J
ournal LittéRéticulaire de Berlol

Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Avril 2005

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Vendredi 1er avril 2005. Quels rivages...

À onze heures, T. et moi allons chez le coiffeur, mais pas le même. Pour elle, c'est dans la rue Kagurazaka, dans la première montée, chez un coiffeur qui est fils de coiffeur et dont le père coiffe encore à l'étage ce qui reste de sa clientèle d'autrefois. Pour moi, c'est dans une ruelle perpendiculaire, un peu après le temple Bishamonten, un coiffeur chez qui Bikun m'avait emmené il y a trois ans et auquel je suis resté fidèle (quand on a expliqué à quelqu'un ce dont on a besoin avec la quinzaine de mots dont on dispose ce jour-là et qu'il le fait bien, je ne vois pas pourquoi en changer). J'en ai pour moins de quarante minutes. En sortant, j'achète des fruits et des légumes dans une boutique de la même ruelle. Rentré à la maison, je me prépare une salade avec une grosse tomate émondée et plein de persil. Puis je regarde l'un des Max Pecas achetés il y a quelques jours, Deux Enfoirés à Saint-Tropez (1986), très nul et très drôle. J'étais à Saint-Tropez en 1983, veilleur de nuit dans un hôtel de Ramatuelle de mai à septembre, comme je l'ai déjà dit. J'ai vu un peu de tous les personnages de ce film, j'en ai servi, je leur ai donné leur clé, je leur ai préparé des cocktails, je leur ai servi des petits déjeuners, j'en ai détesté certains, j'en ai admiré d'autres, la nuit je lisais Sarraute, je lisais Simon, je lisais Gracq, je lisais Balzac, j'écrivais à Nicole qu'elle me manquait...
Le jour où j'arrivai, fauché, dans cette région pour la première fois de ma vie, c'est un homme déjà âgé et intéressé par ma jeunesse qui me sauva de la misère. Il me prit en stop, me dit qu'il était tard, que je devrais passer la nuit chez lui et y voir plus clair le lendemain. Il sut que nous parlerions de littérature, déjà, et il sut sans doute, bien qu'il me l'eût proposé, que je refuserais de coucher avec lui. Le lendemain, il me paya le train pour rentrer à Paris et me téléphona une semaine plus tard pour m'informer qu'une place de veilleur de nuit était à prendre à Ramatuelle.
Voilà à quels rivages me ramène le film de Pecas pendant que T. se fait coiffer (elle en a pour plus de trois heures).

Les membres de Litor semblent contents de la reprise des envois. D'un seul coup, j'ai plus de dix messages à leur faire passer. Pendant ce temps, j'enregistre des émissions de France Culture : Une vie une œuvre sur Walter Benjamin, Projection privée avec Audiard, Travaux publics sur Google versus BnF... Benjamin domine d'une tête, largement.

Dîner d'anniversaire avec T. Elle voulait quelque chose de simple, pour la tranquillité, l'aisance... Elle avait réservé au Saint-Martin. On a pris un pommard 1999, mangé des asperges, du confit de porc au cassis. Demain, on ira prendre plus de risques, ailleurs, peut-être...


Pomard, c'est un ersatz japonais ?
Si c'est une faute de frappe qui supprime un M, il ne te reste plus, pour " prendre plus de risques, ailleurs peut-être", à boire du Pétrus...Mais attention que les japonais ne te servent pas du petruss.
2005-04-01 22:08:39 de jcb

Oui, avec deux "M", bien sûr...
On mettra ça sur le compte de l'heure tardive... Je le corrige dans le texte.
Ceci dit, le bourgogne me donne un peu mal à la tête alors que le bordeaux habituellement non. As-tu une explication à cela?
2005-04-01 23:17:07 de Berlol

Leonce va-t-il épouser Edith ? J'avance, j'avance !
2005-04-02 11:26:24 de arte

Ah bah en voilà une bonne nouvelle !
2005-04-02 12:27:48 de Berlol

Et dans tout ça, tout de même un excellent anniversaire à T. !! et deux bises, à répartir comme bon vous semble !!
2005-04-02 13:32:15 de Au fil de l'O.


Samedi 2 avril 2005. Les coïncidences font des étincelles.

Le décalage horaire, les calories du dîner, le vin, le café et le thé s'entendent pour me réveiller à quatre heures du matin et plus une once de sommeil. Balloté de pensées dans la tiédeur du lit, un réveil plus vif m'ouvre les yeux quand je m'aperçois d'une coïncidence supplémentaire entre hier et ce jour d'avril 1983 que j'évoquais hier, après en avoir entamé le récit l'an dernier. Qu'il m'ait fallu près d'un an pour reprendre ce fil d'avril ne laissera pas les analystes indifférents, c'est leur affaire. M'impressionne beaucoup plus que T. ait choisi une entrée d'asperges blanches que nous avons partagé et qui se révélèrent excellentes (effaçant l'exécrable souvenir de celles du Luxembourg le 19 mars).
En effet, après avoir été recueilli par cet inconnu de Saint-Tropez, d'ailleurs domicilié à Neauphle-le-Château, après avoir passé une partie de la nuit à discuter de littérature et notamment de Marguerite Duras qu'il connaissait personnellement, après avoir dormi quelques heures dans un canapé et pris un léger petit déjeuner, il m'emmena, dans le but de me présenter à des gens qu'il connaissait et qui pourraient peut-être me fournir un emploi, dans un restaurant d'une des seules plages de Saint-Tropez ouvertes en cette saison. Là, sous une treille, face à une mer printanière, ébloui de soleil et de chic, je mangeai les plus incroyables asperges de ma vie. Une botte ficelée d'une dizaine d'asperges blanches, bien épluchées, idéalement cuites debout et servies avec une sauce hollandaise ou mousseline, je ne sais plus. Ce choc du goût fut si intense que je n'eus aucune déception à ce que mon bienfaiteur ne trouvât pas les personnes auxquelles il avait pensé et qu'il proposât enfin, peut-être pour se débarrasser de moi, pensé-je alors, de me payer le billet de retour pour Paris.
Les coïncidences sont des étincelles, elles éclairent joyeusement ou mettent le feu. Elles font rejouer dans notre présent les morceaux de passé qu'elles entrechoquent et les relancent vers un destin merveilleusement inconnu.
Ayant raté de le revoir l'année suivante lors d'une permission qui me permettait de quitter pour trois jours l'infâme camp de Canjuers où j'effectuais mon service, je n'eus plus jamais de nouvelles de Monsieur de R.

J'écris cela alors que l'après-midi touche à sa fin, que T. et moi sommes retournés au Saint-Martin pour son poulet-frites et pour finir le pommard (je confirme que les frites y sont meilleures que partout où j'ai pu en manger en France), puis qu'elle m'a laissé à la maison pour aller à une réunion des pascaliens japonais (qu'elle dit...).
J'ai presque fini la compilation du JLR de mars. Copiant-collant-corrigeant, j'en ai profité pour enregistrer la série des Chemins de la connaissance consacrée à la résistance au Moderne (Antoine Compagnon le 21 mars, Daniel Bensaid le 22, Pierre Manent le 23, Philippe Sollers le 24 et Philippe Forest le 25) puis le Surpris par la nuit d'hier soir sur Kafka.

« Cher Denis,
Quand tu liras ma lettre, il y aura longtemps que je serai parti. J'ai trouvé cette grotte il y a trente ans, en allant aux champignons. [...] Mon avis est que les gens d'aujourd'hui, surtout tous ceux-là, les savants, que j'ai vu faire avec les Mérovingiens du Mont Beuvron, ne comprennent rien à tout ça et qu'ils ne respectent pas la volonté des Anciens. As-tu vu les nageurs sur le mur ? J'ai jamais vu un de ces messieurs qui sont venus ici pour les fouilles aller nager au déversoir. Donc, j'ai réfléchi que le mieux serait de tout laisser comme c'est et de nous laisser dormir tous ensemble dans notre rêve jusqu'à des jours propices. [...]
Si tu es d'accord avec nous, Anselme saura comment faire pour bloquer l'entrée avec de la dynamite et tout sera reparti pour quelques siècles en attendant des temps meilleurs pour les rêveurs et les nageurs. [...]
Louis.»
(in Denis Grozdanovitch, Rêveurs et Nageurs, p. 116-117 — émouvante plongée dans de multiples temps, difficile de ne pas se dire qu'on est là au cœur même de l'art et de la littérature, surtout lorsque j'étais à dix mille mètres d'altitude, dans l'avion qui me ramenait chez moi.)


