Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Mars 2008

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Samedi 1er mars. Se faire sucer les doigts par des carpes.

Téléphone à mon père, pas opéré hier comme prévu. Ce sera pour lundi, et ça commence à l'énerver (l'idée qu'une urgence urgente a pu lui piquer sa place au bloc...).
Papeterie avec cartes postales de M. Chat, au coin de la place du Martroi (pas le temps, y revenir).
Rendez-vous avec ma mère et mon beau-père là où je les avais retrouvés il y a deux ans sous la neige, place du Martroi, mais cette fois au soleil. Récupération de la capuche en cuir de T. (s'agissait de fixer des passants élastiques pour faire tenir solidement la capuche à la veste, retouche parfaitement exécutée).

Vers La Ferté Saint-Aubin, histoire de voir un peu de forêt de Sologne. Puis Lamotte Beuvron. Entre les deux, un motel aperçu en passant et qui ressemble curieusement à celui d'Ascenseur pour l'échafaud...
Restaurant quelconque en bord de route (on verra exactement les mêmes queues d'écrevisses le soir-même dans notre supermarché), mais comme on a plein de choses à se dire tous les quatre, pas de problème.
On se décide pour l'Aquarium du Val de Loire. Donc, direction Amboise, de nouveau. T. et moi, à l'arrière, on fait grassement la sieste.
Ce n'est pas un super moderne aquarium, avec deux millions de variétés de toutes les couleurs et des groupes de visiteurs de trente-huit pays. Il y a quelques minables jeux et décorations en bois, pseudo pédagogiques et destinés aux enfants analphabètes du XIXe siècle. Mais tout de même une belle présentation des étapes poissonnières de la Loire, des bestioles de la source jusqu'aux énormes tanches et silures du fleuve adulte. Un des bassins, ouvert, permet de tremper sa main pour se faire sucer les doigts par des carpes gentiment visqueuses. Les éclairages délicats ont des effets thérapeutiques. Il faut dire qu'un petit rhume m'est venu depuis hier, que j'éternue et mouche modérément.

A compléter...


Dimanche 2 mars 2008. Par haut débit au sinus gauche.

Journée en deux temps. D'abord, déjeuner chez un des professeurs du stage, féru comme nous de littérature, entre autres, et par ailleurs lecteur du JLR. Ensuite, promenade en ville suivie d'une séance de cinéma purement distractive.

Parmi les interférences entre le texte en ligne et la vie en société, il faudra désormais citer le menu sous influence. En effet, ayant signalé l'autre jour l'ouverture de ma semaine de l'agneau, puis l'impossibilité d'en trouver dans les restaurants d'Orléans, le collègue inspiré que nous nommerons DB, DB, donc, David le reconnaîtra, a eu cette savoureuse idée de nous préparer un tajine d'agneau. Si le rhume finissant limite mon appétit (je ne reprends pas de tout trois fois), il ne m'empêche toutefois pas de sentir les arômes et d'apprécier l'excellent déjeuner. Les papilles neurotransmettent par haut débit au sinus gauche de me lâcher un peu le front, de remballer le piolet planté dans le lobe et de libérer un peu la parole pour suivre T., DB et son épouse dans la conversation.
Sans ordre ni fards, il est question de vie orléanaise, vie tokyoïte, littérature, enseignement de langue (qui nous concerne tous les quatre), et on en arrive même, signe de véritable connivence, aux confitures de figues...
Justement, la voisine leur en a donné deux pots faits maison l'an dernier et, le temps de retrouver le second, voilà-t-il pas qu'il est pour nous, dis donc !

Le film, tenez-vous bien, c'est Astérix aux jeux olympiques. Si si. On n'aura pas besoin de le voir deux fois mais ça nous distrait bien, sans complication. Un aspect pédagogique intéressant à signaler : les clins d'yeux sont tellement gros et appuyés qu'ils peuvent être expliqués à des personnes étrangères à la culture française de ces trente dernières années sans avoir besoin de mettre sur pause...

A compléter...

Commentaires

1. Le jeudi 6 mars 2008 à 10:23, par brigetoun :

quelques lignes hors de la campagne, quel bien ! en prime une rencontre que je vous envie un peu (quoique je vois mal ce que j'aurais pu lui dire)



Lundi 3 mars 2008. Amalgame de quartiers morts où jamais rien ne prend.

Déjeuner avec Antoine Volodine et T. au Grand Martroi. Belle entente. Belle dédicace sur le Port intérieur, aussi. Fructueux échanges sur le cinéma, la littérature, les rites extrême-orientaux. Sans oublier la vie orléanaise, entre ville à échelle humaine où l'on vivrait tranquille et amalgame de quartiers morts où jamais rien ne prend.
En plus, y'a de l'agneau en plat du jour.
Du coup, on prolonge, on prolonge et on reste dans un coin un peu trop frais du restaurant, car...

Refroidissement climatique subit. Marche dans la ville dans la belle lumière du couchant.

Commentaires

1. Le jeudi 6 mars 2008 à 10:23, par brigetoun :

quelques lignes hors de la campagne, quel bien ! en prime une rencontre que je vous envie un peu (quoique je vois mal ce que j'aurais pu lui dire)



Mardi 4 mars 2008. Un choc, c'est positif et négatif à la fois.

Matin à Orléans, après-midi à Paris.

Tout va bien, à la fac. Pas la peine d'en dire plus. Sauf que ça caille, sur le campus. Je préviens encore les étudiants de bien s'équiper jeudi et surtout de bien se réveiller à l'heure...
Retour au Grand Martroi pour déjeuner rapide avec T. J'ai trouvé pour elle à la FNAC des Contes de Perrault en bandes dessinées

Une chose est sûre, T. n'aime pas les giboulées. (Elle vient de se faire arroser de grésil par grand soleil en traversant la place du Martroi.)

Train pour Paris à 14h02. Faut pas le rater, celui-là, parce qu'il n'y en a pas d'autre avant 16h30 ! Changement aux Aubrais, évidemment. D'Austerlitz, près de vingt minutes pour aller à Bastille. Deux stations mais des problèmes de signalisation (sic)... On n'y croit guère. Enfin, une douzaine de stations pour arriver à l'hôpital Henri Mondor de Créteil. Soins intensifs de cardio, au 11e étage, nettoyage des mains au gel désinfectant, sonnerie à la porte sécurisée pour accès à la chambre paternelle.
Un choc, c'est positif et négatif à la fois. Voir son père vivant, après tout ce qu'il a vécu ces derniers mois et ces dernières heures (l'opération s'est bien déroulée), c'est une joie. Mais voir du couloir, toutes portes ouvertes, sa tête fatiguée au milieu d'un océan de draps, de fils, de tuyaux, d'appareils entreposés du sol au plafond, tenus par des bras mécaniques, c'est un peu dur. La gorge s'en noue.

Je trouve ceci ce soir, chez un universitaire anglais, bien rafraîchissant après les horreurs et mesquineries franco-françaises qui se sont imprimées ces derniers jours sur Robbe-Grillet. Et il y a encore quelques paragraphes bien sentis sur le Nouveau Roman à la suite...

« Robbe-Grillet was one of the founder members of the ‘Nouveau Roman’ or the new novel that took the intelligentsia by storm in the 50s and 60s. Rather in the way that modern art explores the visual by challenging, subverting or simply abandoning all traditional strategies of representation, so the new novel dispensed in a cavalier fashion with plot, characters, orthodox description and conventional endings to see what happened to this thing called the story. You will appreciate that the new novel is not always the easiest comfort read, but I cannot help but like them. Much in the way mechanics take motorbike engines apart to figure out how they function, any student of literature can never look at narrative the same way again, once it has been systematically dismantled by these novelists.» (du blog Tales fron the Reading Room)

Commentaires

1. Le samedi 8 mars 2008 à 03:26, par Bikun :

Bon rétablissement au papa...

2. Le samedi 8 mars 2008 à 04:41, par Philippe De Jonckheere :

Je revois très bien le petit rituel, le lavage des mains, les protèges chaussures, et le petit chapeau de tulle à coiffer avant d'appeler à la petite sonnette, vous venez pour qui? pour mon père. Oui, mais c'est quel monsieur? Monsieur De Jonckheere. Et comme tu le dis, les tuyaux et la gorge qui se serre, l'impression que lui et son voisin étaient passés sous un train. De retour dans le vestiaire, consoler une femme dont le mari en était à sa troisième semaine de réanimation, elle m'est tombée dans les bras, elle a du penser que j'avais la carrure pour cela.

Et ironie du sort, ensuite je traversais tout Paris pour retrouver Anne à la maternité, Adèle venait de naître. Transition.

Alors du nerf. Amicalement, plus que jamais.

Phil, du train, de la gare de Lyon, départ pour Clermont dans cinq minutes, je me demande à quoi je penserai dans une heure et demie quand le train filera le long de la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire.

