Dimanche 1er Mai 2005.
Un amour volcanique.
L'hôtel
Suginoï de Beppu est avant tout un établissement
de bains, profitant des eaux chaudes qui sourdent partout
des massifs volcaniques. La ville est célèbre
pour cela, faut juste savoir l'art de canaliser les eaux, de les
maintenir à température acceptable. Ici, de grandes
piscines en étages, l'eau à 40 °C qui s'écoule
de l'une à l'autre, avec la route en contrebas, l'équivalent
de 25 étages, sans vis-à-vis. Hommes et enfants
(les femmes ont des piscines séparées, évidemment)
se promènent tout nus, tenant leur petite serviette qui
nonchalamment devant lui qui posée en boule sur sa tête,
petite vitesse dans la brume d'une matinée pluvieuse. Sensation
fraîche de la pluie sur le visage quand le corps baigne dans
l'eau chaude. Ne pas y passer au moins une heure serait un crime...
Mais après le petit déjeuner, il ne faut pas en abuser.
Et puis on est occupés.
Déjeunons,
T. et moi, dans une sushi-ya recommandée par notre
livre, le long de la pluvieuse route 218, à vingt minutes
de l'hôtel, après être passés devant
des dizaines d'établissements fumants. Bains chauds,
tous genres, fragrances soufrées. Pas mal, les sushis,
mais pas exceptionnels non plus. On se demande même
s'il était nécessaire d'attendre 40 minutes à
côté de gens qui fument dans un restaurant de 12 places...
Y'aurait intention de pas nous revoir que ça m'étonnerait
pas !Ce temps m'a tout de même permis, alors que la pluie s'arrêtait, de faire une série de photos par la minuscule fenêtre du restaurant. Une petite dizaine, mais je n'en laisse que trois dont les contrastes sont identiques, accentuant l'effet de série. Quand même, le chuu-toro (中トロ, thon mi-gras) était délicieux, quand j'y repense...
Retour à l'hôtel
pour rendez-vous avec un cousin lointain, dans la branche
maternelle du père de T., habitant Beppu, quartier
de la gare. Branche citadine, donc. Bel homme de 80 ans qui nous
apporte une boîte de biwas king-size. Il a bien connu
la mère de T., quand elle était ici, pendant la
guerre. Des propos à la fois péremptoires et ambigus
font penser à T. que cet homme poli mais un peu sec, lui
aussi, en sait plus long qu'il n'en dit. Ainsi il a, jusqu'à
l'an dernier, envoyé chaque mois des fruits à la
mère de T. Pendant près de soixante ans !Les coutumes de politesses, principalement assumées par les femmes, n'obligent qu'à deux ou trois envois annuels... Plus tard, nous imaginerons les choses les plus folles : que lui et la mère de T. eurent en pleine guerre une aventure sans lendemain, voire une passion dévorante et tragique comme le cinéma japonais a su nous en montrer. Puisqu'elle avait déjà deux enfants, qu'il le savait, qu'il pouvait cependant espérer que son mari ne revienne pas de Mandchourie... — voire un enfant caché. Ceci ou cela expliquerait la haine avec laquelle la mère de T., de retour à Tokyo et son mari revenu, avait traité la famille du Kyushu, toutes branches confondues : elle aurait eu pour but de détourner son mari de sa famille et de ses terres, à la fois pour le dissuader de jamais s'y réimplanter, pour cacher la vérité incestueuse, voire pour éviter d'attiser les braises d'un amour volcanique... On nage en plein roman.
Le cousin reparti (il
a promis de nous envoyer des fruits...), sortons pour
une promenade dans les établissements de jigokus (地獄,
enfers), même route que la sushi-ya de tout
à l'heure mais un peu plus loin. En fait, ce sont des
dizaines
de lieux où
sourdent des eaux brûlantes et fumantes, sous diverses
pressions, avec différentes couleurs, odeurs,
propriétés
médicales ou toxicités, dont les propriétaires
profitent en ouvrant aux touristes et en vendant des produits
dérivés qui vont des gâteaux et bonbons
à forme diabolique jusqu'aux produits de bain relaxant,
en passant par toutes sortes de porte-clé, horoscopes,
serviettes, jouets, poteries, légumes marinés
ou poissons fumés, etc.On s'en fait deux. D'abord le Chinoike Jigoku (littéralement Chi no Ike, étang de sang, 血の池地獄) dont l'eau est plutôt orange, sans bouillonnement. Pas très impressionnant, au point que je me demande s'il n'y a pas un plainsantin qui badigeonne régulièrement de peinture antirouille le fond de son bassin avant d'y ouvrir des vannes d'eau chaude... En tout cas, j'en rapporte un superbe T-shirt rouge que je porterai demain.
Puis, pendant que T.
se réhydrate les yeux que de méchants gaz
ont attaqués, je nous voiture jusqu'au Bouzu
Jigoku, l'Enfer du Moine (坊主地獄)
et ses boueuses
eaux gris-beige,
puantes et sifflantes, consistance Blédine, qui tient
son nom d'un moine disparu corps et âme lors d'une explosion
du sous-sol local il y a des siècles — car c'était
l'emplacement d'un temple.Revenons à la civilisation et au quartier de la gare, d'influence occidentale, bâti au début du XXe siècle. Promenade jusqu'au bord de mer en échaffaudant les structures et les péripéties d'un roman familial que T. écrirait un jour. Mais qui en serait le narrateur-enquêteur et quel serait son but ? C'est à quoi nous songeons encore en allant dîner tout en haut de notre hôtel. La vue sur la ville illuminée ne nous détourne pas de voir les fautes du service. D'ailleurs, malgré son prix, le menu n'est pas à la hauteur... À l'exception d'un chawan-mushi au... cheddar. Si, si ! Enfin, je m'avachis devant la télé qui ronfle un peu et je regarde je ne sais quelle partie du Seigneur des anneaux pendant que T. retourne au bain, ouvert jusqu'à minuit, l'heure du crime. Même pas peur. Même pas le courage de lire. merci, ami, pour début du récit de voyage ça nous éclaire jusqu'ici et on vote solidairement pour le roman de T là encore, le compagnon de route sur les paysages urbains en 45, ou sur ce thème du "Voyage au pays natal") c'est Osamu Dazaï quelle incroyable photo cette avec ces lignes géométriques dessinées sur la montagne, tu devrais nous la mettre en plus grand 2005-05-04 11:03:26 de FBon
Je seconde FBon concernant ses commentaires sur les photos. Moi j'aime bien les 3 premières mais ma préférée est celle de l'étang de sang. Mais j'aimerais bien voir les autres un jour en plus grand. Il est toujours difficile de se faire une réelle opinion sur une petite vignette. Même remarque sur mon site d'ailleurs... 2005-05-04 15:30:41 de Bikun
J'oubliais, vote solidaire moi aussi pour le roman de T. Ne pas se chercher de but, simplement le faire peut-être pour y voir plus clair... 2005-05-04 15:32:27 de Bikun
Merci pour le voyage Patrick. On partage. Photos superbes. On suit la saga familiale de T. déjà comme un roman. Bien à vous deux, Eric 2005-05-05 09:02:39 de Eric Hoppenot
Moi, j'aime bien la dernière photo et ses fumées ! Incroyable quand même la famille de T. N'êtes vous pas déjà en train de nous l'écrire ce roman, en version blog ? 2005-05-05 15:27:29 de Manu
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| Lundi 2 mai 2005. 毎日が地獄です。 Journée sans rendez-vous... Donc, escapade routière, direction : les montagnes ! Ouest de Beppu, vers Yufuin. Sortie de la ville, choix d'une route étroite, déserte et très encaissée, à 20km/h sur 15 km. Superbe ! À mettre dans mes meilleurs souvenirs de conduite au Japon ! Puis routes plus larges et plus passantes, nombreux groupes de motards, monts de 500 à 1000 m. Passés sapins et bambous, ne restent qu'alpages et marécages. Activité volcanique réduite aux vapeurs d'eau plus ou moins soufrées.
