J
ournal LittéRéticulaire de Berlol

Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Février 2005

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Mardi 1er février 2005. Ma mauve bulle de mots.

Va nef encor — perce sud-ouest !
Vibrez caténaires ! Résonnez tunnels !
Dans l'exacte baleine à fenêtres
Leysy Pékin me berce — incrédule
Tiède apesanteur en ma mauve bulle de mots
des heures sans limite passeraient des jours

Freinage lent pourtant, courbe plein nord, bientôt éclôre, s'y faire...

Et ressortir à l'air libre après le trajet en métro, grand soleil et froid piquant, presque l'heure d'aller déjeuner... Une demi-heure plus tard avec David au Downey, hamburger aux champignons... dont les effets euphorisants seront les bienvenus pour une surveillance d'examen... elle même suivie de séances de corrections, entrecoupées de thés, la journée passe, jusqu'à l'heure glaciale d'aller faire des courses pour le dîner. Et on remettra ça demain.

Comme promis, quelques excerpta (comme disait Quignard) de l'émission Du jour au lendemain du 17 septembre 2003 avec Frédérique Clémençon..

« Je pense que chaque groupe social génère sa propre bêtise ou sa propre folie. Personne n'en est exempt. Je ne crois pas.»

« [...] ce que je pourrais mettre dans un prochain livre... Mais ce sont plutôt des choses difficiles à dire, des thèmes. Je pourrais vous dire par exemple que si j'arrive un jour à écrire mon troisième roman, j'aimerais y parler de l'entreprise... On verra ce que ça va devenir, tout ça... Décrire un univers particulier qui serait celui de l'entreprise. Comment faire de ça,  qui me semble intéressant, on vit dans ce monde-là, comment en faire une matière romanesque sans que ce soit ni caricatural , ni sans que ce soit un stéréotype, sans que ce soit un massacre en règle... Comment faire de l'écriture avec ça ?... Sans que ce soit un roman engagé, par exemple. Ça, ça m'est complètement étranger.»

« S'il n'y avait que ça [i. e.: des trouvailles et du savoir-faire], ce serait terrible ! Ce serait un travail de faiseur. Ce serait sec, ce serait sans âme. Ce serait un travail, je pense, pour moi, un travail malhonnête, ce serait terrible.»

« C'est quand même une drôle d'affaire, ça. De s'asseoir à son bureau, sur sa petite chaise, d'ouvrir son ordinateur et... on va raconter des histoires. C'est quand même une activité très curieuse. Je n'utilise plus de crayon, plus de papier. Et c'est un bon instrument pour moi parce que le texte, je trouve, est tout de suite mis à distance. Donc c'est plus facile de le corriger, de le modifier, d'en être critique.»

« Je n'ai pas peur, quand j'écris. Je ne me fais pas peur. Ça reste d'abord, avant tout, un plaisir. Je ne comprends pas d'ailleurs qu'on puisse dire autre chose que ça. Le discours de la souffrance créatrice, je dois dire que ça m'agace ! Prodigieusement ! Oui, je trouve ça indécent.»

Ça n'avait pas l'air de se passer super bien, avec Veinstein. Y'a souvent du mou dans la connivence, on la sent un peu rétive, la Frédérique. Des gros silences gênés, des questions qui tombent à plat. Mais au final, des choses assez fortes qui sortent, quand même. Et après avoir lu Colonie, ça prend du relief.


Je rebondis, legerement, sur les propos de Frederique Clemencon concernant l'affect de la creation. Bien sur, son sentiment est tres personnel et subjectif - en la matiere, nulle regle -, mais je crois que pour de tres nombreux ecrivains (nul besoin ici de citer), la creation est un melange indistinct et ambigu de plaisir et de souffrance (ou de peine...). Sans se rallier a l'image, historiquement datee et connotee du "poete maudit", il est un peu simpliste, en tout cas largement personnel, de declarer "qu'on (ne) puisse dire autre chose"... En particulier si l'on parle de poesie, au sens large, entendue d'abord comme experience de langage, dans un esprit et un corps, aux limites perilleuses du sens, ecrire est alors une entreprise qui s'appuie bien souvent sur une douleur, un deuil mais qui les transmue en effet en joie, en infini... avec, comme dit P.Michon, "des blocs de jouissance", des moments d'extase, cependant assez rares, proches d'une extase erotique... ou d'un enfantement. Bien sur, ne pas sacraliser cette douleur ou cette joie... mais les deux sont tres souvent indissociablement lies et je ne pense pas que cela soit "indecent" de les eprouver corps et ame dans l'acte d'ecrire. Apres, c'est une question d'exigence par rapport au langage, de confrontation au mythe du langage, dans ce qu'il a d'obscur, d'imparfait, de mystere, mais aussi de ressources inepuisables, d'inventivite... Dans ce creusement de la langue, pour depasser souffrance et joie melees, peut-etre faut-il se situer dans un etat d'innocence sauvage, extremement rare, me semble-t-il... mais que certains parviennent a atteindre, sans s'y installer confortablement et durablement, "simplement" par illuminations...
Bien a vous.
2005-02-02 07:05:44 de vinteix

A Vinteix, amicalement.

Cette ambiguité dont vous parlez, je la partage et la connais. L'agacement ressenti, et que j'évoquais maladroitement au cours de cet entretien (oui, Berlol, c'était ... ah... cruel que vous êtes), concernait le discours complaisant tenu souvent dès qu'on évoque la création artistique (resucée, oui, de poète maudit mais pas seulement - il faudrait sans doute faire une petite sociologie des représentations de l'artiste à la fin du XXème et au début du XXIème siècle) et qui devient, parce qu'on tient ce discours devant un public, un spectacle, à la fin duquel on sort paré des beaux atours de l'artiste torturé (donc doué, donc touchant du doigt quelque chose comme le divin ou quoi que ce soit qui distingue, pensez : les mots sont ses maux, great), qui servent à certains de légitimation. Cette indécence serait-elle le propre des mauvais écrivains? Je l'ignore, et cela m'intéresse peu de le savoir.

Ce n'est pas la souffrance que je nie, simplement la dire pour légitimer une place (et rarement évoquer la joie immense - je suis contente que vous parliez de Michon, que j'aime tant) me donne la nausée. C'est l'indécence de ces aveux qui m'est inspportable, qui me les rend odieux - quand ça ne me fait pas rire. Mes bagarres, batailles, prises de bec avec les mots ne regardent que moi, font partie intégrante de cette activité étrange à laquelle j'ai choisi de consacrer mon temps : c'est, d'une certaine façon, mon tribu à la langue, auquel je consens avec plaisir... dans la colère de l'échec, du chagrin des mots qui ne viennent pas et restent sur le bout de la langue, c'est bien le moins, sinon il vaut mieux songer à autre chose.

Que voulez-vous... Choix et liberté (devant la page blanche qui, peut-être, résiste, je suis seule et libre - et j'oserais me plaindre?) sont un tel luxe, fût-on un écrivain pauvre, que les minauderies dans lesquelles beaucoup se complaisent ne peuvent qu'irriter. L'enfer, pour moi, au jour d'aujourd'hui, c'est :
- ne pas avoir un centime à dépenser pour nourrir ma famille
- me lever à cinq heures du matin pour aller travailler
- perdre deux heures aller, deux heures retour dans les transports en commun dans l'inconfort et le froid pour aller ...
- ...me faire insulter par un petit chef frustré que ma fatigue et ma tristesse réjouissent et excitent encore davantage
- passer huit heures de mon temps à une activité ennuyeuse à mourir et que je n'ai pas choisie
- rentrer crevée et ne pas avoir de temps à consacrer à ceux que j'aime
- dormir enfin ... jusqu'à cinq heures, et on recommence.
Là, le corps et l'âme trinquent, oui, assurément.