Kafka : lire absolument Lettres à Milena, comprenant en appendice une lettre de Milena à Max Brod, sur Kafka : "Je crois plutot que c'est nous tous, le monde entier et tous les êtres qui sommes malades et que lui est le seul à être sain..."
2005-04-02 19:16:39 de arte

Arte est ici ! j'en étais sur ! bon Berlol, je te demande de refuser les commentaires d'Arte tant qu'il ne se remet pas au boulot.
2005-04-02 21:12:36 de philippe U

Eh, ça fait un moment qu'il est bloqué sur sa "centième" ! Moi, j'y suis pour rien... Y passe, y passe pas... I'm laisse des trucs en bas de page, moi chu pas là pour nettoyer, hein ! Frédérique, dis quelque chose, toi, y t'écoute !
Ou alors il est envahi par les ronces...
2005-04-03 10:09:12 de Berlol

Pas des ronces, "... des herbes immenses venues des profondeurs des sous-bois [...] ".
2005-04-03 10:58:37 de arte

Je préparais un article sur les coïncidences pour mon tout récent blog lorsque je découvris le vôtre... C'était presque trop beau pour être vrai. Je me disais que j'allais dépasser ma timidité pour vous poster enfin un commentaire, moi qui vous lis quotidiennement depuis des mois. Et puis voilà que l'article suivant, vous tonnez contre la mise en boucle médiatique de la mort du pape, alertant justement sur les faillites de la politique vaticane en ce qui concerne le sida. Mon enthousiasme en fut aussitôt refroidi : mon article parlait justement du pape et d'une curieuse coïncidence routière le concernant. N'allais-je pas susciter votre dédain ? C'était bien mal engager l' échange. Je me lance néanmoins, n'ayant au fond rien à perdre. La proximité des deux notes n'étant peut-être pas elle même dépourvue de signification ?
2005-04-04 00:38:21 de Robin Plackert

Cher Robin,
Le sujet des coïncidences édifiantes nécessiterait en soi un livre, à la façon de Quignard ou de Grozdanovitch. La vôtre est fort intéressante et qu'elle concerne le pape, en l'occurrence, ne me gêne pas du tout. En fait, je suis plus désolé du matraquage médiatique et de ce qu'il implique comme ostentation révérencieuse que de l'Eglise ou du pape.
En revanche, je suis très heureux qu'un de mes lecteurs sorte du bois ! Et me fasse par contrecoup découvrir sa prose à lui!
2005-04-04 01:35:27 de Berlol

Cela ne fait-il pas une autre coïncidence (entre l'article et le blog) ?
2005-04-04 04:55:17 de Manu

Cher Berlol, heureuse que vous parliez de Rêveurs et nageurs et singulèrement de ce que je tiens pour le coeur de ce très beau livre, toute la partie intitulée Apologie des fantômes, libre variation sur la mort, le souvenir des morts, le commerce des morts, les visites des morts, etc. "Où se rencontrent les morts si ce n'est sur les lèvres des vivants ?" s'interroge Grozdanovitch avec Samuel Butler, on pourrait le paraphraser et écrire "Où se rencontrent les morts si ce n'est dans entre les pages d'un auteur particulièrement vivant".
Pour la petite histoire j'ai découvert Grozdanovitch cette année seulement, après son passage en poche et à peine lu Petit traité de désinvolture, j'ai plongé tête baissée dans Rêveurs et nageurs.
2005-04-04 17:55:31 de florence Trocmé

Justement, je me demandais si c'était par vous, par Remue.net ou par France Culture que j'avais entendu parler de lui en premier. Et cela, assez récemment... En tout cas, il y a eu un tir groupé qui a réussi à attirer mon attention et, rendu chez Corti même, je ne pouvais pas manquer de répondre à l'appel.
Et merci, Manu, de relever qu'effectivement il y avait là une coïncidence de coïncidences, une coïncidence au carré !
2005-04-04 18:30:48 de Berlol


Dimanche 3 avril 2005. Ne pas y croire est aussi une fiction.

Comment je me suis fait ramasser, au ping-pong ! Pour une reprise, il n'y avait que Katsunori. Je pensais qu'en m'y mettant sérieusement, je pouvais le battre. En plus, il faisait beau, le ciel me souriait — mais j'oublie toujours qu'il sourit aussi aux autres, le magnanime. On s'est bien entraîné et j'ai fait, comme d'habitude, des smashs et des spoons, mais sans la régularité du jeu qui permet d'accumuler des points. On m'applaudit un beau coup et on oublie que j'ai perdu les cinq poins précédents sur des amorties foireuses et les cinq points suivants sur des balles trop longues... Le compteur, lui, n'oublie pas.
Manu avait prétexté qu'il venait d'être père pour la seconde fois. Comme c'est du 1er avril, sa paternité, on pouvait croire que c'était un poisson. Mais non, c'est une fille. Longue vie à la mère et à la fille !

À propos de longue vie... Jour important, s'il en est, dans notre maisonnée, car c'est l'anniversaire du père de T. !
Ses 92 ans ont bien failli n'avoir jamais lieu, et ce depuis mai ou juin dernier. Et puis voilà, quand même, qu'il les a. Je lui ramène d'un grand magasin de Shibuya un bel assortiment de manjus (gâteaux japonais).

Difficile d'avoir un journal télé ou une radio d'info qui parle d'autre chose que du pape. Comme si la France était un pays totalement chrétien... Je suis content d'en être parti. Je peux avoir la paix, ici. S'il s'agissait d'une autre religion, je ne suis pas sûr qu'on en parlerait tant. À quoi sont inféodés, ou auto-inféodés, les médias français ? Qu'ils donnent l'information, c'est bien. Mais qu'ils la répètent en boucle et fassent se succèder à l'infini les témoignages et les reportages sur, du pape, l'héroïsme, l'importance, le message, la ferveur, la génération, les voyages, la maladie, etc. Il y va là d'un zèle que je trouve malsain en démocratie républicaine laïque.

La parole de Dieu, du Christ, du pape ? Leur message d'amour, d'espérance, de paix ?...
Foutaises !...
L'interdiction du préservatif est cause de millions de morts en Afrique. De même que les tarifs pratiqués par les très chrétiens fabricants de tri-thérapies.

L'identité est une fiction. La nation est une fiction. La religion est une fiction. Leur amalgame produit un puissant stupéfiant dont l'addiction concerne des centaines de millions de personnes — qui peuvent ainsi être menées par le bout du nez tout le long de leur vie. Sans jamais sortir des fictions emboîtées, ni même avoir aucune conscience de leur existence ou de leur emboîtement.
Ne pas y croire est aussi une fiction...


« Nous nous devions d'être tristes lorsqu'un acteur que nous appréciions tout particulièrement en venait, pour quelque raison, à faire défaut, mais sa disparition du devant de la scène n'était pas beaucoup plus dommageable, à vrai dire, que le temps requis afin de pourvoir à son remplacement (par un collègue peut-être un peu moins bon, peut-être un peu meilleur, mais qui, fatalement, finirait par faire oublier le précédent). Le fait que cette théorie de l'interchangeabilité des êtres nous apparaisse au premier abord comme cynique et scandaleuse n'était peut-être que l'heureux effet de notre intérêt pour le spectacle ? »

(Denis Grozdanovitch, Rêveurs et Nageurs, p. 136 — évidemment, je détourne ici le sens du texte, qui concerne en réalité l'enterrement d'une amie comédienne que le narrateur connaissait depuis trente ans, mais j'ai la très nette impression que le texte se veut généralisable et en quelque sorte qu'il appelle au détournement...).
Douce pluie sur les camélias
Danger pour les cerisiers
Rentrons vite le linge !

