver (et il y en a de plus en plus), leur disponibilité est égale à celle de l'écrit, avec un organe de perception différent. Pour ma part, c'est un scoop, j'enregistre depuis près de deux ans les cours de littérature que je donne à l'Institut franco-japonais de Tokyo, parce que je me suis aperçu que ce que je dis, dans un moment très précis, c'est-à-dire pendant le cours, n'a rien à voir avec ce que je pourrais essayer d'en écrire à un autre moment, que ce soit avant ou après le cours. J'ai hésité durant de longs mois, éprouvant une résistance à m'enregistrer moi-même, pensant qu'il y avait là une sorte de prétention, et puis j'ai essayé... À chaque instant d'un cours, devant un public que l'on ne veut pas décevoir et pour lequel lire son papier serait d'une totale incongruité, avec une préparation de notes et une bonne connaissance du texte à commenter, la parole qui vient, qui se cherche et qui vient, peut trouver des voies que l'écrit n'aurait pas trouvé.
Je ne suis pas en train d'inverser la proposition de Zambrano pour dire que la parole libère alors que l'écrit emprisonne, je dis seulement qu'il s'agit de deux moyens différents d'acheminer de la pensée et qu'ils se fixent de façon différente sur des supports différents. Il faut vivre avec la complexité et ne pas vouloir la réduire à des oppositions simples.
La vraie question serait d'aller voir pourquoi Maria Zambrano éprouve ce besoin impératif de sacraliser l'écriture et de le faire en salissant la parole. Aurait-ce été d'une difficulté à communiquer oralement avec ses congénères ? Mais ne la connaissant pas suffisamment, je ne veux pas me lancer dans de basses spéculations psychologisantes. J'irai voir plus loin dans son œuvre, si personne ne me répond (car il arrive que personne ne me réponde, ainsi du 5 décembre quand je disais qu'un chercheur de l'EFEO de 1920 embiblait une vieille légende japonaise : pas un de mes honorables amis spécialistes pour relever le gant...).



Cher Berlol,
je n'avais point relevé le gant, car je n'avais jamais entendu parler de ce mythe. Et, en l'occurrence, tu sembles avoir une vision " fort optimiste" de mes capacités. Je ne me sens en rien un "spécialiste" de la mythologie japonaise...
Au risque de te décevoir...
Mais, (re)merci de la piste... J'irai y parfaire mes médiocres connaissances...
2005-01-06 17:59:01 de Au fil de l'O.

Je répondrai un peu plus tard au sujet de l'EFEO. Là, un autre poids vient de me tomber sur la tête ce matin. À croire que c'est sans fin.
2005-01-07 13:08:00 de Arnaud

Je répondrai bien sûr dans un jour prochain sur mon journal.
Mais je te remercie de m'obliger à me positionner et de me faire réfléchir. En tout cas aucune rancune. je préfère les "choses" qui bougent. Mais je ne suis pas d'accord bien sûr avec ta lectrure des citations et de ce que dit la dame.
bien à toi
JCB
2005-01-07 17:28:40 de jcbourdais


Vendredi 7 janvier 2005. J'avance mon retard...

René Leys commence demain matin.

Sur Rimbaud après Rimbaud... forgerie de Fleischer :
« Il y avait eu ce soir-là un concert de plein air dans le parc municipal, avec l'orchestre du Conservatoire rassemblé sous le kiosque à musique — citadelle reprise aux bandes de gamins (les mêmes que ceux de la rue Paul) qui l'occupaient le jour pour leurs jeux de guerre —, avec tout autour la bourgeoisie installée sur les chaises rameutées en grand renfort, mais aussi avec la jeunesse moins éprise de commodité et de confort, et pour qui la musique livre les corps à une sensualité communicative, à une ivresse générale, ceux-là préférant les pelouses habituellement interdites, pour s'y allonger, pour froisser élégamment les étoffes des vêtements et pour s'enhardir à frotter les existences toutes neuves dans le trouble d'une promiscuité stimulante, filles et garçons mêlés.» (Alain Fleischer, La Hache et le Violon, p. 21)

Sur Léo en jouant dans La compagnie des hommes... vu à l'Institut, en ouverture du programme époustouflant. Film lui-même à couper le souffle, intense, surprenant... je cherche un mot... celui qui me vient, le mieux adapté c'est : épais. Un film épais. Par la stratification filmique, par la perfection du jeu des acteurs, par l'incertitude où l'on est souvent entre raison absolue et folie totale, par l'entrelacs de Bond et Shakespeare, par l'évidence de l'éternelle impossibilité d'être le fils que l'on n'est pas — expression que ne comprendront que celles et ceux qui ont vu le film mais tant pis.



