J
ournal LittéRéticulaire de Berlol

Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Juin 2005

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Mercredi 1er juin 2005. La grue et la girafe sont dans un bateau...

Au centre de sport, je pédale et je sue avec devant moi... Une Saleté :

« [...] même si je n'étais pas la perle rare dont ils rêvaient, j'avais eu toutes les peines du monde à enfiler la robe, ta grand-mère, donc, me soufflant à l'oreille, je sentais sa main s'écraser sur mon épaule et s'accrocher au tissu de ma robe, ta grand-mère me murmurant au creux de l'oreille de ce ton mielleux dont elle a toujours usé avec moi que son fils lui appartenait et que je ne pourrais jamais m'interposer entre eux c'est-à-dire entre son mari, son fils et elle, que je ne pourrais jamais les séparer, c'était sans doute ce que je voulais, le garder pour moi seule, l'accaparer, parce que c'est ce qu'on cherche mais je n'avais rien à espérer, ça ne risquait pas d'arriver parce qu'elle nous surveillerait, son fils et moi, vous n'aurez pas une minute de répit, vous m'entendez, espèce de petite pute, voilà ce qu'elle me disait à l'oreille sur le perron en s'accrochant à moi, l'heure de la cérémonie approchait, vieille cinglée folle de son fils [...] » (Frédérique Clémençon, Une Saleté, p. 14)

La maîtrise du ton associée à un subtil désordre des discours rapportés qui circulent d'emblée entre trois générations augurent superbement. C'est du marigot familial comme chez Faulkner ou comme dans L'Herbe de Claude Simon, avec du Sarraute dans la rapidité des changements. Je ne m'arrête qu'au bout de trente minutes, quand l'appareil sonne, et je n'ai pas vu passer mes douze kilomètres.

Suis toujours étonné, au sortir du bain et observant involontairement mes congénères, ici majoritairement nippons, par la radicale différence entre ceux qui s'essuient les jambes tels des girafes (gardant les pieds au sol, se pliant, tête au plus bas) et ceux qui se les essuient tels des grues (moi, pliant une jambe jusqu'à la taille, puis l'autre, tête haute). Girafes du Non, je ne peux pas quitter ma station d'équilibre, mes racines, etc., et grues du Oui, je tente quelque chose, je regarde devant moi, je vais de l'avant...
Paraît que 80 % des électeurs de droite ont voté Oui dimanche. Pas surprenant. Mais cela veut dire que 80 % des électeurs de droite, ça fait bien moins que 46 % de la population ! Oh Ooooh !...

Aux banalités céliniennes des Mardis littéraires on préférera écouter Sur un cheval de Guyotat dans Culture plus d'hier. Et suivre À voix nue la semaine guyotienne. Surtout quand on n'a pas pu, comme moi, assister aux trois soirées Guyotat à Tokyo, la semaine dernière !
Si la réalité et l'actualité villepinosarkoziennes pèsent, on écoutera ou réécoutera Nuit de rêves de Jean Thibaudeau aux Fictions de Mauvais genre...

Correction de conjugaisons pendant une réunion. Le verbe peindre a un peu souffert, je recopie : je peind, tu peinds, il peind, nous peinons, vous peinez, ils peinent...

Déjà que ce matin, je peinais parce que mes cordes vocales étaient amoindries par un petit rhume très localisé sur la gorge, ce soir je n'ai carrément plus de voix. Et demain, trois cours ! Qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur faire ? Du mime ? La grue et la girafe sont dans un bateau...


Coucou Berlol! Me pardonneras-tu d'avoir parasité, à la date du trente mai, ton blog, par des commentaires que l'air ambiant, un rien brûlant, a distendu au-delà du raisonnable? Saleté!
2005-06-01 18:04:06 de Frédérique Clémençon
On pourra également reécouter Jacques Alain Miller, qui donne l'envie d'apprendre les langues ... étranges
2005-06-01 18:47:52 de arte

Petit exercice à mimer berlolissimoamanontroppo , pour demain ,en attendant que l'aphonie se dissipe .
Conjuguer : peigner la girafe entre les palétuviers et repeindre la grue en jaune vif chantier
2005-06-01 21:09:10 de Marie.Pool

Sauf relance, j'essaie d'en faire ma dernière intervention sur le référendum, mais j'aimerais revenir sur tout ce qui tourne autour du peuple, du fossé élite-peuple, etc. J'écris télégraphique, je numérote. Je crois qu'il y a des choses à creuser, pour dédramatiser le débat, sur les lignes d'arguments esquissées. Toutes mes excuses habituelles, mais le blog de Berlol, c'est aussi ça : un blog littéraire, extime, qui prend de temps en temps de travers des bourrasques de "débats de société". Ca fait un style. Non ? Go.
1. La sociologie du vote est claire : monde rural + diplômes intermédiaires (à Maastricht, c'était pas de diplôme ou diplômes secondaires, mais c'est la dernière parenthèse, I swear) + pauvreté + chômage + territoires de relégation + couches moyennes bloquées dans l'ascenseur en panne = vote non.
2. Je ne crois pas à une réponse "spontanée" du "peuple", il y a eu politisation (normale) du débat par des politiciens, certains fourvoyés ou cyniques. Mais le non n'est pas instinctif, tripal, etc., comme beaucoup nous le présentent (Frédérique : "je trouve réjouissant que le peuple, le petit peuple ignorant, en proie à la peur, au malaise, mu par ses tripes et non par son cerveau, ait dit : "NON""). Signe : l'effort d'"éducation populaire" autour du texte dont fait état Frédérique : autodidaxie, lectures en groupes, etc. etc.
3. Je ne crois pas à une réaction affective, déclenchée, comme naturellement, comme une réaction quasi immunitaire, par la peur ou la souffrance. Ce dolorisme de l'ultra-gauche, aux forts relents religieux (la préférence pour les pauvres, etc.,), assisté d'un matraquage médiatique presque délirant (faut-il compter en temps de parole pour le non tous ces reportages dans la France profonde à coup de chômeurs effondrés au bord du suicide, de familles à la dérive, ce tableau permanent d'une catastrophe globale, à coups de petits faits vrais et d'assomption au statut d'exemples édifiants de cas particuliers ultra-minoritaires : la PME où on propose aux salariés de rejoindre la nouvelle unité en Roumanie, etc.), est actuellement en train de plomber, pour longtemps peut-être, la possibilité d'une politique effective de solidarité sociale en Europe
4. Sur quoi ont pu s'appuyer les politiciens tenants du non ? Sur une profonde revendication de justice et sur des agressions permanentes de ces intuitions populaires de justice (pas très loin chez certains d'intuitions de justice populaire). On peut s'appuyer là sur des travaux dans la lignée de Thompson sur la culture ouvrière, de R Dupuy sur le moment jacobin pendant la Révolution française, etc.
5. Faisons des hypothèses, sans doute contestables mais pas peu fécondes : cette "politique du peuple" est fondamentalement non démocratique et foncièrement communautariste, autant dire, dans la tradition politique française, républicaine. Elle ne remet pas en cause les hiérarchies naturelles au sein de la communauté, mais elle exige des riches et des puissants une contrepartie au dévouement-dévotion dont ils font l'objet. C'est presque aussi vieux que la chute de la démocratie antique sous les coups du clientélisme et de la soumission au patronus. Si le puissant tient son rang, exerce son pouvoir de décision au profit de la communauté, redistribue le capital accumulé en terme de reconnaissance symbolique ou de libéralités économiques, etc., sa domination n'est pas remise en cause. Transposer en sauvegarde de l'Etat-providence, en quête de protection, le maître-mot de l'interprétation assez générale des mouvements actuels, en refus de la délibération démocratique, de la négociation, du compromis (phrase extraordinaire d'A Laguillier lors d'un débat télévisé : "ils trouveront bien une solution", ce n'est pas mon affaire, laissons-les décider, je refuse d'assumer une quelconque part de cette responsabilité-là). Là dessous aussi, le refus persistant et fondamental du pluralisme : la communauté doit être unanime, "amalgamée" et souveraine dans ses choix; la volonté du peuple est toujours "générale", etc. (On retrouve des dimensions analogues dans la "politique du peuple" japonaise, sur l'exigence d'unanimité, d'être d'"un seul souffle", etc.). L'individualisme rompt le réseau des solidarités extra-économiques et met en péril les contributions de tous au bien commun, etc.
6. Deux pratiques sont refusées, activement, par cette "politique du peuple" : le calcul et la délibération. Le fossé se noue là, le monde vécu des "élites" se déployant intégralement dans ces deux dimensions du calcul (se constituer un patrimoine, suivre des stratégies de promotion sociale sur plusieurs décennies, etc.) et de la délibération = participation à la prise de décision, jusqu'au despotisme éclairé, au souci de faire le bien du peuple sans sa participation, etc.
7. Moment tocquevillien : en France, la seule communauté effective, "sérieuse", est la communauté de travail; l'Etat a confisqué tout le reste (cas typique : l'éducation, aux fins de propagande républicaine)
8. ce n'est pas la concurrence libre et non faussée qui est rejetée (je la crois au contraire profondément acceptée dans nos sociétés et source de reconnaissance et de fierté communautaire : cf. scènes émouvantes du vol de l'Airbus, etc. Cf. aussi le sport comme rite et métaphore). Ce sont les pratiques managériales qui remettent profondément en cause, au nom des valeurs du calcul et de la délibération rationnelle, les dimensions extra-économiques de la communauté de travail. Le problème fondamental tourne autour de la légitimité du pouvoir dans l'entreprise, il ne s'agit pas fondamentalement de remettre en cause les exigences de rentabilité, etc. (la France est un des pays les plus productifs au monde, en termes strictement économiques). D'où le vécu du licenciement comme un drame existentiel, alors qu'il est banalisé dans les pays sociaux-libéraux (interviews étonnantes d'un salarié danois dans la presse il y a quelques mois, qui en était genre à son cinquième licenciement en deux ans et vivait tout cela très bien). Quant à la flexibilité, elle est vécue sur le mode de la rupture du monde vécu, de la dissolution du collectif, et non sur celui du déploiement des compétences et des talents personnels.
9. Ce n'est pas que les "élites" ne veulent pas répondre aux exigences de ces principes de justice : elles ne le peuvent plus (crise fiscale, remise en cause par l'ordre économique contemporain des pratiques de patronage et de clientélisme, démission et renfermement des élites (cf. ségrégation territoriale : le vrai ghetto n'est pas à Saint-Denis, il est à Neuilly), qui refusent d'être entraînées "vers le bas" par ces exigences de justice alors que leurs références sont internationales (cf. les patrons français mal payés !, etc.), etc.). Et on peut aussi s'interroger légitimement sur la capacité de tels principes de justice à servir de fondement légitime au fonctionnement de nos sociétés hyper-complexes. D'où discrédit, délégitimation, crise de confiance, rancoeur, décalage, fossé, incompréhension mutuelle, etc.
10. Les pays qui accepteraient les modèles libéraux seraient les pays dans lesquels ces principes de justice trouvent à s'exercer dans des communautés civiques locales "empowered", à qui sont attribuées des compétences spécifiques fortes (religieuses, éducatives, de solidarité sociale ou familiale) et qui ne souffrent pas du même phénomène de ghettoïsation des élites. Le collectif de travail n'y fait pas l'objet d'un investissement identitaire exclusif, comme c'est le cas dans le modèle français.
11. La xénophobie, qui semble poser tant de problèmes dans les accusations mutuelles des ouiistes et nonistes, se vit sur le même mode : exclusion "naturelle" de l'étranger non intégré, sans agressivité démesurée, mais parce qu'il est extérieur à la communauté de travail et n'a pas de droits à faire valoir (cf. la difficulté que nous avons à déconnecter accès aux droits et communauté des travailleurs : rumeurs persistantes et passablement délirantes sur le parasitage de la couverture maladie universelle, etc.); intégration dans le moule commun après une phase transitoire : on veut bien de l'étranger s'il devient le même, et on s'étonne alors d'être accusé de xénophobie, là où il n'y a simplement que refus de l'ouverture et de la solidarité envers l'autre qui veut rester autre.
Juste pour conclure : I have a dream : on poursuit la ratification, on constate qu'une très nette majorité d'Etats ont accepté le texte, on fait revoter tout le monde, ceux qui ont rejeté le texte et ceux qui l'ont accepté, en demandant confirmation de ce vote sur le modèle du référendum européen : 55% des Etats, 65% des votants. Si c'est non, c'est non. Non ?
2005-06-02 12:07:47 de Dom

