| Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur. |
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| Mercredi
1er décembre 2004. De l'art de mettre et d'enlever
ses gants. Fait frisquet, ce matin. Je sors les gants. Plaisir de les enfiler, de s'y sentir au chaud. Ouverture du blog Poézibao de Florence Trocmé, déjà très active sur Zazieweb — deviendra vite inévitable. Justement, j'ai reçu un colis de Zazieweb avec les ouvrages du prix de la Petite Édition. Va falloir que je les lise et que je me remette à discuter le bout de gras littéraire sur le forum... Au moins, je sais ce que je vais faire durant les fêtes de fin d'année ! Enfin... si nos nouvelles charges nous en laissent le temps. En effet, T. m'a annoncé que son père pourrait venir habiter l'appartement du quatrième à partir de la semaine prochaine. Bien sûr, nous n'aurons pas à nous en occuper en permanence (il y aura, pour cela, des gardes-malades qui se relaieront et des passages d'aides-soignants, voire de médecins en cas de besoin), mais T. en aura la responsabilité. Responsabilité qui nous semble plus légère que celle de l'abandonner dans un établissement spécialisé pour légumes, ce qu'il n'est pas (alors que les soeurs ennemies voulaient déjà l'y faire admettre il y a un an...). Mais ne vous réjouissez pas trop vite de cette sorte de happy end (provisoire, comme nous tous en ce bas monde...) : le feuilleton a déjà eu beaucoup d'épisodes depuis le mois de mai et les risques de rebondissements imprévus sont grands. Puisque des correspondants me disent que j'ai eu du mérite à finir le livre de Jean-Paul Dubois (Une Vie française), je vais enlever mes gants et préciser un peu mon avis... final sur ce roman. Beaucoup de thèmes abordés ou d'avis donnés par le narrateur-personnage-principal Paul Blick m'ont intéressé et ont parfois rencontré mon opinion. Pas toujours, mais suffisamment pour que je puisse ressentir une certaine adhésion. Disant cela, je me rends compte que le tableau d'ensemble d'une société dans laquelle TOUT marche mal, ce que brosse Dubois par thèmes, selon les périodes de la vie et les expériences vécues par son personnage, peut aller de Bouvard et Pécuchet aux Particules élémentaires — la différence entre les deux étant, du point de vue des expériences vécues, que chez Flaubert les déconfitures servent une amitié et alimentent un encyclopédisme d'allumés sympathiques alors que chez Houellebecq elles enfoncent les personnages dans leur mal-être et leur solitude, niant tout besoin d'éducation ou d'apprentissage. Or, du candide et de l'aquoiboniste, j'ai toujours su lequel choisir et jusque dans ma propre tombe, je serai de coeur avec les candides. L'aquoibonisme généralisé houellebecquien est d'ailleurs la porte ouverte à toutes les reprises en main politiques, à toutes les exactions contre la démocratie. De ce point de vue, le laisser-aller et le laisser-faire politique et social du Blick de Dubois est dangereusement pro-houellebecquien — dangereusement parce que la dérision qui accompagne cette attitude est parfois agréablement humoristique. Cependant, tout cela ne fait pas d'un livre une oeuvre littéraire. Ce que l'on peut reprocher de plus grave à Dubois, c'est d'avoir une écriture facile, qui plaira à un large public auquel elle ne demande aucun effort particulier (sinon un peu de mémoire), et par conséquent de ne pas inventer un univers romanesque indépendant du référent, de ne pas nous offrir cette mise en abyme du monde transmutée par une alchimie verbale (ce qu'a fait Flaubert, ce que fait Clémençon dans Colonie). Ça se consomme bien mais ça ne laisse pas de trace... Après deux cours et deux réunions, je suis allé me bouger au centre de sport et j'ai, pédalant et suant, entamé Aerea dans les forêts de Manhattan (Emmanuel Hocquard, chez POL, 1985, rééd. 1997). En moins de 25 pages, c'est tout de suite une autre affaire ! Le tour elliptique et fragmentaire, l'organisation tortueuse des lieux, temps, personnages aspirent le lecteur dans une rêverie active où il est d'ailleurs interpellé. Adresses, ellipses, fragments, rêveries, présence féminine, jouissances et insatisfactions, tout cela me fait penser, comme ça, sans réfléchir, à Segalen et à Louÿs. Je ne sais pas encore pourquoi... |
| Jeudi 2
décembre 2004. Je me creuse littéralement,
je m'explore... Entre les images de couples princiers nippons où ça vole bas ces jours-ci, moult reportages télévisés sur la saison du fugu (le poisson qui se gonfle pour se faire aussi gros que le boeuf). Les deux sont toxiques ; je ne mange ni de l'un entre les cuisses ni de l'autre entre les fesses (figure de style intercalaire suggérée par Julie Wolkenstein quelque part dans Juliette ou la Paresseuse). En France, la Justice baisse la garde devant l'homme "carré dans ses bottes" (entendu de la bouche d'un pro-Juppé il y a une quinzaine de jours, comme déjà dit chez Lapinos), Juppé victimisé par France 2. Le 20 Heures d'hier s'ouvrait par près de dix minutes sur cette affaire, suggérant lourdement qu'il sera disponible pour la présidentielle. Si on se rappelle comment les Guignols de l'info avaient fabriqué un Chirac victime et attendrissant (si, si) au point de participer (involontairement ?) à son élection, on peut sincèrement se demander quel jeu joue la rédaction de France 2 au moment où Sarko z'y va au poste-clé de l'UMP... Du coup, l'Ukraine passe en troisième ou quatrième titre alors que, bon, c'est l'événement principal de cette fin d'année ! Et jusqu'à maintenant, c'est un événement positif et pacifique. Les craintes de voir l'orange virer au rouge s'éloignent (les journalistes ne parlent plus de risque d'affrontements) et l'on sent la Russie hésiter. Infos heureuses mais pas assez chocs pour faire les gros titres...
Demandez
le programme
!Tout le monde le sait, c'est le bicentenaire du sacre de Napoléon 1er, occasion de revoir le David, de lire le sobre serment du récipiendaire et d'essayer de comprendre cette volonté de sacraliser son pouvoir. J'essaie... J'essaie... Je me creuse littéralement, je m'explore... J'essaie encore... Décidément, je n'arrive pas à comprendre pourquoi Bonaparte avait besoin d'un pape et d'une couronne... Pour prétendre à la noblesse ? Pour montrer aux exilés qu'il pouvait faire mieux qu'eux ? Je trouve nettement mieux de voir Chloé Delaume s'essayer au port de la perruque. Chez nous, avec David (pas le peintre), nous avons aussi eu notre heure de gloire, quand des étudiantes du club de photo de la fac nous ont sollicités pour faire des photos, dans le parc de l'université, au soleil. Un peu plus tard, juste avant une réunion, j'immortalisai à mon tour l'instant orange. Juste un petit coucou de Séoul avant
de revenir à Tokyo.