À quand un prix littéraire (voire Nobel) pour ce blog? À quand l'académie?
Bonne année 2005!
2005-01-07 21:29:15 de Sir Reith Oubnaitch

Et à quand un titre de Lord pour toi et services rendus !
Comment vois-tu mon épée ?
2005-01-07 23:22:38 de Berlol

Bonne année M. Berlol,
Je cesse de fréquenter votre weblog, décidément un peu trop autosatisfait et légèrement (voire +) condescendant envers ceux qui n'approuvent pas votre "ligne éditoriale".
Un vrai blog de prof, que je me permettrai de citer en exemple en tant que tel, dans mon petit inventaire de ce nouveau genre de littérature (on peut peut-être appeler ça comme ça).
Sans
2005-01-08 11:33:55 de Sans

Bien que le monde soit vaste et qu'il en faille pour tous les goûts, il est toujours triste de perdre un lecteur.
Mais il est encore plus triste de se faire étiqueter.
S'il ressemble à ces livres jetables qui nous donnent les 100 ou les 1000 "meilleurs" sites et blogs du moment, j'espère bien ne jamais voir votre "petit inventaire".
S'il s'agit d'autre chose, prévenez-moi.
Et si vous trouvez ma "ligne éditoriale", donnez-moi ses coordonnées, j'aimerais bien la connaître.
2005-01-08 17:00:44 de Berlol

J'ai lu votre prose depuis plus d'un an.
Vous supportez mal un avis déplaisant mais vous aimeriez figurer parmi les 1000 (ou même 100) meilleurs sites ou blogs! Désolé, je ne suis pas prescripteur. L'étiquette que vous portez vous gêne! Ôtez-là!
Je comprends votre malaise. Comment accepter que n'importe qui vienne donner son avis ici? Un blog, quand même, c'est une propriété, une propriété au moins un peu privée, non?
Bonne continuation
Sans
2005-01-08 22:06:45 de sans

N'inversons pas les rôles : l'étiquette et l'inventaire, c'est de vous. Moi, je n'ai rien demandé et je préférerai ne pas.
Vous avez le droit de ne pas être d'accord et de le dire, y compris sur ma "propriété", comme vous dites. Mais j'ai aussi celui de me défendre et d'essayer de me dépétrer de vos trucs collants.
Et d'ailleurs... vous êtes encore là ?! Je croyais que vous étiez parti !
Merci encore pour votre assiduité !
2005-01-09 00:46:09 de Berlol

Illustration exemplaire de celui qui tente courageusement de répondre à des propos désagréables et — soulignons-le — unilatéraux, pour se voir re-répondre en retour des incohérences et une inversion de position.
Il faut dire que la critique originelle était "sans" arguments, alors forcément, qu'on le fasse remarquer et le corbeau se défile...
Sans quoi d'ailleurs ?
2005-01-09 06:24:29 de Arnaud

C'est sans espoir
Sans rancune
Salut
Sans
2005-01-09 09:27:50 de Sans

Aah beng forcémént, si tu es désespéré... Surveille tout de même ta composition sanguine, parfois il y a des signes avant l'accident.
2005-01-09 09:54:56 de Arnaud

Tiens ! Un "échange" assez triste que celui-ci. En fait, ce serait assez intéressant, je trouve, que Mr Sans veuille un peu mieux s'expliquer.
Je veux dire, s'il publie ainsi un message, c'est que j'imagine qu'il a quelque chose à dire, non ? Mais qu'il le dise de manière compréhensible de tous. Car c'est aussi ça un blog, ne pas causer par poussée d'on ne sait quoi, mais échanger des propos avec les autres.
Là, c'est un peu comme si je disais à ma voisine, via un coup de téléphone de la part de Mr X, que je trouve qu'elle est conne, et qu'après je sois bien incapable de dire pourquoi.
Donc, je pose la question : en quoi le blog de Berlol est-il trop "auto-satisfait", en quoi Berlol est-il vindicatif ?
"Sans", comme dans "sans contenu", "sans teneur" ?
2005-01-09 10:02:33 de Acheron


Samedi 8 janvier 2005. En revoyant le sourire d'Annie.

