| Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur. |
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| Lundi 1er novembre 2004. Sadisme prétendu
des éléments de construction. Ménage et courses nous occupent, T. et moi, la matinée. Elle prépare pour demain le changement d'hôpital de son père. Sans doute la dernière quinzaine avant son entrée dans l'appartement que nous lui préparons ici. Il paraît que le projet de venir habiter à Kagurazaka lui plaît... Flambée de commentaires au bas du JLR du 26 et d'hier. Certains propos d'Acheron postés sur le 26 mêlent des commentaires sur le thème du jour à d'autres sur le thème d'hier, ce qui constitue un noeud temporel retors. Michaël Ferrier y prend part, notamment pour donner le texte d'une protestation* contre le maire de Tokyo et ses scandaleux propos. Puis il se rend comme moi au GRAAL. Notre séance s'ouvre donc sur le rappel de la situation dramatique qui se prépare dans les universités japonaises. Je n'ai pas le temps de détailler maintenant (et c'est à peu près ce que je disais hier). Michaël insiste sur le fait que cette situation ne concerne pas que les professeurs étrangers et encore moins les seuls Français. Par conséquent sur la nécessité de ne pas entrer dans les catégorisations nationales qui ne font que diviser... Puisque nous avons l'auteur sous la main, je présente le Tokyo, Petits portraits de l'aube de Michaël Ferrier (déjà cité hier). La mention "roman" entre en conflit avec le terme "petits portraits" et avec un découpage digne d'un recueil de nouvelles. Il doit donc y avoir plusieurs niveaux de cohérence et de compréhension. Méfions-nous également de confondre le narrateur (à la première personne) et l'auteur (qui se défend de si bien connaître le monde de la nuit tokyoïte) ; l'émanatisme est pourtant facile car certains propos pourraient être assumés par l'ami en face de nous. Enfin, il nous reste une grande heure pour parler de Lydie Salvayre. Malgré un petit mal de gorge, je lis du mieux que je peux le second rapport, celui où l'inspecteur de police est transfiguré par l'expérience cannabique. À sa mission d'infiltration semble se superposer une "mission secrète" qui "est de dire la vérité toute crue à M. le Ministre sans chercher à le flatter ni à le rouler dans la farine." (Passage à l'ennemie, p. 21) D'incompatibles plans référentiels font douter certains d'entre nous, comme si l'auteur n'avait pas su maîtriser son sujet : parler de la Boétie ou de Baudelaire comme de quidams à surveiller alors qu'on commente ailleurs Boulez ou Cervantès pourrait en effet être une forme d'incohérence. À moins qu'il ne s'agisse d'une destructuration grossière volontairement mise en place dans le but d'empêcher toute vraisemblance et d'ainsi fruster le lecteur érudit, victime d'un "sadisme prétendu des éléments de construction" (p. 16), un procédé assez pratiqué par Robbe-Grillet, par exemple. Tout cela finit comme il se doit dans la joie et la bonne humeur autour d'un bon dîner et de deux bouteilles de bordeaux. Un peu lourd, le cassoulet... Et moyen... Allez, on va essayer de digérer tout ça et on se retrouvera demain à Hongo pour une conférence de Jean-Luc Steinmetz. * Note : voici le texte complet de cette protestation en français. "UNIVERSITÉ MUNICIPALE DE TOKYO
Section d'études françaises Tokyo, le 31 octobre 2004
PROTESTATIONLe 19 octobre 2004, M. Shintaro Ishihara, maire de Tokyo, aurait tenu les propos suivants à la réunion inaugurale du "Tokyo U-club" (voir le quotidien Mainichi-Shinbun, 20 octobre 2004) : « Il y a d'innombrables enseignants d'allemand et de français a l'Université municipale de Tokyo, alors que le nombre des étudiants est proche de zéro. » « Le français étant une langue inapte au calcul, il est tout à fait normal qu'elle soit disqualifiée comme langue internationale. Certains individus qui s'accrochent à une telle langue manifestent une opposition infructueuse à la suppression de l'actuelle Université municipale et à la création d'une nouvelle université. C'est ridicule, et ne mérite même pas d'être pris en considération. » En ce qui concerne le lien entre les effectifs du corps enseignant et le nombre des étudiants en langue et littérature allemandes et françaises, nous n'avons cessé de demander aux autorités concernées au sein de la municipalité une évaluation exacte et un débat ouvert à partir d'une véritable évaluation numérique. Malheureusement, sans qu'il y ait aucune suite à notre demande, le maire récidive, en donnant une évaluation erronée. La vérité est – établissons-le ici à nouveau et une fois pour toutes – que les étudiants qui apprennent le français à l'Université municipale ont existé et existent chaque année, qu'ils sont plusieurs centaines, et que jamais jusqu'à ce jour, la section d'études françaises n'a eu " zéro" étudiant (l'effectif annuel des étudiants spécialistes étant institutionnellement limité à 9 pour le cursus du jour, et à 3 pour le cursus du soir). Déjà, l'inauguration même du "Tokyo U-club", organisation de "soutien" à la nouvelle université, sous la bannière du mensonge et de la diffamation envers la langue et la culture d'autres pays, est un fait irréparable et dommageable, qui en dit long sur ce que vaut l'administration éducative municipale, et qui jette aussi le doute sur le niveau culturel de la ville de Tokyo aux yeux du monde entier. Tokyo est une ville jumelée avec Paris depuis 1982, et l'Université municipale de Tokyo est adhérente, avec 28 autres universités japonaises, du CDFJ (Consortium du Collège doctoral franco-japonais) depuis sa fondation. Que la ville de Tokyo porte a sa tête ce genre de personnage, que l'Université municipale de Tokyo supporte comme instance administrative suprême un tel individu, capable, sans rougir, d'insulter la langue et la culture d'un pays ami, et d'une ville jumelée avec la sienne, c'est là une chose que nous déplorons du fond du cœur, comme les consciencieux contribuables de Tokyo et les membres de l'Université actuelle. Au nom des 170 millions de francophones du monde entier, au nom des quelques centaines de millions d'utilisateurs occasionnels du français, étudiants et autres, au nom, enfin, de tous les habitants du Japon, en particulier de la ville de Tokyo, qui vivent en contact quotidien avec le français et la culture francophone, nous protestons avec indignation et nous demandons, à M. Ishihara, maire de Tokyo, le retrait définitif de ces propos ignominieux. Tomohiro ISHIKAWA, Koichi ISHINO, Yasuaki OKUBO
Machio OKADA, Sadayoshi OGAWA, Kenji KANNO Naoko NISHIKAWA, Mami FUJIWARA, Kazuyoshi YOSHIKAWA" Lorsque M. le Préfet dit que «
Le français e[st] une langue inapte au calcul », essaie-t-il
de dire, fort maladroitement, que c'est l'anglais la langue de l'économie
et du commerce, comme on dit ?
Mais dans ce cas-là, il devrait peut-être aussi arrêter d'utiliser le japonais non ? Parce qu'il faudrait peut-être lui rappeler, à M. le Préfet, qu'alors que les savants japonais, durant la période d'Edo, se masturbaient sur les abstractions mathématiques pures du fameux wasan 和算 (les "mathématiques japonaises", ô le beau concept culturaliste !) et sur leurs bouliers, la France, elle, avait Descartes. [Oups, je vais encore me faire qualifier de "crypto-raciste". Ceci-dit, j'insiste, ce n'est pas moi qui ait commencé.] Et puis notons aussi au passage que la majorité de la population de Tôkyô a élu un Préfet vraiment sympathique, et ce au suffrage universel. Ne réculant devant aucune référence au "sang" japonais (voire à l'"ADN"), ce préfet a été qualifié il y a peu de "mini Le Pen" par l'économiste et militant pour la défense de la constitution Kaneko Masaru (Waseda). Pas si mini que cela d'ailleurs. 2004-11-02 07:51:53 de Arnaud
Bizarre la mise en page. Pourtant je n'ai
rien inséré de spécial...