3. Le samedi 8 mars 2008 à 14:33, par Litlove :

Je suis tres contente de trouver une citation de mon blog ici. D'avoir plu a une francaise au sujet d'un ecrivain aussi important que Robbe-Grillet, c'est un grand plaisir pour moi aussi.

Je vous envoie tous mes meilleurs voeux pour la sante de votre pere. J'espere qu'il se retablit bien vite.

4. Le dimanche 9 mars 2008 à 05:55, par pat :

Bien auprès de toi, et prompt rétablissement à ton père.
Sache que les pensées sont fortes et soutiennent alors je fais un voeux...

5. Le dimanche 9 mars 2008 à 10:21, par Emmanuelle Peslerbe :

Je vous remercie pour "Peines perdues". J'ai travaillé en cardiologie. Pensées.
Emmanuelle

6. Le dimanche 9 mars 2008 à 14:20, par Berlol :

Merci de vos soutiens cardiaques ! Ce sera transmis au bénéficiaire. Promis.

7. Le lundi 10 mars 2008 à 07:38, par Manu :

Bon rétablissement de ma part également.



Mercredi 5 mars 2008. Mes chats, rues désertes.

10 heures. Soleil et vent froid. Orléans devenu Suède-sur-Loire.

J'accompagne T. à la médiathèque où elle a rendez-vous au fonds ancien. Je laisse ensemble les deux mazarinadières, destinées l'une à l'autre depuis deux ans, et m'en retourne plein nord dans le froid, le vent, le soleil. Je tourne d'abord dans le quartier Saint-Bannier, où Antoine Volodine m'a indiqué de grandes peintures murales de M. Chat. Après avoir vu un homme qui passe des journées entières dans les arbres, à les tailler, je rencontre mes chats, rues désertes, autour de l'Institution Serenne.

Le toponyme n'est pas une coïncidence, j'imagine, pour l'homme aux chats.

Une heure après, je vais à la FNAC pour me réchauffer. En sors avec 17 Fables de La Fontaine par Luchini, et No Sport, le dernier Rodolphe Burger. D'autres m'auraient intéressé, mais c'est trop cher, les disques.

Déjeuner avec T. à la Chancellerie. Jambon à l'os versus assiette périgourdine.
Cinéma : Les Femmes de l'ombre. Interviewé à la sortie, avis très positif. Bonne histoire, bien jouée. Un peu plus qu'une distraction. Pourra également servir en cours.

Depuis trois jours, emploi du temps oblige, nous nous demandons si nous pourrons aller voir Le Pianiste, adaptation théâtrale avec Robin Renucci, proposée par le CADO au Carré Saint-Vincent ces jours-ci. Or, tandis que nous arrivons près du théâtre, Robin Renucci, qui venait déjà de se rappeler à nous par un second rôle dans le film que nous venons de voir, marche naturellement sur le trottoir et nous croise. Sans que nous l'arrêtions, bien sûr. Mais ça fait trop de signes pour rester expectatifs. Nous allons droit au guichet prendre deux places pour dimanche.

Dîner de restes. On se couche tôt, sans blog et sans lecture. Pas seulement à cause du départ de demain.

Commentaires

1. Le lundi 10 mars 2008 à 07:36, par Manu :

La musique, il faut l'acheter en ligne, c'est moins cher !



Jeudi 6 mars 2008. Me mitraillent avant la merveille.

Lever à 4h30 pour départ une heure après. 6 heures, la noria des voitures des familles d'accueil prend fin, tous nos petits agneaux frileusement serrés sur le parking quand l'autocar arrive. Personne n'est en retard. La leçon de la semaine dernière a été retenue — ils apprennent bien, tout de même.
Routes et autoroutes calmes — tout le monde dort — jusqu'à l'aire de repos du Mans. Une petite demi-heure d'arrêt café, pipi, achats et ça repart. Dehors, les grains se succèdent, suivis de soleil. Impossible d'imaginer quel temps on aura dans une heure, sur le caillou. Près du Mont Saint-Michel, j'enlève un pull et j'arbore deux minutes mon tee-shirt rouge Tous les jours, c'est l'enfer, de Beppu, avant de remettre ma laine polaire — tous les appareils photos sortent et me mitraillent avant la merveille. T. et moi expliquons à Takeshi et à l'accompagnatrice d'Orléans de quoi il retourne, culturellement et linguistiquement, sous ce maillot.
Je me demande toujours si mes amis français à qui j'en ai offert un il y a deux ans l'ont porté ou le portent encore... Et quel effet cela a pu avoir sur leur entourage ou dans les rues.

Arrivée vers 11h30. Menons le groupe jusqu'aux Terrasses de la Mère Poulard, où sera le rendez-vous de 13h30, après ce premier temps libre. Le groupe s'égaille dans les rues, ruelles, chemins de ronde, toilettes, vous connaissez le Mont... Déjeuner à 4, tout à fait quelconque et service médiocre, à la limite du contestable, à la Vieille Auberge. C'est à se demander quel restaurant est bon dans ce cône !...
Visite de l'abbaye de 14 heures à 15h15, avec audioguide pour chacun, ici aussi. Liberté encore, jusqu'à 17h15, c'est le moment de faire les boutiques. T. et moi y sacrifions aussi. On trouve même quelque chose pour le nouveau-né de Christine et Thomas.
Enfin, les cinq dernières minutes de car de la journée, pour arriver à l'Hôtel Vert. Dîner à la Rôtisserie attenante où un menu saumon fumé, mousse de saint-jacques, agneau et omelette norvégienne a été confectionné pour notre caravane.

Éclairé, là-bas, le Mont Saint-Michel nous attire. Nous marchons vers lui, de nuit, sur l'étroit sentier, le long de la route noire, suivis quelques temps d'étudiants qui rient en trébuchant. Quand une voiture passe, nous devons nous arrêter car le relief du chemin n'est plus visible. C'est la première fois que nous faisons, bien couverts, cette superbe promenade. C'est peut-être aussi la dernière. Les travaux sur le Couesnon ont bien avancé et bientôt un pont avec petit train remplacera la route, l'eau circulera librement...
Comme nous avons recommandé aux étudiants de ne pas faire trop de bruit dans les couloirs de l'hôtel après dix heures, la soirée est plutôt calme. On s'endort sans difficulté avant minuit.


Vendredi 7 mars 2008. En réchauffer une qui menace glace.

Petit déjeuner à 7h30, tout le monde est à l'heure. La responsable du SRI est épatée de la discipline de notre groupe. Mais on ne le fait même pas exprès.
Matinale route de la côte jusqu'à Saint-Malo.
Au point de rendez-vous, une guide professionnelle nous rejoint pour faire la visite, principalement sur les remparts, en plein vent, dans le froid. Des étudiantes sont obligées de se coller en rond comme des pingouins pour en réchauffer une qui menace glace. Je m'avance sur les remparts pour photographier de loin tout le groupe.

Aux deux tiers, je m'éclipse vingt minutes pour aller au Grand Bé, dont la marée descendante vient de libérer l'accès. J'admire trois secondes la volonté chateaubrianesque puis — les étudiants ont quartier libre jusqu'à 13h30 — je rejoins le groupe à La Licorne, restaurant en face de l'hôtel de ville. Enfin, le menu de mes rêves : six huîtres et des côtelettes d'agneau. Galettes pour T. et mes collègues.

Route du retour avec arrêt sur l'autoroute, à la station-essence, puis à Chateaudun, au pied du château, d'où je monte par la descente Saint-Pierre (200 marches) pour aller chercher du pain sur la place du 18-Octobre, où l'autocar s'était arrêté il y a deux ans. L'arrêt de cette année, au bord du Loir, est beaucoup plus impressionnant (et en plus, il y a des toilettes publiques et gratuites).

Arrivée au point de rendez-vous final, sur le campus d'Orléans, avec 3 minutes d'avance. Vraiment un excellent chronométrage. Trente minutes plus tard, hélas, une famille n'a pas encore récupéré son étudiante. Il fait trois degrés, il pleut, il fait nuit noire dans ce coin désert du campus... Y'a de l'abus. Je leur téléphone. Ils ont envoyé quelqu'un qui a dû se perdre dans le campus. Mais bon, la personne arrive quand même, peu après, et on peut rentrer se coucher. La prochaine fois, faudra qu'ils comprennent que c'est plutôt à eux de venir, tout de même...
On dormira bien, cette nuit. Mission accomplie.


Samedi 8 mars 2008. Avec seulement deux tuyaux.