Ce trimestre de cours sur René Leys, de Victor Segalen, je voudrais le dédier à celle qui me fit découvrir ce livre dans un cours de littérature comparée de Paris 3, il y a une vingtaine d'années. Annie Cecchi nous fit aussi connaître Mishima, sur l'œuvre duquel elle préparaît une thèse. Son enthousiasme mêlé d'incertitude dans les lectures, son parler amical sans véritable hiérarchie entre étudiant et professeur, me donnèrent le goût d'une recherche où tâtonner n'est pas honteux. Plusieurs années après sa disparition, je continue dans l'élan qu'elle m'a donné. Relisant ces strates de mystification enjouée, je comprends qu'un autre Belge ait éprouvé désir et besoin d'entrer dans la famille Leys pour dénoncer les Habits neufs du président Mao (1971), à contre-courant du maoïsme français dont on sait à peu près maintenant le ridicule aveuglement. Ce matin, j'étais à mon cours et je n'y étais pas, je me sentais comme repasser par les mêmes paroles et je me souriais intérieurement en revoyant le sourire d'Annie. C'est Segalen que j'en remercie.

Le film d'aujourd'hui, à l'Institut, est à peu près l'antithèse de celui de Desplechin hier — et pourtant excellent, lui aussi. Illumination de Pascale Breton tient encore de l'exercice de corde raide : on ne sait à chaque séquence si l'on va tomber dans le comique, la violence, la mer, le discours sectaire, le parricide, la clochardisation, la beuverie, etc. L'imprévisibilité du parcours du personnage et la lenteur du scénario me font souvenir de Double Messieurs (1986). Alors pourquoi antithèse ? Parce que Léo en jouant dans La Compagnie des hommes commence bien et finit mal, dans un environnement urbain, riche et intellectuel, alors qu'Illumination commence mal et finit bien, dans un monde rural, indigent et prosaïque.

T. prépare des programmes de cours. Je lis quelques pages d'Alain Fleischer, des articles sur Modiano. Il fait froid et gris quand on sort faire des courses. L'hiver est vraiment là, enfin. Un bon nabé au poisson nous réchauffera ! Reprise de lectures après le dîner. Des blogs aussi.
Tiens ! Savigneau : placard... Quel air neuf pour 2005 ?


Dimanche 9 janvier 2005. Je sors rarement l'épée du fourreau.

Ping-pong à trois ce matin. Hisae et Katsunori m'ont battu à tour de rôle, et l'une a battu l'autre, mais j'ai réussi à gagner une manche et la belle contre Katsunori ainsi qu'à mettre 9 points dans une manche contre Hisae... Bref, ils sont très forts, je me bats comme un lion, mais ça ne suffit pas. Et puis je vieillis...

Du coup, dans l'après-midi, j'ai regardé une nouvelle fois (au moins la troisième) À mort la mort de Romain Goupil. D'abord, j'aime sa voix, sa façon de narrer, et puis j'aime les épisodes auxquels il fait référence. Je crois même que je les aime mieux par lui, évoqués en film et avec sa parole en off, que par Olivier Rolin en roman à peine travesti (Tigre en papier). Ça tient au ton, à une certaine empathie. Mais c'est personnel, ce n'est pas un jugement, ni de Rolin, dont j'avais beaucoup aimé le roman, ni de Goupil, parce que je ne suis pas bon analyste de cinéma.
Pour le voir, j'ai été obligé d'emprunter le coffret de dévédés à l'Institut alors que je l'ai acheté il y a deux ans. Mais voilà : je ne sais plus à qui je l'ai prêté, et la personne ne me l'a pas encore rendu...

Pendant le bien bon dîner de udon que T. a préparé avec le bouillon qui restait du nabé d'hier soir, nous avons regardé Sanjuro, film d'Akira Kurosawa, issu aussi d'un coffret de dévédés acheté à Paris l'an dernier. Décidément, c'est un temps de cinéma pour moi.