2004-11-02 07:52:41 de Arnaud
Pour information, les articles ou pétitions
relatifs à cette déclaration d'Ishihara ne sortent pas sous
Google si l'on ne met pas au moins trois mots-clefs (par ex. : Ishihara
français calcul). Dur dur.
J'ai appris qu'Ishihara a dit la même chose à Delanoë lors de la visite officielle de ce dernier à Tôkyô, il y a qqc jours. Incident diplomatique ? Interviewé par le Asahi au sujet de "Que pensez-vous d'Ishihara Shinatarô", Delanoë aurait répondu que donner son avis était s'immiscer dans les affaires intérieures (naisei kanshô 内政干渉). Il faut que je mette la main sur cette article, et je le monterai ici. J'ai mis la main sur l'article au sujet de la déclaration d'Ishihara, qui n'était en réalité pas la seule problématique ce jour-là. Je le traduis rapidement et le monterai ici. 2004-11-13 03:32:47 de Arnaud
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| Mardi 2 novembre 2004. Ton beau navire... Hier, a débuté sur France Culture le feuilleton radio consacré à Led Zeppelin ou "de la légitimité du rock comme culture". C'est François Bon, solennel, qui enterre d'emblée nos jeunesses en retraçant les dernières heures du batteur alcoolique, en 1980. "Le même glas" pour beaucoup de figures du rock, hélas ! Le jour de tous les saints, François l'a-t-il fait exprès ? En tout cas, c'est parti pour 15 épisodes de bio collective, de débordements médiatiques et de morceaux rares. "Comment la musique s'invente", ou comment comprendre les années 70... Dazed and Confused ; pour plus d'un, ça va remugler !... Dans l'émission Répliques du 23 octobre, avec Bernard Lahire et Sylvain Bourmeau qui prend ici la parole : "— Je voulais vous poser une question, Alain Finkielkraut, parce que Bernard Lahire vous cite dans son livre et il cite une phrase de La Défaite de la pensée où vous regrettez un certain nombre d'évolutions et vous procédez à des comparaisons. Alors certaines me posent problème parce que vous comparez des choses incomparables : de la musique avec de la nourriture, ou des choses comme ça. Mais il y en a une qui tient la route parce que c'est de la musique avec de la musique. Vous dites, vous donnez le sentiment qu'il faudrait déplorer le fait qu'aujourd'hui un rythme de rock vaut une mélodie de Duke Ellington. Moi, je ne comprends pas le problème, là, Alain Finkielkraut ! Si vous pouviez m'expliquer pourquoi ça pose problème qu'un rythme de rock vaille une mélodie de Duke Ellington... Alain Finkielkraut : — Je pense que les critères sont internes à la musique elle-même. Autrement dit, la tendance du sociologue et de l'esprit sociologique qui me semble très forte, c'est de dire : "bon ! y'a un moment où on détesté ça, maintenant on l'aime"... Ça veut bien dire qu'il y a une plasticité des formes humaines que je constate et j'en prends acte. Or la musique a une histoire. Et donc, je crois qu'il est, de l'intérieur de l'exigence musicale elle-même, possible de faire le tri, de montrer ce que le jazz peut avoir de riche et le rock d'appauvrissant et le rap de plus appauvrissant encore que le rock. Mais l'idée que l'on puisse manquer le train de l'actualité d'une part, et l'idée d'autre part que de toute façon tout change tout le temps fait que... on n'ose pas formuler les choses en ces termes." Ce que le rock ou le rap pourraient avoir d'enrichissant, M. Finkielkraut ne l'envisage même pas. Aucune hésitation dans sa voix. Le jugement est préalable à l'analyse... C'est bien ce que je lui reproche. Pour le reste, il a le mérite d'être un des derniers à inviter de réels contradicteurs, de véritables opposants à sa pensée, de croiser le fer verbalement avec eux et de recommander leurs ouvrages.
J'arrive à sortir, la gorge
un peu dégagée par quelques heures de sommeil
supplémentaires, lisant le livre de Michaël Ferrier
en marchant, pour aller au rendez-vous de la porte
rouge (Todai akamon). La nuit approche. Les étudiants
refluent de l'université de Tokyo, s'attendent pour
aller prendre le métro ou boire un coup. Des souvenirs
de sorties de cours, à Censier, m'effleurent. Une bouffée
de lointaines sorties de cours. Bill arrive à temps. Puis
François. On entre dans le campus pour chercher la salle
où Jean-Luc Steinmetz parlera de vanités
monumentales, en commentant des tombeaux de Baudelaire,
Jude
Stefan
et Philippe
Jaccottet
(finalement, pas le temps pour Mallarmé dont il
nous annonce une nouvelle édition en février
prochain).Nous retrouvons aussi Estrellita, Jo et Michaël. Et le professeur Nakaji qui présente le professeur-poète avant de lui donner la parole. Nous écoutons attentivement les analyses de M. Steinmetz et beaucoup de remarques sont très justes. Mais la vision d'ensemble ? Le travail des sonorités ? Les tombeaux en d'autres langues ? Nous, les quelques collègues qui nous sommes donnés rendez-vous pour venir à cette conférence, restons un peu sur notre faim.
Or c'est une loi du genre, il ne faut
pas en vouloir à M. Steinmetz : les conférenciers
sont invités d'abord pour les étudiants. Aussi
leur demande-t-on de se mettre à un niveau d'explication
compréhensible par ces étudiants de 3e ou 4e
année. Et dans ce sens, c'est tout à fait réussi.
Cela pourra même nous aider pour une approche de ce genre
poétique qui n'en est pas un, le tombeau, un jour peut-être.J'ai beaucoup aimé les "sublimes sornettes" du poème de Jude Stefan ("Tombeau", in Libères, 1970). Au-delà des discours des prêtres nous exhortant à croire en une vie après la mort, j'y vois un jugement sur toutes nos actions ici-bas ("sornettes") qu'une infinie tendresse rétrospective et qu'un infini regret d'avoir à les quitter font juger "sublimes". En tout cas, c'est comme cela que je vois nos vies. Comme souvent, cela m'incite à écrire quelque chose. Que je n'ose comprendre. En tout cas, c'est un carré... Arpenteurs ! Arpentez ! (Petit jeu entre amis : essayer de le retenir et de le dire dix fois de suite...) ton beau navire
qu'au vent l'amer dérida m'é- mut en sombrant Bonjour.