D'où le vécu du licenciement comme un drame existentiel, alors qu'il est banalisé dans les pays sociaux-libéraux (interviews étonnantes d'un salarié danois dans la presse il y a quelques mois, qui en était genre à son cinquième licenciement en deux ans et vivait tout cela très bien).
Il a combien pour vivre ? Il est propriétaire de son logement ?
Il part au ski ?
Ne poussez pas le raisonnement trop loin, DOM , sinon on vous les envoie à domicile tous les licenciés , vous allez certainement les débriefer avec brio...
Excusez-moi mais votre argumentaire est extrêmement dangereux. Le" moule" dont vous parlez n'existe pas et il s'agit de répartir et d'échanger les richesses de façon plus équitable. Ce n'est pas un joujou de statistiques, c'est du vrai DRAME pour certains à taux inconcevables. Quant à votre plaidoyer pour le texte, il est un peu moins de la moitié convaincant. La solidarité se construit à partir du moment où l'autre est reconnu comme un semblable au niveau des besoins fondamentaux même si ses goûts et sa culture sont différents. Existe-t-il des peuples masochistes ?
Je dis NON ! Pour moi la religion n'est pas une compétence, c'est une façon comme une autre de capter le pouvoir et elle génère des effets qui sont loin d'être rassurants non plus.
Laïcité et Solidarité, c'est un concept idiot ?
2005-06-02 12:47:21 de Marie.Pool

(Vous devriez mettre vos noms en haut à gauche de la copie, comme ça on saurait tout de suite qui parle, sinon il faut faire clic clic vers le bas pendant deux heures, puis re clic clic vers le haut pendant deux heures, ca devient lassant ...).
2005-06-02 13:06:14 de arte