Entendons-nous bien : ne plus pouvoir écrire me terrifie quand je mesure ce que l'écriture me donne et ce que je perdrais si tout cela s'arrêtait, ce serait un autre enfer car la littérature fait partie de ma vie au même titre que l'air que je respire, mais je ne suis pas née dans les livres, j'ai vu autour de moi trop de gens s'éreinter à la tâche, corps et âme, et faire, une vie durant, ce qu'ils n'aimaient pas, parce qu'il fallait bien nourrir ceux qui vivaient sous leur toit, je sais assez ce que cela signifie de sacrifices pour venir maintenant faire mon intéressante et montrer mes bleus d'artiste. Ceci explique sans doute cela. Je ne nie pas la réalité de la souffrance dont vous parlez, mais qu'elle demeure à une juste place. (Innoncence sauvage me plait bien)

Bien à vous itou.
2005-02-02 10:35:07 de Frédérique Clémençon

Merci des précisions et pardon pour la cruauté... qui n'en est pas, en fait (vous le savez bien).
Différence bien notée (et approuvée) entre les souffrances de l'artiste (possibles, peut-être même souhaitables) et l'ostentation des souffrances par l'artiste même, dans un discours au statut ambigu (se faire plaindre ? se faire aimer ? se faire détester ? etc.?).
J'y suis ?
2005-02-02 11:06:50 de Berlol

Dans le mille. (oui, je le sais bien)
2005-02-02 11:12:14 de Frédérique Clémençon

Precisions faites, je vous rejoins tout a fait. Foin des parades et des postures.
2005-02-02 11:59:50 de vinteix
Et si on recollait les deux morceaux du créateur : ici la plainte et la jouissance de l'écriture en reprenant l'expression de Philippe Djian qui évoquait le "drôle" de peintre Bram Van Velde dans le titre d'un livre (chez FLOHIC) : "Il dit que c'est difficile !"
2005-02-02 20:26:37 de Marie.Pool

Est-ce que ça existe , les blogs de bien-pensants?
2005-02-02 23:34:57 de Sans

(réaction nerveuse à l'intervention précedente).
2005-02-02 23:41:05 de Sans

Ah, mon petit Sang, vous faites bien de préciser, parce que j'ai cru que j'allais encore en prendre une, là.
2005-02-03 08:27:08 de Frédérique Clémençon

"petit Sang", c'est très gentil! Vous me faites rougir!
PS: Vous aviez un doute?
2005-02-03 18:58:56 de Sans

ah mais oui on s'habitue à force - surtout après la notule du 31 ... (vous aimez bien Jean Lefèvre et Bernard Blier?)
2005-02-03 20:39:25 de Frédérique Clémençon

Vous êtes finalement assez rosse, un peu cruelle, sanguinaire.
Je vais lire "Colonie" jusqu'à la fin.
Tant pis pour vous.
S.
2005-02-03 23:42:13 de Sans

Non, vous vous méprenez sur mon compte, mais comment vous le dire... Vous foncez bille en tête, là, et hop, on ne peut plus rien faire, me voilà réduite au rang de mégère. Moi = bonne fille un rien taquine, aucun lien de parenté avec Carabosse, vous dis-je. Rosse ("assez" - merci, vous êtes une fois encore princier) ? Cruelle? Sanguinaire? De vilains souvenirs vous hantent, peut-être? Allez vous allonger sur un divan moelleux.
Mais vous ne m'avez pas répondu, tout occupé que vous étiez à me faire trembler, voire à brandir de viles menaces, vilain (je change de registre, là, maman n'est pas contente, vous avez noté?) : aimez-vous les Tontons flingueurs, oui ou non ? - référence qui ne va sans doute pas arranger mes affaires avec vous, petit Sans/Sang/S'en fiche/Sent bon le miel d'acacia.
(je vais m'exiler dans un pays sans téléphone, sans ordinateur : je ne verrai rien de vos méchancetés, vous pouvez y aller)
2005-02-04 09:17:01 de Frédérique Clémençon

Tant pis si c'est un piège, mais oui ce film est un des premiers que j'ai vus à la télévison chez ma grand-mère donc un dimanche et c'est plutôt un bon souvenir. J'adore Blier père.
2005-02-04 12:28:28 de Sans

Un piège ? Mais pourquoi ? Moi aussi, j'aime les Tontons flingueurs, j'ai même acheté le DVD l'an dernier...
2005-02-04 12:37:33 de Berlol

Vous voyez bien que vous me prenez pour une perfide... Un piège? Horreur. C'est faire injure à mes amours.
Un jour, peut-être, on jouera aux Tontons flingueurs, dont je connais des dialogues entiers. Et moi aussi, j'adore Blier père.
Merci, Berlol, de me sortir des griffes méfiantes de notre malheureux ami.
2005-02-04 20:42:06 de Frédérique Clémençon

Le Rhume du "foin" ?
"Parade "? = Actifed *" Posture"
(huit jours maximum,prendre la formule jour/nuit)

Si vous éternuez toujours au delà d'une semaine, consulter votre médecin , l'ablation pure et simple des sinus inflammés est envisageable...(Nota Bene : éviter de fréquenter des vampires tant que votre rendez-vous opératoire n'est pas fixé, vos saignements itératifs peuvent les attirer et la chute des globules devient alors irréversible...)
2005-02-04 23:19:40 de Marie.Pool

Vous ne me croirez peut etre pas mais je vais vous le dire tout de même, bien que je ne vous connaisse pas, amis bloggers (c'est con comme phrase quand meme), mais Mme Clémençon a été ma prof de français l'an dernier, pendant a peu près la moitié de l'année, en tant que prof remplacante. On a apris qu'a la fin de l'année qu'elle était écrivaine, par une autre remplacante (car la remplacante de la remplacante s'est fait remplacée... cherchez pas -___- ). Eh ben chais pas pourquoi mais tout d'un coup j'ai envie d'acheter un de ses livres :D
En tout cas, elle est SUPER sympa, toujours en train de mettre la bonne humeur ou de plaisanter :)
2005-05-20 13h34 de Saï



Mercredi 2 février 2005. Ces légumes qui n'en finissent pas de rendre.


L'arrosoir arrosé.


Au secours, il est revenu ! Cette fois, on est tous mouillés !!...

Belle empoignade aux Mardis littéraires d'hier. Ivan Jablonka défend ses Vérités inavouables de Jean Genet face à Dominique Eddé et Albert Dichy qui lui reprochent ses interprétations extravagantes dans la droite ligne, semble-t-il, de celles d'Éric Marty. Un Marty qui a dû, derrière son poste de radio, sentir le vent du boulet. Le mal vient de plus loin. Le fond du problème est, selon moi, que des intellectuels aient besoin, génération après génération, de présenter une copie propre intitulée « Toute la vérité sur... », suivi du nom d'auteur insaisissable que vous voudrez, croyant nettoyer (c'est leur besoin on ne sait d'où venu) les couches d'interprétations anciennes avec la leur alors qu'évidemment il ne font qu'en ajouter une.
Genet quant à lui, avec ou sans grano salis, me fait penser à ces légumes qui n'en finissent pas de rendre.

Je reviens de la bibliothèque où je suis allé chercher la citation que nous a faite François Bizet lundi soir...
« Les mots. Vécue je ne sais comment, la langue française dissimule et révèle une guerre que se font les mots, frères ennemis, l'un s'arrachant de l'autre ou s'amourachant de lui. Si tradition et trahison sont nés d'un même mouvement originel et divergent pour vivre chacun une vie singulière, par quoi, tout au long de la langue, se savent-ils liés dans leur distorsion ?
Pas plus mal vécue que n'importe quelle autre mais cette langue comme les autres permet que se chevauchent les mots comme des bêtes en chaleur et ce qui sort de notre bouche c'est une partouze de mots qui s'accouplent, innocemment ou non, et qui donnent au discours français l'air salubre d'une campagne forestière où toutes les bêtes égarées s'emmanchent.
[...] Si quelqu'un espère qu'au moyen d'une telle prolifération — ou luxuriance — de monstres il pourra soigner un discours cohérent, il se trompe : au mieux il accouple des troupeaux larvaires et sournois pareils aux processions des chenilles processionnaires, qui échangeront leur foutre pour accoucher d'une portée aussi carnavalesque sans portée réelle, sans importance, issue du grec, du saxon, du levantin, du bédouin, du latin, du gaélique, d'un chinois égaré, de trois mongols vagabonds qui parlent pour ne rien dire mais pour, en s'accouplant, révéler une orgie verbale dont le sens se perd non dans la nuit des temps mais dans l'infini des mutations tendres ou brutales.»
(Jean Genet, L'Étrange mot d'..., in Théâtre complet, section Œuvres critiques, Gallimard, coll. La Pléiade, 2002, p. 887 ; initialement paru dans Tel Quel, n° 30, 1967).