À peine grassouillette matinée — jusqu'à 8 heures. De fait, on est en forme. Phase lumineuse de giboulées.
Départ à 11h10 pour choper de justesse le 11h43 pour Paris. Déjeuner à la gare d'Austerlitz (poule saveur des sous-bois, sauce un peu trop salée, en vérité). Traversée digestive du Jardin des Plantes. On admire les bourgeons de cerisiers (on n'en verra pas les fleurs, hélas...), le mimosa fleuri et odorant, nous « narines bées », près des serres en travaux (plus poli, le mimosa, n'a pas attendu qu'on soit parti), les wallabies qui sentent moins la fleur (se boucher le nez), le tout nouveau café restaurant La Baleine, qui paraît bruyant à l'intérieur et enfumé sur la terrasse...
La promenade continue par la rue des Écoles. La boutique L'Harmattan Vidéo où l'on trouve un documentaire sur les terroristes japonais des années 70-80, Japon : les années rouges, de Michaël Prazan (2001), ainsi que deux films réédités (y'a qu'en France qu'on se passionne comme ça pour ce cinéma japonais-là, pas au Japon, en tout cas) : La Bête aveugle (1969) et Tatouage (1966), de Yasuzô Masumura. On verra tout ça, là-bas.

Puis nous filons sur l'hôpital Mondor de Créteil pour voir mon père — c'est l'heure étroite des visites aux soins intensifs. Et puis je dois soigner sa notoriété réticulaire, maintenant que Philippe est passé par là. Il est dans la même chambre, toujours ouverte sur le couloir de service, mais assis dans un fauteuil, avec seulement deux tuyaux, et il lit un roman d'Agatha Christie. Sa fébrilité nerveuse et morale de mercredi dernier a disparu, il a de bonnes couleurs et une mine bien expressive. Au lieu de ne rester qu'une vingtaine de minutes pour ne pas le fatiguer, comme l'autre jour, nous nous installons, papotons sans regarder le temps passer, testons le matelas gonflable et électroniquement programmé jusqu'à l'heure de son repas, moment où d'ailleurs arrivent une tante et une cousine auxquelles nous cédons la place (pas plus de deux personnes par visite) avant de les retrouver dans la salle d'attente.
Retour place Monge pour dîner avec Hubert de Phalèse puisque Michel et Henri sont là (les avions vus séparément l'été dernier, en Corse puis en Bretagne). Retrouvailles façon strasbourgeoise puisque Titine, qui suit là-bas une prestigieuse formation continue, en a rapporté cet après-midi même un kilo et demi d'une excellente choucroute. Elle aussi, on lui a vu une grosse valise, tout à l'heure !


Dimanche 9 mars 2008. Dans la puissance des creux.

Sortir tôt rue Monge sous un petit crachin, faire cent mètres pour rapporter des croissants frais à une table nombreuse, voilà un petit plaisir que je trouve quand même trop rare... Et puis c'est encore un départ, des promesses de revoyures.

Train de 11h41, sans problème, avec un peu de Volodine quand France Info devient inaudible, après Athis-Mons (le tuner du i-river n'est pas très puissant). Il pleut sur Orléans. Déjeuner rapide à l'Entracte, devant la gare (pizza et pâtes moyennes).

Carré Saint-Vincent à 15 heures, il y a foule. Saluons une responsable du SRI, elle aussi venue pour la représentation. Robin Renucci nous sauve du vide théâtral d'Orléans (c'est toujours l'inter-saison quand je viens, il y a deux ans c'était Joël Pommerat qui m'avait sauvé la mise). Renucci est en scène avec Mikhaïl Rudy pour une adaptation dialoguée du roman de Wladyslaw Szpilman, Le Pianiste. Le dialogue entre les deux hommes mêmement habillés est en fait un monologue assuré par deux instruments, la parole et le piano. Sobres tous les deux, ils laissent les mots projeter en nous les souvenirs individuels et cependant toujours déjà connus : les uniformes, les rafles de Juifs, les regroupements de familles près de trains et de brouillards, les bombardements, les traques, les planques, les loques, les débris de nourriture, le froid, la peur, etc. Renucci n'ignore pas que son public a vu le film de Polanski plus souvent que lu le roman de Szpilman. Il ne pouvait pas faire comme si ce film n'existait pas. Il sait que nous savons déjà. Ses choix de sobriété, de diction presque neutre, de refus de jouer ou de costumer la souffrance et la misère lui permettent d'inscrire la parole et la musique dans la puissance des creux de nos images.
Et c'est aussi pour cela, sans doute, qu'à la sortie T. est réjouie de ne s'être point ennuyée, d'avoir pu suivre et apprécier texte, jeu et musique.

C'est qu'il n'est jamais très loin, le Renucci d'Escalier C (Tacchella, 1985)... Et l'on se prend à rêver de voir son Sempre Vivu !

Saucé par une bonne averse, je réussis enfin à faire des courses au Petit Casino de la rue Jeanne-d'Arc (y suis passé avant le théâtre mais n'est ouvert que de 16 à 19 heures, le dimanche — c'est déjà bien). Quand j'en sors, la pluie s'est arrêtée. Très beau soleil sur la cathédrale, sur fond de nuages noirs. J'ai oublié mon appareil-photo dans une autre poche. Dîner simple, salade et poulet froid, avec, en fond sonore, les commentaires de la soirée électorale. Pas d'estimations pour Orléans, c'est que ça doit être serré...

Commentaires

1. Le samedi 22 mars 2008 à 17:05, par Manu :

...là ; aurais-je raté autre chose ?

2. Le samedi 22 mars 2008 à 19:26, par Berlol :

Tu veux parler de quoi ?

3. Le dimanche 23 mars 2008 à 01:02, par Manu :

La première partie de mon message (postée au 8 Mars : "Mise à jour ici...") est-elle bloquée dans ton filtre ou ai-je oublié d'appuyer sur envoyer ?

4. Le dimanche 23 mars 2008 à 01:39, par Berlol :

Non, rien d'autre dans le filtre. Reproduis si tu t'en souviens, sinon laisse tomber... Au plaisir de te lire.



Lundi 10 mars 2008. Le riz, ça ne va pas du tout.

Comment éviter le calcaire dans l'eau des plantes ? Mettre une cuillère à soupe de vinaigre blanc par litre et demi, laisser reposer vingt-quatre heures et utiliser tel quel. C'est un conseil entendu sur France 2, ce matin.
T. trouve justement que l'eau, en France, en général, est trop dure, dit-elle. Ainsi d'un pays à l'autre, entre le Japon et la France, par exemple, les dosages des médicaments diffèrent en fonction de l'eau. C'est parfois du simple au double, selon que l'eau est peu ou très chargée en calcaire et minéraux.
T. n'ose pourtant pas essayer le vinaigre, même d'Orléans, dans ses préparations homéopathiques...
 
Déjeuner à la Chancellerie. Excellents, l'agneau de lait et le lapin à la tomate !
Un peu plus de temps que d'habitude, ensuite, pour passer tous les deux à la gare, acheter des billets pour demain. Puis à la FNAC. J'y repère quand même 4 volumes de la collection Déplacements, au Seuil, et prends celui de Lise Benincà, Balayer, fermer, partir, qui vient de sortir. Ainsi qu'Un Bras dedans, un bras dehors d'Emmanuelle Peslerbe (Rouergue, 2007), que JFP m'avait recommandé (si je me souviens bien).

Rejoignons une responsable du SRI de l'université d'Orléans. Elle nous a amicalement proposé de découvrir les Balnéades, à Ardon, tout près de La Source, où elle va de temps en temps, notamment pour les bains, sauna et hammam. On a ça un peu toutes les semaines, au Japon, mais ici, ça nous manque, on rouille, on a froid... Les centres de sport, ici, demandent de souscrire des abonnements réguliers.
Quand nous y arrivons, après quelques ronds-points, nous constatons avec effarement que c'est LA semaine de vidange et nettoyage des bains... La seule de l'année ? Le personnel de l'accueil ne s'en excuse même pas (sans doute marre de répéter ça à tout le monde).
Gros Jeans comme devant, mais sans trop de dépit, après tout, il n'y a pas mort d'homme, nous prenons un café et papotons tranquillement des stages, des étudiants, des modes de vie ici et au Japon, jusqu'à 19h30. Et pourquoi pas dîner ensemble ? Et pourquoi pas tester ce restaurant japonais branché, Jin, que nous avons repéré dans le centre-ville ? Téléphone, réservation, voiturage. On y passe un bon moment, chez Jin, place Louis XI. La déco nous plaît bien. On essaie d'oublier cette femme étrangement indifférente, peut-être mélancolique, qui casse l'ambiance à l'accueil, derrière le bar. Nous commandons 3 menus identiques, chacun avec 6 sushis, 6 sashimis et 6 makis, précédés d'une soupe et d'une salade de chou mariné. La soupe de miso n'est pas assez chaude. Bon, ce n'est pas grave. D'ailleurs, le poisson des sushis et sashimis est bon, voire excellent — c'est surtout le cas du saumon, selon T., qui d'habitude ne l'apprécie guère. En revanche, le riz, ça ne va pas du tout. Trop cuit. Trop écrasé. En trop grosse quantité sous les tranches de poisson. Et pas assez vinaigré. Serait-ce encore une question d'eau dure ? Le nori, autour des makis, est déjà un peu humide, comme s'il avait été sorti depuis une heure — ou pire, comme si les makis étaient préparés à l'avance... T. remarque également que les légumes crus tranchés fin, chou ou concombre, ont un arrière-goût de poisson. C'est-à-dire qu'ils ont été coupés sur la même planche que le poisson, voire avec le même couteau ou avec les mêmes doigts sans les laver entre deux actions. Dans tous les cas, une erreur grave pour le goût et pour l'hygiène.
On n'en mourra pas, mais on aura du mal à digérer.

