| Mardi 1er avril 2008. Ne pas
éternuer, danger. Jour du poisson. Et de faiblesse. Mais on n'aura pas la chronique de mes intestins. Ne pas trop bouger, ne pas éternuer, danger. Réalimentation sans fibre ni graisse, etc. — grand grand merci à T. ! Je ne sors qu'une trentaine de minutes et c'est pour lui acheter des fleurs. Entre des siestes, fin du Port intérieur et reprise d'Alerte. « Ces planches étaient au nombre de six, nous dormions à quatre, voire à cinq, par sommier, nous étions donc de huit à dix par lit double, plus la même quantité à l'étage, ce qui donnait des unités de seize à vingt individus qui se pressaient les uns contre les autres, la nuit, car les gardiens ouvraient les fenêtres en grand, ils les ouvraient par souci d'hygiène, je vous ai déjà expliqué combien l'hygiène, la propreté, était un problème capital pour nos gardiens qui ne supportaient pas la moindre odeur, la moindre trace de saleté, sauf les traces de sang, mais l'idée du sang n'avait pas pour eux le même sens que pour vous et moi, si encore l'idée du sang a un sens, mais bien entendu cela est évident, ce que représente le sang qui s'écoule, à l'intérieur du corps ou à l'extérieur du corps, a immensément de sens, si du moins il y a quelque chose qui a du sens au monde, s'il est une seule chose dont on peut dire qu'elle résume tout ce que l'être humain, n'importe quel être humain, redoute, c'est bien le sang qui s'écoule.» (Yves Ravey, Alerte, p. 29-30) |
Mercredi 2 avril 2008. Plus
ça ira, plus ils s'en foutront. Encore une
journée de convalescence mais en pleine forme. Le peu que je
mange me profite beaucoup, notamment le sébaste au bouillon japonais (mais sans
huile).Deux heures de marche au soleil dont une bonne moitié sous les cerisiers du sanctuaire Yasukuni, jusque derrière le temple principal et le musée de la guerre, où un beau jardin avec étang et pont a beaucoup de succès (alors que d'habitude, il n'y a personne par ici). Un
chemin revient vers une des entrées latérales,
bordé de monuments que personne ne regarde. Or, sont
honorés ici même, dans cette partie
retirée mais
tout de même dans l'enceinte du sanctuaire, et donc, selon la
pensée japonaise, divinisés, des policiers
militaires
soupçonnés de crimes de guerre contre la
population
japonaise durant la Seconde Guerre mondiale.Mais tant que les gens s'en foutent... Et plus ça ira, plus ils s'en foutront. Reprise de l'article à réduire, exercices de kanjis, lecture de blogs et courriers. Sur TV5 Monde, un film documentaire d'une exceptionnelle qualité, d'une série « Carte blanche à Jean-Louis Étienne » : Les Mystères de Clipperton. C'est l'étude globale d'un milieu et l'étude de l'aventure elle-même. Crabes, poissons, oiseaux, coraux et êtres humains, tout y passe. L'équipe du film résume en quatre-vingt-dix minutes les siècles d'histoire qui sont explorés par quelques dizaines de scientifiques en quatre mois. Je vais me procurer les dévédés, je suis sûr d'en faire un cours un jour. Le lendemain. J'y reviens, pardon. Je n'arrivais pas à trouver un article suffisamment clair sur la question du film Yasukuni... C'est fait, grâce au site Aujourd'hui le Japon, une vraie mine. Commentaires1. Le vendredi 4 avril 2008 à 00:34, par vinteix : A propos du film "Yasukuni", voir aussi ce très bon article de P.Pons dans "Le Monde" : 2. Le vendredi 4 avril 2008 à 00:40, par vinteix : Ave Berlol ! 3. Le vendredi 4 avril 2008 à 00:50, par Berlol : Merci beaucoup ! Je vais le copier avant sa disparition dans les archives payantes. 4. Le vendredi 4 avril 2008 à 00:52, par vinteix : merci à toi et bon rétablissement ! |
| Jeudi 3 avril
2008. Gagner du temps par l'ablation pure. Peu à dire. Je patauge dans un texte de 50.000 signes qui doit être réduit à 20.000... La relation entre la quantité retirée et le temps passé à réduire sans perdre la substance est semblable à une hyperbole : pour une telle quantité, réduire de 10 % prend deux heures, de 20 % six heures, de 30 % près de 15 heures, après ça se compte en jours. Bien sûr, on peut gagner du temps par l'ablation pure et simple de parties entières sans essayer d'en garder le contenu... Heureusement, le soir, j'ai droit à un bel itoyori ! Les enthousiastes de notre gouvernement, les flagorneurs, les notables, les jet-seteurs et les starlettes de Hiroo à Kagurazaka se réjouiront d'être invités par la marine nationale sur le Mistral dans le port de Tokyo le 12 avril. Ils pourront cirer les pompes de Fillon. Résidant au Japon, ils ne font pas partie de ceux qui écopent un pays qui prend l'eau. Je gage donc qu'il y aura peu d'enseignants. Je resterai sagement à la maison avec Dutronc et ses Gars de la narine... Le lendemain. J'ajoute ici l'article de Philippe Pons, du Monde du jour, signalé par Vinteix demain sur le billet d'hier, pour mémoire. Au Japon, on ne badine pas avec la patrie « Invoquant des "raisons de sécurité", cinq salles de cinéma à Tokyo et à Osaka ont renoncé à diffuser le film Yasukuni, du cinéaste chinois résidant au Japon, Li Ying. Produit par la Chine et le Japon, ce documentaire vient d'être primé au Festival international du film de Hongkong. D'autres salles à travers le Japon ont annoncé qu'elles ne projetteraient pas le film. Toutes craignent d'être la cible de manifestations des groupuscules d'extrême droite, dont la plupart sont liés à la pègre. La presse était unanime, mercredi 2 avril, à s'inquiéter de cette entrave à la liberté d'expression. Vociférant des imprécations depuis leurs camions noirs équipés de puissants haut-parleurs et hérissés de drapeaux, ces groupuscules bombardent les salles de décibels. Au nom de la liberté d'expression, la police n'intervient guère. Après d'autres affaires récentes de restriction de la liberté d'expression, le retrait de l'affiche de Yasukuni, considéré par la droite comme "antijaponais", constitue une nouvelle atteinte à l'une des libertés démocratiques fondamentales. Construit en 1869, le sanctuaire Yasukuni est dédié à la mémoire des morts pour la patrie. Depuis la fin des années 1970 y sont honorés aussi sept condamnés en 1948 pour crimes de guerre par le Tribunal international de Tokyo, qui furent exécutés. Aussi, les visites à Yasukuni par de hauts dignitaires japonais suscitent-elles régulièrement des polémiques avec la Chine et la Corée du Sud, qui estiment qu'elles reviennent à absoudre le passé militariste. Li Ying a concentré son film sur les dix dernières années, parce que le sanctuaire a focalisé la polémique sur l'interprétation de la guerre à la suite des pèlerinages répétés entre 2001 et 2006 du premier ministre Junichiro Koizumi. Le film montre des scènes filmées le 15 août, anniversaire de la défaite, où des anciens combattants en uniforme, drapeau en tête, se rendent au sanctuaire pour prier. Il utilise en outre des photographies du massacre de la population civile à Nankin (1937), un