(Berlol, puisque Dom poursuit au jour d'aujourd'hui, je vais glisser ici ce que j'ai posé là-bas, que tu peux effacer.) Et après, pouce.
A Dom, donc, à Arnaud aussi. Sur le problème de l'élite et du peuple, je n'ai rien de plus à dire que ce qu'écrit Kahn dans Marianne, hélas inacessible sur le Net. Pouvez-vous vous le procurer? Si non, je veux bien faire encore un peu la secrétaire.
1. Dumping fiscal et social – fonds structurels
a) Dans les années 80, l’élargissement à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce a finalement été un succès malgré les craintes initiales de délocalisation et de dumping fiscal, craintes qui avaient nourries les extrêmes politiques des anciens pays membres. Mais cette réussite est pour une bonne part (j’y insiste, chiffres – peanuts ? pas vraiment - à l’appui, consultables sur la page « Budget » du site de la commission européenne : www.europa.eu.int/comm/budget/index_fr.htm) la conséquence des transferts importants consentis par les états membres vers ces pays : les fonds structurels européens avaient doublé en volume entre 1987 et 1993, qui ont largement égalé les économies réalisés par les réformes que vous dites, et dont les conséquences se font cruellement sentir au Portugal aujourd’hui, lesquelles ont accéléré le départ d’un Barroso honni à Bruxelles. Comment éviter un dumping social et fiscal accru si les pays riches se refusent à aider (voyez qu’il est question ici de partage nécessaire, et non de je ne sais quelle préférence nationale – ces suspicions partout ressassées de xénophobie, qui sont une malhonnêteté – scandaleuse - en même temps qu’une facilité évitant de se coltiner la réalité, sont véritablement agaçantes, ce qui ne signifie bien entendu nullement qu’elles n’existent pas) les pays d’Europe centrale et orientale qui, non, ne vont pas nous envahir. (Où avez-vous lu que je le redoutais ? Il semble bien que vous n’ayez pas compris les propos de ce polonais – mais peut-être cette anecdote était-elle maladroitement présentée.) Comment alors reprocher à ces pays de faire feu de tout bois pour attirer entreprises et capitaux ? Ainsi que de nombreux économistes s’accordent à le dire, mais aussi des contributeurs actifs à la construction européenne, parmi lesquels Delors donc, il semble qu’il soit bien tard pour redresser la barre avec, en ligne de mire, le problème du « rabais britannique » négocié par Thatcher dans les années 80, rabais que veut éliminer la commission à l’occasion de la négociation du budget 2007-2013, problème auquel viennent s’ajouter les difficultés économiques croissantes des principaux pays contributeurs, que la rigidité du pacte de stabilité contraint à des économies tous azimuts, quand il faudrait véritablement investir.
b) Vous vous trompez en écrivant que le dumping fiscal ne concerne en fait que la délocalisation des sièges sociaux, pas des unités de production. Grâce à un taux d’impôts sur les sociétés de 10%, contre plus de 30% dans les principaux pays européens, l’Irlande a concentré une partie significative des centres d’appels et des usines multinationales américaines, même si la disponibilité d’une main d’œuvre formée, anglophone et peu chère, a joué aussi un rôle déterminant. Si on veut éviter un dumping social durable, il faudrait augmenter les fonds qu’on leur apporte, de sorte qu’ils connaissent une croissance forte et puissent rattraper rapidement le niveau de vie, et donc les coûts salariaux, de l’ouest de l’Europe. Or la radinerie de la vieille Europe risque d’hypothéquer ce rattrapage et d’empêcher (c’est fait avec le TCE) tout accord sur l’harmonisation de la fiscalité des entreprises.
Pour un état des lieux précis des effets du dumping fiscal et social mettant aux prises anciens pays membres et nouveaux entrants, aller là (appel des économistes européens : http://www.france.attac.org/a1610) (http://www.humanite.presse.fr/popup_print.php3?id_article=460853)
2. Traité de Nice
Je me suis trompée en effet sur la date, mais après consultation scrupuleuse de mes sources, la réalité s'avère encore plus drôle que ma bourde. Pour consulter le traité de Nice, aller là: htttp://mjp.univ-perp.fr/europe/nice.htm
Ce vilain traité, au reste salué à l'époque (certains lui ont trouvé le nez un peu de travers, et puis, hop, on en n’a plus parlé : il était bien joli, ce traité, après tout – pour le lifting, on verrait plus tard), n'est pas si vilain que cela, au regard de certains points du TCE, qui nous arracherait à l'enfer. Voici les principaux reculs que l'on peut noter de l'un à l'autre texte, ce qui ne signifie nullement que l'on doive somnoler trop longtemps sur la promenade des Anglais ni jeter aux orties tout le Traité constitutionnel pour lequel, dans maints domaines, on ne trouve rien à redire et dont on peut à lister, à l'inverse, les avancées, réelles. Mais il est malhonnête d’invoquer, avec ce retour au traité de Nice, on ne sait quel tragique recul, et, ne vous en déplaise, vous avez usé sans distance, et non sans une certaine arrogance, portée j’en sûre par une conviction sincère, du même épouvantail que le camp des tenants du OUI, en trouvant mille défauts à un texte certes perfectible, mais certainement pas abominable.
- Le préambule du Traité instituant la Communauté européenne (TCE), partie du traité de Nice, « assignait [aux Etats membres] pour but essentiel à leurs efforts l’amélioration constante des conditions de vie et d’emploi de leurs peuples ». La formulation du préambule de la Constitution européenne qui s’en rapproche le plus « Convaincu que l’Europe... » est en recul. Pas fondamental, mais un symbole, pour un texte qui prétend au rang non de pur traité, mais de traité établissant une constitution pour l’Europe.
- Il convient de noter que la Conférence intergouvernementale (CIG) qui a suivi la Convention sur l’avenir de l’Europe a supprimé la citation de Thucydide, proposée en exergue de la Constitution européenne par la Convention : « Notre Constitution... est appelée démocratie parce que le pouvoir est entre les mains non d’une minorité, mais du plus grand nombre."
- Certains domaines qui passent à la majorité qualifiée tels que la libre circulation des travailleurs, les nouvelles missions et statut de la BCE, la culture, le statut et siège de l’Agence de l’armement, la compétence de la Cour de justice en matière de propriété intellectuelle constituent autant de menaces compte tenu de la trajectoire actuelle de l’Union européenne.
- Les SIEG ne sont plus une valeur de l’Union (III-122) alors que les SIEG sont une valeur de l’Union dans le traité de Nice.
- L’extension de la majorité qualifiée pour les professions médicales, paramédicales et pharmaceutiques (III-141) est une menace (cf. la directive Bolkestein).
- L’extension du pouvoir de la Commission désormais chargée de promouvoir l’intérêt général de l’Union (I-26) alors qu’elle n’a aucune légitimité pour ce faire.
- L’extension des délégations de compétence non contrôlées démocratiquement dans les domaines sensibles de l’asile et de l’immigration.
- La suppression de la clause permettant de suspendre temporairement l’espace sans frontières dit de Schengen. Cette clause de sauvegarde existe dans le traité de Nice.
- Dans le cadre de la politique commerciale commune, sauf s’il y a atteinte à la diversité culturelle et linguistique que devront prouver les pays concernés, la Constitution supprime l’exception culturelle et audiovisuelle (III-315) que le traité de Nice maintient.
- Toujours dans le cadre de la politique commerciale commune, et sauf perturbation grave, la Constitution européenne supprime l’unanimité dans les domaines de la santé, de l’éducation et des services sociaux (III-315).
- La suppression progressive des restrictions aux investissements étrangers directs (AMI - AGCS) et la réduction de tout obstacle au libre-échange mondial (adjonction de la mention "et autres" qui n’est pas présente dans le traité de Nice) (III-314)
- Le traité de Nice n’indique pas la compatibilité obligatoire de la défense européenne commue avec l’OTAN qui est consacrée comme fondement de la défense collective et de sa mise en oeuvre (I-41).
3. Et maintenant on fait quoi ?
D’abord, on respire et lit avec profit ces deux contributions de Jean-Paul Fitoussi et Jean-Claude Guillebaud cette semaine dans le Nouvel Obs.
http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2117/a269715.html
http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2117/a269714.html
Je ne doute pas que, de ce grand bazar, sortira quelque chose qui ne sera pas nécessairement pire que les actuelles projections. Il n’est pas certain que, en dépit de rapports de force en effet défavorable en Europe aux partis de gauche, nous courrions à la catastrophe. Attendons, et soyons vigilants quant à la manière dont notre vote sera porté par nos gouvernants dans les semaines à venir, une vigilance que les débats houleux autour de ce texte ont sans aucun doute fortifiée.
4. A Arnaud
Je pense que l’injonction faite aux tenants du NON est mal venue. On a demandé aux citoyens de se prononcer en leur âme et conscience sur un texte qu’ils ont, in fine, désapprouvé. Invoquer leur irresponsabilité est une insulte en même temps qu’un déni de démocratie : il eût été plus simple, en ce cas, puisqu’on les jugeait inaptes à rendre un avis dûment réfléchi, de faire ratifier le traité par le parlement. D’autre part, il n’appartient pas aux citoyens d’accomplir une tâche qui incombe à ceux qu’ils élisent et qui doivent porter honnêtement leur choix. Je reproduis ici, en réponse à votre injonction, les propos tenus par Frédéric Lordon, économiste hostile au traité :
« Dans la foulée pourtant, les partisans du oui voudraient charger la conscience des électeurs avec des questions qui ne sont pas les leurs : « avec qui négocierez-vous ? » s’égosillent-ils pour leur extorquer des aveux d’impuissance après ceux de souverainisme rampant. Mais cette question n’est pas la nôtre ! Celle qui nous est posée ne demande que notre avis sur le traité constitutionnel. Il ne nous interroge pas pour savoir quelle tête nous ferons au sommet européen qui suivra immédiatement un éventuel non, ni si nous loucherons sur la pointe de nos souliers plutôt que d’éviter le regard des autres dirigeants européens, car nous ne sommes pas dans les sommets européens. « Avec qui négocierez vous ? », c’est l’affaire des excellents qui nous ont conduits jusqu’ici. Heureusement, rien de tel que de se sentir dans le dos l’épée de la colère populaire pour découvrir en soi des trésors d’imagination : clauses d’opting out, nouvelle rédaction d’articles, protocoles additionnels pour sanctuariser les services publics, ce qu’ils veulent, c’est leur problème. Les demi-hystériques qui somment les électeurs d’accompagner leur non d’une procédure de négociation et pourquoi pas d’un accord déjà ficelé, ont-ils conscience du déni de démocratie que leur injonction emporte ? Si, comme nous le disent ces spécialistes, il est impossible de rien renégocier, il est donc exclu de pouvoir voter non, mais alors pourquoi voter tout court ? Contre ce qui s’apparente à une forme commençante de totalitarisme, il faut donc réaffirmer que nos chers représentants qui se battent pour le plaisir de nous conduire et la jouissance du pouvoir, doivent en accepter les ivresses et les inconvénients : renégocier, c’est leur affaire - au moins connaissent-ils désormais l’ensemble des contraintes et savent-ils d’où viendra la prochaine claque en cas d’insuccès.»
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/LORDON/12175
http://www.sociotoile.net/article104.html
Ceci dit, les propositions fleurissent, et on peut lire, entre autre, les propositions d’Attac, qui n’est pas porté que par le seul et contreversé Nikonoff. Avant de les jeter en pièce, y réfléchir. http://www.france.attac.org/a5119
Cette fois-ci, c’est la dernière. Et puis, j'ai soif, et une faim de loup!
2005-06-02 13:08:34 de Frédérique Clémençon

Pour Frédérique :
1.a Le contexte est pris pour le texte, on ne demandait pas de se prononcer sur la politique mise en oeuvre par les Etats mais sur le cadre dans lequel elle l'est
1.b Vous avez raison sur le dumping fiscal et l'implantation des investissements étrangers, je m'en suis rendu compte juste après avoir posté, mais il s'agit de "manque à gagner" pour les pays mal placés dans cette compétition-là, pas de pertes, et pas de délocalisation, en l'occurrence + l'impôt sur les bénéfices est facile à recouvrer et difficile à fuir, mais c'est vraiment un impôt mal foutu, qui se substitue mal à l'extrême difficulté de bien imposer les reveus du patrimoine + toujours ce malentendu sur l'harmonisation : ce mot est tabou des instances de l'Union, pour des raisons que j'ai cherché à exposer, ça n'empêche nullement de progresser dans la même voie (coopérations renforcées)
2. Nice est "abominable", mais là réellement, sur les procédures de décision et la composition des institutions. Rien n'aurait été envisagé si les dispositions qu'il prévoit n'étaient ne serait-ce qu'applicables en l'état, on l'a su dès le lendemain de la signature. Pour le reste, c'est un "petit" traité, comme d'ailleurs dans son genre le traité constitutionnel lui-même (la liste des points nouveaux du traité constitutionnel tient en deux pages et est à peu près aussi sexy que celle que vous citez; au début, je voulais aussi voter non, parce que ça ne me paraissait pas en valoir la peine). Sur les micro-arguments article par article, il y a des réponses, mais c'est inutile ici. Cela dit, s'il y a déjà dégradation entre Nice et constitution (ça me paraît plutôt des nuances sans grande portée, qui ne devraient franchement n'intéresser que les juristes), ça présage effectivement peut-être d'un délitement progressif de la volonté politique de faire l'Europe. Thucydide, mal interprété, a paru à certains annoncer un super-Etat fédéral, d'où rejet. Dommage, la citation est belle. Vous ne serez enfin pas étonnée que beaucoup de ce que vous percevez comme des reculs m'apparaissent comme des avancées..., par exemple votre défense surprenante du corporatisme des professions médicales, fossoyeuses libérales pur jus du système français de protection sociale, votre lecture de III-315, article très technique, qui me semble dire exactement l'inverse de ce que vous dites et qui ne concerne que les accords commerciaux entre l'Union et des tiers dans les passages auxquels vous faites allusion, etc. + si la France n'avait pas rejeté la CED en 1954, on ne serait sans doute pas obligé de faire de l'OTAN, à laquelle nous appartenons encore, au fait, le fondement de la sécurité européenne...
3. Wait and see. Je vous rappelle,pour refroidir un peu votre enthousiasme, que le non de gauche est minoritaire en France (combien : 60% d'un PS à 30% = 18% + 4% du PC + quoi 5 % d'extrême-gauche + 60% de 8% de verts = 5 % == 32 %) (pas dans l'électorat de gauche, mais là on est dans la cuisine politicienne, dans l'électorat tout court) et ultra-minoritaire en Europe (les Néerlandais ne sont pas du tout sur la même logique).
4. Cette citation corrobore intégralement ma caractérisation de la "politique du peuple" : c'est pas mon affaire, je m'en remets aux excellents, qui ont intérêt à l'être, sinon... La France crève à petit feu de cette attitude.
2005-06-02 15:28:56 de Dom