À l'opposé de ces accouplements infinis de mots (qui rendent vaines les tentatives d'assignation définitive du sens par des intellectuels que limite leur visière idéologique et leur carrière personnelle), il y a les mots morts-nés, la textualité-machine (opposable à la textualité-événement), le produit fabriqué pour coller à son époque et en révéler les tendances alors que tout le monde les connaît déjà. Ces défonceurs de pas-de-porte surfent sur l'innovation technologique et la performance marketing* pour faire croire à de la nouveauté, voire à de la littérature ! C'est grâce au blog de Sébastien Bailly, lui aussi bien informé, que j'ai téléchargé et lu Tookassé.com, un rapide roman de Dominique Marie Dugasse, Olivier Grenet et Sébastien Petit (trois chômeurs d'une start-up ayant fait faillite), chez Télémaque.
Mais c'est peut-être moi qui me trompe. Peut-être que ça ne prétend pas être de la littérature. Seulement une mise en scène du cynisme de la net économie, comme on dit. Sauf qu'on s'en amuse aussi, et que tout le monde ne sera pas critique. Donc ça dénonce mais quelque part ça racole aussi.

« Pourquoi, à ton avis, y a-t-il eu ce vent de folie sur Internet ?
Stéphane sourit.
— Parce que des jeunes entrepreneurs ont senti venir des États-Unis un doux parfum d'argent facile. On aurait dit le lancement d'un nouveau jeu de la Française des Jeux : grattez un investisseur, gagnez 10 millions de francs ? »
(Tookassé.com, p. 79)

« Tookassé se porte bien ! me singe Alain. On a juste décidé de tout dégager et de travailler par terre, la tête en l'air parce qu'on est vachement trendy et qu'on adore le feng shui ! » (Id., p. 145)

Le feng shui ? Celui dont parle Segalen à la page 116 de René Leys ? Dingue, il en a fait du chemin celui-là ! Justement, il sera question de Segalen, m'informe JFM, demain dans Espace 2, à la radio suisse-romande... Qu'on se le dise.

* merci au passage à Élisabeth Flory, du blog Coq-à-l'âne, pour tout ce qu'elle nous aide à savoir du milieu de l'édition.


Décidément, je suis toujours surpris par la différence de climat entre la plaine du Kantô (Tôkyô-Yokohama) et l'au-delà, tant au nord qu'à l'ouest.

... il neige à Nagoya ?
2005-02-02 02:24:54 de Arnaud

Non, pas tous !!! Certains êtres virtuels ont réussi à échapper à la matrix !! La toile permet le camouflage filet !! Filé ?? Filer ?? Fil et...
2005-02-02 08:07:33 de Au fil de l'O.

Précision : Facile d'échaper à la Matrix, suffit de connaître la Matrix, mais que la Matrix ne vous connaisse pas !!! CQFD
ouarf, j'm'amuse comme un petit fou !!
2005-02-02 08:09:55 de Au fil de l'O.

L'arroseur arrosé ! Je chez JC Bourdais, j'arrive là en plein partie de pingpong avec F. Bon, je clique... Je tombe sur un arrosoir (nippon c'est sûr, si on enlève un peu de neige, on peut voir "made in Japan") je clique encore et je reviens chez JC Bourdais. Il y a des jours où on tourne en rond.
2005-02-02 08:13:28 de Simone la rebelle

Y'a ka changer de jour...
(merci quand même du tour de ronde !)
2005-02-02 14:00:04 de Berlol

Pour Genet, il semble que certaines personnes cherchent à ne pas lire et à faire un parricide, celui des pères d'une génération : Deleuze, Guattari, Foucault, Derrida. Il convient plutôt de lire le texte de Genet en prenant en compte sa rhétorique afin de ne pas isoler une phrase en la lisant au sens littéral en dehors de l'ensemble de son réseau associatif. Celui-ci est capable d'inverser ou d'altérer le sens usuel de tel mot ou de tel thème, par exemple, , notamment par un ton ironique souvent oublié par la critique récente, trop occupée à trouver un coupable dans sa chasse aux sorcières. Pour la figure de Hitler et non Monsieur Hitler, mais aussi en ce qui concerne la dimension homosexuelle du nazisme, je me permets de renvoyer à mon étude consacrée à Pompes funèbres parue dans Europe, dossier Genet en aôut/septembre1996.
Des questions de méthode y sont abordées. Cette étude qui invalide, par avance,( je m'excuse mais..) les thèses des livres critiques récents n'est pas citée, et pour cause. Allez y voir, comme dirait quelqu'un.
Je salue les critiques énoncées par Dichy qui me semblent aussi tout à fait pertinentes. Si une personne a l'article signée Samoyaut, je serais content de le lire
Patrice Bougon
2005-02-03 06:56:42 de patrice Bougon

Merci Monsieur Patrice Bougon de preciser que J.Genet est d'abord un ecrivain, et non un ideologue, ce que certaines "jeunes pousses d'historiens, en mal de grande lessive" semblent oublier... a croire qu'ils lisent ces textes avec une naivete de nouveau-ne... Siderant ! J'ai moi aussi ete tres irrite par ces debats radiophoniques, a croire que l'on revient en arriere, a de vieilles polemiques, a de vieilles chasses aux sorcieres, mais apparemment pas si vieilles, comme celles concernant un Celine... De plus, vouloir enterrer ces "grands arbres" que vous citez (Foucault, Deleuze, Derrida), sans rien proposer d'autre qu'une critique negative et bien pensante, je ne vois pas bien ce que l'on a a y gagner, a part un ressentiment tres dangereux, comme le disait Dominique Edde, a notre epoque de racisme et d'antisemitisme saillants... Dans cet esprit, nous n'avons plus qu'a qualifier de "nazis" Artaud, Bataille, Guyotat, voire Rimbaud, Lautreamont (par anachronisme genereux)... Pourtant, il s'agit de litterature, non ? bordel de merde ! Ces gens-la nous montrent avant tout la voie d'un degagement auquel TOUS, plus ou moins intimement et consciemment, aspirons... Comment se complaire dans de telles mesquineries si eloignees de ce qu'est l'ecriture ?
Bien a vous.
2005-02-03 15:14:22 de vinteix

On ne peut quand même pas faire comme s'il n'y avait AUCUN problème, que ce soit avec Céline ou Genet ou avec Foucault, Deleuze ou Derrida, problèmes d'ailleurs à chaque fois très spécifiques. Non ? (J'en ai personnellement peu avec Deleuze ou Céline, les autres sont tous un peu trop "malins" à mon goût.) [malin au sens d'un peu trop habile, pas de diabolique] [je précise mes guillemets, au cas où].
2005-02-03 16:57:18 de Dom

Bien sur que leurs textes questionnent et soulevent des problemes. La ou ca ne va plus, c'est quand on cherche a les enfermer dans une vision univoque, partielle et partiale, alors que leurs textes et leur vie echappent, car ces gens-la, me semble-t-il, ne se sont laisses detenir nulle part et ne se laissent pas detenir.
2005-02-03 17:05:32 de vinteix

Habile : Qui a une disposition d'esprit et de caractère la rendant particulièrement apte à agir de façon appropriée à ses fins ou à se tirer d'affaire dans les situations qui se présentent (Trésor de la langue française).
C'est tip top ce que je voulais dire. Une pas bien haute vertu; certainement pas une vertu philosophique, particulièrement quand il s'agit de l'habileté à rendre sa position inattaquable en faisant un peu trop fi de toute considération de cohérence.
2005-02-03 17:06:18 de Dom

L'auteur utilise-t-il directement son habileté littéraire pour prendre le contrôle du lecteur, l'embrigader ? Ou met-il son habileté littéraire à ouvrir les esprits à plus de circonspection, à plus de réflexion, à plus de liberté ? L'auteur fait-il ceci ou cela sciemment ou est-il lui-même manipulé par un parti, une caste, un dogme ?
2005-02-03 17:44:30 de Berlol

C'est pas la rhétorique, la séduction, etc., qui me gênent, même pas non plus l'embrigadement (je crois très modérément aux pouvoirs émancipateurs du Verbe); c'est le "se tirer d'affaire", le "se défiler", quand la rhétorique "un peu trop habile" a été dégonflée. Vieux travers du scepticisme (on peut être un sceptique cohérent, mais il faudra alors demeurer silencieux. Embêtant, pour un Auteur).