rien j'ai pas eu le courage de lire mais euh à priori je suis d'accord
2005-04-03 18:15:39 de ani

j'ai lu , et je confirme ce qui j'ai dit précédemment
2005-04-03 18:20:49 de ani

Respect pour la personne du Pape, pour son aptitude à la parternité virtuelle . Désaccord pour ses idées inconséquentes sur la procréation et la protection contre les maladies sexuellement transmissibles . Si la religion est l'opium du peuple... j'ose espérer l 'introduction des femmes parmi les cardinaux au Vatican ( ils paraît qu'elles vivent plus longtemps et je suis sûre qu'elles feraient voler en éclat pas mal d'interdictions mal inspirées...).
Les reportages télé sur la fin de vie de ce Pape Polonais me sont apparus indigents et tendancieux (les pleurs de la petite fille à Cracovie qui avait peut-être d'autres raisons à son chagrin = le journaliste ne vérifie pas, il affirme qu'elle fait partie de ceux qui pleurent le pape ). La manipulation du spectateur est flagrante...A cela s'est ajoutée l'incongruité de l'arrêt brutal de l'émission sidaction sur la première strophe
de la chanson "BESA ME MUCHO" par Arielle LONSDALES accompagnée par les Gypsie Kings... Edition spéciale sur l'annonce de la mort du pape, puis reprise de la chanson sur un mode encore plus sensuel et provocant ... Quelle salade d'images et de contradictions !
L'idée à garder reste pour moi les efforts à fournir pour la vraie solidarité :
Fraternité
Arrachez tous les drapeaux
les drapeaux de toutes les nations
arrachez-les du mât d'orgueil
Faites-en un linge
pour accueillir l'enfant
Faites-en une robe
pour la danse
ou un foulard peut-être
au cou des miséreux
Etendez-les comme un drap
pour le repos
du vieil homme
Haussez-les sous le vent
pour parcourir la vague
Arrachez les drapeaux
qu'ils soient la nappe immense
sur la table des hommes
Jean-Pierre SIMEON, Sans frontières fixes, Cheyne, poèmes pour grandir,2001.
2005-04-03 23:06:08 de Marie.Pool

Berlol a écrit : « L'identité est une fiction. La nation est une fiction. La religion est une fiction. Leur amalgame produit un puissant stupéfiant dont l'addiction concerne des centaines de millions de personnes — qui peuvent ainsi être menées par le bout du nez tout le long de leur vie. Sans jamais sortir des fictions emboîtées, ni même avoir aucune conscience de leur existence ou de leur emboîtement.
Ne pas y croire est aussi une fiction... »
Tout à fait. Donc, pour reformuler ce que tu écris, et en reprenant le mot de Balibar : dire que la nation est une fiction ne veut pas dire qu'elle soit fictive.
En tant qu'entité élaborée au 19e siècle, puis re-produite en permanence depuis, elle existe bien réellement, et nous vivons en son sein, l'imaginant en permanence afin de mieux la réaliser et la re-construire.
Pour la question du ping-pong, plus tard, dans vingt ans, lorsque tu mettras en forme tes Mémoires, tu écriras peut-être que c'est vers cet âge-ci qu'a commencé ta désillusion sportive ? ;-) Mais bon, l'essentiel c'est de ...
2005-04-04 04:11:46 de Arnaud
En fait, le pape a aussi fait des choses bien. J'étais moi-même resté bloqué sur la question de la contraception, mais les biographies vues à la télé ces derniers jours m'ont fait revoir un peu mon opinion (sur le reste).
Ceci dit, lui consacrer un journal entier (TV5), deux jours de suite, c'est trop. Comme si plus rien d'autre ne se passait dans le monde ? Tout ne s'est quand même pas arrêté pour pleurer le pape !
Bon, moi je vais retourner à mon nouveau rôle de (double) papa.
2005-04-04 04:53:46 de Manu

Un peu d'air frais dans ce monde qui tourne depuis quelques jours autour du nombril du pape ! J'en étais à me dire que j'étais seule à en avoir rien à foutre de ce vieux réactionnaire...
Tu vois, Manu, tu dis que tu as revu un peu ton opinion. Méfie-toi de la propagande. Car actuellement, on n'en est plus à l'information avec les médias, mais bien à la propagande religieuse. La télévision publique consacre sa soirée du dimanche à une biographie qui avait fait un tabac sur la RAI (c'est dire le film de propagande que c'est), les journalistes qui parlent du "Saint Père", le mot "saint" étant déjà un jugement de valeur, tout celà me fatigue considérablement. Sans parler des journaux... Sur le site du Monde, il y a un diaporama retraçant la vie de JPII avec des commentaires des plus mielleux à son égard. Heureusement, il y a Libération qui est un peu plus critique.
Au fait, pour l'instant, je n'ai pas entendu parler de la responsabilité de l'Eglise dans le massacre du Rwanda, de la protection que celle-ci a apporté aux criminels... C'était qui le pape, à ce moment-là ?
2005-04-04 08:05:33 de Caroline

Vous avez un ensemble de rétrospectives et d'articles thématiques sur Jean-Paul II très intéressant sur lemonde.fr . Je dis cela sans entrer dans le débat du pour ou du contre, mais juste comme information.
Sinon, pour revenir sur un autre sujet touchant à l'infrastructure, je viens de lire un article présentant une activité tout à fait lamentable du néolibéralisme. Mais le "néo" est-il toujours justifié ?
« 6 euros de l'heure, qui dit moins ? Un emploi aux enchères sur le Net
LE MONDE
Francfort de notre correspondant
Dans le climat de crise sociale qui sévit en Allemagne, le sens de la provocation du site web jobdumping.de, qui propose de trouver un travail en ligne, aux enchères, n'a pas tardé à lui assurer une grande notoriété. Pour accéder bien souvent à des petits boulots, les candidats postulent en renchérissant pour un salaire toujours plus bas. Sous le pseudonyme de Meikel, une échoppe de Berlin propose ainsi un contrat d'une durée de 25 heures, à 6 euros maximum de l'heure, pour vendre des viennoiseries et du café. Alors, qui dit moins ? Ce type d'annonce laisse planer le doute sur le respect de la législation sociale allemande.
Le site boeckler.de, qui appartient à la Hans Böckler Stiftung, la fondation des syndicats, qui recense les salaires-planchers, indique en effet qu'un salarié ne peut théoriquement gagner moins de 6,05 euros de l'heure à Berlin dans les services de travail temporaire, 6,93 euros selon la convention collective des cafés et des hôtels ou 8,14 euros dans le commerce de détail.
Le créateur du site, Fabian Löw, 31 ans, indique qu'il n'encourage pas la transgression mais qu'il n'est pas responsable du respect de la législation. Il insiste sur le fait que l'annonceur peut aussi retenir le candidat le plus qualifié plutôt que le moins cher. Et qu'à l'inverse les salariés peuvent aussi proposer leurs services sur son site, selon un système d'enchères classiques. A l'image d'un certain Foxx, de Marburg, qui propose de remplir les déclarations de revenu pour un forfait d'au moins 25 euros. Qui propose plus de 25 euros ?
800 EMPLOIS PAR MOIS
Depuis la création de son portail, en novembre, avec un associé et deux salariés, M. Löw revendique le placement de 1 300 emplois, avec un rythme mensuel de 800 emplois. Diplômé d'économie sociale, le créateur du site jobdumping.de reconnaît qu'il a joué délibérément la "provocation" pour se faire connaître. En même temps, il adhère à la théorie libérale en matière de marché du travail : "Si nous gagnions tous moins, il y aurait des produits fabriqués moins chers et donc une hausse du pouvoir d'achat et une augmentation de la demande intérieure." Selon lui, les Allemands, "champions du monde des lamentations", devraient prendre conscience qu'ils "ne sont plus productifs".
Enfin, explique M. Löw, jobdumping.de est bel et bien un "portail politique". Il a d'ailleurs créé le même site en version dite "neutre" : lohnauktion.de (enchères de salaires). Ayant collaboré au petit parti libéral FDP au Parlement régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les déclarations du porte-parole pour les questions sociales du FDP, Dirk Niebel, dénonçant une "idée immorale" ou un "marché aux esclaves" le font sourire. A l'intérieur, dit-il, les libéraux "sont tous pour".
Adrien de Tricornot
Article paru dans l'édition du 02.04.05 »
2005-04-04 08:09:00 de Arnaud

D'accord avec Caroline.
Sur la question du préservatif, j'ai une connaissancei ("catho") qui avait quatre enfants à 34 ans mais sans travailler lui-même et en faisant travailler sa femme, le tout en justifiant cet état de fait par "la volonté divine". Et soit disant le "saint-esprit" lui aurait parlé en plus. Depuis ce jour-là, moi en tout cas je ne lui cause plus beaucoup...
Le pape a fait quoi de "bien" ? A part rassurer les fidèles, je ne vois pas. Certes, c'est déjà beaucoup, car on sait comme ils ont besoin d'être rassurés.
2005-04-04 08:13:11 de Arnaud