événement dont la droite nie qu'il ait eu l'ampleur que lui donnent les Chinois (plus de 200 000 morts) et qu'elle qualifie de simple "incident". Selon les révisionnistes, l'authenticité de ces photos est contestable et le film manipule les faits. Le cinéaste donne néanmoins la parole à des personnes ayant des opinions différentes sur la guerre. "Pendant trois mois, de décembre 2007 à mars, nous avons fait des conférences de presse au Japon, a expliqué Li Ying à notre correspondant à Shanghaï, Brice Pedroletti. Avec l'exploitant et le distributeur, nous savions que c'était un défi de sortir ce film. Il était évident que l'extrême droite se manifesterait, c'est habituel, et tout le monde m'encourageait. On se soutenait mutuellement." Soucieux de son contenu, un groupe de parlementaires du Parti gouvernemental libéral-démocrate (PLD) avait demandé à visionner le film, faisant valoir qu'il avait été produit en partie avec des fonds publics (7,5 millions de yens, soit 47 000 euros). L'Agence pour les affaires culturelles avait accédé à leur demande. Pour la députée Tomomi Inada, le film contient "un message idéologique" et son "objectivité est sujette à caution". Elle estime qu'il ne devait pas recevoir de l'argent public. Le ministre de la culture, Kisaburo Tokai, a regretté que "des pressions et des harcèlements aient conduit à cette situation". Parmi les médias, même le quotidien de centre-droit Yomiuri (13 millions d'exemplaires) appelle dans un éditorial au respect de la liberté d'expression, faisant valoir que la question du financement public est à débattre indépendamment de la projection du film. "Après la projection à la Diète, tout a changé. Les politiciens ont fait toutes sortes de pressions, affirme Li Ying. Il est déplorable de voir que beaucoup de débats ne concernent pas le contenu du film. Pour moi, c'est inimaginable qu'on ne puisse le projeter. Cela révèle quel degré de conservatisme il peut y avoir au Japon et pose des questions sur la manière dont la société japonaise se positionne vis-à-vis de la Chine, de l'Asie, du reste du monde. Mon but désormais est de pouvoir communiquer avec les Japonais, qu'ils voient ce film par tous les moyens possibles, pour pouvoir y réfléchir et en débattre." D'autres récentes affaires dont l'écho médiatique est moindre sont symptomatiques des pressions diverses, ouvertes ou diffuses, pesant sur la liberté d'expression dans l'Archipel. Une vingtaine d'enseignants du secondaire viennent ainsi d'être punis (réduction de 10 % de leur salaire, suspension d'enseignement pendant six mois et non-renouvellement de leur contrat dans le cas de travailleurs temporaires) pour avoir refusé de faire chanter à leurs élèves l'hymne national, cérémonie rendue obligatoire en 2003. Depuis, quatre cents enseignants ont été l'objet de punitions ou de "séances de rééducation" pour ne pas respecter cette directive. L'hymne national nippon, lent et solennel est une ode à l'empereur : "Que ton règne dure mille vies, huit mille vies, jusqu'à ce que le caillou soit devenu rocher et ait été couvert de mousse." Avec le drapeau Hinomaru (un rond rouge sur fond blanc), il a été légalisé comme emblème national en 1999, provoquant la protestation d'une partie du monde intellectuel, pour lequel ils sont associés à l'idéologie militariste. Ces symboles nationaux ne suscitent guère de débats dans l'opinion. Les compétitions sportives et la liesse qui accompagne une victoire ont engendré chez les jeunes un sentiment festif d'identité qui les a dépouillés des connotations symboliques de l'avant-guerre. L'hymne national n'en reste pas moins au coeur d'une controverse sur la liberté de conscience puisque son chant est imposé. En septembre 2006, le tribunal de Tokyo a donné raison à des enseignants qui refusaient de l'entonner aux cérémonies de fin d'études. Dans ses attendus, le tribunal a statué que "les enseignants n'ont pas l'obligation de chanter Kimigayo" et que "forcer quiconque à le faire est une violation de la liberté de pensée et de conscience". Il ordonnait en outre à la municipalité de Tokyo de payer 12 millions de yens (80 000 euros) en dédommagement aux plaignants. Dans une directive d'octobre 2003, la commission pour l'éducation de la municipalité de Tokyo avait donné instruction aux directeurs des établissements scolaires d'obliger leurs enseignants à se lever à l'envoi des couleurs et à faire chanter à leurs élèves l'hymne national. Cette directive prévoit des sanctions à l'encontre de ceux qui ne s'y conformeraient pas et 400 cents personnes avaient déposé une plainte auprès du tribunal de Tokyo. Le juge a fait valoir que l'obligation de chanter Kimigayo, assortie de sanctions, est contraire à la loi fondamentale sur l'éducation, qui interdit au gouvernement "toute intervention excessive" dans l'enseignement. La guerre et son interprétation restent au Japon un enjeu de la vie démocratique et continuent à susciter des polémiques, débats et procès. Fin mars, la justice s'est prononcée cette fois sur un fait historique : les suicides en masse de civils ordonnés par l'armée impériale à Okinawa lors du débarquement américain en mars 1945. Le tribunal d'Osaka a donné raison au Prix Nobel de littérature 1994, Kenzaburo Oe, auteur d'Okinawa Notes (1970), et à son éditeur, Iwanami Shoten, objets d'une plainte de vétérans affirmant que l'écrivain avait déformé les faits. Le tribunal a conclu que le commandement militaire "était profondément impliqué" dans ces morts. Kenzaburo Oe évoquait les 430 suicides qui ont eu lieu dans les deux îles de Zamamijima et Tokashikijima. Le rôle de l'armée dans ces suicides en masse à Okinawa, où eurent lieu les plus féroces combats de la guerre du Pacifique en territoire nippon (120 000 morts, pour la plupart des civils, soit un quart de la population), est minimisé dans les manuels scolaires. Faudra-t-il que la justice se prononce aussi sur le film Yasukuni pour qu'il soit à nouveau présenté en salles ? » Commentaires1. Le vendredi 4 avril 2008 à 03:18, par F : et l'idée d'une version complète en ligne en appui de version abrégée papier, jamais ? 2. Le vendredi 4 avril 2008 à 06:17, par Berlol : En fait, la dernière version de travail avant le colloque était en ligne ici depuis août. Il y a prescription, maintenant que c'est tout refait, concentré, etc. 3. Le vendredi 4 avril 2008 à 13:51, par takeshi : Sur la troisième page du Monde daté de vendredi, y a une photo tellement choquante avec cet article !! 4. Le vendredi 4 avril 2008 à 14:05, par Berlol : C'est quoi ? Moi, je n'ai vu que la version en ligne... 5. Le vendredi 4 avril 2008 à 21:35, par brigetoun : un petit revenez-y des Paravents 6. Le samedi 5 avril 2008 à 02:21, par takeshi : La photo, je crois que ça doit être un des survivants du régiment Kamikazé, nommé "sous-lieutenant Kinoshita". Il fait le salut militaire au sanctuaire Yasukuni. 7. Le samedi 5 avril 2008 à 05:01, par takeshi : Comme j'ai pas de scanner dans mon appart en France, j'ai pris une photo de cette "photo" d'un certain Kinoshita. Cliquez "takeshi". 8. Le samedi 5 avril 2008 à 06:41, par Berlol : Oui, tout à fait, Brigetoun ! Je n'y avais pas pensé... |