J'ai décidé d'en faire une habitude (d'écrire un commentaire à chaque voyage d'affaires)! Là, c'était moins une, car c'est la dernière fois que j'ai Internet sous la main avant de partir! A+ 2004-12-03 11:56:35 de Manu
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| Vendredi
3 décembre 2004. Le jus de pain noir, vous
voyez ? Évidemment, cours sur Sand en préparation, pas le temps pour le journal... À suivre demain. Le lendemain... Qu'est-ce que je peux sauver d'une journée comme ça, avec des trucs à faire au bureau, un shinkansen à prendre et un cours à préparer ? Un déjeuner agréable avec deux collègues. Il y est beaucoup question du voyage linguistique en préparation et qui concernera certains de nos étudiants entre leur première et leur deuxième année : ils partiront en mars prochain à l'université d'Orléans. Compte tenu des standards de vie au Japon, il faut les prévenir de tous les dangers qui les guettent (je plaisante à peine) : en famille d'accueil, il vaut mieux prévenir avant de prendre un bain à minuit ; en ville, il est presque inutile de chercher une cabine téléphonique qui marche et il sera bientôt impossible de trouver une cabine téléphonique ; la relation privilégiée au riz blanc ne pourra être aivre sément maintenue ; les signes extérieurs de richesse (sacs Vuitton et Prada, notamment) ne fonctionnent pas comme on voudrait dans toutes les rues et sont parfois causes d'irréversibles dommages, etc. À part ça, tout devrait bien se passer... Je préviens également un de mes collègues de l'excellence de la série d'émissions Les Chemins de la connaissance, consacrée cette semaine à la problématique de l'intégration, et surtout de celle d'hier qui accueillait Christophe Daadouch, secrétaire général du GISTI (Groupe d'information et de soutien des immigrés) : sans polémiquer, avec la précision d'un juriste, il démonte l'hypocrisie et le mépris qui ont sous-tendu les différentes lois sur ce sujet, au point d'en arriver presque, avec les dernières dispositions dites Sarkozy, à demander aux candidats à l'immigration d'être intégrés dès avant leur arrivée (parler français, connaître les us et coutumes, les lois et les convenances, etc.), les décisions relatives à la délivrance de la carte de séjour étant, vu le flou des textes, à la discrétion des administrations. Dans le train, je prépare à moitié le cours sur Sand. L'autre moitié du temps, je la passe à regarder, plutôt qu'à lire vraiment, le petit livre de Sonia Ezgulian aux Éditions de l'Épure, intitulé Les Épluchures - dix façons de les accommoder. J'oscille entre le débile et le génial, entre le réel et la mystification (le jus de pain noir annoncé sur le site de l'éditeur est remplacé dans le livre par la crème de pépins de courgettes au curry). Sûr que le gaspacho de peaux de tomates et de poivrons rouges, je n'en souhaite à personne, mais les tuiles de caramel à la peau de pêche, ma foi, je me laisserai bien faire. J'y réfléchis encore quelques jours et je m'en ouvre dans le forum de Zazieweb. À la maison, il n'y a plus moyen de circuler : T. a reçu son nouveau bureau, l'ancien devant être installé dans l'appartement du quatrième, maintenant presqu'entièrement meublé pour y accueillir son père (la semaine prochaine ?, il y a toujours un point d'interrogation...). Le meuble étant assez lourd, il faut attendre demain et les bras d'Arnaud pour effectuer la translation verticale. Pour finir, une bonne soupe au restaurant chinois et retour pour achever de polir le pavé à lancer dans la Mare au Diable... |
| Samedi 4
décembre 2004. « Un œuf »,
voilà ce que j'écris en premier... Il y a une grande différence entre les chapitres XIV et XV de La Mare au Diable, c'est que le premier, La Vieille, est l'ultime moment de l'aventure de Germain, Marie et Petit-Pierre en dehors de leur territoire familier, alors que le suivant s'intitule précisément Le Retour à la ferme — et au retour, on la ferme ! Durant le cours de ce matin, à l'Institut, je passe donc presque tout le temps à traiter de La Vieille, chapitre dans lequel la vieille rencontrée près de la Mare au Diable occupe moins de deux pages alors que le reste du chapitre contient la rencontre avec le Maître (fiéfé trousseur de jupons qui était absent du chapitre portant son nom) et la découverte de Petit-Pierre et Marie cachés dans un buisson pour échapper au harceleur. La vieille est sourde et enfermée dans un monde de superstition. Bien qu'il ne soit pas arrivé malheur à Germain (il a même esquivé un mariage qui l'aurait rendu malheureux), la vérité vécue de ce que dit la vieille sur ce qui arrive à ceux qui se perdent ici la nuit ravive son inquiétude sur Marie et son fils. L'avant-dernière épreuve de Germain, s'il l'accepte, consiste à démêler le vrai du faux dans les propos du fermier des Ormeaux, macho impudent et déluré. Ayant compris chez son ex-future fiancée qu'il fallait entendre le double langage et voir les visages sous les masques, il franchit un nouveau stade d'intelligence en tirant les ficelles d'un piège théâtral, laissant Marie écouter le fermier dévoiler sa vilénie et le prendre en flag, comme on pourrait dire aujourd'hui. Puis éviter le pugilat. « Il ramassa le bâton de houx du fermier, le brisa sur son genou pour lui montrer la force de ses poignets, et en jeta les morceaux au loin avec mépris.À la librairie Omeisha, j'achète la nouvelle édition de René Leys de Segalen que j'ai fait commander, celle qui servira au cours du trimestre prochain, avec un superbe dossier de Sophie Labatut qui avait déjà préparé la sublime édition Chatelain-Julien (faudra que je montre ce très beau coffret de deux volumes à mes étudiants) — avis aux amateurs, ici Équipée que j'ai mis en ligne il y a 7 ou 8 ans... J'achète aussi un livre sorti récemment et abusivement intitulé Cent Regards inédits sur le Japon (Éd. Jipango) — abusivement parce que plusieurs de ces regards sont d'une grande banalité et parce qu'inédit veut seulement dire que ces textes étaient précédemment... inécrits. Pendant que T. est partie à Okachimachi, faire des courses à Takeya, je monte le bureau au 4e étage avec Arnaud. Il peut ainsi apprécier la vue dégagée qu'on a de là-haut. Puis on va déjeuner au Saint-Martin, où T. nous rejoint une demi-heure plus tard. Paraît qu'il va pleuvoir, que la température va monter demain à 25 °C pour redescendre lundi à 13 °C !... « Un œuf », voilà ce que j'écris en premier pour vérifier la bonne installation d'un supplément de clavier, comme on dirait un supplément d'âme... En effet, depuis plus d'un an que j'écris ce journal avec le Composer de Netscape, je souffre chaque fois que j'écris « oe » pour « œ » (car ce logiciel bien pratique au demeurant ne possède pas toutes les fonctions typographiques de Word, par exemple). Or, grâce à de gentils commentateurs du blog des correcteurs du "Monde", j'ai découvert que bien d'autres humains souhaitaient approcher comme moi du nirvâna typographique... sur quoi il y a toujours à apprendre, par exemple que le petit rond qui suit l'abréviation de « numéro » n'est pas le symbole de « degré », c'est un « o » en exposant (mais je ne le fais pas ici parce que ça génère un espace interlinéaire du plus mauvais effet. Je me fais la remarque que j'ai pu écrire en japonais dans le texte html français avant d'avoir une typo correcte... Chez Remue.net, on commence à spiper comme des grands, justement sur la typo... Si c'est-y pas beau, cette coïncidence ! pendant que l'eau du konbu bout