J'ai passé une bonne partie de mon dimanche à écouter france info et l'actu sur JPII. Hier soir j'ai regardé une émission sur France 5 sur le même sujet. Je n'ai pas acheté de journal, pas cherché d'info complémentaire sur le web. J'aurai pu, je le ferai peut etre.
Je me dis que c'est moi qui ai appuyé sur le bouton on de mon poste de radio, ou de tele quand j'ai souhaité savoir, moi qui ai appuyé sur le bouton off quand j'ai considéré que ça suffisait. QUe c'est moi qui ai décidé de ne pas acheter de journal, de ne pas lire les sites. Je me dis que les autres infos importantes que j'avais à connaitre, on me les a données : la grève des urgentistes, marseille-psg 1:1 ... :) et que si j'en avais voulu plus j'aurais pu les trouver.
Ca fait un moment que les médias se comportent comme ça. On dit depuis la première guerre du golfe. Lorsqu'il y a un "événement", quelqu'il soit, ils surinforment, ça dure deux, trois jours. Bon. Ca ne me semble pas hyper grave. On reste quand même acteur, à nous de prendre ou de laisser, on ne nous impose rien.
Perso ça m'a intéressé ces infos. D'abord parce que ça touche 550 millions de personnes, et que je compatis. Ca m'a interessé d'en apprendre sur le fonctionnement de l'organisation catholique, sur JPII , son rôle dans la création de solidarinosc, sa personnalité autocratique, sur ce qu'on attend du prochain pape. D'accord l'info était un peu condensée, mais disons que c'est l'occas de s'y intéresser et d'en savoir plus.
Je suis athée, laique, on ne peut plus laique. Je ne comprends toujours pas qu'il y ait des écoles privées par exemple et qu'on sépare dans le processus d'éducation (et soit disant de formation des citoyens de demain) les communautés qui doivent vivre ensemble.
Mais je ne me suis pas sentie offensée, toute cette info n'a rien remis en cause. Je n'ai pas changé d'avis. Et d'ailleurs on ne m'a guère parlé de Dieu ou des évangiles.
Et que l'état souhaite marquer le coup en disant aux cathos, communauté importante et très ancienne en france : on compatit .... pourquoi pas, y' a pire comme crime. Parce qu'il faut travailler à l'intégration des musulmans par exemple, à la liberté de leur culte ... il ne faut pas pour autant oublier que la religion catho existe et fait partie de notre histoire.
Voilà ... sinon reste le problème du traitement de l'info. Des infos plus ou moins exhaustives, plus ou moins exactes qu'on nous délivre. De toute cette mise en scène de l'info que pratiquent certains médias. Là c'est un autre problème. C'est parfois révoltant. Je ne sais pas si nous avons d'autres choix que faire nous même le tri.
Bises !
2005-04-05 23:07:31 de l\\\'unedesdeux


Lundi 4 avril 2005. Affaibli et ébloui, je signe.

D'habitude, en prenant mon petit déjeuner, j'aime bien regarder le 20 Heures de France 2 par l'internet. Mais ce matin, trop c'est trop. Troisième jour de journal entièrement consacré au pape ! Je coupe. Idem dans le 19-20 de France 3. Comme si sous nos yeux, à en croire les journalistes, notre pays redevenait très chrétien, comme si notre royaume avait toujours été cette nation fille de l'Église... Tel un cheval de Troie, une sorte de prosélytisme triomphant, à la fois morbide et résurrectionnel, pourrait-on dire, accompagne les légitimes jérémiadeson peut y aller à fond, c'est le moment où jamais !, se disent-ils, car toute critique pourra aisément être dénoncée comme irrespectueuse et inconvenante. Machiavélisme !

Ayant été déçu par ailleurs sur le site ridicule de la TNT en constatant que cela ne concernait en rien une éventuelle diffusion en numérique sur le réseau internet, c'est sans espoir que je cherche le site de la chaîne i-télévision, découverte durant cette dernière quinzaine à Paris.
Ô miracle ! Non seulement il y a un site de i-télévision. Mais en plus il y a diffusion en direct de l'intégralité du programme !

Moins agréable : c'est jour de dentiste. T. m'accompagne (pour le vocabulaire de base à apprendre — ouvrez ! fermez ! rincez ! plus grand ! merde, j'ai dérapé... —, après j'irai tout seul, enfin peut-être...).
De 11h20 à 12h40, je reste sur le billot, non, sur le billard, enfin dans le fauteuil. Finalement, il est gentil et assez doux, ce dentiste, surtout sous anesthésie. Il explique bien à T. ce qu'il va faire mais elle ne me traduit pas tout. Moi, je me concentre pour me décrisper, je ferme les yeux, je laisse faire. De temps en temps, j'ouvre et je vois passer des pinces, des cotons, des roulettes, des moulages, etc. Par la suite, T. m'explique qu'en vue d'installer une nouvelle couronne, il a coupé au laser un petit bout de la gencive. Ah bon ! Heureusement qu'on ne me l'avait pas dit comme ça avant !... Ensuite, il a fait une dent provisoire en résine et me l'a collée dans le trou. C'est nouveau, ça. Encore deux séances avant fixation d'une couronne définitive.
Paraît que ça repousse, la gencive. Comme les queues de lézard...
Juste après, T. m'emmène dans une agence de voyage pour négocier quatre jours dans le Kyushu début mai, pour aller voir la famille de son père. Affaibli et ébloui, je signe...

De retour à la maison, je découvre les commentaires au JLR d'hier. Je m'attendais à une levée de boucliers contre mes propos jugés anticléricaux ou quoi, mais ce n'est pas le cas. J'ai même l'impression, finalement, qu'il y a beaucoup de gens comme moi qui, sans vouloir accabler outre mesure les fidèles, réclament quand même un peu d'air, un peu de respect pour la laïcité.
Laïcité piétinée par la mise en berne des drapeaux français, l'année même du centenaire de la loi de séparation de l'Église et de l'État !

Dégouté, en attendant de meilleurs temps, je retourne aux Rêveurs et Nageurs...


j'adore le lien pour expliquer le vocabulaire, j'ai jamais trouvé de dictionnaire sur le net qui soit assez explicite pour le petit peuple que je représente .
arrête les infos c mauvais pour la santé
2005-04-04 18:48:17 de ani

J'ai peur, si le prochain pape était Francais ...
2005-04-04 19:33:12 de arte

Un pape français? Seigneur, je n'y avais pas pensé! Tremblons ensemble, Arte, c'est si bon.
Et allons prendre l'air, que diable, on étouffe dans la lucarne, au milieu de toutes ces soutanes.
2005-04-04 20:57:12 de Frédérique Clémençon
Haa, si le prochain papa était françois. Voilà une hypothèse redoutable. Il n'y a qu'à voir comment cela c'est passé en Pologne (et comment c'est bien sûr en Italie) pour comprendre qu'il n'y aurait rien de mieux pour "rebooster la foi"...
Un pape africain, moi je dis, rien de mieux pour faire réfléchir les chrestiens à l'Altérité et les mettre devant les contradictions de leur pseudo-universalisme.
Berlol : pas de levée de bouclier. Tous les républicains sont avec toi !
Vive la république !
2005-04-05 01:51:31 de http://

Oublié de mettre mon nom. Le post juste au-dessus est de moi.
Et je répète : vive la République !
2005-04-05 01:52:37 de Arnaud

Je cite une nouvelle fois le Monde, qui passe des articles assez contradictoires ces dernières jours, au sujet de la mort du pape (sans majuscule, merci).
« Le deuil public pour le pape choque les libres-penseurs
LE MONDE |
n en fait trop". Telle est la tonalité générale de ce qu'il est convenu d'appeler les milieux laïques sur les hommages officiels qui accompagnent la mort du pape. "Aurait-on mis les drapeaux en berne pour un grand imam ou pour le dalaï-lama ?", s'interroge Jean-Marc Roirant, secrétaire général de la Ligue de l'enseignement, qui juge "un peu anachronique que l'on considère encore le Vatican comme un Etat". Cet hommage est "malvenu", juge Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l'homme (LDH). S'il ne critique pas la présence de Jacques Chirac à Notre-Dame de Paris, dimanche 3 avril, "à titre privé", il juge l'attitude des pouvoirs publics "disproportionnée".
Les libres-penseurs militants sont les plus virulents. Christian Eyschen, rédacteur en chef de La Raison, le journal de la libre-pensée, parle de "violation de la liberté de conscience" à propos de la mise en berne des drapeaux et qualifie de "scandaleuse" la présence de M. Chirac dans la cathédrale de Paris en tant que président de la République. "Il y a un vrai questionnement à mener, ajoute-t-il, sur le traitement médiatique de l'événement". "Il y a une overdose médiatique, renchérit M. Eyschen. "C'est la télévision catholique et non plus cathodique !" "On fait un cinéma de la commémoration de la loi de 1905, proteste-t-il encore, mais on voit bien, qu'en violation du texte, la religion n'est plus une affaire privée."
"Nous les laïques nous sommes légitimistes", assure M. Roirant un ton au dessous. Si Alain Bauer, ancien grand maître du Grand-Orient de France, aurait préféré que "la République s'abstienne" des démonstrations de deuil public, celles-ci ne le choquent pas outre mesure. Là n'est pas selon lui "l'essentiel". La façon dont le pape, "homme de paradoxe", est mort constitue pour lui "un message en faveur du droit de mourir dans la dignité adressé aux élément les plus rétrogrades de sa hiérarchie". Tous fustigent son conservatisme en matière morale et sexuelle. "Il a changé la peau de l'Eglise et non son contenu" juge le président de la LDH qui voit en Jean Paul II un partisan de l'"ordre moral". "Il y a deux personnalités chez le pape, pense M. Bauer. Une force moralisatrice et un immense pragmatisme". Laïques et libres-penseurs apprécient diversement le legs du pontificat de cet "homme plein de paradoxes". Et s'ils comprennent l'affliction des catholiques, ils estiment tous que l'Etat n'aurait pas dû s'en mêler.
Nicolas Weill
Article paru dans l'édition du 05.04.05 »
2005-04-05 07:08:43 de Arnaud