Bon, mais j'aurais beaucoup de mal à détailler, je faisais juste état d'une impression, qui reste plus que vague mais que je ne crois pas totalement infondée dans les cas d'espèce. (Derrida, par exemple, on a vraiment l'impression d'une surenchère, d'un coup de poker, inaugural, sur lequel il n'a jamais voulu explicitement revenir (bien qu'il nous refile en sous-main sur la fin une came que toute sa première "philosophie" aurait dû rendre inopérante (enfin les choses sont, je le sais, beaucoup plus compliquées que ça (c'est d'ailleurs une partie du problème))) et qui l'aura conduit à une fuite en avant, acrobatique et brillante, pour des raisons de quoi, vanité d'auteur ?)
2005-02-03 18:34:47 de Dom

Cher Dom, désolé, mais là, je ne peux pas me taire !! Il est vrai que la "langue-Derrida" peut agacer certains. Soit. Mais, il n'y a jamais eu de "fuite en avant", aussi acrobatique ou brillante qu'elle soit, de sa part. Il a au contraire toujours tourné autour des mêmes problématiques, parce que, justement, en parler une seule fois n'était jamais suffisant. Derrida était le premier à se méfier d'une rhétorique qui se serait arrêtée en cours de route, ou qui se serait gargarisée d'elle-même. Dès lors, là où son problème se trouve, c'est que, d'une certaine façon, on peut avoir l'impression qu'il se "contredit" ou s'emberlificote. En fait, c'est la pensée qui est complexe et Derrida essayait justement le le rapeller, face à nombre de critiques qui tentaient, a contrario, de réduire sa pensée et de dire que finalement c'était bien plus simple. Il a toujours accepté (lorsque le débat était constructif) de répondre à ses contradicteurs et il a toujours réussi à montrer les limites de la pensée qu'on lui opposait. Cependant, il n'a jamais pensé détenir "la vérité" absolue sur les choses, il se contentait bien de montrer que c'était toujours plus complexe qu'on le croit (et il n'a jamais prétendu, non plus, pouvoir tenir un discours exhaustif sur quoi que ce soit... Et pourtant, c'est pas faute d'avoir écrit des pages et des pages...). Les 80 livres publiés ne sont qu'une infime partie (si, si, c'est possible !!) de l'ensemble du texte derridien. Malheureusement, on risque de ne pas avoir accès "au reste" avant un certain temps (voire jamais), car Derrida a interdit toute publication d'un texte qu'il n'aurait pas lui-même poli jusqu'au dernier mot et estampillé "bon à tirer".
2005-02-03 18:49:56 de Au fil de l'O.

J'y vois surtout une complaisance aux apories, alors que la sortie était à deux pas. Mais j'ai l'esprit trop simple. (Son ton n'a jamais été aussi désagréable que quand il lui a fallu répondre à des philosophes qui prenaient le risque de sortir de l'ordre métaphysique, et non pas de continuer à casser rageusement leur jouet; la réponse à Searle (certes pas excellent lui-même) est d'une méchanceté assez peu commune.) Au demeurant, pas désagréable à lire, mais de l'air, please !!
2005-02-03 19:04:34 de Dom

Biffez "métaphysique" (geste oh combien derridéen), le mot est mal choisi, ce n'est pas ce que je voulais dire; plutôt de l'ordre de la Représentation ou de la Signification. Ce sont des concepts, des notions, qui rendent toute conception intrinsèquement problématique, très bien, ne les utilisons plus et voyons si on peut vivre sans. Et, c'est admirable à dire, il se trouve que très bien, merci beaucoup.
2005-02-03 19:14:38 de Dom

Meme ancres dans un inachevement et un impouvoir a la limite de l'echec, "je crois tres profondement aux pouvoirs emancipateurs du Verbe" (pour repondre a Dom)... sinon, je ne vois pas tres bien comment on pourrait se lancer dans une aventure litteraire ou philosophique d'ailleurs.
Le scepticisme, meme affilie au silence, n'empeche pas de parler et l'ecriture n'est-elle pas bien souvent comme sortie ou retournant au silence... Les apories auxquelles on se heurte sont moins des sophistications qu'une question de lucidite... C'est la meme histoire depuis Heraclite, relaye par Blanchot :
"L'inconnu ne sera pas revele, mais indique".
2005-02-04 04:20:04 de vinteix

Grandeur de l'astronome ptoléméen.
Pour la motivation à "se lancer etc.", réponse admirable de Beckett, je crois : "Bon qu'à ça".
2005-02-04 11:22:17 de Dom

On peut en effet preferer l'immobilisme... Je maintiens le pari du saut.
2005-02-04 11:34:43 de vinteix

... quitte a se casser...
2005-02-04 11:38:16 de vinteix

"De l'air, please!!", disiez vous plus haut... J'ajouterai simplement qu'en matiere d'appels d'air, je ne suis pas sur que Beckett, que par ailleurs j'aime enormement, soit le meilleur exemple a citer.
2005-02-04 12:13:27 de vinteix


Jeudi 3 février 2005. L'ère d'une nombreuse parole à double sens.

Dans la dernière minute du 20 heures de France 2 d'hier, on dit qu'Yves Ravey est un auteur inconnu. Ça étonnera ses lecteurs.

Au Poézibao du jour, un texte de Jean-Pascal Dubost sur ceux « qu’on enjambe crashés sur une moelleuse plaque / d’égout ». Extrait de Monstres morts, recueil récemment paru. Un poète que je ne connaissais pas... alors qu'il était déjà chez Remue.net depuis 2003. Impardonnable...

J'allais pour déposer des chemises à la teinturerie, sur le chemin du centre de sport, vers Irinaka. Mais déjà j'arrivais à une boutique qui est au-delà. Je suis revenu en arrière et je me suis arrêté de nouveau à la rue qui monte abrupte vers la fac. La teinturerie, ou ce qui en faisait office, dépôt de linge en même temps que dépôt de photos et boutique d'alcools, avait... disparu. Juste à côté d'un petit parking, c'était là, oui je m'en rappelai bien. Mais à cet endroit, il n'y avait qu'un rideau de fer descendu sur un pas-de-porte de deux mètres de large, identique à deux autres à côté. Pas une trace d'enseigne — alors qu'il y en avait une, évidemment, je m'en souviens —, et pas un fil électrique qui dépasse du mur, pas une trace de peinture. J'ai remonté vite fait mon sac de chemises à la maison, parce qu'il faisait froid, et suis allé au sport. On réfléchira à ça plus tard.

Réglage du sudavélo sur 40 minutes et reprise d'Un Monde cadeau de Jean-François Paillard. À la page 71, les verbes commencent à massivement se conjuguer. Avant, je le répète, presque tous sont à l'infinitif, formant comme une longue check-list de choses à faire, ou un programme d'actions contraintes, d'où aussi l'ambiance quelque peu oppressante. Ce que j'avais nommé fadeur, puisque c'est ce que j'avais ressenti.

« vivre la vie rêvée. Assister à un spectacle folklorique au palais Nicolas en compagnie d'un amant barbu. Se promener en troïka dans un parc étrangement sombre, aux côtés d'un bras qui devient une tête de saumon, qui devient un dîner en tête à tête, qui devient une affiche sur laquelle est écrit « vin, caviar et vodka », qui devient un son de violon tzigane, puis une balalaïka, puis [...] un trou noir qui est un hôtel sous réserve d'enneigement suffisant qui est un taxi qui est un transfert à l'aéroport, puis une paire de seins exhibés au douanier moustachu, puis un crash en vol, puis une lutte sans merci avec un lièvre géant, puis, sous le coup d'un violent bombardement de votre cortex cérébral émanant principalement d'influx venant des corps cellulaires à histamine logés dans votre hypothalamus, vous arracher brusquement du sommeil paradoxal [...] » (J.-F. Paillard, Un Monde cadeau, p. 71-72)

On voit s'amorcer autre chose, par répétition de « qui devient » puis de « puis », succession d'images rêvées, film en accéléré. Sera suivi du difficile réveil, très impressionnant, d'un personnage féminin que l'écriture n'envisage d'abord qu'à la seconde personne du pluriel, pour décrire son lever (p. 76), puis une gigantesque vaisselle (p. 78), pendant laquelle l'impératif prend le contrôle, semble devenir un flux de conscience duelle, un je parlant à un tu, lui donnant des ordres, lui rappelant des souvenirs (p. 79) jusqu'à ce que ça tourne mal, dispute dans le for intérieur façon scène de ménage s'achevant en crise de boulimie (p. 81). Fin du chapitre.
Cette succession d'angles d'attaque est très maîtrisée. Pourtant, au modeste lecteur que je suis, elle semble arbitraire. Je veux dire que, dans la réalité décrite, ou ce qu'on peut en deviner, ou dans les états successifs du personnage, je ne vois pas ce qui légitime tel ou tel changement d'écriture. D'autres auraient été possibles, ou les mêmes dans un autre ordre. Comme des exercices, des gammes.
En revanche, la première section du chapitre suivant est très réussie, enthousiasmante. Un tourbillon de conscience de celui qui a reçu un choc émotionnel terrible et qui retourne dans son milieu professionnel essayer de faire semblant d'aller bien, au milieu des discours de ses collègues, des plats du restaurant et des écrans de télévision.