| Vendredi 4
avril 2008. Je n'ai pas reculé, cette fois, Aldo. Hier soir, je me suis dit que j'aurai aujourd'hui des sons à couper... Et puis non ! ai-je découvert ce matin. Quand mon Total Recorder a voulu démarrer, à trois heures, l'enregistrement de quatre heures d'entretiens des années 60 sur le Nouveau Roman (canal des Sentiers de la création), l'anti-virus récemment installé ne l'a pas laissé faire. J'avais oublié que je n'avais pas encore autorisé le mini-browser dont le logiciel se sert pour la connexion. Ce sera pour cet après-midi. Heureusement que ça rediffuse pendant une semaine ! (encore 5 ou 6 rediffusions jusqu'à mardi... Et puis il y a d'autres émissions, Varda, Resnais, etc.). En attendant, j'enregistre en sourdine les 4 premières conférences de Roger Chartier dans l'Éloge du savoir, sur les circulations textuelles aux XVIe-XVIIIe siècles. Dans l'après-midi, mon texte réduit à feu doux arrive à 20.100 caractères. Ouf ! Après quoi, je commence à arranger quelques notes sur les premières pages du Rivage des Syrtes, le cours d'explication de texte commençant demain matin à l'Institut franco-japonais de Tokyo. Ça faisait des années que c'était dans mes listes de programmes mais que je le repoussais parce que je sais que le livre est cher et que je ne suis pas sûr d'avoir assez d'inscrits. Mais je n'ai pas reculé, cette fois, Aldo, et, à travers ces cours, je vais adresser à Julien Gracq cet amical et studieux salut en essayant de le faire apprécier. Jusqu'à ce que T. me surprenne au milieu des cartes des Syrtes d'après Strabon... « Tu travailles trop, Aldo. Viens donc dîner.» Distraction. Un film nullissime : Perfect Stranger (J. Foley, 2007). Je me demande si le titre français — Dangereuse Séduction — n'est pas encore plus nul, c'est-à-dire plus honnête, finalement. Encore un petit plaisir que je me suis offert, en allant commenter sur le site nonfiction.fr : « Il est inutile, et d'ailleurs erroné, de dire que le blog d'Assouline est "de qualité". Dans le domaine de la création littéraire comme dans le domaine de l'information littéraire, il n'apporte strictement rien. Il ne fait que vulgariser et commenter des informations dont il a le privilège d'être un des premiers destinataires, sans même avoir une bonne plume. C'est un pur abus de position dominante. Je le répète, en ce qui le concerne : l'arrêt public délivre.» (en commentaire à l'article Wikipédia en débat). |
| Samedi 5 avril 2008. Comme la
syncope, comme le bémol. C'est avec joie que j'aperçois l'aurore, cher Julien Gracq, renouant à la fois avec les samedis des précédents trimestres et avec cette lointaine année de maîtrise où il arrivait souvent que le lever du jour précédât mon coucher, après une nuit de veille hôtelière dont les heures tranquilles avaient été consacrées à la lecture studieuse et au relevé manuel de séries de mots de votre Rivage des Syrtes. Je garde de cette époque le souvenir de nuits tranquilles, de cahiers et de quiétude, entre le petit hôtel de Levallois où j'officiais et la chambre de bonne au bord du XVIIe, où me ramenait chaque matin et où je retrouvais M., se levant pour aller travailler au collège ou partant pour le week-end dans sa province natale. Sans trop entrer dans le détail, donc, je voudrais aujourd'hui souligner ce que votre narrateur propose pour commencer son récit et faire remarquer comment vous vous y étiez pris : le présent indéfini d'où il se définit et expédie ses dix-huit ou vingt premières années, le portrait sans pitié qu'il brosse de sa patrie décrépite, opposant clairement la vieillesse des institutions à l'énergie « inemployé[e] », lui faisiez-vous dire, de sa jeunesse, sans que jamais son regard ne sorte de l'aristocratie où vous l'aviez fait naître, la seule solution de ce conflit en germe étant selon vous et lui, à la satisfaction de son père, son départ pour le « front des Syrtes ». Car vous aviez eu ce front, précisément, d'associer dès l'ouverture des noms de différentes origines mais ayant en commun une poétique patine : Orsenna, parataxe de richesse et de pouvoir, San Domenico, beau comme un Fra Angelico, terrifiant comme une Inquisition, Zenta, ville longtemps disputée entre Serbes et Turcs qui devenait liquide entre vos palais, Syrtes enfin, que vous voliez aux Carthaginois pour sa syllabe acide qui ahurirait votre Aldo. Enfin — car deux heures passent vite — il faut que je montre comment vous tissiez ces longues phrases à la grammaire un peu épaisse, rustique, mais toujours timbrées et rythmées, et un ou deux exemples de ces expressions serties si juste que les figures s'y entassent sans ordre. « La Seigneurie d'Orsenna vit comme à l'ombre d'une gloire [...] » commence une phrase qui deviendra plus explicite après les deux-points. Mais déjà cette ombre d'une gloire... Qu'est-ce que l'ombre d'une gloire ? Son contraire, sa suite, sa projection ? La gloire est encore là, toujours lumineuse, quelque part, très haut, sembliez-vous vouloir dire. Et au début, il n'y avait pas d'ombre, il n'y avait que la gloire (« le succès [des] armes », « les bénéfices fabuleux », écriviez-vous). L'ombre a dû naître un jour que ces succès et bénéfices, quoiqu'encore présents, ne pouvaient plus suffire. Mais suffire à quoi ? Ça, c'est une question essentielle, il vous avait fallu plus de trois cents pages pour y répondre. Car on se lasse, un peuple entier se lasse, comme aujourd'hui, tiens ! Et on se demande bien ce qu'on y peut ! Mais je reviens à Orsenna, pardon. Ombre et gloire, ça fait donc un oxymore, un oxymore dans lequel Orsenna « vit », au présent. Vous, je ne sais pas, mais moi, vivre dans un oxymore, je ne sais pas ce que c'est. En revanche, si c'est une métaphore — ça ne peut qu'être une métaphore ; elle ne vit pas à l'ombre d'une montagne ou d'un bel arbre — je peux comprendre que cette Seigneurie vit dans une tension qui peut-être la paralyse et que cette inertie l'asphyxie lentement. Oui, je peux comprendre cela, grâce à la métaphore. Mais votre vice précision va plus loin : elle ne vit pas à l'ombre, elle vit « comme » à l'ombre. Si je comprends comme si elle était à l'ombre, j'ai l'impression d'une explicitation pour simples d'esprit, du style : ne croyez pas qu'il y ait une vraie ombre, c'est pour souligner la métaphore. Mais vous ne preniez jamais votre lecteur pour un simple d'esprit, c'est d'ailleurs à cela que nous pouvons toujours vous reconnaître, sachez-le, là où vous êtes maintenant. Votre premier comme n'est donc pas pour faire une comparaison, pour ravaler une métaphore. Et pourtant, par parenthèse, vous