À l'arrêt
pour promenade
de Choujabaru,
c'est le déjà célèbre Autoportrait
de Berlol avec glace au lait,
vêtu du diabolique T-shirt acheté hier,
portant la mention : « Tous les jours,
c'est l'enfer » (毎日が地獄です。). Ou : « C'est
tous les jours que c'est l'enfer ! », si je peux
tenter une traduction plus enlevée...
Agréable et oxygénante
heure de marche sur chemin de
pilotis
au milieu des boutons de cosmos.
Fumant à l'arrière-plan, le mont Kuju (久住山).
Du fait du T-shirt, de nombreux passants se retournent
sur nous, au grand amusement de T.Doivent se demander où z'ont trouvé ça ? Ou alors pourquoi on n'en a pas acheté quand on en a vu, pasque ça fait un effet bœuf !... Ça continue. Beaux paysages dégagés le long de la Yamanami Highway, région de Taketa. Puis route descendante jusqu'à Aso, puis nationale encombrée, c'est la route de Ooita à Kumamoto, d'Est en Ouest du Kyushu. Pour déjeuner d'un carpaccio de thon et d'un peu de bœuf, passage au Aso Prince Hotel, repaire de golfeurs, avec lesquels nous avons peu en commun, sinon un certain goût pour l'espace et la tranquillité. Du coup, amusant d'en voir certains, dans un si vaste paysage, faire la queue en buggy pour le trou suivant... Ailleurs qu'en cet endroit, c'étaient des milliers de familles qui prenaient d'assaut les restaurants du bord de route. N'ai encore jamais joué au golf, mais j'y ai mangé... Montons jusqu'au volcan Nakadake (parking à 1145 m.). Un téléphérique devrait nous hisser jusqu'au cratère mais trop d'activité gazeuze, sans doute toxique, et interdiction de monter jusqu'à nouvel ordre (des mois, voire des années). Pour amuser les enfants, les nombreuses familles vacancières se rabattent sur les promenades à poney. Les jeunes couples sur le tour du cratère en hélico. Nombreux motards avec toutes sortes d'engins, leur fraternité un peu lourde (fugitif souvenir de mes 18-20 ans, avec ma 500 Yamaha... pas douloureux). Retour par Aso puis cap sur Ooita, la grande ville au sud-est de Beppu, même côte Est de l'île. Évitons d'y aller car ville industrielle et heure de pointe. Avons bien appris à nous servir du système de navigation satellitaire que contient la voiture (GPS de bord), pouvons ainsi passer par de petites routes même pas sur les cartes papier dont nous disposons. En jouant avec l'échelle du GPS, on s'y retrouve très bien. Traversée de villages à 5 à l'heure tellement les habitats sont rustiques, faits de bric et de broc, moitié abandonnés, pourtant tellement fleuris. Superbe entretien de minuscules champs et rizières où aucun tracteur ne peut passer. Travail tout à la main. À la tombée du jour, arrivons sur Beppu par une route de crête au sud. Ville et mer à nos pieds, six cent mètres plus bas. Finalement, retournons au resto d'avant-hier soir, chez Kimura, pour au moins trois raisons : 1. c'était bon ; 2. c'était facile à retrouver ; 3. T. est fatiguée et ne peut plus lire la carte ni le guide pour chercher autre chose. Et on a bien fait, comme disait Leibniz. Parce qu'au moment de régler, le patron s'adresse à nous et raconte qu'il a fait une partie de ses études en France, à Paris et Marseille, qu'il a travaillé comme cuisinier sur des bateaux de croisière avant de s'installer ici. D'abord étonnés de notre retour, sa femme et lui ont été amusés par mon T-shirt puis ils ont cru comprendre que nous parlions français, alors... Devons rechercher un professeur de Tsukuba, lui aussi octogénaire maintenant, si encore en vie, pour transmettre salutations. En fait, chez Kimura, pour nous, c'est un peu le Saint-Martin de Beppu, déjà. On sait qu'on y reviendra. Pour se remettre de ces heures de vibration automobile, passons plus d'une heure au onsen de l'hôtel. De nuit, c'est aussi très beau, la vue dégagée sur la ville et le ciel étoilé que n'embrume que nos vapeurs aqueuses. Malgré l'affluence, tout est tranquille. Même les enfants ne braillent qu'en sourdine, à moins que je devienne dur de la feuille... Ça détend. Dans la chambre, je prends des notes pour le journal avec mon portable sans connexion — et sans regret, d'ailleurs (j'avais bien sûr demandé à l'hôtel en arrivant mais la réponse fut négative et sans excuses du préposé, ce qui indique à quel point c'est en dehors des considérations locales). On commence à faire les bagages, puis on dort vite et fort. Malcolm Berlol au-dessous du volcan avec gps de bord...ça me change des champs de colza... Merci. :-) 2005-05-04 14:37:35 de jcb
Je ne sais pas si je suis le seul mais en tout cas je vais te demander Berlol, de partir souvent en vacances avec T. car la lecture de ton journal n'en devient que plus intéressante! Bé oui j'suis pas un accroc de Leibnitz et compagnie ni de Sartre :-) Et puis tu me donnes une sacré envie de (re)partir moi aussi sur ces routes! Ca m'rapelle un ch'ti voyage à Yakushima avec N. en janvier 2000. Petite île...près du Kyushu justement! Location de voiture, le tour de l'île, les singes qui se baladent...! Bon et safe retour sur Tokyo. 2005-05-04 15:40:35 de Bikun
bon, faudrait pas raconter ça, mais à Tokyo l'an dernier je ne m'habituais quand même pas à l'idée de la baignoire collective donc c'est moi aussi à minuit que j'y allais, ou carrément à 6h du mat, et qu'est-ce que ça fait du bien - après je me repaddockais jusqu'à l'arrivée de la soupe du petit dej - il y a dans "l'infraordinaire" de Roubaud un passage extra sur nos perplexités européennes devant les systèmes de chasse-d'eau à 6 ou 8 boutons électroniques non traduits, bon complément quand à la pratique des hôtels japonais: faudrait un gps aussi pour le quotidien tu règles la question technique qu'on ait quelques photos en grand ? voir le très précieux aide-mémoire de desordre: [url]http://www.desordre.net/julien/wakka.php?wiki=QuelquesExtraitsDeCodeUtilisesDansLeDesordre[/url] 2005-05-04 17:32:04 de FBon
Cher JCB, suis content de t'apporter quelque distraction. Et si tu pars en Baja California, préviens-moi : je rêve d'y aller ! Cher Bikun, pour ma part, je ne demanderais que ça, être toujours en vacances avec T., faire des tours dans le Japon et bloguer pour quelques amateurs. Malheureusement, la réalité est quelque peu différente... comme tu le sais. Cher François, quand tu repasseras au Japon, on ira ensemble au sento... En attendant, est-ce que as l'intention de passer nous voir à Cerisy cet été ? 2005-05-05 02:57:33 de Berlol
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| Mardi 3 mai 2005. Les relations
sont de famille ou ne sont pas. Les petits déjeuners se prennent dans des halls dignes de trains ou d'aéroplanes. Plusieurs centaines de personnes s'y servent ensemble de café, soupe, salades, petits pains, poissons grillés, œufs brouillés. Tout cela relativement calmement. Plus qu'au Palais de la bière de Munich. Une moitié des gens sont en yukata du Suginoi, qui leur permet également d'aller aux différents onsens de l'hôtel sans payer, l'autre moitié est habillée normalement pour la journée. Avant-hier, on a même vu une femme en pyjama... Seuls les fruits font pitié, quand même : morceaux d'ananas, quartiers de pamplemousses et lychees non épluchés, les mêmes chaque jour. Mon royaume pour une fraise ou un petit bout de mangue !...