Ahhh Mademoiselle, j'ai jeté la lucarne par la fenetre il y a tant d'années... mais prendre l'air en tremblant, j'en frissonne d'avance...
Berlol, je vois sur la publicité en bas de ton blog :
"PEUR DU DENTISTE? :
Lutte contre la phobie du dentiste grâce à la thérapie des trois RV"
http://zahnarztangst.de/fr/
2005-04-05 08:21:03 de arte


Mardi 5 avril 2005. Comme des petites graines psychiques magiques.

Ajout du tableau de Bacon au JLR d'hier... Cette chute infinie sur un cri muet (c'est comme ça que je ressens ce tableau), ça m'est revenu tout à l'heure, avec David et mes collègues. Dans un restaurant près de la fac, on papotait gentiment pendant que nos nouveaux étudiants arrivaient. Ils sont ouverts et bavards. Un peu comme les cerisiers qui démarrent justement leur carrière depuis deux jours.

Denis Grozdanovitch : « D'ailleurs, j'ai une petite théorie sur la littérature. [...] Je ne pense pas du tout que la littérature passe réellement par les mots. Je pense que c'est quelque chose qui est totalement en-deçà des mots et que, dans les grands textes, il y a quelque chose de plus que ce que véhicule le langage. J'ai tendance à croire, comme les anciens Grecs, à ce qu'ils appellent les idola. Et je pense qu'il y a comme des petites graines psychiques magiques qui se transportent à côté des textes, une sorte de magnétisme qui vient de l'homme lui-même, qui traverse le temps. C'est un peu l'impression que j'ai. Bon, c'est peut-être un peu utopique mais...
Alain Veinstein : — Alors là, ces carnets noirs qui sont devant vous, ils sont plein de petites graines ?...
D. G. : — Euh... J'espère ! En tout cas, ça, ce sont mes carnets de citations. Je suis l'homme des carnets. J'ai différentes sortes de carnets. Des carnets de notation au jour le jour, des carnets où je rédige un tout petit peu plus et pour finir des cahiers où là... sorte de journaux, je reprends les notes de carnets pour les écrire encore un peu mieux, à la pointe Rotring — je me suis fait une méthode à la pointe Rotring et au blanc, vous savez, pour effacer, ce qui me permet d'avoir une belle écriture, parce que c'est très important pour moi que la calligraphie soit belle, et je n'aime pas les ratures, alors avec le blanc, je passe dessus et je refais, je me fais des beaux carnets, parce que la calligraphie a une importance. Voyez, pour moi, le côté sensuel des choses est très important, pas seulement intellectuel...
A.V. : — Donc écrire directement à l'ordinateur, ça ne vous viendrait pas à l'idée...
D. G. : — Non, je finis à l'ordinateur...
A. V. : — Vous achevez...
D. G. : — Oui, on peut dire comme ça... (rires)
A. V. : — Donc, des carnets qui constituent les matériaux des livres à venir...
D. G. : — Et alors, au cours de ces quarante ans pendant lesquels j'ai écrit dans l'ombre, si l'on peut dire, je ne savais même pas que j'étais en train de me faire un capital parce que finalement, là, plein de gens me réclament des textes, parce qu'ils ont compris que c'était dans des carnets. Et effectivement, quand un éditeur trouve un thème, je dis ah bah oui, j'ai ça, et alors je vais piocher dans mes carnets, j'ai deux caisses entières et je retrouve des textes que je re-rédige ensuite. Mais disons que c'est très important d'avoir la matière de départ. D'ailleurs, je voudrais dire une chose... Ernst Jünger, c'est quelqu'un que j'ai beaucoup lu, il dit à un moment que quand vous prenez des notes, c'est pas du tout littéraire — ça revient encore aux idola — quand vous prenez des notes, ce qui est très important, c'est de fixer quelque chose sur le papier et peu importe si c'est bien exprimé parce que, ensuite, quand vous le relisez, cette notation, elle rouvre le souvenir. Un peu comme les parfums. Il n'y a pas de souvenir d'un parfum. C'est le parfum qui rouvre le souvenir. Et de la même manière, c'est comme une sorte d'instantané photographique que vous développez avec l'esprit. D'ailleurs à mon avis il y aurait beaucoup à étudier de ce point de vue. Proust l'a un peu fait mais pas suffisamment, à mon avis. Il me semble qu'il y a un écrivain, d'ailleurs que je tiens pour le plus grand écrivain européen du XXe siècle, tristement méconnu, qui s'appelle John Cowper Powys, je le cite beaucoup, qui à mon avis est allé beaucoup plus loin que Proust dans l'examen de tous ces petits gouffres, en quelque sorte psychologiques, qui s'ouvrent sous nos pieds à tout instant dans la vie, lui, a été très loin dans l'expression de ces choses-là...
A. V. : — Quand on rouvre ces carnets, des années après, est-ce qu'on n'est pas un peu pris de panique ?
D. G. : — Pas du tout, non. Au contraire, ça me fait rêver parce que, je vous dis, d'un seul coup c'est un monde qui s'ouvre, c'est magique, et d'un seul coup tous les souvenirs me reviennent. Et je sens que si je n'avais pas noté, peu importe le mot que j'ai noté, ça ne se ferait pas. C'est en même temps un plaisir parce que les souvenirs reviennent et en vérité je travaille sur ces souvenirs qui reviennent par rapport à ces petits repères que je me suis fait dans les carnets. [...] » (dans l'émission Du jour au lendemain du 2 mars 2005).


Cliquez sur mon nom et vous saurez qui je suis...
2005-04-05 15:18:12 de Qui suis-je?

Je n'arrive pas à voir si le nouveau Troll aux pieds boueux est un Tyranosaure. Il va falloir lui proposer un paillasson .
Le pas est lourd et déterminé, et la logique balistique semble privilégier la diagonale... Comme c'est bientôt l'époque des barbecues ( on peut en mettre à proximité des tables de ping-pong), il va falloir l'appâter et le préparer avec des sauces japonaises... Il y en aura pour tout le monde, moi je réclame le blanc en nuggets, mais j'aime pas les morceaux pleins d'os et de nerfs... Et vous Berlol ?
2005-04-05 16:36:35 de Marie.Pool

Laissez rouler, c'est un troll laid... La première fois, ça fout les jetons, quand même. Si on arrive à le choper, je propose une sauce au wasabi, un truc qui arrache bien !
2005-04-05 17:16:14 de Berlol

moi ça me fait rire :d
2005-04-05 17:20:12 de arte

Un trolley ? Chance pour tous, il va y avoir des grèves ... On aura une excuse pour ne pas aller bosser...
2005-04-05 18:40:38 de Marie.Pool

Après Dino, le déluge: logique!
Cliquez sur mon nom...
2005-04-06 00:35:22 de Dino

Des idées dans de l'eau ça va fermenter sec. La fertilité intellectuelle n'en serait que boostée ? A l'aquarium de LYON ce Dimanche , http://www.aquariumlyon.fr, j'ai vu de très beaux poissons, un peu à l'étroit tout de même... Dommage qu'ils aient besoin de sel et d'eaux chaudes, je les aurais bien relâchés dans la Saône pour qu'ils rentrent chez eux.
Ne cliquez pas sur mon nom, les oeufs qui tombent font des shampooings interminables.
2005-04-06 09:03:44 de Marie.Pool


Mercredi 6 avril 2005. Il n'y a pas loin du fluide au délayé.