DOM (oui, c'est moi, Dom, eh eh eh, mais là c'est court, alors mince, je le mets ou pas mon nom en haut à gauche de la copie)
Les Lettons ont ratifié : voie parlementaire, 71 oui, 5 non, 6 abstentions.
Cette information me fait plaisir (en plus, j'y ai fait un petit tour l'année dernière et j'ai un respect immense et quasi irrationnel pour l'histoire des Baltes) et elle vous fait sans doute ricaner.
2005-06-02 15:54:55 de Dom

Moi, quand on me pose une question, je pose mes sandales sur ma tête et je retourne à la salle de prière...
Et puis d'habitude je ricane, mais là, bof !
(Frédérique, je veux bien les "morceaux choisis" de Marianne)
2005-06-02 16:45:30 de arte

Alors comme ça vous comptez différemment de tout le monde? C'est plus fort que vous. Ce vote porte bien, majoritairement, un non de gauche, qui doit à la cassure de l'électorat du PS, auquel sont venus s'agréger les autres. Je ne peux, hélas, guider vos yeux boudeurs vers les jolis camemberts dont tous les sites ont été abreuvés, mais c'était bien vrai.
(Voyez comme vous êtes : pourquoi ricanerais-je en écoutant les résultats venus de Lettonie? Laissez mon moi, mon surmoi et le reste batifoler tranquilles - ils sont bien plus bienveillants que vous ne l'imaginez et n'ont pas plus peur des polonais que de Dark Vador)
Bon, c'est l'heure de l'apéro.
2005-06-02 20:42:05 de Frédérique Clémençon

Allez, on s'en jette un derrière la cravate. t'a bien travaillé, Frédérique ! Dom, tu t'amènes ? Et si on parlait de ce qu'on va faire maintenant, concrètement ?...
2005-06-03 00:44:27 de Berlol

Juste deux tout petits mots, pour insister sur le poids des grandes inerties sociologiques : on partait d'un non à 49% (Maastricht), avec un socle très fort d'opposants constants à toute construction européenne, quelle qu'elle soit. Le PS était partagé 40% non 60% oui lors de Maastricht, il s'agit juste d'une inversion, soit 20% du PS qui basculent et qui correspondent exactement aux 6% qui rendent compte du non en 2005. Sociologiquement, il s'agit essentiellement du retournement des classes moyennes du public, qui avaient sauvé la mise en 1992, retournement en partie conjoncturel, le PS étant désormais dans l'opposition. Les 'autres' ne sont pas venus s'agréger à un non de gauche, c'est un non de la gauche "moyenne" (en particulier les bataillons serrés des "profs") qui a rejoint le socle permanent des eurosceptiques.
2005-06-03 08:06:29 de Dom

Oui, là, oui. (Euh, c'est quoi, une grande inertie sociologique ? je suis d'humeur taquine ce matin, j'ai pincé la joue du chauffeur de taxi qui travaille en bas de chez moi, fait une grimace à la voisine détestée du troisième, tapé la causette avec le chien du quatrième, chanté Bellini le nez dans le chèvrefeuille... une bonne journée qui commence)
Tiens, j'ai entendu Jacques Rancière tout à l'heure sur France Culture, dans les Matins, qui évoquait l'Europe, et c'était non seulement drôle, mais aussi juste, très juste. Dom, voilà une bonne ordonnance, et de quoi vous requinquer, à moins que vous ne plongiez fissa dans les affres du désespoir. Je serai là...
En réponse à ta question, Berlol, là, mon objectif immédiat, mon engagement pour et dans l'avenir va consister probablement à .... regarder cet après-midi les demi-finales hommes de Roland G. Eh ouais. Le premier qui moufte se prend le traité sur la tête...
2005-06-03 09:10:59 de Frédérique Clémençon

Je m'inquiète du moral post-référendum des chroniqueurs propagandistes des matins de france-cu. Vont-ils bien ?
2005-06-03 16:55:56 de Bartlebooth

Elle pousse au tennis...
2005-06-03 17:06:23 de Berlol

Le tennis est déjà bien propagé...
2005-06-03 17:19:30 de Bartlebooth

le tennis est en expansion on dirait...
2005-06-03 19:26:39 de cel

décidémment on ne parie pas sur le tennis :d
2005-06-03 19:29:54 de cel

"La bêtise mousquetaire des moustiques de service qui froufroutent ici ou là, n'ont aucune vertu humoristique patente" (Mary Pool)
Le tennis de patente ne connaissait pas, en 69, la raquette de Berlol qu'est, Molly, trop petite (a moins qu'il pratique, en pong, le tennis en Lacoste !)
)!
2005-06-03 21:04:34 de Bartlebooth

(Le tennis de patente ne connaissait pas, en 69, la raquette de Berlol qu'est, Molly, trop petite (a moins qu'il pratique, en pong, le tennis en Lacoste !)
???????????????????????????????????????????????????????????
!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Ce que vous écrivez est incompréhensible.
Ce que j'ai écrit vous concerne ? Vous êtes sûr ?
2005-06-03 21:23:02 de Marie.Pool

"La pertinence sémantique de l'épigraphe est souvent en quelque sorte aléatoire, et l'on peut soupçonner, sans la moindre malveillance, certains auteurs d'en placer quelques-unes au petit bonheur, persuadés à juste titre que tout rapprochement fait sens, et que même l'absence de sens est un effet de sens, souvent le plus stimulant ou le plus gratifiant : penser sans savoir quoi, n'est-ce pas un des plus purs plaisirs de l'esprit ?" (Gérard Genette, in Seuils).
Et pour répondre autrement : non, bien sûr, rien de ce que vous écrivez ne me concerne, même quand vous me déclarez incompréhensible.
2005-06-03 21:54:01 de Bartlebooth

Alors passez au large, j'en fais autant depuis longtemps et cela semblait jusque là calmer vos propos très "étranges" et présomptueux .Quant au sens...on le trouve là où on peut. Je fais donc ce que je peux.Si vous me cherchez, vous allez certainement me trouver. Ne soyez pas masochiste, ou changez de sujet contraphobique. Je ne vous guérirai pas c'est certain.
2005-06-03 22:18:35 de Marie.Pool

http://www.fatrazie.com/contrep+.html
(une bibliographie qui devrait éclairer le débat)
2005-06-03 22:51:27 de cel

Je suis déjà au large, sortez de l'étroit ! Ah Mary Pool et sa déformation professionnelle... enfin si elle a bien vocation à guérir.
2005-06-03 22:53:36 de Bartlebooth

Après qui en avez-vous très exactement ? Des psys se sont opposés à votre mégalomanie ? Passez au large encore une fois, j'ai d'autres urgences à rater. Un comme vous c'est très très fatiguant et il faut impérativement travailler en équipe.
2005-06-03 23:15:09 de Marie.Pool

Si vous vous disputez, c'est ma faute !
Car on n'a que les lecteurs qu'on mérite et qui vous corresponde. Or j'ai voté NOUIN, c'est-à-dire précisément "comme" Frédérique ET Dom, que je comprends tous les deux, car c'est l'addition de leurs points de vue qui m'habite. Or mon langage intérieur va de celui de Marie.Pool à celui de Bartlebooth, qui semblent pourtant s'exclure. Je les gère tous correctement en interne, et sans doute beaucoup d'autres avec eux, mais en externe, je n'y peux rien, ils se chamaillent...
2005-06-03 23:33:43 de Berlol

"l'addition de leurs points de vue t'habite"... dans le rang des parapèteries c'est presque aussi beau que "Il habite au Pakistan", chapeau bas Berlol !
2005-06-04 01:46:10 de cel

De l'éloignement durable ( comme on dit développement durable)SVP BERLOL . Pas de chamaillerie. Ma position est claire et assumée. Les contrepèteries sont des activités anales et sexuelles qui ne m'apportent aucune jouissance. Désolée. Encore une fois, que les lecteurs qui ne supportent vraiment pas mes propos passent au large. J'en fais autant et le niveau humoristique des contributions n'en sera que préservé.
2005-06-04 09:32:08 de Marie.Pool



Jeudi 2 juin 2005. Un peu plus fatale la fatalité.