alliez en faire beaucoup des comparaisons. Les comme vont foisonner dans les lignes et les pages à venir. Mais ce premier, là, il est différent : il est comme la syncope, comme le bémol ; dans le truc régulier, il introduit un bout d'erreur, il euphémise et, si on le regarde de près, ce comme, il révèle que si Orsenna vivait en effet dans l'ombre de sa gloire, ça se saurait, les habitants le sauraient, se le diraient, essaieraient de faire quelque chose, c'était pas des imbéciles. Non, cette vie dans l'ombre de la gloire, c'est comme si elle n'existait pas : il n'y a qu'Aldo qui la voit. Qui ? Quoi ? Ce freluquet ? Il saurait des choses comme ça, il verrait ce que personne ne voit ?... Non. Impossible. Ce serait absurde, psychologiquement. Alors ?... Un autre Aldo ? Un Aldo... plus mûr ? Plus tard ? Celui qui écrit ?... Mais bien sûr ! Celui qui écrit, il sait tout cela. Et pas parce que vous le saviez, Julien, je le sais. Mais parce qu'il a su le voir, par ce qu'il a dû vivre, précisément... Mais qu'est-ce que ça peut être, ce qu'il a vécu, alors ? Oui, je vous entends bien, Julien, je vous entends de mieux en mieux : c'est le sujet du roman. Ce comme qui n'est pas le comme d'une comparaison, c'est le sujet du roman. C'est comme la vie. La littérature, c'est comme la vie. ... ... Vous savez, Julien, je vous aime. Pas sûr que j'aie besoin de consulter vos manuscrits qui viennent d'être légués à la BnF. Mais on verra. On ne déjeune pas au Saint-Martin, diète oblige. Bol de udon, donc, très bien parfumés, avec du poulet cuit dans le bouillon. Sieste (Gracq m'a un peu fatigué, qu'il me pardonne). Avec le dîner, le film le plus enthousiasmant que nous ayons vu depuis le début de l'année : Death Proof (Boulevard de la mort, Tarantino, 2007), ou : tel est pris qui croyait prendre... Car si la voiture du cascadeur est à l'épreuve de la mort, l'homme, lui, non — du fait de sa connerie pathologique. Pauvre, pauvre, pauvre Kurt Russell ! En même temps, c'est un bel hommage au difficile métier de doublure-cascadeuse de Zoë Bell, qui doublait Uma Thurman dans Kill Bill 2. Hommage aussi à la Dodge Charger et aux cascades routières de Vanishing Point (R. C. Sarafian, 71), ainsi qu'à la sous-culture (et peut-être contre-culture) cinématographique résumée par le terme Grindhouse et repris pour titre du diptyque signé Rodriguez & Tarantino. La chanson de fin est on ne peut plus pertinente — merci Serge ! « Laisse tomber les filles Ça te jouera un mauvais tour Laisse tomber les filles Tu le paieras un de ces jours » Ah, oui ! Je parie qu'il y en a qui n'ont pas vu la contrepèterie d'hier... Commentaires1. Le dimanche 6 avril 2008 à 04:08, par F : Je rebondis sur ce codicille du legs Gracq : 2. Le dimanche 6 avril 2008 à 06:10, par Berlol : Oui, je suis ton regard, de qui nous attendons réponse !... 3. Le dimanche 6 avril 2008 à 07:53, par jenbamin : bon eh bien, je suis également vos regards, messieurs, en attendant réponse... 4. Le dimanche 6 avril 2008 à 12:30, par martine sonnet : et le report de la mise à dispo du wifi à la BnF - justement j'y vais demain et à chaque fois ça me manque - dont je ne peux lire que l'annonce sur la page d'accueil de Livre Hebdo, s'il y avait moyen d'en savoir plus par la même source... 5. Le dimanche 6 avril 2008 à 15:12, par christine : je
me sens visée (et quelque peu troublée d’ailleurs
par tous ces regards
qui ont un côté « l’œil était
dans l’internet » !) mais si c’est à moi
que vous pensez je crains fort de décevoir votre impatience : je
ne
suis malheureusement pas « la BNF », vieille et lourde
institution,
dans les artères bouchées de laquelle l’information
circule très mal … 6. Le dimanche 6 avril 2008 à 22:19, par ms : Merci Christine pour le relais du souhait des lecteurs question wifi, et attendons qu'un heureux abonné à Livres Hebdo passe par ici... 7. Le lundi 7 avril 2008 à 01:03, par brigetoun : égoïstement la borne me concerne peu. Par contre merci pour cette belle adresse à Gracq, et je réalise qu'il y a moultes années que je l'ai lu (le rivage) et que, moi aussi, vous me donnez envie d'y revenir. |
| Dimanche 6 avril 2008. Nous
défendons de mauvaises habitudes. Une semaine à ne pas manger normalement — et l'impression d'avoir plus appris sur la nourriture en six jours qu'en quarante ans. Mais je ne me nourrissais déjà pas si mal. D'abord parce que j'ai presque éliminé la restauration rapide et les plats tout prêts des supermarchés. Même quand je ne suis pas avec T., je prépare moi-même des choses simples (tomates, carottes, concombres, pommes de terre, laitue, chou-fleur, etc.), auxquelles s'ajoutent celles que j'ai appris à connaître au Japon : okura, gobo, renkon, tofu, etc., et ces choses qu'on achète plus rarement, selon la saison et le prix : asperges vertes, avocat, etc. Un rééquilibrage s'est opéré, au profit du végétal et du poisson. Non que je refuse la viande, la charcuterie et autres produits carnés, mais parce qu'il n'y a aucune nécessité d'en manger autant que ce qui paraissait normal dans ma culture familiale. Trop souvent nous défendons de mauvaises habitudes, croyant qu'il s'agit de notre goût propre. Sortie ensoleillée jusqu'au Seijo Ishii de Korakuen, d'où l'on rapporte des yaourts et quelques autres denrées. Sieste et lecture. « [...] comment leurs gardiens s'y prenaient pour faire en sorte qu'ils n'aient jamais une seconde l'esprit disponible, d'abord ces sandales à semelles de bois, disait-il, tout était étudié pour que nous ne cessions d'avoir l'esprit préoccupé par le fait que notre corps n'était pas loin de nous lâcher, par exemple aussi, quatre heures debout dans le froid, devant les blocs, sur le terrain inégal pavé de pierres, et je n'ai pas dit inégal pour ajouter un qualificatif, j'ai dit inégal parce que, comptant parmi les premiers arrivants au camp de Wakhausen, j'ai construit ces blocs et ces allées. La consigne était, lors de la construction des allées, de laisser apparentes les arêtes des pierres et de constituer une surface accidentée, j'ai compris pourquoi lorsque j'ai posé les pieds sur ce sol inégal avec mes semelles de bois, c'était intenable, et nous restions des heures dans cette position intenable, le temps qu'ils fassent l'appel dix fois, vingt fois, pour nous concentrer sur la douleur, puis nous déshabituer de la douleur, puis nous laisser nous concentrer de nouveau, puis nous détourner de cette concentration, pour faire dévier notre volonté de résister, c'était pour nous abattre, c'était un moyen psychologique de détruire en nous ce qui aurait pu rester de conscience, voyez, ce sol inégal dont il subsiste des traces, c'était pour éradiquer ce qui resterait en nous d'humanité au moment de mourir.» (Yves Ravey, Alerte, p. 49-50) La Bête aveugle (Y. Masumura, 1969). Mouais... Du beau noir et blanc, une recherche intéressante dans les éclairages, les cadrages, un excellent jeu d'acteurs mais au final, un film un peu décevant, peut-être à cause du huis clos, de l'histoire elle-même, ou de la narration off. Encore ce tropisme japonais de l'amour impossible, ici impliquant régression, masochisme, mutilations... Commentaires1. Le mardi 8 avril 2008 à 04:59, par Unknow : Un vrai bourge ! 2. Le mardi 8 avril 2008 à 05:23, par Berlol : J'en crois pas mes yeux ! 3. Le mercredi 9 avril 2008 à 04:32, par Unkonow : Vous n'en croyez pas vos yeux...!? 4. Le mercredi 9 avril 2008 à 06:02, par Berlol : En attendant "la forza del destino", je lirai volontiers, de temps en temps, la progression de votre pénétration psychologique. |