Commentaires

1. Le lundi 17 mars 2008 à 14:59, par christine :

c'est peut-être chez moi, là :
blog.lignesdefuite.fr/pos...
que tu avais entendu (lu) parler du premier livre d'Emmanuelle Peslerbe



Mardi 11 mars 2008. La pleine forme que je leur ai connue.

Au café d'Austerlitz, dans la salle de la fresque Napoléon, notre voisin, style cadre bien habillé, barbe bien taillée, qui avait pris un plat du jour, excédé par la lenteur d'un serveur seul pour une vingtaine de tables, finit par partir, tranquillement et récriminant encore, sans payer. Nous témoignons ensuite, auprès du serveur courroucé, qu'il est parti après avoir appelé et attendu. T. fait remarquer qu'il aurait pu laisser sur sa table la valeur de son plat... La volonté de punir a été plus forte que l'honnêteté.

Dernier aller-retour à Paris, donc, uniquement pour voir mon père à l'hôpital Mondor de Créteil.
Il est maintenant seul dans une chambre, avec la télé, un lit, une chaise, un fauteuil et un cabinet de toilettes — grand choix de positions. Des couleurs au visage, et des expressions, des récriminations contre le personnel soignant. Bref, il est tel qu'en lui-même.
Nous lui apportons le téléphone portable de T., acheté le mois dernier à Orléans et dont elle n'aura plus besoin dans trois jours. Bien sûr, il faut expliquer les fonctions de base et enregistrer tous les numéros dont il pourra avoir besoin. Il semble très content de cela. Ou bien, c'est de sentir qu'on s'occupe bien de lui.

Dans le métro de retour, un appel de mon cousin. Il est à Hendaye parce qu'un oncle il y a trois jours, puis une tante hier viennent de quitter ce monde. Suis surpris de la coïncidence, sincèrement attristé. On ne peut cependant pas prévenir mon père tout de suite, dans son état...
Pas vus depuis longtemps, plus de quinze ans, je garderai d'eux le souvenir de la pleine forme que je leur ai connue dans les années 80.
Entre Bastille et Gare d'Austerlitz, annonce d'incident technique. Sortons pour y aller à pied. Superbe soleil sur fond de nuages sombres, situation photogénique par excellence. Un vrai cadeau, cet incident.
Prenons le train de 18h03, bien plein de gens qui reviennent du travail. Un peu de France Info pour entendre parler des magouilles électorales puis lecture paradoxalement salvatrice, comme toujours, jusqu'aux éoliennes.

«Tu te lèves. Tu palpes l'espace et tu en enregistres les angles, pour le cas où tu devrais fracasser dessus un agresseur. Tu te rassieds.
Tu frissonnes.
Tu restes longtemps inerte. Tu penses à ton voyage du lendemain aux îles, et l'image de Gloria se dessine en toi, imprécise, au début, si conventionnelle que n'importe quelle inconnue à cheveux noirs pourrait s'y substituer, puis très détaillée, et soudain c'est un portrait magnifique de Gloria qui apparaît, éclairé par la lumière et par les transparences des îles. Gloria marche sur les galets. Elle ne va pas à ta rencontre, mais elle ne s'éloigne pas de toi. Le rivage scintille au soleil.
Elle existe, elle n'existe pas, c'est une inconnue à cheveux noirs, parfois tu inventes un passé au cours duquel tu as été heureux avec elle, longtemps, pendant une vie entière, et parfois tu ne lui as même pas adressé la parole, elle t'a simplement frôlé, dans des structures clandestines qui se donnaient pour objectif d'exécuter des nettoyeurs ethniques, des vendeurs d'armes, des idéologues de la boucherie, des seigneurs. Bien que souillé pour toujours par la guerre, tu es resté un homme qui rêve sa vie, un habitant de l'imaginaire. Sans mirages, tu sombrerais, tu aurais sombré, petit frère, tu aurais refusé d'aller plus loin dans cet enfer.»
(Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 61-62)


Mercredi 12 mars 2008. Là, pour moi, un gros empêchement.

Oui, je sais, il manque VSD de la semaine dernière... Ça va venir.
Il faudra que Laure me dise quand elle fait commencer la « Saison 2 » du JLR... Ceci dit, je trouve très intéressante, l'idée d'un rapprochement entre blogs littéraires et séries télévisées. Tout à fait dans le sens de ma réflexion de l'an dernier sur les (dis)continuités (Glottopol, 10, juillet 2007).

Nuit agitée, dehors. Des vents à faire peur, à se demander, pris dans les rêves, si la fenêtre double vitrage va tenir. Et vers cinq heures du matin, réveillés en sursaut par la pluie qui se jette à l'horizontale contre le verre, ajoutant aux sifflements des claquements comme de la grêle.

Après quelques détails à régler avec l'université, notre dernière séance de cinéma, pour la sortie de MR 73, d'Olivier Marchal, par ailleurs petit nom d'un manurhin qui trouvera son usage, à retardement. Excellente histoire, excellente prestation de Daniel Auteuil, mais, par dessus tout, une époustouflante qualité de la photo, des cadrages et du grain de l'image. Et une belle histoire, oui, aussi.
Avant, il y avait encore eu cette bande-annonce pour le film de Philippe Claudel. Je ne sais rien de son film. Ni pour, ni contre. Mais je suis dégoûté du film d'avance, et T. itou, par cette bande-annonce racoleuse, gros-plans chialeurs, étalage de sentiments de spectateurs façon clients après échange de barils de lessive. Là, pour moi, un gros empêchement.

Déjeuner rapide au Grand Martroi (tiens, des quenelles !), puis courses diverses dans le quartier.
Impossible de trouver le baume après-rasage hydratant du Givenchy Blue Label. Dans tous les magasins qu'on a fait à Orléans, il y a l'eau de toilette, mais pas d'après-rasage. Je ne fais pas du consumérisme gratuit, en évoquant ce produit rebelle — dont je ne suis pas dupe mais. Il se trouve que c'est celui qui va le mieux à ma peau.
À moins d'avoir une peau bonne pâte, arrangeante, c'est tout de même un brûlant problème, pour les hommes. En fait, c'est ma peau qui est rebelle, pas moi...

Encore un superbe M. Chat, cette fois, dans le jardin de la Vieille Intendance...

Dîner dans une famille d'accueil, à deux rues de chez nous. On est invités tous les trois, on n'a que le parvis du théâtre à traverser.
Mme L. donne aussi des cours de cuisine, en plus de son travail, et monsieur L. nous voiture tôt au campus quand c'est possible. Petites entrées apéritives, dont pâtissons à l'aigre-doux, foie gras sur pain au cacao, brochettes de tomates et mozarelle roulée dans le parmesan (piquées sur un chou), verrine de crevettes et pamplemousse, etc., accompagnées d'un excellent pastis bleu d'origine secrète (cobalt qui rappelle les eaux toxiques dans le cratère du mont Shirane...).
À table, en entrée, une pressée de quinoa (merci, Takeshi, pour ce rappel de la graine en commentaire). Puis magret de canard sur purée d'un légume dont je n'ai pas retenu le nom, sinon qu'il commence par un h. Légume d'autrefois, qui revient dans les pratiques de grands chefs, avec un goût entre la pomme de terre et l'artichaut. reste difficile à trouver, si j'ai bien compris.
Expériences culinaires très réussies. Gardons privées les conversations, elles aussi bien agréables. Et expérience encore, pour l'étudiante à résidence, sans doute une des plus gâtées du stage (T. m'a dit qu'elle avait parfois accompagné des étudiants au restaurant français, à Tokyo, et que certains avouaient n'avoir jamais utilisé une serviette de table, ou ne pas savoir comment utiliser le service à poisson, ou ne pas comprendre l'ordre des trois fourchettes et couteaux dans un menu complet...).

Commentaires

1. Le jeudi 13 mars 2008 à 16:24, par Laure L :

Ah, vaste question ! je vais m'y pencher & mater Glottopol, merci !

2. Le jeudi 13 mars 2008 à 16:56, par Dabichan :

Et la tarte tatin ? Pas de tarte tatin cette année ! Quel dommage !