Enfin, je finirai la journée en confiant à mon cher écran, comme les diaristes d'autrefois se confiaient à leur papier ou à leur plume, que j'ai été assez troublé par les commentaires reçus hier sur le blog d'avant-hier. Une personne nommée Sans (oui : Monsieur ou Madame Sans) dit qu'elle me lit depuis plus d'un an et qu'elle arrête parce que je serais trop condescendant envers ceux qui ne sont pas de mon avis et que je serais "un peu trop autosatisfait". Au-delà des critiques, que j'accepte par principe puisque je me permets aussi de critiquer les autres de temps en temps, même si je sors rarement l'épée du fourreau, je me demande pourquoi quelqu'un ou quelqu'une se force à lire ma "prose", comme il ou elle dit, sans voir qu'il y a de temps en temps des vers, d'ailleurs, à moins que mes vers soient sauvables, mais bon, c'est un autre sujet, pourquoi me lire, donc, si l'on n'aime pas ça... Comme si cette personne était forcée ou s'était forcée. À mon avis, en deux ou trois semaines, un mois maximum, on doit savoir si on aime ou pas. Après, c'est un peu du masochisme. Ou quelqu'un qui fait des recherches, ou quelqu'un qui travaille pour quelqu'un d'autre. Mais un chercheur qui entre dans son champ sociologique pour dire à ses objets d'étude qu'il ne les aime pas, ça va pas l'aider dans sa recherche. Sauf s'il a fini et qu'il décide de vider son sac. Mais dans ce cas là, il devrait pouvoir dire pourquoi en détail, comme dit Arnaud : avec des "arguments". Finalement, je n'en sais pas plus. Sauf que maintenant, je me demande ce que ça veut dire "autosatisfait"... C'est vrai que je suis assez content de vivre, d'être au Japon, d'avoir un métier qui m'intéresse et des activités à côté que je trouve pas mal, je ne gagne pas des mille et des cents mais assez pour ne pas être obligé de tenir un livre de comptes pour savoir si je mangerai le mois prochain — d'ailleurs, si on veut gagner plus, faut pas faire prof ni chercheur. C'est vrai aussi que je suis incurablement optimiste bien que je ne croie ni en dieu ni en la réincarnation et que je sache que je suis mortel et que des signes m'indiquent que la courbe ascendante de ma parabole est finie depuis un petit bout de temps. Et alors, je ne le crie pas sur les toits mais je l'exprime de temps en temps dans un petit coin du vaste monde réticulaire, et donc ça, ça s'appelle être autosatisfait. Comme moi je dirai "autosatisfait" en voyant certaines tronches d'hommes politiques à la télé, ou de chefs d'entreprise arrogants, ou de starlettes plus bêtes que leurs pieds mais qui gagnent des mille et des cents et qui s'offrent des villas et des grosses voitures et que tous les gogos admirent. Si c'est le même mot et qu'il a le même sens, alors pourquoi je n'ai pas les villas et les voitures et les entreprises, etc.
Ceci dit, je sens venir Pimprenelle et Nicolas et tout ça ne va pas m'empêcher de dormir.



Alors là ! Chapeau, Jean-Claude !
Je me prosterne trois fois trois fois comme dans la tradition impériale pour manifester mon admiration à ta manga-synthèse :
http://www.jcbourdais.net/journal/09jan05.html
2005-01-10 01:55:02 de Berlol

Berlol a écrit :
« Bref, ils sont très forts, je me bats comme un lion, mais ça ne suffit pas. Et puis je vieillis... »
Mmmf, ça sent un peu l'excuse facile. Disons plutôt qu'ils sont mieux entraînés, non ? Moi, je ne te battrai pas, par exemple...
Sanjûrô est un film que j'aime beaucoup, bien que je préfère (de beaucoup même) le premier épisode, à savoir Yôjinbô (Le Garde du corps) ; mais ce dernier est un classique. Cependant, les deux sont excellents, et Mifuné y est, comme à son habitude, absolument génial. Quelle aura !
Dommage qu'il soit un peu en retrait dans Sanjûrô au profit de tous les jeunôts.
2005-01-10 02:09:25 de Arnaud

Effectivement, la synthèse de Jean-Claude est assez géniale !
On aimerait bien pouvoir la lire encore dans le futur ! ^-^
2005-01-10 02:19:27 de Arnaud