La cousine d'avant-hier
vient nous chercher. Un de ses neveux la conduira en voiture
et nous ouvrira le chemin (et disparaîtra une fois arrivés).
En route pour la péninsule de Kunisaki,
terre natale du père de T. et lieu de résidence
de cousins, en quelque sorte gardiens de la mémoire
familiale et propriétaires des terres ancestrales.
Y compris de ce qui fut la part du père de T., part
qu'il a, paraît-il, abandonnée il y a une quarantaine
d'années lors d'une descente-éclair en plein été.
Il serait arrivé au volant d'une Dodge, sans prévenir,
avec sa femme, comme quelqu'un qui veut montrer qu'il a réussi
à la capitale et qui se fout de ces culs-terreux rivés
à leurs rizières et à leurs tombeaux.Suivant la voiture de notre guide, j'écoute T. rassembler ses idées et ses informations sur cette branche maîtresse de sa famille. Pour elle, ce n'est pas simple : ces contacts familiaux étant très récents, ils réactivent en questions des choses jusque-là admises sans discussion. Tout ce qu'elle fait pour son père ne peut prendre sens sans l'affecter profondément au passage. Un accident sans gravité entre deux voitures sur le pont de la rivière Yasaka nous sort du monde féodal, nous ramène au monde moderne, celui des autos et des avions (on passe ensuite devant l'aéroport d'où nous repartirons tout à l'heure).
L'accueil est jovial
et l'étonnement partagé. Outre la cousine
déjà connue, deux autres cousins et une cousine,
sœur de l'un des deux. Moyenne d'âge proche de 80 ans.
Trois heures durant, également fixées en son numérique
par mes soins, T. discutera, écoutera, montrera ou
découvrira photos et documents officiels, lettres,
cartes de visites, assistera au redéploiement sur papier
de l'arbre généalogique. L'apothéose sera
cette demi-heure durant laquelle nous irons tous ensemble honorer
les morts... derrière la maison, au flanc du coteau dans
la forêt de bambous.On m'y convie en qualité de cameraman, selon le mot de l'une des cousines. On me recommande de prendre telle ou telle photo. Je dois dire que l'on m'a dès le début accueilli sans aucune distance, supériorité, méfiance ou mépris. Je crois foncièrement que dans ces populations rurales et polythéistes, il n'y a pas de notion de race : les relations sont de famille ou ne sont pas. Je ferme la parenthèse perso. Mais que veut dire de famille et qui n'est pas ce qu'est la famille occidentale ou de culture monothéiste ? Je n'en sais rien, peut-être quand même ceci, à réfléchir. Au milieu des bambous, les générations se succédent et s'enterrent... dans leur terre. Les takenokos (竹の子, litt. enfants de bambous) cuisinés par la cousine, mangés avec du riz vinaigré (sushi), ont poussé ici même, au milieu des morts et parfois à travers eux. Ainsi les morts de la famille auxquels on parle en brûlant des encens agissent-ils encore en nourissant les racines des bambous qui poussent et nous nourissent. Qu'a-t-on peur de la mort dans ces conditions !
Beaucoup de choses m'étonnent,
dans leur simplicité efficace. Je ne sais pas encore
les exprimer. Parfois en les photographiant, je les amène
à l'existence dans ma conscience. Quant à
les expliquer !... Par exemple, ce mur d'un banal jardin d'une simple
maison d'un hameau reculé d'une presqu'île presque
quelconque, il est exactement de même forme et de même
angle que les énormes murs de défense des palais
impériaux de Kyoto ou de Tokyo...Les quittailles sont bavardes mais nécessaires. Nous avons un voyage à faire et nos octogénaires ont à se reposer de ces émotions et de ces liens repris après des décennies de silence. De retour à Kagurazaka, dîner au Saint-Martin, évidemment. Un bon poulet-frites pour revenir à la civilisation, y'a qu'ça d'vrai ! お帰りなさい! Très belles, les photos! C'est vraiment un blog "Japon", là! Tiens, j'avais posté l'adresse de ce site, il y a déjà des lustres dans la salle à manger, alors je le remets: http://jclat.typepad.com/think/ Le blog s'intitule : "Un mot par jour". Au fait, ça serait marrant de faire un blog avec juste un mot par jour ou un message vide. Très zen, par exemple: 無 ("mu", "la vacuité", "le vide" qui se prononce plus près du "mou" français). T'es mou, tard? 2005-05-04 17:58:32 de Christian
PS: Quelqu'un peut-il me dire comment s'appelle le jeu qui consiste à former des mots les uns à la suite des autres, chacun commençant par la fin du précédent? Ex: Comment ça va... porisateur? En cherchant dans Google, je n'ai pas trouvé la réponse mais je suis tombé sur cette page de jeux (entre autres avec les mots -d'autres idées pour les ateliers d'écriture, François?): http://creaction.qc.ca/banque-activites/scolaire.htm ... dans laquelle, j'ai retenu le jeu de "l'ovation monstre". Je propose de faire une ovation monstre à Berlol, de temps en temps sur ce blog! Qu'en pensez-vous? 2005-05-04 18:09:48 de Christian
il faut aller fouiller le site des Oulipiens, fatrazie: http://worldserver2.oleane.com/fatrazie/default.htm moi je connais que "comment allez vous yau de poele" c'est peu mais en atelier, non, jamais de "jeux d'écriture" c'est pas mon truc par contre, au lycée DIderot de Langres, une suite d'ateliers d'écriture où les élèves réagissaient... à des blogs (le mien et celui de Darley) à part ça, le cameraman, tu nous en dis un peu plus sur ce "polythéisme" ? 2005-05-04 20:25:01 de FBon
Ou encore "Dans quel etat...gere?" ou "Enchantier je m'apelle...teuse, et moi...sonneuse" 2005-05-05 02:17:25 de Bikun
OK, pour vous faire plaisir, j'en ai agrandi deux, celle de l'étang de sang du 1er mai et celle des maisons ci-dessus. Attention connexions lentes : cette dernière étant en 5 millions de pixels, son format 1000x750 pèse environ 650 ko... Pour les jeux de mots par enchaînement, il s'agit sans doute du calembour. Voici le début de la définition du TLF : "Jeu d'esprit fondé soit sur des mots pris à double sens, soit sur une équivoque de mots, de phrases ou de membres de phrases se prononçant de manière identique ou approchée mais dont le sens est différent. Faire des calembours; parler par calembours; recueil de calembours : 1. L'art du faiseur de calembourgs ne consiste pas à jouer sur le double sens d'un mot, mais à forcer l'équivoque, soit par la décomposition d'un mot en plusieurs, soit par la réunion de plusieurs mots en un seul, sans plus respecter le bon sens que l'orthographe. Le calembourg joue plutôt sur le son que sur le sens. Peu lui importe de ne pas présenter une idée ingénieuse, pourvu qu'il détourne de l'idée raisonnable. [...]" (TLF : http://atilf.atilf.fr/) Hugo l'appelait "la fiente de l'esprit"... Sans doute pour cela que François hésite à en faire... à cheval. 2005-05-05 02:35:28 de Berlol
Un petit mot rapide pour te dire chapeau d'avoir tout préparé de façon si fine et si détaillée, comme toujours, puis tout monté d'un coup sur le blog. Je m'en doutais un peu, comme je l'avais écrit sur mon précédent post, mais chapeau tout de même. Sinon, pour ce que je te disais hier, j'ai pu finir tout ce que j'avais à faire (au milieu de la nuit en fait...) et je souffle un peu, en attendant le départ vers Paris dimanche. Vivement juin et les résultats des concours... 2005-05-05 06:55:28 de Arnaud