3. Le samedi 15 mars 2008 à 12:37, par takeshi :

Quinoa ? Je me suis rappelé, au niveau de sonorité, grâce à "Okinawa".

4. Le samedi 15 mars 2008 à 13:02, par pat :

L'art de rattraper les retards, signé Berlol. C'est vrai qu'il manquait des jours dans l'agenda. Mais pas forcément évident en voyage, de découvrir, de redécouvrir dans certain cas et d'écrire ce que l’on a vécu. L'important c'est de vivre, puis d'intérioriser ce que l'on a vécu pour l'écrire. Il y a des choses que l'on vit difficilement, l'épreuve, même si tout va bien, fort heureusement, et j'en suis ravi. La vie dans son ensemble est un festin qu'il faut digérer, on apprécie les choses sucrées, on peut avoir quelques réticences pour d’autres celles acides, où celles qui offrent des aigreurs. Il faut malgré tout digérer. C’est le plus délicat car cela joue sur notre émotivité et c’est naturel. Mille fois pardonné puisque réparé. Encore quelques petits efforts et tout sera redevenu en ordre.
Amicalement

5. Le samedi 15 mars 2008 à 21:51, par Berlol :

Merci, Takeshi, pour le rappel. Le quinoa, c'était pour l'entrée. Mais je ne me rappelle pas non plus le nom de ce légume ancien, dont le nom commence par un h, qui était en purée... On va demander directement à Mme L., peut-être...
Merci, Pat, aussi, pour la compréhension des retards. Ça va, en effet, se combler petit à petit.

6. Le lundi 17 mars 2008 à 15:05, par christine :

un "légume d'autrefois" "avec un goût entre la pomme de terre et l'artichaut", moi je dirai des crosnes (c'est très bon) ... mais ça ne commence pas par un h

7. Le lundi 17 mars 2008 à 22:43, par FB :

"l'ordre des 3 fourchettes" c'est un truc genre Malte ? confrérie gastronomique des visiteurs d'Orléans ?

en légume avec h, à part hartichaut il y a haubergine et hopinambour ?

8. Le lundi 17 mars 2008 à 23:34, par Berlol :

Hattention, parce que c'hest hhaud !
"l'ordre des 3 fourchettes", c'est quand t'as trois fourchettes à gauche, trois couteaux à droite et que tu te demandes avec quoi tu dois manger le premier plat qui arrive devant toi ! Y'a parfois une solitude du touriste nippon au début du repas... Mieux vaut être initié.

9. Le mardi 18 mars 2008 à 03:23, par christine :

fastoche ! il faut toujours commencer par les couverts les plus extérieurs et finir (fromage dessert) par ceux qui sont au-dessus de l'assiette ... à condition toutefois (il y a toujours une condition) que la personne qui a dressé la table soit au courant de cette règle (si jamais elle ne l'était pas le savoir-vivre consiste sans doute à ne pas lui foutre la honte !)

en tout cas (petite nature que je suis) j'ai failli faire une crise de foie (spécialité française également) par procuration rien qu'en lisant vos aventures culinaires orléannaises : comment peut-on manger tout cela sans être malade ?



Jeudi 13 mars 2008. Ne dépasse pas les bornes demain.

Pour notre dernier déjeuner en ville, nous suivons un faisceau de recommandations qui mène droit à la Dariole, rue Étienne Dolet. J'étais un peu réticent, à cause du nom — comme un risque de variole, c'est stupide, je sais — mais deux personnes nous l'ayant encore vanté hier...
Menu entrée et plat, ou plat et dessert à moins de 20 euros, décor agréable, service impeccable. Autant de choses devenues presque impossibles à Paris. Et, comme prévu, un festin pour les papilles : terrine de lapereau, cœur de filet de bœuf saignant sauce forestière truffée pour moi, dos de bar au fenouil et gâteau sauce orange pour T.

Compte tenu des dévédés et des livres que j'ai récoltés et achetés en un mois (même sans aller au Salon du Livre), il faut un autre sac, pas trop gros, pour le garder en cabine. Ce sera un Kipling, que nous trouvons... chez Badinier, évidemment.

Au campus pour quelques documents à collecter, et voir ce que les étudiants préparent pour les cérémonies de la fin de stage.
Allons ensemble au château du Parc floral, qui est aussi la Présidence de l'université. Dans le cadre des cours dispensés (salut à D., présent sur la photo), ils ont appris des saynètes à deux ou trois personnages, jouant subtilement sur des bases linguistiques, ainsi que trois chansons en français. Étonnement toujours de cette réalisation, des étudiants en fin de première année de français, encore tout hésitants, saccadés, les gestes timides, qui se produisent devant un parterre d'au moins soixante-dix personnes (principalement composé des familles d'accueil). Le débit de Il jouait du piano debout est très bien respecté, articulé.

Et pour quelles raisons étranges
Les gens qui ne sont pas comme nous
Ça nous dérange...

Puis, la nouveauté de cette année, deux chansons en japonais, répétées le jour-même et dont la réussite chorale laisse tout le monde sur le... flanc.
Puis officielle remise des certificats de stage par le directeur de l'IDF, représentant le président, toujours retenu par d'autres obligations, comme on dit.
Je prends aussi la parole. Pour les remerciements d'usage mais surtout pour une ultime exhortation aux familles, plus qu'aux étudiants, pour que le poids des bagages ne dépasse pas les bornes demain, rappelant les problèmes des années précédentes et l'excès payé très cher au kilo. Juste après, pot d'adieu. Oublieront-ils tout dans le kampaï mousseux ? Sortiront-ils les pèse-personne, comme nous avons l'habitude de le faire ?
Laissons place à la cohue photographique, au défilé des très beaux petits fours salés et sucrés. Aux questions parfois étonnantes de certains parents, comme celle-ci, d'un débarqué de la lune ce soir : ils sont en quelle année de français, ces étudiants ? À moins que je doive le prendre comme un compliment...

Retour voituré et dîner de restes dans notre appartement, avec Takeshi. Excellente soupe de poisson, achetée à Carrefour il y a presque un mois.
Enfin, rangement et quasi-fermeture de valise.

Commentaires

1. Le lundi 17 mars 2008 à 02:15, par jf paillard :

Hello, je réagis un peu tard. En réalité, je t'avais recommandé les livres de Sylvie Gracia, qui s'occupe de la collection 'La Brune' du Rouergue et qui, elle-même écrivain (cf topo sur le site remue.net) publie chez Vertical. Mais le livre d'Emmanuelle Peslerbe (son premier), qui tient d'ailleurs plutôt de la nouvelle ou de la poésie que - ok d'accord, qu'est-ce que ça veut bien dire aujourd'hui... est aussi un livre que je te recommande et dont j'ai beaucoup aimé l'étrangeté du propos, la sècheresse très suggestive de l'écriture et l'habile construction...



Vendredi 14 mars 2008. Notre dernière demie-baguette.

Je sors comme un voleur, porté par une bourrasque, pour tout de même acheter notre dernière demie-baguette.
Fin des rangements, pas de ménage à faire. On boucle et on verrouille, les bagages sont prêts. Derniers coups de téléphone.
À 11 heures, le car stoppe pour nous devant le Centre de conférences. Puis au point de rendez-vous, où familles et étudiants attendent. Je soupèse chaque valise avant son chargement et j'indique pour certaines qu'il y aura peut-être problème : on doit être plus près de 30 que de 20 kilos. Semblerait que peu de familles disposent d'une balance...
À midi, nous sommes sur la route ; les larmes finissent de sécher et la fébrilité est convertie en rires nerveux qui fusent dans l'autocar. Comme toujours, bien sûr, les adieux ont été déchirants. Les étudiantes, surtout, pleurent mais les mères d'accueil aussi, et même parfois les pères. Quel est donc cet attachement qui leur est arrivé en un mois ?