Sans voix, on est vite largué dans une classe. Sincèrement désolés, les étudiants ouvrent de grands yeux compatissants durant les cinq premières minutes de mimiques accompagnées de cette chose rauque qui sort encore de votre gorge. Et puis ils décrochent l'un après l'autre, se plongent dans la révision du cours suivant ou s'endorment, pour les plus chanceux. Quand en plus on s'aperçoit qu'ils n'ont rien retenu d'une bonne partie de l'unité 1 alors qu'on est censé passer à la 3, là, j'avoue, il y a un grand moment de solitude.

« Mon Frère, je vous ai nommé capitaine de frégate. Cette preuve de confiance vous portera à illustrer votre carrière et à justifier les grandes espérances que la nation attend de vous. Ne vous fiez point sur le nom que vous portez ; il est glorieux de ne rien devoir qu'à son mérite. Avec vos bonnes dispositions, votre caractère et plus de connaissance du métier, quel bien n'auriez-vous pas pu faire si vous aviez commandé l'escadre du contre-amiral Missiessy ! Ce n'est pas que je sois mécontent de cet officier ; mais c'est la volonté, le caractère, l'application et l'audace qui m'ont fait ce que je suis.» (Napoléon Bonaparte à son frère Jérôme, 2 juin 1805, Milan — ceci pour tous les admirateurs de l'empereur aux cent jours avant la chute.)

Ce qu'il y a de bien avec le JLR, c'est que même aphone, je peux encore l'ouvrir ! Par exemple pour saluer l'attitude responsable de Dom et de Frédérique (qui ont bien failli se rencontrer en mars) de continuer la discussion en bas de page du 1er juin après plus de 60 commentaires le 30 mai — alors que des petits rigolos font des paris sur des nombres scabreux... Ceci dit, il n'y a pas de limite. À votre bon cœur !
Justement, à propos de L'Auberge espagnole, et même à 90 % aphone, on a continué le bilan du thème sexuel / amoureux dans le film (oui, je sais que les deux mots n'ont pas le même sens, merci...). Après les scènes vues la semaine dernière, on se demande pourquoi le film se focalise sur Wendy presque jusqu'à ce que Xavier quitte Barcelone. Klapisch ne l'a voulue prude, studieuse et gentille depuis le début que pour rendre plus surprenante son aventure avec un américain de passage — ce qui donnera au frère de Wendy l'occasion de racheter toutes les conneries qu'il a pu dire et faire en sacrifiant sa réputation d'hétéro pour sauver sa sœur... Ce frère qui, après une soirée bien arrosée, vomit abominablement pendant que sa sœur chante à tue-tête No Women No Cry, c'est aussi lui qui mime à Xavier comment d'un crachat du mâle la mouche femelle tombe enceinte...
Tiens, au fait, je me demande comment va ma sœur. Je n'ai eu que deux fois de ses nouvelles depuis son accouchement. Et tout allait bien. Mais quand même, j'y pense souvent. Je nous revois en mars sur les quais de Saône, elle avec son gros ventre, et tellement souriante. Faut dire que chez nous, les faire-part n'avaient pas la même couleur depuis deux semaines. Bien qu'elle ait repris ses cours à la fac et que les étudiants la distraient par leur fraîcheur et leur dynamisme, T. m'a dit au téléphone qu'elle ressentait un peu plus triste la tristesse, un peu plus fatale la fatalité, un peu plus vide chaque jour l'appartement vide qu'occupait son père. Je m'en doutais un peu ; je vais vite la rejoindre demain.


Ah, le petit rigolo c'est moi ! (je ne trouvais pas d'autre chiffre remarquable après le 62, suis-je bête, je suis allé trop vite, j'oubliai "68", plus chic. Mais bon, le pari était fait avec Bartle, dont je crains peu de heurter les oreilles prudes).
Promis, je te ferai un jour un commentaire de 12 pages contre les ignorants qui votent NON, pleines de contresens, d'artefacts, de rhetorique douteuse, et de sophismes, mais avec de la suffisance et de jolis mots non scabreux. :)
No Limits !
2005-06-02 19:07:27 de arte

On cause, on discute, on bavarde... mais et cette voix, est-elle revenue maintenant?
2005-06-03 09:16:47 de Frédérique Clémençon

Sur le site du Figaro ce matin
http://www.lefigaro.fr/referendum/20050603.FIG0130.html
Quand je lis ça, eh bien, je me dis que ce vote a été utile - et ridiculise un brin ceux qui disaient haut et fort qu'il n'y aurait rien si le NON l'emportait. Le crier était malhonnête (mais à la guerre comme à la guerre) - le croire revenait céder aux sirènes du catastrophisme.
Dans cinq heures, le début de la première demi-finale. Waouh.
2005-06-03 09:40:20 de Frédérique Clémençon

t'as du pot, toi! Moi, je ne peux pas le voir? ?suis dans le shinkansen? essai?
2005-06-03 10:24:33 de Berlol

Ricanement. Ridicule. Si vous arrêtez, j'arrête. D'ailleurs j'arrête déjà.
J'ai lu Kahn, pas très imprévisible. Je n'y crois pas, à la rébellion. C'est plus compliqué que ça. La tentation d'un "moment jacobin", mais avec des coalisés aux frontières fantômes, plutôt. Enfin, c'est un avis.
2005-06-03 10:45:36 de Dom

L'énergie du désespoir c'est quand on met tout le reste de la gomme intérieure dans le dernier renvoi...Quand il n'y a plus assez de jus, on se sent amers... on peut toutefois rester amers dans le sens de balises maritimes. L'Art de la conversation ressemble à celui de la navigation, il exige un cap , de la patience, de l'humilité et de la précision dans les manoeuvres. L'Océan n'est jamais à soi tout seul et lorsqu'il y a risque d'arraisonnement, il faut s'abstenir ou alors manoeuvrer au plus prudent. La rébellion n'est pas à confondre avec la mutinerie. On peut être en rébellion contre soi-même lorsqu'on n'arrive pas à faire coïncider l'image de soi avec l'image qu'ont les autres de nous , version désobligeante et désagréable s'il en est... mais on doit l'accepter pour ne pas grimper aux rideaux à tout instant.
Hier, il y avait un type devant mon pare-brise, passant de voiture en voiture au feu rouge avec un journal des "sans abri".J'en croise souvent et je donne autant qu'il m'est possible de donner, mais là, cette fois, je n'ai dit que "BONJOUR !" à ce visage d'homme fatigué, émacié, édenté... Je lui explique cela très simplement :" je ne peux pas donner tout le temps et à tous ceux qui sont là". Il me répond tranquillement "mais ce n'est pas grave Madame,aurevoir !" Je redémarre avec l'idée que la frontière est là, et qu'elle n'a rien de fantomatique... Et je retourne à mon travail de fonctionnaire à l'Hôpital avec un pincement au coeur... C'est bien ici que ça commence !!!
2005-06-03 12:11:06 de Marie.Pool

Marie.Pool, j'arrête pour ne pas lasser, moi je continuerais des jours, ça commence à se voir et à se savoir, non ? Et je voudrais rassurer tout le monde, je ne suis pas desespéré, tout juste un peu attristé. Et c'est vrai, peut-être un peu amer aussi, et peut-être pas qu'un peu enragé contre certains, mais ça ne me desespère pas.
2005-06-03 13:35:05 de Dom

Ca va mieux ta voix, Berlol ?
Comme tu le notes, heureusement qu'on a encore nos yeux.
2005-06-03 14:31:58 de Arnaud

Merci à Frédérique et Arnaud de s'inquiéter de ma voix. Elle revient, faiblarde encore. Mais comme je n'avais pas de cours aujourd'hui, mes cordes vocales ont pris du repos...
Faut que je fasse des gargarismes pour demain matin !
2005-06-03 14:51:56 de Berlol

Nous voilà contents.
Pour détendre un peu l'atmosphère qui s'appesantit encore fin mai, voici une petite information trouvée dans le dernier numéro de Courrier international, issue du China daily, de Pékin. Et je demande à ces messieurs de se pencher sur elle - si j'ose dire - pour me donner leur avis.
Les Chinois ne pourront plus déguster de sushis servis sur des femmes nues (vous ne pouvez pas voir la photo, là, dommage). Le ministère de l'Industrie et du Commerce vient d'interdire ces fantaisies, qui portent "atteinte à la dignité humaine" et "répandent des pratiques commerciales culturellement douteuses"
Et aussi, mais c'est trop long, un article sur le tri sélectif au Japon, la ville de Kamiktsu détenant le record avec 44 catégories de déchets, sur fond de dénonciation et poursuite des voisins peu scrupuleux, billets doux désignant par leur nom sur les lieux de tri les coupables, principalement des "intellectuels" (Berlol?), des célibataires, et des jeunes, forcément...
2005-06-03 15:35:26 de Frédérique Clémençon