Excusez-moi pour le décalage avec le blog. Pons vient de rédiger un article sur la façon dont les médias japonais ont traité l'otage (qui vient d'être décapité), et je vous le copie. « La famille du jeune Japonais décapité présente ses excuses LE MONDE | 01.11.04 | 14h12 Tokyo de notre correspondant Comme si sa souffrance ne suffisait pas, la famille du jeune routard japonais Shosei Koda, décapité par ses ravisseurs, a été l'objet de critiques pour avoir "mal élevé" son fils et encouragé son "irresponsabilité". Ce harcèlement a cessé après la découverte du corps mutilé du jeune Japonais, enveloppé dans un drapeau américain, dimanche, dans une rue du centre de Bagdad. Le cauchemar des parents de Shosei avait pourtant été déjà assez atroce. Dans la confusion des informations fournies par le ministère des affaires étrangères, ils étaient passés, samedi, du désespoir après la découverte d'un premier cadavre dont on leur avait dit qu'il s'agissait "très probablement" de leur fils, à l'espoir après qu'il fut établi plus tard qu'il ne s'agissait pas de lui. Puis ils ont plongé à nouveau dans la douleur lorsqu'il a été confirmé, dimanche à l'aube, que son corps avait été retrouvé et identifié. Dimanche, la famille Koda a présenté ses excuses pour les embarras provoqués par son fils. SATISFAIRE WASHINGTON Shosei Koda, âgé de 24 ans, qui avait été kidnappé la semaine dernière, est le premier otage japonais assassiné. C'est le cinquième civil nippon tué. Deux diplomates et deux journalistes indépendants avaient été victimes d'embuscades en novembre et en mai. Sa fin tragique relance le débat sur la présence des troupes japonaises en Irak, dont les ravisseurs exigeaient le retrait. L'issue de l'élection américaine et l'expiration, le 14 décembre, du mandat d'un an des 550 soldats japonais déployés à Samawa, ville chiite du sud-est de l'Irak, risquent de mettre sur la sellette le gouvernement de Junichiro Koizumi, qui entend obtenir du Parlement la prolongation de leur présence. En dépit de l'opposition de la majorité de l'opinion, le Japon a décidé l'envoi de troupes en Irak pour satisfaire Washington. "Si les forces japonaises n'avaient pas été envoyées en Irak, l'assassinat de Shosei Koda n'aurait pas eu lieu", a déclaré Katsuya Okada, président du Parti démocrate (principale force d'opposition). "J'exige leur retrait", a-t-il martelé. Sans revenir sur le principe du déploiement des troupes en Irak, Tokyo cherche à pondérer leur présence en resserrant encore le cadre de leur mission non combattante. Bien que plus réservé que lors de précédentes prises d'otages nippons en Irak au printemps (tous libérés), le gouvernement est accusé d'avoir provoqué un "lynchage médiatique" des otages et de leurs familles. "Jamais on n'avait vu une telle vague de critiques contre des familles et leurs enfants alors que ces derniers étaient encore en danger", commente Kenichi Asano, ancien journaliste et professeur à l'université Doshisha. Cette volée de critiques à l'égard des familles des otages est l'expression du réflexe d'intolérance d'une frange minoritaire de la population aiguillonnée par des déclarations comme celles du sénateur libéral démocrate Takeaki Kashimura. Il avait qualifié les cinq otages précédents d'"éléments antijaponais". Certains de ceux-ci critiquaient la politique proaméricaine du premier ministre en Irak. Ce n'était pas le cas de Shosei Koda, apolitique. Mais, dans le climat délétère créé par l'attitude gouvernementale lors des précédentes prises d'otages, les frustrations de certains, victimes de l'aggravation des injustices sociales due à la crise économique, sont à l'origine d'un mécontentement diffus. Ce sentiment trouve un exutoire dans des critiques à l'encontre des jeunes qui sortent du rang. Philippe Pons • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 02.11.04 » 2004-11-03 07:11:09 de Arnaud
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| Mercredi 3 novembre 2004. Notre actualité,
c'est lui ! Vulgarité mondialisée : le monde entier est suspendu aux élections américaines. Tout le monde... sauf T.
Elle a accompagné son père
pour changer d'hôpital — ça a
duré toute la journée d'hier. Elle a (mal) dormi
sur un lit de camp à côté de lui dans une
chambre de quatre malades. Elle s'est occupée de paperasses,
de linge et de tas de petites choses. Elle est repassée à
la maison ce matin alors que j'en étais déjà
parti. Deux heures après, elle y est retournée et...
elle y est encore, pour une deuxième nuit sur un lit de camp.Le système hospitalier japonais est pourri, précarisé par ses objectifs budgétaires et incapable de remplir ses missions d'assistance : l'administration demande que quelqu'un de la famille reste la nuit pour s'occuper d'un malade. Cela veut dire : toutes les nuits ! Il n'y a pas assez d'infirmières, dit-on. Mais ne nous apesantissons pas sur ce sujet... Il y a sans doute comme ça des millions de personnes qui, individuellement, ont des situations difficiles, des problèmes à régler, des épreuves à surmonter, que personne n'aide et dont personne ne parle. Mieux : ces personnes refuseraient sans doute qu'on les aide juste pour se faire plaisir et ne souhaitent pas spécialement qu'on parle d'elles. Alors les élections américaines... Cette puissance surdimensionnée qui menace le monde entier, qui s'invite dans toutes les maisons pour étaler ses millions de dollars, ces équipes d'hystériques qui harcèlent le citoyen, ou ce qu'il en reste, jusque dans l'isoloir... Et ces médias et ces marchés financiers, en France comme ailleurs, suspendus à un choix binaire qu'ils ont eux-mêmes monté en épingle... Oui, pour moi, c'est de la vulgarité ! T. a souhaité que je publie un jour une photo de son père. Je choisis aujourd'hui. Car notre actualité, c'est lui !
Situation post-moderne...À peu près au calme dans mon bureau alors que la fête de l'université bat son plein (fritures, nouilles, rock amateur, etc.), j'essaie de me concentrer et de mettre un terme à un article sur le touriste chez Stendhal et Mérimée. C'est ce mot, dans le premier paragraphe de Colomba, qui m'a mis la puce à l'oreille. Deux ans après la parution des Mémoires d'un touriste (1838), Mérimée n'avait-il pas quelque chose à répondre à Stendhal ? Dans une partie du monde non mondialisée, je veux parler du sixième arrondissement de Paris, on attend les prix Médicis et Femina pour la mi-journée (en fin de soirée chez moi). C'est bien la première fois que je me fais une remarque légèrement favorable au milieu germanopratin !... Vers 22 heures... Voilà, c'est Dubois et Nimier. Que de la facture bien classique ! Un faux roman historique et un faux roman biographique. D'un côté, j'ai l'impression que la génération du baby-boom se trouve belle et se mire dans l'ironie, de l'autre j'ai bien peur qu'on salue encore le père en honorant la fille. Quel beau Monsieur, le papa de T.
Depuis que sa présence discrète teinte certaines remarques des billets de Berlol, j'avais essayé de lui donner un visage. Je ne sais plus si je l'avais imaginé comme nous le dévoile la photo (avec cet air à la Nourrissier, à la Monet ou à ce gentilhomme de la IIIème République). Un seul mot me vient : la dignité. Ajoutée au combat de T., cela fait une belle raison d'espérer encore quand on voit le cynisme triompher ailleurs. 2004-11-04 02:22:34 de dabichan
Pour en rajouter un peu sur le système
hospitalier japonais, Chikako va devoir passer 10 jours (et 9 nuits sur
un lit de camp à mal dormir) avec Hugo durant son hospitalisation
alors qu'elle est elle-même enceinte.
Elle avait déjà fait cela il y a un peu plus d’un an, c'était dans une chambre de... 6 !!! Pas de repas, pas de douche : il faut que je lui apporte à manger tous les jours (à moins qu’elle ne se contente d’un onigiri du baiten du 2ème étage) et qu’elle profite de ma présence pour aller prendre un bain au sento du coin à quelques centaines de mètres de l’hôpital. Cette fois-ci, sachant ce qui l’attend, on a décidé de se payer le « luxe » d’une chambre de 2… Au fait, le lit de camp (toujours de rigueur même dans ce cas) doit être loué à une société externe : le numéro de téléphone à contacter est gracieusement affiché dans le couloir. Je voudrais la remplacer que je ne pourrais même pas (interdit aux hommes...). La modernité de ce pays est bien relative… 2004-11-04 03:28:43 de Manu
À Manu : Oui, la modernité est bien relative au Japon. (Et pas qu'au Japon d'ailleurs.) Si on parle de modernité technologique, le Japon est tout en haut. Mais pour le reste... Ca me fait penser qu'Ishihara a été réélu avec plus de voix que lors de son premier mandat. 2004-11-04 09:06:17 de Arnaud
J'avais déjà rencontré,
rapidement, le père de T. J'avais été étonné
par la barbe, le culture du poil étant tout de même peu usitée
ici.