Arrivons à Roissy à 14h15, terminal 2F. Le temps de traverser le bâtiment, on peut presque tout e suite commencer l'enregistrement. J'observe que l'hôtesse des groupes laisse passer plusieurs de nos bagages au-delà de 25 kilos. Je ne suis donc pas très chaud pour l'ouverture d'un autre guichet mais une autre hôtesse, apparemment plus haut gradée, nous fait signe et je suis bien obligé de lui envoyer des étudiantes.
Je ne sais pas comment se font la formation et la hiérarchie des personnels au sol mais ce que je constate, sur plusieurs années de passages, c'est que les moins gradés sont les plus humains. Les autres ont dû suivre des stages de machinisme, de marketing, des lavages de cerveau qui ne leur laissent entrevoir que le respect des ordres et le bénéfice de l'entreprise. Et ils en sont fiers, ils gagnent plus (j'espère pour eux) et ils font gagner plus. C'est bien dans l'air du temps. Surtout quand on y met les labels sécurité, lutte contre le terrorisme, etc.
Donc, ça ne rate pas : peu après, l'hôtesse des groupes prend d'autres clients que nous et la nouvelle signale les dépassements de poids, oblige à en enlever ou à payer. Pour Air France, le kilo supplémentaire est à 30 euros, mais pour JAL, il est à 64 euros. Or notre vol est un vol Air France opéré par JAL. Saisissez la subtilité ? C'est le prix de JAL qui s'applique. Je la retiens, cette hôtesse-là ! Beau zèle ! Grands déballages, enflement des bagages à main, et deux étudiantes, drapées dans leur carte de crédit, qui préfèrent payer que de rouvrir leur valise. C'est Takeshi qui les accompagne, très loin, là où l'on paie pour cela. Cependant, compte-tenu du temps que prennent maintenant les contrôles des passeports et la fouille au corps, je ne peux pas retenir l'ensemble du groupe pour attendre les deux retardataires. Je donne donc l'ordre d'entrer, et rendez-vous à la porte F49 vers 16h10, pour commencer l'embarquement à 16h15. Quand Takeshi revient, nous nous disons au revoir, il rentre au Mans finir sa thèse. Je salue également Mme M., cadre du SRI d'Orléans, qui nous a accompagnés jusqu'ici. Pendant ce temps, T. s'est aussi enregistrée pour le vol de Tokyo, qui partira après le nôtre. Je la quitte vers 16h25, après que deux étudiantes ont eu leur carte d'embarquement inversée, incident heureusement réglé en trois minutes.
Le reste, sans T., n'appartient plus à aucun espace ni à aucun lieu car...


Samedi 15 mars 2008. Temporellement suspendus, somnolents et vidéastes.

On ne sait jamais où mettre le début de la journée, dans ces retours de France. On flotte entre deux continents. Temporellement suspendus, somnolents et vidéastes. Gardant un œil sur mes étudiants embarqués, alentours, qui, pour beaucoup, m'ont tout l'air d'écrire leurs souvenirs (un conseil de Takeshi, peut-être, pour servir à une narration qui leur serait demandée ultérieurement), je regarde plusieurs films. Seuls deux méritent qu'on s'en souvienne. Atonement (en français Reviens-moi, J. Wright, 2008), malgré la faiblesse de la seconde après un début de très belle facture : chaleurs anglaises des adolescentes, trahison et mensonge jusqu'à la guerre. Puis Catch me if you can (en français Arrête-moi si tu peux, Spielberg, 2002), vraiment excellent (pour un homme coincé douze heures dans un avion).
Arrivée à 12h30, heure japonaise, à l'aéroport Centrair.
Mon premier contrôle d'identité avec empreintes digitales numériques des deux index et photo faciale — on a beau être contre, avoir signé la pétition, force est de reconnaître notre impuissance devant l'évolution catastrophique du monde, à mon avis une blessure narcissique à ajouter aux autres, infligée, celle-ci, par les médias plus encore que par les politiques car ce ne sont pas les politiques qui nous informent. Et en plus, il faut remplir une carte de déclaration douanière même quand on n'a rien à déclarer — ce qui est réellement mon cas cette fois (d'habitude, j'ai toujours un saucisson, des boîtes de thé ou de pâtés, voyez le genre).
Le directeur de notre département est là, bien sûr, à la sortie. Après vérification que tout le monde est bien arrivé, attendu par sa vraie famille ou capable de rentrer par ses propres moyens, nous quittons le groupe. Il me ramène chez moi en voiture, occasion de reprendre le fil du stage, les points à rediscuter, ce qu'on peut déjà prévoir pour l'année prochaine, etc.

Il fait 18 ou 19°C, ici ! Bain chaud (pas pris depuis un mois). Tri du courrier papier (au moins deux kilos de pubs et journaux gratuits). Passage au bureau pour y télécharger le courrier électronique (c'est d'ici que le logiciel a ordre d'effacer le courrier stocké sur le serveur). Ouverture de la valise et des sacs pour composition d'un nouveau bagage, direction Tokyo. Je n'ai en effet aucune raison de rester ici ce soir.
Dans le shinkansen, tentatives de lecture mais le sommeil vient fort...

« Je pourrais allumer, faire un peu de chinois, réapprendre les caractères que j'ai oubliés depuis mon assoupissement de l'heure précédente. Je pourrais aussi ouvrir un de mes cahiers et écrire quelques phrases sur le Parti, le Paradis, sur Gloria, ou rédiger une nouvelle version d'un rêve de Gloria, ou continuer à inventer des épisodes de mon combat contre Kotter.
Mais je reste immobile, avalant sans force ni plaisir l'air étouffant de la chambre, ce gaz si pauvre en oxygène et si riche en parasites et en germes.
J'attends.» (Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 84)


Dimanche 16 mars 2008. En bouche au subtil mélange.

Fait rarissime : lever vers midi. Nous avons donc dormi plus de 12 heures. Ajoutées aux huit heures du décalage horaire, ça nous fait une journée entière de perdue. dans une une vie de quelques milliers, ça fait tout de même un petit pincement. Ces dernières années, je vois un peu plus le sommeil comme un plaisir. Adolescent puis étudiant, j'en avais horreur, je le réduisais à cinq heures, je le contingentais strictement. Veilleur de nuit, je le mettais en plein jour, plutôt en matinée pour qu'il me reste quelque chose à vivre sous le soleil. Je ne pourrais plus le faire.

Révision du JLR du 12, si ça intéresse.

Au cimetière d'Aoyama dans une tiédeur étonnante pour nettoyage du tombeau familial et fleurs printanières. Onigiris d'Ony, sur le chemin du métro Gaienmae, pas mauvais, ça cale pour un moment.

Au centre de sport, vélo sudatoire quarante minutes, avec Port intérieur. Au lieu (ou en sus) d'un capteur de pulsations cardiaques, on devrait attacher à chaque vélo un livre, le changer chaque semaine et à chaque vélo... Ou mieux, faire arriver le texte directement sur l'écran de contrôle, avec choix de langue. — 'Tain, pourquoi tu la gardes pas pour toi c'tt'idée ! t'ouvres une start-up dans une pépinière et quand ça monte en flèche, tu revends tout... — Une nouvelle filière marketing, phénixité, idée-phénix, pour une industrie en plein chant du cygne (sans le savoir). Ceci dit, le jour où sera recherchée l'origine de cette idée géniale, on atterrira ici, ce 16 mars 2008. Passons aux machines d'entretien musculaire. Pour T., c'est marche et nage en piscine, elle qui veut perdre un peu de poids (bien qu'elle n'en ait presque pas pris en France, finalement). Je retrouve l'ami culturiste et lui propose de dîner avec nous, T. m'ayant annoncé qu'elle m'inviterait dans la sushi-ya du 8e étage de Tokyu Honten (à côté de Bunkamura).

Histoire de revoir de près ce que c'est que des sushis (après l'expérience peu probante du Jin d'Orléans).

Y dînons donc tous les trois.
L'excellence du sushi se ressent en bouche au subtil mélange des ingrédients. Il faut donc — outre la qualité du riz vinaigré sans acidité, du poisson ni séché ni visqueux, de la sauce de soja — qu'il ne soit ni trop gros, ni trop tassé, ni trop salé, ni trop odorant. Les sushis tests seraient le ikura et le uni. Le premier, aux œufs de saumon, est la rolls du sushi, à condition que les œufs ne soient ni trop durs ni trop salés. On peut s'en servir de test de goût. Le second, à l'oursin, ne doit pas ou peu dégager d'iode en bouche. Il peut servir de test de fraîcheur. Ici, parmi tous les poissons et coquillages disponibles, nulle trace de saumon (sinon en œufs). Les bons restaurants de sushis n'en servent pas, c'est même à ça qu'on peut les reconnaître.
Pas la peine de citer Barthes, on s'en passe très bien.

« Breughel ensuite avala un bol de bouillie de riz et deux saucisses. Il avait changé de station. On entendit un chanteur de canto-pop moduler du chagrin d'amour, puis deux journalistes minaudèrent en cantonais. Je crois qu'ils relisaient les indices boursiers de la veille. À mi-voix, pour s'exercer l'oreille, Breughel répéta quelques chiffres. Je ne saisissais rien d'autre.
J'avais toujours souhaité faire des progrès en langue locale, mais Gloria n'était plus là pour m'enseigner ce qu'elle avait grappillé sur les marchés ou dans la rue. Quant aux méthodes pour autodidactes, elles ne s'accordaient pas sur les données phonétiques de base, ce qui, dès la première leçon, avait tendance à me.
Exemples :
« There are basically six tones in Cantonese ».
« There are seven tones in Cantonese ».
« There are nine tones in the Cantonese dialect ».
Après avoir épandu quelques-unes de mes amertumes sur ce sujet, je consacrai cinq minutes à un rangement sommaire. J'avais ouvert la porte afin d'aérer la pièce. Sur le seuil était une blatte défunte, figée dans une posture naturelle, certes, mais défunte. Je l'écartai du passage.» (Antoine Volodine, Le Port intérieur, p. 95-96)

Commentaires

1. Le mardi 18 mars 2008 à 05:45, par Manu :

dès la première leçon, avait tendance à me ?