le tara translucide tourne opaque le shungiku se fait couper la botte la brique de tofu sépare ses cubes le couvercle les achève sans lumière la surprise est prête, nabé du soir O, E collé et voila Œ
Bonheur de savoir les affres typographiques de celles et ceux qui sont si loin des simplistes écritures SMS et autres. Les correcteurs d'orthographe de nos logiciels préférés - qui ne sont d'ailleurs que de piètres vérificateurs - sont difficiles à dompter. Nous devons envisager quelques années encore avant qu'ils ne nous présentent plus "œuvre" comme "mot douteux" à remplacer par "oeuvre". Misère ! Merci pour la "sauce piquante". Dommage que l'Imprimerie Nationale - autre misère ! - n'ait point mis en ligne son "lexique des règles typographiques". Bon vent ! 2004-12-05 16:38:45 de Grapheus
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| Dimanche 5
décembre 2004. Remémoration de Noël
et du Kojiki. Après une nuit étrangement venteuse, j'ouvre les rideaux et la fenêtre pour découvrir un balcon trempé, des pots renversés et des feuilles d'arbres, érable et ginkgo, alors qu'il n'y a aucun de ces arbres dans notre voisinage. Nos trois citrons presque mûrs sont toujours bien attachés à leur branche. Le plus étonnant est tout de même la température, et la senteur de l'air : plus de 20 °C, un parfum de mai.
Ni ping-pong ni lectures
; T. et moi devons faire des courses pour achever l'équipement
de l'appartement du 4e. On commence au Tokyu Hands de
Shibuya par un gros pot pour mettre le sapin de Noël
que T. a commandé hier. Son père en ayant installé
plusieurs hivers quand elle était enfant, elle espère
une remémoration... Vendus ici dans très peu
d'endroits, en très faibles quantités et à
des prix assez élevés, les sapins sont en pot et
peuvent (en théorie) être conservés. C'est
ce que nous verrons !Diverses autres courses sur lesquelles je ne m'étale pas. Toujours en bras de chemises, je sors à nouveau vers 15 heures pour rejoindre Bikun et N. au Canal Café, près de la gare d'Iidabashi. Belle lumière, que les trains renvoient dans l'eau. J'y rencontre aussi deux collègues qui ont préféré passer l'après-midi ici plutôt qu'au cinéma de l'Institut — où il y avait pourtant trois Resnais à la suite, spécialement aujourd'hui ; mais je les comprends. Puisque Bikun m'a encore aidé à installer des logiciels après être allé au théâtre Nô avec N., puisqu'une des amis rencontrés en est aussi passionnée et puisqu'il était hier question de trois pierres à lancer dans la Mare au Diable pour éloigner les esprits, je recopie en image un bout d'article de Noël Péri figurant dans le Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient de 1920 (tome XX), à lire dans les nouveautés du mois dernier de Gallica :
« Danaesque
», pourrait dire Claude Simon... Mais chacun
pourrait y aller de son mythe : Ariane
pour le fil,
etc.Je pense que Le Potager doit connaître, lui qui circule dans le Kojiki comme moi dans le Nouveau Roman... De même qu'Au fil de l'O qui a touché du mythe comparé... Sans parler de JFM qui a du voir quelque chose d'approchant en plus d'un film... Et tous ceux qui voudront bien dire à quels autres mythes et légendes cette belle histoire d'Ikutamayori leur fait penser. Amusant tout de même que le traducteur ait cru bon d'ajouter « [connaître] », dans la phrase : « Comment as-tu conçu sans [connaître] un homme ? » — « Comment as-tu conçu sans un homme ? » devait lui paraître trop cru... Mais se rendait-il compte, comme pourrait dire Meschonnic, qu'il embiblait la chose, le Noël Péri, avec son connaître ? superbe photo et d'ailleurs je trouve que
la tour légèrement penchée rajoute un petit truc...
2004-12-05 18:06:26 de Bikun
...un petit truc d'irrégularité
qui me plaît!
2004-12-05 18:06:49 de Bikun
D'ailleurs, c'est pas ma faute si la tour
penche...
Ça ne serait pas la première dans le monde ! 2004-12-06 04:57:04 de Berlol
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Lundi 6 décembre
2004. Le bordel ambiant et le divers humain.
Comme prévu au yoyo
météo, redescente de température
de plus de 10 degrés, mais toujours avec ce beau
soleil qui tourne bas et nous entre jusqu'au fond du salon
pendant la matinée. Grand ménage.Après le déjeuner, je fais quelques photos, dont quelques-unes de luminaires et de fils électriques chauffés à blanc par l'astre du jour. Puis je rentre pour (re)regarder L'Auberge espagnole, film de Cédric Klapisch que je vais peut-être mettre au programme d'un séminaire l'an prochain. Il faut que je sois sûr de la valeur du film comme œuvre (ne pas montrer n'importe quoi) et que j'envisage divers angles d'exploitation pédagogique (linguistique, culturel, narratif, esthétique...). Je suis dérangé plusieurs fois par un livreur qui voudrait livrer avant l'heure prévue et le retour de T. Finalement, je n'en vois qu'une moitié (du film) et je vais retrouver T. à l'appartement du 4e étage où un lit électrique vient d'arriver. Je fais le cobaye pour en essayer les fonctions. T. me dit que l'arrivée de son père est prévue pour samedi prochain. Le message politique de L'Auberge espagnole, s'il y en a un, est quelque peu contradictoire. D'une part le personnage-narrateur dit (et développe) : « Je ne sais pas pourquoi le monde est devenu un tel bordel » (diversité dans les systèmes et complexité dans les réseaux), ce qui donne un aspect négatif à cette diversité (le bordel ambiant... Faudra expliquer ça aux étudiants !). D'autre part, les différences et les errances de ces quelques jeunes venus de différents point d'Europe, qui produisent des relations compliquées et parfois pénibles mais que le héros comprend comme une richesse individuelle et collective — ce en quoi il a parfaitement raison. Je pense que Klapisch a voulu montrer la coexistence de ces deux états de la diversité humaine et leur inséparabilité...