(Par culture, je veux dire le fait de cultiver, et non autre chose.) 2004-11-04 09:11:04 de Arnaud
Et bien, voilà un beau monsieur.
Bon courage à T.
Et la vérole soit sur Bush. 2004-11-06 14:01:26 de Acheron
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| Jeudi 4 novembre 2004. On croirait de la
fiction !... Essayez d'échanger des interjections et des mimiques avec des étudiants japonais ! Comment on fait l'étonnement... Comment on vit le soulagement... Comment on n'arrive pas à cacher son dégoût... Ou comment on compte sur ses doigts... Fou rire garanti dans la classe en moins de cinq minutes ! Un chiasme à connaître : le geste français pour "il est fou, celui-là !" (index pointé sur la tempe, tournant plusieurs fois de quelques degrés d'avant en arrière) ressemble un peu au geste japonais pour "réfléchissez !" (index tapotant le crâne un peu au-dessus de la tempe), alors que le geste français pour "réfléchissez !" (index ou toute la main comme faisant tourner une manivelle à hauteur de la tête) ressemble un peu au geste japonais pour "il est fou, celui-là !" (main ouverte comme secouant une boule à hauteur de la tête)... Si on ne le sait pas et qu'on demande aux étudiants de réfléchir... c'est un peu comme les traiter de fous ! (Certains diront qu'il est fou d'essayer de les faire réfléchir, mais je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre, dans la vie, à part du trekking en Australie avec T. ou manger du bon foie gras sur une terrasse de verdure...) Avec David pour déjeuner d'un bon tonkatsu chez Chitaka. On cause de la fac mais aussi de T., de son père, des commentaires du JLR d'hier... La photo du digne vieillard à barbe blanche a été prise le 1er mai et je n'ai pas un mot à retirer du JLR de ce jour-là ! Je crois même, six mois ayant passé, qu'on va très bientôt pouvoir le boire ensemble, cet umeshu ! (C'est tellement étonnant qu'on croirait de la fiction...) En cours de maîtrise, j'entame le dernier dossier de l'année : les colonisations, les colonialismes. Lecture d'approche : l'article d'Ignacio Ramonet, "Cinq siècles de colonialisme" (Manière de voir, n°58, Juillet-août 2001). Sur vélo statique, au centre de sport, je reprends Colonie de Frédérique Clémençon puisqu'il sera au programme du GRAAL à partir du 15 ou du 22 novembre... (Ça non plus, je ne l'ai pas fait exprès...) "Il importe peu que la vie d’un demandeur d’asile soit sérieusement en danger, que son pays vive sous les bombardements des aviations de ces mêmes pays d’accueil, ou qu’il ait fui son pays parce que, comme le stipulait la convention de Genève de 1951, il « craint d’être persécuté avec raison du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. » Ce qui vraiment importe pour les services de l’immigration est de stopper en aval les flux migratoires. Les services participent de la rhétorique raciste qui présente les demandeurs d’asile comme des périls menaçant à toutes les frontières la sécurité collective. Ce qui importe, aux yeux d’un officier de justice travaillant sous les ordres d’un gouvernement qui s’est engagé auprès de ses électeurs à contrôler le flux des demandeurs d’asile, c’est d’empêcher le maximum de demandeurs d’asile de bénéficier de ce droit." (Sami Ben Gharbia, Borj Erroumi XL, Voyage dans un monde hostile, chapitre 1)Si on travaille bien sur le colonialisme, mes étudiants pourront peut-être accepter de comprendre ce texte sans réagir comme des douaniers... Salut Berlol, juste un petit commentaire...
En France aussi, pour mimer "réflechissez" on peut le faire en "tapotant
avec l'index un peu au-dessus de la tempe"... Enfin, c'est comme ça
qu'on a toujours fait par chez moi... Ah là là, ces différences
culturelles de banlieues... Je comprends que les gens aient du mal à
communiquer passées les frontières.
2004-11-05 09:27:10 de Au fil de l'O. |
| Vendredi 5 novembre 2004. De la lessive à
la prière. Ai fait une lessive, rédigé un paquet de courriels sur des sujets très variés, déjeuné avec David et notre collègue hugolien qui m'a demandé si je continuais mon blog (ça a l'air d'être une prouesse, mais je ne me rends pas bien compte...), ai réussi à achever et à envoyer mon article intitulé "Touristes chez Stendhal et Mérimée" (voir JLR d'avant-hier) puis à aller prendre un shinkansen dans lequel j'ai replongé dans La Mare au Diable... T. dort encore à l'hôpital ce soir, au chevet de son père. Brièvement au téléphone, elle m'a dit qu'elle avait trouvé une solution... J'ai hâte de savoir laquelle. Demain, elle sortira de son tunnel de la semaine (heureusement qu'elle n'avait pas de cours, cette semaine !) et moi... de sous les grands chênes... Je vous dis ma prière du soir... Et au lit ! La mare au diable... Trés bonne oeuvre.
A + 2004-11-05 16:38:12 de Jaliun |
| Samedi 6 novembre 2004. Débarrassons-nous
du culte des ancêtres ! Cours à l'Institut, avec un thermos de thé très sucré, pour la gorge. La voix tient bon... On voit l'enchaînement des échanges entre Marie et Germain, pour préparer le feu, cuire les perdrix, etc. Germain toujours hésitant, empoté, prêt à renoncer, Marie débrouillarde... — je ne vais pas répéter une analyse déjà faite dans le JLR du 24 mai dernier ! Dans l'étude de détail, je trouve que ça tient bien la route, cette complémentarité de la nomade et du sédentaire ! Enfin, la prière du soir, c'est encore un coup à double détente : Petit-Pierre veut faire sa prière mal apprise et s'endort avant la fin, du fait de sa propre monotonie. Mais sa vraie prière, ce n'est pas une apprise, c'est la parole qui sort de l'inconscient de son demi-sommeil : que Marie soit sa nouvelle mère ! Cafét' de l'Institut, je tombe sur deux collègues pas vus depuis des mois. Ça fait plaisir ! On cause des menaces qui pèsent sur les derniers Gaikokujin kyoushi, ces titulaires étrangers des universités ex-nationales dont les contrats sont menacés d'être transformés en profs précaires et sans recherche. Éh bien, ils sont plutôt... d'accord. Je leur fais répéter, mais c'est bien ce que j'avais compris. Ils sont également d'accord avec le fait que les trusts de juku prennent les commandes du système éducatif et orientent les choix stratégiques des universités. Ils sont aussi d'accord pour la vidéo-surveillance généralisée. Bon, euh... Je crois qu'on s'est tout dit !... Enfin, je retrouve T. à la maison... Elle est en pleine forme ! Elle-même ne comprend pas pourquoi. Son père n'est plus en danger, pour l'instant, mais il y a un imbroglio de médicaments non compatibles entre eux et il faut faire des dosages complexes. L'hôpital dit qu'il ne devrait pas pouvoir sortir le 15. On est persuadé, T. et moi, que ce sont des gros mensonges pour le garder à l'hôpital et continuer à toucher les sous... Va falloir qu"on tire ça au clair. Pour fêter nos retrouvailles, déjeuner au Saint-Martin ! De retour à l'Institut pour un documentaire vidéo de 2h10 que l'avisé directeur des lieux m'a recommandé de venir voir : "Secteur 545" de Pierre Creton (2004, noir et blanc). Légèrement en retard, quand j'entre dans la salle, c'est la pose des trayeuses automatiques au pis des vaches... Si ça dure deux heures comme ça, je ne vais pas tenir. Mais la caméra suit le personnage principal chez différents éleveurs au parler typé. Les répliques tombent juste. Leur activité est en fait complexe, variée. La caméra les suit avec naturel : sans les héroïser, sans les imbécilliser. Entre les visites techniques, le personnage va chez une sculpteuse pour se faire faire un buste. Il pose la même question à tous les éleveurs : quelle est pour vous la différence fondamentale entre l'homme et l'animal ?