Hier soir, reprise du ping-pong à la fac. David a vu que c'était comme le vélo. Pas pour les pédales mais parce que ça revient tout seul. Puis j'ai dîné tranquille, ayant retrouvé mes nagoyennes pénates. Bikun, qui squatte chez moi depuis le début de l'Expo d'Aichi 2005, est rentré tard, ayant fait trop de photos après la journée spéciale Canada et une soirée de concert avec notamment Corneille et Alanis Morissette. On envie ce jeune photographe qui côtoie les stars mais il vous dira que son sac est bien lourd et que ça ne fait pas vivre son homme... Plaignons-le.

Ce matin, retour au sport et à la lecture sur vélo statique, dit sudavélo. Les quarante minutes sont longues, surtout vers la fin, quand ça dégouline de partout et qu'il a fallu fermer le livre pour ne pas le tacher. Idem pour les machines, allons-y mollo... Puis déjeuner avec David au Downey, où l'on constate que les menus avec hamburger n'existent plus, il n'y a plus que des menus avec sandwiches. Tout fout le camp ! Et pire encore, le restaurant d'en face, Chitaka, excellent pour le tonkatsu, a fermé pendant que je n'étais pas là (sinon, hein, on devine bien qu'ils n'auraient pas osé...). Il y a du changement macro-économique dans ce quartier... (nouvelle station de métro, nouveaux et nombreux buildings d'habitation de 20 ou 30 étages, réfection complète de l'hôpital, construction de splendides bâtiments de l'université de Nagoya, etc.) Ce quartier qui n'était que collines herbues et boisées dans les années 50 quand mon université commença timidement de s'y implanter.

« Au coin de la soixantième rue où, au milieu d'un groupe de piétons disciplinés, j'attendais la prochaine apparition du fatidique « Walk ! » qui nous autoriserait à traverser l'avenue (jusque sur l'autre rive du « fleuve motorisé »), j'entrevis, en un éclair, une flèche noire rayer l'espace devant nous : un individu moulé de la tête aux pieds dans un justaucorps anthracite, coiffé d'une casquette de cuir noir, des lunettes de soleil opaques sur le nez, un sifflet à roulette à la bouche, les oreilles couvertes par d'énormes écouteurs de walkman et juché sur une bicyclette de course, avait — sifflant avec stridence pour dégager la voie devant lui — jailli du trafic encombré avec la virtuosité d'un sprinter se dégageant du peloton pour la ligne droite finale ! Je le vis, d'un geste hautement acrobatique, attraper au vol la poignée de portière arrière d'un taxi qui démarrait en trombe pour ensuite — au risque de se rompre les os — se laisser tirer à grande vitesse sur toute la largeur de Central Park, rebondissant comme une balle sur la chaussée chaotique. Au coin de Broadway, il décrocha et dans un virage effectué à ras de terre disparut sous mes yeux éberlués.» (Denis Grozdanovitch, Rêveurs et Nageurs, p. 150-151)

Toujours sous le charme de ces fragments organisés. Un bémol, pourtant. Voulant travailler la fluidité du texte, comme il le disait dans l'entretien cité hier, je trouve souvent que l'adjectif, la comparaison ou la métaphore sont trop appropriés, trop normaux pour la situation évoquée. Sans aller jusqu'à dire qu'il y a du cliché partout, ce qui serait exagéré, je dirais plutôt qu'il y a de l'attendu, de l'évident, du redondant. Attente, évidence, redondance qui doivent avoir pour but la fluidité, mais qui pour moi la bétonnent. C'est d'ailleurs le principal problème que j'ai avec Gracq. Ainsi, des piétons qui attendent en groupe sont à l'évidence disciplinés (c'est s'ils ne le sont pas qu'il faut le dire). Entrevoir une flèche qui raye l'espace ne peut se faire qu'en un éclair. Des lunettes de soleil sont normalement opaques et sur le nez (c'est si elles sont différentes ou ailleurs qu'il y a lieu d'en parler). Or il n'y a pas loin du fluide au délayé. Ce que je montre sur ce passage admirable au demeurant peut être retrouvé dans presque tous les endroits du texte. En fait, c'est quand il est bref, voire incisif, que je trouve le texte de Grozdanovitch encore meilleur. Je n'irai pas jusqu'à lui conseiller de tailler des maximes mais au moins de biffer le redondant, d'ébavurer ce qui dépasse. Que l'on me comprenne bien (et qu'il me comprenne bien, si une âme charitable lui indique ces lignes ou s'il les trouve par hasard) : il ne s'agit pas pour moi de (lui) donner des leçons (tarifs sur demande), mais encore une fois de donner mon avis de lecteur progressant, au fil de l'œuvre mon épuisette à la main. Mes contributions à l'univers littéréticulaire n'ont pas vocation à devenir doxa ni leur auteur à décerner des prix, mais qu'il me soit au moins permis, dans ce minuscule coin qui, si j'ose dire, m'appartient, de donner franchement et posément mon avis.


Je pense à la Rue de Rivoli, dont je découvrais qu'elle était en pente, et même sacrément, la montée allant dans le sens unique autorisé à la circulation, c'est à dire de Chatelet à la place de la Concorde, lorsque chaque soir, vers 23h, 23h30, je devenais le remonte-pente officiel d'une bande de Djeun's Rollers qui formait une grappe accrochée à la roue de secours arrière du 4*4 (Ecolos, la bourgogne aux escargots...) et de la complicité du conducteur, pour s'enfiler l'avenue en faisant de grands signes signifiant "Plus vite, plus vite..." : nous avons même atteint une nuit bien dégagée d'automobilistes (pas de nuages, sinon il serait inutile de le dire), une pointe à 100 km/h, cette nuit même où j'entendis un bruit épouvantable proche du son caractéristique que donne l'écrasement (au sol) d'une vache jetée du 4ème (pas arrondissement hein), un Roller ayant betement perdu une roue... le reste d'humain accroché au-dit Roller me recommandant d'une voie sympathique, mais faible, de ne pas rester là, fallait pas attendre les flics, c'est pas grave, vous inquiétez pas, "j'ai l'habitude" ...
2005-04-06 13:27:01 de arte

X
2005-04-06 13:30:21 de arte

Oui, bien sûr ! Une vache jetée du 4e étage, je vois très bien le bruit que ça fait ! J'entends ça souvent quand je passe rue de Rivoli, même à pied...
Et depuis... tu prends un autre itinéraire ?
2005-04-06 14:22:25 de Berlol

Je passe par les quais, mais là, il y a le danger des péniches qui traversent sans regarder !
2005-04-06 18:15:24 de arte