On m'avait dit, quand j'étais au lycée, «la fiente de l'esprit qui vole». Je n'ai jamais recheché le contexte, Internet n'existait pas et aujourd'hui j'ai la flemme. Je me suis longtemps demandé si le «qui vole» voulait contrebalançer (excuser) le «qui fiente», ou bien si Hugo, du côté de Rabelais et des materialistes, assumait que l'esprit, comme tout corps bien en chair, fientât. Et comme, nous avions à cette époque, Maurice Barrès au programme, je me disais que s'il est «des lieux où souffle l'Esprit» on serait bien inspiré d'y aller avec un parapluie et de ne pas s'y enraciner. Je me demandais encore, à propos de la phrase d'Hugo -une véritable énigme pour un cerveau qui s'éveille - si sa relative dénonçait de l'esprit une qualité intrinsèque ou occasionnelle : le vol est-il le propre de l'esprit ? Ou bien est-il comme l'oiseau tantôt sur sa branche dans dans l'air ? Dans le premier cas, que fait la police ? Dans le second, que fiente-t-il quand il ne vole pas ? Et corollairement, les esprits rampants et constipés sont-ils totalement incapables de calembours malgré les progrès de notre époque ? Le calembour a-t-il le monopole de l'esprit ? Que de questions, sacré Charlemagne. Berlol, toi qui voulais du débat en voilà ! Mais je ne voudrais pas paraître monomaniaque : il y a aussi l'esprit qui pète. Je vous renvoie au «Tire ta langue» du 26 avril sur l'art du contrepet qu'on peut encore écouter pour quelque temps à cette adresse : http://www.tv-radio.com/ondemand/france_culture_(aod)/LANGUE/LANGUE200504261400.RAM 2005-05-05 07:02:37 de jfm
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| Mercredi 4 mai 2005. Ça
me... Je m'en... Entre courriers, rangements et courses, reprise des notes pour rédaction et mise en ligne du JLR des derniers jours, je n'ai même pas eu le temps de faire une sieste. Ni d'ouvrir un livre. À peine celui de lire quelques pages amies. En parallèle, enregistrement des huit épisodes disponibles du feuilleton Sur la route d'après Kerouac — ça prend bonne forme, et la mise en ondes sonores ne déçoit pas mon souvenir de lecture, au contraire (on peut même passer maintenant par le portail des fictions). J'écoute ensuite très attentivement le Répliques de samedi sur Heidegger, avec Emmanuel Faye et Marc de Launay. Suis curieux d'entendre ce que Finkielkraut et de Launay peuvent dire pour que surnage, patauge, barbote l'idée de la suprématie absolue de la philosophie heideggerienne...
Il ne devrait pas s'agir
ici non plus de dire simplement oui ou non à Heidegger.
Toute personne qui veut vous faire croire, dans cette question-ci
comme dans d'autres, qu'il n'y a qu'à dire oui ou non
est soit un pleutre soit un manipulateur. Le pleutre s'enfermera
bien vite dans le silence dès que vous prétendrez
vouloir rediscuter les prolégomènes de l'alternative.
Mais le manipulateur voudra vous stigmatiser, vous prendre de
haut, vous culpabiliser, vous ridiculiser, vous marginaliser, vous
fragiliser, vous bouc-émissariser... Car derrière
son masque rhétorique, il cache de puissants intérêts,
inconscients pour certains, dont il ne démordra pas tant
son sort personnel en dépend.J'aurais bien voulu que l'on me propose plusieurs projets européens, de m'associer à des discussions, que l'on profite des nouvelles technologies pour faire discuter élus et électeurs, que l'on dégage des priorités, que l'on mandate des personnes pour écrire des projets d'articles d'un futur Traité de constitution amendable en ligne. Au lieu de quoi, je me retrouve devant un texte indiscutable pour lequel je dois dire oui ou non. Or, en l'état, il ne m'intéresse ni de dire oui ni de dire non. Que faire ? Dans le Tout arrive d'aujourd'hui, Claire Denis et Jean-Luc Nancy présentent L'Intrus, film de la première, inspiré du second, vu à l'Institut le 14 janvier. On peut aussi lire l'intelligente lecture du film par Nancy lui-même chez nos remuants amis. Certains blogs et journaux web respirent, je les entends, je les vois. Tantôt concentrés sur un objet du réel ou sur un approfondissement personnel, tantôt à l'écoute les uns des autres par la reprise d'un mouvement réflexif et réfléchissant. Je m'étonne toujours de me voir cité, même à bon escient, mais m'étonne plus encore la capacité de déplacement, de recadrement, d'élargissement parfois tumultueux des uns et des autres. Être parti trois jours, avoir ce petit recul... ne change rien. Pour finir, je voulais citer quelques propos de Répliques mais je n'en ai pas le temps. J'ai une vie à moi. Et au fond, au fond du fond, je dois bien le dire, Heidegger, je m'en fous. Mais dès que j'en entends parler, ça me préoccupe. Je m'en fous. Ça me préoccupe. Je m'en fous. Ça me préoccupe. Je m'en fous... Ça me... Je m'en... |
| Jeudi 5 mai 2005. Avec le
dos de la cuiller. J'essaie de me remettre au travail. De préparer par exemple le cours de samedi sur La Nausée. Dans le courant de l'après-midi, je parviens à m'y concentrer. C'est qu'il est difficile de sortir d'un épisode de vie en soi romanesque, même si je ne suis que le go-between de T. dans ses aventures familiales. Clara et Franck, amis de Tsukuba, nous proposent de se voir à Roppongi Hills, en fin de journée ou pour dîner. J'irai dîner seul avec eux, T. étant dans un grand rangement de papiers qu'elle veut finir pendant ces jours de congé. Je les retrouve sous l'araignée de Louise Bourgeois, autour de laquelle sont disposés des dizaines d'ours d'environ 1,80 mètre, chacun ayant été peint par un artiste d'un pays différent. L'ensemble est impressionnant (alignement, effet de série) mais le détail est décevant. Ça fait penser à l'adage : beau de loin, mais loin d'être beau. C'est la première faute de goût que je trouve dans cet ensemble architectural et artistique, la Tour Mori de Roppongi Hills, alors que l'on fête son deuxième anniversaire. Dînons au restaurant Olives, déjà testé il y a un an et demi avec Christine et Thomas. Une serveuse qui parle quelques mots de français, une certaine façon d'apporter le bouchon du vin avant de le faire goûter, on sent le service soigné. Cuisine à la hauteur. Et à la hauteur du prix, malheureusement. Sera pas mal question du GRAAL auquel Franck ne peut plus venir à cause d'un cours de fac le lundi après-midi, puis des collègues français qui ont perdu leur poste ici ou là après la réforme de l'an dernier, des cours de l'Institut ainsi que des programmes de cinéma. Bref, un très bon moment mais pas de quoi faire dix lignes. Cette situation des enseignants étrangers dans l'université japonaise me fait souvenir qu'il y a chaque année quatre ou cinq personnes qui me contactent, notamment du fait de ma présence à la fois réticulaire et nippone, pour obtenir des informations ou des aides en vue de trouver un poste. Je leur donne généralement l'adresse du site où sont publiés des postes à pourvoir, car je n'ai guère plus d'information, sans leur cacher les baisses d'effectifs et les suppressions de poste. Ici aussi. De leur côté, les universités japonaises qui cherchent des enseignants de langue et littérature françaises n'y vont pas avec le dos de la cuiller : elles demandent généralement un agrégé normalien docteur parlant japonais, avec une maîtrise FLE, ajoutent-elles récemment. Demande ridicule au vu du travail proposé, et de plus en plus au su du salaire offert. Le décalage entre l'offre et la demande est tellement criant que les départements qui recoivent les dossiers ont beaucoup de mal à retenir les candidats sérieux et finissent souvent par prendre un caractériel qui a réussi à les impressionner lors d'un entretien... |