Puis (décidément, c'est ma
journée Institut franco-japonais !), visio-conférence
avec Bernard Stiegler et Marc
Crépon
sur "Le défaut
de communauté". Pendant que la salle se remplit,
de notre côté, et avant que les conférenciers
n'arrivent sur l'écran, là-bas, la caméra est
tournée vers la fenêtre et je vois... la rue Censier !
Émotion !La maîtrise technique de l'ensemble est époustouflante. Au-dessus de l'écran de télé que cache à moitié l'orchestrateur sur cette photo d'Arnaud, se trouve une web-caméra à orientation et zoom par contrôle informatique. Elle permettra de donner aux conférenciers de Paris 3 une image variée et mobile de la salle à Tokyo, d'ailleurs bondée ce soir. Ayant résumé ses réflexions antérieures sur la mémoire et la technique, Bernard Stiegler aborde des thèmes plus contemporains : ce qui fait l'essence du sentiment communautaire, le défaut d'origine de l'être humain qui lui donne la possibilité de se projeter fantasmatiquement dans diverses identités communautaires, y compris des identités non-communautaires. J' y retrouve, redéployé et appliqué aux groupes humains, le concept de polyvalence de la main qui, n'ayant plus eu de fonction spécifique après que les êtres humains se furent mis sur leurs deux pieds (valence = 0, de ce fait), était disponible pour toutes sortes de fonctions (usage d'outils, création d'outils et... création de machines-outils). Dès ce stade industriel, la mondialisation est programmée. On arrive alors, grâce aux grands bras conceptuels de Stiegler, à reprendre l'analyse de Max Weber sur la devise du billet vert américain, in God we trust (et non : in God we believe) pour expliquer pourquoi le capitalisme américain domine le monde et constitue la base d'un communautarisme efficace et dangereux qui n'a rien à voir avec les autres communautarismes religieux : la calculabilité de la croyance, la fiduciarité de la foi. Marc Crépon, visiblement admiratif, a du mal à prendre la parole plus de cinq minutes. Il s'intéresse, quant à lui, avec Nietzsche et après l'imposture du choc des civilisations, aux variables du multi-communautarisme qui permet à l'identité de chacun de se forger par son appartenance, réelle ou fantasmée, à diverses sortes de groupes, par goût, mode, idéologie, croyance. Cette diversité, qui rejoint le concept de la polyvalence du défaut chez Stiegler, permet aussi de postuler un désir et une satisfaction communautaires qui n'auraient pas besoin de recherche des origines identitaires. Si l'on postule que les recherches, désirs et fantasmes d'origines sont à la base des concepts de droit du sang et de droit du sol, on voit tout l'intérêt pacifiste, à l'échelle mondiale, qu'il y aurait à promouvoir une identité individuelle débarrassée du concept d'origine. J'ajoute de mon cru, ce qui rendrait le plus grand service à l'humanité : que le "je", dans son temps de vie, se développe au sein de divers "nous", par adhésion ou adoption, sans avoir besoin d'une origine par filiation dans laquelle ce "je" résulterait d'un "nous" formé d'une succession historique de "je". Débarrassons-nous du culte des ancêtres ! "[...] Si c'est ce simplissime nous qui nous lie / et que je lis dans ce qui nous noue [...]" (Cf. Je rentre à la meschon) Si tu savais comme cela fait du bien de lire
ton blog !
2004-11-07 11:52:25 de Acheron Merci ! (mais j'ai du mal à me rendre compte...) 2004-11-07 12:43:41 de Berlol |
| Dimanche 7 novembre 2004. Succession de mouchoirs
et de siestes. Au sommet du rhume, ma journée n'est qu'une succession de mouchoirs et de siestes. Je vis dehors par procuration. Par exemple, grâce au courriel de Bikun : "[...] je tiens à démentir fermement le fait que... j'aurais pu gagner ! Hisae et moi avons donc bien joué [...] ! Nous avons fait 3 sets de 3 matchs et je n'ai... RIEN gagné ! Mon meilleur score a quand même été 11-9... mais je crois que j'étais plus proche de 11-4 bien souvent ! Elle est vraiment trop forte... mais je me suis bien battu quand même ! Nous sommes allés ensuite dans notre resto de pasta préféré où j'ai pris, comme vous l'imaginez... et bien non ! j'ai pris des kinoko pasta ! Et c'était très bon d'ailleurs. Hisae, elle, a pris des carbonara. Discussion sympathique, d'ailleurs [Berlol], Hisae m'a confirmé avoir lu ton blog mais n'ayant pas tout compris, m'a demandé 2 ou 3 détails. Notamment : "... se meut dans la prévisibilité..." et "... se fout de...", 2 phrases qui, mal comprises, peuvent être sources de confusion !"Sur l'autre front... la Journée pédagogique de Dokkyo à l'Athénée... Ça se passe sans moi. J'attends les nouvelles. Et je lis...
"Allongé sur son lit, fixant le
hublot ruisselant, le père de Léonce oubliait
et néanmoins pestait : il avait, très précisément,
rêvé du paquebot s'approchant de Pointe-Noire sous
un ciel sans nuage, s'était vu, à l'instar de
Brazza
sur la petite photographie de 1905 si souvent regardée,
debout, à l'avant, tandis que le bateau pénétrait,
avec la force et la majesté sereines de l'éléphant,
les eaux bouillonnantes, chargées de limon, du Congo,
avait imaginé les hippopotames somnolant au pied des
fougères arborescentes, les cris stridents des singes
cachés dans les feuillages humides de la forêt vierge,
les crocodiles baillant sous les bananiers, les montagnes couvertes
d'arbres centenaires, qui s'ouvriraient puis se refermeraient sur
eux comme une machoire, au lieu de quoi ce fichu rideau de pluie tiède
lui cachait la côte, réduisait son horizon à un
mur ou plutôt à une cloche de pluie assourdissante, putain
de flotte." (Frédérique Clémençon,
Colonie,
Éd. de Minuit, p. 54)Salut Berlol.
Ca va mieux ton rhume ? C'est paraît-il à la mode en ce moment. D'ailleurs moi-même, la semaine dernière... Bref, tu as écrit : « Je vis dehors par procuration. » Comme je connais un peu ton emploi du temps frénétique, je me demande combien ça fait de temps que tu as passé une journée entière sans sortir ? Je note aussi (mais peut-être que je réfléchis trop) l'apposition de "vivre" avec "dehors". Un prompt rétablissement donc. Et faisons tous attention aux virus qui infestent les trains et les salles de classe ! 2004-11-08 03:13:49 de Arnaud
Oui, merci, la journée à
la maison m'a fait du bien...