Pile entre la lettre de Napoléon et les gargarismes de Berlol, paraissait en juin 1905, dans la revue Poesia, un article d'Alfred Jarry, pas sans rapport avec la "fabrication du Japon" que nous évoquions :
LE FOUZI YAMA
L'excellence de l'armement des Japonais, confirmé par leurs triomphes, consiste aussi bien en leurs canons de 305 millimètres qu'en leur incomparable mousquetterie.
Mais l'habitude qu'a ce peuple subtil de s'exprimer en phrases enveloppées, allégoriques et volontairement obscures fait que nul n'a pénétré le Secret de la Défense Nationale Nippone.
On sait pourtant que l'invention de la poudre et des armes à feu remonte, chez les peuples extrême-orientaux, à la plus haute antiquité ; à tel point que les Chinois et les Japonais, sans doute, il y a deux mille ans, blasés sur l'usage meurtrier du salpêtre, en préféraient faire emploi pour de bénins feux d'artifice.
Les premières missions qui pénétrèrent le Japon apprirent que Tokio était défendue par un cratère béant d'où pouvaient s'échapper, à intervalles, des explosions, feu et fumée. Et depuis la légende s'est accréditée et perpétuée par les atlas - confusion pire que celle du Pirée avec un homme - qu'il y avait une montagne haute de trois mille sept cent cinquante mètres - la portée du fusil - du fusil yama.
Que si l'on objecte que le prétendu volcan est assez peu en activité, qui soutiendrait qu'une arme à feu peut être à jet continu.
Dans les religions orientales, yama désigne uniformément le dieu de la mort.
Le nom du fusil japonais est donc bien - de même que celui de la Longue Carabine du héros de Fenimore Cooper : Mort Certaine.
Et les petits nippons, considérant l'ignorance européenne de la Géographie de leur île, doivent, s'appuyant sur leur arme, éclater, comme Oeil de Faucon, d'un bon rire silencieux."
2005-06-03 16:38:20 de Bartlebooth

Bien vu, Bartle ! C'est un thème que j'aime beaucoup, la fabrication du Japon !
2005-06-05 04:52:46 de Berlol

Les Japonais aussi d'ailleurs… ;)
2005-06-05 13:36:04 de Acheron



Vendredi 3 juin 2005. Laissant son manteau entre mes mains.

 Poètes ! Si j'en prenais un par le revers de son manteau, si je lui disais « viens à mon aide », il penserait « qu’est-ce que c’est que ce crabe ? » et s'enfuirait en laissant son manteau entre mes mains.

C'est de qui, ça ?

Le lendemain.
C'était Sartre... La Nausée, p. 177. Comme ça, hors contexte, ça ne veut pas dire grand-chose, hein ! J'en reparlerai dans la page de demain (aujourd'hui, en fait...).

« [...] j'étais assise derrière ta grand-mère qui regardait droit devant elle, je remarquai qu'elle avait un cou très fin, que j'aurais pu tenir entre mes mains et serrer jusqu'à ce qu'elle s'étouffe, ça ne me déplaisait pas de l'imaginer se tordre sur le siège avant, les yeux exorbités et la peau violacée, ses mains essayant de me faire lâcher prise puis se détendant, elle avait relevé ses cheveux en chignon, les cheveux blancs trop courts pour être attachés recouvraient sa nuque ridée, dont la peau flasque était piquée par endroits de taches brunes, elle avait un grain de beauté juste au-dessous de l'oreille droite, un grain de beauté aux bords irréguliers d'où sortait un long poil brun, sur le visage aussi elle avait des grains de beauté, tous assez gros et hérissés d'un ou deux poils, qui devenaient de plus en plus épais et longs à mesure qu'elle vieillissait [...] » (Frédérique Clémençon, Une Saleté, p. 51)

On a tous quelqu'un à étrangler. Quelqu'un de la famille ou de l'entourage professionnel. De mon côté, je vois très bien qui. Mais ne pouvant le faire passer à l'acte, l'auteur focalise le regard du personnage sur ces grains de beauté, qui portent si mal leur nom. Leur macro-photographie devient, avec l'évocation du temps (à mesure que), film montré à l'enfant, ce qui est une autre manière de crime, crime de mémoire... Très juste, me dis-je en passant au onzième kilomètre sur le cadran de mon vélo statique. Après, soulevant des poids, je me demandais quelle motivation avait FC en écrivant ce livre. Je ne me pose pas toujours la question, à propos d'un livre. Parfois c'est très clair, parfois ça n'a pas d'importance. Mais ici, et connaissant l'auteur, sa gentillesse, et n'étant pas du tout certain que cela puisse (ou doive) être autobiographique, je m'interrogeais et me rendais compte que c'était le principal suspense de ces cinquante premières pages. Qu'on ne me dise rien, bien sûr, je me délecte d'attendre...

Dans le shinkansen, j'écoute une émission Du jour au lendemain avec Dominique Meens, pour son livre Aujourd'hui je dors. Et effectivement, après cinq minutes d'entretien, je dors.
Quelques passes verbales cryptées entre amis (Veinstein et Meens), quelques questions poético-banales et je m'enfonce pour plus de deux cents kilomètres. Près d'arriver à Tokyo, je me dis quand même qu'il faudrait dépasser le cap des dix premières minutes d'entretien et je redémarre le fichier. Il y a en effet quelques sujets intéressants, mais impossible de se faire une idée du livre ou du style de la personne. N'était l'admiration de Meens pour Ollier, je n'aurais rien perçu de littéraire dans cette émission. Je regarderai tout de même à la bibliothèque de l'Institut s'il y a quelque chose à lire de lui.

Rapide dîner avec T. au Saint-Martin (choucroute) avant de préparer le cours sur Sartre, en regardant de temps en temps augmenter déraisonnablement le nombre de commentaires au JLR du 30 mai...


Villepin ?
2005-06-03 17:24:22 de Bartlebooth

Gollnisch ?
2005-06-04 03:43:30 de Arnaud

Gargl!
2005-06-04 05:43:33 de Berlol

Gargamel ??!
2005-06-04 06:17:56 de Arnaud

Non ! "Gargl", c'est parce que je m'étrangle de ce qu'on me propose ! Allez, une piste : sur qui, sur quoi fais-je cours le samedi matin ?...
2005-06-04 07:45:14 de Berlol

Chirac et la constitution ?
Hé, hé, hé ! :)
2005-06-04 08:39:44 de Acheron

Moi je sais !! (Mais je ne le dirai pas ;)
2005-06-04 12:53:38 de Arnaud

Moi je sais !! (Mais je ne le dirais pas ;)
2005-06-04 12:53:44 de Arnaud

Je reconnais avoir été récemment un peu énervé (mais Christian, "limités du bulbe", c'était du discours indirect libre ironique, un supposé noniste parlait par ma voix...), j'aimerais intervenir sans doute une dernière fois (mouvements dans les rangs de la gauche) pour cette fois strictement l'opposition oui de gauche / non de gauche, puisqu'il faut bien commencer la nécessaire clarification entre nous. Donc, on n'évoque plus les problèmes de tactique, rien que les principes. Plus d'invectives.
J'ai relu rapidement Généreux (oui, le oui lit aussi), et il me semble que son raisonnement, cohérent une fois qu'on s'est habitué à sa lecture systématiquement biaisée et alarmiste du contenu du traité, repose sur deux grandes assertions complémentaires, pas si évidentes qu'il ne le dit et jamais interrogées. Or, à la base du oui de gauche se trouve très probablement une remise en cause profonde de ces deux postulats :
1. le modèle social français fonctionne, il atteint en principe ses objectifs, etc., et si ça semble ne pas être le cas, c'est parce qu'il est en butte aux agressions du néo-libéralisme, dont il faut, au minimum, se protéger (on n'en est plus à espérer le renverser). Il ne comporte aucun dysfonctionnement majeur sur le plan des principes. Ça a un petit relent de "globalement positif" à la Marchais (le socialisme, ce serait super s'il n'y avait pas le capitalisme en face). On peut en déduire des postures protectionnistes, ce n'est pas le cas de Généreux, qui plaide pour une Europe politique forte, fédéraliste, comme mes interlocuteurs ici même
2. il ne peut pas exister de société libérale, les deux termes sont contradictoires. Le libéralisme se développe quasi-nécessairement en néo puis en ultralibéralisme, et aboutit nécessairement à une destruction radicale des fondements mêmes de la vie en société, au seul profit des élites en place, etc. Les Etats qui pensent pouvoir répondre aux exigences de justice de leurs citoyens en recourant à ces politiques se trompent et les trompent, c'est impossible sur le principe même. Il est donc légitime qu'une vraie constitution européenne rende ces politiques libérales impossibles, parce que ces Etats sont essentiellement illégitimes et que leur existence met en péril le seul modèle de société viable, juste, etc. (Généreux pense en outre que le traité proposé à la ratification rend quant à lui impossible la mise en oeuvre de politiques authentiquement socialistes (au sens PS du terme, donc sans que ça aille de toute façon très loin dans l'expropriation des riches et des puissants), ce qui est largement douteux vu le poids respectif de l'Europe et des Etats.)
Comme de nombreux tenants d'un oui de gauche, je pense que l'une et l''autre de ces assertions devraient être interrogées plus avant, et que les institutions européennes doivent être organisées de façon telle que cette confrontation entre modèles soit rendue possible sans affrontement ouvert et dans un espace global de coopération et de solidarité.
Rosanvallon est excellent, merci à Arnaud de l'avoir remis en valeur ici.
2005-06-04 13:48:51 de Dom