| Lundi 7 avril 2008. Atteindre un
record létal. Si le ridicule tuait, la flamme olympique « du tibétain inconnu » risquerait d'atteindre un record létal. J'écris ceci avant sa traversée de Paris, alors que France Info annonce l'ampleur des moyens policiers et l'état de fébrilité des médias... La même radio ouvre un forum avec cette question très tardive — je n'en crois pas mes oreilles : fallait-il donner les jeux olympiques à la Chine ? Pour prendre du champ, je suis parti très loin, vers Déméter, chez Brigetoun. Ça m'a fait du bien. En cuisine, 'ai repris l'initiative. Salade d'okuras bien cuits (pour ramollir les fibres), avec purée de prune et kazuobushi. Steacks de bœuf bien cuits et purée de pomme de terre liée au yaourt (sans sucre et parce qu'on n'a pas de lait), relevée d'un filet d'huile d'olive. Ça se diversifie. Dans l'après-midi, j'ai même droit à un chou à la crème au salon de thé Théobroma. Film du soir, Timeline (R. Donner, 2003), où comment une équipe de scientifiques envoyés en France au XIVe siècle vont involontairement faire gagner les Français contre les Anglais et commencer à finir la Guerre de Cent Ans — inconsciente manière américaine de se rendre indispensables même quand leur pays n'existait pas encore. Au demeurant, un film pas désagréable. Commentaires1. Le lundi 7 avril 2008 à 03:10, par DM : L'évoquer par la bande : 2. Le lundi 7 avril 2008 à 04:01, par Berlol : On vient d'annoncer que les "organisateurs" l'avaient éteinte, ou évacuée "vers un endroit inconnu", ou abritée dans un bus,
qu'ils estimaient qu'il y avait trop de monde, trop de risques
d'incidents. Un fiasco total, l'expression de la rue, et en même temps
une succession incroyable de témoignages de sportifs à la radio, tous
positifs sur les jeux et la Chine, sauf, surprise, Douillet, qui estime
qu'il n'aurait pas fallu choisir de donner les JO à la Chine ! 3. Le lundi 7 avril 2008 à 18:39, par Olivier : A
force de donner l'impression d'escorter l'ennemi public n° 1 (tous les
pays cautionnent!!!), il est effectivement temps de se demander(pas
vraiment en fait... hélas...) ce que vont donner les jeux... J'ai
l'impression d'être revenu presque 100 ans en arrière, entre la crise
de 29 qui nous (re)pend au nez ("grâce" à l'ultra-libéralisme qui pompe
tout l'argent au bénéfice des actionnaires...) et une remontée
nauséeuse des "fascismes" de tout poil... Cf. les emprunts, sus et
insus (??), des lois françaises du gouvernement aux lois vichystes, 4. Le mardi 8 avril 2008 à 03:29, par brigetoun : esti-ll indispensable d'accoler de "valeurs" à ce beau spectacle, en plus du commerce et du nationalisme ?. 5. Le mardi 8 avril 2008 à 04:33, par Christian : Salut! 6. Le mardi 8 avril 2008 à 05:24, par Berlol : Une petite heure. Merci de tes bons vœux. |
| Mardi 8 avril 2008. Soigner la
maladie en éliminant le symptôme. Fin de l'alerte. Rendez-vous ce matin, avec T., à l'hôpital Toranomon, malgré les fortes pluies, pour m'entendre dire que mes deux polypes n'étaient pas cancéreux. Nous savions que c'était une possibilité, surtout du fait de leur taille, mais prononcer le mot durant cette semaine ne nous aurait avancés à rien. L'angoisse était sous-jacente. Le soulagement est, lui, plus extériorisé. On va déjeuner au Saint-Martin où j'ai droit à du poulet (du blanc, sans la peau) et à de la purée (à la place des frites). Et pas de vin, bien sûr. Pendant au moins un mois. En fait, à discuter avec notre médecin traitant de ces ablations de polypes de plus d'un centimètre, telles qu'elles se pratiquent à la pointe de la technologie dans cet hôpital, et à écouter T. me résumer des articles un peu spécialisés en ligne, nous avons l'impression d'être pris entre les partisans d'une chirurgie lourde (plus d'un centimètre et demi : il faut ouvrir le ventre, on ne peut pas opérer avec le coloscope) et les pionniers forcément un peu aventureux, amateurs de jeux vidéos (et si les clips sautent, re-coloscope, c'est toujours mieux que d'ouvrir...). Mais nous, on n'entre pas là-dedans. Ce que je vois, c'est que j'ai une cicatrice de trois centimètres et une autre de deux et que j'ai intérêt à me tenir à carreaux si je ne veux pas me reprendre deux litres de laxatif dans le colon... En
plus, il faut que je parte à Nagoya. Avec une petite
valise,
pas trop lourde. Dans le train, je finis Ravey... Le sujet du livre a
été subtilement maîtrisé de
bout en bout. Il
faudrait étudier les emboîtements syntaxiques pour
suivre
sa façon légère, rythmée,
de relier sans
cesse personnes, voix et situations sans qu'elles s'amalgament en un
continuum monotone. Dès le Fuji doublé, il fait
grand
soleil.« Les historiens se dirigeaient silencieusement et d'un pas lent vers le grand escalier dont ils commençaient à gravir un à un les degrés. Mandrake, qui s'était engagé lui aussi dans l'ascension, s'arrêta net, c'était le signal du téléphone mobile. Il redescendit de quelques marches. C'était Allison. Je suis sur l'autoroute, lui dit-elle, au poste-frontière, Rebecca a été entraînée par Karl dans une histoire stupide, je me suis rendue à la police, il ne l'importunera plus, et elle regrette, elle regrette amèrement, vois-tu, elle est à côté de moi, elle te fait dire que tout va bien, Karl a disparu, il l'a menacée de mort, c'est pour cette raison que j'ai pris rendez-vous avec le commissaire, les inspecteurs disent que Karl est connu de leur service, ils disent que c'est une grosse affaire et que Rebecca était en danger [...] » (Yves Ravey, L'Alerte, p. 100-101) Au bureau, après une rassérénante conversation avec David, j'écoute la radio. Deuxième étage du fiasco de la flamme : on parle maintenant de cesser son parcours international. Cela s'appelle faire l'autruche : il y a un énorme problème, feignons de ne pas le voir. Ou croire soigner la maladie en éliminant le symptôme. Je ne sais pas où on va, mais on y va. Reprise de mes dîners en compagnie de Frédéric Taddeï et de ses invités. Le Ce soir ou Jamais du 1er avril est excellent. Commentaires1. Le mercredi 9 avril 2008 à 03:34, par brigetoun : désolée
de jouer les experts, le prélèvement de polype lors d'une coloscopie se
pratique en clinique sans hospitalisation, de façon courante,à Paris.