À la MFJ, notre GRAAL
est écourté pour accueillir
Olivier Corpet (directeur de l'IMEC).Présentation sommaire de l'institut, évolution historique, concept basé sur le dépôt de collections et non sur l'acquisition. Brève liste d'éditeurs, de revues, d'auteurs et d'artistes au sens large ayant déposé l'intégralité de leur fonds (manuscrits, documents divers, ouvrages, etc.). Investissement d'une ancienne abbaye, avec lourds travaux de reconstruction, transformation, modernisation, etc. De nombreux autres aspects sont montrés, photos à l'appui. La Lettre de l'IMEC en dit d'ailleurs beaucoup plus... Mais la présence d'Olivier Corpet à Tokyo est d'une autre importance : il interviendra cette semaine à l'IFJT et la MFJ pour un ensemble d'événements sur les revues. Surtout, cela indique le statut international qu'acquiert maintenant l'IMEC puisqu'une bonne partie des chercheurs qui vont y travailler viennent de l'étranger. À l'apéritif que nous offre la directrice de la MFJ, je demande à M. Corpet à quelle distance l'abbaye d'Ardenne se trouve de Cerisy. Après le colloque ILF, je passerais volontiers pour visiter... Il m'y encourage. Voilà une bonne nouvelle ! Comme l'avenir ne vient jamais seul, je rencontre aussi tout à fait par hasard Mlle M., avec qui j'aurai à travailler dès avril prochain et qui me fait très bonne impression. Ce soir encore, les meilleurs moments sont dans l'après, cette fois dans une sushi-ya du quartier, avec Brigite, François et quelques personnalités officielles. Conversations sensibles sur d'augustes personnes, secret défense (de l'édition)... |
| Mardi 7 décembre
2004. À quand un Prix Plume de plomb ? Il faut écouter le Masque et la plume d'avant-hier ! Les propos sur le Goncourt (traîné dans la boue ; et d'un niveau de français tellement bas, dit-on...) ou sur le journal de Catherine Robbe-Grillet, notamment, sont succulents. On s'aperçoit que des révélations sur le milieu littéraire d'il y a cinquante ans font encore grincer bien des dents, comme s'il y avait encore quelques nerfs à vif. Pour ma part, j'attends le livre et je ronge mon frein. J'en parlais hier avec Olivier Corpet qui apparemment n'est pas pour rien dans cette publication de l'ex Jean & Jeanne de Berg... Voir aussi les propos de Vebret dans son blog. Au courrier postal, je trouve le Magazine littéraire, avec un prétendu débat intitulé « Que faire de Jean Genet ? », dans lequel je trouve Éric Marty, sartrien désœuvré cherchant des noises à Genet, Hadrien Laroche, avec publicité pour son roman à paraître en mars prochain (!), et Albert Dichy, le compère (merci Jean-Philippe pour ce mot juste) d'Olivier Corpet à l'IMEC. Mais il n'y a pas de débat, seulement un ensemble de trois articles allant dans trois directions différentes et témoignant d'une véritable guerre de tranchées en ce moment même sur le sens à donner à l'œuvre de Genet. Pour ma part, je n'y mettrai ni un doigt ni un sou, mais nul doute que cela apportera de l'eau au moulin de notre ami de Morioka. François Bon est toujours d'actualité... Ayant appris de lui le sens de Led Zeppelin, provenant initialement de l'expression « lead balloon », j'ai entendu aujourd'hui que les Cahiers du Football décernaient chaque année un ballon de plomb au plus mauvais joueur, élu par un panel de lecteurs. Je propose qu'on fasse, pour les écrivains, un Prix Plume de plomb (lead pen)... La concurrence risque d'y être plus rude que dans tous les autres prix réunis ! Le Goncourt, malheureusement pour lui est
célèbre. Mais si t'es dans le milieu tu sais que seuls quelques
auteurs peuvent l'avoir. Et pour des raisons tout à faits légitimes.
Ces sonts des maisons d'éditions qui décident.
2004-12-07 17:55:23 de kolimasson
Il existe, en Angleterre, un prix nommé Bad Sex Prize, récompensant chaque année le roman comprenant "the worst, most redundant or embarrassing description of the sexual act" : Catherine Robbe-Grillet pourrait être nominée, à vérifier... J'ai écouté, suite à ton post et par curiosité, le dernier enregistrement du Masque à la plume, alors que je m'étais promis, suite à une émission nullissime, qu'on ne m'y reprendrait plus : j'y ai retrouvé la même impression, de profond dégoût, que la dernière fois. Leurs rires gras, leurs démonstrations prétentieuses qui n'atteignent souvent pas le niveau de ce qu'ils dénigrent, leur mépris, leurs choix de faire la critique de bouquins qui ne sont quasimment jamais essentiels. Garcin n'a pas voulu transposer son émission à la télévision : il a raison, cette dernière est assez vulgaire pour en rajouter encore. Je propose aussi un prix : celui de la critique en crotte et en toc. 2004-12-08 18:03:28 de Bartlebooth
Suis d'accord avec toi qu'ils sont généralement assez lourds, mais entendre parler en mal de Gaudé et en bien de Catherine R.-G. m'a suffi !... Il faut parfois se contenter de peu. Bon, après, je n'ai plus trop suivi... 2004-12-08 23:57:47 de Berlol
Merci à Patrick de m'avoir signalé cet article sur Genet que je n'ai pas encore lu. De Morioka, ceci . Il semble qu'une sorte de mode, héritée des USA, vise à chercher le coupable et notamment l'antisémite chez l'écrivain afin de ne pas lire l' oeuvre. De plus il s'agit pour certains d'attaquer une figure louée par les intellectuels des années 1960-1970, un parricide facile à opérer sur les morts : Deleuze, Guattari, Foucault, Barthes et Derrida. Sur la question littérature et politique et notamment le traitement littéraire de la figure du nazisme, je me permets de renvoyer à des articles parus dans Esprit Créateur, 1995 et Europe, 1996 qui ont déjà ruiné, par avance, les thèses des critiques récents. Ces articles ne sont jamais discutés car ils ne sont pas lus ou occultés dans la mesure où ils sont attentifs à la lettre même. D'autre part, il se trouve que Derrida a accepté mon invitation au colloque Genet de Cerisy en 2000, qu'avec Albert Dichy, nous avons organisé. Si Genet était antisémite comment penser que l'auteur de Glas, 1974, n'ait jamais discuté de cela ? Il faudrait organiser un débat sérieux à Tokyo sur cela, j'en avais parlé à l'Institut Franco Japonais mais sans réponse, comme d'habitude. 2004-12-10 05:26:52 de patrice bougon
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| Mercredi 8 décembre.