Voilà, je ne cache pas mes sentiments de lecteur et j'essaie d'analyser au fur et à mesure sans avoir une vue d'ensemble de l'ouvrage, contrairement à son auteur ou à quelqu'un qui aurait fini et qui reviendrait sur ses pas, ce qui deviendra mon cas dans quelques semaines.
Que l'auteur soit ou ne soit pas d'accord, cher Jean-François, on n'y pourra rien. D'autant que les lecteurs sont nombreux et que s'ils se mettent tous, ou seulement 10 % d'entre eux, à ouvrir des blogs pour décrire leurs impressions, comme ça commence à se faire, de cette façon ou d'une autre, les auteurs ne sauront bientôt plus où donner de la tête. Au long règne d'un verbe à sens unique, allant des auteurs globalement satisfaits de s'exprimer vers des légions de lecteurs muets, que représentaient ou que dirigeaient des journalistes prescripteurs, succède peut-être l'ère d'une nombreuse parole à double sens, qui permet aux auteurs de devenir lecteurs de leurs lecteurs, pour le meilleur ou pour le pire. Selon leur tempérament, certains auteurs entreront dans la danse, d'autres se tiendront à l'écart, certains s'en amuseront, d'autres seront aigris. Un petit googlage sur un ouvrage sorti le mois précédent et on aura deux cents références de blogs plus ou moins réticulés entre eux, derrière lesquels viendront les modestes articles du Monde, de Libération, de L'Humanité, dont certains auront déjà disparu des pages visibles parce que devenus payants...
Alors, délirant récit d'anticipation ou projection raisonnable ?


ah oui, bon. Nous y voilà en quelque sorte... Arbitraire, cette sortie de l'infini - tif ? Tirée par les cheveux ? A l'époque non, pas du tout : ça avait tout un sens (pour moi). Tout était construit, minuté : le basculement intervenant au moment du réveil du corps ("c'est dans l'activité du corps qu'émerge le sens du monde" comme dirait l'autre) d'un être à la fois boulimique et inactif (ce qui avait sn importance), les enchassements de deux puis trois séries de textes pouvant se lire indépendamment : du pile poil ! je voulais opérer une plongée dans l'"univers monde" du consultant "senior manager" du 21siècle, tenter d'approcher la banalité du mal à travers le travail d'euphémisation constamment à l'oeuvre dans le crâne d'un consultant en organisation, révéler par imitation-détournement la pornographie du discours de propagande publicitaire qui nous pousse à vivre ces sursauts de jouissances successives (jouir de croire à une impossible métamorphose - qui n'est que l'apanage des objets inertes) comme autant de petites mortsavortées, donner un langage à nos coduites addictives, bref, je voulais écrire un roman phénoménolo, phéloménélolo, phénoménologique! Et drôle, en plus ! Je voulais qu'on rie se marre à chaque page. Rien que ça ! Du Merleau Ponty en Pif poche en quelque sorte. Il y a aussi d'autres tentatives, d'autres explorations un peu plus loin... L'art du discours. Bon. Il est vrai que vu d'aujourd'hui, au moins deux ans après la rédaction du livre, ma tête dans un autre texte, tout ça me paraît complétement foireux... Peut être pas foireux, mais tellement présomptueux. Le résultat n'est pas à la hauteur, c'est sûr. A côté de la plaque. Fade et arbitraire : pourquoi pas ? J'accepte. Mais à la fin de la lecture. ..Un peu, sans doute, comme ce que j'écris actuellement vu dans deux ans. C'est le côté dérisoire du truc... On se met des objectifs en tête et le résultat... N'empêche qu'en me fixant ces espèces de lubies inatteignables (inavouables pour ceux qui auraient un ego littéraire : moi, franchement, je m'en fous), je me suis bien amusé à l'écrire. Mieux: j'ai cru vivre un peu à l'écrire. C'est le principal, non? Si on ne pense pas trop à uun lecteur possible, évidemment...
2005-02-03 18:53:42 de jean-françois pailard

Vous parlez du même livre? L'auteur c'est Paillard ou Pailard (c'est le libraire qui voudra savoir).
Merci
2005-02-03 19:02:54 de Sans

Il est savoureux que ce soit Sans, dit "petit Sang", qui pose des questions sur l'identité de quelqu'un...
Cher Jean-François, ne dites ni "foireux", ni "présomptueux". Mes commentaires ne constituent "qu"une" phase "d'une" lecture et ce qui paraît arbitraire à l'un (parce que du formel, en quelque sorte, dépasse) peut être fluide et parfaitement motivé pour un autre. Au demeurant, il est normal qu'engagé dans un autre projet, vous voyiez l'ancien d'un oeil critique. En tout cas, je continue celui-ci et je vous souhaite une bonne continuation pour le prochain.
2005-02-04 00:54:35 de Berlol

Moi je trouve ça intéressant d'avoir les commentaires de l'auteur sur sa propre oeuvre répondant à un de ses lecteurs (c'est différent de ce qu'on peut entendre dans une interview par exemple).
Sinon, en passant, j'ai a peu près le même problème avec la musique que je compose. J'ai une idée qui me paraît géniale dans la tête, j'essaye de m'en rapprocher mais le résultat est invariablement différent, parfois cela reste bien, du moins le pensé-je dans l'excitation de la création. Puis, quelques mois plus tard, au moment de faire écouter le morceau enfin achevé à son entourage, j'en ai honte et me dis que le nouveau projet sur lequel j'ai alors commencé à travailler est bien plus prometteur... Bon, tout cela bien sûr, à un niveau bien plus bas, rien de ce que j'ai composé n'ayant été publié. Pas de risque de tomber sur la critique d'un auditeur au détour d'un blog !
2005-02-04 08:04:49 de Manu

Complètement d'accord avec toi, Manu. D'ailleurs quand je dis que si l'auteur n'est pas d'accord avec le lecteur, "on n'y pourra rien", ça ne veut pas dire que ce n'est pas intéressant. Tu soulignes très bien l'intérêt : "c'est différent de ce qu'on peut entendre dans une interview" et j'ajouterai que c'est différent de ce qu'on trouve dans une étude, une conférence, un entretien, etc. Ça tient un peu au média, puisque des auteurs participent "en direct" à nos commentaires ET que ça reste affiché (trouvable avec un moteur de recherche par exemple), et puis ça tient beaucoup à la personnalité des auteurs, d'un naturel communicatif, qui ont un peu de temps à nous consacrer et qui n'ont pas les chevilles trop gonflées (ou un "ego littéraire", comme dit joliment JFP).
Pour ta musique, tu es modeste, mais j'invite les lecteurs à cliquer sur ton lien de site pour l'aller écouter parce que ça vaut le coup ! (et méfie-toi des détours de blog, ça vient plus vite qu'on ne croit...)
2005-02-04 11:23:55 de Berlol