Ta remarque est juste car pour moi, sauf empêchement ou cas spécial, "journée" ça veut dire "sortir", au moins en partie. Mais je ne crois pas être très original sur ce point... 2004-11-08 14:04:46 de Berlol
Sic. Peut-être est-ce moi l'original... Tu as raison. C'est vrai que, sans être ni agoraphobe ni un otaku introverti (ni vampire...), sauf obligation extérieure je reste souvent enfermé chez moi. Mais peut-être sont-ce encore les habitudes de la thèse qui me conditionnent. Je vais essayer de sortir aujourd'hui, et profiter du soleil ! 2004-11-09 02:28:34 de Arnaud
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| Lundi 8 novembre 2004. Ceux qui cherchent
des repères. Il y a cent ans, réélection de Theodor Roosevelt à la présidence des États-Unis. Le même jour, Segalen, arrivé à Ceylan, à l'autre bout du monde, écrit : "Kandy, vendredi 8 novembre 1904 Je tourne le lac. On me guide vers le prêtre. Il est jeune, des yeux vifs qui luisent... et parfois dans un geste du prêtre, assis à contre-jour sur le lit, il me semble que tout s'envole, que la case, blanchie de chaux, basse et sombre, vole en éclats, qu'une grande percée découvre, que la Lumière éclabousse..." (Victor Segalen) Au GRAAL, sans Michaël ni François. Passage à l'ennemie en main, on débat pourtant de questions de fond, essentielles : qu'est-ce qui fait qu'on aime ou pas un livre ? que veut un auteur honnête quand il se cherche un plus large public ? La première question oblige à évoquer l'infinie diversité des lecteurs, de leurs différents états, de leur formation mais surtout à dire qu'un livre sera toujours un point de jonction entre un niveau de complexité d'écriture (où j'englobe style, construction de phrases, intrigue, psychologie, références, etc.) et un niveau d'exigence de lecture. Point de jonction unique, variable, subtil pour tous et tout le temps. La seconde question, c'est celle du message, des messages à faire passer. Il arrive, et c'est le cas de Lydie Salvayre avec ce livre, qu'un auteur réduise (volontairement ?) le niveau de complexité d'écriture qui était celui de livres précédents (La Puissance des mouches, La Compagnie des spectres, par exemple). Certains lecteurs déçus s'en détournent, mais d'autres lecteurs peuvent alors y accéder. Des déçus ou des résignés-à-attendre-le-suivant, l'auteur ne peut rien attendre, ce n'est pas à eux qu'il (ou elle) peut apprendre quelque chose : ils le savent déjà. Mais aux nouveaux lecteurs, qu'il (ou elle) embarque dans son histoire loufoque, il (ou elle) montre que des clichés nous régentent, que des portes ouvertes n'étaient pas du tout des portes mais des pièges (taoïste, alors !), que l'infiltration est une technique perverse car tel est pris qui croyait prendre, etc. Bref, elle, puisqu'on parle de Lydie Salvayre, devient moraliste, à la Swift, qu'elle invoque justement, et elle s'adresse bien à ceux qui en ont besoin, ceux qui cherchent des repères, des modèles, des démonstrations en allant en aveugle vers des livres. Carrément le suspense ! J'y pense dix fois dans la journée... Mais ce n'est pas au Goncourt que je pense : j'attends avec impatience le feuilleton Les Chiens noirs des seventies, l'histoire de Led Zeppelin racontée par François Bon. Aujourd'hui, sixième épisode : "Led Zeppelin recrute"... Le montage tâtonnant du groupe. Pas facile de convaincre Bonzo, le batteur... Et puis, le miracle, l'entente inouïe, dès le premier essai. Je voudrais dédier l'épisode du jour à mon copain de ce temps-là, vers 1978-1980, celui avec qui j'ai vraiment commencé à ÉCOUTER de la musique : Patrick Magois. Où que tu sois, c'est pour toi ! Double surprise, quand même, aux Prix littéraires, bien que je ne les connaisse pas. Le Goncourt à quelqu'un de chez Actes Sud, éditeur qui n'est pas du sérail parisien des gros vendeurs (Galligraseuil...) et le Renaudot à un auteur dont on a parlé le 20 octobre dernier et qui, grande première, ne pourra pas venir chercher son prix... |
| Mardi 9 novembre 2004. Au cerveau une drogue
de poilade. Je voudrais lire ! Des dizaines de livres m'attendent, bien rangés en pile ou en rayon, certains arrivés depuis plus d'un an, d'autres venant d'être déballés... Mais aller et venir, trains et métros, préparer et faire des cours, lire et rédiger des tas de courriels sur une bonne quinzaine de sujets différents, administrer ceci et cela, faire du sport, etc. Tout m'empêche de lire ! J'écoute Tout arrive avec Martin Winckler. Les Trois Médecins, dont j'avais lu les chapitres mis sur son site cet été (2 juillet). Je le vois, là, sur l'étagère, arrivé depuis moins de deux semaines, sous le dernier Roth et le premier Masséra, à côté d'un Delbée, d'un Espitallier et d'un Huston, tous pas lus ! Ça me tue !... Je dis ça et au lieu de lire, je viens de passer une heure et demie à jouer au ping-pong avec David, Chris et trois autres collègues. Mais après trois heures de cours, c'est nécessaire, un peu de mouvement. David, ça le rend hilare. Comme si les mouvements musculaires libéraient au cerveau une drogue de poilade. D'une drogue l'autre. Revenu au bureau, je range des courriels du week-end, dont une recommandation de François Bon pour un journal web de quelqu'un que je ne connais pas : Jean-Claude Bourdais. Y suis allé dimanche — pendant que je n'allais nulle part — et ça m'avait bien plu, au point d'écrire à l'auteur pour le lui dire. J'y retourne... Et lui, Jean-Claude Bourdais, ni une ni deux, il est venu visiter le mien, de journal, et voilà qu'il raconte sa visite dans son billet d'hier ! Et dans sa page d'avant-hier, qui n'y était pas avant-hier, je lis un très intéressant paragraphe au sujet d'une liane amazonienne aux effets puissants... Lui aussi est stupéfié par le feuilleton Led Zep / Bon / France Culture. Sauf que lui, en 68-69, il y était, aux concerts ! Même Zappa, il l'a vu ! Et sa superbe photo du jour, panneaux routiers ou art contemporain... Cher Jean-Claude, merci des compliments et... désolé pour le temps que je vous ai volé à lire mes pages ! Allez, si je veux lire quelques pages, moi aussi, avant de sombrer dans le futon, faut que j'active la correction de deux piles de copies. Alors, le journal, basta ! Bonsoir. Sans rapport avec ton message
d'aujourd'hui, mais plutôt en relation avec ce qu'on discutait au sujet
du système de vote aux États-Unis, comme il a été
dénoncé notamment par M. Moore, je viens de lire un article
inquiétant, que je reproduis ici.