On n'opère bien entendu pas avant de savoir que c'est cancéreux et on
évalue en ce cas quelle est l'intervention souhaitable. |
| Mercredi 9 avril 2008. Passe du
mur à l'homme. Enchaînement rapide passage à la poste montée au bureau réception colis de livres Amazon apuration des comptes du stage d'Orléans courrier kraft avec dernier Meschonnic suite du tri courrier interne en déchiffrant le japonais comme je peux préparation premier cours des 2e année en lecture et phonétique d'abord exercices de sensibilisation avec les noms des régions françaises premiers essais de transcription et règles d'écriture vérification en pratique qu'à parler une heure trente les abdos se contractent pour que la voix porte inquiétude pour cicatrices retour appartement pour déjeuner pas question de m'intoxiquer à la cantine retour bureau à deux heures pour une réunion de département que suit de près une réunion de faculté total trois heures dont au moins une à lire Peslerbe ce qui est d'un total dépaysement et bonheur « Au mur, sa sainte Agathe, une grande toile à l'huile 50 par 150, les seins coupés offerts sur un plateau. L'avait-il remarquée ? La femme marcha devant elle vers le coin cuisine, ses hanches et ses fesses n'avaient aucune rondeur. Une femme serpent, un château fort. Pour Elisa, ce fut une confirmation, elle en était réjouie. De sa voix d'expert, il lui dit qu'il s'agissait visiblement d'une fuite sous dalle. Il trouva le goutte à goutte sur un tuyau passant dans le placard sous l'évier. Le félon ! L'eau s'infiltrait sous le carrelage, puis sous la moquette, invisible. Elisa achevait de ne plus rien comprendre. C'était donc de sa faute ? La révélation lui parut cruelle, mais elle trouva beau ce savoir des choses relatif aux dégâts des eaux.» (Emmanuelle Peslerbe, Un Bras dedans, un bras dehors, Rodez : éditions du Rouergue, 2007, p. 10-11) « Elisa se leva pour aller prendre la loupe dans le tiroir de la commode. Elle examina la fissure et les traînées qui coulaient du plafond. C'était rudement beau. Elle sortit une feuille de Canson, les pastels gras, l'essence. Elle déchira la feuille pour obtenir un effet « fissure » et commença de travailler les coulées. Les moisis. les bruns et les gris. Les estompés. Les moussus. Les liserés. Elle retoucha au crayon de bois. Elle lissa au doigt. Elle délaya au pinceau. Elle rajouta du blanc sur les parties trop sombres. Cela ne rendit absolument rien. Un désastre. Cela n'était que partie remise. Elle rangea et se servit une bière. Elle l'avait bien méritée.» (Ibid., p. 72) Une histoire de fissure qui passe du mur à l'homme, une peintre en dégâts des eaux, un sinistreur sinistré et la preuve, par une écriture morcelée, légère, dentelée voire acérée, qu'avec l'identité sexuelle il n'y a pas d'insinuation gratuite. Blanc de poulet et chou-fleur, sauce safranée, je déguste Ce soir ou Jamais du 7, avec Georges Lautner, Bertrand Blier et Olivier Marchal. Nombreux extraits de films, une avalanche d'anecdotes sur les acteurs et la production dans les années 60 et 70, l'originalité du style Lautner à la loupe. Quand c'est fini, je m'en repasse la moitié tellement c'est bon ça aussi. Commentaires1. Le jeudi 10 avril 2008 à 01:49, par brigetoun : tentant, extrèmement, ce livre |
| Jeudi 10 avril 2008. On laisse
tomber les billes. Toujours crevant, un jeudi de cours. Alors un jeudi de reprise, pensez ! En plus, avec un nouveau collègue, fort sympathique, au demeurant, mais il faut du temps pour se parler, s'écouter. D'ailleurs, il vient d'arriver au Japon avec un visa working holiday, première expérience — oui nous on accueille aussi des premiers emplois et ça va sûrement se passer très bien. Pour le séminaire de cinéma, j'ai laissé le choix pour commencer entre Cléo de 5 à 7 et De battre mon cœur s'est arrêté. La majorité s'est portée sur ce dernier. Je n'avais pas fait attention à quel point les dix premières minutes sont dans le noir (ça se passe la nuit, ils mettent des rats dans des immeubles) ; les étudiants étaient effarés, ne comprenaient rien, même avec les sous-titres. Ensuite, ils ont compris que c'était fait exprès. On n'a vu qu'une trentaine de minutes en s'arrêtant chaque fois au rendez-vous entre Thomas et son père ; ce sont ces rendez-vous qui rythment le films et le découpent en autant d'épisodes... Encore un excellent Ce soir ou Jamais — je suis désolé de ne pas tarir d'éloges sur cette émission, et d'habitude je ne laisse pas mon tour pour dire ce qui me déplaît ici ou là. Mais là c'est le format, le ton, les plateaux, les contenus moins convenus qu'en aucune autre émission. C'est comme au pachinko, on tient la bonne position, on ne bouge pas et on laisse tomber les billes, en l'occurrence les remarquables débats qui se suivent, ne se ressemblent pas sauf sur les qualités d'intelligence et de convivialité. Bref, cette fois, c'est l'émission d'hier, intitulée comment sortir du bla-bla sur Mai 68 ? On peut reprocher ses positions à tel ou tel (July ou Glucksmann, par exemple), mais on doit reconnaître que leurs propos font avancer des idées en nous, en moi en tout cas. Plus tard, je garde mon cap d'excellence en finissant le livre envoûtant d'Emmanuelle Peslerbe. Juste dommage qu'il ne soit pas trois fois plus long, même si je sais que la brièveté est dans son cas constitutive du projet d'écriture. « Un soir, en regardant sa toile, elle se dit que cela ne donnerait rien. Cela ressemblait à s'y méprendre à un dégât des eaux.» (Emmanuelle Peslerbe, Un Bras dedans, un bras dehors, p. 106) « Elisa avait redescendu à la cave le 60 marine et avait remonté une ribambelle de huit figures, bien plus facile à tendre et à manipuler. Elle les prépara toutes à l'épreuve de l'eau. Elle aimait mener plusieurs chantiers de front. Elle commença les auréoles, géantes, des traînées telles des rivières, des moisis comme des forêts. Un monde mystérieux, géographique. Nul besoin de montrer la fissure. À cette échelle, elle aurait pris des allures de Grand Canyon. Quand elle peignait, Elisa se sentait loin de tout, à l'abri de tout. Elle disparaissait aux yeux de tout. Dans le triangle des Bermudes. Elle pleurait de temps en temps. Sans savoir pourquoi. À cause du désastre. Des dégâts. Elle vivait dans son bocal. Personne pour l'observer. Dieu n'existait pas. C'était tant mieux.» (Ibid., p. 108-109) Commentaires1. Le jeudi 10 avril 2008 à 15:29, par jenbamin : Zut, moi j'aurais plutôt voté Cléo : je ne l'ai jamais vue – une honte pour un habitant du XIVe. 2. Le jeudi 10 avril 2008 à 16:59, par Berlol : Moi aussi, surtout parce que je l'ai beaucoup vu !... Mais les étudiants ont eu un peu peur du noir et blanc et de ce thème de la maladie. Mais ça sera pour plus tard. 3. Le vendredi 11 avril 2008 à 17:41, par Christian : Salut! 4. Le vendredi 11 avril 2008 à 22:27, par brigetoun : moi aussi Cléo parce que je l'ai beaucoup vu et plus encore rêvé. Par contre pour Ce soir ou jamais, il me lasse parfois par un petit côté "chic" plus récent que mes références du même genre. Et là, constater que pour parler de mai 68 étaient convoqués une fois encore July et compagnie, les propriétaires qui reécrivent à^posteriori pour leur plus grande gloire et l'appui de leur cynisme est chose suffisante pour que je passe au large. 5. Le samedi 12 avril 2008 à 07:32, par Berlol : Merci,
Christian ! En fait, je n'ai jamais inscrit moi-même mon JLR nulle
part. N'étant pas en quête de notoriété ou de croissance de
fréquentation de mes pages, je ne suis pas non plus très motivé pour me
retrouver coincé entre les dénominations des autres inscrits. Et puis
la catégorie "Inédits en ligne" que propose DMOZ me paraît contestable,
et même contraire à la réalité : les sites listés sont bien "édités" et
"en ligne". Le mot "Inédits" n'est donc utilisé que par rapport à ce
que quelqu'un (?) a considéré comme une "norme", une "normalité", à
savoir l'édition papier par un éditeur ayant pignon sur rue. Or, c'est
bien contre cette normalité-là que je me bats en silence dans mon coin
depuis quelques années. Depuis que tu m'en as donné l'occasion, cher
Christian ! Bien amicalement. |
| Vendredi 11