Bonjour. Je suppose que, pour ceux résidant au Japon, vous avez déjà dû le voir aux informations, qui ont relayé ces incidents en détails. Voici maintenant un article de Pons dans Le Monde
« Des manuels scolaires japonais scandalisent la région
LE MONDE |
Tokyo de notre correspondant
La révision des manuels scolaires destinés aux lycéens japonais ne pouvait plus mal tomber : adoptée, mardi 5 avril, par le ministère de l'éducation, la nouvelle version de l'histoire moderne du pays a jeté de l'huile sur le feu de ses relations déjà tendues avec ses voisins chinois et coréen.
Cette mise à jour des manuels, qui intervient tous les quatre ans, porte sur l'ensemble des matières. Elle vise surtout à donner plus de substance à l'enseignement scientifique. Mais, une fois encore, les manuels de "sciences sociales", qui traitent de l'histoire, suscitent des controverses. La version donnée par le Japon de la guerre d'expansion qu'il mena dans la région heurte régulièrement les sentiments de ses voisins. Ces derniers estiment que Tokyo nie ou édulcore les faits, quand il ne justifie pas des actions coupables.
Une nouvelle fois, des sujets controversés ­ le massacre de la population civile à Nankin en 1937 est qualifié d'"incident" ; le terme d'"invasion" n'est jamais mentionné lorsqu'il est fait état de la "guerre de la Grande Asie" que mena le Japon à partir des années 1930 ­ sont dénoncés à Pékin et à Séoul. Autre sujet sensible : la question des "femmes de réconfort", euphémisme pour désigner les 200 000 Asiatiques, essentiellement Coréennes, contraintes à se prostituer dans les bordels de l'armée impériale. Evoqué dans certains manuels en 2001, cet épisode peu glorieux n'y figure plus.
Cet infléchissement du contenu des livres scolaires, fruit de la campagne lancée dans les années 1980 par la droite japonaise pour changer une "vision masochiste" de l'histoire, nourrit un nouveau prurit nationaliste en Asie orientale. Des différends territoriaux provoquent régulièrement des tensions dans la région. Ces dernières années, les visites du premier ministre, Junichiro Koizumi, au sanctuaire Yasukuni à Tokyo, où sont honorées les âmes des morts pour la patrie, parmi lesquels figurent des criminels de guerre, ont alourdi le climat. A Pékin et Séoul, elles ont été interprétées comme une absolution du passé militariste nippon.
Avec Pékin, le contentieux porte sur la ligne de démarcation des zones économiques exclusives en mer de Chine orientale (région riche en ressources énergétiques) et sur la souveraineté d'îlots inhabités. Ainsi, Senkaku en japonais, Diaoyu en chinois. Récemment, un nouveau litige territorial est apparu, concernant désormais la Corée du Sud. Il porte sur les îlots Takeshima (Dokto en coréen), en mer du Japon (appelée "mer de l'Est" par Séoul).
MAGASINS ATTAQUÉS
Un tollé s'est élevé à Séoul quand le département de Shimane (sud-ouest de l'archipel nippon) a pris un arrêté établissant la souveraineté nippone sur ces îlots inhabités et sous contrôle coréen. Les relations entre les deux pays, qui s'étaient réchauffées ces derniers temps, se sont brutalement rafraîchies. En réaffirmant jusque dans les nouveaux manuels scolaires sa souveraineté sur Takeshima, Tokyo a provoqué un regain de courroux à Séoul.
Avec la Chine, l'absence de visite réciproque des chefs d'Etat ou de gouvernement depuis l'arrivée au pouvoir de M. Koizumi en avril 2001, témoigne de la froideur des relations entre les deux pays en dépit de relations économiques en plein essor. Attisé par les diatribes de la droite nippone sur la "menace chinoise", l'antagonisme entre Pékin et Tokyo suscite une vague antijaponaise sur le continent. En fin de semaine, à Shengzhen et à Chengdu, des groupes de jeunes "patriotes" ont attaqué des magasins japonais pour protester contre la demande de Tokyo de devenir membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU et des mots d'ordre de boycottage des produits nippons ont été lancés.
Philippe Pons
Article paru dans l'édition du 07.04.05 »
2005-04-07 04:10:05 de Arnaud

Au sujet de ce nouveau problème avec les manuels japonais, ce que j'ai trouvé cette fois-ci, parmi de nombreux éléments évoqués par Pons, proprement hallucinant, c'est d'avoir été jusqu'à présenter dans ces manuels le différend territorial sur les îlots Takéshima ("différends territoriaux" cachant en réalité des problèmes de peche).
C'est hallucinant de prendre de la place dans des manuels pour présenter cette question, qui chauffe les deux Etats en ce moment, mais qui est en réalité un problème absolument mineur voire totalement nullissime considéré dans l'histoire du 20e siècle.
Et que le Ministre de l'Education ait justifié cette présentation de Takéshima dans les manuels encore hier devant les medias en expliquant que "c'est normal puisque c'est un territoire japonais" (refus de dialogue) et que "les éditeurs ont tenu compte de l'opinion du gouvernement" (ce point-ci est plus grave encore, car il traduit bien l'attitude et la pression exercée par le gouvernement sur les éditeurs de manuels, pas sans lien avec le problème actuel en France autour de la loi du 23 février faisant l'éloge de la colonisation en Algérie) est lourd de sens quant à l'attitude des conservateurs japonais au gouvernement.
2005-04-07 04:24:09 de Arnaud

Bonjour Arnaud,
Tes analyses de l'actualité politique japonaise sont très intéressantes.
Si tu te décidais à créer ton propre blog?
Allez, lance-toi! :)
2005-04-07 05:33:24 de Christian

Merci à toi Christian. Non pas que cela ne m'intéresse pas (puisque j'écris souvent ici), mais cela me prendrait trop de temps (et j'ai un livre en retard...). Donc je préfère venir discuter sur les blogs des autres, qui sont intéressés par ces sujets.
2005-04-07 07:14:48 de Arnaud

Tu sais combien ça prend de temps de créer un blog? 5 mn!
Et après, tu ne mettras pas plus de temps à écrire sur ton blog que sur celui des autres!
Et puis, en relisant ton commentaire, je trouve ça curieux de dire que les personnes sont intéressées par CES sujets et que c'est pour cela que tu écris sur DES sujets... Note bien, je suis intéressé! :)
2005-04-07 15:17:12 de Christian


Jeudi 7 avril 2005. Dans un rayon de cinq ou dix lignes.

Les cerisiers approchant du sommet de leur floraison, Bikun voulait aller photographier les parcs de Nagoya. Comme il pleuvait ce matin, je ne sais pas s'il y sera allé...
Pour moi, c'était plus simple : journée au bureau pour préparation des cours avant démarrage la semaine prochaine.

Le 10 mars dernier, juste avant de quitter la ville et alors que mes collègues étaient tous absents, une assistante m'a demandé, affolée, si je ne pouvais pas écrire in extremis et au nom de notre département un petit message pour l'inauguration de l'Expo (qui avait lieu le 25 mars). Pris de court, je suis revenu moins d'une heure après pour lui donner ceci : « Pour que la sagesse des hommes protège le monde ! » (sous-entendu : il faut que l'Expo soit une grande réussite pour que...). Un peu cul-cul mais bon..., œcuménique, comme dirait l'autre.
Ce que je ne savais pas, c'est ce qu'on allait faire de mon message. Or aujourd'hui, toutes vacances bues, la même assistante, radieuse, m'apporte une double page colorée du journal Chunichi Shimbun du 25 mars avec des dizaines d'oiseaux emblématiques des pays présents à l'Expo (120) et, parmi eux, un poulet blanc (niwatori) accompagné de mon message signé, scanné et traduit au nom de la France !
Par bonheur, ma signature n'est pas lisible.

« Le 2 août 1945, mon père vient à vélo déclarer ma naissance à la mairie de Boulogne-Billancourt. [...]
Trente années plus tard, il est allé mourir en Suisse, pays neutre. Entre-temps, il s'est beaucoup déplacé : le Canada, la Guyane, l'Afrique-Équatoriale, la Colombie... Ce qu'il a cherché en vain, c'était l'Eldorado. Et je me demande s'il ne fuyait pas les années de l'Occupation. Il ne m'a jamais confié ce qu'il avait éprouvé au fond de lui-même à Paris pendant cette période. La peur et le sentiment étrange d'être traqué parce qu'on l'avait rangé dans une catégorie bien précise de gibier, alors qu'il ne savait pas lui-même qui il était exactement ? Mais on ne doit pas parler à la place d'un autre et j'ai toujours été gêné de rompre les silences même quand ils vous font mal. »
(Patrick Modiano, Un Pedigree, p. 32-33).

Je n'ai pas aimé toutes les histoires de Modiano, quoiqu'elles soient souvent touchantes, mais j'ai toujours été admiratif de son apparente économie de moyens, de son aptitude quasi magique à passer d'un temps, d'un lieu, d'une personne à l'autre sans que l'on s'en rende compte. Et quand on se retourne en esprit sur quelques pages que l'on vient de lire, on peut se demander combien de points de vue différents viennent d'être évoqués. L'emploi précis et chiffré de dates et d'adresses, parfois assumé par un narrateur-enquêteur involontaire, pose un écran de réalité derrière lequel se déploient les fantômes d'une foule parlante qui aspire, par ses motivations et ses sentiments supposés, à l'intemporel, à l'universel.
Avec ce livre-ci, s'ajoute un pacte autobiographique qui me fait opiner du chef, Ah bon, ça c'est passé comme ça, Ah, je comprends mieux, jusqu'à ce que, préparé par le vocabulaire commun, saille dans sa justesse lapidaire le mot autour duquel tout le paragraphe tourne : arrivant à gibier, je sens l'irradiation qui couvre et colore les phrases dans un rayon de cinq ou dix lignes.