« Mais où sont passés les votes démocrates de Floride ? LE MONDE | 09.11.04 | 13h01 New york de notre correspondante Comment 29 comtés de Floride à majorité démocrate ont-ils pu voter soudainement pour le président Bush ? Pourquoi a-t-on fermé au public le bâtiment où se déroulait le décompte dans le comté de Warren, dans l'Ohio ? Une semaine après l'élection présidentielle, les témoignages d'anomalies s'accumulent aux Etats-Unis. Jusqu'ici, les récits apparaissaient surtout comme le fait de militants de gauche n'ayant pas réussi à admettre la défaite de John Kerry. Mais trois parlementaires démocrates ont versé leurs pièces au dossier en réclamant une enquête officielle sur "l'efficacité des machines à voter et des nouvelles technologies" employées pendant les élections 2004. Dans leur lettre au General Accounting Office (GAO), l'organe d'évaluation parlementaire, les trois membres de la Chambre des représentants, John Conyers, Jerrold Nadler et Robert Wexler, citent plusieurs cas "troublants". A Columbus, dans l'Ohio, une machine électronique a donné 3 893 voix à M. Bush, alors qu'il n'y avait que 800 votants. Dans plusieurs bureaux de Floride ou de l'Ohio, des électeurs qui voulaient voter pour John Kerry ont vu systématiquement le vote se porter sur son adversaire. Dans le comté de Broward, une machine s'est mise à retrancher les votes plutôt que les additionner. Le cas le plus sérieux concerne les comtés de Floride qui sont passés massivement dans le camp républicain. Les votes y étaient uniquement électroniques, sans trace papier. Selon les chiffres officiels, une chute notable des votes démocrates a été notée dans une trentaine de districts. Le comté de Baker, où 69 % des électeurs sont inscrits comme démocrates, a voté à 77 % pour le président Bush. Le comté de Calhoun, à 82 % démocrate, a voté républicain à 62 %... M. Bush a remporté l'Etat avec 381 000 voix d'avance. " Mais les irrégularités sont suffisamment nombreuses pour justifier une enquête, a expliqué John Conyers lundi sur MSNBC. Nous n'appelons pas à une nouvelle élection. Notre candidat a reconnu sa défaite. Mais il s'agit de rassurer les Américains sur le fait que leurs votes sont appréhendés correctement." Corine Lesnes • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.11.04 » 2004-11-09 16:27:22 de Arnaud
Oui, ces éléments sont inquiétants,
et le "Canard Enchaîné" de cette semaine en révèle
aussi du même tonneau...
Petit rappel : l'UMP aimerait assez passer au vote électronique en 2007... Doit-on vraiment se demander pourquoi ??? 2004-11-10 13:22:13 de Au fil de l'O.
Je n'étais pas au courant au sujet
du projet de passage au vote électronique en France. C'est inquiétant
effectivement...
La technologie peut et doit servir. Mais il est important qu'il y ait toujours un contrôle très strict dessus. C'est cela le problème aux États-Unis je pense : il ne s'agit pas de faire, mettre en pratique ou tolérer n'importe quoi (contrôle biométrique aux frontières, etc....) juste parce que ça serait "pratique" ou "benli" etc. etc. 2004-11-11 03:01:59 de http://
Le précédent message est
de moi. Je ne sais pas pourquoi c'est devenu "http//"
2004-11-11 13:26:58 de Arnaud
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| Mercredi 10 novembre 2004. Références
au sérail et crasses croisées. En vue d'un prochain GRAAL sur les prix littéraires, je passe chez Libé et au Monde, sites bien balisés. Dans Libé, gros sujet sur le nouveau navigateur Firefox de Mozilla dont le lancement international avait lieu hier (installé chez moi en anglais depuis début octobre). Semblerait que ça démarre fort pour ce logiciel libre et que Microsoft ait du mouron à se faire... Sur le site du Monde, je découvre le blog d'Assouline, dont je n'aimais pas les éditos dans Lire ni les émissions sur France Culture, mais sait-on jamais... Le titre La république des livres est un peu pompeux mais... républicain : le blog accepte les commentaires, ce qui en fait effectivement une res publica. Mais aussi — car non filtrés — beaucoup de commentaires d'imbéciles et de m'as-tu-vu (pensez donc ! s'afficher sur le blog d'Assouline ! en plus, en s'en prenant à lui ! quelle aura ça vous donne, hein ! — un peu comme les crétins qui sautillent derrière un journaliste en reportage pour se faire remarquer dans l'image...). Via l'un de ces commentaires, je découvre le blog de Joseph Vebret. Lui aussi littéraire seulement (quoiqu'un peu perso quand même...), parfois verbeux mais souvent fin. Voir par exemple son billet sur une récente conversation de comptoir au sujet de Sagan, qui devient, commentaires aidant, un exposé sur littérature et vitesse. Je crains que l'on entre dans une nouvelle ère du blog, au moins dans le domaine littéraire. L'ère des VRP des Lettres, quand un bon paquet de journalistes, éditeurs, auteurs et agents rémunérés par des pointures du show-biz intello vont tous bloguer à donf, avec références au sérail et crasses croisées. Le monde du blog va y perdre en fraîcheur ! Nouvel épisode administratif et loufoque en pays nippon. Pour obtenir une connexion ADSL à 50 Mo, j'ai rempli un contrat dit "Yahoo BB" dont les services techniques devaient vérifier l'état de ma ligne téléphonique auprès de l'opérateur national, NTT. Or, il est apparu que le nom de famille utilisé en katakana pour l'achat initial de cette ligne (selon une procédure propre au Japon qui oblige à acheter une ligne 70.000 yens — paraît que ça va cesser, ce racket...) n'est pas celui que je porte maintenant. En effet, mes premiers hôtes — je les pardonne, là n'est pas le problème — m'ont inscrit en faisant une erreur de lecture de mon nom, erreur qui a été répétée dans tous les services administratifs durant deux ans, jusqu'à ce qu'excédé d'être appelé par un nom qui n'était pas le mien, je décide de rétablir la lecture correcte de mon nom en allant modifier ça dans tous les bureaux imaginables (mairie, police, université, ambassade, poste, banque, etc.). Un peu comme si, pour l'écrire en katakana, on avait lu Berlol "bu-ru-ro-ru" au lieu de "bé-ru-ro-ru"... Je n'avais pas omis de corriger chez NTT et ma ligne m'a suivi dans quatre déménagements, changeant de numéro à chaque fois et avec, sur les factures que je reçois depuis des années, la bonne lecture du nom. Éh bien, les services de Yahoo BB se sont heurtés à un problème de sécurité : en réalité, ma ligne porte toujours le nom d'inscription d'origine, celui de mes factures n'étant qu'une adaptation à des fins commerciales. Ils me demandent de régler d'abord moi-même ce problème avec NTT. Ce que je viens d'essayer de faire cet après-midi, avec l'aide de David, que je remercie ici humblement. Nous saurons demain si l'opération a réussi... Peu après (et sans rapport), c'est notre connexion à l'université qui a été coupée, sans explication, pendant plus d'une heure. J'en ai profité pour finir des tâches locales alors que j'avais des courriels importants à envoyer. C'est avec plus d'une heure et demie de retard que j'ai enfin pu partir au club de sport où, pédalant exsudant, j'ai repris ma lecture de Colonie avant de m'en prendre à quelques kilos de fonte qui ne m'avaient rien fait... "Ils choisirent donc d'effectuer le trajet en pousse-pousse comme cela commençait à être l'habitude chez quelques Blancs, des fonctionnaires et des militaires la plupart du temps, qu'on voyait circuler les uns dans leurs complets blancs, une serviette de cuir sur les genoux, les autres dans leurs uniformes, le plus souvent tirés par un couple d'enfants noirs maigrelets qu'on payait un falanga la course, quelquefois deux si le trajet était long, ce qui équivalait à deux francs, que les enfants se partageaient et rapportaient chez eux." (F. Clémençon, Colonie, p. 96-97) |
| Jeudi 11 novembre 2004. On se fout de notre
Google ! Maintenant, dans une classe d'une vingtaine d'étudiants japonais, dès que vous demandez ce qu'un mot signifie, vous voyez vingt têtes qui se baissent et vingt bras qui tendent un doigt vers les touches d'un dictionnaire électronique posé devant eux... Plus de temps de réflexion (c'est quoi, ça, la réflexion ?), juste un réflexe. Dès qu'ils savent la réponse et sans faire de phrase (pour quoi faire ?), ils la disent, en général par un synonyme, un hypéronyme ou un hyponyme, parfois une brève périphrase ou une expression donnée par le dictionnaire (et généralement très à côté de la question). Ce qui fait que leur mémoire personnelle est toujours vide. Pour voyager, ils vont sans doute se faire greffer l'appareil au bout du bras. Swift pourrait écrire un nouveau chapitre à ses Voyages de Gulliver... Suite à une info des amis de Remue.net, j'agrémente et transmets à Litor. Ainsi qu'ici, le sujet étant suffisamment important pour tous. Chers membres de Litor,Peu de minutes après, je recevais déjà deux réponses de documents ou de sites, dont l'adresse du très intéressant Google-watch. Puis, merci à Christian, l'adresse d'un intéressant article sur le déréférencement par Google. Pourquoi faut-il que les deux petits jeunes intelligents et rebelles deviennent toujours des gros cons qui ne pensent plus qu'à faire du fric ? La question est peut-être vulgaire, mais c'est hélas comme ça qu'elle se pose. Google a toujours indexé seulement
les premiers 101 ko des pages. La page que tu cites en exemple pèse
190 ko et l'occurrence de ...kakis... se trouve vers la fin. Si tu cherches
"Beau temps, un peu moins chaud qu'hier", la même page sort. Pas
de dérive mercantile sur ce point précis. A plus.