T'inquiète pas Berlol !
J'y ai en fait aussi un peu réfléchi. Je pensais d’abord t’en parler la prochaine fois qu’on se verrait, mais bon, pourquoi pas ici, tout de suite ! D’autant plus que mes réflexions rejoignent un peu les tiennes.
1) Si cet internaute a visité ton blog pendant un an, c'est que celui-ci n'était pas aussi inintéressant que cela.
2) Il est normal que tu sois (plus ou moins) satisfait de ce que tu fais. Si tu ne l’était pas, tu n’aurais pas cette assiduité à t’en occuper et tu aurais sans doute déjà abandonné. D’ailleurs, ce ne serait sans doute pas très agréable de lire quelqu’un qui écrirait sans aucune conviction que ce qu’il produit puisse avoir un intérêt. Et comme il y en a, visiblement, de l’intérêt, tu es en droit d’être satifait, je crois, non ?!
Voilà !
Sinon, il paraît qu’il y a eu une cérémonie des clics d’or (clicdor.com). Le vainqueur de la catégorie blog est : MonPuteaux.com. Je ne suis pas allé voir ce que cela vaut. Avis aux amateurs !
Dernier jour pour moi à Hong-Kong. Retour demain matin à l’aube avec dans les bagages, une fois n’est pas coutume, une surprise pour toi, Berlol !
2005-01-10 02:32:02 de Manuzik

Le clic d'or des "sans", ce ne serait pas mal du tout.
Ce qui me paraît d'une certaine lâcheté, c'est l'anonymat de quelques commentaires. On lâche sa petite crotte et on fout le camp....
J'avoue ne guère apprécier les pomémistes qui "bloquent" les commentaires. Sans doute pour ne pas avoir à exposer les arumentaires de leurs lecteurs.
2005-01-10 09:00:56 de Grapheus

MonPuteaux.com est un très bon, blog quil parle de vie et de politique locale. Pour celui de Berlol, j'avoue avoir été assez surprise de la réaction de ce lecteur... je feuilletais ce blog de temps en tant depuis un an, j'y viens à présent régulièrement et je ne sens pas cette autosatisfaction qu'il évoquait, pas plus que de condescendance... Plutôt une attitude de curiosité convaincue et un esprit de partage (peut-être est-ce la manière parfois - souvent - pointue et détaillée - et tant mieux car elle fait par ailleurs l'intérêt de ce partage - qu'il prend pour un exposé "autosatisfait", qui lui fait dire "blog de prof" ? bah, si la manière d'"exposer" dans ce journal était moins précise, plus en survol, qui sait s'il n'irait pas lui reprocher son manque de sérieux ! Non, je trouve ça assez hors-propos ici, je trouvais ça assez culotté quand j'ai découvert ce commentaire - j'ai même ri, me disant "ce type, il est pas gené, n'importe quoi", et ne pensant pas que Berlol le prendrait autant à coeur. Certes, la remise en question est indispensable parfois (et Berlol, on voit dans tes notes que tu ne manques pas de la pratiquer ed toi même), mais pas sur ce genre de bases - d'ailleurs, quelle bases ? juste l'expression d'un agacement inexpliqué.
2005-01-10 09:51:43 de Cel

Puisqu'il y a rebondissement, autant que j'en profite.
Je suis en accord avec Berlol sur la question Parole/Ecriture.
La meilleure preuve des recouvrements qui s'opèrent régulièrement d'un registre à l'autre, en est la floppée d'écrits qui nous encombrent, dans lesquels la "réflexion" est proche de 0 !! Livres écrits comme "on parle".
Alors qu'il est parfaitement possible, pour peu qu'on accepte de prendre un temps de réflexion, d'avoir un discours parfaitement articulé et intelligent. Et, de toute façon, ces deux modes viennent bien du même lieu : la Pensée. Pas de parole ou d'écrit sans que le cerveau ait fonctionné (correctement ou non, là n'est pas la question !!) préalablement. En quoi, dès lors, l'écrit aurait-il une quelconque supériorité ? Si ce n'est, dans une certaine mesure, parce que celle-ci serait "fantasmatique" ?
Il suffit de voir (pour parler du milieu universitaire) certains ouvrages ou certains cours professés, pour se rendre compte que, l'un et/ou l'autre, c'est "kif-kif" : lorsque la personne pense sérieusement, cela se retrouve dans la parole, comme dans les écrits. Il y a bien des nuances dans les modalités de mise en place, des distinctions de supports et de formes, mais sur le fond ?? Une autre preuve encore : lorsqu'on lit, il est souvent "agréable" et très significatif (voire signifiant dans certains cas) que l'on entende la voix de l'auteur (je parle ici pour les essais, il y aurait d'autres nuances encore à apporter dans le cadre de la fiction).
Derrida en a longuement analysé les tenants et aboutissants de cette problématique, dans nombre de ses publications. A commencer par "La Voix et le phénomène" (Quadrige, PUF), "De la grammatologie" (Minuit), "L'Ecriture et la différence" (Points-Essais, Seuil).
On a souvent reproché à Derrida ses positions sur la question, souvent parce que ses détracteurs n'étaient pas capables d'aller au fond des subtilités mises en place par la dialectique du philosophe. Il est vrai que parfois c'est vertigineux !! Mais, jusqu'à maintenant, je n'ai toujours pas entendu (lu) de critique pertinente contre ses propositions, et capable de montrer que Derrida aurait eu tort. Bonnes lectures !!
2005-01-10 09:57:07 de Au fil de l'O.