avril 2008. En torturant délicatement la page. Le sport m'étant toujours interdit, je monte au bureau tôt pout faire du rangement ; tous les documents des cours et de l'administration de l'an dernier à ranger ou jeter ; ce qui fait aussi du sport. Au courrier d'hier, bien reçu Rashomon, le film en dévédé que ma sœur voulait m'offrir à Noël. Sauf que sa FNAC l'avait puis ne l'avait pas, a lambiné des mois, si bien qu'on est en avril... Mais cette fois, ça y est, il est entre mes mains, avec ses sous-titres en français. Au courrier d'aujourd'hui. Grosse émotion en ouvrant l'enveloppe à bulles. Un ami très cher m'envoie les deux livres de Lutz Bassmann chez Verdier (coll. Chaoïd) : Haïkus de prison et Avec les Moines-soldats (en librairie le 2 mai)... TINA et quelques autres les avaient déjà annoncés. Belles photos de jaquettes représentant des lieux délabrés, des débris d'objets indéterminés. Il y aura un site web à partir du 15 avril. J'en lis des bouts en finissant mon rangement, entre les visites à la scolarité et à la bibliothèque (début d'année universitaire oblige) et le déjeuner avec David et deux autres collègues, chez Downey où je mange à peu près normalement mes sandwichs. « Les surveillants sifflotent dans le couloir le moine a entendu dire qu'ils avaient tué un politique [...] L'organisation s'est constituée les conditions objectives pour la révolte se font attendre [...] En pleine nuit il y a eu un silence ça a réveillé tout le monde » (Lutz Bassmann, Haïkus de prison, Paris : Verdier, 2008, p. 14-15) En regard de la page de titre intérieur, une page intitulée « Voix du post-exotisme », avec une liste d'œuvres de Lutz Bassmann, Manuela Draeger (à l'École des loisirs), Elli Kronauer (à l'École des loisirs et chez Byline) et Antoine Volodine (chez Denoël, Minuit, Gallimard et au Seuil). Comprenne qui pourra. Ajoutons qu'une vingtaine de haïkus bassmanniens avaient déjà paru en 2005 dans la revue Hypercourt, n°5, éditions Ère, et d'autres dans la revue Éponyme, n°2, certains repris dans le blog Chin Chin Pui Pui (« guili guili », en japonais). En torturant délicatement la page Google, je lui ai même fait cracher La femelle du requin, qui avait commis quatre articles sur Volodine dans son rude numéro de l'hiver 2002 — des plumes perdues de Sylvain Nicolino, Sébastien Omont, Laurent Roux et quelques réjouissantes impostures... Quand trois heures approchent, je m'enfuis... Direction, la capitale. Et T. qui m'attend pour un bilan santé de la semaine. Dans le shinkansen, je ne sais pas ce qui s'est passé, j'ai complètement traversé de part en part le Bambi Bar et ça m'a beaucoup plu. Yves Ravey aime décidément bien finir le boulot à l'explosif, ce qui ne serait pas pour déplaire aux personnages déjantés de Sukiyaki Western Django (T. Miike, 2007) que nous regardons en dînant. « Le soir, Monica est restée seule avec sa fille, Maurice est revenu après le dîner. Caddie a regagné sa chambre et Monica a enfilé une veste de tailleur. je me suis dit que c'était peut-être l'occasion. J'ai quitté l'appartement. j'ai pris par la cour et j'ai traversé la rue tout en vérifiant que la voiture de Maurice n'était plus là. Enfin, je suis monté à l'étage. J'ai frappé à la porte et j'ai demandé si j'étais bien chez Caddie, la fille de Monica. Personne n'a répondu. J'ai insisté. Elle pouvait ouvrir, elle ne courait aucun risque. Rien n'a bougé. je me suis rendu à la petite fenêtre du couloir qui donnait sur la rue vérifier que Maurice n'était pas déjà de retour. [...] — tu comprends, Léon, a dit Maurice, je suis bien ennuyé. Alexander et moi on se pose des questions, on aimerait que tu nous dises à quoi sert la paire de jumelles dans ton appartement. Le gardien de ton immeuble est venu prendre un verre au bar, et on a discuté. Il a dit qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond chez toi, et il nous a proposé de visiter ton appartement. Alors nous, tu nous connais, Léon, on ne te veut pas de mal, mais on l'a suivi et il nous a ouvert la porte.» (Yves Ravey, Bambi Bar, Paris : Éditions de Minuit, 2008, p. 38 et 75) |
| Samedi 12
avril 2008. Jamais vu ni fourmilière ni talon. « Il y a un grand charme à quitter au petit matin une ville familière pour une destination ignorée.» (p.11) « Je trouvais un charme à cette vie retranchée.» (p.28) « Je m'asseyais, toujours un peu troublé par cette estrade qui semblait appeler un auditoire, mais bientôt enchaîné là comme par un charme.» (p. 31) Telles sont les trois occurrences du mot pour les pages qui occuperont ce matin notre cours sur le Rivage des Syrtes. Il y en a une dizaine d'autres dans l'ensemble du livre, dont une où le mot « aimantée » (p. 216) est dans le contexte proche. Petit à petit, le narrateur distille l'idée d'une attraction dont on ne saura jamais si elle ressort de la magie ou de la destinée — à moins que ce soit la même chose. Cette indécision sur la cause ou l'origine de ce qui le meut est bien l'inconnue majeure du narrateur. Par ailleurs, en effet, il sait déjà tout ce que nous ignorons et prend un malin plaisir à ne pas se presser. Le lecteur doit serpenter, mariner, grenouiller, faire des détours, se perdre dans des labyrinthes de mots, se farcir des tartines de cheveux coupés en quatre, atermoyer les chapitres pour être à ton diapason, Aldo, hein ! Cependant, à bien le regarder, ce charme — et c'est à ça que sert l'explication littéraire, si elle sert jamais à quelque chose —, on peut constater qu'il est précisément la forme donnée, par Gracq, à l'esthétisation d'un téléologisme exactement spenglerien : un pays décati et barbant, drapé dans sa fierté ; en face de lui, un pays bouillonnant, bigarré, sauvage ; et, naissant de ce différentiel, un tropisme de « rajeunissement » (p. 15). L'esthétisation mais aussi la narrativisation, si je puis dire, car pour que le phénomène civilisationnel des vases communicants commence, les forces inconscientes de l'histoire ont besoin d'un catalyseur. Et c'est le catalyseur qui nous parle, après avoir joué son rôle... Pour ce matin, je ne peux pas encore parler d'Oswald Spengler, j'en resterai au beau voyage jusqu'aux Syrtes, dont la définition oscille entre le « fond » et le « front » (p. 11), à l'arrivée à l'Amirauté, à la rencontre du placide capitaine Marino, aux premiers mois d'habitudes, jusqu'à la découverte du « lieu attirant » par excellence (p. 30), la chambre des cartes — et sa bannière au mur, d'abord vue comme une « large tache de sang frais » (p. 31). J'en profite pour détailler la structure canonique de la comparaison universalisante de type gracquien (on en citerait des centaines dans ses œuvres). Elle contient un comparé avec déictique, suivi d'un comparant sous forme de relative avec verbe au présent, implication du lecteur et métaphore post-surréaliste. Exemple : « [lorsque je suivais] cette naïve activité villageoise [...] je sentais monter en moi cette fascination d'étrangeté qui nous tient suspendus à suivre le remue-ménage d'inconscience pure d'une fourmilière sous un talon levé » (p. 28). L'image est forte, osée, mais parfaitement reconnaissable pour un lecteur qui, du coup, se dit que, oui, il comprend bien ce que ça veut dire, un lecteur qui est content d'être allé puiser dans son propre fonds d'images pour participer à la lecture — à moins qu'un lecteur n'ait jamais vu ni fourmilière ni talon... Repos bien mérité avant d'aller au Saint-Martin. Cette fois encore, poulet-purée, mais j'ai le droit de manger aussi la peau... Parce que j'ai été un convalescent très sage. Quelques courses, lectures et courrier. Tiens ! du Manchette à l'horizon ! Et ceci qui me fait plier de rire tellement ça sent LE truc qu'il faut dire pour que tout le monde la ferme : « Olivier Nora, le patron de Grasset, a dit sa crainte de voir ces agents asphyxier l'édition française. Il a tenu à souligner que le métier des éditeurs repose avant tout « sur un système de mutualisation et de péréquation des risques », et que les profits dégagés sur certains auteurs permettent d'investir sur d'autres publiant une littérature plus difficile ou des essais plus exigeants sur lesquels la maison d'édition investit durablement.» Qu'on me cite UN éditeur qui fait encore ça ! Un seul ! Film du soir : Le Prix du désir (R. Andò, 2007). Pas inintéressant, mais un peu mou du genou. Anna Mouglalis est excellente de duplicité mais Daniel Auteuil reste trop retenu, comme s'il était chez Haneke. De la musique répétitive pour lanciner le spectateur. Mais à trop lanciner, on énerve. Et puis il pleut décidément trop, à Genève. Commentaires1. Le dimanche 13 avril 2008 à 08:04, par brigetoun : élève attentive et ravie même si la petite fièvre la gêne pour prolonger la réflexion 2. Le lundi 14 avril 2008 à 03:45, par Berlol : Et encore onze heures d'interruption de l'accès ! Merci Globat ! 3. Le lundi 14 avril 2008 à 05:08, par Berlol : Au temps pour moi : on me rapporte qu'il y a encore des éditeurs qui font la péréquation. Enfin, un, pour l'instant. J'attends la suite. J'en publierai la liste... |
| Dimanche 13 avril 2008. Tire sur
la corde larmifère. Pas grand-chose... Fait pas beau. Froid, même. On voulait sortir, on décide de pas. Quelques courses pour le déjeuner et je prépare tomates, concombres et côtes de porc. Et le billet sur Gracq, qui me prend un peu plus de temps que d'habitude. On
se passe La
Môme(A.