Pétales et pamplemousse. « J'espérais avoir le plaisir de voyager pendant un mois » ou « J'espérais pendant un mois avoir le plaisir de voyager ». La position du complément de temps le fait passer sous la dépendance de l'un ou l'autre verbe. On dira d'abord que, selon l'exercice à faire, le « pendant » serait à remplacer par un « depuis », non compatible avec le verbe « voyager ». Mais ce n'est pas tout à fait ce que mon étudiante voulait dire. Elle pensait finement à, chaque jour, pendant un mois, ce plaisir que l'on se fait du voyage à venir, rien que d'y penser. Alors le « depuis », qui résume tout le mois, est un peu faible et l'étudiante lui préférait, à raison, le « pendant ». Alors, c'est le temps du verbe qu'il faut changer : « J'ai espéré pendant un mois avoir le plaisir de voyager »... Déjeuner avec David et JFM. On rigole bien avec le dessert contrepétable : une gelée de pamplemousse aux pétales. Pour ceux qui ont du mal à comprendre cette figure à base de chiasme, j'en donne une facile et multiple, pour la pause en forêt : on se cale dans la mousse. JFM m'a parlé d'un enregistrement de Chloé Delaume dans le site d'Arte Radio. Je suis allé sur le site pour écouter... franchement, très moyen (montage en épingle du temps de cerveau selon Le Lay , et autres fadaises). Après son départ, j'ai ouvert la page du Journal de la culture de jeudi dernier, émission spéciale pour le jour du Sacre, avec vidéo : regards rapides mais assez détaillés sur le tableau de David. Par exemple, je ne savais pas que le personnage qui se trouve derrière Napoléon n'est autre que... César (avec trace de repentir de sa couronne). Après plus de dix heures passées à la fac (et non à la fuck, comme l'entendait, courroucée, la Wendy de l'Auberge espagnole...), j'avais bien droit à une heure de salle de sport. Vélo sudatoire et lecture d'Emmanuel Hocquard. Et ceci, comme un clin d'œil à George Sand... « Pas deux forêts pareilles. C'est toujours la même. Pas d'espace en forêt pour qui s'y est perdu. Ni ficelle pour en sortir ni cailloux à faire tomber des poches. Ni appels : la voix en forêt n'est qu'un son que la forêt rend à elle-même. L'absence d'espace engendre le vertige ; le défaut de mesure fait naître la peur. C'est une horloge arrêtée, un accident très feutré du sens, lequel n'a pas de commencement. Car la peur vient après, avec la pensée d'un point de départ, dans l'idée du retour au lieu de perdition. Revenir sur ses pas : alimenter la peur. C'est une circonstance très abstraite ; la forêt fait marcher celui qui s'est perdu en elle. Il va en rond, croyant trouver l'issue. Tourné en bourrique est le sort du perdu. La forêt n'a pas d'autre bout que les arbres qu'il voit, pas d'autres bords que ses rondes intérieures, pas d'autre centre que son inquiétude. N'étant ni renard ni hibou, il reste toujours étranger à ce qui l'entoure. Car, contrairement au labyrinthe, une forêt n'a pas d'issue parce qu'elle n'est fermée de nulle part. Elle s'engendre soudain dans la peur sans limite.» (Emmanuel Hocquard, Aerea dans les forêts de Manhattan, p. 52-53) Si tu veux retrouver la voix de Chloé
Delaume dans une production de qualité, je te conseille fortement
"Mani" de Dorine_Muraille (Fat Cat, 2003). Tu devrais pouvoir le trouver
facilement où tu es. Bonne critique ici : http://www.etherreal.com/magazine/disques/?file=dorinemuraille_mani
2004-12-08 21:17:32 de Bartlebooth
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| Jeudi 9 décembre
2004. Je ne rêve ni de nuit ni de lendemains. Chère Laurence, Tu viens de m'écrire (hier) avec une nouvelle adresse mais la réponse que je t'ai envoyée tout à l'heure m'est revenue juste après avec une mention d'adresse invalide... Ne pouvant donc te répondre je profite du JLR pour te faire passer ce petit message et te demander de voir quel est le problème avec ton adresse (filtre trop serré, etc.). J'aimerais bien que l'on puisse communiquer normalement ! Cher Jean-Claude, Vos photos de bandes phosporescentes sont superbes. On dirait un Étant donné de Bartlebooth ! Vous et lui avez d'ailleurs suivi ma proposition d'écouter avant hier le Masque et la plume. Avec des sentiments différents après l'écoute... Voilà pour les messages personnels. La journée a fusé comme un jeudi : deux cours de phonétique & articulation pleins de croustillants petits exercices, un déjeuner presqu'insipide (malgré la présence d'Annabelle et les envolées (de bois vert) de David sur la crêche où va sa fille), un cours roboratif sur le colonialisme en commentant une dissertation sur un texte d'Aimé Césaire (plus je lis sur ce sujet, plus ça me laisse pantois : je vois en détail ce que je savais en gros, et je me demande pourquoi ça continue comme ça dans le monde... et qu'est-ce qu'il y a comme saloperie dans plein d'hommes et qu'il n'y a pas en moi !? — si j'en trouve un milligramme, je me flingue !). « Pour ma part, si j'ai rappelé quelques détails de ces hideuses boucheries, ce n'est point par délectation morose, c'est parce que je pense que ces têtes d'hommes, ces récoltes d'oreilles, ces maisons brûlées. ces invasions gothiques, ce sang qui fume, ces villes qui s'évaporent au tranchant du glaive, on ne s'en débarrassera pas à si bon compte. Ils prouvent que la colonisation, je le répète, déshumanise l'homme même le plus civilisé ; que l'action coloniale, l'entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l'homme indigène et justifiée par ce mépris, tend inévitablement à modifier celui qui l'entreprend; que le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s'habitue à voir dans l'autre la bête, s'entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en bête. C'est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu'il importait de signaler.» (Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, 1955)L'écoute de PJ Harvey et de 4 Non Blondes sur OuïFM m'a un peu requinqué. Je vais pouvoir envisager d'aller me coucher. J'ai toujours eu du plaisir à aller me coucher et à m'endormir tout de suite pour être plus vite prêt le lendemain sans jamais me souvenir d'aucun rêve quoique de vagues traces parfois, mais j'ai aussi toujours repoussé le moment de me coucher à cause de la beauté de ces heures volées à la société et durant lesquelles mon sentiment d'existence est dans mon autarcie au maximum. Est-ce pour cela que je n'ai jamais voulu d'enfant ? Parce que je ne rêve ni de nuit ni de lendemains ? Pour les deux dernières questions
posées : oui sans doute. Mais la réponse à ces questions
pose sans cesse d'autres questions.