| Vendredi 6 mai 2005. Il colloquait
quand je cousinais. Chez le dentiste avec T. Pas encore les travaux prévus pour la fixation définitive de ma couronne... Aux Twins d'Aoyama-Itchome, déjeuner chez Lecomte. Rendez-vous avec Au fil de l'O et un ami à lui à Ikebukuro. Longtemps que je n'y avais pas remis les pieds. Il pleuviote... Gâteaux dans un petit café près de Rikkyo (l'université). Courses chez Yamaya (six paquets de mon café habituel, à 105 yens les 250 g., prix imbattable...). Puis au MIPRO de Sunshine City (là, ça fait au moins quatre ans que je n'y étais pas allé). Au fil de l'O était à Fukuoka quand j'étais à Beppu, il colloquait quand je cousinais. Après Bruxelles, on se retrouve à Tokyo. Même franche camaraderie. Bons moments, quoique courts. À demain peut-être... Pleuviote toujours. Retour pour préparer le dîner, c'est mon tour. La Nausée pour demain matin (explication des pages 66-73 de l'édition folio)... Est-ce que pour moi aussi, il faut choisir entre « vivre ou raconter » (p. 64), dans ce qui ressemble tout d'abord à un « ou » exclusif ? Quelques lecteurs du JLR m'ont dit, en privé ou en commentaires, tout le bien qu'ils pensaient de ma virée dans le Kyushu, ajoutant que cela devait me prendre beaucoup de temps de rédiger tout cela... Cela me fait me demander encore une fois pourquoi j'écris ce journal. Pour recevoir ces compliments, de temps en temps, quand j'ai l'heur d'écrire ou de photographier un cran au-dessus de ce qui est mon ordinaire ? Seulement pour fixer ce que ma mémoire ne retient pas bien — et si ce n'était que cela, pourquoi le rendre public ? Bien sûr les compliments (me) font plaisir, mais... Mes essais passés de journal-pour-moi-seul se sont soldés par un abandon dès le deuxième jour dans un mouvement d'à-quoi-bon salutaire. Il faut donc en conclure que c'est l'aiguillon du bi-face, le défi (en cela chaque jour identique à celui lancé par Christian en novembre 2003) de présenter à la fois quelque chose qui se tienne pour le lecteur éventuel ET qui supplée l'insuffisance de ma mémoire future. Mélange contradictoire, antinomie... et que c'est dans cette antinomie que naît pour moi une puissante sensation de plaisir de type littéraire, dont les aspects personnels (orgueil, auto-satisfaction, exhibitionnisme) m'encombrent cependant... L'autopublication réticulaire, de type courriel, web, blog ou autre (sait-on ce qu'on inventera dans un an ou dans dix ans), peut apporter cette satisfaction esthétique dans un présent connexe à celui de l'écriture, au point qu'il est possible de les confondre ou de les croire entrelacés (j'y reviendrai à Cerisy...). Or l'aiguillon de l'entrelacs bi-face progresse... Ouf, ça y est, j'ai fini de rattraper tous les jours de lecture en retard ! 2005-05-07 07:51:26 de Manu
Or l'aiguillon de l'entrelacs bi-fac' progresse... Presqu'un alexandrin! dans cet ajout de fin, les questions essentielles... 2005-05-07 14:12:17 de FBon
Comme un miroir ! Je pressens encore du copier/coller pour d'éventuelles notes de réflexion à venir. Avec références à l'auteur, bien sûr ! 2005-05-07 19:20:43 de Grapheus
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| Samedi 7 mai 2005. Grain
de sable et de sel. Les pages 66-73 de La Nausée sont une occasion de bien s'amuser, que ce soit par l'historique de la rue Tournebride ou par l'ethnographie des coups de chapeau dominicaux. Le tableau commence par un panoramique urbain embrassant tous les gens qui se préparent en même temps, assez semblable aux premières pages du premier tome des Hommes de bonne volonté de Jules Romains paru en 1932 et intitulé : Le 6 Octobre. Ce petit passage par l'unanimisme ne sera pas inutile pour entrevoir le dessein sartrien — surtout si l'on s'avise que Dos Passos, qui influença Sartre, avait lui-même été quelque peu influencé par Jules Romains dès le début du XXe siècle... L'espèce d'anarchiste nihiliste qu'est encore vaguement Sartre dans ces années 30 conçoit la conscience de Roquentin comme grain de sable et de sel dans la machine des groupes sociaux. De sable pour enrayer la mécanique des classes et des destins, de sel parce qu'une ironie toute flaubertienne relève la sauce bourgeoise. Ainsi de la rue Tournebride, devenue le centre des vanités bouvilloises après répétition en miniature de ce qui s'était passé à Paris pour la Basilique du Sacré-Cœur : vision d'une allumée (la femme du maire à qui Sainte-Cécile vient reprocher l'absence d'église dans le quartier qu'habite l'élite de la ville (rien que ça, ça vaut son pesant de cacahuètes !)) et décision municipale de construction d'une église à mi-chemin des vieilles élites et des nouveaux riches. Ainsi des quelques références littéraires qui émaillent le défilé des familles et qui disposent autant de repoussoirs que Sartre offre pour grincer de rire : Le Kœnigsmark de Pierre Benoit (1917) dont toutes les héroïnes commencent par A et dont tous les romans ont le même nombre de pages ; le Livre de mes fils de Paul Doumer (1906), qui perdit ensuite ses trois fils dans la boucherie de 14-18, qui succéda à Gaston Doumergue à la présidence de la république française en 1931 pour être assassiné en 1932 ; Henry Bordeaux qui fit une conférence sur l'alpinisme dans une ville sise à cent lieues de tout massif montagneux... Après ça, pas trop envie d'assister au défilé des notabilités venant à la séance de cinéma de l'Institut... Surtout pour voir Monsieur Ripois. Plutôt déjeuner tranquillement au Saint-Martin avec T. et deux de ses anciennes étudiantes de la fin des années 90, employées maintenant dans le développement durable, l'une dans une agence nationale de coopération pour financer des missions en Afrique du Nord, l'autre dans une ONG à caractère éducatif qui l'envoie au Mali. Plus tard, à la bibliothèque, Cédric vient me voir parce que je n'ai pas répondu à son courriel du mois dernier... Honte sur moi ! Non seulement j'avais vu son site mais en plus j'en avais parlé à Jephro (et peut-être avais-je cru avoir répondu du fait d'en avoir parlé à quelqu'un...), enthousiasmé que j'avais été par le design, les photos et les textes des voyages et reportages. Ouf ! C'est réparé... J'aurais voulu parler de Baudrillard chez Finkielkraut mais je n'ai plus le temps. On verra demain. J'ai l'impression qu'entre Romains et Sartre il y a pourtant tout un monde, et pas seulement celui de Dos Passos : - Romains élisait Brisset "prince des penseurs" en raison de sa folie - Sartre se moque de la pensée de Bataille en le renvoyant à sa "folie" : "le reste est l'affaire de la psychanalyse". Il est temps, si ce n'est déjà fait, de remettre Sartre à sa place, littéraire et philosophique : un minus. 2005-05-07 20:55:21 de Bartlebooth
et Jules à la sienne : un Grand ! 2005-05-07 23:52:11 de arte
Merci, merci! La faute est effectivement réparée! lol A charge de revanche pour un lien vers "Berlol" à partir de Color Lounge! ;-) 2005-05-09 10:20:15 de Cédric - Elinas
Hélas, "ça n'a pas pu le faire !" Finalement, impossible de passer par l'Institut avant le départ pour Osaka... Mais, ce n'est que partie remise !! Ce voyage m'a confirmé que la décision d'un retour au Japon n'était pas un caprice mais une nécessité vitale... Donc, on se retrouve quelque part en octobre !!! 2005-05-09 11:54:43 de Au fil de l'O.