2. Le mardi 18 mars 2008 à 05:51, par Berlol :

"porter sur les nerfs", ou "dissuader de continuer", par exemple. Ça se comprend comme ça. Mais le texte ne le dit pas. Ce n'est pas une erreur de ma part, mais un effet de style, de rythme et de sens... Je le vois comme ça.



Lundi 17 mars 2008. Ce dont les moines sont capables, et humour garder.

Ça devient un vrai puzzle, mon calendrier à remplir — mon remplissage de calendrier, devrais-je dire.

Remplir ou pas remplir, ça dépend avec quoi.

Rattrapages d'enregistrements sur France Culture : les trous de la mémoire coloniale, conférence de Marc Ferro à la BnF (canal des Chemins de la Connaissance, le 11 février 2008) ; Yves Pagès et Nicolas Fargues invités de la seconde partie de Tout Arrive le 25 février (mais pas celle de vendredi dernier avec Marie Ndiaye au Salon du livre, sans intérêt) ; les Mardis littéraires du 19 février, sur Alain Robbe-Grillet, dont rediffusion d'un entretien de 2001 (que j'ai déjà, mais meilleure qualité sonore en 2008 qu'en 2001).

Dans des intervalles, on déjeune au Saint-Martin. Eh oui, faut bien qu'on retourne au poulet-frites de base — surtout quand il est excellent. On récupère quelques plantes laissées en gardiennage à Yukie.
Et puis, je passe à la banque, voir mon compte et faire un transfert pour restituer à l'université un budget de secours. À la gare pour un carnet de billets de shinkansen. Passer l'aspirateur dans tout l'appartement.
Et enfin, enfin... la reprise de la lecture des blogs. Les quantités de billets sont vertigineuses, je ne les donne même pas. Plus d'un mois pour chaque, à peu d'exceptions près.
Mais un mois de Crouty Family, par exemple, ça n'est pas mal du tout. Lus à la file, les billets forment un flip book, une tranche de vie. Un mois de Bikun's Times, et on passe de Menton au Népal ! Beau parcours, même si pas encore lancé... Euh, attention, tout de même, ça chauffe un peu par là. Te recommande lecture urgente de Bardo or not Bardo (de Volodine), pour voir ce dont les moines sont capables, et humour garder.

Commentaires

1. Le lundi 17 mars 2008 à 11:21, par pat :

Bienvenue au pays du soleil levant pour qui Berlol Et oui tout a une fin malheureusement. Retour à la vie "ordinaire" aux présents "extra" qui fait que la vie nous conduit toujours avec intérêt.
Milles pensés aux moines qui, sous le joug des geôliers, savent exprimer leurs conditions de vie insoutenable. Comment peut-on être à ce point être si pacifique et vivre l’enfer la soumission de l’empire communiste (communiste par le mot et non par les actes c’est déjà du vécu) Ce serait comme emprisonner des enfants, innocents leur coupant la langue pour qu’ils ne parlent pas, leur coupant les doigts pour qu’ils ne se battent pas. L’humanité n’est pas encore dans l’ère du verseau ou tout sera amour et spiritualité.
Amicalement Pat

2. Le lundi 17 mars 2008 à 14:47, par Bikun :

Une ch'tite erreur dans le lien Bardo or not Bardo, mais j'ai quand même trouvé le document sur le site de Remue.net! Je l'ai téléchargé et vais m'y atteler. Les premiers paragraphes me laissent dire qu'il me faudra moult lectures pour bien le comprendre! On y mettra le temps qu'il faudra. Mais oui, je vais aller voir de plus près là-bas ce qu'il s'y passe, moi qui rêve depuis si longtemps d'être un peu plus près d'une...certaine actualité.
Bonne réacclimatation aux tatamis et aux sushis :-)

3. Le mardi 18 mars 2008 à 05:50, par Manu :

Bien(re)venue au Japon et bonne fête (en retard, mais je poste au bon jour).



Mardi 18 mars 2008. Gallica fait bling-bling avec les éditeurs.

Ce matin, je prends une heure pour (re)tester Gallica 2, ou Gallica 2.1, avec éditions contemporaines. Toujours pas de menu de recherche par date de publication. je vais passer par la liste des éditeurs. Au hasard, je sélectionne Fayard. Je vois en effet qu'il y a des ouvrages de 2008, par exemple Cortès, de Christian Duverger. OK, je me connecte et je commence à feuilleter. Pages de titre puis... la page 70. Entre les deux, un petit message qui dit : « Les pages 6 à 67 ne font pas partie de la section consultable de ce livre.» Ce sera ensuite le cas des pages 104-128, 134-191, 197-232, 238-309, 315-366, 372-424, 430-486. Soit 407 pages indisponibles sur un total de 491. Ou encore seulement 17 % du livre effectivement lisible grâce à l'accès Gallica 2 / Numilog. C'est même pas des tranches, c'est des miettes ! Merci, Gallica ! Merci, Numilog ! Merci, Fayard ! Vous vous êtes bien foutus de nous !
J'arrête tout de suite ou je continue ? Allez, je vais choisir un ouvrage un peu plus ancien, pour lequel je me dis que l'éditeur ne sera pas à cran, par exemple Richard Cœur de lion de Régine Pernoud, 1988 — on ne peut pas espérer en vendre encore des milliers, tout de même... Eh bien, mêmes tranches de pages supprimées. Cette fois, pour moi, c'est clair. Et ce n'est pas le projet Gallica d'origine qui est en cause, mais bien une dérive récente que j'imputerai à la course contre Google lancée par le précédent président de la BnF et transformée en opération Gallica fait bling-bling avec les éditeurs depuis la nouvelle présidence (BnF comme République).
D'accord, pas d'accord ? En tout cas, ça suffira pour aujourd'hui.

Vous voulez aussi le son et l'image de l'édition contemporaine. Essayez d'écouter en même temps la foire aux livres et aux chroniqueurs qu'est le Bateau Livre échoué sur les sables du Salon ! Un tissu d'âneries commerciales et promotionnelles.

Et pour un peu plus de sérieux en littérature et pensée contemporaines, on écoutera attentivement Éric Chauvier, Yves Ravey et Daniel Foucard dans les Mardis littéraires du 11, on remontera au Du jour au lendemain du 3 pour entendre Laurent Turcot parler du Promeneur à Paris au XVIIIe siècle, ou plus loin encore, au 26 février avec Lise Benincà, au 22 avec Fred Deux. Bref, on a encore de quoi faire.

Nota bene : la structure des adresses des fichiers son de Du jour au lendemain a récemment changé, délivrant deux leçons. Leçon pratique, tout d'abord. Auparavant, la structure contenait la date à l'envers, type « http://www.tv-radio.com/ ondemand/ france_culture/ JOUR_LENDEMAIN/ JOUR_LENDEMAIN20080214.ram » (sans espace après slash, ajouté ici pour aller à la ligne), cette adresse-ci pour écouter Dominique Meens parler d'Aujourd'hui demain. Depuis un certain temps les tentatives de récupération doivent se faire avec la date à l'endroit, type « http://www.radiofrance.fr/ play_aod.php?BR=3403&BD=14022008 » (aussi sans espace après le slash, si on veut l'utiliser), cette adresse permettant d'écouter la même émission. Puisque c'est la même date. Vous suivez, oui ou non ? Du coup, avec la liste des archives, on peut écouter Butor le 7 janvier, Comment le 17/12/2007, ou ce que vous voudrez jusqu'au 18 septembre (Jean Hatzfeld) ; avant non, ça commence là, la double structure.
Leçon médiologique, ensuite. Le changement du nom de domaine pourrait signifier que France Culture gérerait en propre les fichiers son, précédemment sous-traités par TV-Radio.com. Après expiration d'un contrat ? Embauche d'un pool d'informatique complet chez Radio France, alors qu'on ne jure partout que par la sous-traitance ? Parce que ça revient moins cher ? Ça, on ne le saura peut-être jamais.
Subsidiairement, on peut supposer que 3403 est le code de Du jour au lendemain et que chaque émission a le sien. Débrouillez-vous avec ça.

Commentaires

1. Le lundi 17 mars 2008 à 22:08, par FB :

ah tiens, on retrouve notre jlr...