2004-11-11 20:37:36 de Dom Merci, cher Dom, de cette info très importante que j'ignorais (et sans doute pas que moi !...) Mais cela n'explique pas pourquoi j'avais retrouvé mes kakis un mois avant... Porte-toi bien et Bonjour à A. 2004-11-12 00:52:53 de Berlol Sans doute un décalage entre la date de l'indexation et la mise à jour de la page [l'index de Google est rafraîchi selon une fréquence variable selon le type de sites, etc., il a sans doute été créé à un moment où les termes de l'expression figuraient dans les 100 premiers ko, il renvoie de ces termes vers une URL qui reste inchangée d'une page qui s'allonge chaque jour, jusqu'au rafraîchissement suivant où les termes de l'expression tombent désormais en dehors des 100 ko]. Seule l'indexation est concernée par la limite des 100 ko, la page elle-même est toujours stockée intégralement (on le voit facilement en recherchant sur son url entière et en demandant à voir la page telle qu'elle est stockée dans le cache de Google). Ciao. 2004-11-12 11:02:44 de Dom |
| Vendredi 12 novembre 2004. Je ferai pas ça
tous les jours ! À huit heures au bureau pour compiler les dernières propositions reçues pour le colloque L'Internet littéraire francophone avant de partir pour Tokyo. Passage à la mairie d'arrondissement, à Gokiso, pour un certificat de résidence, encore un, qui va être nécessaire tout à l'heure... Pas de queue, administration fluide. J'y ramasse un magazine mensuel gratuit, Nagoya Calendar, dans lequel je vois qu'il y aura une fête de l'artisanat traditionnel vendredi prochain dans le Nadya Park de Yabacho, près de Sakae (mis ici pour prévenir David et lui proposer d'y passer faire un tour, par exemple en début d'après-midi...). Après deux jours de pluie, il commence à beau. Dernières gouttes pendant que j'attends... Rendez-vous devant la poste centrale de Tokyo, sortir Marunouchi de la gare centrale de Tokyo. Que de la pierre très solide ! Bon symbole pour aller signer avec T., avec le vendeur de l'appartement et avec l'agent de crédit de la banque, un paquet de documents. Encore une hanko-party de deux heures (il y a beaucoup d'explications sur le crédit, les garanties, les assurances, les procédures en cas d'accident, etc.). Je ramène mon sac de voyage à la maison pendant que T. va à l'hôpital voir comment va son père, puis je rejoins Bikun à la gare d'Iidabashi. On va à Akihabara où je voudrais acheter, pour moins de 100.000 yens un nouvel ordinateur de bureau afin de remplacer celui que Bikun m'avait revendu il y a deux ans et qu'il avait acquis initialement il y a cinq ans — un dinosaure ! Effectivement, le matériel a bien évolué : on trouve maintenant chez T-Zone des petites boîtes, style petite chaîne Hi-Fi, qui sont trente ou cinquante fois plus puissantes que l'ordinateur à remplacer. Grâce à Bikun, je pourrais d'ailleurs acheter en DIY (do it yourself), le boîtier avec la carte-mère, puis la mémoire vive, le disque dur, le calculateur. Le système de refroidissement est maintenant... par liquide, ce qui garantit un fonctionnement silencieux. Et comment ça se passe, le DIY ? Un vendeur sympa nous balade d'un rayon à l'autre pour composer notre configuration, choisir les composants. On a le devis vers 18h30, c'est assez pour aujourd'hui. On finalisera dimanche, avec les logiciels de base, pour faire le montage et les installations nous-mêmes, sur place... À suivre, donc. Après ces diverses émotions, j'emmène Bikun au Saint-Martin où nous dînons en attendant que T. nous rejoigne. Elle tient bien le coup, malgré les fatigues répétées et le stress d'une situation familiale compliquée (elle a trois soeurs et elles ne sont pas d'accord entre elles sur la meilleure façon de gérer la situation paternelle). Elle est bien contente de notre conversation badine. La légèreté, ça existe. Avec un verre de vin, c'est encore mieux. On rentre. J'essaie de finir la préparation de mon cours sur les chapitres X et XI de la Mare au Diable, mais rien à faire, mes yeux se ferment ou relisent les mêmes mots sans rien y comprendre, c'est moi qui suis ensorcelé et je ne peux que me traîner au lit pour sombrer rapidement, entre deux phrases, comme la petite Marie, dans le sommeil... |
| Samedi 13 novembre 2004. Mon coeur balance...
tout à la poubelle. Dans un minuscule recoin du centre labyrinthique de Tokyo, un petit individu en pyjama à tartan bleu se lève péniblement quand sonnent 5h30 à son réveil. Il quitte un gros lit bien chaud où il n'était pas seul pour s'aller asseoir devant un écran triste et plat qui, bouton titillé, s'égaie. D'une autre main, il entrouvre une Mare au Diable défraîchie par l'usage et se coince les pages dont il doit reprendre le commentaire. Malgré le froid, le chapitre X, propose trois parties de crescendo d'une tentation : un paysan veuf et perdu au milieu des bois avec une bien belle jeune fille sent le désir le pousser à la faute, il en discute d'abord, essayant d'amener le sujet, que la candide écarte systématiquement en se moquant de lui, puis, quand elle dort, il se la monologue en un blason animalier qui la fait paraître fragile et plus désirable que jamais, enfin, intérieurement embrasé, il va et vient dans sa clairière, se jette presque sur elle... Puis surmonte soudain ses pulsions, terrasse son dragon et retourne s'asseoir — de l'autre côté du feu. Au même instant, le brouillard s'en va voir ailleurs et la lune commence à jeter des diamants sur les mousses... La suite À la belle étoile, et pour un avenir meilleur quoi qu'on n'en sache encore rien, est un chapitre de résignation et de séparation, d'après paroxysme : on trouve la sortie des bois, on retrouve sa jument, Marie reprend son esprit et son Petit-Pierre, chacun prend le chemin qu'il aurait dû faire la veille. On pense ne jamais se revoir dans cette vie : Germain ira se marier avec une veuve, Marie entrera en service dans un autre village où elle trouvera un amoureux qui l'épousera. Si on se croise, on se sourira, mais on ne se connaîtra plus vraiment. Jamais comme cette nuit près du |