Au fil de l'O...on devrait former le club des gens qui veulent revenir :-) 2005-05-09 14:27:42 de Bikun
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| Dimanche 8 mai 2005. Produits
qui puent et machines qui tuent. Il y a juste 60 ans, il ne faisait pas bon être nazi. Ni Balte, les Soviétiques profitant de la victoire pour annexer les côtes baltiques. Des trucs fous, quand on y pense !
Attention dans le métro
de Tokyo, à partir de demain et avant 9h30, c'est
dans le wagon de queue que seules des femmes iront !On a préféré le séparatisme à l'éducation, dans un contexte où il n'est pas question de répression — il y a, semble-t-il, beaucoup trop de tripoteurs aux heures de pointe. D'ailleurs, les faits ne sont pas toujours simples à établir quand on est compressé comme des sardines à l'huile : difficile de se gratter la cuisse sans transmettre le mouvement à la fesse connexe... Au ping-pong, seul contre Katsunori. Qui m'étale en beauté, genre sept manches contre une. Plus que du score, je suis déçu par le fait que mon corps et ma raquette ne fassent pas exactement ce que j'imagine et leur commande. À moins qu'il faille la gracieuse présence de Hisae pour que je sorte le grand jeu... Je retrouve T. à Shibuya. Elle est un peu déprimée, aujourd'hui. Du coup, elle n'a pas eu le courage d'aller à son centre de sport, comme c'était plus ou moins prévu. On va se contenter d'acheter du pain et de rentrer tranquillement à la maison. Quelques heures plus tard, elle me dit que ça lui a passé. Elle était montée voir son père, qui est en forme. Elle l'a regardé dormir. Ça l'a confirmée dans son action et lui a permis encore une fois de dépasser la peine que lui font ses sœurs (je n'entre pas dans le détail des épisodes de la fin de semaine, ce serait sordide et malsain). Pendant ce temps, je lisais Le Machiniste de Laurent Flieder. « Je me levais avec le Maître, je prenais sa dictée, je me promenais à son bras, et rien de plus. Nous vivions alors, lui et moi, partageant ces trois belles pièces en rez-de-jardin, presque comme deux amis, passant les matinées et la plupart des soirées au travail, le reste des journées dans le parc qu'illuminaient encore les vifs éclats d'un automne rougeoyant. Cela me permit de mieux comprendre ce qu'on entend par cette simplicité du bonheur où tant aspirent sans y accéder jamais. J'y gagnai en outre une plus grande familiarité avec les sciences et la philosophie puisque, copiant le traité de mon maître, j'en étais pour ainsi dire le premier bénéficiaire.» (p. 157-158) « Les propos qu'il me tint au retour de notre petite expédition étaient signe qu'il avait été un peu bousculé par ce qu'il venait d'entendre et d'observer. Après tant d'années et des milliers de pages consacrées à affirmer la proximité de notre monde avec une harmonie jamais éloignée mais jamais atteinte, il se trouvait enfin devant l'évidence de sa réalité, ce dont il était à coup sûr le premier étonné.» (p. 197) Ce qui s'est passé entre ces deux moments, on le saura en lisant le livre. C'est pour moi l'occasion de replonger avec délices dans la rêverie scientifique telle que je la pratiquais à haute dose bien avant l'ENCPB. Une boîte de petit chimiste sous un sapin de Noël, Le Monde des non-A de Van Vogt, des ramassages de minéraux en vacances, du questionnement stellaire en draguant des filles, l'envie d'être volcanologue pour me balader partout comme Haroun... et j'avais embrassé la carrière ! Sauf qu'après le Bac, je me suis aperçu de deux choses : d'abord que ma complexion supportait mieux les concepts que les calculs et ensuite que je n'avais au-cune !, mais alors aucune envie de faire la compétition avec des centaines de bêtes à concours pour finir ma vie dans un laboratoire au milieu de produits qui puent et de machines qui tuent. Certes, j'exagère sans doute... Et tous les autres wagons pour les hommes? 2005-05-08 21:38:49 de arte
Pour les hommes et pour les femmes et les enfants qui n'ont pas peur des hommes... 2005-05-09 02:06:12 de Berlol
Bon, finalement, la morale est sauve puisque les femmes vont dans le fourgon de queues. Mais, en mettant en place ce système, on a oublié que certaines femmes aussi peuvent être tripoteuses. Elles vont pouvoir s'en donner à coeur joie dans ces voitures réservées. Sans compter qu'elles pourront aussi venir tripoter les hommes dans les autres voitures. Quant aux tripoteurs, eux, ils vont se rabattre sur les hommes... Ça craint! 2005-05-09 05:12:41 de Christian
Quand on voit la longueur de certains trains, aller dans le dernier wagon peut faire rater jusqu'à deux trains (2 min entre chaque rame sur certaines lignes) et quand on connaît l'importance d'arriver à l'heure qui peut ce juger à la façon dont certains et certaines se jettent dans le wagon alors que la porte se ferme, je doute que beaucoup d'entre elles tirent un bénéfice de cette nouvelle disposition, surtout si la sortie de son choix n'est pas en face du dernier wagon... Encore de précieuses minutes perdues ! Bref, c'est justement aux heures de pointe que c'est le plus dur à appliquer... A Futakotamagawa, la ligne comporte 10 wagons, il y a un train toutes les deux minutes et il n'y a qu'une entrée: au niveau du wagon de tête... Je ne suis pas prêt d'être qu'avec des hommes dans le wagon et c'est tant mieux ! Non pas que je veuille tripoter qui que ce soit, mais cela me ferait bien déprimer de me retrouver au milieu de salarymen. Et puis il y a le plaisir des yeux, si ce n’est pas (encore?) interdit… 2005-05-09 06:07:52 de Manu
Au fait, pour ceux que cela intéresse et qui auraient été refroidis par des problèmes techniques trop fréquents avec le streaming, mon site a emménagé chez un nouvel hébergeur. Ce genre de désagréments devrait disparaître. Quelques nouvelles pistes également au programme... Désolé pour le petit coup de pub, mais j'ai eu la bénédiction du gardien des lieux ! Et dire que mon site n'est même pas un blog... 2005-05-09 09:55:43 de Manu
j'en ai écouté plein, merci pourquoi pas mettre les noms des mecs qui jouent ? y en aurait qu'un seul ? la basse ? trombone + flûte ? on aurait même presque envie de savoir sur quels logiciels ça passe! suis moi-même en train d'explorer (tout doucement) la partie streaming de mon hébergeur ovh.net, on n'en finit jamais 2005-05-09 13:46:50 de FBon
Salut FBon ! Merci pour la visite ! Il se trouve que moi aussi je suis maintenant hébergé chez ovh ! Merci pour les remarques. Je vais essayer d'en tenir compte. Je travaille seul : les morceaux les plus récents sont faits sous Acid avec des librairies de boucles et des synthétiseurs virtuels. 2005-05-09 15:50:01 de Manu
Manu est un véritable homme orchestre! 2005-05-09 17:09:13 de Bikun
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| Lundi 9 mai 2005. Maximum