Je partage avec vous chaque jour le moment de me coucher "à cause..." La preuve : il est 1h55 mn du matin à Nogent le Rotrou et j'écris à un type qui est au Japon. 2004-12-10 01:56:41 de jcb
Dingue ! Encore une coïncidence. Je viens de lire qu'Aimé Césaire venait de recevoir un prix Toussaint Louverture de l'UNESCO ! http://www.alterpresse.org/article.php3?id_article=1967 Pour JCB : ne vous inquiétez pas de ceux qui vous trouvent bizarre depuis que vous écrivez un journal public ; le problème est de leur côté, ils n'ont qu'à se demander pourquoi cela leur paraît bizarre. Nous, nous ne leur reprochons pas de ne pas en faire un... 2004-12-10 07:16:22 de Berlol
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| Vendredi 10 décembre
2004. Jour noir pour le monde. Encore du bien beau temps pour la saison — de quoi en faire bisquer quelques-uns : au-dessus de 15 °C et du soleil toute la journée (c'est-à-dire jusqu'à 16h !...). C'est justement l'heure à laquelle je quitte mon bureau pour aller prendre le shinkansen en me réécoutant trois épisodes des Chiens noirs des seventies, avec des versions certes partielles mais étonnantes de quelques morceaux anthologiques de Led Zeppelin. Après ça, j'attaque avec le diable au corps et le rythme dans les doigts les deux derniers chapitres de la Mare au Diable, préparation de cours pour demain. À la maison, c'est veillée d'armes. T. finit l'aménagement de l'appart du 4e pour l'accueil de son père demain... Va falloir que je m'occupe de décorer le sapin ! (Mais pas ce soir, d'autant qu'il faut commencer par le rempoter). Jour noir pour le monde : le Japon renonce au pacifisme pour vendre des armes et désigne la Chine comme une menace potentielle. Cela veut dire que la Société de soutien à l'Article 9 dont je parlais le 15 août n'a pas réussi à influer sur la politique du gouvernement Koizumi.
Un seul mot : "baka" !
2004-12-11 11:15:32 de dabichan
Moi, je les trouve plutôt réalistes,
les Japonais! Au lieu de faire des courbettes aux Chinois pour pénétrer
leur marché à tout prix (en faisant, entre autres, le silence
sur la répression politique), les voilà plus raisonnables.
Les Français, eux, continuent les courbettes pour vendre des TGV,
etc. Le problème, maintenant, ça va être l'escalade,
sûrement symétrique, d'ailleurs. Ça promet! :(
Mais, au fait, IBM (américain) a acheté une boîte chinoise cette semaine. Bizarre... 2004-12-11 13:25:10 de Sir Reith Oubnaitch
Non, c'est le contraire, c'est une boîte chinoise, Lenovo, qui a racheté une filiale d'IBM, passant ainsi du 10e au 3e rang mondial des fabricants d'ordinateurs grand public, derrière DELL et Hewlett Packard. T'as pas bien appris ta leçon, Reith ! Tu vas te faire taper sur les doigts ! 2004-12-11 15:24:24 de Berlol
Hou là là, voilà ce que c'est que d'écouter les news d'une oreille distraite en faisant autre chose! Mais alors... c'est encore pire! :) 2004-12-12 10:06:21 de Sir Reith Oubnaitch
Bah, on se plaint, on critique (moi aussi d'ailleurs, hein), mais bon, je pense qu'il faut plutôt se mettre une bonne fois pour toute dans le crâne que le Japon a choisi, après 1945, d'être un pays satellite des Etats-unis, et qu'en conséquence il n'a pas de politique extérieure ni militaire qui soit dissociée de celles des Etats-Unis. C'est tout. C'est clair au moins. Le pacifisme n'aura été qu'un pacifisme à la République de Weimar. Imposé. 2004-12-12 13:16:33 de Arnaud
Bonjour à tous,
Moi, je pense qu'il y a plusieurs niveaux à ce pacifisme. Tout d'abord, après-guerre, c'était impossible pour le Japon d'avoir une machine militaire complète : impossible économiquement, et politiquement bien sûr. Donc, justifier cet état de fait par une constitution donnait une aura élégante à cette situation. On voit bien aujourd'hui qu'à niveau gouvernemental ce « pacifisme » n'est pas du goût de beaucoup de gens, à commencer même par les anciens (qui ont vécu la guerre) du PLD au pouvoir. Par ailleurs, à niveau plus populaire, même si c'est dur à mesurer, les gens vous disent qu'ils n'ont pas le choix : y'a la Chine et la Corée du nord (argument sur lesquels jouent beaucoup les politiques), donc on doit suivre les USA… mais il faudrait redire que ces deux pays existent depuis déjà 50 ans, et la Chine, pour ne parler d'elle, n'a jamais eu autant besoin des investisseurs japonais et vise versa, et personne dans la région n'a l'intention, et surtout pas la Chine, de laisser partir la Corée du nord dans une vrille de guerre thermo-nucléaire. La région n'a jamais été dans une situation d'aussi forte inter-dépendance. Par conséquent, l'argument « on est plus en danger que jamais » ne tient pas. L'argument de remilitarisation progressive éclairé sous ce jours, idem. Le problème du Japon, c'est qu'il est resté trop dépendant des USA en matière de défense. Le résultat, même si les forces d'auto-défenses sont superbement bien équipées, c'est que justement l'armée japonaise ce mesure en terme de qualité plus qu'en importance… Plus que de faire des déclarations inquiétantes et des démonstrations de muscles maintenant, il aurait été plus « naturel » de réarmer progressivement le pays depuis les années 1980. Ce n'est jamais bon de lier une militarisation à un sentiment de trouille envahissante comme c'est le cas maintenant. Le Japon a trop attendu, et se réveille maintenant avec la « conscience » d'un « péril jaune » pour l'intégrité de son pouvoir économique. Moi, je pense que l'on paye des années de suivisme américain, et que la « solution » de s'armer et de coller aux USA en terme de politique militaire n'est pas plus maline. Le Japon oublie trop souvent qu'il est un pays pays d'Asie, et que si vraiment un conflit militaire venait à se déclarer, il y a très peu de chance pour que les USA fassent beaucoup, plus même, puisse faire beaucoup pour la protection de l'archipel, surtout si les intérêts américains se sont alors déplacés davantage vers le continents… Dans un autre registre : le marché chinois est largement pénétré par les Japonais, et ce depuis longtemps. En fait, l'après-guerre n'a jamais interrompu la présence japonaise en Chine. Et le Japon est bien le seul pays dans ce cas. Et la politique étrangère actuelle du Japon a plutôt tendance à mettre en danger cela que le contraire. 2004-12-13 01:04:43 de Acheron