Il y a aussi autre chose (et après c'est promis j'arrête...), concernant ce passage au "vous", puis au "tu" après un long dérapage à (l'infinie platitude de) l'infinitif, c'était aussi une façn de sortir du tunnel en prenant le lecteur directement à témoin (le "tu" s'dresse aussi au lecteur, évidemment) pour en qq sorte le réveiller, le secouer : d'où cette impression d'arbitraire, peut-être. Et puis derrière, enchaîner, en s'adressant à lui par un discours pontifiant (qui vient après la séance stressante du resto)... Il y a cette obsession chez moi (comme chez beaucoup d'autres romanceirs auxquels je ne me compare pas, bien sûr, qu'o ne me méprenne pas) : trouver un moment de connivence avec le lecteur pour lui dire bon, on n'est pas dupe toi et moi, c'est jamais que de la fiction hein, et la fiction, elle est moribonde depuis un bon moment, non? Et puis quand même toucher du doigt ce phénomène bizarre qui veut que lorsqu'on écrit, le lecteur est caché là, dans un coin et lorsque le lecteur lit, l'auteur est également tapi dans un coin ou plutôt derrière la porte. Or, s'il on admet qu'il y a une présence indéniablemet physique, presque palpable, il y a peut-être un moyen de faire passer quelque chose sous la porte, justement, tout en racontant son histoire comme si de rien n'était... Ce réflexe est très manifeste, très (trop ?) frontal chez Echenoz par exemple : au détour d'une phrase, lui n'hésite pas à s'adresser (pour sen emparer un peu brutalement-maladroitement à la hussarde je trouve) carrément au lecteur (je me suis parfois demandé s'il ne s'était pas constitué un lectorat d'aficionados à partir de ce truc, justement). Pour moi, le moment indépassable de cette main tendue est l'épisode des trois arbres, lorsque le narrateur de la recherche descend en calèche sur Hudimesnil (A l'ombre des jf en f, éd gallimard vol2, p145 depuis "je venais d'apercevoir" jusqu'à "Dieu" p 148)... J'ai pas fréquenté ces milieux, mais je suis prêt à parier que ce passage est étudié en hypokhâgne ou khâgn où il doit revêtir le statut de pont aux ânes, mais bon, heureusement non averti, je n'oublierai jamaiis ce moment de lecture aérienne... JF paillard (oui je m'étais rogné un 'l')
2005-02-04 11:39:24 de jean-françois paillard

apsus
2005-02-04 12:22:10 de Sans

Alors, là, Berlol ! Je sentais qu'un jour une telle réflexion s'épanouirait.
Vous me "bottez". Ça, c'était déjà acquis depuis quelques mois.
Il est urgent de remettre "Lire : un braconnage" *sur les pupitres de lecture.
Ça donnera de l'assurance à toutes celles et à tous ceux qui furent des "boss-boss" silencieux quand les "bla-bla-blas" causaient pour elles et eux.
Ce jour même, dans son TiersLivre, François Bon pose bien la problématique de l'écrit.
Décidemment, c'est bon pour un vieux et modeste lecteur d'avoir sur la Toile, la grâce (!) de fréquenter des tels gens.

*Michel de Certeau - L'invention du quotidien 1/arts de faire, 10/18, p.279-296.
2005-02-04 20:43:33 de Grapheus tis

...Même si nous disparaissons à nouveau,"délirante anticipation ou projection raisonnable", selon certains qui ne souhaitent peut-être déjà que cela.......
2005-02-04 20:46:44 de Grapheus tis

Pour revenir aux choses sérieuses : d’après M.-A., vieille habitante du quartier qui m’en parlais avant-hier, ce magasin, à l’origine uniquement d’alcools, était tenu par deux soeurs, qui ont pris un dépôt de blanchisserie il y a quelques années pour mettre un peu de wasabi sur leurs maigres sushis. Après l’ouverture du Valor (supermarché) en face de chez elles il y a un peu plus d’un an, et récemment à l’intérieur de ce Valor d’un rayon vins, sakés et spiritueux, elles viennent de jeter l’éponge.
2005-02-05 04:37:59 de JFM

Et elles l'ont jetée où, l'éponge ?...
Ceci dit, elles avaient déjà un âge canonique. Une seule des deux était sympathique. Mais je les regretterai toutes les deux.
Sinon, tout ça ne fait pas mon affaire parce que dans le supermarché Valor, il n'y a pas de teinturerie ! Il va falloir que j'aille encore plus loin...
2005-02-05 11:44:54 de Berlol


Vendredi 4 février 2005. Quelque chose que Je a tissu.


Ça me fait deux vies en une
— et des passerelles

Non pas celle de cette ville-ci et celle de celle-là
qui ne sont que deux lieux d'une même vie nomade
Mais celle de ma personne réelle
Et celle de mon personnage virtuel
Avec des passerelles

Sans les passerelles il n'y aurait
Que deux univers parallèles — sad monads — et rien
pour les rapprocher pour
leur faire profiter l'un de l'autre :
Que je dénonce un scandale en mode virtuel
Le scandale sera dénoncé mais mon réel
Ne pourra en profiter — en jouir que seul

Voyez sans... — sans les passerelles :
Jouit-on seul de protester dénoncer pester ?
Sans personne à qui s'en ouvrir quand sont séparés l'avatar
Et la véritable identité ?

L'anonym@t n'est pas l'anonymat, disais-je
Et il n'y a lieu de couper les ponts
Qu'avec péril en la demeure — jungle entrepreneuriale ou botte totalitaire
(Sinon : vaincre ... péril >>> triomphe ... gloire)

Le miracle, le plaisir de dire Je pour dire Quelque chose
Ne s'accomplissent qu'avec la Signature
— car tout le monde dit Je mais personne ne signe comme moi
— Et ma Signature n'est pas qu'en bas Je suis partout dans mon texte
dans tout le Quelque chose que Je a tissu
(et qui m'imite me rate (car qui oserait écrire Qui m'imite me rate — et ça
c'est ma Signature, par exemple, directement inscrite dans le tissu des mots))

Car la Signature enclot ma Monade et la représente partout où elle se présente
Les écrivains qui tiennent plus à leurs anecdotes qu'à leur écriture
— parce qu'ils n'ont que ça, certains —
ne sont pas des écrivains, ce sont des conteurs
Et si JFP se souvient si bien des phases textuelles verbales pronominales rythmiques
et qu'elles comptent comme on a vu qu'elles comptent pour lui
C'est qu'il est un vrai écrivain.

Je lui dédie ce poème-pensée en même temps qu'à Sans l'isolé


Merci pour la leçon.
Mais sans moi.
2005-02-05 12:22:37 de Sans

Bonsoir,
Commentaire technique: c'est une affaire de goût mais si tu veux que ton texte ne soit pas collé à ton image tu peux utiliser le code ci-dessous.

hspace="10" et vspace="10" déterminent le nombre de pixels "autour" de l'image, h=horizontal et v=vertical.
Voilà!
2005-02-05 13:52:36 de bcg

Le code a été gommé par ton blog, je le remets sans les balises de début et de fin.< et >
img src="truc.jpg" width="512" height="384" hspace="10" vspace="10"
hspace="10" et vspace="10" déterminent le nombre de pixels "autour" de l'image, h=horizontal et v=vertical.
Voilà!
2005-02-05 13:54:02 de bcg

Oui, "Les salons littéraires sont dans l'Internet". Ton livre a paru peut-être trop tôt car il y manque un chapitre sur les blogs. Mais il reste plus que jamais d'actualité et moi, j'attends impatiemment la suite.
"La suite! la suite! la suite! la suite!" (vous connaissez l'air).
2005-02-05 14:11:37 de Christian

Merci Christian.
J'ai ajouté le code pour la marge et c'est nettement plus chouette.
Pour la suite des "Salons...", tu la lis tous les jours ici même (et gratos, en plus !).
2005-02-05 14:59:07 de Berlol

sympa. Simplement, je ne suis pas si sûr de la distinction écrivains-conteurs (il me semble que Tiphaine samoyault faisait la même distinction qq part, en gros entre ceux qui aiment écrire et ceux qui aiment raconter). Sauf peut-être si l'on admet qu'il existe des (heureux) cumulards : kourouma, par exemple. Ou Coover. Ou Pynchon, ou Gaddis ou... Et puis qu'est-ce que conter ? Pour moi Raymond Carver, grand styliste (et pourtant sa prose est simplissime-bout de ficelle), est aussi un grand conteur Et pourtant, il n'a jamais raconté une "vraie" histoire, au sens traditionnel du terme : avec un début un milieu - et surtout une fin... Pas de fin chez Carver, jamais de fin...
2005-02-05 17:08:45 de jean-françois paillard

Oh oui, des cumulards ! C'est ceux-là qu'on aime le mieux !
2005-02-05 17:21:00 de Berlol

Pour JCB via BERLOL...
Grand Merci pour la "planche" Bdiste où mes accointances littéraires sont accueillies si chaleureusement... Je vous suggère de découvrir le Journal de C.JULIET sur son séjour à WELLINGTON ( Nouvelle Zélande) dans "LE PAYS DU LONG NUAGE BLANC" chez P.O.L qui vient d'être publié. Je ne suis pas "influencée" par C.J. mais je me sens très proche de son "aventure intérieure" et de ce que "ça donne" dans une écriture qui cherche avec des mots simples , "le socle", "l'essentiel", "l'universel".... Charles Juliet a rencontré de nombreuses oeuvres littéraires ( pour celle de PAVESE j'y reviendrais) . Celles qu'il retient comme "influentes" émanent rarement des contemporains ( à l'exception de François CHENG et de Pierre RICKMANS devenu Simon LEYS en littérature), elles appartiennent à la sagesse des anciens.
SHI TAO (L'unique trait de pinceau) correspond pour lui aux aspirations les plus attractives de l'art... A l'instar de Miguel TORGA et en proposant d'abraser le MOI ( le particulier) au profit du SOI (le singulier parmi les autres) il pourrait déclarer à chaque instant :

"L'universel, c'est le local moins les murs"

MERCI ENCORE !
2005-02-05 23:43:13 de Marie.Pool

Pas de problème, je fais aussi boîte postale.
Et puis, c'est pour la bonne cause !
2005-02-06 11:07:54 de Berlol


Samedi 5 février 2005. Des soldes et du soleil, mais...