Oui, cet article de Rosanvallon est excellent. Il paraît qu'il a parlé l'autre jour à la radio, m'a-t-on dit.
Il y a effectivement, je pense, une opposition gauche-gauche tant sur certains présupposés pourtant pas évidents, comme tu le notes, que sur les méthodes pour mener la politique elle-même (réformisme Vs radicalisme, selon la remarque de DSK).
Car, pour ce qui concerne le libéralisme, il faut quand même rappeler que la construction européenne s'est toujours basée sur ce fondement, durant toute l'après-guerre. Et cela sans pour autant viser "nécessairement" à un quelconque ultra-libéralisme, loin de là.
Quant à la critique du modèle français qui soit-disant "marche", il me semble que nous devrions davantage prêter l'oreille aux remarques de nos voisins anglais et allemands, et ne pas juste prétendre, comme le fait Acrimed.org, qu'il s'agit d'une conspiration ou d'un montage.
2005-06-04 14:30:57 de Arnaud

Une précision sur le complot.
Lordon, contrairement à ce que vous avez compris, ne parle nullement de complot. Il a raison, car il n'y en a pas. Au moins, pour une fois, sommes-nous tous d'accord, encore suis-je à peu près certaine qu'après avoir suggéré que je me prosternais au pied de la douce préférence nationale, vous avez dû penser que je devais être un brin borderline paronaïque. Eh non. (Cette position n'est pas partagée par Acrimed, qui a le tort, parfois, c'est tout à fait vrai, de crier trop vite à la manipulation, ce qui nous éloigne du problème.)
Rappelons simplement que, dans les semaines qui ont précédé l'ouverture officielle de la campagne, le CSA, l'Observatoire français des médias et l'émission Arrêt sur images ont noté un écart sensible entre les pro-oui et les pro-non, de l'ordre de 70/30 à 60/40. Etaient exclues de l'évaluation les multiples interventions des chroniqueurs et éditorialistes, presque tous favorables au OUI, d'où il ressort que les écarts n'en auraient été que plus grands. Il était normal qu'ils s'expriment ; il était curieux qu'il n'y ait en face nulle opposition - sans doute l'intelligence ne se déploiyait-elle que dans ce camp-là... et c'est bien là que se niche ce qui gêne.
Ce déséquilibre s'est amoindri au début de la campagne proprement dite, sous l'impulsion conjointe des injonctions du CSA à rééquilibrer le temps de parole, d'hommes politiques pro-oui jugeant que cet état de fait risquait d'être in fine contre-productif (et ils avaient raison puisque certains électeurs se sont déterminés en raison même de ce matraquage, qui a fini, quelle ironie, par accréditer la thèse du complot : pourquoi n'y avait-il en face que le silence ou une bande de neuneus criant à l'invasion?), des lecteurs/auditeurs exaspérés par ce déséquilibre et, surtout, d'un texte émanant des rédactions de France Télévision (quelque 110 journalistes) appelant à un traitement équitable de l'information. Précisons qu'un nombre non négligeable d'entre eux se sont prononcés pour le OUI, mais ont jugé contraire à la déontologie ce qui s'est produit. Les émissions à l'origine de leur appel (très suivi : 19000 signatures) étaient celles de Christine Okrent et d'Arlette Chabot, où l'on était en pleine caricature. Les avez-vous au moins vues? Moi oui. Un ouiste proférant des généralités, on laissait faire. Un noniste faisant de même, on lui tombait dessus et le sommait de s'expliquer sur le champ, texte en main. Je n'invente rien. D'autre part, cet appel a été renouvelé depuis les résultats, puisque le déséquilibre prévaut de nouveau et qu'on ne voit sur les plateaux de TV - Fabius excepté - que des opposants de droite au traité (voir, sur Acrimed, la petite histoire contée des exclus : http://www.acrimed.org/article2052.html) J'ai regardé la récente 'émission de la sympathique et souple Arlette Chabot sur France 2, et j'étais atterée de voir que ne figuraient sur le plateau que des poujadistes bas du plafond - j'avais honte - quand en face pétillaient des ouistes à l'oeil brillant, et naturellement très respectables.
Un reportage diffusé sur France Culture auprès des journalistes de France Télévision quelques jours avant le referendum, un autre diffusé jeudi dernier dans le cadre d'Envoyé Spécial, ne laisse aucune place au doute et Stéphane Paoli, rédac chef de France Inter et pro-oui, le reconnaissait : il y a bel et bien un problème au sein des rédactions qui ont porte sur le devant de la scène un OUI dans des proportions jugées rétrospectivement problémantiques, et un clivage sur lequel il convient de s'interroger, lequel ne met pas seulement aux prises le bon peuple et ses élites, mais le coeur même des rédactions. Ajoutons encore que l'injonction de la direction du Figaro à ses propres journalistes de signer collectivement un texte en faveur du OUI a soulevé l'indignation des journalistes, qui ont refusé. Idem à RTL : nul texte exigé, mais une main mise sur toutes les émissions par la direction qui a donné des consignes formelles, sur les personnalités à inviter. Mais peut-être s'agit d'une affabulation...
De la même façon qu'il est évidemment passionnant de faire la sociologie des NON, on pourrait faire de même pour le OUI dans le corps médiatique.
Pas de complot ni de manipulation dans cette affaire, mais bien plutôt un clivage de "classe" au sein des rédactions, un forcing qui s'est en quelque sorte auto-propulsé, qui oppose de manière caricaturale les grands éditorialistes et les rédacteurs "stars", et les rangs de journalistes plus anonymes. Ceci m'a été confirmé par deux amis, l'un travaillant dans une grande radio nationale, l'autre à l'AFP, peu suspects l'un et l'autre de voir des loups partout, et du reste partagés sur le traité, et est patent pour qui suit tout cela de près, sans se borner à un unique journal ou une seule station de radio.
Lordon ne fait rien d'autre que dénoncer cet état de fait, porté par l'arrogance (oui) de certains d'entre eux et, que cela vous plaise ou non, Colombani et July ont écrit des choses non seulement sottes mais indignes.
Sur le libéralisme, il convient, Arnaud, d'apporter une précision d'importance, et vous auriez tort de croire que Lordon, brave économiste d'ordinaire discret officiant dans un obscur laboratoire du CNRS mais poussé hors du bois par tant d'âneries, voit dans le libéralisme le monstre que vous croyez sans doute qu'il voit. Il le redit du reste dans ce texte que vous avez mésinterprété. Si cela vous chante, voici deux liens pour lire ce qu'il écrit (avant de vous plonger peut-être dans ses livres passionnants, mais oui, sur le libéralisme, précisément), où il remet en perspective l'évolution interne de la France sur cette question, à quoi s'ajoute une mention sur les métamorphoses du libéralisme.
Libre à vous maintenant de juger inexacts ses propos et de les démanteler. Quant à l'arrogance et toutes ces sortes de choses déplaisantes que vous lui reprochez, Dom, relisez ce que vous m'avez écrit la première fois, et convenez que je suis de bonne composition... ceci dit tout à fait aimablement, considérant qu'on n'aime guère, par ici, qu'une petite main vous tape sur l'épaule et vienne vous souffler à l'oreille que, sans le savoir, vous dites des choses abominables... j'adore)
http://www.sociotoile.net/article104.html
http://www.alencontre.org/page/France/EuropeLordon03_05.htm
Rosenwallon, c'était sur France Culture dans Les matins, le 30 mai.
2005-06-04 18:26:24 de Frédérique Clémençon

Voilà, vous continuez : Colombani est un âne, moi je mésinterprête, Dom doit relire ce qu'il a déjà lu, et s'il n'y a pas complot il y a bien manipulation et folie collective...
N'est-ce pas paradoxal de critiquer les autres qui, soit-disant, aurait l'arrogance d'apporter la vérité, tout en disant dans un même temps qu'ils ont tous, sans exception, tort, et que vous avez raison ? À méditer.
Et comment classeriez-vous ce texte de Lordon ? Comme une brillante étude d'économie, précise et objective, digne d'un chercheur du CNRS ? (Tiens, un membre des "élites" qui n'est pas critiqué ? )
2005-06-04 18:54:05 de Arnaud

« État de fait », « indigne », « le bon peuple », etc. etc. Vous devriez faire attention : vous commencez à écrire comme Nordon et autres idéologues à la langue de bois, à la poursuite des "socio-traîtres"...
2005-06-04 18:56:28 de Arnaud

Seigneur, mais écoutez, bon sang. Contestez-vous les faits, dont j'ai essayé de rendre compte objectivement? Je comprends très bien que, compte tenu de la position qui est la vôtre, le ton de Lordon vous agace. Mais qu'en est-il de l'essentiel? Vous me prêtez des intentions que je n'ai pas, des idées qui ne sont pas les miennes.
Vous êtes, finalement, comme ces gens : autiste.
On arrête là. Ces dscussions tournent en rond et commencent vraiment à m'énerver. Vous aussi. C'est parfait.
2005-06-04 19:19:45 de http://