Dahan, 2007). Long, sirupeux, un tout petit peu pédagogique.
En un mot, chiant. Vrai que Cotillard joue bien ! Faudrait
voir
d'ailleurs combien de pour-cents du film elle n'est pas dans le cadre.
À leur décharge, faut dire que
déjà depuis
toujours je n'aime pas Piaf, sa gouaille — le sentimentalisme
chialeur, en général. Alors forcément,
un film sur
Piaf
qui ne montre qu'elle, qui tire sur la corde
larmifère
au détriment de la vérité historique
— parce
qu'ils ont quand même fait disparaître la Seconde
Guerre
Mondiale, la liaison avec Montand
(comme la plupart des autres liaisons, d'ailleurs), ou la
carrière cinématographique. On a beau se dire que
ce
n'était que le film de la môme qui
était à
l'intérieur de Piaf — et non le film de Piaf
elle-même — mais ça
déçoit quand même pas mal. Enfin, au
moins une
chose me fait
plaisir, je n'ai pas acheté le
dévédé : T.
l'a emprunté jeudi à la fac et elle va le rendre
cette
semaine.Heureusement qu'il y a Lutz ! « Sur la grisaille hostile du ciel les barbelés dessinent une touche d'humanité » (Lutz Bassmann, Haïkus de prison, p. 19) |
| Lundi 14 avril 2008.
Même un attentat dans la cour. Encore onze heures d'interruption chez Globat ! Du coup, je suis allé faire un tour sur des blogs ou des forums où l'on disait pis que pendre de cet hébergeur. Et de s'échanger des noms d'autres. Dont on se plaint ailleurs. Et ainsi de suite. Je suis passé à autre chose... Enfin j'achève la réduction à 20.000 signes de mon intervention de Cerisy sur Mérimée, avec les références comme les veut l'éditeur. C'est parti. Déjeuner au Saint-Martin. J'y mange mon plat normalement. N'y a que le vin et le café auxquels je n'ai pas droit. Puis on marche une heure, entre grisaille et soleil pâle — l'astre serait-il convalescent, lui aussi ? J'ai regardé le Bateau Livre de la semaine. J'aime beaucoup Ariane Ascaride. J'espère voir bientôt le film de Guédiguian. Ce Monde-là de François Taillandier m'intéresse aussi beaucoup. Florence Delay, j'ai toujours eu plaisir à l'écouter, et de très bons souvenirs de lecture. Mais je ne sais pas pourquoi, quand elle parle de corrida, de la mort sublime du taureau fier, encore opposée à celle indigne et horrible de l'animal de boucherie, là, je n'arrive plus à admirer l'auteur de L'Insuccès de la fête. Continuer à faire valoir ce discours de la noble tradition qui ne doit cesser, et cet anthropocentrisme de prêter à l'animal des sentiments et même des concepts humains, c'est ce qui me déçoit beaucoup chez cette femme si intelligente. TV5 Monde programmait ce soir une adaptation récente du Silence de la mer (Boutron, 2004) de Vercors. Après le film de Melville de 47 et avec un texte originel à la fois juste, mince et sévère, il paraissait difficile d'arriver à faire autre chose. Résultat mi-figue mi-raisin. Je crois qu'on a ajouté quelques épisodes pour contextualiser, et même un attentat dans la cour — il faut que j'aille vérifier dans le livre. Dans un sens, cela resserre l'action dans son lieu, donne plus de poids aux émotions (mal) retenues, dans l'autre cela trahit l'œuvre et massacre sa finesse. Pas sûr du tout que Vercors aurait validé ces bonnes intentions pédagogiques. « Le directeur fait un discours le vent souffle en rafales on n'entend rien » (Lutz Bassmann, Haïkus de prison, p. 27) Commentaires1. Le mardi 15 avril 2008 à 01:04, par vinteix : Quel bonheur de relire "Le Rivage des Syrtes" !! |
| Mardi 15 avril 2008. Essence du
lieu (ontologique, forcément). Déjà le 15 ! Je n'en reviens pas, déjà un mois que nous sommes revenus d'Orléans. Ça me paraît être la semaine dernière. Sauf qu'il y a eu la parenthèse endoscopique qui laisse à l'esprit une sensation bizarre. Maintenant que tout va bien et que je me nourris presque normalement, je continue à me demander où ça en est là-dedans, si ça cicatrise bien, si je peux porter tel sac de livres ou courir au feu orange, des fois que la cicatrice se rouvrirait... Mais à défaut de caméra embarquée, aucun moyen de savoir, donc suivre les conseils de prudence encore deux semaines, même si ça ne sert à rien. Dans le shinkansen, j'écoute plusieurs interventions du colloque Butor d'octobre 2006 à la BnF, intitulé « Déménagement de la littérature » (enregistré en janvier 2007 sur France Culture). Très intéressant, dans l'ensemble. Certaines interventions déjà écoutées deux ou trois fois puisque ça reste toujours dans mon baladeur numérique. Il arrive toutefois que des intervenants dominent tellement leur sujet qu'ils le perdent de vue, je veux dire qu'ils ne citent plus les textes, ne font plus d'analyses de détail. Ce ne sont plus des recherches, à mon avis, mais des considérations. La plus enrichissante, pour moi, c'est l'intervention de Michel Collot, à propos du « génie des lieux » — qui vient nourrir mon propre questionnement sur l'essence du lieu (ontologique, forcément). Si l'on se souvient de ma commande de livres d'août dernier, on peut se dire qu'il doit y avoir quelque chose en préparation... Mais pas pour tout de suite. Le Blogue de la médiathèque de Lisieux nous fait un superbe cadeau : une copie d'un tableau de Henri Brispot représentant la récipiendaire Catherine Leroux aux comices agricoles (de Madame Bovary, bien évidemment). Autre sujet d'édification : un Mai 68 en bandes dessinées, ça c'est dans Le Monde de ces derniers jours (et jusqu'au 6 mai). Deux cours sans histoire. Dîner avec Ce soir ou Jamais d'hier, d'abord avec Michel Serres et Jean Nouvel, débat de haut niveau sur l'architecture, suivi d'une discussion (sans Serres ni Nouvel) sur l'Italie au lendemain des élections. On n'y évite pas quelques cacophonies mais je m'aperçois que ce que je savais de l'histoire récente de l'Italie était proche du zéro pointé. J'en sais sans doute plus sur l'Italie de la Renaissance que sur l'après-Mussolini. Honte à moi... Commentaires1. Le mardi 15 avril 2008 à 14:06, par Philippe De Jonckheere : Le mai 68 en bande dessinée du Monde, c'est à peu près le degré zéro de la bande dessinée. Je me demande si je ne préférerais même pas les dessins de Jacques Faizant, p |