de flou. Sans plus donner d'avis personnel sur Heidegger, après avoir attentivement écouté plusieurs émissions de radio récentes, j'indique pour documentation et mémoire la nouvelle page de Stéphane Zagdanski sur son site Paroles des jours. Il y rassemble plusieurs témoignages scandalisés à divers titres par le récent ouvrage anti-Heidegger d'Emmanuel Faye. Pour me distraire et rester dans un domaine qui m'intéresse, le discours sur l'histoire de la colonisation, j'ai regardé un film acheté hier en même temps que la version en japonais de L'Auberge espagnole. Il s'agit d'un film anglais intitulé Khartoum, daté de 1966, avec Charlton Heston et Laurence Olivier. Étonnant de voir en 2005 un personnage de fanatique religieux musulman qui se croit l'élu, face à un anglais sentimental et démocrate contraint d'admettre la sincérité du fanatique et réduit à prier pour que son gouvernement lui envoie des troupes — qui arriveront trop tard. Il y a toujours plus de différences que de ressemblances avec des faits contemporains, mais ce qui étonne c'est la permanence des discours et des types d'individus. Les faits (réels) sont de 1881-1884 et le film est de 1966, contexte où ce type de discours devait avoir un usage — ce qui, avec nous aujourd'hui, fait déjà trois temporalités bien distinctes où pourtant de semblables discours tendent de semblables pièges. La temporalité narrative et ses pièges, c'est ce dont il aura beaucoup été question dans le GRAAL encore consacré à Un Pedigree de Modiano. Une fois de plus, nous étions aux prises avec nos propres définitions de mots (point de vue, focalisation, voix, etc.) du fait des formulations volontairement vagues de Modiano. Il a « la tête qui tourne et le souffle de plus en plus court » (p. 20) en évoquant les gens que ses parents fréquentaient avant sa naissance, son « cœur bat pour ceux dont on voyait les visages sur l'Affiche rouge » (p. 26), mais il ne critique pas franchement les personnes ou leurs actions, comme s'il était au-delà de ces choix politiques que bien des personnes firent ou ne firent pas, dans un projet de seulement évoquer leur existence, la complexité des relations, etc. On s'aperçoit que le maximum de flou (et de charme, presqu'au sens magique) est tout de même produit dans le récit par une forme de discours indirect libre articulé sur le temps (et non sur la diversité des voix narratives), à l'instar de l'extrait suivant où quatre époques différentes sont fluidement enchaînées : « Mon père utilise une carte d'identité au nom de son ami Henri Lagroua. Dans mon enfance, à la porte vitrée du concierge, le nom « Henri Lagroua » était resté depuis l'Occupation sur la liste des locataires du 15 quai de Conti, en face de « quatrième étage ». J'avais demandé au concierge qui était cet « Henri Lagroua ». Il m'avait répondu : ton père. Cette double identité m'avait frappé. Bien plus tard j'ai su qu'il avait utilisé pendant cette période d'autres noms qui évoquaient son visage dans le souvenir de certaines personnes quelques temps encore après la guerre.» (Patrick Modiano, Un Pedigree, p. 21 — c'est moi qui souligne). Pendant la guerre, dans l'enfance du narrateur qui se situe après l'Occupation, après la guerre et bien plus tard... jusqu'au moment de l'écriture : ces temps narrés sont enchevêtrés et brouillés par des temps verbaux variant selon le degré de focalisation. Du présent, comme si l'on était avec son père dans les années 40, au plus-que-parfait qui renvoie un moment pourtant postérieur dans un passé quand même très lointain par rapport au présent de celui qui s'exprime, on perçoit l'irrationnalité quand on s'y arrête ainsi mais pas quand on lit normalement, si cela existe lire normalement... Le lecteur est ainsi promené dans un tissu de souvenirs vus tantôt de près et tantôt de loin, juxtaposés comme une mosaïque ou comme les points d'un tableau pointilliste de sorte que le lecteur est lui aussi obligé de varier sa distance au texte. Écriture pointilliste ou cubiste, on hésitait encore quand il a fallu nous séparer... J'ai lu TOUT le premier lien. 1 heure et 35 minutes... Je ne suis pas sûr de cliquer sur tous les autres (liens) ! (ce commentaire est un leurre, bien qu'exact, pour changer d'URL) 2005-05-09 22:22:44 de arte
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| Mardi 10 mai 2005. Ma badine
de mots. Ah les 10 mai ! Tout le monde en a au moins un dans le cœur ! Je ne sais pas si ça marchera comme Journée des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions (mes hommages à Maryse Condé !)... mais il y avait déjà des 10 mai célèbres. La mort de Louis XV en 1774 ? Ça, on s'en fout un peu, quand même, surtout que c'est pas glorieux, la petite vérole... 1802 ? Quand Napoléon rétablit l'esclavage ? Oui, éh bien, là c'est effectivement dans le sujet précédent mais je ne sais pas si le comité de Maryse y avait fait attention... Passons à autre chose. Le premier 45-tours des Stones en 63 ? Je crois qu'à part François, il n'y a pas beaucoup de monde qui s'en souvient... Non, pour moi, c'est surtout 1968 et 1981, les deux gros shoots du quart de siècle. Barricades ou Mitterrand, on s'est quand même bien fait avoir. Mais malgré ça et bien que je me raisonne, il y a quand même un reste de sympathie, quelque chose d'indécollable de mon bon fond, un attachement à ces deux dates. Je n'y peux rien. Je m'étais interrogé tout seul dans mon coin la semaine dernière sur le fait que ce Traité de constitution n'avait pas été élaboré avec ma participation. On s'est foutu de moi ! On en riait, on me calomniait jusque dans les rues, on me traînait dans la boue en disant : « Quelle vanité, ce Berlol !... Se croit indispensable... Finira mégalo... ou pire : politicien !...» Je me rappelle : « J'aurais bien voulu que l'on me propose..., de m'associer à..., que l'on profite des nouvelles technologies pour..., que l'on dégage des..., que l'on mandate... Au lieu de quoi, je me retrouve devant un texte indiscutable pour lequel je dois dire oui ou non. Or, en l'état, il ne m'intéresse ni de dire oui ni de dire non. Que faire ? » Or je viens de trouver, par un gentil chemin de blogs un peu compliqué que je garderai pour moi, de ceux qu'on prend quand on ne veut pas s'endormir sur la google à six voies, une page d'un professeur de droit, Étienne Chouard, qui argumente doctement et excellemment sur le Non mais qui surtout redécouvre cette chose simplette que nous étions tous en train d'oublier (sauf moi, donc...) : « Une Constitution n’est pas octroyée par les puissants, elle est établie par le peuple lui-même, précisément pour se protéger de l’arbitraire des puissants, à travers une assemblée constituante, indépendante, élue pour ça et révoquée après : ce texte-là entérine des institutions européennes qui ont été écrites depuis cinquante ans par les hommes au pouvoir, à la fois juges et parties.» Difficile d'être plus clair. Sinon, ma