« Nouvelle aventure ! nouvelle histoire un peu vexante pour ma perspicacité. Comment ai-je pu comparer René Leys à Robert Hart et même à Marco Polo ! Comment ai-je accouplé cet admirable fils d'épicier Belge à ce petit commis Anglais et au neveu des marchands Vénitiens ! Je n'aurais pas dû lui dire vous êtes aussi fort que Robert Hart et Marco Millioni ! Je lui fais toutes mes excuses, il fallait dire : vous êtes cent fois mieux arrivé, comme pénétration à la Chine, que tous les Européens connus et à connaître... Vous avez pénétré jusqu'au cœur du milieu du dedans — mieux que dans son cœur : dans Son lit. — Et voici que ce Roman secret et policier, — si jamais il m'incombait l'indécente hypothèse de l'écrire, — voici que ce Roman vient tout d'un coup d'avouer son héros, véritable, authentique, vivant : en la personne de l'oiseau le plus rare de tous les romans bleus et roses des deux mondes : le Phénix ! » (Victor Segalen, René Leys, p. 186)

Bien sûr, je ne dirai pas de qui il s'agit ni ce que Leys a réellement fait. Ici, réellement sonne creux, d'ailleurs...
Plus le narrateur approche de l'amitié avec Leys, plus ce dernier se fait insaisissable. On est maintenant début septembre 1911 car les troubles du Sichuan ont commencé (p. 172) et personne n'imagine ce qui va se passer...
Le narrateur, lui, poursuit le livre qu'il dit qu'il n'écrira pas — métonymie de son caractère — en le truffant d'allusions aux arts de son temps, et plutôt d'Europe que de Chine, il sait où sera son lectorat ! Quand il écrit : « Tout lecteur chinois de ces notes a dû comprendre », je ne crois pas qu'il parle de sujets de l'Empire du milieu, mais bien de gens tordus parmi ses compatriotes, sens que le TLF atteste déjà chez Balzac : « (Personne) qui présente des ressemblances avec les Chinois, leur physique et surtout leur caractère réel ou présumé ; qui est étranger, peu intéressant, original, compliqué, rusé. — C'est ce satané farceur de lord Byron qui vous a valu cela. Oh ! ce chinois d'Anglais était-il rageur ! (BALZAC, Un Début dans la vie, 1842, p. 368) ». Les autres occurrences balzaciennes sont assez croustillantes. Heureusement qu'il y a le présumé, monsieur TLF !

T. et moi, on a mangé au Saint-Martin, ce midi. Il y avait pas mal de Français aujourd'hui, avec des enfants et du couscous. On a bien eu envie d'aller se balader jusqu'à Ginza ou Ikebukuro, surtout qu'il y avait des soldes et du soleil, mais l'otorhino a recommandé à T. de se reposer — même si ça allait mieux. Ce qu'on a fait. Du coup, j'ai répondu à plein de courrier. Et on a regardé La Disparition de Garcia Lorca (1997), enregistré automatiquement sur disque dur une nuit de la semaine dernière. Pas un grand film, mais un bon sujet...

« ¡Ay qué terribles cinco de la tarde! »
(Federico García Lorca, La Cogida y la Muerte)
Maintenant, c'est minuit et demi et l'heure d'aller au lit, puisqu'on est encore vivant.


« ¡Ay qué terribles cinco de la tarde! »
Traduction française : «Ah quelles terribles cinq heures du soir. Ce Sans je ne veux pas le voir»
Je pousse le apsus un peu loin ?
2005-02-06 16:36:29 de JFM


Dimanche 6 février 2005. L'agneau maximal !

« [...] l'essentiel de ma vie c'est l'écriture. Il n'y a rien avant, il n'y a rien après. Et maintenant, j'ai la possibilité de pouvoir travailler tous les jours, très régulièrement, et j'ai pas laissé passer l'occasion. Je travaille à la recherche... Valery aurait dit à le recherche de l'inspiration — qui n'existe pas. Mais il arrive qu'une fois dans la journée un demi-vers vous vienne à l'esprit, comme ça, qui soit lié à ce qu'on appelle l'inspiration... alors qu'en fait c'est parce que ça fait quarante ans qu'on réfléchit à ce sujet, ou quelques jours qu'on travaille assidûment dessus.» (Franck Venaille dans l'émission Du jour au lendemain, le 26 janvier 2005, pour son livre sur Pierre-Jean Jouve).
La voix de Venaille est émouvante, elle semble devoir se casser à chaque instant. Elle attrappe l'oreille, suspend l'action. On se laisse entraîner. Son propos toujours grave est sans pathos.

Le pathos, et musical, et andalou — Ô coïncidence ! — on l'aura avec cette belle émission de la Radio suisse-romande, L'humeur vagabonde d'hier, consacrée à Federico García Lorca. Je ne l'ai absolument pas fait exprès. Je découvre ça en faisant le tour des sites radiophoniques, après mon retour inhabituel à l'université un dimanche (pas de ping-pong, donc). C'est le début de la période des examens d'entrée. Chaque enseignant reçoit sa feuille de route. Pour moi ce sera six séances de surveillance réparties sur trois jours, cette semaine.
J'ai pensé aller au centre de sport après la réunion mais, un dimanche, ça risque d'être la queue à toutes les machines. Mauvaise sueur. Vaut mieux que je finisse mes corrections de copies, puisque j'y suis...

Inspiration d'un étudiant qui doit écrire une lettre à un ami parce qu'il vient de gagner 600.000 euros au loto : « Je pourrais manger l'agneau maximal ! »
Y'a d'la joie !

Le Pape apparaît à sa fenêtre. Il réussit à articuler trois mots en latin.
Commentaires sur France Info : il est resté neuf minutes... la foule a applaudi ses efforts... il a montré les limites de son physique... un chœur l'encourage en italien sur l'air d'El pueblo unido / jamás sera vencido... Conclusion d'un martien : le Pape est un grand sportif révolutionnaire.


Je rebondirais sur ton premier paragraphe : c'est exactement ce que je ressens quand j'essaye de faire un de mes poèmes. Ca ne vient pas demi-vers par demi-vers, mais la "graine du poème" arrive à un instant de la journée et c'est souvent quelques mots ou une expression qui créé le début d'un univers qu'il va falloir mettre en mots. Chercheur en inspiration, c'est beau !
2005-02-06 16:46:02 de Guillaume

Pas de ping-pong ! ça alors, je n'en reviens pas. :-)
Alors bon courage pour les copies.
Aujourd'hui à Nogent, c'était le vélo . :-)
Courage encore.
2005-02-06 18:51:42 de jcb

Pendant que j'y suis,quelques jours avec ton bloc, j'ai d'abord en haut une bannière publicitaire. Est-ce volontaire ? si oui pourquoi, quel intérêt y-trouves-tu ? ou est-ce imposé par ton hébergeur ?. Je trouve que c'est un peu dommage, car on en est déjà tant innondé... mais "parce que c'était lui, parce que c'était moi..." je ne polèmiquerai pas et continuerai d'être un fidèle parmi les fidèles. :-)
2005-02-06 18:59:26 de jcb

Merci du soutien.
Pour la pub, ce n'est pas un choix de ma part et je la désapprouve, bien sûr. Comme je suis en formule gratuite, je suppose qu'il faut accepter n'importe quoi... jusqu'à ce que je puisse programmer tout ça moi-même et me passer d'hébergeur... Je vais y réfléchir.
En tout cas, pas de pub dans la version mensuelle !
2005-02-06 23:15:31 de Berlol

Oui d'ailleurs, je la trouve mieux qu'avant plus agréable et plus facile à lire. Il ne te reste qu'à refaire la page d'accueil du site perso Berlol qui fait un peu bazar et est un peu démodée.
mais je sais...le temps, le temps...:-)
2005-02-07 00:43:44 de jcb

Programmer un Blog n'est pas bien difficile, si jamais je passe par Tôkyô, je te montre ça en 2/3 heures si tu veux.