Salut Achéron,
Tu as raison, je pense, de souligner que ce débat sur l'armée, s'il n'est pas récent, n'a par contre pu se réaliser que ces dernières années. De toute façon, d'une manière générale sur la planète, le débat identitaire et "sécuritaire" a connu un grand renouvement après la chute de l'U.R.S.S., tout au long des années 1990. Beaucoup de choses qui étaient contenues ont explosé, quand on en a pas inventées de toutes pièces pour qu'elles explosent. Il faut aussi préciser quelques points historiques qui montrent l'ambiguité du pacifisime au Japon. Tout d'abord, rappelons nous que les conservateurs et les partis dits progressistes sont à égalité comme forces politiques jusqu'en 1955. Dans la période suivante, tout en restant une puissance politique de premier plan, le PS et le PCJ décroissent lentement jusqu'au début des années 1970. Dans l'immédiat après-guerre, lors de la mise en place de la Constitution (1946), puis de la signature du premier Traité de défense avec les États-Unis (1951), suivant en cela une volonté qu'on peut dire collaborationniste, le parti de gouvernement Jiyûtô (Parti Libéral ; ce n'est pas l'actuel, mais l'embryon du PLD actuel) accepte la proposition américaine de castrer l'armée tout d'abord en échange du respect intégral de la personne de l'Empereur, puis parce que le PL pensait préférable d'adopter une politique basse (cad : de valets) vis-à-vis des États-Unis afin de conserver pour eux le pouvoir. La constitution pacifiste et le désarmement, voulus par les Etats-Unis, sont soutenus par les conservateurs au pouvoir, eux-mêmes largement issus de l'appareil politique d'avant-guerre (les politiques, et non pas les militaires ; notamment YOSHIDA Shigeru). Les partis et mouvements progressistes critiquent à ce moment-ci acèrbement ces projets, interprétés comme allant à l'encontre de la défense nationale et de la souveraineté du peuple japonais. Le problème vient avec le tournant de la RPC (1949), puis le déclenchement de la guerre de Corée l'année suivante. Les États-Unis veulent, dans ce contexte, brusquement réarmer le Japon, afin d'avoir une force locale à utiliser dans le cadre des conflits locaux. C'est comme cela que l'on fait habituellement dans beaucoup de dominations coloniales historiques, afin de ne pas avoir à sacrifier trop de métropolitains (de soldats américains donc) dans le cadre d'un conflit (cf. "l'armée irkienne" actuelle). D'ailleurs, la Corée du Sud a été armée dès cette époque et fonctionne selon cette logique. Le PL, pacifiste jusqu'à hier, approuve à nouveau la voix des Etats-Unis, et commence à préparer un programme de réarmement, donc la première étape est le Traité de 1951. L'étape suivante, dès cette époque, est bien évidemment la révision de la Constitution, promulguée pourtant à peine quelques années avant. Comme quoi, la « paix éternelle » voulue par les États-Unis ne dure pas si longtemps que les mots pouvaient le faire croire... C'est à partir de ce moment, lorsqu'ils comprennent que toute la politique des conservateurs n'a été que du suivisme envers les États-Unis et de l'hypocrisie, que le PS et le PCJ change eux aussi de cap et choisissent de défendre d'une part le pacifisme, et d'autre part — surtout — la Constitution, dont les dirigeants (conservateurs) disaient qu'elle avait été voulue « par le peuple » et que l'on propose maintenant de bafouer sans égards. Le problème des progressistes devient donc — toujours pour défendre l'idée même de souveraineté japonaise — de défendre la Constitution et le pacifisime, puisqu'ils ont été voulus et acceptés par le peuple japonais. Il s'agit donc, également, d'intégrité intellectuelle, surtout que les partis de Gauche ont toujours critiqué l'Occupation américaine (1945-52), puis le suivisme vis-à-vis des États-Unis. Par-dessus, se greffe peu à peu, au cours des années 1960, une conscience de l'énormité des crimes commis lors la 2nde Guerre mondiale en Asie (conscience bien tardive, on peut le souligner), puis une critique de la guerre en soi. Cette conscience de la responsabilité vis-à-vis des autres, si elle vient tard, vient bien évidemment renforcer la position des partis opposés à la réforme constitutionnelle militariste. Face à cela, le PLD (formé en 1995 pour contrer la montée du PS, en passe de devenir le parti de gouvernement) se trouve pris, pour le moment, à son propre piège, puisque ce sont les conservateurs eux-mêmes qui ont inscrit, en 1946, le pacifisme dans le texte de la Constitution. Mais aujourd'hui, en 2004, il n'y a plus que les conservateurs dans le paysage politique. Leur monopole du pouvoir pourrait bien disparaître ceci-dit : lle pouvoir du PLD, parti d'union de toutes les droites typique de la Guerre Froide, semble ne plus devoir durer. Tout ceci explique, je pense, que l'on se presse aujourd'hui de faire ce que l'on n'a pu faire hier. 2004-12-13 02:58:02 de Arnaud
Le PLD a été formé
en 1955 et non en 1995 (bas de mon post).
Renouveau et non "renouvement" (haut du post). Autant pour moi. 2004-12-13 03:22:39 de Arnaud
Merci de ces précieux commentaires.