Tiens, Au fil de l'O, pendant que j'y pense : ta nouvelle adresse de Blog, ça va pas le faire, hein ! Y'a trop de couleurs (rouge) et on ne voit plus les infos de commentaire / link, etc. Et puis pour te laisser un commentaire, il faut se "loguer" chez 20six mais ça ne marche pas...
2005-01-10 11:46:22 de Berlol

Cher Berlol
Au japon,c’est aujourd’hui(le deuxième lundi fevrier) qu’on félicite les jeunes atteignants ses majorités.
J’ai vingt ans(et plus).Je ne laisserais personne dire que t’es le plus autosatisfait de ta vie…
Alors,j’ai visité hier Musée d’art Yokohama(http://www.yma.city.yokohama.jp).
Pour y aller, il ne faut que 2 ou 3 minutes à pied de la nouvelle station Minatomirai. Je ne savais pas cette route.
À l’exposition de Duchamp (http://www.yma.city.yokohama.jp/kikaku/duchamp/index.html),on peut voir “Fontaine”, “L.H.O.O.Q.” etc. Elle suit jusqu’au 21 mars.
Il y aura des programmes de cinéma ( http://www.yma.city.yokohama.jp/kikaku/duchamp/movie.html ) qui lui concernent.
Désolé, je ne peux trouver que les site japonais.
Hasta la vista,baby!
2005-01-10 12:13:06

Bonsoir et d'abord pardon d'ecrire un francais peu orthodoxe, sans accents ni cedille... mais j'ecris a partir d'un clavier que je ne maitrise pas encore... Cela dit, je reagis au blog d'il y a quelques jours concernant la parole et l'ecriture et a un de ses commentaires paru aujourd'hui.
Tout d'abord, je ne connais pas les propos cites de cette dame et il faut toujours se mefier des extraits hors contexte... neanmoins, les citations semblent montrer un des travers recurrents de certains a vouloir penser en dichotomies simplistes, ce qui precipite des lors dans les eternels ecueils dualistes, voire comme le disait Berlol manicheens. Comme peut-on, sur pareil sujet, pretendre a une telle assurance tranchee ? alors qu'une germination plus serieuse et feconde me semble resider dans la dissemination, les paradoxes du doute et de l'incertitude... seule chance dans le desir de reconciliation et d'unite. Faut-il rappeler que les presocratiques, Heraclite en tete, pensaient sans opposition...
A titre de petit exemple de la complexite des choses, pris cette fois dans la litterature la plus contemporaine, rappelons que Alain Fleischer ecrit ses livres oralement, en les dictant a une personne.
Neanmoins, et bien qu'il faille se mefier des fetichisations du livre qui realimentent l'ecueil, europeen et particulierement francais d'un culte de la litterature, d'une religion de l'art, dont de nombreux auteurs depuis Cervantes ont montre les dangers, le livre reste un objet a part et meme si l'oralite semble se tenir aux origines (ce qui n'est peut-etre pas le cas : cf. a ce sujet les commentaires de Simon Leys sur l'origine de l'ecriture et la calligraphie chinoise), l'ecrit venant apres, en quelque facon testamentaire, l'ecriture est le lieu et l'enjeu d'une parole bien differente de la parole au sens commun, c'est-a-dire orale, fut-elle des plus reflechies. Je veux dire, dans le sillage de Blanchot, que l'ecrit est le lieu d'emergence d'une autre parole, d'une autre voix, impersonnelle, venue d'ailleurs... et lorsque l'on parle en particulier de poesie, fut-elle orale, elle est d'abord le fruit d'un intense travail d'ecriture, la ou se joue quelque chose du devenir de la langue, et qui passe par un silence de la parole (envisagee comme outil de communication).
Dernier point, concernant J.Derrida et le commentaire d'aujourd'hui... Pour vertigineuses que soient ses analyses, elles n'en sont pas moins meticuleusement agencees, enoncees... si bien que quelque sens, a defaut de verite, a jamais hors de portee, en est discernable. Or, mes souvenirs des textes cites et d'autres m'ont laisse une toute autre lecture de la pensee de Derrida... et meme dans un sens contraire : il me semble en effet, avec toutes les precautions qui sont les siennes, qu'il n'a cesse de combattre toute une tradition metaphysique qui privilegie la voix au detriment de l'ecriture, ce qu'il appelle le "logocentrisme". A cette tradition de primaute de la parole, il oppose l'ecrit, le texte (ce qu'il appelle la "trace") au dire... Bref, s'il y a un defenseur de l'ecrit, c'est bien Derrida.
Cela dit, encore une fois, mefions-nous de toute simplification.
Sur ce, je vous salue bien cordialement.
Vinteix
2005-01-10 14:50:01 de vinteix