journée ? Euh... Shinkansen en corrigeant des copies et en écoutant des entretiens avec Vercors puis d'autres avec Serge Doubrovsky. Très intéressants, j'y reviendrai si je trouve le temps. Puis deux cours sous climat pré-caniculaire, ce qui veut dire avec des étudiants amorphes qu'il faut régulièrement piquer de ma badine de mots pour qu'ils restent branchés en mode français. Ici aussi, le jasmin est en fleurs et à chaque fois que je reviens des salles de classe vers mon bureau, je constate que sur le mur le jasmin qui parasite le lierre est monté encore plus haut que l'an dernier. Et qu'est-ce qu'il embaume ! Au ping-pong, on est encore quatre du département de français. Et ça joue bien ! Mais qu'est-ce que ça fatigue, aussi ! Pendant et après le dîner avec Bikun, que je retrouve quasi dans la même position du photographe numérique qui trie nocturne ses centaines de photos, je regarde un dévédé prêté par un collègue : Axelle Laffont au Bataclan, La Folie du spectacle (2003). Sceptique au début, je n'entre pas tout de suite dans son humour, et puis quand même, elle est marrante. Elle a de bonnes réparties, elle mime bien, assez vulgaire mais pas trop lourd. J'ai même retrouvé le « dans ton cul ! » qui marche bien ces temps-ci en France, semble-t-il... Presqu'une heure du mat' ! Ma grand-mère vient de me téléphoner pour me dire que ma sœur vient d'avoir un garçon. Elle est arrière-grand-mère ! Du coup, j'en suis tout oncle ! Welcome dans ce monde Ah les 10 mai !... Et ... du même Etienne : "En établissant une Constitution par voie de traité, procédure beaucoup moins contraignante qu’une lourde assemblée constituante, (publique, longuement contradictoire et validée directement par le peuple), les parlements et gouvernements, de droite comme de gauche, ont fait comme s’ils étaient propriétaires de la souveraineté populaire, et ce traité, comme les précédents, peut s’analyser comme un abus de pouvoir : nos élus, tout élus qu’ils sont, n’ont pas reçu le mandat d’abdiquer notre souveraineté. C’est au peuple, directement, de contrôler que les conditions de ce transfert, (à mon avis souhaitable pour construire une Europe forte et pacifiée), sont acceptables." Pour information, un lien vers ce texte épatant d'un économiste, Frédéric Lordon,invité hier sur France Culture dans Les matins, par ailleurs auteur d'un petit livre non moins épatant paru dans la collection Raison d'agir, "Et la vertu sauvera le monde... Après la débâcle financière, le salut par l'"éthique" ? " http://econon.free.fr/Lordon.html Bonjour, Berlol. 2005-05-10 17:53:04 de Frédérique
Clémençon
Bonjour, Frédérique ! Eh oui, l'éthique, y'a qu'ça d'vrai ! Euh... si tu permets, je vais me coucher, il est une heure du matin, déjà !... Bise. 2005-05-10 18:08:52 de Berlol
Comme quoi la pensée de Bourdieu devient bien l' outil de combat dont il rêvait ... 2005-05-10 23:05:48 de arte
eh non, je ne me souviens pas du 1er 45 tours des Stones mes premiers souvenirs liés à cette grande bascule des années 60 c'est la rentrée de septembre 65, j'étais en 4ème (tiens, c'est aussi l'année que mon prof de français m'avait offert aux Prix de fin d'année "le Rouge et le Noir"), c'était la 1ère fois que les 2 collèges fill et garçon étaient rassemblés dans un collège mixte, changement évidemment d'importance plus que considérable l'année aussi que les magazines - dont Paris Match - sont passés en couleur, qu'on a donc découvert la couleur des pantalons des Beatles et donc le 1er 45 tours que je me souvienne avoir manipulé c'est Paint It Black, même si à la radio on avait déjà Satisfaction et tout ça dans les oreilles, je n'aurais un 1er électrophone, portable à haut parleur dans le couvercle, que pour le brevet en juin 67 c'est comme ça (avec The Equals et Sergeant Peppers comme 1ers 33 tours) et tant pis si c'est trop long pour ton forum, faut pas me brancher sur ce genre d'allusion 2005-05-11 06:09:48 de FBon
Pierre Sansot est mort :(( :(( :(( 2005-05-11 09:21:22 de arte
Eh oui, on n'annonce pas que des bonnes choses, le 10 mai. Lire dans Le Monde du jour : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-648032,0.html 2005-05-11 10:26:53 de Berlol
C'est bien triste. On peut le (re)ecouter et le voir ici (Universite de tous les savoirs) : http://www.canal-u.education.fr/canalu/affiche_programme.php?programme_id=363&vHtml=0 2005-05-11 15:55:06 de jfm
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| Mercredi 11 mai 2005. Pierre
Sansot et l'élasticité que je veux d'elles. J'attends l'ordre des choses à dire ne sont que de ma caboche qui combien combine tous matériaux « Sur un mode encore approximatif, la conversation se reconnaîtrait à un certain ton libéré, dégagé, inspiré qui n'exclut pas la rigueur. Elle n'aurait d'autres motifs que le plaisir d'échanger des impressions, des idées qui ont leur importance, mais ne constituent pas la première finalité, sachant qu'entre la fantaisie et le souci de ne pas dire n'importe quoi, entre un certain détachement et le désir de s'impliquer, de ne pas demeurer à la surface des pensées convenues, une tension persiste et il n'est pas exclu de perdre pied d'une part ou de l'autre de la crête. Que de dangers ! L'éloquence mais aussi le bredouillement, l'inarticulation, l'austérité de qui veut convaincre, mais aussi la futilité du bavardage, un verbe impersonnel, mais aussi la préoccupation de l'intime, de ce qui ne saurait se dire, la menacent. La conversation, comme l'œuvre d'art, n'est asservie qu'à elle-même, qu'au plaisir de l'exercer. Dès qu'elle s'enrôle au service d'une autre fin, elle perd sa pureté et j'hésite à la reconnaître comme telle.» (Pierre Sansot, Le Goût de la conversation, Desclée de Brouwer, 2003, p. 79-80.) Ce matin, mes étudiantes de troisième année ont joué sur l'estrade de la classe les conversations qu'elles avaient préparées par groupes de quatre lors des trois précédentes séances. Pour chaque groupe, un thème et des consignes claires : tout personnage doit avoir au moins dix répliques d'au moins cinq mots. Étonnées le mois dernier de telles règles du jeu, elles avaient commencé du bout des lèvres à prendre langue pour créer situations et personnages. Passant entre les groupes dans le but de régler les niveaux de langue plus qu'à la recherche de la perfection syntaxique, j'ai senti naître leur confiance en le jeu et en elles-mêmes. Elles ne savent pas encore toutes les situations et contraintes que je vais leur imposer toutes les quatre semaines, elles ne savent pas l'élasticité que je veux d'elles pour qu'en fin d'année elles aient acquis de l'aise française dans la conversation. Tout ce qu'elles savent, c'est que la semaine prochaine nous formerons des groupes de trois pour créer des disputes avec deux opposantes et une médiatrice. En les quittant, je ne savais pas encore que Pierre Sansot ne me donnerait |