2. Le mardi 18 mars 2008 à 01:01, par pat :

Ca y est Berlol retrouve ses esprits. L'esprit critique évidemment et fort heureusement. Voilà le constat de ce que peut être l'envergure de la France au travers de ses contradictions. Dire de ne pas dire, faire de ne pas faire, alors à quoi bon penser? Et bien si! Nous penserons tant que nous ne serons pas lobotomisés.
@mitiés

3. Le mardi 18 mars 2008 à 03:30, par christine :

voilà ! je me doutais bien en t'y envoyant voir que tu allais critiquer !.. mon devoir de réserve m'interdit toutefois de surenchérir... et puis, tout de même, il faut préciser que le service est tout neuf, et va peut-être s'améliorer

4. Le mardi 18 mars 2008 à 17:58, par christine :

... d'ailleurs tu devrais éviter les "bling-bling" dans tes titres, sinon le grand méchant Nicolas Princen va venir te gronder !

5. Le mardi 18 mars 2008 à 18:24, par Berlol :

Chère Christine, tu sais mon attachement à Gallica et combien je m'en suis déjà beaucoup servi, déjà au XXe siècle. La dérive que je viens de découvrir m'attriste beaucoup. Il y aura peut-être amélioration, dis-tu. Mais je ne vois pas bien comment si l'on maintient, derrière la prétention d'affichage en ligne, les droits d'auteurs tels qu'ils existent en France. D'où l'intérêt du mouvement d'humeur de François, qui n'est pas richissime, c'est le moins qu'on puisse dire, et qui pourtant peste contre les droits d'auteur. Or ce sont surtout les éditeurs qui y sont attachés, et qui tiennent les auteurs en laisse, euh pardon, sous contrat.
Pour "bling-bling", je crois que la marque n'est pas encore déposée. Qu'elle vienne, la paire de Nicolas !

6. Le mardi 18 mars 2008 à 18:35, par christine :

sur les "tranches" de livres que tu décris, et qui sont en effet extrêmement frustrantes, il faut préciser que numilog propose tout de même une solution pour disposer de la totalité de l'ouvrage : l'acheter ou le louer, assez cher qui plus est !

je suis entièrement d'accord avec toi concernant les droits d'auteur ... même si, pour le coup, je ne pense pas que le gouvernement puisse être tenu pour responsable de la frilosité et de l'âpreté au gain des éditeurs en la matière

7. Le mardi 18 mars 2008 à 20:14, par Berlol :

Oui, et du coup, cela fait de la BnF, institution publique, l'intermédiaire d'un opérateur privé qui dicte ses conditions. C'est tout de même dans l'air du temps, ça, non ?
Confère Chevillard : « Avisant la princesse de Clèves dans les allées du Salon du livre, ce matin, notre souverain se serait détourné d’elle avec dédain en lui lançant casse-toi, pauvre conne ! »

8. Le mercredi 19 mars 2008 à 02:39, par brigetoun :

je pensais que pour faire son droit il était bon d'avoir, en plus, un peu de culture. Et que va-t-il devenir maintenant que son "conseiller culturel" se retire pour écrire à la villa Médicis.
Mais le fait est que j'ai tenté Gallica 2 et n'ai pas été franchement séduite (bon vous m'aviez inocullé votre esprit critique)



Mercredi 19 mars 2008. Manière littéraire d'exister.

Suis arrivé au Japon un 19 mars...

Après une journée très calme à deux, tirant du gris sur la pluie, bureautique à la maison, gros retards, puis centre de sports avant courses et dîner à la maison avec épisodes de Lost 3, je me suis soudain demandé — allez savoir pourquoi ! — de quoi étaient faites les nouilles translucides de la salade chinoise que nous avions mangée. Quelles graines ? quelle farine ? T. me dit que ça s'appelle ryokutou (緑豆). Ni mon dictionnaire, ni le web ne permettent d'en connaître la traduction en français ou en anglais, excepté pois verts. Via une photo de boîte de soupe, je découvre que ça s'appelle aussi mung bean, ce qui en français donne haricot mungo ou ambérique vert, famille mieux référencée et souvent vendue sous le nom de pousses de soja. Ça alors ! Autant dire que tout le monde en mange ! Et en plus, c'est bon pour la santé.

Oui, je cause cuisine, souvent. Ici ou là on m'en fait la remarque, parfois avec un léger esprit de reproche, j'ai l'impression. C'est des menus, des produits, ce que j'ai mangé ou cuisiné. Dumas a fait un grand livre de cuisine, Rabelais nous a laissé des tonnes de listes de bouffe, et je n'ai pas l'impression qu'on le leur reproche par principe, après ça dépend du style.
Mais, franchement, je ne gêne personne. J'essaie juste d'écrire avec ce que je vis. Ça a rapport ou pas avec la littérature, c'est selon chacun. Selon moi, oui, mais je peux me tromper.
C'est que je n'ai pas besoin d'inventer des aventures, moi, pas besoin d'être un étonnant voyageur !
Pas comme ce Le Bris. Franchement, j'écoutais ce débat hallucinant au Salon du livre, vendredi 14 (Du Grain à moudre, avec Michel Le Bris, Jean-Marie Laclavetine, Hugues Jallon et Marianne Alphant). Déjà rien qu'au paquet de clichetons qui sert d'intro à Julie Clarini, je savais qu'on allait se poiler... Comme si Robbe-Grillet « détestait »Balzac ! Mais faut lire, Julie ! Il y a même un feuilleton d'histoire littéraire de France Culture en 20 ou 25 épisodes dans lequel ARG explique en long et en large Balzac, entre autres, et pourquoi il l'aime. Je reviens à M. Le bris. Écoutez-le, s'il vous plaît. Je comprends qu'on puisse ne pas aimer certains livres d'ARG, de Sarraute ou de Simon. Mais la haine de ce type contre le Nouveau Roman est pathologique, faut qu'il se fasse soigner. Faut l'assigner à résidence sur un îlot breton. Les jugements et les insultes qu'il profère en mettant des noms d'auteurs dans un sac poubelle font de lui un type au moins aussi insupportable que ceux auxquels il reproche, Ricardou, par exemple, d'avoir terrorisé les lettres dans les années 60-70. N'y a-t-il personne autour de lui pour le lui faire remarquer ? Ou bien tout le monde en a la trouille ? Peur de ne pas être invité à son Salon à lui ? C'est qu'il a du pouvoir, maintenant. Maintenant que ses ennemis sont tous morts...
Marianne Alphant s'efforçait de garder son calme, je souffrais pour elle. Mais on est au Salon en direct, on va pas se mettre dessus. Je sentais que ça bouillait, quand même. Moi, je serais parti.

Mieux vaut faire un large et salvateur détour par la Chine et écouter Jean-Philippe Toussaint parler de Robbe-Grillet. À François, grand merci du lien. À Jean-Philippe, très grand merci d'élever cette voix.

Vous trouvez qu'il n'y avait pas beaucoup de critique, littéraire ou autre, pendant que j'étais à Orléans. Paradoxalement, quand je suis en France, ça s'éclipse. C'est que j'étais trop occupé ailleurs. Mais rien n'est perdu pour autant. J'ai accumulé pas mal de trucs entendus, lus, vus, à lire, et qui vont revenir petit à petit.

Dans son entretien signalé hier, Laurent Turcot évoquait la naissance de la civilité, aux XVIe et XVIIe siècles, du fait de la codification des rencontres et des attitudes dans l'espace public urbain. Depuis, j'y réfléchis presque tout le temps. Hospitalité dans la maison, civilité dans la rue. Se croiser sur le boulevard, si on ne risque pas de se faire renverser par une charrette, nécessite un costume, un port de tête et de chapeau, une gestuelle variable selon la personne rencontrée. De proche en proche, tout l'espace public est porteur des codes de la civilité d'une ville.
Ainsi, quand T. me dit qu'elle ressent une certaine insécurité à Paris (par rapport à ce qu'elle ressent à Tokyo) parce que les trottoirs sont sales, parce que les merdes de chiens sont étalées et répandues par les semelles et la pluie, parce que des rues sont sombres ou des trottoirs trop étroits, parce que des voitures sont garées n'importe comment, parce que des téléphones portables rapent trop fort, etc., il s'agit bien de différentiels de civilité.
Et que devient la civilité quand des personnes se trouvent compressées dans une rame de métro ou de RER, qu'elles doivent faire abstraction de leur dignité le temps d'un voyage, ravalées au rang de sardines en boîte, d'ailleurs consommées par les entreprises qui les emploient ? Comment peuvent-elles considérer leur vis-à-vis ? Ou justement, s'entraîner à ne pas le considérer. Tous les jours. Puis dans la rue, ne pas voir. Les sans-abris, les loqueteux, les sacs de couchage et les cartons. (D'où le choc de la visibilité des tentes.) Ne plus voir tout cela comme quelque chose qui a du sens, comme quelque chose qui relève de son propre comportement, de sa propre participation à la société. Oui, tout cela relève de la civilité, de sa dégradation
Alors parler de l'incivilité, de ses causes et de ses conséquences, en allant du chômage à la politique municipale, ce serait finalement une bonne chose, oui, un vrai moyen de réfl&ea