J'ai toujours pensé que, pour être un pays "normal", le Japon
devrait être "normalement" armé. Et qu'à ne pas l'être,
on ne fait que développer l'infantilisme des "citoyens", dans
un pays assisté par les US.
Infantilisme = qui n'ont pas la parole. Mais ces décisions qui viennent d'être prises le sont encore une fois sans rien demander aux Japonais et sans même les prévenir. J'en veux pour preuve que toutes les personnes (japonaises) que j'ai informé de ces décisions depuis ce 10 décembre m'ont répondu qu'elles n'étaient pas au courant, alors que la télé diffuse en boucle des "infos" sur les dernières starlettes coréennes et sur des enquêtes criminelles, ce qui revient alternativement à distraire et à faire peur, ce qui n'est en aucun cas "informer". 2004-12-13 07:08:30 de Berlol
Hmmm, le problème des médias au Japon, et partout en général, est un vrai problème. Pour moi, le Japon est un des rares pays où en regardant la télé tu peux être paradoxalement complètement coupé du monde… je ne parle pas d'une info partiale ou même incomplète, je parle de silence pur et simple. J'ai moi aussi fait l'expérience de la non-information sur des points de politiques intérieures importants dans ce pays… mais moi alors, je m'informe bien, non !!?? Je pense que l'information est quelque chose qui se passe dans les deux sens, dans un rapport de réciprocité médias-auditeurs. Mais ici, l'auditeur est en pure position de « récepteur ». L'info est la même sur toutes les chaînes, avec très peu de mise en relief. Et ce n'est pas près de changer tant que les récepteurs ne se mettent pas en demande, en recherche de l'information. Il faut que la recherche de l'info soit une fin en elle même, pas quelque chose qui vient simplement interrompre les émissions des ploucs de la télé. Tiens, je saute du coq à l'âne (mais pas tout à fait quand même) : ce qui est incroyable, c'est qu'en un sens, j'en viendrais presque à trouver dommage que la menace du service militaire n'existe plus en France… 2004-12-13 09:09:20 de Acheron
Voici un article du 21 décembre. Je poste ici pour être en cohérence avec le blog. En tous cas, c'est étrange : je n'en ai pas etendu parler aux médias japonais d'heure de grande écoute. Encore l'activité de censure systématique de la NHK (il n'y a pas d'autre mot) vis-à-vis des nouvelles à ne pas faire circuler... « Des villes japonaises se mobilisent pour refuser de participer à la guerre LE MONDE | 21.12.04 | Tokyo de notre correspondant Alors que le gouvernement japonais renforce sa stature militaire en s'écartant de la position strictement défensive de la politique de sécu-rité qui fut la sienne, des municipalités entendent se proclamer "villes ouvertes" en cas de conflit et revendiquer le droit de refuser de participer à une guerre. C'est le cas de Hirakata (400 000 habitants) dans la banlieue d'Osaka dont 18 000 habitants ont déposé une pétition auprès de l'assemblée locale, demandant qu'elle ouvre un débat sur leur demande. Celui-ci a commencé le 9 décembre. Si le conseil municipal vote une déclaration de "non-belligérance", Hirakata sera la première municipalité du Japon à se proclamer collectivement "objecteur de conscience". Le mouvement en faveur "de déclarations de zones de non-défense", lancé en mars, regroupe une quarantaine de municipalités parmi lesquelles un arrondissement de Tokyo dont les habitants ont lancé des campagnes de pétition et ont constitué un réseau national. Cette nouvelle forme de mouvement antiguerre est soutenue par les sociaux-démocrates et les communistes ; le parti centriste Komei et la première formation d'opposition, le Parti démocrate, sont hésitants ; quant à la majorité libérale-démocrate, elle le dédaigne. Alors que la décision de maintenir les troupes japonaises en Irak a fait brutalement chuter la popularité du premier ministre, Junichiro Koizumi, cette campagne pourrait s'étendre. Les pétitionnaires se réfèrent à la Convention de Genève de 1949 sur la protection des victimes des conflits armés et à son protocole de juin 1977, qui ont été ratifiés par le Japon. Dans son article 59 de la Convention sur les "localités non défendues", il est stipulé que les belligérants n'ont pas le droit d'attaquer celles qui ont fait savoir qu'elles ne se défendraient pas. "Notre objectif est simple" explique maître Takeo Matsumoto, l'un des initiateurs du mouvement : "Le Japon est en train de renier l'article 9 de sa Constitution par lequel il renonce à la guerre comme moyen de régler les différents internationaux. Or, en tant que citoyens, nous refusons de collaborer à une guerre et nous entendons le faire savoir avant qu'elle ne soit déclenchée." A contre-courant du consensus mou qui prévaut dans l'Archipel - la majorité des Japonais sont hostiles au maintien de leurs troupes en Irak mais ne manifestent guère leur opposition -, "nous devons nous faire entendre individuellement et forcer nos municipalités à relayer nos voix", poursuit cet avocat des droits de l'homme qui depuis quarante ans a défendu des syndicalistes, les victimes du drame de la pollution à Minamata et les minorités discriminées. Hirakata, cité dortoir d'Osaka, qui a fait partie autrefois de la "ceinture rouge" de la troisième ville du Japon, c'est-à-dire des municipalités dominées par les communistes et les socialistes, a un passé de ville militante : en 1982, elle s'est déclarée "ville pacifique et non nucléaire". Conscient de l'état d'esprit de ses habitants, le maire, Hitoshi Nakatsukasa, se retranche derrière la législation sur l'autonomie locale pour déclarer irrecevable la démarche des pétitionnaires. A Osaka, en dépit de 60 000 signatures, le conseil municipal a rejeté une pétition analogue. Au-delà du débat sur la recevabilité juridique de ces demandes, le mouvement des "villes ouvertes" est l'une des expressions d'un activisme citoyen, parcellaire, fragmenté, et le plus souvent ignoré des médias, dont les réseaux innervent néanmoins en profondeur la démocratie japonaise et que le pouvoir politique est progressivement contraint de prendre en compte. Philippe Pons • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 22.12.04 » 2004-12-25 14:30:56 de Arnaud
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| Samedi 11 décembre
2004. Nocturnes agrumes de l'été
japonais. Difficile de faire une journée plus pleine et variée ! Ça commence avec le cours sur les deux derniers chapitres de La Mare au Diable. On y voit comment George Sand a orchestré symétrie et répétition. Ces chapitres intitulés La mère Maurice et La petite Marie, dans cet ordre générationnel, font pendant aux chapitres du début intitulé |