Normal que le message soit paru assorti de la mention "au nom de la France". N'oublie pas que tu as été désigné "ambassadeur de la France" par le site france-japon.net!
Voir: http://france-japon.net/modules.php?name=Sections&op=viewarticle&artid=211
ou le minilien: http://minilien.com/?V0vS807jPf
2005-04-08 00:26:07 de Christian

Tiens, rien à voir le message précédent, je viens de retrouver cette vidéo en ligne sur la langue française au Japon réalisée à l'occasion du congrès mondial des professeurs de français de Tokyo.
http://www.tv-francophonie.com/emission/resume_stang_414.html
2005-04-08 01:12:09 de Christian

Je ne connaissais pas cette vidéo, c'est excellent !
Bon, il n'y a pas vraiment de témoignages contradictoires, on n'a pris que des gens qui voient l'avenir du français en rose et je ne suis pas qu'on puisse leur donner raison aujourd'hui. La vidéo date de 1999 et certains témoignages semblent avoir été filmés au Congrès mondial de la FIPF en 1996. J'ai reconnu plusieurs éminents collègues et même une de mes anciennes étudiantes... Merci, christian, pour cette trouvaille !
2005-04-08 01:53:21 de Berlol

Cher Berlol, une petite question... Il me semble que c'est sur ton blog que j'avais trouve (vers le debut du mois de mars) un lien vers un passionnant entretien avec Francois Jullien... Je ne le retrouve plus... Pourrais-tu m'eclairer de tes lumieres. Merci d'avance.
2005-04-08 07:21:13 de vinteix

Cher Vinteix, je n'ai pas souvenir d'avoir parlé de lui récemment. N'est-ce pas plutôt sur mon site perso où il y a effectivement un entretien de 1998 avec lui intitulé "Le détour d'un Grec par la Chine" ?
Cf : http://www.berlol.net/foire/fle98ju.htm
2005-04-08 07:33:07 de Berlol

Ah oui ! C'est cela. Merci beaucoup.
2005-04-08 07:38:54 de vinteix

Cher Berlol, n'est ce pas sur ton blog que nous parlames d'un Album de photos : "Pour F. , je préfère mes photos (j'en ai d'autres)" ?
Ce "(j'en ai d'autres)" hante mes insomnies !
Tu peux evidemment preciser que je t'ai menacé, par exemple, ou plus gentiment intituler ton article "Spicilège pour un monomane afin qu'il me fiche la paix".
Je sais que Bartlebooth attend aussi avec impatience cette exposition photographique ...
Bien à toi.
2005-04-08 11:38:16 de arte

Aujourd'hui le temps était splendide à Tokyo: plein soleil, 25°.
J'avais pris congé pour m'occuper des démarches administratives relatives à la naissance de ma fille (un peu comme dans l'e x t r a i t justement), mais la matinée suffit pour régler les deux parties: japonaise à Todoroki et française à Hiroo. Sur le trajet de train, j'avais remarqué de beaux cerisiers à Naka-Meguro. Je décidais d'y retourner plus tard. C'était magnifique ! De quoi rendre Bikun jaloux peut-être... En plus je suis tombé sur un resto aux dessins de villages alsaciens accrochés au mur !
HS:
Réflexion du jour: la première forme verbale qu'utilise Hugo est la forme en -tai (je veux) alors qu'en cours, on nous enseigne le -masu (politesse/vouvoiement) en premier. Question de différence de priorité entre l'enfant et l'adulte sans doute...
2005-04-08 15:11:00 de Manu

L'endroit exact pour les cerisiers, c'était la rivière Meguro entre Naka-Meguro donc et Ikejiri-Ôhashi...
2005-04-08 15:47:45 de Manu

Seriez pas un brin fétichiste, Arte? Berlol, gaffe.
2005-04-08 17:40:04 de Frédérique Clémençon

Pour les photos, faudra me payer cher...
Ah, au fait, Frédérique, pendant que je te tiens !...
Comment ça s'est passé la rencontre littéraire du 7 ?
2005-04-08 17:50:43 de Berlol

Berlol : ton prix sera le mien !
Frederique : Si j'etais fétichiste, j'aurais gardé les bottines :p
2005-04-08 18:40:26 de arte

La rencontre littéraire? Eh bien, c'est très simple. C'était à 20 heures. A 19 heures 50, je finissais tranquillement mon petit filou. A 19 heures 55, un vague souvenir agitait ses lambeaux devant mes yeux embrumés. A 20 heures, il était trop tard pour courir : j'ai regardé les infos et les fidèles mouillés de larmes. Bref, j'ai oublié. Ce qu'on appelle un acte manqué
Serais-tu vénal, Berlol - toi aussi? Un monde s'effondre.
Arte : que pensez-vous des hommes vénaux (comme Berlol)?
2005-04-08 19:55:27 de Frédérique Clémençon

J'en suis bé de la bouche !
Lui, Berlol, qui fait de si belles photos, à en surclasser Balthus,
si j'avais imaginé une seconde qu'il retournait de simple interet...
Ce que j'en pense? Mon Dieu que c'est vilain !
(Berlol, combien? )
2005-04-08 21:49:22 de arte

Ouais, je pensais à m'acheter une île du complexe The World à Dubai...
(http://www.batiactu.com/data/11052004/11052004-132856.html)
et me déconnecter...
2005-04-09 00:49:33 de Berlol

"Les prix des îles vont de 23 millions de dirhams (6,2 millions de dollars) et 135 millions de dirhams (36,7 millions de dollars) pour des superficies varient de 11.148 à 41.806 mètres carrés."
C'est peu pour F. , même en photo !!!
2005-04-09 11:15:44 de arte

Ça, ça va lui faire très plaisir. À mon avis, elle va te faire une super dédicace !...
2005-04-09 11:53:04 de Berlol

pfff, moi je les montre mes photos :
http://snapshot.canalblog.com/
2005-04-09 19:34:55 de arte

Juste pour faire un petit commentaire pas forcément mesquin, moi j'avoue que cet attrait pour les îles et îlots m'est assez incompréhensible. Y passer quelques vacances pourquoi pas, mais y habiter n'est-il pas extrêmement dangereux ?
Je passe sur les typhons qui reviennent tous les ans, pour ensuite me demander ce que l'on fait si l'on tombe malade, comment l'on fait pour faire des achats autres que le nécessaire (qui doit tout de même coûter très cher à acheminer), pour scolariser ses enfants si l'on en a, etc. etc.
Et puis, qu'est-ce qu'on doit s'emm*rd*r tout seul !!
2005-04-10 17:25:56 de Arnaud

T'as bien raison, Arnaud, c'est invivable, ces trucs-là ! Et puis quand tu as acheté l'île, tout coûte cher à l'avenant. C'est un mirage pour nouveaux riches.
2005-04-10 18:15:24 de Berlol

On achete pas une ile, c'est comme une femme, on s'etend à ses cotés et on l'ecoute ! (Berlol ils te plaisent pas mes petits elephants :(( !!! )
2005-04-10 18:23:25 de arte

Façon de parler, parce que si on s'étend à côté d'une île, on se noie. Après, on n'écoute guère que les baleines et les poissons...
Ceci dit, ils sont très beaux, tes éléphants roses. J'espère qu'ils s'écarteront un peu pour accueillir la suite de l'oeuvre clémençonnienne.
2005-04-11 01:28:01 de Berlol

Berlol, je vous pique le coq pour ma collection. Il a l'air consentant, il n'est pas pris de dos. Dans le cas contraire, avertissez-le ! Merci!
2005-04-11 19:19:52 de Marie.Pool


Vendredi 8 avril 2005. Le mieux serait d'écrire les événements au jour le jour.

De quel roman est-ce l'incipit ?
(Pour aider : je suis en train de préparer le cours pour demain matin, à l'Institut franco-japonais de Tokyo.)

Très belle journée printanière. On en sauterait de joie. D'autant que les cerisiers du campus nous font aussi leur grand jeu.
La cantine des profs a été refaite pendant les vacances. Il y a maintenant une vitrine illuminée avec des plats factices, comme au restaurant. Pour la cuisine, ça semble meilleur quoique résolument chinois. David se demande si nous en aurons envie tous les jours. Optimiste, je lui réponds qu'on n'y va pas tous les jours...

Dans le shinkansen, je relis des passages de La Nausée de Jean-Paul Sartre pour finaliser le plan des cours que je distribuerai demain. J'ai repéré trop de passages intéressants et il faut que j'en sélectionne dix en fonction de leur intérêt et de leur diversité. Quoi qu'il s'y soit essayé avec un certain de succès pour le théâtre, je trouve que Sartre a rarement réussi ses dialogues de roman. Les dialogues avec l'Autodidacte sont artificiels, même quand ils contiennent des idées intéressantes (ce n'est pas le contenu qui fait problème, c'est l'organisation même de l'échange). Vers la fin, quand même, le dialogue avec Annie présente un effet de réel au moins égal à celui du journal de Roquentin. Jeune étudiant, je me souviens que j'avais arrêté la lecture des Chemins de la liberté au milieu du second volume parce que je n'en pouvais plus de l'artificialité