Il n'empêche, je ne m'explique pas cet autisme dans les "échanges" entre partisans du oui et ceux du non... Comme si les arguments contre l'économie ultra-libérale venaient buter contre un mur : finalement pour ceux qui ont voté oui, que l'économie devienne encore plus libérale ne pose pas problème... Comme s'ils considéraient qu'on ne peut faire autrement... Qu'il n'y a pas d'autre solution.
D'accord avec Frédérique Clémençon pour dire que, sur le fond, mon interprétation de la Constitution est proche de celle de Lordon (Mais, dans la forme c'est vraiment indigeste... La lecture fut longue et laborieuse).
D'accord aussi sur le fait que, "bizarrement", depuis le vote, on ne voit plus que les gens souverainistes de droite dans les médias... Pour ma part, je trouve cela inquiétant et absolument pas représentatif de ce que j'ai entendu resortir des sondages faits lors des élections. Pour moi, ce n'est pas un complot, c'est juste un fonctionnement des médias histoire de faire dans le "sensationnel", puisqu'une fois dit que la majorité des votants s'inquiétait du fait que le libéralisme se trouverait constitutionnalisé, ils ont tourné la page...
De même, ce post est le dernier sur le sujet : au cas où quelqu'un voudrait y réagir, désolé, mais je ne donnerai pas suite... C'est le der des der sur la question et je n'y reviendrai pas !
2005-06-04 22:40:54 de Au fil de l'O.

RICOCHET SOUCHON
(Un qui chante OUI à l'EUROPE et que j'aime bien)
{Refrain:}
Dans les poulaillers d'acajou,
Les belles basses-cours à bijoux,
On entend la conversation
D'la volaille qui fait l'opinion.
Ils disent :
"On peut pas être gentils tout le temps.
On peut pas aimer tous les gens.
Y a une sélection. C'est normal.
On lit pas tous le même journal,
Mais comprenez-moi : c'est une migraine,
Tous ces campeurs sous mes persiennes.
Mais comprenez-moi : c'est dur à voir.
Quels sont ces gens sur mon plongeoir ?"
{Refrain}
"On peut pas aimer tout Paris.
N'est-ce pas y a des endroits la nuit
Où les peaux qui vous font la peau
Sont plus bronzées que nos p'tits poulbots ?
Mais comprenez-moi : la djellaba,
C'est pas ce qui faut sous nos climats.
Mais comprenez-moi : à Rochechouart,
Y a des taxis qui ont peur du noir."
{Refrain}
"Que font ces jeunes, assis par terre,
Habillés comme des traîne-misère.
On dirait qu'ils n'aiment pas le travail.
Ça nous prépare une belle pagaille.
Mais comprenez-moi : c'est inquiétant.
Nous vivons des temps décadents.
Mais comprenez-moi : le respect se perd
Dans les usines de mon grand-père."
Mais comprenez-moi...
Ben, OUI, on a compris mais comment qu'on s'y prend maintenant ?
2005-06-04 23:18:52 de Marie.Pool

En pensant au MANTEAU... je pense soudainement à celui de St MARTIN !
2005-06-04 23:20:09 de Marie.Pool

Ce n'est pas que le "ton" m' "agace". C'est qu'il parle comme un idéologue d'ultra-gauche. Terrifiant.
Si ce type de personne était au pouvoir, bbbrrrr, où serions-nous jetés, nous les "universitaires et journalistes", comme il nous met dans le même sac.... On croirait lire un Khmer rouge.
Si vous n'appelez pas cela du populisme, alors répondez à la question suivante s'il vous plaît : qu'est-ce que vous appelez populisme ? Si vous ne voyez pas que ce texte se range dans du populisme haineux et anti-intellectualiste, alors trouvez-moi ne serait-ce qu'un seul texte sur le net que vous pourriez classer, vous, dans cette catégorie. J'attends.
2005-06-05 03:52:45 de Arnaud

Ces discussions m'énerveraient ? Il y a deux jours, l'Italie a demandé à ce que l'on étudie un retour à la double circulation lire-euro ! On en est là, à peine quatre jours la "victoire" du Non. Où va l'Europe ?... Se méfier des soit-disant acquis...
Quant à l'ultra-libéralisme soit-disant "inscrit dans la constitution" et dont on dit que je le défendrais, se reporter à l'article de Rosanvallon, déjà présenté. Ce mot est devenue un anathème de l'ultra-gauche, pour critiquer ses propres incapacités à gouverner. Il faut dire qu'ils n'ont jamais gouverné d'ailleurs, au LCR & co.
2005-06-05 04:04:38 de Arnaud

"Rosenvallon, c'était sur France Culture dans Les matins, le 30 mai", disais-tu, Frédérique. J'ai essayé de réécouter sur le site mais ça ne marche pas (même en bidouillant le nom de fichier). Est-ce que quelqu'un l'aurait enregistré ?
2005-06-05 04:51:17 de Berlol

Jacques Rancière, le vendredi 3, même émission, c'est très bien !
Et le fichier est bien disponible à l'écoute.
2005-06-05 05:51:39 de Berlol

"Populisme : n.m. (1929; du lat. Populus "peuple"). Ecole littéraire qui cherche, dans les romans, à dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple. "
2005-06-05 10:04:06 de arte

Tiens, voici une définition intéressante que je ne connaissais pas, cher Arte !
Quels écrivain(e)s représentent ce courant littéraire ? Quels pays concerne-t-il ?
2005-06-05 10:18:28 de Arnaud

Cara Frédérique,
Si on invite des "poujadistes bas de plafonds" (halte aux invectives), n'est-ce pas aussi parce que leur position a le mérite d'une indubitable cohérence idéologique et politique ?
Si on sommait les nonistes de se justifier texte en main, n'est-ce pas aussi parce qu'une part des arguments qu'ils avançaient reposaient sur des falsifications éhontées ?
(juste un exemple rappelé [il faudra désormais rappeler beaucoup] parmi les plus caricaturaux : le non 'féministe", d'un texte normatif sans doute le plus féminise qui soit, au nom d'une prétendue remise en cause du droit à l'avortement par l'article II-62-1 [il fallait bien que quelque chose allât de travers jusque dans la charte] : Toute personne a droit à la vie, alors que l'affaire avait déjà été réglée [des recours contre la loi française fondé sur une disposition analogue de la convention européenne des droits de l'homme avaient déjà été déboutés], tout simplement parce que tout juriste [c'est un métier] sait que l'embryon n'est pas une personne juridique [limites de l'autodidaxie, chers "éducateurs populaires"].)
2005-06-05 11:51:46 de Dom

Ouf, ça y est, j'ai fini de rattraper mon retard dans le JLR par les 2 bouts (30/5-3/6 d'un côté, 4/6-7/6 de l'autre : on dirait presque un score de tennis). Ce fut long, surtout les 109 commentaires du 30... Après ça, plus trop envie de mettre mon grain de sel...
2005-06-08 09:59:42 de Manu



Samedi 4 juin 2005. Le concept de ricochet.

J'avais idée de faire un petit bilan des commentaires post-électoraux mais je crois qu'il est encore un peu tôt... Attendre que le cake sorti du four soit froid pour le découper.

Et puis j'étais encore tout étonné d'avoir pu formuler clairement, je crois, une idée sur le texte de Sartre alors qu'hier soir et ce matin encore, elle était brumeuse. C'est l'exemple typique de l'injonction de penser à laquelle celui qui n'a que quelques notes d'une lecture attentive doit obéir devant ses étudiants pour réussir un cours — par rapport à celui qui rédigerait à l'avance (ce rédigé-à-l'avance qui rend souvent les conférences et les colloques si soporifiques).
En effet, j'avais bien noté aux pages 175-176 la convergence paroxystique des éléments épars de la nausée de Roquentin (le dégoût de l'humanisme, le galet, la valorisation du toucher, les objets perdant leur utilité, leur devenir monstre, tout comme Roquentin lui-même, contraint de s'enfuir), j'avais même déjà remarqué la raison probable du choix du « galet » comme chose inaugurale de la nausée (son paragrammatisme avec « égal », « que tout me soit aussi égal, ça m'effraie » (p. 175), qui ouvre le chemin de la contingence et de la gratuité, du « trop » (p. 183) des choses et des actes), mais je n'avais pas prévu de trouver la « clef » (p. 184) cachée du déclenchement des crises : le concept de ricochet (p.14 et al.). Ne préparant mes cours d'explication de texte le plus souvent qu'avec ma propre confrontation à l'œuvre, je ne sais si des chercheurs ont déjà dégagé cela de leur lecture — un googlage tend à faire penser que non. De quoi s'agit-il ? Éh bien, du fait que la nausée que ressent Roquentin vient chaque fois de l'extra-ordinaire manifestation d'un objet (galet, poignée de porte, manche de couteau, etc.) qui, perdant sa fonction sociale conventionnelle, devient monstrueusement présent (existant) et inutile, c'est-à-dire aussi prêt à n'importe quoi (vertige de l'infini fonctionnel). Or qu'est-ce que le ricochet ? C'est le rebond d'un solide sur un liquide du fait du faible angle d'arrivée (à mesurer à l'