Ce n’est pas au « Sourire d’Annie » que je voulais répondre mais à cette histoire du « coup de sans »…
Je remets donc mon paragraphe dans la bonne case… et vous prie berlol de l’effacer dans le giron du sourire d’Annie que je salue bien au passage sans la connaître…je suis d’un naturel courtois…
"L'auto-satisfaction" est une drôle d'expression...Elle supposerait un fonctionnement parfaitement autarcique où les gratifications seraient en permanence auto-alimentées par un ingénieux système à mouvement perpétuel... Même une Eolienne ne peut se payer un tel attirail... Une Noria pas davantage...On dépend toujours de l'extérieur et votre blog n'existerait pas si vous vous auto-suffisiez...
Ce qui peut faire reculer, c'est la densité... comme pour le site de François BON,il y a dans vos propos une telle variété d'apports et d'approches que vous lire et vous répondre peut devenir une occupation à plein temps...
Le "sans" qui ne veut plus vous lire est peut-être quelqu'un qui n'a pas eu le courage de vous adresser ou de vous couper la parole... "Ca arrive !..." comme dirait Pascal Quignard à France Culture récemment...
Je ne sais ce qu'il faut en penser, ni même si il faut en penser quelque chose, cependant, cela pose une question de fond sur l'interférence des espaces intimes, privés et publics d'un blog. Si j'écris pour être lue c'est que j'ai quelque chose à faire savoir. Je peux me taire, c'est mon état le plus familier dans mes transactions sociales, au travail je profère les mots, les discours attendus et je fais bien la différence avec ce que je peux exprimer en d'autres contextes... Si je m'avisais à faire connaître à mes collègues de travail l'existence de mon blog, j'aurais l'impression de les recevoir tous chez moi et il n'est pas certain que cela soit souhaitable...Je le fais plus volontiers pour mes proches, mes amis et encore plus volontiers pour des inconnu(e)s dont j'attends précisément qu'ils réagissent autrement...
C'est incroyable le nombre de relations fortes et instructives qu'on peut se faire par le biais des échanges internet mais cela a l'inconvénient d'obliger au bout d'un temps à un choix.
Imaginez que dans la rue toutes les personnes que vous croisez veuillent vous dire quelque chose... ce serait intenable , non ? Comme en amour ou en amitié la réciprocité est incontournable... mais je suis vraiment curieuse de savoir
ce que vont devenir au long cours ces nouvelles modalités de rencontres et si elles seront ou non aussi superficielles et anonymes qu'on veut bien nous l'annoncer ...
Je pense que le pseudonyme "avec" est plus convivial et ouvert que le pseudonyme "sans"... et je trouverais élégant que cet(te ?) internaute s'explique davantage sur son ressenti qui vous a je crois interpellé...
2005-01-09 20:04:24 de Marie.Pool
2005-01-10 21:24:04 de Marie.Pool

Merci à Katsunori pour les infos sur l'expo Marcel Duchamp à Yokohama. Ça devrait intéresser d'autres personnes qui sont sur la région.
Merci à toutes et tous de vos appréciations, cela montre que de vrais échanges sont possibles, d'autant que cela m'apporte aussi d'autres blogs à lire !
On peut dire que les messages de Sans, paradoxalement, auront joué un rôle de "blog-booster"...
2005-01-11 13:39:26 de Berlol


Lundi 10 janvier 2005. Une épiphanie de joie qui décolle l'étiquette.