Sitôt mes exams terminés j'ouvre mon site (et j'aurai 500 Go d'espace vide alors si tu veux être hébergé gratuitement sur mon porte-avion…). Avis.

Le truc, c'est de trouver le temps de tout faire… vérole de moine !!
2005-02-07 03:19:23 de Acheron

D'accord avec JCB pour la page d'accueil du site de Berlol.
D'un autre côté, je ne te vois pas trop faire un truc trop carré tout bien rangé. Je pense que c'est un peu voulu ce côté bordelo-artistique, me tromp'-je?
2005-02-07 09:07:57 de Manu

Obligé de reconnaître le côté bordelo dont parle Manu, mais pas l' artistique. Je pense que Manu se trompje :-) ou qu'on n'a pas les mêmes goûts zartistiques...:-) . Il n'est pas bien sûr question de faire du tout carré bien rangé, mais de faire une page d'accueil sympa, agréable et surtout : efficace (on voit vite tout ce qu'il y est proposé...et on y va.
Et pourquoi le grand joueur Berlol ne lancerait-il pas un concours de première page par son site ?
ça serait une occasion de plus de s'amuser...
Bien à vous tous.
2005-02-07 15:01:07 de jcb

Merci de vos bons conseils mais il n'est pas question de refonte du site avant... l'automne ou l'an prochain !
Revenons à nos moutons, s'il vous plaît.
2005-02-07 15:48:20 de Berlol


Lundi 7 février 2005. Les fraises (à la louche) quai Conti.

Suivant le conseil d'un ami qui me sait robbegrilletien, quelque part, je suis retourné chez Assouline, qui parle de la problématique réception du nouvel élu sous la Coupole. Et il m'a bien fait rire ! Dès son élection, je savais qu'il mettrait le binz là-dedans...
Jérôme Garcin, qui, dès l'an dernier, ironisait méchamment sur le prix de l'habit vert aurait peut-être mieux fait de se taire. D'où lui venaient ce fiel et cette mauvaise foi ? A-t-il toujours roulé pour Butor, dont il fait un champion de droiture ?...

« Butor a eu le Renaudot. A[lain] a été content, pour lui, Lindon et les Éditions. Mais le ressentiment que Michel couvait a éclaté. Il a avoué à Jérôme qu'il n'aimait pas Alain. En serait-il jaloux ? C'est cocasse ! C'est pourtant lui le fêté, le récompensé ! [...] Le prix pouvait lancer l'école si Michel avait été bien. Au contraire, il l'a toujours ignorée dans ses interviews et en a détruit le mythe.» (Catherine Robbe-Grillet, Jeune mariée..., p. 33)

Ah, la mauvaise foi ! Je la traque chez moi aussi, mais je la trouve partout.
Par exemple dans le révisionnisme façon "génération 68" ; comme quoi tous ces faux révoltés — et eux seuls — seraient responsables du monde pourri d'aujourd'hui... Comme si les actuels dirigeants, qu'ils soient hyper-libéraux, ultra-conservateurs, super-magouilleurs, ou options-stockeurs, avaient tous lancé des boulons avec Olivier Rolin et Daniel Cohn-Bendit ! Je n'ai pas pu me retenir, voici quelques jours, de ce commentaire qui n'a jusqu'ici reçu aucune réponse :

« Avez-vous déjà réfléchi
au fait que ceux dont vous parlez (la "génération 68") étaient aussi minoritaires qu'ils étaient bruyants
et que
pour dix agités dans les rues de Paris
(et qui n'ont peut-être pas tous changé d'avis aujourd'hui)
il y avait cent silencieux (à Paris et partout en France)
qui attendaient leur heure
et parmi eux bien sûr tous ceux qui allaient un jour reprendre l'affaire familiale ou suivre la carrière bien tracée pour eux et prendre des postes stratégiques (qu'ils occupent aujourd'hui), devenir cadres de la nation, avec le souvenir très précis de ceux qu'ils exécraient déjà quand ils avaient entre 15 et 20 ans et dont ils entretiennent maintenant l'épouvantail pour l'agiter devant la jeunesse d'aujourd'hui qu'ils ont dépouillée (sauf leurs propres enfants, bien sûr)
entretenir l'épouvantail
c'est laisser dire et faire dire ces mots, "génération 68", à tous ceux qui cherchent un bouc émissaire
et pendant que l'épouvantail ramasse les coups, les crachats, les insultes...
les affaires continuent
Et vous ?
vous agitez l'épouvantail ?
vous aidez à le façonner ?
vous travaillez pour qui ? »


Cette mauvaise foi peut devenir de la connerie. Ainsi Angelo Rinaldi, lui si incisif et si comiquement injuste autrefois. À moins qu'il ne sucre les fraises (à la louche) quai Conti, car son dernier discours d'une vacuité totale est truffé d'âneries, d'académismes lèche-culs et de cette ringarde anachronie : « la supériorité de notre langue »...

« Je profite aussi de cette parenthèse pour indiquer à quoi tient à mon sens la supériorité de notre langue, étant assuré que nous sommes entre amis et que cela ne sortira pas de cette salle, car, dehors, la moitié d’un pays en voie d’anglicisation se moquerait de nous. Le français est une langue romantique par sa sonorité même. La sonorité, à savoir le corps et le destin des vocables français, cette sonorité n’est jamais brusquement et nettement tronquée, comme c’est le cas, par exemple, quand on prononce les vocables italiens ; la sonorité finale du mot français se prolonge telle une sorte de guitare, elle se prolonge si le mot s’achève par une voyelle, elle s’étend d’avantage encore s’il se termine par une consonne (poison, espoir), et que dire de l’écho si le vocable s’achève par un e muet (espérance, inexorable nous venant en mémoire)... Telle manière de se prolonger sans cesse et de se perdre dans l’infini est la marque musicale de ce qu’a de romantique la langue française, en quoi réside sa primauté. Mais vous n’ébruiterez pas la chose. Vous m’avez promis le secret. Merci.» (extrait de son Discours sur la vertu du 2 décembre 2004)

Sachez, M. Rinaldi, que la langue française n'a de primauté qu'aux porteurs d'œillères hexagonales et que d'ailleurs elle ne se perd pas car elle est enseignée dans le vaste monde par des milliers de personnes qui ont su quitter la ville de vos gargarismes.

Tout ça pour en venir aux jeunes suicidés par leur blog, même.
Ça m'avait titillé en l'entendant à la radio. Puis j'ai pensé que ce qu'en avait écrit Philippe De Jonckheere me satisfaisait. La reprise du thème par Jean-Claude Bourdais, très pertinemment hier, m'a fait souvenir d'un automatisme de la mauvaise foi entendu ici ou là : le suicide des jeunes serait directement du ressort de la psychiatrie. Autrement dit, les jeunes qui désirent — quel sens étrange prend le mot — qui désirent se suicider sont soit fous soit inadaptés ; il faut les traiter ou les enfermer. Que la société se demande si elle ne serait pas un petit peu responsable et qu'elle se réforme pour être plus accueillante, ça, il n'en est pas question ! (Mieux vaut dégager en corner : c'est la faute à l'internet. Ni vu ni connu, je t'embrouille...)


Bonjour,
a peine une reponse. Plutot, une gene. Votre pub empeche quelque peu la lecture de vos mots.
Bien cordialement.
2005-02-07 17:55:07 de Mot

Les yeux m'en tombent... La supériorité de notre langue ? Il nous fait tout un chapître sur la sonorité des mots français ? Mais il n'a jamais parlé d'amour en italien ? Jamais dit du Shiller en V.O ? S'i