T. et moi avons été honorés d'une agréable invitation à déjeuner. Où l'on a rencontré une exquise Naomi, méritante d'avoir réussi tempuras et sobas dans des conditions limites, vu le peu de matériel de cuisine que possède Jephro... Un Jephro que j'aurais pu connaître bien plus tôt puisqu'il semble que nous ayons été au même concert des Cocteau Twins à l'Élysée-Montmartre, peut-être en 1986 ?...

Une amie m'ayant indiqué l'existence de pages très fortes sur un tsunami dans un roman de Lafcadio Hearn intitulé Chita (publié en 1889, le tsunami ayant eu lieu dans le Golfe du Mexique en 1856), je me suis demandé s'il existait quelque chose de Hearn dans le catalogue de Gallica. Je n'y ai trouvé qu'une référence : Le Japon inconnu : (esquisses psychologiques) / trad. de l'anglais par Mme Léon Raynal (Paris : Dujarric, 1904).
La question du sourire, en page 3 et suivantes, est toujours d'actualité si l'on en juge par le nombre de références dans Google et quelques pages que j'ai ouvertes au hasard. Dans ces premières esquisses psychologiques, Hearn parle d'une « loi d'étiquette, élaborée et cultivée de longue date » et je crois que cela explique suffisamment (voir aussi, page 9, « remettre le fer au fourreau »...).
Bien moins commentés sont les effets de ce sourire sur les honorables étrangers. Car c'est bien de l'étonnement de ceux-ci et de ce qu'ils imaginent que proviennent tous ces discours sur le sourire japonais. Maintenant que j'y suis bien habitué, je n'ai même pas l'impression qu'il s'adresse à moi lorsque je le perçois. Comme tout élément de protocole ou d'étiquette, comme le dit justement Hearn, ce sourire ne s'adresse pas à la personne qui le voit mais il meuble un cadre social dans lequel une communication pourra éventuellement avoir lieu, triste ou gaie, amicale ou pas.
Ces étrangers aux visages (trop) sérieux, au point qu'on pourrait les croire en permanence méchants et prêts à vous sauter dessus, devraient bien réfléchir à leur tour au pourquoi de leur non-sourire et de leur solennité, aux raisons pour lesquelles ils veulent que leur sérieux soit en permanence visible sur leur face, s'ils n'auraient pas quelque part une crainte de ne pas être pris au sérieux qui les pousse à toujours en rajouter une couche et à tirer encore plus la gueule, ou s'ils n'auraient pas toujours besoin que l'on compatisse à leur malheur et leur mal-être, quand bien même il s'habillerait de domination et d'arrogance...
Ce que j'aime voir, c'est lorsqu'un sourire protocolaire japonais se trouve recouvert par un sourire spécifique, venant d'un stimuli bien particulier et qui m'est adressé personnellement. Ces deux sourires, comme superposés, donnent l'impression d'un débordement, d'une épiphanie de joie qui décolle l'étiquette.
En tout cas, c'est un sourire comme ceux-là que j'adresse à Jean-Claude Bourdais pour l'honneur qu'il m'a fait et pour le temps qu'il a pris sur sa nuit, sans doute, à seule fin de répondre avec la plus grande élégance qui soit à ma mouche polémique de la semaine dernière. L'introduction de Hisae, de Katsunori et de Sans dans le truquage des phylactères d'un manga est également une grande première dans la spécularité narrative de l'univers littéréticulaire et je tiens à le signaler aux futurs Genette (ou à l'actuel !).



Le montage et le résumé faits par JCB sont vraiment excellents. Fort amusants, mais aussi très synthétiques aussi, doit-on souligner.
2005-01-10 16:48:04 de Arnaud

Cher Patrick,
Ma petite ballade japonaise via ton blog est toujours aussi agréable.
Hors sujet : mais juste un mot pour te remercier d'avoir rapidement envoyé l'annonce du colloque "Lévinas-Blanchot" sur Litor.
Bien à toi, dans l'amitié,
Eric
2005-01-10 20:12:15 de Eric